Duchess Theatre, Londres • 2.12.11 à 19h30
Une pièce de Lee Hall, d’après le livre de William Feaver
Mise en scène : Max Roberts. Avec Joy Brook, Joe Caffrey, Trevor Fox, Michael Hodgson, Viktoria Kay, Ian Kelly, Brian Lonsdale, David Whitaker.
Cette irrésistible petite pièce de Lee Hall — l’auteur de Billy Elliot — est encore une histoire de mineurs dans son nord natal. Mais, cette fois, Hall s’est fondé sur des faits réels en contant l’histoire du “groupe d’Ashington”, des mineurs qui, à compter de 1934 et durant cinquante ans environ, ont produit une série de tableaux assez étonnants pour des ouvriers qui avaient arrêté l’école très tôt et qui n’avaient jamais reçu le moindre enseignement artistique. Ils le firent notamment grâce aux encouragements d’un dénommé Robert Lyon, un enseignant qui les prit sous son aile et contribua à les faire connaître.
La pièce est particulièrement poignante dans le premier acte. On ne peut qu’être profondément touché par la façon dont Hall nous montre ces mineurs avides de compléter leur éducation et qui souhaitent “comprendre” la peinture. Compte tenu de leur absence totale de repères, le professeur que leur syndicat leur a choisi décide de les faire peindre plutôt que théoriser. La succession des épiphanies qu’ils vivent individuellement et collectivement est superbement conçue. Hall sait jouer sur la corde sensible en brossant le portrait d’hommes à la fois parfaitement conscients de leur ignorance, d’une grande curiosité, d’une candeur touchante… et qui se soutiennent sans jamais se juger.
La pièce a été créée à Newcastle en 2007, puis elle a fait sensation à Londres où elle a été présentée par le National Theatre en 2008. Après être passée du “petit” théâtre du National, le Cottesloe, à son théâtre “moyen”, le Lyttleton, elle est désormais présentée dans le West End après une tentative infructueuse à Broadway à l’automne 2010.
La belle mise en scène de Max Roberts utilise des projections d’œuvres du groupe d’Ashington, qui sont réellement superbes. Les comédiens sont absolument géniaux, à commencer par le fabuleux Trevor Fox, qui campe le plus attachant des personnages, tiraillé entre une conscience aiguë de son appartenance à une classe sociale et une intelligence manifestement supérieure.
Malheureusement, le deuxième acte est un peu en retrait par rapport au premier. L’essentiel a été dit — et fort bien — dans le premier acte. Le discours politique, qui était déjà présent en filigrane, devient le thème majeur, tandis que le parcours initiatique des mineurs stagne. C’est le seul reproche que l’on puisse faire à une pièce par ailleurs magnifique et empoignante.
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