Salle Pleyel, Paris • 5.11.10 à 20h
Bryn Terfel
Münchner Rundfunkorchester, Canzonetta Chamber Choir, Gareth Jones
Verdi : La Forza del destino, ouverture
Donizetti : L’Elisir d’amore, “Udite, udite, o rustici”
Boito : Mefistofele, “Sono lo spirito che nega”
Offenbach : Orphée aux Enfers, ouverture
Gounod : Faust, “Le Veau d’or”
Weber : Der Freischütz, “Schweig, Schweig”
Gounod : Faust, Chœur des Soldats
Puccini : Tosca, “Te Deum”
Verdi : Otello, “Credo”
Saint-Saëns : Danse macabre
Sondheim : Sweeney Todd, “The Ballad of Sweeney Todd”
Weill : The Threepenny Opera, “Mack the Knife”
Sullivan : Ruddigore, “When The Night Wind Howls”
Mozart : Don Giovanni, ouverture
Gershwin : Porgy and Bess, “It Ain’t Necessarily So”
Je me souviens fort bien du plaisir que m’avait procuré le dernier récital de Bryn Terfel auquel j’avais assisté. Il me semblait que c’était il y a un an ou deux, alors que, vérification faite, c’était il y a presque exactement quatre ans !
Terfel est un chanteur d’exception, doté d’une aisance technique et d’une puissance naturelle ébouriffantes. Il utilise son remarquable instrument avec un instinct et un goût irréprochables, qui créent un enthousiasme parfaitement compréhensible dans le public.
Il n’en reste pas moins que ce récital est raté.
D’abord parce que l’orchestre est médiocre. À force d’entendre le London Symphony Orchestra, l’Orchestre de Paris, le New York Philharmonic, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, … on finirait presque par croire que tous les orchestres professionnels sont du même niveau. Eh bien non. Le Münchner Rundfunkorchester multiplie les problèmes : niveau technique perfectible — surtout chez les bois —, fréquents problèmes de mise en place caractéristiques de musiciens qui ne s’écoutent pas d’un pupitre à l’autre, interprétations artificielles baignant dans une sorte de fausse profondeur qui n’évoque au fond qu’affectation et miévrerie. Il faut dire que Gareth Jones ne donne pas envie : sa direction affectée et laborieuse ne “porte” en rien les musiciens.
Ensuite parce que Bryn Terfel, malgré son immense talent, est sur la mauvaise pente. Il en fait trop. Le syndrome Dessay est malheureusement assez évident dès le départ : on veut montrer qu’on ne se contente pas de chanter ; on joue. Sauf que, de la même façon que Dessay sautille et s’agite, Terfel tord la bouche en repliant la lèvre supérieure pour montrer les dents. Son répertoire dramatique se limite à ce geste, pas idiot en soi, mais forcément lassant lorsqu’on nous l’assène pour la dixième fois.
Et puis le programme ne laisse au fond que peu de place à Terfel, dont les airs sont assez courts et qui a beaucoup de temps pour se reposer durant les nombreux intermèdes orchestraux. En outre, comme la mayonnaise ne prend jamais vraiment, des épisodes pourtant génialement glaçants comme le “Te Deum” de Tosca tombent complètement à plat.
Le deuxième acte prend soudain la tangente avec un extrait de Sweeney Todd, un morceau de Gilbert & Sullivan, du Kurt Weill et du Gershwin. Cette ouverture à des réepertoires moins classiques part d’une très louable intention, mais elle se heurte, une fois encore, à l’incompétence de l’orchestre et du chœur : la “Ballade de Sweeney Todd” manque totalement de tranchant et l’orchestre se révèle incapable de swinguer dans l’extrait de Porgy and Bess.
De manière inattendue (ou peut-être pas tant que ça), Terfel propose en bis la chanson “Stars” extraite des Misérables. À part un petit problème de balance dû à la non amplification d’une œuvre conçue pour être chantée avec un micro, c’est peut-être l’un des moments les plus réussis de la soirée.
Pour finir en rigolant, voici un extrait du texte français de la “Ballade de Sweeney Todd” publié dans le programme de salle : “Sweeney le doux, Sweeney le subtile / Sweeney frissonne, et les rats se défilent / Sweeney était fort discret / Silencieux, rapide et propret, / Parfait, comme une machine / Était Sweeney !” (C’est encore meilleur pour ceux qui connaissent la musique et peuvent juger de la prosodie.)
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