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“L’Opéra de Sarah” – première époque : “Avant l’Amérique”

Théâtre de l’Œuvre, Paris • 20.1.09 à 21h
Une saga extravagante et musicale écrite, mise en scène et réalisée par Alain Marcel. Avec Jérôme Pradon et Damien Roche (piano).

Alain Marcel est connu surtout pour son double talent d’adaptateur de comédies musicales américaines (Peter Pan, La Petite Boutique des horreurs, Kiss Me, Kate !, My Fair Lady) et de metteur en scène desdites comédies musicales — deux domaines dans lesquels il a établi des standards d’excellence que personne n’a jamais réussi à égaler… ce qui ne l’a malheureusement pas empêché de disparaître de la circulation, une situation somme toute assez logique dans une ville qui semble vouer en la matière un véritable culte à la médiocrité.

On avait découvert Alain Marcel l’auteur et compositeur en mars 2004 lorsqu’il avait présenté à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille sa délicieuse pièce musicale Le Paris d’Aziz et Mamadou.

On savait qu’Alain Marcel avait entrepris depuis longtemps l’écriture d’un ambitieux spectacle musical consacré à Sarah Bernhardt. Des lectures de fragments avaient eu lieu çà et là. Et voici que le Théâtre de l’Œuvre nous donne enfin l’occasion de découvrir la “première époque” de cet Opéra de Sarah.

L’expérience est marquante. Car L’Opéra de Sarah invente en quelque sorte un genre nouveau : sur scène, un comédien et un pianiste sur une scène nue. Démarre un récit ininterrompu de près de deux heures pendant lesquelles le comédien, quand il ne fait pas la narration, joue successivement ou, plutôt, simultanément, tous les rôles de la pièce. Et des rôles, il y en a, tant est riche la vie de la Sarah Bernhardt qu’on nous présente. Le tout est accompagné et soutenu par une jolie partition dont naissent de temps en temps des pages chantées de longueur variable.

La qualité de l’écriture d’Alain Marcel ne peut que susciter l’admiration tant il sait jouer habilement des mots et, surtout, des rythmes pour inventer un récit étrange et fascinant, plein de fantaisie et d’une incontestable beauté. Que le résultat ait valeur biographique ne semble d’ailleurs pas faire partie des objectifs de l’entreprise.

Plus encore que la qualité de l’écriture, c’est l’interprétation stupéfiante de Jérôme Pradon qui abasourdit. J’ai toujours trouvé Pradon remarquable, que ce soit à Paris (on se souvient en particulier de ce saisissant monologue intitulé Road Movie) ou, plus fréquemment, à Londres (notamment dans une inoubliable production de Pacific Overtures au Donmar Warehouse, mais aussi récemment dans The Lord of the Rings). Dire qu’il réalise une prestation extraordinaire ne rend qu’imparfaitement compte de l‘exploit consistant à dire presque sans accroc un texte d’une telle densité et d’une telle longueur dans lequel il passe son temps à dire des conversations dont il joue tous les rôles. Le tout, bien entendu, dans une mise en scène qui oublie d’être paresseuse.

Vivement la deuxième époque…


“Piaf”

Donmar Warehouse, Londres • 20.9.08 à 14h30
Pam Gems (1979)

Piaf Mise en scène : Jamie Lloyd. Avec Elena Roger (Edith Piaf), …

Cette pièce de Pam Gems a initialement été créée par la Royal Shakespeare Company en 1979 avant de connaître les honneurs du West End puis de Broadway. Je ne sais pas si cette reprise du Donmar Warehouse (dont on vient d’apprendre qu’elle allait s’installer elle aussi dans un théâtre du West End) est identique à la version d’origine ou si des adaptations ont été apportées (il me semble avoir lu qu’il y a eu des réécritures). Il s’agit d’une sorte de biographie accélérée d’Edith Piaf (90 minutes sans entracte) depuis sa découverte dans la rue jusqu’à son déclin, qui met particulièrement l’accent sur son goût immodéré pour les hommes.

Du point de vue de l’écriture dramatique, la pièce est assez banale. Elle est sauvée par son rythme effréné — les tableaux s’enchaînent sans transition comme des fenêtres successives ouvertes sur la vie de Piaf — et, surtout, par la prestation intense de la comédienne qui tient le rôle-titre, l’Argentine Elena Roger, déjà remarquée dans Evita et dans Boeing Boeing. Je ne suis pas très sûr que Roger ressemble beaucoup à Piaf. Son accent français n’est de surcroît pas très convaincant et je comprenais à peu près un mot sur trois lorsqu’elle chantait en français… Mais son interprétation est tellement pleine d’énergie qu’elle fait assez vite naître un réel enthousiasme dans le public, conquis.

Paradoxalement, c’est grâce à Roger que j’ai compris pour la première fois un passage de “Non, je ne regrette rien” qui avait toujours été mystérieux pour moi : “C’est payé, balayé, oublié”. Je n’avais jamais réussi à comprendre ce passage en écoutant Piaf le chanter.


“Make Me a Song”

New World Stages (Stage 5), New York • 29.12.07 à 17h
Une revue sous-titrée “The Music of William Finn”, conçue et mise en scène par Rob Ruggiero. Avec Sandy Binion, D.B. Bonds, Adam Heller, Sally Wilfert.

La découverte de la comédie musicale Falsettoland de William Finn (1990) a été l’un des moments forts de ma découverte du genre. Dernier épisode d’une trilogie commencée avec In Trousers et March of the Falsettos, elle se distingue par une voix très personnelle, une osmose parfaite entre paroles et musique dans un registre qui, sous des dehors réalistes, est en fait assez conceptuel. C’est, en somme, une sorte d’Ovni dans le répertoire.

Finn enchaînera avec une autre œuvre très personnelle, A New Brain, inspirée par un épisode de sa vie où il pensait mourir d’une tumeur au cerveau, puis par deux cycles de chansons, Infinite Joy et Elegies: A Song Cycle… avant de connaître récemment un joli succès à Broadway avec The 25th Annual Putnam County Spelling Bee, dont le sujet est l’un de ces concours d’orthographe qui semblent passionner les États-Unis.

À l’exception peut-être de cette dernière œuvre, les chansons de Finn sont souvent introspectives, fréquemment autobiographiques, et traitent régulièrement de thèmes comme la perte de proches ou les regrets vis à vis de parents disparus. Elles sont souvent “auto-suffisantes”, ce qui explique peut-être la multiplication de revues consacrées à ses chansons et le peu d’œuvres nouvelles à son actif.

C’est précisément le but de ce spectacle que de présenter un florilège de chansons de William Finn, interprété par un excellent quatuor de chanteurs. L’exercice, comme d’habitude, est risqué mais le résultat est plutôt réussi. Il n’y a pas que des créations inoubliables dans le répertoire de Finn, mais le spectacle contient des moments forts comme la chanson “I’d Rather Be Sailing” tirée de A New Brain, la séquence consacrée à Falsettos… ou encore la dernière scène, qui présente quatre chansons particulièrement tristes, dont la célèbre et épouvantablement émouvante Anytime (I Am There), sur la façon dont ceux qui nous ont quitté continuent de veiller sur nous. Il y avait beaucoup de sanglots silencieux dans la salle pendant que Sally Wilfert la chantait, y compris chez ses co-acteurs, notamment le touchant D.B. Bonds, qui avait beaucoup de mal à ne pas éclater en sanglots.

On ne peut que regretter que le répertoire de William Finn soit finalement assez limité. Il a travaillé longtemps sur une adaptation en comédie musicale de la pièce The Royal Family de George Kaufman et Edna Ferber. Pour des raisons qui n’ont jamais été complètement précisées, l’œuvre n’a jamais vu le jour, alors qu’elle était très avancée. Peut-être une opportunité se présentera-t-elle un jour de monter cette œuvre…


“Hergé’s Adventures of Tintin”

Playhouse Theatre, Londres • 14.12.07 à 19h15

D’après Tintin au Tibet. Adaptation : David Greig et Rufus Norris. Mise en scène : Rufus Norris. Musique : Orlando Gough. Avec Matthew Parish (Tintin), Miltos Yerolemou (Snowy [Milou]), Stephen Finegold (Captain Haddock), Nina Kwok (Chang), Neil D’Souza (Mr. Rama et al.), Dai Tabuchi (Tharkey), Nicola Blackwell (Castafiori et al.), David Newman (Calculus [Tournesol] et al.), Jeremy Barlow (Thomson [Dupont] et al.), Dominic Rouse (Thompson [Dupond] et al.), Daniel Tuite (Nestor, Grand Abbot), Steven Lim (Blessed Lightning), Daniel Llewelyn-Williams (Yeti).

Transposer une bande dessinée sur scène est une entreprise périlleuse, mais ce spectacle est une belle réussite, car il parvient à rester fidèle à sa source tout en étant d’une remarquable ingéniosité dans la conception scénique, pleine d’inventivité et d’humour. On se régale, du coup, à suivre les aventures de Tintin, parti à la recherche de son ami Tchang, dont il est convaincu qu’il a survécu à un accident d’avion dans l’Himalaya.

Parmi les choix les plus intéressants : celui de faire jouer Milou par un comédien (sauf dans la première et la dernière scènes, où l’on voit un vrai chien). On apprécie aussi beaucoup le comédien Neil D’Souza, notamment dans le rôle de Mr. Rama, le fonctionnaire à qui Tintin demande son permis de randonnée dans l’Himalaya. L’accumulation de gags visuels et sonores pendant cette scène est un bonheur.

Les quelques épisodes musicaux qui ponctuent la pièce, souvent avec humour, sont généralement très réussis. Le metteur en scène Rufus Norris (également à l’origine du Cabaret actuellement à l’affiche à Londres) fait des merveilles sur la petite scène du Playhouse Theatre en trouvant en permanence le bon équilibre entre sérieux et légèreté. Une très bonne surprise.


“Michel Strogoff”

Le Trianon, Paris • 13.10.07 à 20h30
D’après Jules Verne. Mise en scène : Ned Grüjic. Avec la troupe Les Enfants d’Arlequin.

Strogoff L’association Les Enfants d’Arlequin, qui vient au secours de l’enfance maltraitée, monte régulièrement des spectacles musicaux pour soutenir sa cause. C’est l’épopée de Jules Verne qui a cette année les honneurs de la scène, dans une adaptation qui mêle récit, scènes jouées et musiques inspirées de la tradition russe.

On entre prêt à être indulgent compte tenu des faibles moyens de la compagnie mais on sort enchanté par la qualité du spectacle : ces comédiens que l’on nous présente comme des amateurs auraient des leçons à donner à certains comédiens dits professionnels ; et puis l’inventivité sans fin de la mise en scène de Ned Grüjic fait plus que compenser l’absence de moyens et le décor fixe. Les illustrations musicales sont fort bien choisies et ajoutent juste ce qu’il faut d’atmosphère au spectacle.

C’est souvent sous contrainte que l’on réalise son meilleur travail : ce spectacle en est une excellente illustration.


“C’est toujours ça de pris !”

Théâtre de l’Île Saint-Louis Paul Rey, Paris • 5.9.07 à 21h
Textes et mise en scène : Stéphane Ly-Cuong. Avec Vanessa Hidden. Tristan Michel, piano.

Ctcdp Ce petit spectacle charmant rend hommage, nous dit l’affiche, à Marie Dubas, Yvette Guilbert et Yvonne Printemps. En réalité, il rend hommage à une époque où la chanson française s’écoutait autant pour ses interprètes, pour sa musique et pour ses textes. Des textes qui réservent de petites délices comme “La rue du désir fut barrée / Par les gravats de notre amour” (“Le Tango stupéfiant”, l’un des succès de Marie Dubas) ou qui font rimer “respiration” avec “fluxion” (“Quand on vous aime comme ça”, l’un des succès d’Yvette Guilbert).

Les quelques chansons choisies, liées par des textes amusants, sont interprétées avec un mélange de mutinerie et de grâce éthérée par la très attachante Vanessa Hidden, dont la belle voix lyrique est particulièrement appropriée aux chansons associées à Yvonne Printemps, comme “C’est la Saison des amours”, un extrait de l’opérette Les trois Valses sur lequel s’ouvre le spectacle, ou encore le sublime (le mot est faible) “Les Chemins de l’amour” de Poulenc et Anouilh, qui est sans conteste le sommet de la représentation.

(“Disclosure” : Stéphane Ly-Cuong est un très bon ami (mais j’ai payé ma place !))


“Ô Bonheur des dames”

Théâtre Silvia Monfort, Paris • 28.6.07 à 20h30

La Poule noire (1937) / Rayon des soieries (1930). Deux opéras/opérettes en un acte de Manuel Rosenthal sur des livrets de Nino. Mise en scène : Mireille Larroche. Avec Sarah Vaysset, Edwige Bourdy, Pierre Espiaut, Marc Mauillon, Lionel Peintre, Suren Shahi-Djanyan, Jean-Jacques Doumène.

On ne peut que se réjouir de l’exhumation de ces deux raretés de Manuel Rosenthal, qui a laissé sa marque dans l’histoire de la musique autant comme chef d’orchestre que comme compositeur. Le programme nous rappelle qu’Ansermet a dit de lui qu’il lui arrivait d’orchestrer mieux que Ravel, ce dont il est malheureusement impossible de juger compte tenu de la réduction pour quatre instruments écrite par Franck Pantin, certes très joliment tournée mais forcément… réductrice.

Si La Poule noire est avant tout une curiosité historique, j’attendais un peu plus de Rayon des soieries, dont j’avais déjà entendu des extraits. L’œuvre est pleine de légèreté et d’humour ; la mise en scène de Mireille Larroche est inventive et la distribution, engagée. Mais il manque une petite étincelle, un petit je-ne-sais-quoi pour que la mayonnaise prenne complètement. D’autant qu’on observe sur scène une tendance généralisée au cabotinage qui agace légèrement : un interprète qui donne l’impression de se méfier de l’œuvre qu’il joue sème forcément le doute chez le spectateur.

Mais l’initiative mérite quand même d’être louée car elle nous permet de redécouvrir un héritage musical français passé totalement à la trappe.


“À la Recherche de Josephine”

Opéra-Comique, Paris • 4.5.07 à 20h01 (sic)

Spectacle musical de Jérôme Savary. Avec Nicolle Rochelle (Josephine).

Je savais que je prenais un risque. La première partie de ce spectacle de Savary est à périr d’ennui. Même si on y présente de la bonne musique, jouée et chantée par un ensemble talentueux (reconnaissons au moins ce mérite à Savary), on y sombre sous la lourdeur d’un texte pédant et prétentieux, la faiblesse de la construction, le n’importe quoi de la mise en scène… et les pitreries de Michel Dussarrat, que j’aime bien mais qui ne s’est pas renouvelé depuis trente ans.

Et si j’entends encore une fois la “vamp” (série d’accords généralement joués en introduction d’un morceau) qui sert de “underscore” (musique de fond) à la quasi-totalité des dialogues du premier acte, je suis bon pour l’asile psychiatrique.

Après l’entracte, on nous propose — trop brièvement, à mon goût — une recréation de quelques tableaux de la Revue nègre, qui fit de Josephine Baker la chérie du Tout-Paris. L’intérêt historique et musical est évident, mais on aurait aimé quelque chose de plus abouti. C’est le moins qu’on puisse dire.

Lorsqu’on voit Savary arriver avec sa trompette pendant les saluts, on comprend qu’on n’est pas près de se coucher. Et c’est reparti pour un quart d’heure d’autocongratulation et de culte à l’ego hors de contrôle du maître des lieux. On apprend avec une certaine surprise (le mot est faible) que le spectacle va à Broadway. Alors là, je dois dire que j’en reste sans voix. Et j’attends avec une certaine impatience de lire la critique du New York Times.

Au passage, Savary commet une inexactitude en prétendant qu’aucun spectacle français n’a été donné à Broadway depuis Irma la Douce. C’est faux : il y a eu La Grosse Valise de Robert Dhéry. (Les Misérables ne compte pas vraiment car la version qui a été jouée à New York avait été créée à Londres.)


“Rutabaga Swing”

Petit Montparnasse, Paris • 4.1.07 à 20h30

“Comédie dramatique avec chansons” de Didier Schwartz. Mise en scène : Philippe Ogouz. Avec Bruno Abraham-Kremer, Emmanuel Curtil, François Feroleto, Jacques Haurogné, Jacques Herlin, Amala Landré, Marion Posta. Avec Ezequiel Spucches au piano.

Je ne pourrai le confirmer que dans 361 jours environ, mais je pense bien avoir vu ce soir mon meilleur spectacle théâtral parisien de l’année 2007. Et dire qu’il a fallu qu’un ami américain, de passage à Paris, remarque une affiche, aille voir le spectacle et me le recommande pour que j’en entende parler.

1942, dans un café d’un petit village de la France occupée : le patron du café, sa serveuse, le bibliothécaire du village, la coiffeuse et le facteur se retrouvent le soir pour répéter leur tour de chant. Un homme de passage dans le village, qui louait une chambre dans le café, a été exécuté avec d’autres par les Allemands en rétorsion à un attentat dont le responsable n’a pas été retrouvé. C’est alors qu’arrive un jeune et séduisant lieutenant de la Wehrmacht, qui a besoin d’une chambre pour se loger. À peine a-t-il pris possession de la chambre de l’homme exécuté que celui-ci réapparaît : il s’est enfui d’un camion pendant un déplacement… Comment le cacher ?

Difficile de décrire le plaisir que j’ai pris à voir cette pièce qui rassemble tout ce que j’aime : des personnages superbement brossés dont les personnalités complexes se révèlent au fur et à mesure que la pièce en effleure les couches successives ; des dialogues parfaitement ciselés, mêlant avec beaucoup de finesse les composantes comiques et dramatiques… le tout culminant en une fin théâtralement parfaite ; une distribution en or ; une mise en scène et une direction d’acteurs au cordeau… sans compter le choix fort inspiré des chansons d’époque et les arrangements vocaux à fondre de bonheur. On rit, on pleure, on se laisse porter par une gigantesque vague de plaisir.

J’ai mis du temps à reconnaître Jacques Haurogné, un habitué des scènes musicales qui avait été notamment le “compère” (le meneur) de la revue Fous des folies d’Alfredo Arias aux Folies-Bergère, qui marqua le chant du cygne de tout un genre musical. Quel plaisir aussi de retrouver la délicieuse Amala Landré, l’une des plus charmantes comédiennes de la récente production d’Un Violon sur le toit. On aimerait seulement que le pianiste, Ezequiel Spucches, arrête de consommer des substances qui provoquent chez lui un sens très distendu de l’harmonie… Le répertoire interprété ne se prête pas tellement à ses fantaisies.

“Mademoiselle Swing” (Louis Poterat / Raymond Legrand)

“Le Premier Rendez-vous” (René Sylviano / Louis Poterat), chanté par Amala Landré

“Tentative d’opérette en Dingochine”

Théâtre Le Ranelagh, Paris • 7.11.06 à 21h
Une comédie de Serge Valletti. Musique de Franz Lehar (Le Pays du sourire). Mise en scène : Alexandre Ribeyrolles. Avec Brigitte Faure, Alyssa Landry, Jean-Paul Audrain, Jean-Pierre Descheix.

Curieuse idée que de mettre en scène une répétition de l’opérette Le Pays du sourire, mais la mayonnaise prend peu à peu, même si la qualité de l’écriture est irrégulière.

L’interprétation, quant à elle, est de très haut vol. Quel plaisir, en particulier, de retrouver la truculente Alyssa Landry, que j’avais beaucoup appréciée notamment dans le spectacle C’est pas la vie de Laurent Pelly et Thierry Boulanger (ses camarades Florence Pelly et Jacques Verzier étaient d’ailleurs dans la salle). Amusant également de retrouver Jean-Pierre Descheix, vu il y a à peine quelques semaines dans le rôle travesti de la Duègne des Caprices de Marianne à Compiègne.

Tout cela bien sûr accompagné par la musique de Franz Lehár, délicieusement jouée par le pianiste Jozef Kaputska.

Un petit moment fort agréable, en somme…


“Le Cabaret des hommes perdus”

Théâtre du Rond-Point, Paris (Salle Jean Tardieu) • 17.10.06 à 21h
De Christian Siméon. Musique : Patrick Laviosa. Mise en scène : Jean-Luc Revol. Avec Denis d’Arcangelo, Sinan Bertrand, Alexandre Bonstein et Jérôme Pradon.

Difficile de parler de ce spectacle. L’écriture est de qualité (même si je ne comprends pas très bien l’intérêt de situer l’action à New York) ; la partition originale de Patrick Laviosa est un régal ; l’interprétation est confiée à quatre des meilleurs comédiens-chanteurs de la place de Paris (et d’ailleurs, puisque Pradon est une star internationale)… et pourtant, je suis ressorti très mal à l’aise, sans doute en raison du contraste entre la légèreté de la forme et la noirceur du propos.

Certes, c’est sans doute l’effet recherché (l’écriture est trop intelligente pour que ce soit involontaire)… et le théâtre musical n’a pas vocation à ne se préoccuper que d’oiseaux qui chantent et d’innocents jouvenceaux clamant leur bonheur sans faille… mais ce Cabaret des hommes perdus a curieusement dépassé mon seuil de tolérance à l’inconfort psychologique.

Dommage, car c’est incontestablement l’un des spectacles musicaux français les plus aboutis qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps.


“Souingue ! Souingue !”

Théâtre de l’ouest parisien, Boulogne-Billancourt • 10.10.06 à 20h30
Avec Fabienne Guyon, Florence Pelly, Gilles Vajou et Jacques Verzier. Mise en jambes : Laurent Pelly.

Souingue L’irrésistible équipe qui nous avait proposé Souingue il y a une dizaine d’années revient avec un spectacle sous-titré “Anthologie peu scrupuleuse de la chanson drôle…” Chacun des quatre chanteurs m’est très cher : Fabienne Guyon, qui a joué dans les versions françaises de Kiss Me, Kate!, Peter Pan et La Petite Boutique des horreurs ; Florence Pelly, dont le concert “J’en ai marre de l’amour” était tellement enthousiasmant que je l’ai vu au moins trois fois ; Gilles Vajou, découvert dans la version française de My Fair Lady à Liège et époustouflant dans la version française de Sugar (Certains l’aiment chaud) à Liège également ; Jacques Verzier, enfin, dont la voix de baryton ferait fondre une banquise, et qui partageait avec Gilles Vajou l’affiche de Sugar.

Accompagnés par un trio de jazz jouant de superbes arrangements de Thierry Boulanger, mis en scène avec son talent habituel par Laurent Pelly, cet attachant quatuor nous entraîne dans un univers sans queue ni tête qui célèbre un répertoire qui s’étend de Pierre Dac à Boby Lapointe en passant par un détournement d’une rhapsodie hongroise de Liszt par Michel Emer et Francis Blanche (“L’Homme de Cro-Magnon”)… et par cette chanson si chère à Matoo.


“Dracula – Éternel sera l’amour”

Théâtre du Trianon, Paris • 9.6.06 à 20h30

Musique : Lix Norman. Textes : Thierry Sforza, d'après l'œuvre de Bram Stoker. Avec Lix Norman, Ellia Palazzi, Laurent Pratt, Marie Galey, Zycki. Mise en scène : Alain Williams. Chorégraphie : Kriss Firmin. Costumes: Magali Bécart.

Certains auteurs de comédie musicale semblent fascinés par Dracula. C’est ainsi que, sur castalbumdb.com, on recense pas moins de cinq versions différentes dans quatre langues (anglais, allemand, espagnol, tchèque). Le site marchand footlight.com propose neuf CD de spectacles nommés Dracula. On en trouve plusieurs autres sur le site soundofmusic.de, dont une en tchétchène !

En se limitant à Broadway, Dracula the Musical (musique : Frank Wildhorn) n’a tenu l’affiche que cinq mois à la fin de l’année 2004. Curieusement, il suivait de peu Dance of the Vampires (un import allemand que j’avais vu à Stuttgart ; musique : Jim Steinman), qui a tenu à peine trois mois à la fin 2002, et précédait Lestat (musique : Elton John), qui a fermé ses portes il y a quelques jours après seulement deux mois de représentations.

Le théâtre musical français est parfois capable du meilleur (Ali Baba, La Guinguette a rouvert ses volets) mais aussi, beaucoup plus fréquemment, du pire. Il faut reconnaître à ce Dracula l’honnêteté de se présenter comme un “spectacle musical” et non comme une œuvre théâtrale, c’est-à-dire dotée d’une histoire compréhensible avec des personnages à la psychologie clairement définie et qui, si possible, vivent un “voyage” au cours de la pièce. Car ce spectacle ne répond à aucune des ces définitions.

Ce qui est frappant, c’est la réelle implication de tous ceux qui, sur scène, interprètent avec une passion et un sérieux remarquables des paroles du type “Mon pacte avec Satan a satiné mon âme” ou qui situent la Transylvanie “au-delà des dunes”. Le format du spectacle, qui n’est qu’un enchaînement de numéros chantés-dansés, ne facilite pas la compréhension de l’histoire... ni d’ailleurs le fait qu’une bonne partie des paroles soit incompréhensible compte tenu d’une sonorisation dont l’intelligibilité n’est de toute évidence pas la priorité première.

Il faut arriver armé d’un bon souvenir du roman de Bram Stoker pour espérer comprendre quelque chose à l’histoire... Et encore a-t-elle été largement simplifiée puisqu’on n’y retrouve pas le personnage de Van Helsing, par exemple.

Ce n’est donc pas qu’il n’y ait pas de talent dans cette aventure... mais ce qu’on distingue est bien mal employé.


Récital Audra McDonald (bis)

Théâtre du Châtelet, Paris • 1.6.06 à 20h

Difficile de résister à une deuxième visite. La salle n’est pas beaucoup plus pleine, mais l’atmosphère est plus électrique. Susan Graham est dans le public... Audra est superbe d’un bout à l’autre : aucune faute de goût ; la grande classe. Par rapport à la première représentation, des chansons annoncées au programme réapparaissent, notamment “Soon It’s Gonna Rain”, tirée de la comédie musicale The Fantasticks (celle qui a donné au monde la chanson “Try to Remember”, utilisée pour la publicité d’une marque de café) et “Will He Like Me?”, extraite de la comédie musicale She Loves Me.


Récital Audra McDonald

Théâtre du Châtelet, Paris • 30.5.06 à 20h

J’ai déjà eu l’occasion de dire (ici) tout le bien que je pense d’Audra McDonald. Son récital n’a pas fait salle comble, mais il était évident autour de moi que le public qui découvrait pour la première fois cette talentueuse jeune-femme et son répertoire essentiellement tiré du théâtre musical américain a été conquis par son charme, par sa technique vocale désarmante et, surtout, par son attention permanente au sens des mots, à l’interprétation des paroles.

Fidèle à son habitude, Audra McDonald a proposé un menu composé pour partie de “classiques” du théâtre musical et pour partie d’œuvres plus récentes. Elle a surpris notamment en interprétant la chanson “Your Daddy’s Son”, qu’elle a créée dans la comédie musicale Ragtime (tirée du roman éponyme de E. L. Doctorow)... ou encore “Dividing Day”, une chanson superbe tirée de The Light in the Piazza, actuellement à l’affiche à New York.

Un bien agréable récital, dont une seconde représentation est prévue jeudi 1er juin.


“Chantons dans le placard”

Le Tango, Paris • 11.4.06 à 20h30

Placard C’est une très intéressante idée qu’a eue Michel Heim —  le “papa” des Caramels Fous  — de brosser une rétrospective des visions de l’homosexualité dans la chanson populaire française à travers une petite comédie à trois personnages écrite avec sa verve habituelle. Chanson interlope d’avant-guerre, chanson cryptée à clé, chanson comique à l’humour douteux, chanson engagée, chanson confession, ... tous les styles sont représentés et commentés. Le propos est éclairant sans être lourd, pédagogique sans être pompeux. Et qu’est-ce qu’on rigole !

Il faut dire que la pièce est confiée à trois valeurs sûres des scènes parisiennes, dont les noms ne seront pas étrangers aux familiers de feu le Piano Zinc, déjà évoqué dans une note récente : Denis d’Arcangelo (dont l’alter ego, Madame Raymonde, est un peu l’anti-Charlène Duval), Benoît Romain et l’excellent Patrick Laviosa, l’un des tout meilleurs pianistes-accompagnateurs de la place de Paris (qui nous montre ici qu’il sait aussi jouer la comédie).