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“Paramour”

Lyric Theatre, New York • 11.6.16 à 15h

Le Cirque du Soleil s’est installé au Lyric Theatre avec ce qui est annoncé comme étant une comédie musicale mais est en réalité un énième avatar des spectacles visuels dont la compagnie canadienne est coutumière. Ça n’a vraiment aucun intérêt d’un point de vue théâtral, et encore moins d’un point de vue musical (c’est même pénible). Oui, les acrobates sont talentueux… mais ça s’arrête là.


“Manhattan Parisienne”

59E59 Theaters, New York • 2.1.15 à 20h30
Alain Boublil

Mise en scène et chorégraphie : Graciela Daniele. Avec Marie Zamora, Randy Redd, Jeremy Cohen et Stephen Zinnato.

ParisienneElle était Cosette dans la production parisienne des Misérables en 1991… et elle est mariée à Alain Boublil, le co-auteur des Misérables, de Miss Saigon et de Martin Guerre. Marie Zamora, qui semble se consacrer surtout à des concerts, réapparaît dans cette pièce musicale écrite par Boublil et dont la partition rassemble des standards français et américains.

Je m’attendais à un concert aux chansons vaguement reliées par un récit de circonstance. Au contraire : Manhattan Parisienne est bien conçue comme une pièce de théâtre, construite autour de la rencontre improbable d’une Française de passage pour quelques heures à New York (son vol y a été dérouté à cause de la météo) et d’un pianiste américain qui gagne péniblement sa vie en accompagnant des chanteurs dans un bar miteux.

On a beau être dans un minuscule théâtre, tout est extrêmement professionnel et très bien réglé — il faut dire que mettre Graciela Daniele aux commandes est une garantie de qualité. Je ne sais pas si Boublil a tout écrit directement en anglais, mais ses dialogues sont assez réussis… et on s’attache volontiers aux deux personnages principaux pendant les 80 minutes de cette petite pièce donnée sans entracte, même si le dénouement est un tout petit peu tiré par les cheveux.

Zamora y apparaît comme une comédienne attachante. Elle ne chante finalement pas tant que ça, mais sa voix y est mise joliment en valeur. Il faut dire qu’elle est particulièrement convaincante dans les chansons de Michel Legrand, qu’elle interprète apparemment assez souvent en concert.

Elle est très bien entourée, notamment par le séduisant Randy Redd, qui lui donne impeccablement la réplique et qui est un comédien charmant.


“Mistinguett (et puis c’est tout !)”

Vingtième Théâtre, Paris • 24.6.14 à 20h
Un spectacle musical conçu par Christophe Mirambeau et Jean-Philippe Maran

Direction artistique : Christophe Mirambeau. Direction musicale : Jean-Yves Aizic. Avec Charlène Duval, Franck Jeuffroy, Guillaume Beaujolais, David Jean et Éric Traonouez.

MistinguettDe temps à autre, l’inoxydable Charlène Duval, alias Jean-Philippe Maran, remonte sur scène le temps d’une paire de représentations pour le plus grand plaisir d’un groupe d’admirateurs aussi fidèles qu’enthousiastes.

Ce spectacle consacré à Minstinguett est de loin le meilleur récital de la Duval auquel on ait assisté.

D’abord parce que le choix de rendre hommage à Mistinguett par le biais de numéros peu connus tirés de ses revues — dont nombre de duos incluant des interactions avec des compères — plutôt qu’en ayant recours une fois de plus aux chansons les plus connues de la Miss est particulièrement inspiré.

Ensuite parce que Charlène est en grande forme — voix assurée et aisance totale… une aisance sans doute facilitée par le choix — lui aussi intelligent — de ne pas chercher à imiter Mistinguett mais d’incarner plutôt une sorte de version contemporaine de cette icône du music-hall.

Enfin parce que la Duval est merveilleusement entourée… tout particulièrement par un bien attachant orchestre qui interprète avec beaucoup d’esprit les merveilleuses orchestrations de Jean-Yves Aizic, Antoine Lefort et Roland Seilhes.


“Cabaret Jaune Citron”

L’Auguste Théâtre, Paris • 13.4.14 à 17h
Livret et lyrics : Stéphane Ly-Cuong. Musique et lyrics : Christine Khandjian. Musiques additionnelles : An Ton-That.

Mise en scène : Stéphane Ly-Cuong. Avec Clotilde Chevalier, Tanguy Duran et Ayano Baba.

CitronCréée en 2011, cette pièce musicale bien sympathique raconte avec humour et émotion le ressenti d’une Française née de parents vietnamiens en évitant plutôt adroitement la miévrerie et les poncifs sur le “retour aux sources”. L’écriture, rythmée et stylée, manie l’humour et l’ironie avec subtilité mais en fait des révélateurs de sincérité. Rien n’est pris au second degré, tout est sincère et candide. Les épisodes musicaux fournissent de jolies ponctuations intelligentes et inspirées.

Chapeau à la sympathique Clotilde Chevalier, qui porte toujours aussi bien la pièce. La mise en scène de Stéphane Ly-Cuong est d’une simplicité qui en démultiplie l’efficacité. On ressort touché par l’émotion authentique qui infuse ce joli parcours introspectif. Ça sent le vécu.


“La Revue des Ambassadeurs”

Opéra de Rennes • 1.1.14 à 16h
Musique et lyrics : Cole Porter (pour l’essentiel).

Conception et direction artistique : Christophe Mirambeau. Direction musicale : Larry Blank. Mise en espace : Valéry Rodriguez. Avec Lisa Vroman, Katherine Strohmaïer, Doug La Brecque, David Engel, Valéry Rodriguez

AmbassadeursJ’avais déjà évoqué en mai 2012 le travail minutieux conduit par Christophe Mirambeau pour recréer cette revue écrite par Cole Porter pour un cabaret parisien en 1928 et largement oubliée depuis. Le spectacle a été quelque peu reconfiguré entre-temps et il inclut désormais quelques clins d’œil à d’autres œuvres de Porter, voire à d’autres compositeurs (Gershwin, Coward).

On se régale devant autant de subtilité et de talent, que ce soit face aux lyrics ciselés de Cole Porter ou en entendant la délicieuse partition, sublimement réorchestrée et magnifiquement interprétée par l’Orchestre de Bretagne, qui a manifestement eu la possibilité de répéter plus longuement que l’Orchestre Pasdeloup à la Mutualité.

Le seul reproche que l’on puisse faire au spectacle, c’est qu’une partie du public se sent partiellement exclue en l’absence de tout dispositif de surtitrage ou de description de chansons dont le texte en anglais est pourtant tout sauf secondaire.

Pour le reste, c’est un régal… et, bien que n’étant nullement puriste en la matière, je dois reconnaître que l’absence de micros est assez reposante… même si les chanteurs d’aujourd’hui ne sont plus vraiment formés à se faire entendre dans ces conditions. Du quatrième rang d’orchestre, c’était largement tolérable.


“Zelda et Scott”

Théâtre La Bruyère, Paris • 24.9.13 à
Renaud Meyer

Mise en scène : Renaud Meyer. Avec Sara Giraudeau (Zelda), Julien Boisselier (F. Scott Fitzgerald), Jean-Paul Bordes (Hemingway) et le Manhattan Jazz Band : Xavier Bornens (trompette), François Fuchs (contrebasse), Aidje Tafial (batterie).

ZeldaCouple mythique du Jazz Age, Scott et Zelda Fitzgerald brûlaient la vie par les deux bouts, l’un allant chercher dans l’alcool qui allait le tuer la légèreté nécessaire à sa plume tandis que l’autre s’enfonçait lentement dans la folie. Aussi romanesques que les personnages des romans de Scott, ils ont inspiré de nombreux romans, films et pièces de théâtre… dont une comédie musicale assez réussie intitulée The Beautiful and the Damned, créée à Londres il y a une dizaine d’années.

La pièce que leur consacre Renaud Meyer est remarquable. Son écriture révèle à la fois un solide sens de la construction et un talent rare pour “sonner juste” : le texte coule, léger et profond à la fois, avec une belle sensibilité au rythme et à l’euphonie. Il donne vie à Zelda et Scott avec une remarquable économie de moyens, sans jamais céder à la facilité.

La pièce inclut de délicieux intermèdes musicaux évocateurs des années 1920, qui contribuent à établir ce climat d’insoutenable légèreté qui sous-tend la pièce.

Distribution de rêve : Sara Giraudeau et Julien Boisselier sont saisissants dans les deux rôles principaux et Jean-Paul Bordes donne une belle présence au personnage plus grave d’Hemingway. Petit miracle : la façon de dire le texte est totalement naturelle, totalement dépourvue de cette curieuse emphase artificielle qui pollue la diction de tant de comédiens français, un hommage à la qualité du texte de Meyer et sans doute aussi à ses talents de metteur en scène.

Giraudeau se sort avec les honneurs d’une longue et belle scène de folie qui aurait fait trébucher plus d’une comédienne. Elle confirme la bonne impression qu’elle m’avait inspirée dans Colombe.

Un nom présent sur l’affiche aurait suffi à lui seul à me donner envie de voir la pièce : celui de Jean-Marc Stehlé, décorateur de génie, qui démontre une fois encore l’étendue infinie de son talent. Stehlé est le roi de la plasticité et de la métamorphose : la petite taille du théâtre, loin de le décourager, le force à être encore plus créatif.


“I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky”

Théâtre du Châtelet, Paris • 11.6.13 à 20h
Musique : John Adams. Livret & lyrics : June Jordan.

Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti. Direction musicale : Alexander Briger. Avec Carlton Ford (Dewain), Hlengiwe Mkhwanazi (Consuelo), Joel O’Cangha (David), Janinah Burnett (Leila), John Brancy (Mike), Jonathan Tan (Rick), Wallis Giunta (Tiffany).

CeilingJ’ai gardé un souvenir ému de ce jour de la saison 1995/1996 où j’ai découvert cette œuvre à la MC93 de Bobigny, dans une mise en scène de Peter Sellars, sans très bien savoir ce que j’allais voir. C’est une œuvre hybride et difficile à décrire. Sur le plan musical, on navigue entre l’opéra et la comédie musicale, avec une partition qui doit autant à Ravel qu’au gospel ou à Burt Bacharach. Sur le plan dramatique, bien que la pièce raconte une histoire continue avec exposition, nœud et dénouement, la forme évoque plus le cycle de lieder que le théâtre musical au sens traditionnel du terme.

I Was Looking at the Ceiling… se déroule au moment du grand tremblement de Northridge de 1994, qui a lourdement affecté Los Angeles. Mais ce sont les bouleversements apportés à la vie des personnages principaux qui sont au centre la pièce. L’argument est un peu convenu et les lyrics, parfois pontifiants, mais la partition est superbe, variée et pleine de couleurs séduisantes.

Le Châtelet, une fois de plus, nous propose une production de très grande qualité. La mise en scène, réglée au cordeau, est intelligemment conçue comme une série de tableaux qui suivent le cycle de chansons. Elle s’appuie sur des éléments de décor d’une époustouflante versatilité, couplés à des lumières et des projections inventives et remarquablement réglées. La distribution est de bon niveau, même si on n’atteint pas la perfection de l’enregistrement paru en 1996 chez Nonesuch, avec notamment l’inégalable Audra McDonald.


Anthony Rapp: “Without You”

Menier Chocolate Factory, Londres • 8.9.12 à 20h

RappLa genèse et le triomphe de la comédie musicale Rent ont pris tellement de place dans sa vie que ça doit être difficile d’imaginer vivre un jour expérience aussi intense : Anthony Rapp, le créateur du personnage de Mark, a imaginé un one man show dans lequel il mêle ses souvenirs de la création de Rent à ceux du décès de sa mère, emportée progressivement par un cancer à la même époque.

Le spectacle est émouvant, incontestablement, même si on ne peut pas s’empêcher de se sentir un peu manipulé par moment. Rapp a une belle présence et le cocktail musical, qui mélange chansons de Rent et compositions originales, est efficace.


“Fantasmes de Demoiselles”

Théâtre 14, Paris • 21.10.11 à 20h30
René de Obaldia. Musique : Lionel Privat.

Mise en scène : Pierre Jacquemont. Avec Laurent Conoir, Isabelle Ferron, Pierre Jacquemont, Manon Landowski.

René de Obaldia, auteur inclassable s’il en est, a imaginé une cinquantaine de petites annonces rédigées par des femmes à la recherche de l’homme de leurs rêves. Le texte d’Obaldia est un triomphe de fantaisie et d’humour, porté par un style poétique élégant et mutin qui célèbre discrètement les richesses de la langue française.

Les annonces, mises en musique par Lionel Privat, sont dites par quatre excellents comédiens (dont l’irrésistible Isabelle Ferron) dans une mise en scène tonique et inventive s’appuyant sur un élégant dispositif scénique à malices de Michel Lebois.

Le seul reproche que l’on puisse faire, au fond, c’est que la succession des annonces finit par souligner l’absence d’un mouvement d’ensemble qui porterait la pièce d’un point A à un point B. Une cinquantaine d’annonces les unes derrière les autres, c’est beaucoup. Beaucoup trop. Heureusement, les meilleures ont été sagement placées vers la fin, si bien que l’on termine plutôt en apothéose.


“Cabaret Jaune Citron”

Vingtième Théâtre, Paris • 29.6.11 à 21h30
Mise en scène, livret, lyrics : Stéphane Ly-Cuong. Lyrics et musiques : Christine Khandjian. Musiques additionnelles : An Tôn-Thât. Avec Clotilde Chevalier, Thibault Durand et Ayano Baba.

On ne parle bien que de ce qu'on connaît bien... et avec d'autant plus de conviction qu’on laisse parler son cœur. Ce spectacle musical, qui explore avec talent et humour le ressenti d’une Française contemporaine née de parents vietnamiens, en est une jolie illustration.

Ce qui fait le charme de ce spectacle, c’est son honnêteté, sa sensibilité et son sens de la mesure, qui évite tout pathos et tout sentiment artificiel. Sur l'air de ne pas y toucher, la pièce dit des choses toujours justes et parfois émouvantes, avec des touches d’humour toujours légères et bien vues. C'est touchant parce que c'est sincère et que c'est dit simplement, sans artifices formels mais avec invention et talent, avec une foule de petites trouvailles inattendues.

Les chansons sont de vraies chansons de théâtre : elles ont quelque chose à dire et elles le disent en y mettant cette petite dose de poésie indispensable pour ne pas se vautrer dans le caniveau. Fait suffisamment rare pour être souligné, elles évitent de faire du surplace en ne livrant pas tous leurs secrets dès la première phrase.

Les lumières n’étaient pas encore complètement au point lors de cette représentation, mais c'était la première, et on peut imaginer que les choses se sont améliorées par la suite. L’écriture et la mise en scène savent joliment jouer des silences, une richesse dramatique souvent mal exploitée.

Le rôle principal d’Yvonne Nguyen est tenu par la délicieuse Clotilde Chevalier : dotée d’une jolie présence et d’une personnalité attachante, très belle chanteuse, elle a juste un peu de mal à faire oublier que le texte est écrit, bien que ça s'améliore au fil du spectacle.

Elle est bien accompagnée par Ayano Baba au piano et par Thibault Durand, dont la belle voix grave et bien posée est délicieuse.

Full disclosure : Stéphane Ly-Cuong est un ami et je n’ai pas payé ma place.


“Encore un tour de pédalos”

Théâtre du Rond-Point (salle Jean Tardieu), Paris • 24.11.10 à 21h
Écrit, mis en musique et mis en scène par Alain Marcel.

Arrangements et piano : Stan Cramer. Avec Yoni Amar (le juif), Philippe d’Avilla (le Français de souche), Steeve Brudey (le noir), Djamel Mehnane (l’Arabe).

Dans les années 1980, Alain Marcel s’était fait remarquer avec un spectacle décapant sur l’homosexualité intitulé Essayez donc nos pédalos. Je ne l’ai jamais vu, mais j’en ai beaucoup entendu parler.

Trente ans plus tard, il revient avec une “suite” adaptée au 21ème siècle, Encore un tour de pédalos.

Comme d’habitude avec Alain Marcel, on est fasciné par le talent de l’écriture — même si les chansons à liste, aussi brillamment écrites soit-elles, finissent parfois par lasser.

Encore un tour de pédalos laisse sur une impression mitigée. Mitigée parce que les moments sublimes alternent avec des séquences nettement moins inspirées et parfois interminables. Mitigée parce que les ruptures de ton sont parfois un peu difficiles à encaisser. Mitigée parce que la posture militante, poing en l’air, n’est peut-être plus aussi compréhensible en 2010, même si des homosexuels continuent à être maltraités un peu partout dans le monde dans une indifférence relativement générale.

On ressort néanmoins impressionné par l’implication des quatre interprètes et par le réglage millimétrique d’un spectacle qui démontre que l’on peut faire du théâtre fort avec quelques costumes, quelques lumières et quelques idées clairement exprimées.


Cinq de cœur : “Chasseurs de sons”

Théâtre du Ranelagh, Paris • 21.11.10 à 17h

Mise en scène : Marc Locci. Avec Pascale Costes, Sandrine Mont-Coudiol, Karine Sérafin, Patrick Laviosa, Xavier Margueritat.

Voilà plusieurs années que je n’avais pas eu le plaisir d’assister à un spectacle de ce groupe vocal particulièrement sympathique. Quelques têtes ont changé, mais le plaisir reste intact.

Les “Cinq de cœur” se spécialisent dans l’interprétation a cappella de “tubes” musicaux, qu’ils soient issus du classique, de la variété ou d’autres répertoires. À eux cinq, ils prennent en charge la mélodie et le chant, mais aussi l’accompagnement, la rythmique, les effets sonores… en y injectant au passage une bonne dose d’humour.

On ne voit pas passer le temps pendant ce petit spectacle de 90 minutes tant on est impressionné par la quantité de talent rassemblée sur la petite scène du Théâtre du Ranelagh. Les cinq interprètes sont absolument épatants, même si j’avoue un faible pour la voix chaleureuse de Sandrine Mont-Coudiol, qui me fait fondre lorsqu’elle interprète “Ma plus belle histoire d’amour” avec une voix qui, plus que Barbara, rappelle étonnamment celle d’Anne Sylvestre. (Une mention, quand même, pour Xavier Margueritat, qui possède l’une des voix de baryton les plus mélodiques que j’aie jamais entendues.)

Le spectacle est bien pensé, plein d’invention, charmant, léger, rigolo… et réalisé de manière impeccable. On en reprendrait volontiers.


“Sondheim on Sondheim”

Studio 54, New York • 22.5.10 à 19h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim

Sos Conception et mise en scène : James Lapine. Direction musicale : David Loud. Avec Barbara Cook, Vanessa Williams, Tom Wopat, Leslie Kritzer, Norm Lewis, Euan Morton, Erin Mackey, Matthew Scott.

La planète “comédie musicale” est mise en ébullition cette année par le quatre-vingtième anniversaire de Stephen Sondheim, et ce spectacle est l’une des contributions new-yorkaises à la série d’hommages rendus au maître contemporain du genre.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire, les chansons de Sondheim ne s’épanouissent qu’imparfaitement dans le genre “revue”, dans lequel elles sont sorties de leur contexte naturel. Elles sont en effet tellement liées au contexte et aux personnages de chaque œuvre qu’elles semblent toujours un peu orphelines lorsqu’on les isole. C’est d’ailleurs exactement cela qui fait de Sondheim un auteur de théâtre aussi génial.

Pour tenter de compenser cet aspect, il faut donc rassembler des interprètes talentueux et, si possible, trouver un concept unificateur qui atténue un peu les conséquences de la perte de contexte.

L’objectif est partiellement atteint avec ce Sondheim on Sondheim, conçu par James Lapine, avec qui Sondheim écrivit notamment Sunday in the Park With George, Into the Woods et Passion. Le spectacle est organisé autour d’interviews de Sondheim projetées sur un impressionnant mur audio-visuel capable de se reconfigurer de multiples façons. On y découvre un Sondheim particulièrement attachant, détendu, plein d’humour, capable de prendre du recul par rapport à son œuvre mais aussi à sa vie personnelle. On y apprend pas grand’ chose pour qui s’intéresse un peu à Sondheim, mais ces séquences forment un socle sans lequel le spectacle aurait sans doute beaucoup moins d’assise.

Les interprètes sont généralement superbes : la divine Barbara Cook, qui n’a plus rien à démontrer ; Vanessa Williams, styliste vocale suprême ; le chaleureux Tom Wopat ; Leslie Kritzer, que l’on retrouve avec plaisir après son tour de force dans Funny Girl au Paper Mill Playhouse il y a quelques années ; le somptueux Norm Lewis, dont la voix ferait fondre le plus endurci des cœurs de pierre, etc.

Quelques touches d’humour plutôt bien pensées ponctuent le spectacle, comme cette collection d’interprétations de la chanson “Send in the Clowns” trouvées sur YouTube.

Grâce aux interviews projetées, on ressort satisfait et séduit, mais certainement pas bouleversé comme on l’est généralement à la sortie d’un spectacle de Sondheim – après tout, comme le dit Sondheim lui-même, ses chansons ne sont pas autobiographiques, elles sont indissociablement liées aux œuvres pour lesquelles elles ont été écrites. Mais c’est la loi du genre…

Vivement que quelqu’un ait l’idée d’éditer un DVD avec toutes les séquences que l’on imagine tournées mais non utilisées en vue du spectacle.


“La grande fête du théâtre musical”

Théâtre Comédia, Paris • 10.5.10 à 20h30

Ça devient une habitude : sur le même modèle que la soirée de l’année dernière, les artisans du théâtre musical à la française se réunissent le temps d’une soirée pour célébrer leur passion commune. C’est toujours un peu long (même s’il y a de sérieux progrès), de qualité franchement inégale, mais l’enthousiasme communicatif des interprètes fait chaud au cœur.


“Les Miséreuses”

Théâtre Clavel, Paris • 22.4.10 à 21h30
Adaptation musicale des Misérables de Victor Hugo par Christian Dupouy. Mise en scène : Luc Carpentier et Christian Dupouy. Avec Luc Carpentier, Jean-Marc Daniel, Jean-François Dewulf, Louis Marcillac et Christian Dupouy.

Ils sont de retour : les Versatiles, dont on avait apprécié le talent pour le détournement de chansons à l’occasion d’un spectacle fort apprécié il y a quatre ans, reviennent avec une adaptation décoiffante des Misérables. Le principe est simple : on prend une histoire bien connue et on s’accorde quelques libertés narratives en injectant beaucoup de second degré, quelques anachronismes, une bonne dose de citations joliment choisies et, surtout, beaucoup de références musicales (essentiellement issues du monde de la variété, mais l’opéra n’est pas absent), joyeusement détournées.

On est loin de la comédie musicale de Boublil et Schönberg ! Le spectacle, qui est tout sauf subtil, se maintient à flot grâce à la variété et à la densité des traits d’humour. On apprécie également la mise en scène resserrée et les efforts pour que les numéros musicaux soient de qualité, notamment grâce à de réels efforts chorégraphiques.

Si vous rêvez d’apprendre quelle est la carrière médicale qui fait secrètement rêver Cosette (à qui Dupouy donne la meilleure réplique de la soirée, une histoire de seaux d’eau qu’il est malheureusement exclu de reproduire sur ce blog), direction le Théâtre Clavel !


“Non, je ne danse pas”

La Pépinière théâtre, Paris • 27.2.10 à 16h
De Lydie Agaesse. Musique : Thierry Boulanger et Patrick Laviosa.

Mise en scène : Jean-Luc Revol. Avec Magali Bonfils, Christine Bonnard, Florence Pelly, Ariane Pirie. Et Thierry Boulanger (piano) et Benoît Dunoyer et Segonzac (contrebasse).

Quatre femmes se croisent et se recroisent dans un kaléidoscope de petites tranches de vie impressionnistes, sorte d’assemblage cubiste de saynètes plus ou moins déjantées sur la vie, l’amour et tout le reste.

Le produit fini proposé par Lydie Agaesse à l’écriture et Jean-Luc Revol à la mise en scène n’exploite qu’imparfaitement le potentiel pourtant énorme que recèlent :

  • la somptueuse partition originale de Thierry Boulanger et Patrick Laviosa, malheureusement trop peu utilisée ;
  • l’irrésistible quatuor de comédiennes dans lequel se distinguent en particulier une Ariane Pirie plus déjantée que jamais et, surtout, la phénoménale, la gigantesque, l’inégalable Florence Pelly, scandaleusement sous-employée sur les scènes parisiennes.

Les récitals de Florence Pelly à l’Européen figurent parmi mes meilleurs souvenirs de spectacles musicaux, toutes latitudes confondues. Pelly possède une voix profonde et envoûtante, à la couleur caramel, au timbre grave et chaleureux à la fois, qui semble nimbée d’un halo de myrrhe et de musc. Elle la met au service d’un réjouissant instinct comique qui fait mouche à coup sûr. Quelle meneuse de revue elle aurait fait si elle était née quelques décennies plus tôt… La voir justifie largement le prix du billet, même si le spectacle est loin d’être parfait.


“Talent”

Menier Chocolate Factory, Londres • 17.10.09 à 15h30
Victoria Wood (1978)

Mise en scène : Victoria Wood. Avec Leanne Rowe (Julie), Suzie Toase (Maureen), Jeffrey Holland (George), Mark Hadfield (Arthur), Eugene O’Hare (Mel), Mark Curry (Compere).

Reprise de la première pièce de Victoria Wood, qui contribua à lancer la carrière de celle qui est devenue par la suite une comédienne à succès, connue surtout pour sa capacité à observer le comportement de ses contemporains pour mieux le satiriser.

La pièce se déroule sur la “scène”, puis dans les coulisses d’une boîte de nuit de Manchester à la fin des années 1970, juste avant un concours destiné à repérer de nouveaux talents. Le texte de Wood est un feu d’artifices comique, qui laisse rarement le temps de reprendre son souffle entre deux traits qui font mouche. Il est servi par une distribution excellente et une mise en scène qui sait garder le bon tempo. Ça ne vole pas toujours très haut, mais on rit de bon cœur.

Cerise sur le gâteau, la pièce est émaillée de chansons plutôt réussies.


“Vilaines Filles, Mauvais Garçons”

Péniche Adélaïde, Paris • 13.10.09 à 20h30
Conception et mise en scène : Stéphane Ly-Cuong. Chorégraphie : Nelly Célérine. Avec Isabelle Lardin-Huynh, Dan Menasche, Cyril Romoli, Olivier Ruidavet, Julie Wingens.

J’ai parlé à plusieurs reprises (ici, ici, ici) de Stéphane Ly-Cuong et de son talent pour monter de petits spectacles musicaux aussi sympathiques et intelligemment conçus qu’ils sont modestes.

C’est cette fois le superbe répertoire de Serge Gainsbourg qui sert de base à un spectacle plein d’invention et de fantaisie, qui ne se contente pas d’enchaîner les tubes mais qui les agence sous forme de vignettes et de tableaux dans lesquels abondent les clins d’œil malins et les jeux sur le sens. Le rythme est soutenu — on se contente parfois de quelques mots d’une chanson — et la mise en scène minutieuse témoigne de la volonté d’aller toujours au-delà de l’interprétation de chansons pour construire un véritable récit.

Même si j’ai quelques préférences, il faut reconnaître que la distribution est particulièrement homogène dans son adhésion au projet et dans la qualité de ses prestations. Gros coup de cœur, néanmoins, pour la prestation espiègle et pince-sans-rire de la délicieuse et irrésistible Isabelle Lardin-Huynh — qu’on a envie d’appeler Yvonne. À quand le one-woman show ?

[“Full disclosure” : Stéphane est un ami et je n’ai pas payé ma place.]


“Metropolita(i)n”

La Péniche Opéra, Paris • 4.6.09 à 21h
Musique et lyrics : Barry Kleinbort et Christophe Mirambeau. Scènes : Ken Bloom.

Mise en scène : Olivier Bénézech. Direction musicale : Paul Greenwood. Avec Vincent Héden, Gay Marshall, Liza Michaël, Jérôme Pradon, Caroline Roëlands, Richard Waits.

N’étant pas totalement étranger à ce spectacle, je resterai bref dans mes commentaires. Metropolita(i)n est une œuvre de théâtre musical conçue comme une revue dans laquelle se mêlent les impressions transatlantiques de Parisiens découvrant New York et, symétriquement, de New Yorkais visitant Paris. Cette représentation n’est qu’une lecture partielle d’une version non définitive du spectacle — les Américains diraient un workshop — présentée dans le cadre des “Découvertes Diva”, un festival qui nous propose de partir à la découverte d’œuvres musicales nouvelles.

La qualité globale est très supérieure à ce que l’on trouve d’habitude sur les scènes musicales parisiennes. L’écriture est inspirée, efficace, souvent émouvante, parfois bouleversante… et l’engagement de la distribution fait plaisir à voir. On attend la suite avec une certaine impatience, en espérant que ce Metropolita(i)n connaisse l’avenir qu’il mérite.

“La grande fête du théâtre musical”

Théâtre Comédia, Paris • 11.5.09 à 20h30

Gfdtm Cette manifestation était co-organisée par Regard en Coulisse (qui fête ses dix ans avec une nouvelle maquette très réussie) et par les sympathiques animateurs du “réseau” Diva, consacré à la promotion du théâtre musical.

La soirée est consacrée à une évocation du théâtre musical, essentiellement dans ses incarnations parisiennes, qu’elles soient passées (le rideau se lève sur une évocation de l’inoubliable production de Kiss Me, Kate mise en scène par Alain Marcel), présentes ou futures (grâce à des fenêtres ouvertes sur des œuvres en cours de conception, notamment celles qui seront prochainement présentées dans le cadre des “Rencontres Création” organisées par Diva).

Malgré une longueur totale un peu élevée, le format est bien pensé et les tableaux s’enchaînent sans laisser de place — à une exception près — à des épanchements d’autocongratulation déplacés. Au contraire, c’est le plaisir de se retrouver “tous ensemble” autour d’une passion commune pour le théâtre musical qui domine la soirée.

Les extraits présentés témoignent de la variété et de la vitalité du genre… et, même si la qualité des prestations est variable, un tel enthousiasme collectif ne peut que séduire.