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“My Fair Lady”

Det Kongelige Teater (Gamle Scene), Copenhague • 29.5.10 à 19h30
Musique : Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw. Adaptation en danois : Kasper Hoff (livret) et Karen Hoffmann (lyrics).

Mise en scène : Kasper Holten. Direction musicale : David Firman. Avec Cecilie Stenspil (Eliza Doolittle), Søren Pilmark (Henry Higgins), Stig Hoffmeyer (Pickering), Mette Horn (Mrs. Pearce / Zoltan Karpathy), Malene Schwartz (Mrs. Higgins), Zlatko Buric (Alfred P. Doolittle), Magnus Vigilius (Freddy Eynsford-Hill), Lise-Lotte Nielsen (Mrs. Eynsford-Hill)…

Il est toujours très intéressant de voir une nouvelle production de My Fair Lady, surtout sur une scène comme celle du Théâtre royal du Danemark, connue pour ne jamais laisser la mise en scène à l’arrière-plan. Mais l’attrait principal de cette production, c’est bien sûr son orchestre au grand complet, mené de main de maître par le chef anglais David Firman, que j’avais d’ailleurs vu peu de temps auparavant sur la scène du Royal Albert Hall où il était l’un des quatre chefs du spectacle The Night of 1000 Voices.

My Fair Lady constitue un relatif casse-tête compte tenu des nombreux changements de décor à gérer, notamment vers la fin de l’œuvre, où ils s’accélèrent. Cette production relève le défi haut la main grâce à un décor fort ingénieux, capable non seulement de s’adapter aux contraintes du texte, mais également de donner au metteur en scène une certaine liberté pour ajouter quelques traits personnels assez originaux.

Le décor à deux niveaux de Marie í Dali permet de positionner chaque classe sociale dans une hiérarchie visuelle : en haut, les riches ; en bas, dans des recoins sombres, les pauvres. Quand Doolittle vient chez Higgins pour essayer de lui extorquer un peu d’argent, il reste dans la rue, tandis que Higgins lui parle du haut d’une fenêtre à l’étage.

Quand l’orchestre commence à jouer l’ouverture, des comédiens viennent saluer devant le rideau tandis qu’une partie de la troupe, répartie dans la salle, applaudit (ou hue). C’est que la pièce, on le sait, commence à la fin d’une représentation d’opéra à Covent Garden : le metteur en scène en profite pour donner l’impression de commencer par la fin.

Puis les traits originaux se multiplient : pendant la chanson “Wouldn’t It Be Loverly?”, des danseurs en frac, canne et haut de forme apparaissent comme pour mieux matérialiser l’aspect onirique de la chanson. Un peu plus tard, lorsque Freddy chante “On the Street Where You Live” devant la maison de Higgins, il se retrouve soudain en train de danser sur les toits, à la façon des ramoneurs de Mary Poppins. Entre temps, le public aura bien rigolé en voyant les chapeaux du Royal Ascot, tous en forme de théière, tasse, voire de plateau à thé entier.

Le trait peut-être le plus original consiste à laisser Eliza s’envoler (à la façon de Billy Elliot) pendant qu’elle valse avec le Prince de Transylvanie à la fin du premier acte. L’idée illustre fort bien l’état dans lequel se trouve Eliza à ce moment-là… mais on ne peut s’empêcher de penser que le procédé manque de subtilité… Du moins jusqu’à ce qu’arrive le début du deuxième acte : tout le monde se réjouit de l’exploit de Higgins en oubliant complètement la pauvre Eliza et la totalité de la chanson “You Did It” se déroule alors qu’Eliza pendouille toujours au bout de son filin, complètement oubliée de tous et manifestement excédée.

Pour la scène finale, le metteur en scène n’a pas réussi à rester dans le non-dit voulu par les auteurs. Higgins et Eliza tombent dans les bras l’un de l’autre et s’embrassent à pleine bouche. Il faut reconnaître que c’est une fin assez logique compte tenu de la façon dont les comédiens ont été dirigés pendant toute l’œuvre.

Belle distribution, très compétente dans l’ensemble. Je ne me suis rendu compte qu’une fois de retour à mon hôtel que c’est la même comédienne qui joue les rôles de Mrs. Pearce et de Zolta Karpathy, un choix pour le moins inhabituel…

Je me suis aperçu en me promenant dans la ville que j’aurais pu voir une matinée de Mary Poppins avant la représentation de My Fair Lady : mon sens légendaire de la planification a du plomb dans l’aile !