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“Au Temps des croisades”

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 23.12.09 à 20h
Claude Terrasse (1901). Livret : Franc-Nohain.

Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Philippe Nicolle. Avec Gilles Bugeaud (Hippolyte), Olivier Dureuil (Patrick), Anne-Lise Faucon (Karine), Emmanuelle Goizé (Corinne), Olivier Hernandez (Thierry), Flannan Obé (Didier), Charlotte Saliou (Bertrade), Valérie Véril (une servante), Jacques Ville (Adalbert).

Une production d’une telle indigence que je préfère m’abstenir de commenter. Et dire qu’il y a eu une époque où pour rien au monde je n’aurais manqué un spectacle de la compagnie Les Brigands…


“Friederike”

Opéra Berlioz, Montpellier • 31.7.09 à 21h
Franz Lehár (1928), livret de Ludwig Herzer et Fritz Löhner-Beda

Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon, Lawrence Foster. Avec Nicola Beller Carbone (Friederike), Marius Brenciu (Goethe), Yves Saelens (Lenz), Mirjam Neururer (Salomea)…

Belle idée de la part du Festival de Montpellier que de proposer en deuxième partie de cette soirée de clôture une version concert de ce singspiel rarement entendu du génial Franz Lehár (et dont, par coïncidence, un enregistrement a priori alléchant — avec Klaus Florian Vogt en Goethe — est annoncé chez CPO dans quelques jours). Les dialogues ont été supprimés et remplacés par un récit ânonné sans beaucoup d’inspiration par une comédienne dont le programme de salle choisit sagement d’omettre le nom. 

La partition de Lehár est d’une impressionnante richesse mélodique et elle reste le plus souvent dans le registre de la ballade, même si la valse et la polka font de discrètes mais remarquées apparitions. Le grand air de tristesse de l’héroïne dans le deuxième acte, “Warum hast du mich wachgeküsst?”, est une petite merveille, à la fois pour son invention mélodique et pour le somptueux accompagnement orchestral en secondes descendantes, d’une tristesse infinie. (Il a d’ailleurs été enregistré par Barbara Hendricks sur son CD d’airs d’opérettes, avec… un certain Lawrence Foster. La version anglaise, “Why Did You Kiss My Heart Awake?”, est très présente sur les anthologies d’opérette.)

Interprétation très honnête dans l’ensemble, quoique le pauvre Marius Brenciu (déjà aperçu en Lenski dans un Eugène Onéguine bien peu convaincant) glace régulièrement les sangs des spectateurs avec ses aigus mal assurés. Lawrence Foster et l’Orchestre National de Montpellier réservent des égards immenses à la partition — peut-être un peu trop, d’ailleurs, par moments : la polka en perdrait presque sa charmante rusticité.


“La Cour du roi Pétaud”

Théâtre de l'Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 20.12.08 à 20h
Musique : Léo Delibes (1869). Livret : Adolphe Jaime et Philippe Gille.

Compagnie Les Brigands. Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Jean-Philippe Salério. Avec Rodolphe Briand (Le roi Pétaud VIII), Flannan Obé (Volteface), Emmanuelle Goizé (Le prince Léo), Mélody Louledjian (Girandole), Vincent Deliau (Alexibus XXIV), Jean-Philippe Catusse (Tournebride), Gilles Favreau (Zéro), Claire Delgado-Boge (Mademoiselle de Formerose), Olivier Hernandez/François Rougier (Pitois), Estelle Kaïque (Madame de la Pinchette), Xavier Mauconduit (Corbillon), Camille Slosse/Marie-Bénédicte Souquet (Madame de Bois-pigeon), Ainhoa Zuazua Rubira (Mademoiselle de Belleausoir).

Cet opéra-bouffe de Léo Délibes, connu aujourd’hui surtout pour ses ballets (Coppélia) ou pour Lakmé, est un petit délice. La partition (ici très joliment orchestrée pour une formation réduite par Thibault Perrine) est charmante et le livret est plein d’esprit. Certes il est possible que certaines références historiques nous échappent — notamment les gentilles pointes contre Napoléon III —, mais le programme de salle aide bien à remettre à l’œuvre en contexte.

Je n’avais pas été tendre avec la dernière production des Brigands (ici), mais tout ce qui m’avait agacé l’année dernière a disparu ici : la mise en scène est inspirée ; le texte et la partition sont respectés (même si j’imagine que la citation du fameux “Air des clochettes” de Lakmé n’est pas d’origine puisqu’elle est anachronique) ; les interprètes font montre d’une relative sobriété qui ne sert que mieux le rythme du livret et le tempo, fort inspiré, de la mise en scène.

En bref, cette production présente toutes les qualités que l’on aime lorsque Les Brigands sont inspirés. Pourvu qu’ils continuent à ressusciter tous ces chefs d’œuvre oubliés.


“The Merry Widow”

Coliseum (English National Opera), Londres • 10.5.08 à 18h30
La Veuve joyeuse. Franz Lehár (1905). Livret de Viktor Léon et Leo Stein, d’après L’Attaché d’embassade d’Henry Meilhac. Adaptation en anglais de Jeremy Sams.

Direction musicale : Oliver von Dohnányi. Mise en scène : John Copley. Avec Michelle Walton (Hanna Glawari), John Graham-Hall (le Comte Danilo Danilowitsch), Richard Suart (le Baron Mirko Zeta), Alfie Boe (Camille de Roussillon), Fiona Murphy (Valencienne), Hal Cazalet (le Vicomte Cascada), Daniel Hoadley (Raoul de St Brioche), Roy Hudd (Njegus)…

Il est toujours un peu déroutant de se souvenir que La Veuve joyeuse (enfin, Die lustige Witwe, plus précisément) a été créée — au vénérable Theater an der Wien de Vienne — trois semaines après la première du Salome de Strauss au Hofoper de Dresde. Mais la musique de Lehár est un total enchantement. D’une certaine façon, elle redonne vie à un genre, l’opérette, qui commençait à donner de sérieux signes de faiblesse.

Cette toute nouvelle production de l’English National Opera est une réussite sur bien des plans : superbe direction musicale du chef slovaque Oliver von Dohnányi, qui éclaire la voluptueuse sensualité de la partition de Lehár ; magnifique adaptation de Jeremy Sams, riche en ressorts comiques et qui sait se faire délicieusement poétique par moments ; belle mise en scène pleine d’énergie, qui sert habilement tous les registres, y compris la farce avec la chanson “Quite Parisian” de Njegus au troisième acte, dans laquelle le comédien Roy Hudd fait des étincelles. Tout cela est indicutablement plus réussi qu’à l’Opéra de Lyon dans la désastreuse “adaptation” de Macha Makeïeff.

Belle distribution de manière générale : on y retrouve Richard Suart, récemment vu dans The Mikado, et Alfie Boe, vu dans Kismet. Le rôle de Hanna Glawari devait être tenu par Amanda Roocroft mais celle-ci, souffrante, a été remplacée “au pied levé” par Michelle Walton, qui doit assurer la représentation du 21 mai. Bilan : onze jours plus tôt, elle est déjà parfaitement prête. Quant à Danilo, il est interprété avec beaucoup de finesse par un John Graham-Hall qui se révèle très bon comédien en plus d’être bon chanteur.

Notre plaisir serait sans borne si l’acoustique du Coliseum ne se révélait une fois de plus parfaitement désastreuse. Les chanteurs portent des micros, mais je suis à peu près sûr qu’ils ne sont utilisés que pour les dialogues. Avec ou sans amplification, le résultat est épouvantablement mauvais. Cette salle est éprouvante.


“The Mikado”

English National Opera, Londres • 23.2.08 à 14h30
Arthur Sullivan (1885). Livret et lyrics : W. S. Gilbert.

Direction musicale : Wyn Davies. Mise en scène : Jonathan Miller, recréée par David Ritch. Avec Richard Suart (Ko-Ko), Robert Murray (Nanki-Poo), Sarah Tynan (Yum-Yum), Graeme Danby (Pooh-Bah), Frances McCafferty (Katisha), Richard Angas (Le Mikado), Richard Burkhard (Pish-Tush), Anna Grevelius (Pitti-Sing), Fiona Canfield (Peep-Bo)…

The Mikado occupe sans doute dans la culture populaire anglaise la place que La Vie parisienne occupe dans la culture française. Il faut dire que la partition de Gilbert & Sullivan est un véritable régal. (Pour ceux qui ne connaîtraient pas, une excellente introduction est fournie par le chef d’œuvre de Mike Leigh, Topsy-Turvy.)

Cela fait 20 ans que l’English National Opera ressort régulièrement cette production imaginée par Jonathan Miller, et dont l’affiche originale incluait rien moins que Eric Idle en Ko-Ko, Lesley Garrett en Yum-Yum et Felicity Palmer en Katisha (un enregistrement est disponible en DVD). C’est une production peu conventionnelle, transposant l’action dans un hôtel des années 1920 (magnifique décor entièrement blanc de Stefanos Lazaridis) et prenant quelques petites libertés que ne se permettent pas les productions plus “conventionnelles” comme celle de la compagnie Carl Rosa que j’avais vue il y a quelques années.

Le rôle principal de Ko-Ko est tenu par Richard Suart, qui est aussi bon comédien qu’il est bon chanteur. La première chanson de son personnage, intitulée “As Some Day It May Happen”, est l’une des plus célèbres “patter songs” de Gilbert & Sullivan. Ko-Ko y énumère les noms de ceux sur lesquels pourrait s’exercer son office de “Lord High Executioner”… si le besoin s’en faisait sentir. La chanson est d’ailleurs connue aussi sous deux autres noms qui sont des extraits des paroles : “I’ve Got a Little List” et “They’d None of ’em Be Missed”. La coutume veut que les paroles de cette chanson soient plus ou moins actualisées en fonction de l’actualité : Suart s’en prend ainsi indifféremment à Nigella Lawson (une reine de la cuisine télévisée), à Derek Conway (un député au centre d’un récent scandale d’emploi fictif au profit de son fils) et… à Facebook.

C’est, globalement, une belle réussite. Je trouve toujours l’acoustique du Coliseum (la salle de l’English National Opera) très sourde, mais j’ai pris un grand plaisir à cette représentation.


“Véronique”

Théâtre du Châtelet, Paris • 29.1.08 à 20h
André Messager (1898). Livret d’Albert Vanloo et Georges Duval, adapté par Benoît Duteurtre.

Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi. Mise en scène : Fanny Ardant. Avec Amel Brahim-Djelloul (Hélène Morange / Véronique), Dietrich Henschel (Florestan de Valaincourt), Ingrid Perruche (Agathe Coquenard), Doris Lamprecht (Ermerance de Champ d’Azur / Estelle), Laurent Alvaro (Gaston Coquenard), Gilles Ragon (Jacques Loustot), Patrice Lamure (Séraphin), Catherine Hosmalin (Tant Benoît)…

Pourrait-il y avoir production plus charmante de ce chef d’œuvre injustement oublié ? On est en droit d’en douter. Tous les choix de Fanny Ardant et de l’équipe à l’origine de la conception de ce spectacle se distinguent par leur pertinence et leur bon goût. À commencer par la distribution, tout simplement idéale — avec une très légère réserve pour Ingrid Perruche, dont la prononciation est perfectible. Tous les comédiens/chanteurs montrent le même engagement gagnant dans l’interprétation de leurs personnages et dans la mise en valeur de la délicieuse musique d’André Messager.

Le décor de Ian Falconer (auteur de nombreuses couvertures pour le New Yorker, dont une excellente série mettant en scène une petite dame en tailleur strict), mêlant éléments physiques et projections, est un enchantement. Les costumes de Dominique Borg sont un régal pour les yeux. Et la mise en scène de Fanny Ardant est presque miraculeusement juste dans son équilibre entre le respect dû à l’œuvre et l’alimentation de la comédie. On lui pardonne, du coup, l’absence d’âne sur scène pour “De-ci de-là…” L’escarpolette, elle, est bien là.

Dans la fosse, on a la confirmation que les baroqueux n’aspirent qu’à une chose : échapper à leur univers un peu monochrome. Après Minkowski devenu le champion d’Offenbach et Gardiner dans Chabrier, c’est donc au tour de Spinosi d’aspirer à plus de couleur en se mettant temporairement en congé de son interminable série d’œuvres de Vivaldi. Et le succès est total : la musique de Messager pourrait difficilement être présentée sous un meilleur jour, tant l’interprétation de l’Ensemble Matheus est exquise de bout en bout.


“Arsène Lupin banquier”

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 26.12.07 à 20h
Marcel Lattès (1930). Livret d’Yves Mirande. Lyrics d’Albert Willemetz et Charles-Louis Pothier.

Compagnie Les Brigands. Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Philippe Labonne. Avec Gilles Bugeaud (Arsène Lupin), Flannan Obé (Gontran), Alain Trétout (Legrand-Jolly), Gilles Favreau (Millepertuis), Loïc Boissier (Bourdin), Emmanuelle Goizé (Flo), Léticia Giuffredi ou Marie-Bénédicte Souquet (Francine), Isabelle Mazin (Liane / Mme Legrand-Jolly), Thomas Gornet (Claude).

Les Brigands continuent leur exploration du répertoire du théâtre musical français “de qualité” et consacrent une troisième production à une œuvre de Willemetz, après Ta Bouche (1922, musique Maurice Yvain) en 2004/2005 et Toi c’est moi (1934, musique de Moyses Simons) en 2005/2006. Si ces deux œuvres étaient relativement connues, cet Arsène Lupin, en revanche, est tombé fort injustement aux oubliettes. Car la partition de Marcel Lattès, disciple de Messager, est un régal… sans doute plus encore que celles des deux œuvres précitées.

Curieux sujet que se choisit cette comédie, qui voit le héros de Maurice Leblanc suspendre provisoirement ses activités pour venir en aide à une jeune-fille fort marrie de voir ses noces rendues incertaines par la déconfiture probable de la banque dirigée par son oncle. Le sang de Lupin ne fait qu’un tour : il se déguise pour prendre la place de l’oncle, Bourdin, et rétablit vite la situation. Si le livret d’Yves Mirande paraît parfois un peu paresseux, les chansons sont, elles, de la meilleure facture. Les lyrics de Willemetz et Pothier et la musique de Lattès se marient superbement dans leurs rythmes et leurs sonorités. Certaines pages instrumentales, comme le prélude du troisième acte, sont d’une beauté troublante qui les rendraient dignes du répertoire symphonique.

On ne sait que dire de la qualité de la production, qui oscille entre le “pas très bon” et le “plutôt moyen”. On est en permanence en équilibre sur la ligne jaune, mais on embarde plus souvent du mauvais côté que du bon. Le “look” de la production est pourtant très supérieur à ce à quoi Les Brigands nous avaient habitués, mais la distribution n’arrive à “porter” l’œuvre qu’imparfaitement et, surtout, certains choix de mise en scène laissent littéralement sans voix, notamment dans la présentation des chansons. Ils traduisent un manque de confiance phénoménal dans une œuvre pourtant solide, qui n’a pas besoin de ces procédés aussi contre-productifs que déplacés et insultants envers l’œuvre. Ça s’arrange heureusement un peu dans le troisième acte.

On n’est pas convaincu non plus par la performance de l’orchestre, qui ne semble pas très à l’aise et par une direction musicale qui a du mal à emmener tout le monde — chanteurs, musiciens — dans la même histoire. (On reconnaît dans l’orchestre plusieurs musiciens de l’Orchestre de chambre Pelléas, entendu la veille.) C’est dommage… mais on est reconnaissant malgré tout aux Brigands de nous permettre de redécouvrir ce répertoire disparu.


“Fisch-Ton-Kan” / “Une Éducation manquée”

Opéra-Comique, Paris • 25.12.07 à 20h
Emmanuel Chabrier (1865, 1879)

Orchestre de chambre Pelléas, Benjamin Lévy. Avec Olivia Doray (Hélène), Jennifer Tani (Goulgouly, Gontran), Vincent Ordonneau (Fisch-Ton-Kan), Ronan Nédélec (Poussah/Kakao 62, Pausanias).

Après L’Étoile (que je n’ai pas pu voir pour cause de gros rhume), l’Opéra-Comique nous propose de découvrir d’autres facettes de Chabrier avec ces deux opérettes assez mythiques : Fisch-Ton-Kan, paroles de Verlaine, d’après le vaudeville de Sauvage et Lurieu, dont l’orchestration originale est perdue et qui a donc été donnée dans une orchestration nouvelle de Thibault Perrine ; et Une Éducation manquée, livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo (les librettistes de L'Étoile), dont un air n’est pas de Chabrier mais de Darius Milhaud, qui a fourni aussi plusieurs pages instrumentales, non représentées ici.

On est frappé tout de suite par le goût exquis de l’écriture de Chabrier, peut-être plus raffinée encore que dans la partition de L’Étoile. C’est particulièrement vrai dans Une Éducation manquée, absolument irrésistible, notamment dans l’écriture pour les bois.

Interprétation solide ; le baryton Ronan Nédélec se détache très nettement du lot par ses capacités interprétatives et la belle ampleur de sa voix. Benjamin Lévy, un protégé de Marc Minkowski (présent dans la salle), mène son monde avec un joli sens du rythme ; on observe cependant de temps en temps un certain décalage entre l’impulsion qu’il semble donner et le faible résultat obtenu.

En ouverture (et clôture… on n’en demandait pas tant) de programme, une nouvelle orchestration de La Bourrée fantasque par Thibault Perrine (Perrine comme Lévy sont liés à la compagnie Les Brigands, d’ailleurs issue à l’origine du Chœur des Musiciens du Louvre…) Le monde avait-il besoin d’une nouvelle orchestration de cette œuvre ? L’avenir le dira. Je suis trop attaché à la version pour piano pour me prononcer.


“Le Chanteur de Mexico”

Théâtre du Châtelet, Paris • 21.6.07 à 20h
Francis Lopez (1951). Paroles : Félix Gandéra, Maurice Lehmann, André Mouëzy-Eon, Berthe Poncet, Raymond Vincy, Henri Wernert. Livret revu par Agathe Mélinand.

Orchestre National d’Île-de-France, Fayçal Karoui. Mise en scène : Emilio Sagi. Avec Mathieu Abelli (Vincent), Rossy de Palma (Eva), Clotilde Courau (Cricri), Franck Leguérinel (Bilou), Jean Benguigui (Cartoni)…

J’avais fait sur ce spectacle des commentaires mitigés en septembre dernier. Cette deuxième représentation confirme les faiblesses horripilantes de la production : un livret qui part en quenouille dans le deuxième acte, une mise en scène qui multiplie les temps morts, un horrible décor noir qui plombe la plupart des visuels, une vedette féminine (Rossy de Palma) dont on ne comprend pas un traître mot, une autre (Clotilde Courau) qui chante comme une casserole…

Malgré tout, le spectacle fonctionne plutôt bien grâce à ses points forts, au premier rang desquels figure la superbe direction musicale de Fayçal Karoui, qui fait des merveilles avec la belle partition de Lopez (agrémentée des jolies orchestrations de Thibault Perrine). En outre, même si la mise en scène manque de rythme, elle sait se faire inventive, notamment dans le deuxième acte.

Et puis il y a l’étonnant Mathieu Abelli, dont je n’avais pas entendu dire que du bien, mais qui est pour moi le socle sur lequel repose le succès du spectacle. Abelli sait jouer la comédie ; il a une diction parfaite, et il interprète ses chansons de manière élégante et subtile, à mille lieux des maniérismes hispanisants dont son prédécesseur, Ismaël Jordi, entourait le rôle. Sa voix n’est pas très puissante, mais elle est racée, stylée et sait se faire envoûtante — son “Acapulco” était magnifique. Bref, il réalise un sans-faute, qui contribue beaucoup à rendre la soirée agréable.


“The Gondoliers”

Coliseum (English National Opera), Londres • 17.3.07 à 14h30
Arthur Sullivan (1889), livret de W. S. Gilbert.

Direction musicale : Murray Hipkin. Mise en scène : Martin Duncan. Avec Henry Goodman (the Duke of Plaza-Toro), Ann Murray (the Duchess of Plaza-Toro), Rebecca Bottone (Casilda), Robert Murray (Luiz), Donald Maxwell (Don Alhambra del Bolero), Sarah Tynan (Gianetta), Stephanie Marshall (Tessa), David Curry (Marco), Toby Stafford-Allen (Giuseppe)…

Gondoliers The Gondoliers est le dernier grand succès de Gilbert & Sullivan. La partition de Sullivan est délicieuse, comme toujours (l’ouverture à elle seule justifierait d’acheter un billet). Quant au livret, c’est un petit bijou bourré de trouvailles comiques et dont le contenu satirique est réjouissant.

Comme d’habitude avec l’English National Opera, il semble manquer quelque chose pour que la mayonnaise prenne totalement. Les premiers rôles sont pourtant irréprochables : Henry Goodman, vu pour la dernière fois dans Fiddler on the Roof à Sheffield, campe un duc de Plaza-Toro exubérant à souhait ; et c’est un plaisir de retrouver la délicieuse Ann Murray, la célèbre mezzo irlandaise, dans le rôle de la Duchesse. Donald Maxwell est un Grand Inquisiteur absolument truculent, tandis que les quatre jeunes tourtereaux montrent de réels talents pour la comédie comme pour le chant.

Non, c’est dans la mise en place générale que quelque chose ne colle pas. Service minimum du côté de la mise en scène, qui ne sait pas trop quoi faire d’un décor plutôt ingénieux mais qui paraît finalement assez raté. Il y a peu de direction d’acteurs, qui se contentent trop souvent d’entrer, de chanter et de ressortir. Et puis c’est le chœur, surtout, qui déçoit. Les choristes de l’ENO ne semblent pas à l’aise dans ce genre musical… et c’est dommage, car les dix premières minutes de la pièce reposent sur eux. Du coup, on met beaucoup de temps à se mettre dans l’ambiance.


“La Périchole”

Opéra-Comique, Paris • 9.3.07 à 20h
Jacques Offenbach (1868). Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après une nouvelle de Prosper Mérimée. Version “comédie musicale” de Jérôme Savary et Gérard Daguerre.

Direction musicale : Gérard Daguerre. Mise en scène : Jérôme Savary. Avec Marc Laho (Piquillo), Sophie Haudebourg (La Périchole), Patrick Rocca (Don Leon de Ribeira), Sabine Jeangeorges, Nina Savary, Ariane Pirie (les trois cousines), Frédéric Longbois (Miguel de Panatellas), Denis Brandon (Don Pedro de Hinoyosa), Olivier Podestà (Premier notaire), Michel Dussarrat (Second notaire, Tarapote, Offenbach, le vieux Prisonnier)…

Ce n’est pas sans appréhension que je suis retourné voir cette version de La Périchole, que j’avais déjà vue à sa création en 2000 mais dont je ne me souvenais pas très bien. En effet, je trouve Savary irrégulier et ses excès potaches ne sont pas toujours à mon goût. En outre, cette Périchole est une adaptation “libre” de l’œuvre d’Offenbach, même si elle en respecte l’intrigue et la trame.

Le premier acte ne m’a gère rassuré, car il est un peu brouillon et croule sous des gags diversement réussis. Mais la suite m’a réconcilié avec Savary. C’est du bon théâtre, plein d’idées, bien rythmé et plutôt intelligent, qui se nourrit de gags visuels, de jeux de mots et de nombreux clins d’œil (à Offenbach, à Carmen, à l’actualité…) On sent également de la part de Savary un véritable et louable souci de ne jamais laisser retomber l’attention, de maintenir un tempo à peu près régulier.

Le talentueux Gérard Daguerre a réorchestré la partition d’Offenbach en incorporant des rythmes nouveaux (samba, gospel…) et, là aussi, quelques clins d’œil et citations. Le résultat est superbe, parfaitement en phase avec l’imagination scénique débridée de Savary. Les deux tableaux de can-can sont rondement et joliment menés tant du point de vue musical que du point de vue chorégraphique.

Parmi la distribution, on retrouve avec plaisir quelques valeurs sûres : le magnifique Patrick Rocca (dont la prestation dans la comédie musicale La Cage aux Folles à Mogador m’a laissé un souvenir inoubliable), l’irrésistible Ariane Pirie, le déjanté Michel Dussarrat…

C’est donc un spectacle plein de fantaisie et d’invention, mais aussi respectueux de sa source, que nous propose Savary. Du bon “divertissement populaire”, pour reprendre l’un de ses refrains. Chapeau.


“L’Amour masqué”

Grand Théâtre, Reims • 17.2.07 à 20h30
André Messager (1923). Livret et lyrics de Sacha Guitry.

Direction musicale : Christophe Talmont. Mise en scène : Bernard Pisani. Avec Caroline Mutel (Elle), Jean Dalric (Lui), Sophie Hervé et Lydia Mayo (les servantes), Bernard Pisani (le Baron d’Agnot), Jacques Gay (le Maharadjah), Franck Cassard (l’interprète)…

Rencontre du plus délicieux compositeur de musique légère et d’un librettiste au raffinement extrême, L’Amour masqué fut à sa création un triomphe pour la remarquable Yvonne Printemps (dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ici). Cette production, originellement montée à Tours, rend à cette œuvre magnifique un hommage mérité et inspiré.

Dans un décor couvert de roses blanches, la mise en scène respectueuse et rythmée de Bernard Pisani tombe juste : en traitant L’Amour masqué avec respect mais sans révérence excessive, il en souligne toutes les qualités. Les alexandrins de Guitry sont exquis… et jouent merveilleusement avec les mots. La partition de Messager est un cocktail de bonheur sans cesse renouvelé, alliant irrésistibles mélodies et harmonies enchanteresses.

Joli travail de Christophe Talmont à la tête d’un orchestre qui parvient bien à se laisser aller dans l’insouciante élégance de la partition. Sur scène, l’interprétation est très correcte. Caroline Mutel fait du très bon travail dans le rôle principal. On retrouve toujours avec plaisir le fiable et efficace Franck Cassard, et on se régale de la belle voix de Jacques Gay, dont le rôle est malheureusement peu fourni.


“La Veuve joyeuse”

Opéra de Lyon • 1.1.07 à 17h
Franz Lehár (1905). Livret de Viktor Léon et Leo Stein, d’après L’Attaché d’ambassade de Henri Meilhac, adapté en français par Robert de Flers et Gaston de Caillavet. Nouvelle adaptation de Macha Makeïeff.

Direction musicale : Gerard Korsten. Mise en scène : Macha Makeïeff. Avec Véronique Gens (Missia Palmeri), Ivan Ludlow (Danilo), Gorgon Gietz (Camille de Coutançon), François Le Roux (Popoff), Magali Léger (Nadia)…

Encore une expérience résolument “début de siècle” en ce premier de l’an, après les deux opérettes de Claude Terrasse. Ce sont d’ailleurs les librettistes Flers et Cavaillet, auteurs de Chonchette et des Travaux d’Hercule, qui se chargèrent d’adapter en français cette lustige Witwe créée au Theater an der Wien en 1905.

L’Opéra de Lyon nous donne à voir non la version de Flers et Cavaillet, mais une version “adaptée” (?) et mise en scène par Macha Makeïeff. Le résultat est un bon cas d’école sur les conséquences désastreuses de ce qui apparaît comme une défiance permanente de Makeïeff à l’endroit d’une pièce qui ne l’avait pourtant pas attendue pour être une œuvre fétiche du public. Le signe le plus agaçant de cette défiance, ce sont ces gags visuels — pas toujours très drôles, de surcroît — qui viennent polluer les scènes de manière aléatoire, jusques et y compris dans les moments les plus romantiques de l’œuvre dans lesquels ils torpillent joyeusement l’émotion que cherchent à créer les auteurs (originaux). Le plus criminel de ces gags a lieu dans le dernier acte, lorsque Missia et Danilo, enfin réunis, se chantent “Heure exquise” les yeux dans les yeux : c’est le moment que choisit Makeïeff pour faire entrer un chien savant qui se livre à ses pitreries tandis qu’il devient impossible de se laisser gagner par la moindre émotion. On est tout aussi choqué par la très mauvaise gestion des déplacements des nombreux effectifs présents sur scène et, surtout, par une curieuse incapacité à faire venir le regard du spectateur là où se déroule l’action. Le troisième acte est, de ce point de vue, un ratage total, la plus belle accumulation d’aberrations de mise en scène que j’aie vue depuis de nombreuses années.

Difficile, dans ces conditions, de repartir enivré par les bulles de champagne de Lehár, qui sont pourtant bien là, servies avec affection par l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Lyon et par une distribution de grande qualité, dont on ne sait à qui distribuer le plus de lauriers. Outre François Le Roux, qui semble réussir tout ce qu’il entreprend, on notera particulièrement la qualité du couple Véronique Gens / Ivan Ludlow, qui campent une Missia et un Danilo de très bonne tenue.


“Les Travaux d'Hercule”

Opéra de Rennes . 31.12.06 à 20h
Musique de Claude Terrasse. Livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet (1901).

Orchestre de Bretagne, Gwennolé Rufet. Mise en scène : Éric Chevalier. Avec Lionel Muzin (Hercule), Bruno Guitteny (Palémon), Olivier Naveau (Augias), Jean-Louis Poirier (Orphée), Elisa Doughty (Omphale)…

Trois jours après Chonchette à Paris, voici donc que l’Opéra de Rennes nous donne l’occasion de découvrir un autre “opéra bouffe” de Claude Terrasse, en trois actes celui-ci, généralement considéré comme l’une des œuvres les plus réussies de son compositeur.

Et on comprend aisément pourquoi. Le livret de Flers et Caillavet est un régal, construit sur une idée assez simple : ce n’est pas Hercule l’auteur des célèbres travaux, mais Augias ! Mais seulement voilà : Hercule, bien qu’il soit fat et paresseux, est aussi tellement convaincu de sa valeur et tellement adepte de la manipulation, qu’il parvient toujours à rebondir et à passer pour le héros, alors qu’Augias, le vrai héros pur et courageux, doit bien se résigner à rester dans l’ombre. Même Omphale, la femme d’Hercule qui le quitte au deuxième acte pour le “vrai” héros, finit par lui revenir à la fin de la pièce. Le livret n’est donc aucunement moral, mais il n’en est que plus délicieux. En outre, Flers et Caillavet prennent un plaisir communicatif à jouer avec les mots, avec des répliques comme “Je suis impatient comme la caille nubile quand vient le printemps”.

La partition de Terrasse est charmante. Dans la veine d’Offenbach, elle alterne des marches et des valses d’une grande élégance. Elle est très joliment jouée par l’Orchestre de Bretagne, sous la direction assurée de Gwennolé Rufet.

La mise en scène d’Éric Chevalier est solide, avec quelques très bonnes idées, comme le gag récurrent d’une petite fille qui tient absolument à remettre un bouquet de fleurs à Hercule (et qui le poursuit… jusqu’aux saluts) ou encore le superbe visuel d’ouverture du troisième acte. La distribution réunit beaucoup d’habitués du répertoire lyrique léger et les performances sont de fort bon niveau, même si on peut regretter une légère tendance collective au cabotinage. Carton jaune, cependant, pour la soprano Elisa Doughty, dont la voix est exquise, mais dont le français est totalement incompréhensible dans les passages chantés.


“La S.A.D.M.P.” / “Chonchette”

Théâtre de l'Athénée – Louis-Jouvet • 28.12.06 à 20h
La S.A.D.M.P. [Société Anonyme Des Messieurs Prudents] (1931) : musique de Louis Beydts, livret de Sacha Guitry.
Chonchette (1902) : musique de Claude Terrasse, livret de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet.

Compagnie Les Brigands. Direction musicale : Nicolas Ducloux. Mise en scène : Loïc Boissier. Avec Emmanuelle Goizé, Gilles Bugeaud, Christophe Crapez, Christophe Grapperon, Jean-Gabriel Saint-Martin.

Habituelle visite hivernale de la Compagnie Les Brigands au Théâtre de l’Athénée, avec cette année le choix de présenter deux opérettes en un acte dans un format de poche (cinq comédiens, cinq musiciens, huit représentations). Ce format peut dérouter plus d’un fidèle des Brigands, qui nous avaient habitués à des productions plus ambitieuses avec un effectif orchestral plus fourni, mais on peut aussi choisir de se réjouir d’entendre comme des curiosités historiques ces deux œuvres issues d’un répertoire que l’on ne joue plus.

De La S.A.D.M.P., on retiendra surtout les textes de Guitry… car la musique de Beydts est desservie par une réduction pour cinq instruments guère réussie. La mise en scène n’est pas très inspirée non plus, et on sent la troupe un peu en perdition. Du coup, le tube “Sourire aux lèvres” passerait presque inaperçu. Dommage. Malgré toute l’affection que j’ai pour Emmanuelle Goizé, n’est pas Yvonne Printemps qui veut.

Impression radicalement différente pour Chonchette. La réduction pour cinq instruments est beaucoup plus convaincante et la partition, du coup, paraît à son avantage. Et elle est délicieuse — l’influence d’Offenbach y est assez nette. Décidément, Claude Terrasse, dont on avait (re)découvert le délicieux Sire de Vergy il y a quelques années, mériterait qu’on se souvienne un peu plus de lui.

Et puis tout s’emboîte parfaitement : livret expertement construit, bon équilibre des scènes de comédie et des numéros chantés... et remarquable prestation de la troupe, qui semble beaucoup plus dans son élément, y compris dans les scènes de comédie, qui sont nerveuses à souhait et sans excès de clownerie. La “Valse du beau linge” est un sommet. Je retrouve l’Emmanuelle Goizé que j’admire tant depuis son inoubliable prestation dans le film Jeanne et le garçon formidable.

Par un troublant hasard, ce carnet publiera un compte rendu d’une autre opérette de Claude Terrasse dans quelques jours. La Compagnie Les Brigands revient à l’Athénée en février pour donner… Les Brigands d’Offenbach.


“Le Petit Duc”

Opéra-Théâtre de Metz • 29.10.06 à 15h
Musique : Charles Lecocq (1878). Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy.

Nouvel Ensemble Instrumental, Jean-Pierre Aniorte. Mise en scène : Éric Chevalier. Avec Patricia Samuel (Le petit duc), Isabelle Fallot (La petite duchesse), Simone Burles (La directrice du pensionnat), Michel Vaissière (Montlandry), Christophe Crapez (Frimousse)…

On dit parfois de Charles Lecocq qu’il était le fils spirituel d’Offenbach. La filiation est assez évidente dans cette œuvre, l’une de ses plus connues avec La Fille de Madame Angot et Giroflé-Girofla, d’autant que le livret en est de Meilhac et Halévy.

Très belle production de l’Opéra-Théâtre de Metz, servie par un orchestre de bonne qualité (malgré des cordes peu homogènes) et par une distribution à la fois respectueuse du genre et capable de mettre en valeur les nombreux petits bonheurs du livret de Meilhac et Halévy. Je me suis particulièrement régalé de l’interprétation de Simone Burles, dans le rôle la directrice du pensionnat des demoiselles nobles de Lunéville.

J’ai dû malheureusement partir au deuxième entracte car je n’avais prévu que le spectacle durerait aussi longtemps.

Et en bonus : quelques photos de Metz.


“Le Chanteur de Mexico”

Théâtre du Châtelet, Paris • 22.9.06 à 20h
Musique : Francis Lopez (1951). Livret révisé par Agathe Mélinand.

Orchestre Philharmonique de Radio-France, Fayçal Karoui. Mise en scène : Emilio Sagi. Avec Ismaël Jordi (Vincent), Rossy de Palma (Eva), Clotilde Courau (Cricri), Jean Benguigui (Cartoni), Franck Leguérinel (Bilou),…

Chanteur J’en ai vu des rictus moqueurs, des moues désapprobatrices et des sourires en coin lorsque le nouveau directeur général du Châtelet, Jean-Luc Choplin (qui, lui, n’accole pas systématiquement son nom à celui du théâtre qu’il dirige — ça repose) a annoncé pour ouvrir sa saisons inaugurale une reprise du Chanteur de Mexico, une opérette “à grand spectacle” qui fit les grands jours du Châtelet, où elle fut créée en 1951 et où elle tint l’affiche deux ans.

L’intelligentsia culturelle parisienne y vit une raison de plus de dédaigner ce petit prétentieux qui, de surcroît, avait le front d’aspirer à diriger une vénérable institution après avoir pactisé avec Satan lui-même en travaillant chez Disney. La rédemption pour un tel crime est-elle seulement possible ?

Il n’est pourtant pas choquant que le Châtelet renoue quelque peu avec son passé. N’y a-t-il pas suffisamment d’offre dans le domaine opératique à Paris pour tenter de s’adresser aussi un peu, ne serait-ce qu’occasionnellement, aux 99% des Français qui n’ont que peu d’intérêt pour des spectacles qui reçoivent pourtant 99% des subventions publiques ?

Je ne suis pas fan des opérettes de Francis Lopez, qui ont accompagné le triste déclin du théâtre musical français, qui avait connu entre les deux guerres de glorieux sommets largement oubliés aujourd’hui. Mais Lopez n’était pas un compositeur au rabais : la partition du Chanteur de Mexico, peut-être sa meilleure (je ne connais pas tout), en témoigne constamment.

Une fois n’est pas coutume, je m’attendais un peu à être d’accord avec la critique assez positive de Renaud Machart dans Le Monde. Malheureusement, je suis légèrement moins enthousiaste.

Cette solide et sérieuse production présente incontestablement bien des atouts. En premier lieu, il faut saluer l’excellente prestation de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, qui semble s’être découvert un tempérament de feu qu’on ne lui connaissait guère. La direction du chef Fayçal Karoui est remarquable de justesse et d’enthousiasme. Sur scène, les quelques décors sont assez réussis, surtout celui du final du premier acte (qui est aussi malheureusement celui du final du second acte). Les costumes sont somptueux. Deux comédiens/chanteurs brûlent les planches : Ismaël Jordi dans le rôle principal de Vincent et Franck Leguérinel, remarquable.

Pour le reste, on on ne peut ignorer quelques points faibles. Une partie de la distribution pose de sérieux problèmes. Clotilde Courau joue faux, change d’accent à chaque réplique et ne sait pas chanter. Rossy de Palma, dont la silhouette hors norme et le comportement déjanté sont terriblement attachants, est incompréhensible et ralentit toutes les scènes dans lesquelles elle se trouve. Jean Benguigui, lui aussi attachant, manque de ressort et n’imprime aucun rythme à ses scènes.

Le “nouveau” livret d’Agathe Mélinand semble prometteur au début… mais sombre en cours de route. Dans le deuxième acte notamment, il n’y a presque plus de dialogues entre les tableaux, qui s’enchaînent sans que l’on comprenne vraiment ce qui se passe.

La mise en scène, pourtant confiée à un spécialiste du théâtre musical, Emilio Sagi, manque d’allant. Les scènes se traînent ; les comédiens et figurants restent plantés au milieu du plateau sans rien à faire ; il y a des blancs inexplicables ; les numéros musicaux n’ont qu’une chorégraphie minimale, avec des choristes immobiles comme des pots de fleurs.

Et puis, surtout, une opérette “à grand spectacle” a besoin… de grand spectacle. Les quelques décors sont assez réussis, mais il en faudrait dix fois plus, avec des changements à vue, des effets spéciaux… La remarquable machinerie du théâtre n’est pas du tout mise à contribution (fonctionne-t-elle seulement toujours ?)

Il reste malgré tout de très bons moments, notamment dans le deuxième acte, où la partition de Lopez recèle quelques perles (“Acapulco”, notamment, qui est admirable). Jean-Luc Choplin aurait pu faire une entrée fracassante sur la scène parisienne. Ce n’est pour l’instant qu’un demi-succès.

Mais rien n’est perdu, rendez-vous en fin d’année pour le magnifique Candide de Leonard Bernstein mis en scène par le génialissime Robert Carsen.


“Москва, Черемушки”

Coliseum (English National Opera), Londres • 22.7.06 à 19h30
Moscow, Cheryomushki, Chostakovitch. Orchestre et troupe du Théâtre Mariinski, V. Gergiev.

Heureux Londoniens ! Pendant une dizaine de jours, les troupes de ballet et d’opéra du Théâtre Mariinski leur proposent un festival entièrement consacré à Chostakovitch, avec notamment des bijoux comme The Golden Age ou Katerina Ismaïlova.

Moscow, Cheryomushki est une opérette satirique de 1958 sur la crise du logement dans la région de Moscou, lorsque Khroutchev faisait démolir les vieux immeubles de la la ville tandis que la désorganisation des administrations publiques ralentissait la construction des immeubles — fort laids — censés accueillir les personnes déplacées. Quand on connaît un peu les difficultés que Chostakovitch a rencontrées avec le régime soviétique, il est étonnant que cette œuvre soit passée entre les mailles du filet… même si le régime de Khroutchev était un peu plus tolérant à l’égard de la création artistique.

La partition de Moscow, Cheryomushki est truffée d’airs sympathiques et bondissants, caractéristiques d’une capacité à écrire de la musique simple mais pas simpliste. C’est un bonheur total que d’entendre cette musique interprétée aussi bien par un orchestre et une troupe qui débordent de talent et d’énergie. Gergiev est vraiment une force centrale de notre monde musical. Il prendra dans quelques mois la direction musicale du London Symphony Orchestra. Encore du bonheur en perspective…


“Toi c’est moi”

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 10.1.06 à 19h

ToiDeuxième visite à cette production que j’avais vue dans ses tous premiers jours. Le spectacle est maintenant plus fluide, notamment dans le deuxième acte qui semblait le moins maîtrisé. Encore une fois, on ne peut que remercier la Compagnie des Brigands, qui nous permet de voir une perle oubliée de l’âge d’or du théâtre musical français.