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“Le Roi Carotte”

Opéra de Lyon • 27.12.15 à 16h
Offenbach (1872). Livret : Victorien Sardou, adapté par Agathe Mélinand.

Direction musicale : Victor Aviat. Mise en scène : Laurent Pelly. Avec Julie Boulianne (Robin-Luron), Yann Beuron (Fridolin XXIV), Christophe Mortagne (Le Roi Carotte), Boris Grappe (Truck), Jean-Sébastien Bou (Pipertrunck), Chloé Briot (Rosée-du-Soir), Antoinette Dennefeld (Cunégonde), Lydie Pruvot (Coloquinte), Thibault de Damas (Dagobert / Psitt), Brenton Spiteri (Maréchal Trac), Jean-Christophe Fillol (Comte Schopp), Romain Bockler (Baron Koffre).

L’Opéra de Lyon, dont la programmation est décidément d’une intelligence rare, propose de redécouvrir cette œuvre oubliée d’Offenbach, présentée selon diverses étiquettes : opérette, opéra-bouffe, … voire féerie, ce genre largement oublié, évoqué en bonne place parmi les cartouches du plafond du Théâtre du Châtelet.

Ce Roi Carotte conduit à s’interroger sur ce qui fait la longévité des œuvres, car il témoigne d’une veine créative apparemment inépuisable, du concept central (inspiré de E. T. A. Hoffmann) à la série de rebondissements déjantés plus savoureux les uns que les autres — j’avoue une faiblesse pour le tableau qui se déroule à Pompéi. C’est un univers parfaitement adapté à l’espièglerie naturelle d’un Laurent Pelly, manifestement dans son élément : certaines trouvailles visuelles (notamment la toute dernière image) sont véritablement géniales.

La partition n’est peut-être pas aussi inspirée que d’autres opus d’Offenbach, mais elle offre son lot de gourmandises. On ne sait pas très bien quelle proportion on en entend : la production originale, nous dit-on, durait six heures ; c’est “la version courte de 3h” qui est donnée, mais la représentation ne dure en réalité que 2h40. Mystère et boule de gomme.


“La Belle Hélène”

Théâtre du Châtelet, Paris • 2.6.15 à 20h
Offenbach (1864). Livret : Meilhac & Halévy.

Orchestre Prométhée, Lorenzo Viotti. Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin. Avec Gaëlle Arquez (Hélène), Merto Sungu (Pâris), Gilles Ragon (Ménélas), Marc Barrard (Agamemnon), Jean-Philippe Lafont (Calchas), Kangmin Justin Kim (Oreste), …

HeleneCette production de La Belle Hélène est traversée par une curieuse impression de déjà vu. C’est qu’elle est conçue par ceux-là même qui nous avaient proposé la belle production de La pietra del paragone remarquée au Châtelet début 2007. Leur procédé scénique favori — et, en réalité, unique — consiste à filmer les comédiens devant des écrans bleus et à projeter leurs images en les superposant sur toutes sortes d’arrières-plans sur un grand écran horizontal surplombant la scène.

Corsetti & Sorin, apparemment, n’ont pas eu d’idée nouvelle depuis 2007, et ils continuent à exploiter leur procédé de l’écran bleu au point qu’il apparaît bien usé. De surcroît, si l’on préfère — comme moi — regarder les comédiens plutôt que des écrans, il n’y a rien à voir… et ce d’autant moins qu’il ne disposent d’aucune liberté de mouvement compte tenu de la nécessité de rester toujours dans le champ d’une caméra (voire, dans certains cas, à un endroit précis pour que la superposition fonctionne). Du troisième rang du parterre, l’écran est trop haut pour que le regard s’y porte naturellement : frustration garantie.

Heureusement, l’interprétation est solide, même si certains comédiens sont entraînés sur la pente glissante d’un cabotinage parfaitement inutile dans un ouvrage aussi bien ciselé sur le plan de la comédie. Mention spéciale pour la Hélène superbe de Gaëlle Arquez, qui mériterait… une meilleure mise en scène.

Très belle direction musicale pleine d’énergie et d’intuitions excellentes de la part d’un Lorenzo Viotti en pleine forme (à qui on se permettra néanmoins de donner un conseil vestimentaire : le col ouvert fait mauvais ménage avec la queue-de-pie, surtout sur une chemise à col cassé). 


“The Mikado”

Charing Cross Theatre, Londres • 20.12.14 à 15h
Musique : Arthur Sullivan (1885). Livret : W. S. Gilbert.

Mise en scène : Thom Southerland. Chorégraphie : Joey McKneely. Direction musicale : Dean Austin. Avec Mark Heenehan (le Mikado), Matthew Crowe (Nanki-Poo), Hugh Osborne (Ko-Ko), Steve Watts (Pooh-Bah), Jacob Chapman (Pish-Tush), Leigh Coggins (Yum-Yum), Cassandra McCowan (Pitti-Sing), Sophie Rohan (Peep-Bo), Rebecca Caine (Katisha).

MikadoThe Mikado est l’une des opérettes les plus délicieuses de Gilbert & Sullivan. Cette petite production, placée sous la conduite de l’excellent Thom Southerland, spécialiste des petits espaces, en tente une lecture quasiment chambriste.

Si l’on est aisément convaincu par la belle réduction pour deux pianos, malgré une qualité d’interprétation un peu approximative, on reste sur sa faim face à une distribution composée majoritairement de chanteurs peu à l’aise avec le style vocal requis. Rebecca Caine est la seule à posséder la technique lyrique adéquate ; les autres trichent comme ils peuvent… c’est-à-dire assez médiocrement. Dès la délicieuse chanson de Nanki-Poo, “A Wand’ring Minstrel I”, on se réfugie dans une forme d’incrédulité mêlée de déception.

Le charme de l’œuvre reste pourtant bien présent. Il est de coutume de mettre à jour les références à l’actualité de l’époque dans plusieurs chansons, notamment dans “As Some Day It May Happen”, la chanson à liste de Ko-Ko. On y retrouve avec plaisir une référence au film The Interview et au régime nord-coréen, ainsi qu’un clin d’œil à la famille dynastique des Strallen, omniprésente sur les scènes londoniennes.


“Die Fledermaus”

Metropolitan Opera, New York • 5.2.14 à 19h30
Johan Strauss II (1874). Livret orioginal : Karl Haffner & Richard Genée. Lyrics anglais : Jeremy Sams. Dialogues anglais : Douglas Carter Beane.

Direction musicale : Paul Nadler. Mise en scène : Jeremy Sams. Avec Christopher Maltman (Gabriel von Eisenstein), Susanna Phillips (Rosalinde), Jane Archibald (Adele), Betsy Wolfe (Ida), Michael Fabiano (Alfred), Anthony Roth Costanzo (Prince Orlofsky), Paulo Szot (Dr. Falke), Danny Burstein (Frosch), Mark Schowalter (Dr. Blind), Patrick Carfizzi (Frank), Jason Simon (Ivan), …

FledermausJ’approchais cette nouvelle production de Die Fledermaus avec hésitation car les échos que j’en avais eus étaient pour le moins mitigés.

Il est vrai que l’adaptation en anglais cosignée par Jeremy Sams (pour les lyrics) et Douglas Carter Beane (pour le livret) fait grincer des dents. À répétition. J’ai décidément une relation en dents de scie avec Douglas Carter Beane, dont j’avais pourtant aimé la récente pièce The Nance. Son livret, nourri d’humour de sitcom de bas étage, flirte en permanence avec le mauvais goût et la vulgarité. Il est coutumier d’intégrer quelques références contemporaines dans Fledermaus, mais celles qui nous sont proposées (deux citations de Follies, des clins d’œil à The Producers…) ne font pas vraiment rire. Qui sait ? Le livret original est peut-être dans la même veine… mais j’aurais préféré que les auteurs évitent cette accumulation de sous-entendus grivois et d’humour facile.

L’orchestre devait être dirigé par l’excellent Ádám Fischer, mais c’est Paul Nadler qui était finalement sur le podium pour cause de maladie du Maestro. On y a sans doute perdu un peu en légèreté et en entrain, mais Nadler a réussi à insuffler un peu de légèreté viennoise à l’imposant orchestre du Metropolitan Opera.

La mise en scène est un semi-succès. Si le premier et le troisième actes sont traités aux petits oignons, avec une combinaison gagnante de visuels splendides et de direction d’acteurs au cordeau, le deuxième acte, en revanche, sombre dans une espèce de marasme indépêtrable : visuel grandiloquent qui ne laisse aucune place à la comédie, “grumeaux” de chanteurs et de choristes en permanence à l’avant-scène sans aucune direction lisible.

Très belle distribution, engagée avec la même énergie au service de la musique, du texte et de la mise en scène, ce qui est très inhabituel dans une maison d’opéra aussi vénérable. Le parti pris de confier le rôle d’Orlofsky à un contre-ténor plutôt qu’à une mezzo “en pantalon” fonctionne plutôt bien… et permet au librettiste d’ajouter un ou deux clins d’œil plutôt réussis. Excellente Rosalinde de Susanna Phillips et délicieuse Adele de Jane Archibald. Mention spéciale, bien sûr, pour l’excellent comédien Danny Burstein qui, dans le rôle parlé de Frosch, fait un tabac mérité.

Surprise : le rideau de scène figure le carton d’invitation au bal d’Orlofsky. Un carton parfaitement rectangulaire alors que les personnages de la pièce passent leur temps à se montrer une invitation en forme de chauve-souris, qui est au centre de l’intrigue…


“La Grande Duchesse”

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 3.1.14 à 20h
D’après La Grande Duchesse de Gérolstein de Jacques Offenbach, livret : Henri Meilhac & Ludovic Halévy

Mise en scène : Philippe Béziat. Direction musicale : Christophe Grapperon. Avec Isabelle Druet (La Grande-Duchesse), François Rougier (Fritz), David Ghilardi (le Soldat Krak), Olivier Hernandez (le Prince Paul), Antoine Philippot (le Général Boum), Flannan Obé (le Baron Puck), Emmanuelle Goizé (le Baron Grog), …

DuchesseJ’avoue que je n’aime pas beaucoup ce que la compagnie Les Brigands est devenue ces derniers temps. Après quelques productions d’anthologie, le ton semble de plus en plus pencher vers la farce, ce que j’interprète à tort ou à raison comme une défiance au moins inconsciente envers les œuvres présentées. Oui, le théâtre musical est souvent le lieu du trait un peu épais… mais une comédie comme La Grande Duchesse de Gérolstein est bien plus subtile que ce qui nous est donné à voir sur cette scène.

L’œuvre reste malgré tout splendide et la plupart des chanteurs rendent justice à la beauté de l’écriture d’Offenbach… avec, en tête, la superbe Duchesse d’Isabelle Druet, dont le “Dites-Lui”, en particulier, est somptueux. À part ce parler si curieux de la plupart des chanteurs, la distribution est très solide.

Le choix de doter Fritz d’un petit ami masculin en lieu et place de sa fiancée Wanda m’a d’abord agacé. Mais force est de reconnaître que la substitution fonctionne à merveille pour justifier l’imperméabilité totale de Fritz aux avances de la Grande-Duchesse. En revanche, le traficotage de la fin, constituant à faire de Grog une femme travestie en homme, ne convainc qu’à moitié.

Si on oublie les grimaces, les gestes trop larges et les incessants mouvements de l’orchestre sur scène… bref, si on ferme les yeux, la magie de la partition opère et on se laisse volontiers emporter par la beauté d’une œuvre trop peu représentée à mon sens.


“Paul Bunyan”

Peacock Theatre, Londres • 7.9.13 à 19h30
Benjamin Britten (1941, révisé en 1976). Livret : W. H. Auden.

Southbank Sinfonia, Peter Robinson. Mise en scène : William Kerley. Avec Will Edelsten (The Voice of Paul Bunyan), Louise Kemeny (Tiny), Samuel Smith (Johnny Inkslinger), Peter Kirk (Hot Biscuit Slim), Christopher Jacklin (Narrator / Balladder), Alex Aldren (Sam Sharkey), Oskar Palmblad (Ben Benny), Timothy Connor (Hel Helson), …

BunyanCette petite merveille a été écrite par Britten et Auden alors qu’ils résidaient à New York, dans la fameuse “February House”, dont je parlais ici à propos de la comédie musicale qui lui a été récemment consacrée. C’est une merveille de fantaisie surréaliste — ce n’est sans doute pas un hasard si le décor semble évoquer la panse du Père Ubu —, mêlant la langue infiniment poétique de Auden à la musique variée et magnifiquement inspirée de Britten — on pense tour à tour à Gilbert et Sullivan, au blues, à Kurt Weill, …

La forme est inhabituelle : il y a un “narrateur” (qui chante) et le personnage titulaire (qui est un géant) s’exprime par le truchement d’une “voix” (qui ne chante pas, mais qui parle normalement depuis la coulisse). Opéra ? Opérette ? Comédie musicale ? On ne sait pas très bien dans quelle case ranger Paul Bunyan, signe de l’originalité et de l’attrait d’une œuvre assez irrésistible.

C’est le sympathique British Youth Opera, dont la mission est d’aider de jeunes chanteurs à effectuer la transition entre leurs études et le début d’une carrière professionnelle, qui propose cette excellente production — un choix d’autant plus indiqué que le spectacle a été conçu par Britten et Auden pour la Columbia University, où il a été créé.

Le Southbank Sinfonia propose une interprétation impeccable dans la fosse, tandis que la qualité d’ensemble sur scène est réellement impressionnante. On remarque tout particulièrement la délicieuse Louise Kemeny, qui interprète sublimement la complainte de Tiny, “Whether the Sun Shines Upon Children Playing”, et le solide Peter Kirk, qui interprète un Slim très attachant.

On fête cette année le centenaire de la naissance de Britten. Espérons que les hommages qui s’annoncent ici et là permettront au public de redécouvrir un compositeur dont la notoriété me semble très en décalage avec l’intensité de son talent.


“Ciboulette”

Opéra-Comique, Paris • 18.2.13 à 20h
Musique : Reynaldo Hahn (1923). Livret : Robert de Flers et Francis de Croisset.

Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, Laurence Equilbey. Mise en scène : Michel Fau. Avec Julie Fuchs (Ciboulette), Julien Behr (Antonin), Jean-François Lapointe (Duparquet), Jean-Claude Sarragosse (Grenu), Jérôme Deschamps (Olivier Métra), Eva Ganizate (Zénobie), Bernadette Lafont (Madame Pingret), Guillemette Laurens (la Mère Grenu), Ronan Debois (Roger), Michel Fau (la Comtesse de Castiglione), …

CibouletteBeaucoup de choses détonnent, dans cette production du trop rare chef d’œuvre de Reynaldo Hahn : des chanteurs peu au fait du “style français”, une direction musicale sans génie, des lumières crépusculaires et glauques, une mise en scène qui accumule les maladresses, au point d’être totalement démissionnaire dans le troisième acte — plombé de surcroît par un malencontreux numéro de travesti bien mal avisé, …

Et pourtant… et pourtant… la partition de Hahn est une telle merveille qu’il est impossible de résister au charme considérable de cette musique si raffinée, si inventive… et si sublimement orchestrée. Certains passages, comme l’underscore qui accompagne les réminiscences de Duparquet avant qu’il n’attaque “C’est tout ce qui me reste d’elle…” laissent pantois d’admiration.

On note quelques belles prestations sur scène, notamment le Duparquet très solide de Jean-François Lapointe. Tout le monde semble prendre un grand plaisir à ressusciter ce chef d’œuvre oublié… Tant mieux, car Hahn est l’un des génies oubliés de la musique française… desservi, sans doute, par cette redoutable et ambiguë étiquette de compositeur d’opérette.


“Le Gros, la vache et le mainate”

Théâtre Comédia, Paris • 7.12.12 à 20h
Texte : Pierre Guillois. Musique : François Fouqué.

Mise en scène : Bernard Menez. Avec Pierre Vial, Jean-Paul Muel, Guillaume Bouchède, Grégory Gerreboo, Simon-Luca Oldani.

GrosvacheComment décrire cette pièce en forme d’opérette déjantée sans en déflorer le charme ? En disant que les rebondissements s’y enchaînent à un rythme effréné, que c’est un bonheur de voir les vénérables Muel et Vial prendre autant de plaisir à jouer leurs rôles travestis, qu’on finit par ne plus chercher à savoir où va la pièce tant on s’enfonce avec bonheur dans cette spirale absurde et saugrenue.


“The Merry Widow”

Royal Festival Hall, Londres • 2.12.12 à 15h
Franz Lehár (1905). Livret : Viktor Léon et Leo Stein, d’après la pièce L’Attaché d’ambassade de Henri Meilhac. Le programme ne dit pas de qui est l’adaptation des paroles en anglais.

Philharmonia Orchestra, John Wilson. Mise en scène et narration : Simon Butteriss. Avec Claudia Boyle (Hanna Glawari), Daniel Prohaska (Count Danilo Danilowitsch), Alan Opie (Baron Mirko Zeta), Sarah Tynan (Valencienne), Nicholas Sharratt (Camille), Simon Butteriss (Njegus), Oliver Dunn (Vicomte Cascada), Anthony Gregory (Raoul de St Brioche), …

Wilson
John Wilson
La même équipe qui avait concocté la délicieuse représentation de The Yeomen of the Guard il y a huit mois nous propose une irrésistible Veuve joyeuse, dans le même format et en anglais. Les dialogues ont été heureusement remplacés par une réjouissante narration écrite et dite par l’excellent Simon Butteriss, qui signe également la mise en scène. 

Après la lamentable production de l’Opéra de Paris, on atteint des sommets. Le Philharmonia se régale… et nous régale… avec la partition exquise et aérienne de Lehár, dirigée avec son talent habituel par le génial John Wilson qui, décidément, réussit tout ce qu’il entreprend. Les chanteurs sont déchaînés et le format compact évite habilement toute longueur.

Seul grief : la prise de son est tellement mal équilibrée que l’on n’entend parfois qu’à peine les chanteurs pendant le premier acte. Heureusement, tout s’arrange après l’entracte.


“Merrie England”

Finborough Theatre, Londres • 11.6.12 à 16h
Musique : Edward German (1902). Livret : Basil Hood.

Mise en scène : Alex Sutton. Direction musicale : Eamonn O’Dwyer. Avec Jamie Birkett (The May Queen), Nichola Jolley (Jill-All-Alone), Gemma Sandzer (Bessie Throckmorton), Virge Gilchrist (Queen Elizabeth I), Stuart Hickey (Big Ben), Christopher Killik (Long Tom), Daniel Cane (Walter Wilkins), Michael Riseley (Sir Walter Raleigh), Stephen Darcy (The Earl of Essex), Tom Giles (Silas Simkins), Alexander Beck (A Butcher), Luke Courtier (A Baker), Rhys Saunders (A Tinker), Brendan Matthew (A Tailor), Ruth Leavesley, Rachel Holbrook, Jody Ellen Robinson, Sammy Andrews, Rachel Holbrook.

Cela faisait plus de cinquante ans que Londres n’avait pas eu la chance de revoir cette opérette de 1902, dotée pourtant d’une partition somptueuse. Edward German est parfois considéré comme le successeur d’Arthur Sullivan. Comme lui, il a souffert de ne pas être reconnu pour des œuvres plus sérieuses. Mais je le trouve supérieur à Sullivan par la variété de l’inspiration mélodique, sa relative modernité et, surtout, la beauté confondante de son écriture chorale. Les numéros à deux, trois, quatre voix ou plus abondent… et ils sont tous superbes.

Le livret de Basil Hood, qui place l’action à la cour d’Elizabeth I, est un petit bijou bourré de traits d’esprit réjouissants. L’espèce de parodie “alphabétique” de Romeo and Juliet écrite pour le personnage de Walter Wilkins est un régal.

Production impeccable du petit Finborough Theatre, qui poursuit son œuvre de redécouverte de pages moins connues du théatre musical anglais. Mise en scène au cordeau, servie par une distribution fort jeune mais aussi très talentueuse — le Walter Winkins de Daniel Cane, notamment, est un triomphe comique permanent. À une exception près, les voix sont tout aussi remarquables, avec une mention spéciale pour la Bessie irrésistible de Gemma Sandzer (qui ne fait qu’une bouchée de la redoutable et magnifique chanson “She Had a Letter From Her Love”).

Il faut bien sûr se contenter d’un piano… malheureusement électrique… mais, devant autant de richesses, il serait mal venu de faire la fine bouche.

Et comme on célèbre le Jubilée de diamant d’Élisabeth II, celle-ci apparaît lors des saluts… sous la forme d’une silhouette en carton plus vraie que nature…


“The Yeomen of the Guard”

Royal Festival Hall, Londres • 15.4.12 à 15h
Arthur Sullivan (1888). Livret : William Schwenck Gilbert.

Philharmonia, John Wilson. Mise en scène : Simon Butteriss. Avec Steven Page (Sir Richard Cholmondely), Oliver White (Colonel Fairfax), Bruce Graham (Sergeant Meryll), Alexander Sprague (Leonard Meryll), Simon Butteriss (Jack Point), Richard Angas (Wilfred Shadbolt), Sarah Fox (Elsie Maynard), Heather Shipp (Phoebe Meryll), Jill Pert (Dame Carruthers), Rebecca Moon (Kate).

Quel plaisir d’entendre l’une des plus belles opérettes de Gilbert & Sullivan interprétée d’aussi belle manière ! The Yeomen of the Guard date de l’époque où Sullivan souhaitait laisser le souvenir d’un “grand” compositeur et il a soigné sa partition encore plus qu’à l’accoutumée, utilisant magnifiquement le deuxième basson et le troisième trombone qu’il avait obtenus de son producteur et allant exceptionnellement jusqu’à composer lui-même une sublime ouverture en forme sonate plutôt que de laisser un collaborateur réaliser l’habituel pot-pourri d’extraits de la partition.

John Wilson, que l’on avait déjà croisé récemment dans Gilbert & Sullivan avec Ruddigore, dirige l’excellent Philharmonia avec son talent habituel, tandis qu’on se régale de l’interprétation inspirée d’une distribution irréprochable de comédiens/chanteurs parfaitement dirigés par Simon Butteriss. C’est que, contrairement aux habituelles présentations en version concert, celle-ci est complètement mise en scène, et les interprètes sont en costume. Un régal.


“Die Lustige Witwe”

Palais-Garnier, Paris • 19.3.12 à 19h30
La Veuve joyeuse, Franz Lehár (1905). Livret de Victor Léon & Leo Stein, d’après Meilhac.

Direction musicale : Asher Fisch. Mise en scène : Jorge Lavelli. Avec Susan Graham (Hanna Glawari), Bo Skovhus (Graf Danilo Danilowitsch), Harald Serafin (Baron Mirko Zeta), Ana Maria Labin (Valencienne), Daniel Behle (Camille de Rosillon), Franz Mazura (Njegus), Francis Dudziak (Kromow), Francis Bouyer (Bogdanovitch), Claudia Galli (Sylviane), François Piolino (Raoul de St-Brioche), Edwin Crossley-Mercer (Vicomte Cascada), Andrea Hill (Olga), Fabrice Dalis (Pritschitsch), Michèle Lagrange (Praskowia), …

Mauvaise série… Cette représentation m’a plongé dans un ennui insondable. Lavelli semble vouloir chercher un second degré parfaitement inexistant dans une œuvre qui exige littéralité et légèreté décomplexée. Le décor indéchiffrable et caverneux, la scène largement vide et les éclairages crépusculaires donneraient presque le cafard. On n’arrive pas à se faire une opinion sur la prestation des chanteurs tant ils sont livrés à eux-mêmes, presque systématiquement à la face lorsqu’ils chantent leurs airs. La prestation de Bo Skovhus me confirme mon habituelle indifférence à son égard.


“Patience”

Union Theatre, Londres • 4.3.12 à 14h
Musique : Arthur Sullivan. Livret : W. S. Gilbert.

Mise en scène : Sasha Regan. Direction musicale (piano) : Richard Bates. Avec Edward Charles Bernstone (Patience), Stiofàn O’Doherty (Archibald Grosvenor), Dominic Brewer (Reginald Bunthorne), Sean Quigley (The Lady Jane), Matthew James Willis (The Duke of Dunstable), Thomas Heard (Major Murgatroyd), Edward Simpson (Colonel Calverley), James Lacey (The Lady Angela), Mark Gillon (The Lady Saphir), Matthew Markwick (The Lady Ella), Oliver Metcalfe (Maiden), William Whelton (Maiden), Daniel Bartlett (Maiden), Raymond Tait (Dragoon), Jarred Page (Dragoon), Gareth Andrews (Dragoon).

Le petit Union Theatre propose une production fort plaisante d’une opérette de Gilbert & Sullivan un peu moins connue que d’autres mais dotée d’une partition tout à fait exquise. Comme d’habitude, la mise en scène se débrouille fort bien de l’exiguïté des lieux… et la chorégraphie inventive du décidément talentueux Drew McOnie ajoute une touche d’originalité fort appréciable.

Reste une énigme : pourquoi diable avoir choisi de faire jouer tous les rôles par des hommes ? Ce n’est pas comme si Londres manquait de chanteuses capables de rendre justice au sublime chœur “Twenty Lovesick Maidens We” qui ouvre l’opérette. Ce n’est pas qu’ils chantent mal, non… mais entendre des hommes chanter deux heures en voix de fausset est un peu épuisant. (Le théâtre anglais aime bien les rôles travestis… On en trouve notamment dans les “pantos”, un genre assez incompréhensible pour les continentaux.)


“Ruddigore, or The Witch’s Curse”

Barbican Theatre, Londres • 26.11.11 à 19h15
Musique : Arthur Sullivan. Livret & lyrics : William Schwenck Gilbert.

Opera North Orchestra, John Wilson. Mise en scène : Jo Davies. Avec Amy Freston (Rose Maybud), Gillene Herbert (Zorah), Anne-Marie Owens (Dame Hannah), Grant Doyle (Robin Oakapple / Sir Ruthven Murgatroyd), Richard Angas (Old Adam Goodheart), Hal Cazalet (Richard Dauntless), Heather Shipp (Mad Margaret), Richard Burkhard (Sir Despard Murgatroyd), Steven Page (Sir Roderic Murgatroyd), …

Une occasion en or d’entendre l’une des plus belles opérettes de Gilbert & Sullivan interprétée dans des conditions exceptionnelles sous les auspices de la troupe ambulante Opera North et sous la baguette du génial John Wilson, pour lequel j’admets une admiration inconditionnelle en raison de ses concerts annuels (2009, 2010, 2011) aux Proms.

Difficile de trouver quoi que ce soit à redire à cette sympathique entreprise : l’œuvre est interprétée avec esprit et enthousiasme par une troupe irréprochable, dans laquelle on remarque particulièrement l’excellent Dick Dauntless de Hal Cazalet. La mise en scène réussit à se débrouiller fort honnêtement de moyens manifestement limités, notamment lorsqu’il faut donner vie aux ancêtres morts qui sortent de leurs portraits respectifs à l’acte 2.

La musique est évidemment interprétée de manière superlative sous la baguette infaillible de John Wilson. L’orchestre d’Opera North trouve le ton idéal pour rendre justice aux accents de la musique de Sullivan, parfois aussi acérés que l’humour du livret de Sullivan. On note tout particulièrement l’excellente prestation du trompette solo, Murray Greig.


“Un de la Canebière”

Théâtre 14, Paris • 1.3.11 à 20h30
Musique : Vincent Scotto (1935). Lyrics : René Sarvil. Livret : Henri Alibert.

Adaptation et mise en scène : Frédéric Muhl Valentin. Avec Cristos Mitropoulos (Toinet), Léo Guillaume (Girelle), Marc Pistolesi (Pénible), Barthélémy Giulj (Bienaimé des Accoules), Benjamin Falletto (Maître d’Hôtel / Garopouloff), Mathieu Becquerelle (Manosque), Lucile Pessey (Francine), Sonia Pintor i Font (Malou), Laure Dessertine (Margot), Edwige Pellissier (Clarisse).

J’allais voir ce spectacle sans attente particulière, heureux de voir enfin sur scène cette célèbre “opérette marseillaise” de Vincent Scotto, qui a légué pas mal de chansons au répertoire populaire.

Ce fut donc une délicieuse surprise de découvrir une production pleine de malice et d’énergie, montée par Les Carboni, une “troupe de théâtre forain”, et qui s’est semble-t-il distinguée lors du dernier Festival d’Avignon. Quelques accessoires et effets de lumière font office de décor. L’interprétation prend de légères distances par rapport au texte, mais sans jamais le trahir et en conservant de bout en bout une forme de finesse presque étonnante. Les comédiens sont remarquablement dirigés ; mention spéciale à Marc Pistolesi, dont le Pénible est un bonheur de bout en bout.

C’est intelligent, léger et élégant. Et d’autant plus agréable que les arrangements musicaux, réécrits pour un trio de jazz (augmenté d’une guitare), sont exquisément entraînants. Bravo.


“Ô mon bel inconnu”

Opéra Comique, Paris • 20.1.11 à 20h
Raynaldo Hahn (1933). Livret de Sacha Guitry.

Orchestre des lauréats du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, Emmanuel Olivier. Mise en scène : Emmanuelle Cordoliani. Avec Arnaud Guillou (Prosper Aubertin), Cécilé Achille (Antoinette), Estelle Lefort (Marie-Anne), Blandine Folio Peres (Félicie), Safir Behloul (Lallumette / Jean-Paul), Nicolas Certenais (Xavier / Victor), Florent Baffi (Claude Aviland).


“Der Bettelstudent”

StadtTheater, Klagenfurt • 7.1.11 à 19h30
Karl Millöcker (1882). Livret de Friedrich Zell & Richard Genée, d’après notamment Fernande de Victorien Sardou et The Lady of Lyons de Edward Bulwer-Lytton. Dialogues revus par Emmy Werner pour cette production.

Direction musicale : Mitsugu Hoshino. Mise en scène : Emmy Werner. Avec Kurt Schreibmayer (Colonel Ollendorf), Daniel Prohaska (Symon Rymanowicz), Erwin Belakowitsch (Jan Janicki), Torsten Frisch (Enterich), Martin Leitner (Piffke), Gerhard Kuschej (Puffke), Stefan Bischoff (von Richthofen), Gisela Ehrensperger (Palmatica, Comtesse Nowalska), Frauke Schäfer (Laura Nowalska), Simona Eisinger (Bronislawa), Franz Wyzner (Onuphrie), Thomas Tischler (Bogumil Malachowski), Dorothea Zimmermann (Eva), Jens Schnarre (von Wangenheim), Florian Claus (von Schweinitz), Erik Göller (von Henrici).

Le magnifique théâtre de Klagenfurt offre l’opportunité trop rare d’entendre l’un des joyaux du répertoire de l’opérette, Der Bettelstudent, du Viennois Karl Millöcker. Une œuvre qui fit la fortune de son auteur et qui fit le tour du monde, même si elle est aujourd’hui moins célèbre que les opérettes de Johan Strauss II ou de Gilbert & Sullivan, dont elle est contemporaine. (Millöcker est enterré au Zentralfriedhof de Vienne : voici la photo de sa tombe, prise lors d’une visite en 2008.)

Le théâtre a mis les petits plats dans les grands en proposant une production à grande échelle, avec un orchestre au grand complet (l’excellent Kärtner Sinfonieorchester) et une distribution nombreuse. La plupart des chanteurs sont issus de la troupe permanente du théâtre : ils sont globalement de bon niveau, même si les premiers rôles ont un peu de mal avec les passages les plus difficiles, notamment les fréquentes montées dans l’aigu.

Mais cela n’empêche en rien la représentation d’être un vrai plaisir tant la partition de Millöcker est charmante. Elle regarde fréquemment du côté de la valse, de la polka, de la polonaise… et elle enchante par son irrésistible contenu mélodique.

Le public ne s’y est pas trompé : le spectacle se joue à guichet fermé.


“The Mikado”

Barbican Hall, Londres • 2.1.11 à 15h
Musique : Arthur Sullivan (1885). Livret : W. S. Gilbert.

London Concert Orchestra & Chorus, Richard Balcombe. Mise en scène : Alistair McGowan. Avec Alistair McGowan (le Mikado), Oliver White (Nanki-Poo), Richard Suart (Ko-Ko), Bruce Graham (Pooh-Bah), Giles Davies (Pish-Tush), Charlotte Page (Yum-Yum), Sophie-Louise Dann (Pitti-Sing), Anna Lowe (Peep-Bo), Jill Pert (Katisha).

Je finis en beauté cette série des représentations organisées par le producteur Raymond Gubbay avec une version concert (mais mise en scène) du chef d’œuvre de Gilbert & Sullivan, l’une des opérettes les plus délicieuses du répertoire, The Mikado or, The Town of Titipu.

On pourrait difficilement rêver de meilleures conditions : l’orchestre est sur scène, ce qui permet à la somptueuse musique de Sullivan de s’épanouir bien mieux que lorsque les musiciens sont placés au fond d’une fosse ; les chœurs sont installés au-dessus de l’orchestre et chantent sans bouger, ce qui leur permet de se concentrer sur la musique ; les solistes, à l’exception de Jill Pert, sont tous excellents.

Ils sont également excellents comédiens, notamment Richard Suart, qui joue depuis des années le rôle de Ko-Ko, à qui revient la célèbre chanson à liste “As some day it may happen”, qu’il est de tradition d’actualiser en fonction des événements du jour. Tout le monde en prend pour son grade.

Du coup, on vogue de sommet en sommet, grâce à une interprétation magnifiquement attentive, joliment guidée par un Richard Balcombe très inspiré. Les nombreux numéros à plusieurs voix sont tous exquisement mis en place. On en reprendrait bien.


“La Belle Hélène”

Opéra de Marseille • 26.12.10 à 14h30
Jacques Offenbach (1864). Livret de Meilhac et Halévy.

Direction musicale : Nader Abbassi. Mise en scène : Jérôme Savary, recréée par Frédérique Lombart. Avec Mireille Delunsch (Mireille Delunsch), Alexander Swan (Pâris), Christine Tocci (Oreste), Éric Huchet (Ménélas), Marc Barrard (Agamemnon), Francis Dudziak (Calchas), Jacques Lemaire & Dominique Côté (les deux Ajax), Till Fechner (Achille)…

Les mises en scène de Jérôme Savary semblent plus supportables lorsque Savary n’est pas présent. La version de ce chef d’œuvre d’Offenbach que propose l’Opéra de Marseille pour les fêtes de fin d’année est excessivement divertissante ; j’ai souvenir d’avoir vu la même mise en scène à la Salle Favart et je m’y étais beaucoup moins diverti.

La distribution est honnête, même si Mireille Delunsch n’a pas le grain de folie d’une Felicity Lott. C’est de la fosse que viennent les plus grands plaisirs : Nader Abbassi, déjà remarqué dans Hamlet, fait preuve d’une grande intelligence de la partition et, une fois encore, il obtient de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille une prestation remarquable.


“Phi-Phi”

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 22.12.10 à 20h
Musique : Henri Christiné (1918). Livret : Albert Willemetz et Fabien Sollar.

Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Johanny Bert. Avec Gilles Bugeaud (Phidias, dit Phi-Phi), Emmanuelle Goizé (Madame Phidias), Olivier Hernandez (Ardimédon), Lara Neumann (Aspasie), Antoine Sastre (Le Pirée)…

Le spectacle annuel de la Compagnie Les Brigands revient aux sources en présentant l’un des plus grands chefs d’œuvre de la comédie musicale à la française, Phi-Phi. Et il n’y a pas de doute : musicalement, on vogue de sommet en sommet avec les extraordinaires chansons de Christiné et Willemetz… même si l’orchestre n’est pas vraimet impeccable.

La mise en scène proposée, qui utilise des marionnettes, est extrêmement originale et inattendue sur le plan visuel. Elle est aussi un peu intellectuelle et prive la pièce d’un premier degré qui lui ferait le plus grand bien. Je suis un peu resté sur ma faim.