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Le cérémonial du concert classique

6.10.08

Alex Ross, le critique musical du New Yorker et auteur d’un bouquin passionnant sur la musique du 20ème siècle, a récemment été récompensé par l’un des “genius grants” de 500 000 dollars décernés par la MacArthur Foundation. Dans cet article [en anglais], il continue à développer un thème qui lui est cher depuis longtemps (et dont nous avions déjà eu l’occasion de parler en détail ici) : le cérémonial du concert classique.

Retenu par des contraintes professionnelles, je n’ai pas pu assister à la première de Mahler donnée à Pleyel par David Zinman à la tête de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich. À en juger par l’intégrale en cours d’enregistrement (et par les échos que j’ai eus après le concert), ça méritait pourtant le déplacement.


Enfer et paradis

23.11.07

D’abord, on lit cette ahurissante interview de Gustav Leonhardt : “Le professionnel ne joue pas pour lui mais pour les autres, ceux qui sont venus, ont garé leur voiture, payé leur billet. Il doit être expressif, mais pas enthousiasmé par ce qu'il joue.” Pas enthousiasmé par ce qu’il joue ?? Pas enthousiasmé par ce qu’il joue ????

Puis on lit ce merveilleux récit de Kenneth Woods qui, outre l’amusante anecdote qu’il rapporte, est l’un des plus jolis textes sur l’interprétation musicale que j’aie lu depuis longtemps. (Désolé, il faut lire l’anglais.)

Et c’est comme se réveiller d’un horrible cauchemar, couvert de sueur mais heureux de constater que l’on n’est pas en train de se faire découper en rondelles par un monstre gluant muni d’une tronçonneuse mais au chaud dans son lit dans son petit chez soi qu’on aime tant.

Il y a longtemps que je ne me faisais plus d’illusion sur les baroqueux, mais tout de même… Le commentaire de l’ami zvezdo entre directement au panthéon.


Orhan Pamuk

8.1.07

Pamuk Le New Yorker daté des 25 décembre 2006 et 1er janvier 2007 publie la conférence prononcée par Orhan Pamuk lorsque lui a été remis le Prix Nobel de littérature. Il y parle à la fois de sa vocation d’écrivain et de sa relation avec son père.

Je ne résiste pas au plaisir d’en citer deux extraits, que je trouve superbes (désolé, je n’ai pas le courage de traduire en français) :

A writer is someone who spends years patiently trying to discover the second being inside him, and the world that makes him who he is. When I speak of writing, the image that comes first to my mind is not a novel, a poem, or a literary tradition; it is the person who shuts himself up in a room, sits down at a table, and, alone, turns inward. Amid his shadows, he builds a new world with words. This man — or this woman — may use a typewriter, or profit from the ease of a computer, or write with a pen on paper, as I do. As he writes, he may drink tea or coffee, or smoke cigarettes. From time to time, he may rise from his table to look out the window at the children playing in the street, or, if he is lucky, at trees and a view, or even at a black wall. He may write poems, or plays, or novels, as I do. But all these differences arise only after the crucial task is complete — after he has sat down at the table and patiently turned inward. To write is to transform that inward gaze into words, to study the worlds into which we pass when we retire into ourselves, and to do so with patience, obstinacy, and joy.

Plus loin, vers la fin :

The question we writers are asked most often, the favorite question, is: Why do you write? I write because I have an innate need to write. I write because I can’t do normal work as other people do. I write because I want to read books like the ones I write. I write because I am angry at everyone. I write because I love sitting in a room all day writing. I write because I can partake of real life only by changing it. I write because I want others, the whole world, to know what sort of life we lived, and continue to live, in Istanbul, in Turkey. I write because I love the smell of paper, pen, and ink. I write because I believe in literature, in the art of the novel, more than I believe in anything else. I write because it is a habit, a passion. I write because I am afraid of being forgotten. I write because I like the glory and interest that writing brings. I write to be alone. Perhaps I write because I hope to understand why I am so very, very angry at everyone. I write because I like to be read. I write because once I have begun a novel, an essay, a page I want to finish it. I write because everyone expects me to write. I write because I have a childish belief in the immortality of libraries, and in the way my books sit on the shelf. I write because it is exciting to turn all life’s beauties and riches into words. I write not to tell a story but to compose a story. I write because I wish to escape from the foreboding that there is a place I must go but — as in a dream — can’t quite get to. I write because I have never managed to be happy. I write to be happy.


Quiz

23.10.06

De qui sont ces propos ?

I am astonished at the foolish music written in these times. It is false and wrong and no longer does anyone pay attention to what our beloved old masters wrote about composition. It certainly must be a remarkably elevated art when a pile of consonances are thrown together any which way.

I remain faithful to the pure old composition and pure rules. I have often walked out of the church since I could no longer listen to that mountain yodelling. I hope this worthless modern coinage will fall into disuse and that new coins will be forged according to the fine old stamp and standard.

Ma traduction approximative en français :

Je suis étonné par la musique folle que l’on écrit de nos jours. Elle est fausse et erronée  ; plus personne ne se préoccupe de ce que nos chers vieux maîtres ont écrit à propos de la composition. Il faut croire que l’on produit un art remarquablement élevé en jetant ensemble une pile d’accords n’importe comment.

Je reste fidèle à la bonne vieille composition et à ses règles pures. Souvent je suis sorti de l’église parce que je ne pouvais plus supporter ce yodelling des montagnes. J’espère que cette monnaie moderne sans valeur tombera en désuétude et que de nouvelles pièces seront frappées en accord avec les bons vieux canons et règles.

Et la réponse est ici.


(Soupir de contentement)

25.9.06

Christine_rice Lu dans About the House, le magazine du Royal Opera House de Londres, dans une interview de la mezzo-soprano Christine Rice (les questions sont formulées à la première personne) :

Question : I wish directors would take more notice of…

Réponse : This only goes for the bad directors… the audience and the plot. The number of shows I’ve done where even I struggle to grasp the production concept after five weeks’ rehearsal, so what an audience is expected to make of it at only one sitting I don’t know. Plus it’s quite common to be told you play one idea while the words you are singing mean something else.

Ce qui donne, approximativement, en français :

Question : J’aimerais que les metteurs en scène fassent plus attention à…

Réponse : Je ne réponds que pour les mauvais metteurs en scène… au public et à l’intrigue. J’ai fait tellement de spectacles dans lesquels même moi j’en suis toujours à essayer de comprendre le concept de la production après cinq semaines de répétitions, alors je ne sais vraiment pas comment le public est censé comprendre quelque chose en une représentation. Et puis il est assez courant de se voir dire que l’on joue une idée pendant qu’on chante des paroles qui disent autre chose.

Cette jeune-femme me semble bien sympathique…


“Northern Lights”

3.3.06
De Philip Pullman
. Premier volume de la trilogie His Dark Materials.

Nl Je ne lis presque plus d’œuvres de fiction, à part les nouvelles du New Yorker... et je ne pense pas avoir lu de science-fiction depuis La Nuit des temps de Barjavel il y a au moins quinze ans. Cependant, n’ayant lu ni Lord of the Rings de J. R. R. Tolkien, ni The Chronicles of Narnia de C. S. Lewis, ni les aventures de Harry Potter de J. K. Rowling, je me sentais animé d’une réelle curiosité envers la littérature anglaise fantastique pour adolescents réels et attardés. J’ai donc choisi la trilogie His Dark Materials de Philip Pullman qui, si on doit croire l’IMDB, va faire l’objet d’une adaptation cinématographique à partir de 2007.

Que dire ? Avant tout, que j’ai dévoré les 400 pages en trois jours, et que je n’ai qu’une envie : commencer le deuxième volume. Pullman a un véritable style, et ses personnages sont fort attachants. Une bonne partie de l’intrigue tourne autour d’une idée qui confine au poétique, selon laquelle, dans le monde dans lequel se déroule ce premier volume, tout être humain né doté d’un “dæmon”, un petit animal qui ne le quitte jamais et qui est en quelque sorte son âme. Cette idée à elle seule fournit beaucoup de matière à des épisodes extrêmement touchants. Ce qu’on peut reprocher à Pullman, en revanche, c’est qu’il nous distille des informations au fur et à mesure des étapes du voyage initiatique de son héroïne Lyra (et de son dæmon Pantalaimon) sans que celle-ci fasse finalement quoi que ce soit pour “mériter” ces informations supplémentaires. L’aventure de Lyra est somme toute trop facile, des dei ex machina surgissant systématiquement chaque fois qu’elle connaît des difficultés. Malgré cela... vivement la suite !


“Prairie Fire”

18.2.06

Newyorker060116 Article très perturbant signé Eric Konigsberg dans le New Yorker daté du 16 janvier dernier, sur Brandenn Bremmer, un gamin surdoué qui s’est suicidé à l’âge de 14 ans en mars 2005. Comme toujours dans le New Yorker, le journaliste avance pas à pas, reste très factuel en citant abondamment, évite les généralisations hâtives ou les commentaires personnels.

Ce qui crée le malaise, ce n’est pas le suicide lui-même, c’est l’évolution de la perception qu’on a de ceux qui entouraient Brandenn. Ainsi, on apprend dès la troisième page de l’article que ses parents l’ont emmené, dès l’âge de quatre ans, voir une psychologue, Linda Silverman, spécialisée dans le soutien aux gamins surdoués. Ce n’est que huit pages plus loin que l’on apprend que cette dame est mariée à un type qui se dit voyant et qui prétend guérir le cancer. Il dit qu’il a communiqué avec Brandenn avec sa mort, qu’il est en réalité un ange et qu’il est retourné au ciel après sa mort afin de continuer à exercer son ministère. “Everything worked out in the end.” Et sa femme est d’accord, bien sûr ! Ce qui les conduit à dire que Brandenn est un ange, c’est que les organes prélevés sur lui après sa mort ont permis de réaliser plusieurs greffes, dont certaines ont vraisemblablement contribué à sauver des vies. Comment ne pas penser que de tels tordus ne peuvent avoir une influence négative sur des gamins déjà fortement perturbés ?

Même évolution dans la perception des parents. Au début de l’article, on se dit que ce sont des gens simples mais suffisamment intelligents pour essayer de s’adapter à des circonstances exceptionnelles. À la fin, on ne sait plus quoi penser. L’isolement dans lequel ils ont maintenu Brandenn dans leur ferme du Nebraska, leur obstination à ne pas accepter les signes tangibles de la dépression de leur fils présents dans les e-mails qu’il adressait à ses amis,... autant d’éléments qui contribuent à créer dans les dernières lignes de l’article un malaise qui n’est pas foncièrement différent de celui que l’on ressent dans les films d’horreur.