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“Savages”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 28.9.12 à 22h15

SavagesOliver Stone (2012). Avec Taylor Kitsch (Chon), Aaron Taylor-Johnson (Ben), Salma Hayek (Elena), Benicio Del Toro (Lado), John Travolta (Dennis), Blake Lively (O), …

C’est toujours intéressant de voir un vétéran comme Oliver Stone donner une leçon de cinéma, même s’il choisit pour le faire un film au scénario certes plutôt bien ficelé (trois scénaristes, quand même), mais qu’on a l’impression d’avoir déjà vu.

Gros coup de cœur pour les trois “vétérans” de l’affiche (Hayek, Del Toro et, surtout, Travolta), qui ne sont jamais très loin d’éclipser les trois “petits jeunes”… en particulier la transparente Blake Lively, qui porte bien mal son nom.

La façon dont Stone filme la violence est paradoxalement assez délicieuse, surtout quand il s'adjoint les services de Brahms, dont l’introït de la première symphonie est utilisé deux fois de manière génialement efficace.

“Killer Joe”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 11.9.12 à 20h25

KillerjoeWilliam Friedkin (2011). Avec  Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Gina Gershon, Thomas Haden Church…

J’ignorais que le réalisateur de The ExorcistThe French Connection et Cruising fût encore en activité. À plus de 75 ans, William Friedkin semble plus que jamais en pleine possession de ses moyens.

Killer Joe est l’adaptation de l’une des premières pièces de Tracy Letts, un excellent auteur dramatique qui s’est beaucoup fait remarquer récemment avec sa pièce August: Osage County, que j’ai eu la chance de voir à Broadway en 2007 (et dont l’adaptation cinématographique est annoncée pour bientôt, avec une distribution particulièrement alléchante).

Le scénario du film bénéficie de son origine théâtrale : on en oublierait presque de s’étonner de l’anormalité de la vie de ces personnages à la dérive dans un monde aux repères ébranlés. L’équilibre subtil entre la violence des situations et le comique noir des dialogues est d’une virtuosité remarquable. La montée progressive vers le paroxysme final, fascinant et terrifiant à la fois, est orchestrée avec une maestria totale.

La distribution, impeccable, est dominée par Matthew McConaughey, le Joe titulaire. Mais on est également scotché par la prestation géniale de Gina Gershon… et par la façon dont Juno Temple traverse le film comme entourée d’un halo de lumière dans le rôle de la blanche colombe qui, comme il se doit, se révèle finalement comme le catalyseur du tragique dénouement final.

Superbe cinématographie de Caleb Deschanel, qui concocte des images très contrastées. Les scènes de violence sont fascinantes tellement elles sont filmées de manière naturaliste.


“David et Madame Hansen”

Ciné-Cité les Halles, Paris • 5.9.12 à 20h30

DavidAlexandre Astier (2012). Avec Isabelle Adjani, Alexandre Astier, Julie-Anne Roth, Victor Chambon, …

Alerte rouge : Alexandre Astier est à la fois l’auteur, le producteur, le réalisateur, le compositeur, le comédien princial et le monteur de ce film. En général, un tel cumul des mandats ne peut conduire qu’au désastre. Curieusement, ce n’est pas le cas en l’occurrence. Au contraire, car cela permet à Astier de mener à bien une vision manifestement très claire de ce qu’il veut obtenir.

Et ce qu’il veut obtenir repose en bonne partie sur la prestation d’une Isabelle Adjani qui, bien qu’elle donne un peu l’impression de toujours jouer le même rôle (comme Jean-Pierre Bacri, dans un autre registre), n’a pas son pareil pour séduire éhontément la caméra.

Le scénario est bourré d’invraisemblances et la réalisation donne parfois l’impression de vouloir provoquer l’émotion coûte que coûte, mais la rencontre Adjani / Astier provovoque une belle émulsion, tant les deux comédiens sont opposés : l’une se retranche derrière ce masque impassible et ces yeux indéchiffrables ; l'autre est un concentré de bon sens paysan bien terre à terre et même un peu balourd.

Mention spéciale pour les seconds rôles, un peu sous-exploités mais très joliment interprétés, et pour la superbe et prenante musique originale (pas toujours si originale) d’Alexandre Astier.


“Nous York”

Publicis Cinémas, Paris • 30.8.12 à 20h

Nous yorkHervé Mimran, Géraldine Nakache (2012). Avec Leïla Bekhti (Samia), Géraldine Nakache (Gabrielle), Manu Payet (Michael), Nader Boussandel (Nabil), Baptiste Lecaplain (Sylvain), Marthe Villalonga (Mme Hazan), Sienna Miller (La star), Dree Hemingway (Denise), Nicole LaLiberte (Rachel), …

Cette avant-première était proposée gratuitement en échange du remplissage d’un questionnaire à la sortie. Pas d’engagement de confidentialité, en revanche, bien que le film ne sorte qu’en novembre.

Trois amis originaires de la même cité de la région parisienne se rendent à New York pour retrouver deux amies parties tenter leur chance quelques mois plus tôt à l’occasion de l’anniversaire de l’une d’entre elles. Malgré un scénario un peu brouillon qui donne l’impression de chercher un peu son sujet, le film constitue à l’arrivée une très bonne surprise.

Parce qu’il évite avec talent les clichés des films français, le nombrilisme autocentré et l’incontournable nécessité du commentaire social.

Parce qu’il arrive à mêler comédie et émotion avec un joli sens de la nuance.

Parce qu’il s’autorise une vraie déclaration d’amour à New York, avec plans panoramiques et vues aériennes… un type d’image formellement interdit par le manuel du parfait réalisateur-français-porteur-de-noirceur-vériste.

Parce qu’il nous propose des personnages attachants, normaux mais pas triviaux, humains mais pas déprimants.

Seul le nom de Manu Payet m’était familier parmi le trio de comédiens principaux… et encore, parce que je me souvenais avoir vu des affiches pour l’un de ses spectacles dans le métro. Mais on ressort en étant tombé sous le charme de ces trois garçons qui ne se la jouent pas et évitent soigneusement tout cabotinage, Payet étant particulièrement bon dans les derniers instants du film.

Du cinéma français aussi plaisant, on en reprendrait bien tous les jours. Et puis si on m’avait dit que je verrais un jour Sienna Miller et Marthe Villalonga dans le même film, j’aurais bien rigolé…


“ParaNorman” (3D)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 22.8.12 à 20h40

Chris Butler, Sam Fell (2012). Avec les voix de Kodi Smit-McPhee (Norman Babcock), Anna Kendrick (Courtney), Christopher Mintz-Plasse (Alvin), Tucker Albrizzi (Neil), Casey Affleck (Mitch), Lesley Mann (Sandra Babcock), Jeff Garlin (Perry Babcock), Elaine Stritch (Grandma), …

Un délicieux film d’animation faisant appel à plusieurs techniques et bourré de clins d’œil et de références dont je n’ai vraisemblablement capté que le tiers. Par moments, on pense un peu aux Triplettes de Belleville, que je n’avais pourtant pas aimé. Au-delà du message politiquement correct sur l’acceptation de la différence, le film est irrésistible grâce à son humour féroce et à la délicieuse partition de Jon Brion, le compositeur de Magnolia.


“Magic Mike” (& “Haywire”)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 13.8.12 à 20h
Steven Soderbergh (2012). Avec Channing Tatum (Magic Mike), Alex Pettyfer (Adam), Cody Horn (Brooke), Matthew McConaughey (Dallas), ...

On n'ira pas voir le dernier Soderbergh pour la subtilité de son scénario ou pour la finesse de l'analyse sociale qui le sous-tend. D’une certaine façon, Magic Mike est un clin d’œil à tout un pan du cinéma contemporain, peuplé de gentils personnages convaincus qu'ils cheminent vers un avenir meilleur alors qu'ils s'enfoncent inéluctablement dans la médiocrité et la déchéance. Soderbergh réalise avec Magic Mike une ode au loser dans toute sa mythique splendeur, une expression illustrée presque littéralement par des scènes de strip-tease aussi ambitieuses dans leur conception qu’elles sont miteuses dans leur exécution.

Le film fonctionne d’autant mieux que Channing Tatum propose une prestation poignante à la fin du film, lorsque le personnage titulaire est rappelé violemment à la réalité. Tatum équilibre la prestation très absente d'une Cody Horn qui semble recrutée à l'école française du “less is more”. Mais voilà, “less” que rien, il ne reste pas grand' chose.

M’étant aperçu en sortant du film que j’avais négligé une bonne partie de la production de Soderbergh depuis Erin Brockovich, je me suis précipité sur Haywire, un de ses films les plus récents (daté de 2011, mais sorti en juillet 2012 en France). Et je me suis régalé : sorte de méta-film d’action dont le scénario est au fond parfaitement secondaire, Haywire émerge comme un captivant exercice formel qui revisite avec soin et inspiration les codes du film d’action. Distribution de rêve, réalisation irréprochable : on a l’impression d’avoir vu le film mille fois, et pourtant on n’a jamais rien vu de pareil. Délicieuse petite attention de la part du scénariste, qui fait commencer et terminer le film par la même interjection : “Shit!”.


“Brave” (3D)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 2.8.12 à 22h20
Rebelle. Mark Andrews, Brenda Chapman & Steve Purcell (2012). Avec Kelly Macdonald (Merida), Billy Connolly (Fergus), Emma Thompson (Elinor), Julie Walters (The Witch), …

Ce n’est pas fréquent mais, pour une fois, le titre français de ce dernier Disney/Pixar semble plus adapté que son titre original.

Les critiques semblent s’être donné le mot pour saluer l’avènement de la princesse libérée des conventions. C’est oublier Pocahontas et une flopée d’histoires dont le ressort principal est généralement le non-conformisme de son héros ou de son héroïne : Cendrillon aurait-elle jamais rencontré le Prince charmant si elle n’avait pas pris son destin en main ?

Il y a quatre raisons principales de voir Brave :

  1. L’état sidérant des technologies qui permettant désormais de représenter l’eau, les cheveux, les fourrures, … avec un réalisme qui laisse bouche bée. Encore plus en 3D.
  2. L’un des meilleurs rôles de sorcière jamais écrits (avec Yzma dans The Emperor’s New Groove), interprété de manière irrésistible par Julie Walters.
  3. La langue un peu ancienne et les accents, dont on n’arrive jamais à décider s’ils sont écossais ou irlandais… en tout cas, ils sont truculents. (Je me demande bien comment la version française se débrouille de ce sujet.)
  4. Le merveilleux court-métrage intitulé La Luna qui, outre qu’il est fabuleusement onirique, illustre le concept fascinant de Space elevator, dont on entend beaucoup parler ces temps-ci.

Pour le reste, il faut bien reconnaître que l’histoire n’a rien d’exceptionnel et que la bande-son tire souvent du côté de la rengaine.


“360”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 27.7.12 à 20h15
Fernando Meirelles (2011). Avec Rachel Weisz, Jude Law, Anthony Hopkins, …

Encore un film inspiré par La Ronde d’Arthur Schnitzler. Enfin d’assez loin, quand même. Et en déplaçant nettement le propos sur le terrain du libre arbitre et de la non réversibilité de certains choix. Je n’avais pas vu les précédents films de Meirelles, mais j’ai été bien plus impressionné que ce à quoi m’avaient préparé les critiques.

Car il y a bien des raisons d’aimer ce film : l’itinérance du scénario ; les images de Vienne, magnifiques ; la réalisation, malgré quelques manies un peu prétentieuses ; la bande-son ; les prestations des comédiens, presque toutes excellentes… mais avec des mentions particulières pour Anthony Hopkins (dont la prestation m’a tiré des larmes, pas en raison de la tristesse de son histoire, mais parce que son talent est bouleversant), Ben Foster (simplement génial) et Vladimir Vdovichenkov (dont les yeux semblent contenir toute l’âme slave à eux seuls).

On pardonne volontiers, du coup, les quelques maladresses du scénario et, surtout, le fait qu’il oublie de dénouer vraiment toutes les situations présentées pendant le film. On pardonne aussi la qualité très moyenne des quelques dialogues en français ainsi que la prestation épouvantable de la comédienne qui joue la psychiatre parisienne.


“The Amazing Spider-Man” (3D)

BFI Imax, Londres • 7.7.12 à 15h
Marc Webb (2012). Avec Andrew Garfield (Spider-Man / Peter Parker), Emma Stone (Gwen Stacy), Rhys Ifans (The Lizard / Dr. Curt Connors), Denis Leary (Captain Stacy), Martin Sheen (Uncle Ben), Sally Field (Aunt May), … 

Les concepteurs de cette nouvelle version de Spider-Man se targuent à juste titre d’avoir rendu l’histoire plus humaine en imaginant d’intéressantes péripéties nouvelles et en injectant une bonne dose d’humour plutôt bien vu mais, ce faisant, ils n’ont fait que déplacer le moment où le récit franchit cette curieuse ligne de démarcation entre un univers rationnel proche du nôtre et ce monde de bande dessinée où la vraisemblance et la cohérence dramatique se retrouvent soudain cantonnées à un strapontin.

La réalisation est superbe et la 3D est magnifique sur le nouvel écran du BFI Imax. Je préférais le Peter Parker de Tobey Maguire, plus taciturne et plus décalé, mais Andrew Garfield prend très dignement la relève. Les scénaristes de ce reboot ont en outre choisi d’aller rechercher dans l’histoire originale la première petite amie de Peter Parker, Gwen Stacy, assez différente de Mary-Jane Watson… ce qui contribue à donner une orientation différente au scénario.

Mais peut-être serait-il temps que Hollywood se trouve une autre source d’inspiration…


“West Side Story”

Royal Albert Hall, Londres • 24.6.12 à 14h30
Jerome Robbins & Robert Wise (1961)

Royal Philharmonic Concert Orchestra, Jayce Ogren

On a semble-t-il, trouvé le moyen d’isoler complètement l’orchestre de la bande son de West Side Story. Résultat : cette séance de projection du film au Royal Albert Hall, tandis que le Royal Philharmonic Concert Orchestra interprétait la musique en direct. On se régale d’entendre la partition de Leonard Bernstein dans d’aussi bonnes conditions, notamment lorsque les percussionnistes s’emballent dans le mambo.


“Prometheus” (3D)

Curzon Soho, Londres • 11.6.12 à 12h40.
Ridley Scott (2012). Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Guy Pearce, Logan Marshall-Green, …

Même s’il accumule les clichés, le scénario est un peu moins lacunaire que mes lectures préalables ne me le laissaient craindre. Oui, il reste un certain nombre de points obscurs et de nœuds non dénoués à la fin du film, mais pas suffisamment pour se sentir frustré. On est surtout étonné de voir les personnages accumuler les gestes imprudents, comme si tout principe de précaution avait disparu en 2093. Pas étonnant que ça ne finisse pas très bien…

La réalisation est soignée, et la 3D est à la fois discrète et efficace. Les effets spéciaux sont réussis… notamment la plongée dans le flux sanguin d’une créature, avec gros plan sur de l’ADN en double hélice et mitose à grande vitesse (à moins que ce ne soit une méiose ?) 

J’ai beaucoup aimé l’ambiance sur le vaisseau spatial avant le réveil des occupants : décor familier, bruit blanc, prélude de Chopin, … Lorsque l’ordinateur parle à l’incontournable androïde de service, David, on ne peut s’empêcher de repenser à l’ordinateur de 2001: A Space Odyssey parlant au personnage nommé… Dave avec quasiment la même voix.


“Titanic” en 3D

BFI Imax, Londres • 6.4.12 à 10h20
James Cameron (1997). Avec Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Billy Zane, Kathy Bates, Frances Fisher, Gloria Stuart, …

J’avoue que je n’avais en tête que des imges un peu décousues du film de James Cameron… mon souvenir le plus précis étant que j’avais été obligé de sortir pendant le naufrage pour soulager ma vessie. Aucun risque que cela se reproduise puisque le film est ici présenté avec un entracte… ce qui fait quand même une séance de quatre heures au total.

Je fais partie des quelques illuminés qui aiment vraiment beaucoup la 3D, surtout lorsqu’elle utilisée aussi intelligemment. James Cameron ne s’est autorisé aucun effet inutilement spectaculaire : il s’est contenté d’ajouter de la profondeur aux scènes, de manière tellement subtile qu’on en oublie régulièrement qu’on est en train de regarder une image en 3D… une image par ailleurs vraiment magnifique. On regrette seulement que les quelques passages où les effets CGI sont un peu trop rudimentaires — notamment quelques survols du bateau où l’on voit des passagers s’affairer sur les ponts — n’aient pas été retravaillés pour l’occasion.

La redécouverte du film constitue plutôt une bonne surprise. Son plus gros défaut, à mon sens, est le personnage caricatural interprété par Billy Zane : on voit mal pourquoi Rose hésiterait à quitter cet homme rustre et violent. L’autre défaut, évidemment plus subjectif, c’est qu’il faut se forcer un peu pour trouver Kate Winslet séduisante avec ses traits grossiers — la version centenaire de Rose Dawson, interprétée par Gloria Stuart, a infiniment plus de charme.


“The Artist”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 16.10.11 à 16h50

Michel Hazanavicius (2011). Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, …

Un film original, ambitieux et émouvant. Une entreprise qui, manifestement, vient du cœur, et qui est truffée d’allusions et de références dont je n’ai pas dû saisir la moitié. Le scénario et la réalisation sont bourrés d’idées originales et fascinantes. Dujardin a un chien fou et une sacrée gueule qui sait faire du gringue à la caméra sans vergogne. 

Reste que l’émotion met un peu de temps à décoller. Peut-être à cause de la partition de Ludovic Bource, qui tourne un peu en rond. Peut-être à cause de ce chien horripilant — peu de choses m’agacent autant que les animaux “savants”. Mais ma gorge s’est serrée instantanément lorsque le sublimissime thème de Bernard Herrmann pour Vertigo a envahi la salle. Les dix dernières minutes du film sont absolument géniales et se terminent sur des images qui rendent heureux.

À titre personnel, j’aurais appelé le film The Artiste plutôt que The Artist.


“Black Swan”

Dans le train • 7.5.11
Darren Aronofsky (2010). Avec Natalie Portman.

Un film inutile : scénario téléphoné (on a tout compris dans les dix premières minutes), réalisation convenue, interprétation sans génie (Vincent Cassel est à peu près aussi convaincant en chorégraphe que moi en pêcheur de pleine mer). On a un peu l’impression de voir un condensé de tous les films fantastiques de série Z (Carrie), propulsé par erreur dans la “cour des grands”. Prétentieux et sans âme.


“L’Année dernière à Marienbad”

Dans l’avion • 9.4.11
Alain Resnais (1961). Avec Delphine Seyrig, Giorgio Albertazzi, Sacha Pitoëff…

Je n’avais jamais vu ce chef d’œuvre d’Alain Resnais, qui doit son charme à une étonnante combinaison : le scénario virtuose et la prose envoûtante d’Alain Robbe-Grillet, la cinématographie sublimement stylisée de Sacha Vierny avec ses noirs et ses blancs hypnotiques, la musique oppressante de Francis Seyrig, les performances habitées de Delphine Seyrig — avec ses grands yeux hallucinés et ses poses statuaires —, Giorgio Albertazzi — avec son accent italien étonnamment dur — et de Sacha Pitoëff, avec son inquiétante silhouette interminable et sa diction fascinante.

Le temps et l’espace se déploient comme des fractales : des motifs élémentaires se répètent à l’envi dans des variations infinies. Jeux de facettes et de miroirs ; un couloir mène toujours à un autre couloir et une porte, à une autre porte dans cet univers clos, sans dehors apparent. “C’est un drôle d’endroit”, dit l’un des personnages. “Pour être libre ?”, lui renvoie un autre.

Les deux personnages principaux, qui n’ont pas de nom (“les noms n’ont pas d’ïmportance”, répète plusieurs fois l’homme à l’accent italien), semblent confronter des souvenirs, des réminiscences qui viennent par bribes et se confrontent sans toujours se superposer. “Rappelez-vous !” : une incantation répétée comme une obsession. Jusqu’à ce que le personnage de Giorgi Albertazzi admette : “Je ne me souviens plus”, d’une voix angoissée, à un moment où le film s’accélère pour prendre la direction de son dénouement, vers une sortie tellement étrangère qu’on ne peut la montrer vraiment.

Les silences sont lourds et perceptibles même lorsque la musique d’orgue prend le dessus. Le temps semble élastique et les regards, éternels. Dans ce lieu “trop sombre, ou inconnu”, les mouvements semblent rituels. Dans ce labyrinthe baroque, cette cage dorée, les hommes semblent pris au piège. Mais que font-ils au juste ? Cherchent-ils, précisément, à échaper à leurs souvenirs ?

La prose de Robbe-Grillet se dévore comme une gourmandise douce-amère dont les goûts ne se dévoilent que progressivement : l’usage obsessif et noble de la deuxième personne, les descriptions détaillées de lieux et de postures physiques, les répétitions…

“Je ne suis jamais restée aussi longtemps nulle part!", dit l’héroïne vers la fin du film : c’est en effet une petite éternité que l’on a vécue en sa compagnie.


“The September Issue”

Dans l’avion • 3.4.11
R.J. Cutler (2009)

Ce documentaire suit la célèbre et redoutée rédactrice en chef du Vogue américain, Anna Wintour (qui avait déjà inspiré en partie le personnage de Miranda Priestly dans le film The Devil Wears Prada) pendant la période qui précède le bouclage du fameux “numéro de septembre”, la mylthique livraison de rentrée du magazine.

Si le film ne fait que confirmer l’image que l’on se fait de Wintour, il ne réserve pas moins un petit rebondissement quand la belle Grace Coddington, la directrice artistique du magazine, vole peu à peu la vedette à sa chef, avec qui les relations semblent tendues. Du coup, le documentaire sert aussi de vitrine au remarquable travail de Coddington, dont le brillant esprit créatif produit de petites merveilles.


“The Shawsank Redemption”

Dans l’avion • 31.3.11
Frank Darabont (1994). Avec Tim Robbins, Morgan Freeman, Bob Gunton…

Je n'avais pas vu ce film du réalisateur de l’inoubliable Green Mile lors de sa sortie en salle, mais je comprends qu'il ait autant soulevé l'enthousiasme à l'époque — il est toujours aujourd’hui en tête du palmarès des films préférés des utilisateurs de l’IMDB.

Un scénario bien ficelé, une réalisation au cordeau, deux performances enthousiasmantes de Tim Robbins mais surtout de Morgan Freeman, dont le sourire et les intonations sont irrésistibles. Le film, dans sa générosité, offre plusieurs de ces moments enchantés qui prennent irrésistiblement à la gorge, dont l'un bénéficie de la complicité bienveillante de Mozart.


“Winter’s Bone”

Dans l’avion • 27.3.11
Debra Granik (2010). Avec Jennifer Lawrence, John Hawkes,…

Un film lumineux et touchant, à l’image de cette campagne du Missouri qui lui fournit ses paysages. Des personnages qui vivent dans un monde aux valeurs et aux repères tellement exotiques que l’atmosphère de paisible normalité qui semble irriguer le film est un paradoxe permanent. Des comédiens extraordinaires : Jennifer Lawrence s’est attirée de nombreux éloges pour son incarnation du personnage principal, Ree, mais les personnages secondaires sont tout aussi fascinants, notamment le Teardrop de John Hawkes et la fabuleuse Merad de Dale Dickey.

La première fois — sans doute la dernière — que je trouve la musique country supportable.


“Exit Through the Gift Shop”

Dans le train • 4.3.11
Banksy (2010)

Que ce film soit un vériatable documentaire ou qu’il soit en réalité une savante fiction comme certains le pensent, il n’en est pas moins passionnant. Même si mon cerveau gauche résiste un peu à l’idée que l’activité consistant à couvrir en douce certains murs de pièces de “street art” puisse être en quoi que ce soit respectable, elle ne fournit finalement ici que le prétexte à une curieuse histoire de retournement — ou comment l’homme qui suivait ces artistes des rues de manière compulsive, caméra à la main, a fini par monter un coup d’éclat retentissant

Le film pose au fond une question éminemment pertinente sur la valeur commerciale de cet art qui se veut a priori indépendant de toute considération de marché. Les artistes des rues “historiques” présents dans le film — Space Invader, Shepard Fairy, Banksy lui-même — sont désormais totalement assimilés et entretenus par le système en dehors duquel ils se plaçaient d’eux-mêmes. Comment, dans ces conditions, reprocher à un original excentrique d’entrer de plain-pied dans ce système commercial sans gagner sa légitimité par des actes plus subversifs ? C’est tout à l’honneur de Banksy de saisir cet épisode — qu’il soit réel ou imaginaire importe finalement assez peu — pour poser candidement cette question à laquelle il n’a pas la prétention de répondre.


“Animal Kingdom”

Dans le train • 27.2.11
David Michôd (2010). Avec James Frecheville, Jacki Weaver, Ben Mendelsohn, Sullivan Stapleton, Luke Ford, Joel Edgerton, …

Un film australien à la fois inattendu et captivant. Il commence sur une géniale trouvaille scénaristique, qui met d’emblée la barre très haut : le jeune J (Joshua) regarde la télé assis à côté de sa mère assoupie. Des infirmiers débarquent et on comprend que J a dû appeler des secours parce que sa mère a “encore” abusé de l’héroïne. Alors que les secouristes s’activent, le regard de J dérive inéluctablement en direction de la télévision : le sort de sa mère lui importe peu ; c’est une émission débile qui capte son attention.

Sa mère est morte. J va vivre avec sa grand-mère et ses oncles, une bande de gangsters particulièrement gratinés dont sa mère l’avait volontairement protégé. La qualité d’écriture ne se dément pas : combinée à une interprétation et une réalisation remarquables, elle aboutit à une irrésisitible galerie de portraits, dont le plus réjouissant est celui de la grand-mère Janine, surnommée Smurf, qui se promène toujours avec un large sourire sur le visage et dont la psychologie ne se révèlera que progressivement, couche après couche (formidable Jacki Weaver).

J va se trouver en position de témoigner contre ses oncles et devra décider où placer sa loyauté. Au moment où on pense avoir compris où va l’intrigue, elle prend soudain des chemins de traverse et se dirige vers un dénouement très bien trouvé, qui permet au film de s’achever sur une situation à peu près aussi géniale que la scène d’ouverture. Un régal.

Cerise sur le gâteau, l’accent australien omniprésent, une fois dompté, est un petit bonheur.