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“La Belle et la Bête”

Philharmonie 2, Paris • 17.2.15 à 20h30
Opéra de Philip Glass (1994) / Film de Jean Cocteau (1946)

The Philip Glass Ensemble, Michael Riesman. Avec Hai-Ting Chinn (La Belle), Marie Mascari (Félicie, Adélaïde), Gregory Purnhagen (La Bête, L'Officier du Port, Avenant, Ardent), Peter Stewart (Le Père Ludovic)

BellebeteBien sûr, il y a avant tout le film extraordinaire de Jean Cocteau, l’une des merveilles du septième art, dont les images ont été somptueusement rénovées. Philip Glass a eu l’idée curieuse d’écrire un opéra dont les paroles sont les répliques du film et sont donc chantées tandis que le film est projeté (ce qui a la malencontreuse conséquence de faire disparaître la partition de Georges Auric).

Le résultat est étrange et captivant. Glass parvient à donner du rythme là où c’est nécessaire, à accélérer le pouls dans les moments de tension et à le relâcher ensuite expertement. Le plus gros reproche qu’on puisse adresser à l’entreprise, c’est que certains chanteurs sont un peu fâchés avec la prononciation du français.

Pour le reste, on s’abandonne volontiers à cette belle rencontre entre le cinéma et la musique.


“Into the Woods” (le film)

AMC Empire 25, New York • 4.1.15 à 11h

WoodsRob Marshall (2014). Scénario : James Lapine. D’après la comédie musicale de 1987. Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : James Lapine. Avec James Corden (Baker), Emily Blunt (Baker’s Wife), Meryl Streep (Witch), Anna Kendrick (Cinderella), Johnny Depp (Wolf), Chris Pine (Cinderella’s Prince), Lilla Crawford (Little Red Ridinghood), Daniel Huttlestone (Jack), Tracey Ullman (Jack’s Mother), Mackenzie Mauzy (Rapunzel), Billy Magnussen (Rapunzel’s Prince), Christine Baranski (Cinderella’s Stepmother), Tammy Blanchard (Florinda), Lucy Punch (Lucinda), Joanna RIding (Cinderella’s Mother), Simon Russell Beale (Baker’s Father), Frances de la Tour (Giant), Annette Crosbie (Granny), Richard Glover (Steward), …

À part le choix étonnant d’Anna Kendrick pour jouer Cendrillon (seul un Prince vraiment désespéré aurait envie de se retourner sur elle dans la rue), cette adaptation cinématographique de la comédie musicale mythique de Stephen Sondheim et James Lapine est un sans-faute sur toute la ligne.

Chapeau aux producteurs d’avoir utilisé un scénario aussi fidèle au livret de la pièce, avec très peu de retouches. La suppression du narrateur comme un personnage visible du public paraissait inévitable. La disparition de la reprise de “Agony” dans le deuxième acte est le seul choix qui m’ait un peu peiné (avec la suppression des quelques notes qui accompagnent normalement le moment où la vache mange les ingrédients), mais il faut reconnaître que le flux narratif ne s’en trouve nullement contrarié.

Les quelques toutes petites modifications apportées sont de réelles améliorations, comme le fait que ce soit Jack qui ait l’idée de remplacer les cheveux de Rapunzel par les stigmates du maïs… le signe qu’il n’est peut-être pas si idiot que ça.

L’utilisation des ressources du cinéma apparaît pour une fois comme un véritable atout pour gérer les enchaînements complexes et les nombreuses superpositions du livret. La longue scène d’ouverture, en particulier, est triomphalement transformée en un génial crescendo au rythme enlevé, qui donne la chair de poule.

Les géniales orchestrations de Jonathan Tunick ont à peine été retouchées… mais, là où elles ont été enrichies, c’est pour ajouter un petit quelque chose qui donne un plus au film. C’est que Rob Marshall fait preuve d’un bout à l’autre d’une réelle sensibilité musicale, en synchronisant magnifiquement l’image et le son.

Quelques mesures de musique de fond ont été rajoutées. Il me semble bien avoir entendu une très brève et très discrète évocation de la “Night Waltz” de A Little Night Music lors de la première soirée du bal chez le Prince. La reprise instrumentale de “Last Midnight” qui accompagne le générique de fin est proprement sensationnelle.

La distribution est parfaitement choisie, et l’interprétation des chansons est exemplaire : chaque mot est parfaitement intelligible, y compris dans les superpositions où plusieurs personnages chantent simultanément, et le texte est dit avec une intelligence parfaite du second degré qui parsème le scénario… tout en respectant les jolis moments d’émotion intense.

On pardonne, du coup, à Meryl Streep, par ailleurs excellente, la petite transposition à l’octave inférieure qui lui évite d’aller chercher des aigus hasardeux.

L’entente touchante entre James Corden et Emily Blunt dans les rôles du Boulanger et de sa femme est l’un des appuis fondamentaux dont le film tire sa force. Les deux enfants sont également très bien choisis (on retrouve avec surprise la jeune Lilla Crawford, qui était la vedette de la récente reprise d’Annie à Broadway, et à qui le rôle de Little Red Riding Hood convient bien mieux).

Bref, une grande réussite… et un joli cadeau fait à Stephen Sondheim, assuré de léguer à la postérité au moins une version cinématographique parfaitement réussie de l’une de ses œuvres.

PS : Je recommande chaleureusement le visionnage des différents petits documentaires disponibles ici (sauf bien sûr pour ceux qui n’ont pas vu le film et qui ne souhaitent pas gâcher la surprise de la découverte).


“Billy Elliot” au cinéma

UGC Bercy, Paris • 7.11.14 à 20h
Musique : Elton John. Livret et lyrics : Lee Hall, d’après le film de 2000.

Mise en scène : Stephen Daldry. Chorégraphie : Peter Darling. Avec Elliott Hanna (Billy), Ruthie Henshall (Mrs. Wilkinson), … (Michael), Deka Walmsley (le père), Ann Emery (la grand-mère), etc.

BillyelliotL’idée de filmer une comédie musicale scénique se heurte toujours à de nombreux obstacles, à commencer par la crainte des producteurs que le public choisisse de regarder l’enregistrement à la maison plutôt que de se déplacer au théâtre.

Aussi se réjouit-on toujours lorsque les concepteurs d’une œuvre acceptent de franchir le pas, comme ils viennent de le faire avec la touchante comédie musicale Billy Elliot, actuellement diffusée au cinéma avant d’être disponible en DVD et en Blu-ray.

Cela fait bientôt dix ans que Billy Elliot a ouvert ses portes à Londres. J’ai vu le spectacle à Londres (deux fois), à New York et à Séoul… et j’en suis ressorti chaque fois un peu plus impressionné par cette adaptation en comédie musicale du génial film de Stephen Daldry de 2000.

C’est que Billy Elliot parvient à combiner la belle histoire de son personnage central avec des considérations matures et intelligentes sur les bouleversements sociaux qu’a connus le nord de l’Angleterre au moment de la grève des mineurs du milieu des années 1980.

Une trentaine de comédiens se sont succédés sur la scène du Victoria Palace Theatre de Londres depuis la création du rôle par Liam Mower, devenu aujourd’hui un danseur de premier plan, dans une péripétie où la réalité rejoint la fiction. Il fait une apparition remarquée dans cette captation, dans le rôle de Billy adulte.

Le rôle de Billy est actuellement partagé entre quatre garçons. C’est le charismatique et charmant Elliott Hanna qui a été choisi pour cette captation… et c’est peu de dire qu’il a une personnalité redoutablement attachante. C’est en voyant le spectacle, il y a plusieurs années, qu’il a décidé qu’il voulait tenter de jouer le rôle principal. Une belle histoire qui culmine en un très joli moment de théâtre.

La distribution est excellente. On y retrouve l’excellente Ann Emery, qui semble jouer le rôle de la grand-mère depuis toujours… tandis que le rôle magnifique de Mrs. Wilkinson y est désormais tenu par la célèbre Ruthie Henshall, qui y fait des étincelles.

La captation est très réussie… et s’achève sur un très joli montage interprété par une bonne partie des comédiens ayant interprété le rôle de Billy Elliot au fil de ces dix années — vingt-sept d’entre eux. Le seul reproche est qu’elle démarre par un reportage qui trahit une partie des rebondissements visuels à attendre du spectacle.

Espérons que ce Billy Elliot sera le premier d’une longue série.


“Frozen”

20.4.14

Frozen

  • Histoire sans génie, marinée dans le politiquement correct insipide. Belles images, toutefois.
  • Une impressionnante brochette de stars de Broadway : Idina Menzel (Wicked, If/Then), Jonathan Groff (Spring Awakening), Josh Gad (The Book of Mormon), Santino Fontana (Cinderella, Act One).
  • Les chansons de Robert Lopez (Avenue Q) et de son épouse Kristen Anderson-Lopez ressemblent à mes oreilles à une pâle imitation d’Alan Menken. Autant profiter de l’original avec par exemple Tangled, nettement plus réussi à mon goût.

“12 Years a Slave”

AMC Empire 25, New York • 7.2.14 à 15h20

Steve McQueen (2013). Avec Chiwetel Ejiofor (Solomon Northup), Michael Fassbender (Edwin Epps), Benedict Cumberbatch (Ford), Lupita Nyong’o (Patsey), Brad Pitt (Bass), Sarah Paulson (Mistress Epps), Paul Giamatti (Freeman), …

SlaveL’histoire de cet homme noir né libre, kidnappé pour être revendu comme esclave dans les plantations de Louisiane, est poignante mais désespérément linéaire et sans réel relief — la première véritable péripétie, une tentative avortée de communiquer avec sa famille, arrive vers les deux tiers du film ; la plupart des personnages secondaires se contentent de faire de la figuration.

Ce sont les prestations des acteurs qui rendent l’expérience forte : le superbe Chiwetel Ejiofor (l’inoubliable héros de Dirty Pretty Things)… mais aussi Benedict Cumberbatch et Michael Fassbender, dont le jeu complexe et nuancé est réjouissant. Même chez la brute épaisse et alcoolisée qu’incarne Fassbender, on sent une forme de respect — parfois même de crainte — à l’endroit du formidable Solomon Northup, un homme éduqué et constructif.

Pour le reste, le film est un peu long… et les manies de McQueen (les plans très rapprochés, les longs plans larges presque fixes) finissent par lasser un peu. Par certains côtés, on apprécie ce cinéma qui prend son temps, mais la fine matière dramatique finit par s’étirer un peu trop.


“Saving Mr. Banks”

Regal E-Walk Stadium 13, New York • 6.2.14 à 14h05

John Lee Hancock (2013). Avec Emma Thompson (P. L. Travers), Tom Hanks (Walt Disney), Colin Farrell (Travers Goff), Paul Giamatti (Ralph), Jason Schwartzman (Richard Sherman), B. J. Novak (Robert Sherman), Bradley Whitford (Don DaGradi), …

BanksCe film inattendu et touchant s’intéresse aux conditions dans lesquelles la redoutable P. L. Travers, la créatrice du personnage de Mary Poppins, a été amenée à collaborer avec les équipes Disney (notamment Walt Disney lui-même, mais aussi le célèbre scénariste Don DaGradi et les brillants compositeurs Richard et Robert Sherman) en vue de la création du film consacré à son héroïne.

La tradition orale rapporte que Travers détestait tout ce que Disney représentait à ses yeux et qu’elle n’approuva jamais vraiment le film bien qu’étant contractuellement dotée d’un pouvoir de contrôle absolu sur le scénario. Inutile de préciser que les recettes du film lui permirent de profiter confortablement des dernières années de sa vie.

Le scénario du film, nécessairement romancé, fait le choix de penser que l’hostilité de Travers cachait en réalité bien d’autres problèmes non résolus liés à son enfance — elle avait fait en sorte que ses origines australiennes modestes disparaissent derrière la façade parfaitement britannique qu’elle s’était construite. Il existe quelques raisons de penser que Travers n’était pas si déçue que ça par le film… et force est de constater que la Mary Poppins du film n’est pas si éloignée des écrits de Travers si on veut bien retourner les lire.

Quelle que soit la fidélité du scénario à la réalité, le film est un petit bonheur, marqué par quatre prestations d’acteurs ébouriffantes de la part d’Emma Thompson (juste sublime), Tom Hanks (impérial), Paul Giamatti (chaleureux et attachant) et Colin Farrell (au charme irrésistible). Sans compter la jeune Annie Rose Buckley, qui crève littéralement l’écran dans le rôle de Travers jeune. Les rôles secondaires sont tout aussi remarquables : Ruth Wilson (la mère de Travers), Jason Schwartzman et B. J. Novak (les frères Sherman) et Bradley Whitford (Don DaGradi).

On pourrait accuser le scénario de verser dans le sentimentalisme… mais le traitement du sujet est tellement bien ficelé et l’interprétation tellement soignée qu’on se laisse entraîner sans aucune résistance. Un régal.


“Red 2”

UGC Ciné-Cité Bercy, Paris • 28.8.13 à 19h45

Dean Parisot (2013). Avec Bruce Willis, John Malkovich, Mary-Louise Parker, Helen Mirren, Anthony Hopkins, Byung-hun Lee, Catherine Zeta-Jones, …

Red2Je n’avais pas vu le premier Red, mais je me suis régalé avec cette histoire déjantée, interprétée avec un plaisir évident et communicatif par une brochette de comédiens qui n’ont plus rien à prouver — Anthony Hopkins est peut-être le plus inattendu et le plus impressionnant. Le scénario, construit sur une idée simple (difficile d’être un espion à la retraite), accumule le deuxième et le troisième degrés avec un réel bonheur. À quand Red 3 ?


“Elysium”

UGC Ciné-Cité Bercy, Paris • 21.8.13 à 20h
Neill Blomkamp (2013). Avec Matt Damon, Jodie Foster, …

Elysium2154. Les riches de ce monde se sont retirés sur un satellite artificiel grand-luxe tandis que le reste de l’humanité se débrouille comme il peut sur une Terre devenue à peine vivable, où des robots sans état d’âme font la police. C’est le point de départ de cette histoire plutôt bien ficelée et pas mal réalisée, du moins au début, avant que la tentation du “style MTV” ne reprenne le dessus. Belles prestations de Matt Damon, parfait en héros modeste, et de Jodie Foster, idéale en monstre froid.


“Monsters University”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 29.7.13 à 20h20

Dan Scanlon (2013). Avec Billy Crystal (Mike), John Goodman (Sullivan), Steve Buscemi (Randy), Helen Mirren (Dean Hardscrabble), …

MonstersDommage, encore une fois, que le scénario, pourtant merveilleusement inventif, se sente obligé de faire autant de concessions au politiquement correct, avec une accumulation de messages sur la diversité et l’acceptation de la différence, contre le bullying, etc. Pour le reste, on est enchanté de retrouver l’univers du génial Monsters, Inc., l’un des Pixar les plus réjouissants. Et deux mots suffisent à mon bonheur : Helen Mirren.


“L’Inconnu du lac”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 3.7.13 à 20h15

Alain Guiraudie (2013). Avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick d’Assumçao, Jérôme Chappatte, …

InconnuUn petit film inattendu, attachant d’abord pour son côté inattendu, mais qui laisse un peu sur sa faim. On aime ce cadre inhabituel d’un lac nudiste fréquenté par des hommes homosexuels ; certains aspects de la réalisation — en particulier l’ambiance sonore ; les comédiens, épatants. On aime moins le traitement faussement subtil du thème de la solitude, l’accumulation d’invraisemblances dans un scénario qui n’arrive pas à décider quel degré de réalisme il vise… et ces plans interminables et répétés sur le “parking” où arrivent les voitures des habitués du lac… une métaphore pas subtile du tout de la régularité de leurs habitudes.


“Star Trek: Into Darkness” (3D)

BFI Imax, Londres • 8.6.13 à 21h
J. J. Abrams (2013). Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Benedict Cumberbatch, …

StartrekAbrams avait réussi son coup d’essai avec son premier Star Trek de 2009, qui fonctionnait comme une sorte de préquelle à la célèbre série télévisée des années 1960. Il se débrouille encore très bien de ce deuxième épisode, grâce à une distribution solide et à un scénario globalement bien ficelé, bien qu’on voie venir chaque rebondissement de très loin.

La force principale du scénario est, une fois encore, de s’appuyer sur les caractéristiques bien connues des personnages principaux, ce qui vaut en particulier des traits d’humour réussis pour les personnages de Scotty et du Docteur McCoy. L’une des scènes de la fin du film — et les péripéties qui lui sont attachées — paraissent cependant bien faibles au regard de la qualité d’ensemble.


“Only God Forgives”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 27.5.13 à 22h35

Nicolas Winding Refn (2013). Avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Yayaying Rhatha Phongam, …

GodBien que ce film semble par moments prendre un plaisir presque malsain à mettre en scène des actes d’une violence extrême, il le fait avec un sens extraordinaire de la composition, de la photographie, des couleurs, des contrastes, des ombres et des lumières. Le tout dans un tempo parfaitement maîtrisé, au service d’un récit certes relativement convenu mais bien ficelé, rythmé par ce qu’il faut d’ironie et de second degré.

Si le film semble avoir été promu autour de la belle gueule de Ryan Gosling, il appartient sans équivoque à Kristin Scott Thomas, une comédienne dont le snobisme prétentieux me fatigue pourtant beaucoup, mais qui crève littéralement l’écran dans un rôle à contre-emploi dans lequel elle est tout simplement irrésistible.


“Oblivion”

Ciné-Cité les Halles, Paris • 30.4.13 à 22h10
Joseph Kosinski (2013). Avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough, Morgan Freeman, …

OblivionCe n’est peut-être pas le scénario le plus original de l’année — beaucoup de situations ont un goût de déjà vu et on voit arriver certaines “surprises” de très loin —, mais voilà un film joliment conçu, bien ficelé et superbement photographié qui, à sa façon, rend hommage à tout un pan du cinéma de science fiction.

Le seul bémol, malheureusement, est la prestation un peu marmoréenne de Tom Cruise, qu’on a connu plus expressif.


“Los amantes pasajeros”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 29.3.13 à 20h35

AmantesPedro Almodóvar (2013). Avec Antonio Banderas, Penélope Cruz, Javier Cámara, Carlos Areces, Raúl Arévalo, Cecilia Roth, Antonio de la Torre, Hugo Silva, Guillermo Toledo, José Luis Torrijo, Miguel Ángel Silvestre, …

L’apparition de Penélope Cruz et, surtout, de Antonio Banderas dans la première scène du film donne le ton : Almodóvar revient à ses premières amours, aux comédies de sa jeunesse, à ce ton incomparable qui ont construit son mythe.

Le résultat est décevant, comme si pépé Almodóvar avait perdu la recette de ce style caractéristique fait de commentaire social subtil et de personnages délirants qui évoluent dans un monde libéré de sa rationalité conventionnelle et lourdement marqué par la libération sexuelle. Les ingrédients sont pourtant là, mais la sauce de ce film sous-écrit ne prend que rarement. Il manque la folie, le rythme, le plaisir de voir des personnages imposer au monde leur inexplicable mais implacable logique parallèle. 

La quête de la jeunesse perdue est décidément une bien triste entreprise.


“Oz the Great and Powerful” (3D)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 26.3.13 à 22h15

Sam Raimi (2013). Avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, Zach Braff, …

OzCette préquelle de The Wizard of Oz est conçue et réalisée avec un tel amour pour son inspiration qu’elle en devient irrésistible en dépit de ses faiblesses scénaristiques. On apprécie tout particulièrement les multiples évocations du décor original… que l’on retrouve presque intact malgré les sauts quantiques réalisés sur le plan technique depuis 1939. James Franco joue de son charme naturel avec un second degré réjouissant. Et, comme toujours avec Disney, la 3D est admirable.

La seule frustration, au fond, c’est que le scénario prend la peine d’expliquer d’où viennent les différentes sorcières de The Wizard of Oz, il ne nous présente pas l’origine des autres personnages — le Scarecrow, le Tin Man et le Cowardly Lion… ou alors de manière tellement allusive qu’on reste sur sa faim. D’autres préquelles (comme la célèbre comédie musicale Wicked) vont plus loin. 


“Cloud Atlas”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 14.3.13 à 21h45

Tom Tykwer, Andy & Lana Wachowski (2012). Avec Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Doona Bae, Ben Whishaw, Keith David, James d’Arcy, Xun Zhou, David Gyasi, Susan Sarandon, Hugh Grant, Robert Fyfe, …

CloudCe film aurait eu le potentiel de devenir un classique s’il n’était malencontreusement plombé par une petite partie de son scénario, issue d’un besoin idiot de tirer une morale explicite d’une très belle histoire, parfaitement auto-suffisante par ailleurs… morale exprimée dans une hallucinante accumulation de platitudes aussi triviales qu’indigestes.

Mais on ne peut qu’être impressionné par l’imbrication des multiples brins d’histoire qui se suivent, se répondent et s’imbriquent avec brio ; par la virtuosité de la réalisation, de la photo et du montage… et par une multitude de bonnes, très bonnes et excellentes performances d’acteurs. Mentions spéciales aux excellents Jim Broadbent et Ben Whishaw, à qui l’on doit les melleurs moments du film.


“La Cage dorée”

Publicis Cinémas, Paris • 10.1.13 à 20h30 (avant-première)

Ruben Alves (2013). Avec Rita Blanco, Joaquim de Almeida, Roland Giraud, Chantal Lauby, Jacqueline Corado, Maria Vieira, Barbara Cabrita, Lannick Gautry, Jean-Pierre Martins, Alex Alves-Pereira, Nicole Croisille.

CageGros plan sur un couple portugais installé depuis longtemps à Paris : elle est gardienne d’immeuble dans les quartiers chics, il travaille comme contremaître dans le bâtiment. De manière inattendue, l’opportunité se présente de retourner “au pays”. Un rêve qui se réalise enfin ?

Le film de Ruben Alves (qui sortira en mai prochain) possède la force des histoires qui viennent du cœur. Le scénario équilibre avec bonheur nostalgie et humour, tandis que Rita Blanco et Joaquim de Almeida sont proprement irrésistibles dans les deux rôles principaux. Belle distribution secondaire, au sein de laquelle on doit avouer une faiblesse coupable pour Chantal Lauby, dont chaque réplique fait mouche avec une parfaite régularité.

Seule faiblesse du film : son titre, qui en dit beaucoup trop.


“Les Misérables”

Cinéma Ziegfeld, New York • 30.12.12 à 11h
Tom Hooper (2012). Avec Hugh Jackman (Valjean), Russell Crowe (Javert), Anne Hathaway (Fantine), Sacha Baron Cohen (Thénardier), Helena Bonham Carter (Mme Thénardier), Eddie Redmayne (Marius), Amanda Seyfried (Cosette), Samantha Barks (Éponine), Aaron Tveit (Enjolras), ...

Lesmis
Samantha Barks et Eddie Redmayne
Cette adaptation cinématographique de l'un des plus gros succès récents de la comédie musicale, confiée au réalisateur de The King's Speech, était attendue avec beaucoup de curiosité.

Le résultat n'est ni très réussi, ni particulièrement raté. On s'interroge principalement sur la propension du réalisateur à montrer des visages en gros plan se détachant sur des arrière-plans complètement flous, ce qui produit un curieux effet visuel (et a dû fichtrement décevoir le concepteur des décors, dont le travail se trouve virtuellement anéanti).

Les comédiens, qui chantent “en direct” (lors de la prise) et non en playback, habitent tous remarquablement leurs personnages respectifs. Si certains agacent un peu (on ne voit pas trop ce qu'Anne Hathaway pourrait faire de plus pour quémander son Oscar, à part peut-être aller faire le ménage gratuitement chez les membres de l'Académie ; Helena Bonham Carter semble recycler pour la énième fois la prestation qu'elle nous servait déjà dans Sweeney Todd), la plupart proposent des prestations fortes et émouvantes, avec des mentions spéciales pour le Valjean charismatique de Hugh Jackman, pour le Marius à l'intensité parfaitement équilibrée d'Eddie Redmayne ou pour l'Éponine si sobre et pourtant si bougrement touchante de Samantha Barks.

Parmi les plaisirs du film : retrouver dans de petits rôles des comédiens comme Colm Wilkinson (le Valjean de la création, en 1985) ou Frances Ruffelle (l’Éponine originelle).

“The Hobbit: An Unexpected Journey” (3D)

Max Linder, Paris • 26.12.12 à 20h45
Peter Jackson (2012). Avec Martin Freeman (Bilbo), Ian McKellen (Gandalf), …

HobbitAutant les films de la série The Lord of the Rings m’avaient donné envie d’aller au bout de l’histoire, autant je pense que je vais en rester là pour cette nouvelle trilogie.

Le scénario est en effet désespérément linéaire, prévisible et sans enjeu. Après une exposition interminable, les personnages vont de bataille en bataille, sans que l’on soit jamais réellement inquiet, même lorsqu’ils semblent se trouver dans des situations inextricables.

Les questions de vraisemblance sont généralement secondaires dans l’heroic fantasy, mais un cerveau raisonnable ne peut pas accepter la façon dont les personnages principaux se tirent systématiquement indemmes des combats et poursuites, surtout compte tenu de la façon dont ils se déroulent — la scène dans Goblin-town étant la plus agaçante de ce point de vue.

C’est que l’on se trouve, au fond, dans un univers de jeu vidéo. Les normes du roman ou du cinéma traditionnel ne s’y appliquent plus. Le récit devient secondaire et seules comptent les prouesses visuelles… prouesses pourtant d’autant moins impressionnantes qu’elles sont intégralement en images de synthèse (mais pourquoi donc aller tourner en Nouvelle-Zélande si c’est pour ne garder aucune image “naturelle” ?) 

Martin Freeman est tellement bon qu’il sauverait presque le film à lui seul. Mais c’est un lourd combat. Même Ian McKellen est lassant tant son personnage est sans relief… et Andy Serkis, qui tirait tellement bien son épingle du jeu dans The Lord of the Rings, en fait tellement — et sur un mode tellement convenu — qu’il en est assommant.

Il est impossible de tenir le compte des points communs de l’histoire avec l’intrigue de L’Anneau du Nibelung tant ils sont nombreux : un dragon qui veille sur un tas d’or, des nains qui travaillent à la mine, un anneau qui confère des pouvoirs surnaturels, un oiseau qui se fait comprendre d’un homme, un duel à base de charades, etc. Si seulement Peter Jackson pouvait consacrer 180 millions de dollars (le budget de ce seul film) à une version cinématographique de la Tétralogie de Wagner…


“Skyfall”

Max Linder Panorama, Paris • 7.11.12 à 21h20
Sam Mendes (2012). Avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem, Naomie Harris, Ralph Fiennes, Albert Finney, Ben Whishaw, Rory Kinnear, Ola Rapace, …

Ce nouvel épisode de la saga des James Bond — le premier que je vois avec Daniel Craig — est un régal, malgré quelques longueurs dans la première partie. Le scénario est léger, plein d’humour et particulièrement propice à de remarquables numéros d’acteur, notamment de la part de Bardem (irrésistible) et de Dench (qui crève l’écran même dans les scènes les plus banales, comme celle où elle appuie sur un interrupteur sans parler dans la dernière séquence). La réalisation, d’une grande élégance, s’appuie sur une photo somptueuse, peut-être légèrement trop stylisée à la fin du film.