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L’exposition Francis Bacon à la Tate Britain

Tate Britain, Londres • 14.12.08 à 13h

Bacon De Bacon, je ne connaissais que quelques toiles. Je n’étais pas préparé à être aussi passionné par cette rétrospective majeure du peintre anglo-irlandais actuellement présentée par la Tate Britain.

Ce qui frappe avant tout, dans la plupart des toiles de Bacon, c’est l’étonnant contraste entre des fonds parfaitement ordonnés, sereins, aux couleurs vives, … et des sujets qui ne semblent parfois qu’à moitié présents, souvent mêlés à d’étranges structures en forme de cage ou à des formes géométriques, en proie à de violents tourments intérieurs qui semblent se traduire en déformations extérieures.

Parmi les œuvres de jeunesse, c’est la série de toiles inspirées par le portrait du pape Innocent X de Velázquez qui est la plus captivante. Il y a ensuite l’époque plus connue où Bacon transforme les corps en amas de chair plus ou moins mêlés à des bouts de carcasse, avec ces curieuses flaques colorées dont on se plaît à imaginer qu’elles figurent le stade ultime de cette métamorphose destructrice (il y en a beaucoup sur les toiles peintes par Bacon après le suicide de son amant George Dyer).

Si l’exposition est passionnante, la muséographie est un naufrage relatif. Les salles de la Tate Britain, plus grandes que celles de la Tate Modern, sont pourtant propices à l’exposition de grands formats, et notamment des triptyques devenus le format de prédilection de Bacon à la fin de sa carrière. Mais les toiles sont recouvertes d’un verre réfléchissant qui se transforme en miroir sous l’effet de la lumière : on voit beaucoup plus sa propre réflexion et celle des autres visiteurs que les toiles elles-mêmes.

Je prends ensuite la navette fluviale “Tate to Tate” pour me rendre dans le quartier de Southwark. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas navigué sur la Tamise. Le niveau du fleuve est extrêmement haut ; il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les berges soient inondées. Le trajet, du coup, n’est pas assuré par le catamaran habituel, décoré par Damien Hirst.


L’exposition Rothko à la Tate Modern

Tate Modern, Londres • 30.11.08 à 13h

La Tate Modern consacre une (trop) petite exposition au génie de l’expressionnisme abstrait, Mark Rothko.

L’exposition s’organise autour d’une gigantesque salle dans laquelle sont réunies une partie des toiles peintes par Rothko pour le célèbre restaurant The Four Seasons situé dans le Seagram Building à New York. Les trente toiles peintes par Rohtko n’ont jamais été installées dans le restaurant (qui n’aurait de toute façon pu en abriter que sept) et ont été dispersées. Rothko en a donné neuf à la Tate : huit d’entre elles sont ici remises en compagnie de certaines autres qui sont aujourd’hui au Kawamura Memorial Museum of Art, dans la grande banlieue de Tokyo, et à la National Gallery of Art de Washington.

D’autres séries complètent l’exposition, notamment la magnifique série “Noir sur gris”, qui clôt l’exposition (l’impression de ne découvrir vraiment la toile qu’à condition de regarder suffisamment longtemps pour s’habituer à tout ce noir est assez exaltante).

Il est difficile d’expliquer ce qui rend ces toiles si fascinantes, pourquoi elles nous parlent autant en dépit d’un cadre formel contraignant qui pourrait sembler contraire à l’épanouissement de la créativité. Ce qui est certain, c’est que la simplicité des toiles de Rothko n’est qu’apparente : comme le montrent des recherches récentes (et comme on le devine en observant un peu attentivement), les créations de Rothko résultent d’un travail particulièrement minutieux sur la superposition des couleurs et sur la façon de délimiter les formes.

La “Turbine Hall” est actuellement occupée par une bien curieuse installation de Dominique Gonzalez-Foerster intitulée “TH.2058”, qui juxtapose des dizaines de lits métalliques, des répliques d’œuvres d’art (Calder, Bourgeois) et un film un peu abscons. Le propos présenté dans la note d’intention de l’artiste, une histoire d’abri en période de déluge, semble résulter d’une soirée de beuverie plus que d’une impulsion créatrice. Des livres devraient être posés sur tous ces lits mais, comme les visiteurs ont été encouragés à les prendre, il n’en reste presque plus. On voit toujours au sol la marque de la gigantesque fissure, désormais bouchée, qu’avait installée Doris Salcedo l’année dernière. Curieuse rémanence d’une œuvre éphémère désormais disparue.


L’exposition “Picasso / Delacroix : Les Femmes d’Alger” au Louvre

Musée du Louvre, Paris • 16.11.08 à 16h45

En marge de l’exposition “Picasso et les maîtres” actuellement à l’affiche au Grand-Palais, le Louvre propose de découvrir une autre série de “variations” composées par Picasso au début des années 1950 autour de la célèbre toile Femmes d’Alger dans leur appartement (1834) de Delacroix.

On se rend donc dans la petite salle 76, le “salon Denon”, à côté de la galerie Mollien où sont exposés plusieurs grands formats de Delacroix, dont la Liberté guidant le peuple, avec son visage pas féminin du tout. En face de la Liberté, une toile a été décrochée : les Femmes d’Alger, justement. Elles se sont déplacées de quelques mètres, pour rejoindre une vingtaine de toiles et dessins qu’elles ont inspirés à Picasso.

La juxtaposition est assez fascinante. Elle a dû demander des efforts, compte tenu de la variété des provenances indiquées (majoritairement des collections privées, me semble-t-il). On y voit Picasso s’approprier la toile de Delacroix et lui faire subir toutes sortes de traitements : en extraire un personnage, réorganiser la composition, réinventer les couleurs, appliquer des simplifications géométriques…

Comme pour la série inspirée par Las Meninas au Grand-Palais, le clou de l’exposition est une toile presque monochrome au dessin géométrique extrêmement simplifié. C’est peut-être la plus éloignée de son “inspiration" et, pourtant, elle lui rend hommage de manière étonnamment poignante.

Comme la Joconde est exposée juste à côté, dans le Salon des États, j’en profite pour lui rendre une petite visite. Elle a l’air bien petite, toute seule sur une gigantesque cimaise, coincée entre deux longs panneaux vitrés, protégée des ardeurs du public par une grande balustrade en demi-cercle et pas moins de trois gardiens. Ça doit bien faire une quinzaine de fois que je lui rends visite et je ne comprends toujours pas très bien ce qu’on lui trouve.


L’exposition “Picasso et les maîtres” au Grand-Palais

Grand-Palais, Paris • 15.11.08 à 9h20

Dès la première salle, où se côtoient des auto-portraits de Rembrandt, du Greco, de Cézanne et d’autres, on sent que l’exposition va être riche. L’accumulation est presque effrayante, même si elle sert parfaitement le propos de l’exposition, qui est d’illustrer l’influence des maîtres de la peinture sur Picasso, que ce soit dans la genèse de sa façon ou, plus directement, lorsque des toiles célèbres lui ont servi de point de départ à des séries de “variations” qui prennent des directions éminemment personnelles tout en commentant de manière à la fois respectueuse et acide sur l’original.

On est ainsi particulièrement fasciné par les quelques toiles inspirées par Las Meninas de Velázquez (contrairement à d’autres, l’original n’a pas été sorti du Prado et il est représenté uniquement par une projection). Il y a aussi une salle saisissante, où figurent un grand nu de Titien, la Maja Desnuda de Goya et l’Olympia de Manet (excusez du peu !), en compagnie des nus qu’ils ont inspiré à Picasso — un Picasso qui va, paradoxalement, prétendre partir à la recherche de la représentation du nu “tel qu’il est”.

Mais c’est la salle consacrée à des portraits de femmes qui m’a fait le plus grand effet. Deux toiles représentant des buveuses d’absinthe aux visages… singuliers… jouxtent, non sans humour, la délicate buveuse d’absinthe de Degas. Effet garanti.


L’exposition Hadrien au British Museum

British Museum, Londres • 8.9.08 à 12h

La spectaculaire “Reading Room” du British Museum abrite jusqu’à fin octobre une exposition consacrée à l’empereur romain Hadrien, dont le règne s’étendit de 117 à 138. Une aubaine pour ceux qui, comme moi, ont été fascinés par la lecture des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar.

L’exposition est petite mais son parcours thématique est bien pensé. Il permet d’aborder successivement les principales facettes du personnage : son admiration pour le monde hellénique ; ses efforts pour consolider les frontières de l’Empire, quitte à abandonner des colonies trop instables et à construire (déjà…) des murs pour se protéger des ennemis ; sa passion pour l’architecture, qui le conduira à faire construire le Panthéon ou encore la somptueuse Villa Adriana ; son amour pour le jeune Antinoüs, dont la mort — peut-être par suicide — l’affecte beaucoup et donne naissance à un culte religieux qui concurrence le christianisme au 2ème siècle ; ses efforts pour organiser au mieux sa succession.

La muséographie est généralement excellente. Elle se distingue notamment par de louables efforts de mise en contexte : un rappel sur les différents empires qui se partagent le monde au 2ème siècle ; quelques notions sur l’économie de l’empire romain ; une jolie mise en perspective de l’influence architecturale exercée par le Panthéon (jusques et y compris sur l’architecture de la “Reading Room” du British Museum elle-même) ; des explications sur les techniques utilisées afin de diffuser l’image du souverain dans l’ensemble de l’empire… On apprécie particulièrement les cartels écrits suffisamment gros pour pouvoir être lus sans avoir le nez dessus, ce qui permet de mettre en œuvre une technique de visite très efficace en restant au deuxième rang (seuls les objets présentés à plat posent alors problème).

Beaucoup de statues parmi les objets exposés : elles sont généralement magnifiques, d’autant qu’Hadrien a indiscutablement de la présence. J’ai également été fasciné par la gigantesque maquette de la Villa Adriana. Grâce aux photos projetées sur le mur voisin et aux explications détaillées sur la vocation de chacun des bâtiments, on se surprend à fermer les yeux et à imaginer un instant la vie dans l’entourage de celui qu’on se plaît à imaginer comme un empereur raffiné et amateur de beauté.

J’avais oublié que le Mausolée d’Hadrien n’est autre que le Château Saint-Ange : je ne verrai plus Tosca de la même façon…


L’exposition Annie Leibovitz à la Mep

Maison européenne de la photographie, Paris • 31.8.08 à 18h30

Annie Leibovitz est sans doute, avec feu Richard Avedon (également à l’affiche à Paris en ce moment), l’une des photographes “people” les plus en vue. Après avoir travaillé pour Rolling Stone, c’est pour Vanity Fair qu’elle exerce désormais ses talents. La photo de John Lennon nu couché contre Yoko Ono (prise quelques heures avant sa mort) ? C’est elle. La photo de Demi Moore enceinte ? C’est encore elle.

L’exposition présentée à la Maison européenne de la photographie (maladroitement logée dans un bel hôtel particulier bien peu approprié) accompagne la sortie d’un captivant ouvrage rétrospectif préparé par l’artiste elle-même et consacré à la période 1990-2005. Elle a été initialement présentée au Brooklyn Museum fin 2006 avant de partir faire le tour du monde.

L’accrochage juxtapose — comme Leibovitz le fait dans son livre — les réalisations professionnelles et des clichés de sa vie personnelle, en particulier des photos de ses parents et de celle qui fut sa compagne avant d’être emportée par un cancer, la romancière et essayiste Susan Sontag. Leibovitz prétend qu’il n’y a pas de réelle frontière entre les images de la sphère privée et les photos de célébrités, mais il est difficile de s’en convaincre en pratique, même si les photos de Sontag ne manquent pas d’exercer une certaine fascination. De surcroît, les clichés familiaux sont présentés dans des petits formats qui ne survivent guère à la proximité des grands portraits sculpturaux (l’expérience est un peu plus convaincante en feuilletant le livre).

On reste également dubitatif devant le choix d’exposer quelques gigantesques clichés de paysages dont on se demande un peu ce qu’ils viennent faire au milieu de tout cela.

Mais il reste ce qui a rendu Leibovitz si célèbre : les sublimes portraits, réalisés dans un curieux et fascinant mélange de spontanéité et de mise en scène, jouant avec virtuosité des contrastes et des couleurs, qui (peut-être plus encore que les portraits d’Avedon) semblent réaliser l’impossible en faisant parler des images fixes. Leibovitz est particulièrement à l’aise dans le monde des artistes — qu’ils soient comédiens, danseurs, peintres, écrivains… — et peut-être légèrement moins convaincante dans le genre plus convenu du portrait d’homme d’état… même si on reste scotché par la douceur qui émane des portraits officiels de la reine Elizabeth réalisés en 2007 (qui ont été indirectement à l’origine d’un violent scandale à la BBC lorsque le montage d’un documentaire consacré à la séance de pose fit penser à tort que la Reine avait quitté les lieux dans une colère noire).

C’est, curieusement, un portrait de Richard Avedon lui-même qui exerce le plus grand magnétisme : il semble littéralement se détacher du mur pour parler au visiteur. Bel hommage de la photographe à celui qui est considéré comme la référence de la photographie de portrait contemporaine.


L’exposition Dominique Perrault à Beaubourg

Centre Pompidou, Paris • 30.7.08 à 19h30

Le Centre Pompidou consacre une rétrospective à l’architecte français Dominique Perrault, dont le nom est immédiatement associé à la Bibliothèque Nationale de France.

Il y a des constantes particulièrement visibles dans le travail de Perrault. D’abord, le travail sur la disparition ou sur l’enfouissemnt du bâtiment. C’est bien sûr le cas avec le Bibliothèque Nationale de France, dont la partie visible se résume à quatre “coins” qui délimitent un volume vide. Ou avec le vélodrome et la piscine olympique de Berlin. On retrouve ce type de réflexion dans le projet (non réalisé) pour la Cité de la Culture de Galice, un bâtiment complètement enfoui dans une colline, mais recouvert d’un dispositif optique complexe capable de faire rentrer la lumière de l’extérieur jusqu’au cœur du bâtiment ou, au contraire, de projeter à l’extérieur des images de l’intérieur. Ou encore dans la conception de l’Université féminine Ewha, en Corée du Sud, qui s’organise autour d’une gigantesque saignée pratiquée dans une surface végétale, qui en est en quelque sorte la seule “façade” visible.

Quand il ne fait pas disparaître ses bâtiments, Perrault aime les recouvrir de toutes sortes de voiles, treillis métalliques et mailles en tous genres… une démarche qui permet, tout en “recouvrant” les formes de base, de jouer sur les transparences et de faire émerger des espaces de transition. C’est notamment le cas de son fameux projet pour l’extension du Théâtre Mariinsky, dont on ne sait plus très bien s’il sera réalisé ou non compte tenu des péripéties récentes qui ont conduit à la résiliation du contrat. À part un hôtel à Tenerife, aucun des projets de ce type ne semble pour l’instant destiné à voir le jour.

Curieusement, Perrault revient aussi régulièrement à la forme de base de l’architecte : le parallélépipède. Il le déforme (les tours du quartier de Donau-City à Vienne), le penche (un hôtel à Milan), joue avec les empilements (un projet non réalisé pour la Banque Centrale Européenne à Francfort), anime les façades de rythmes irréguliers (des bâtiments d’habitations et de bureaux à Groningue aux Pays-Bas)… et recourt sans vraiment les bouleverser aux codes standards du modernisme architectural.

La muséographie est rien moins que remarquable. Le lieu, déjà, est magique : la “Galerie Sud”, complètement ouverte sur la rue grâce aux immenses baies vitrées, donne l’impression d’être plongée dans la ville. C’est parfait pour une exposition consacrée à l’architecture. Et puis le soin avec lequel est recréé le processus créatif derrière chacun des projets présentés est remarquable. Il y a sans doute un peu de rationalisation a posteriori dans tout cela, mais c’est assez captivant. Le seul reproche, c’est qu’il manque parfois une simple photo des projets réalisés ; il faut se reporter au mur de vidéos pour voir certains des édifices terminés, c’est dommage.


L’exposition Cy Twombly à la Tate Modern

Tate Modern, Londres • 23.7.08 à 12h

Twombly Le moins qu’on puisse dire, c’est que Twombly ne fait pas l’unanimité parmi les commentateurs. Certains persistent à voir en lui un représentant majeur de l’expressionnisme abstrait, tandis que d’autres le dénoncent comme un artiste de seconde zone monté en épingle par le microcosme de l’art contemporain, qui a besoin comme d’autres de se trouver des stars.

La rétrospective organisée par la Tate Modern ne permet pas vraiment de se faire une opinion, tant les œuvres présentées sont disparates. Si les expériences de jeunesse consistant à griffonner sur une toile dans le noir (une forme d’“écriture automatique”) ne présentent pas beaucoup d’intérêt, pas plus que les sculptures, certaines toiles, incontestablement, retiennent l’attention.

Il y a beaucoup de “griffonnages” sur les toiles de Twombly, beaucoup de peinture appliquée à la main en couches épaisses… beaucoup d’espace vide, aussi. Certaines toiles rappellent évoquent des inscriptions faites au hasard à la craie sur un tableau noir. Paradoxalement, ce sont les toiles les plus “remplies” qui me marquent le plus : les “Nini’s Paintings”, série réalisée après la mort de Nini Pirandello, la femme de son galeriste romain, au début des années 1970 ; la “toile en neuf parties” exposée à la Biennale de Venise en 1988, qui n’est pas si loin de la figuration ; ou encore la série des “Bacchus” de 2005. Dans certains cas, on sent une lointaine filiation avec Pollock, mais en plus faible (à titre d’illustration : un Twombly et un Pollock, exposés à Washington).

S’il y a un moyen de donner du sens à l’œuvre de Twombly, cette exposition ne semble pas avoir trouvé la clé.


Les Polaroids de Robert Mapplethorpe

Whitney Museum, New York • 18.7.08 à 14h

Le Whitney Museum propose jusqu’au 7 septembre une petite exposition consacrée aux Polaroids pris par Robert Mapplethorpe entre 1970 et 1975, avant qu’il ne devienne célèbre

Même si les notes du commissaire de l’exposition insistent sur l’aspect expérimental de ces clichés, on y retrouve tout ce qui caractérisera plus tard les photos les plus connues de Mapplethorpe : une qualité très graphique, des compositions toujours épurées sur des fonds blancs, la mise en scène théâtrale d’objets du quotidien, des clichés parfois à la limite de l’abstraction, la fascination pour les visages et les corps, le traitement presque froid des clichés érotiques. Certains des Polaroids présentés préfigurent les célèbres photos homoérotiques des années qui suivront, mais la série la plus longue et la plus fascinante est celle sur la chanteuse Patti Smith, grande prêtresse punk, dont le visage semble se prêter à d’infinies variations qui fascinent tant le photographe que le spectateur.


Monumenta 2008 : Richard Serra

Grand Palais, Paris • 15.6.08 à 21h

C’est donc à Richard Serra que revient cette année le privilège d’occuper la monumentale nef du Grand Palais, avec une sculpture intitulée Promenade, composée de cinq plaques d’acier posées verticalement dans la halle. Il s’agit de ma troisième rencontre significative avec le sculpteur américain, après le Guggenheim de Bilbao en 1999 et la rétrospective du MoMA de New York l’année dernière.

Au premier abord, les cinq sculptures en acier se font discrètes sous la somptueuse verrière monumentale, ce qui est inhabituel pour Serra, dont les œuvres ont plutôt tendance à prendre le dessus dans les espaces clos compte tenu de leur taille. Malgré cela, on fait un premier tour en longeant les murs, comme tenu à distance par une force invisible. On s’amuse des configurations différentes que prennent les cinq pièces selon le point de vue — un peu comme dans les jardins japonais.

Ce n’est qu’au deuxième tour que l’on ose s’approcher, regarder de près la texture du métal, se mesurer aux masses d’acier, qui sont particulièrement imposantes lorsqu’on se trouve juste devant elles et qu’on lève les yeux pour en chercher le sommet. De profil, en revanche, elles disparaissent presque complètement : paradoxe de ces blocs à la fois si imposants et si diaphanes. Plusieurs visiteurs éprouvent le besoin de toucher, voire de taper — ce qui déclenche d’étonnants phénomènes acoustiques. On se demande un peu par quel miracle les cinq plaques tiennent debout.

Petit à petit, la lumière extérieure décline. Assis, on observe la métamorphose progressive de l’espace. La lumière artificielle intérieure ne compense que très partiellement l’assombrissement venu de l’extérieur. La halle semble se rétrécir, devenir plus intime. Plus on les regarde et plus les cinq sculptures évoquent une présence certes imposante, mais aussi paisible et protectrice. Il est 22h30 : il ne reste que 60 ou 70 visiteurs. Il n’y a pas de bruit, pas de musique, seulement quelques échos étouffés et déformés des bruits extérieurs. Le temps semble suspendu. On bénit les organisateurs d’avoir prévu de véritables nocturnes. Dans quelques instants, l’exposition fermera ses portes, définitivement.

Vous pouvez voir quelques photos de l’exposition en cliquant sur l’album ci-dessous :

Monumenta 2008

Au retour, je laisse mon Vélib’ comme souvent à proximité du Conservatoire du 10ème arrondissement, logé dans ce petit bijou qu’est l’Hôtel Gouthière. Dans la cour, les élèves de différentes classes du Conservatoire répètent Dialogues des Carmélites, qui sera représenté les 19, 21 et 23 juin. J’arrive vers le premier tiers de l’Acte 2, à la fin de la visite du Chevalier. Très impressionné par la qualité moyenne des prestations, notamment du côté des femmes (Blanche est superbe, malgré sa tendance à prononcer les "é" comme des "a"), je reste jusqu’à la fin, trop content de pouvoir savourer le “Salve Regina”, qui ne manque jamais de me tirer des larmes. Je suis infiniment touché par l’air que chante Madame Lidoine aux sœurs après leur première nuit en prison. L’orchestre fatigue un peu à la fin, mais on entend de très belles choses aux bois… et les trompettes s’accrochent assez vaillamment dans le passage qui précède la scène finale.


Exposition Oskar Kokoschka

Albertina, Vienne • 12.4.08 à 14h

Le magnifique petit palais viennois qui porte le nom d’Albertina (en référence à Albert-Casimir de Saxe-Teschen (1738-1822), qui y installa sa remarquable collection d’œuvres d’art) propose une exposition consacrée à la deuxième partie de la carrière d’Oskar Kokoschka (1886-1980), le peintre expressionniste autrichien dont on voit plus souvent les œuvres qui précèdent sa fuite de Vienne en 1934.

C’est une véritable explosion de couleurs qui accueille le visiteur, en particulier dans une série de paysages qui semblent bouillonner sous l’effet d’une énergie intérieure débordante : Prague, Florence, Londres, Rome, Salzbourg… Les lignes ne sont jamais droites, les perspectives sont déformées, la lumière semble baigner les tableaux de toute part : ces paysages, aux antipodes des canons du paysage académique, semblent révéler une sorte de vie intérieure dont le peintre s’est nourri pour composer ces représentations fascinantes.

On se laisse aussi conquérir par les dessins aux crayons, dont une série consacrée au cirque, tant l’artiste semble capable de capturer en quelques traits vifs et dynamiques ce qui fait l’essence-même de ces petites saynètes.

L’exposition propose aussi quelques œuvres plus lourdes, plus porteuses d’un message, comme cette toile intitulée L’Œuf rouge, dans laquelle Kokoschka dépeint avec une violence picturale extrême le sentiment que lui inspirent les accords de Munich de 1938, qui livrèrent la Tchécoslovaquie aux Nazis.

Vers la fin de l’exposition, le regard se pose avec fascination sur une toile de 1972 intitulée Time, Gentlemen, Please, qui évoque la sérénité du peintre à l’approche de la mort. Le titre est la formule qui sert à annoncer la fermeture des “pubs” anglais. Kokoschka se représente dans une expression qui figure presque l’extase de celui qui s’apprête à accéder à un état de conscience supérieur. Il se soumet en tout cas sans tristesse à l’inéluctable passage représenté par le seuil qui sépare la lumière et la couleur si présentes dans son œuvre d’un au-delà beaucoup plus sombre.


Une nuit à l’Hôtel Everland

4.1.08

Je ne parle généralement pas des hôtels dans lesquels je séjourne, mais celui-ci n’est pas un hôtel comme les autres : l’Hôtel Everland est une installation “posée” par ses créateurs, Sabina Lang et Daniel Baumann, sur le toit du Palais de Tokyo jusqu’à la fin de l’année. Œuvre d’art interactive par excellence, c’est un hôtel doté d’une unique chambre, dans laquelle on trouve les prestations habituelles : lit double, salle de bains et coin séjour.

On se présente entre 18h et 21h à l’Hôtel Sezz voisin, qui prend en charge l’intendance de l’opération. Après une boisson de bienvenue, on est conduit au Palais de Tokyo, où l’on gravit les étages jusqu’à se retrouver sur le toit d’où, déjà, la vue coupe le souffle. En ce moment, l’étage du Palais de Tokyo est fermé au public pour cause de changement d’exposition : l’impression de passer derrière le décor et de pénétrer dans une sorte de monde parallèle n’en est qu’accentuée. On accède enfin à l’Hôtel Everland, posé au bord du bâtiment du côté Seine.

La vue sur Paris à travers la gigantesque baie vitrée est saisissante. La Tour Eiffel semble à portée de main ; pour un peu, on s’en croirait le propriétaire exclusif. La chambre est équipée d’un tourne-disques et d’une très intéressante collection de 33 tours. On peut également y brancher un lecteur digital… ou bien encore utiliser le réseau wi-fi AirTunes pour diriger la musique stockée sur son ordinateur vers les hauts-parleurs intégrés de la chambre.

On a le souffle coupé lorsque la Tour Eiffel se met à scintiller. C’est encore plus incroyable à une heure du matin, car toutes les autres lumières de la Tour s’éteignent. S’il n’y avait pas les petites lumières rouges fixes au sommet, on pourrait penser que le bâtiment a disparu et que le scintillement est une sorte de phénomène atmosphérique.

Les artistes ont conçu l’intégralité de “l’expérience” du visiteur, qui est invité notamment à consommer (ou à s’approprier) l’intégralité du contenu du mini-bar… et à emporter les serviettes de bain, brodées de fils d’or. À l’heure convenue, on m’apporte un succulent petit-déjeuner. Il faut libérer les lieux avant midi : on ressort donc par le musée avant l’heure de son ouverture au public…


Exposition Louise Bourgeois

Tate Modern, Londres • 30.10.07 à 13h30

Louise Bourgeois est née en 1911 en France puis elle a vécu toute sa vie adulte aux États-Unis. Mais son œuvre semble profondément ancrée dans ses années d’enfance. C’est un bonheur d’entendre sa voix sur l’audioguide proposé par le musée. On y sent une femme volontaire (au délicieux accent français), dont la voix assurée contraste avec la difficulté apparente à mettre des mots sur ses créations.

Personnages Au début de sa carrière, on est fasciné par ses “personnages”, sculptures conçues indépendamment les unes des autres, mais destinées à être vues en groupes. Outre l’invention formelle, nourrie notamment par l’utilisation de matériaux “trouvés”, on y reconnaît déjà le thème de la famille (au sens très large), qui traverse l’œuvre de Bourgeois, ainsi que l’utilisation d’un langage d’inspiration géométrique pour représenter ce qui est décrit comme des sujets humains. (La photo ne provient pas de l’exposition.)

Cell À l’autre extrémité de sa carrière, les “cellules” sont des installations complexes aux dimensions parfois monumentales, qui retiennent l’attention autant par leur vocabulaire original et homogène à la fois que par leur capacité à nous “parler”. De quoi, on n’en est jamais très sûr, mais il est difficile de rester indifférent.

Entre les deux, des sculptures qui explorent une grande variété de matières et de formats, mais qui ont en commun la récurrence de formes organiques, généralement lisses et sphériques, que les commentateurs décrivent comme des appendices sexuels un peu difficiles à catégoriser. Peut-être… mais j’aime aussi à penser que ces formes sont comme la fenêtre que Bourgeois nous ouvre sur un monde où ces références sexuelles ne sont pas forcément pertinentes, un monde dans lequel elle vit avec une intensité remarquable depuis 95 ans, celui de l’enfance.


Exposition “Impressionists by the Sea”

Royal Academy of Arts, Londres • 31.8.07 à 14h

Boudin Bien que je sois saturé d’impressionnisme pour un petit bout de temps, mon hôtel m’a gentiment proposé de voir cette petite exposition gratuitement. L’idée est intéressante : mettre en perspective la façon dont les peintres ont traité le littoral normand depuis les années 1860, avant l’impressionnisme, jusque vers 1890.

L’occasion de retrouver l’inénarrable Boudin et ses personnages barbouillés de noir, de voir l’académisme laisser la place au commentaire sociologique (le développement de Trouville et Deauville comme lieu de vacances pour les Parisiens grâce notamment au chemin de fer) et aux études sur la lumière, la couleur et l’opposition terre/mer chez Manet et Monet… et de finir dans un foisonnement de couleurs avec Renoir, chez qui la mer passe au second plan.


Exposition “Les paysages de Renoir”

National Gallery, Londres • 14.3.07 à 12h

Renoir Cette exposition présente une soixantaine de paysages peints par Renoir entre 1865 et 1883, dans un accrochage à peu près chronologique. Comme à la Tate, l’accompagnement du visiteur est exemplaire : un petit fascicule remis à l’entrée donne quelques indications afin d’accompagner la découverte de chacune des toiles présentées ; l’audioguide propose un commentaire plus approfondi pour une sélection de 25 toiles. Un vrai plaisir pour le non-spécialiste.

Ce qui frappe le plus, dans cette exposition, c’est l’absence de continuité dans la technique, que Renoir semble sans cesse remettre en cause. Des toiles aux épaisses couches de peinture superposées jouxtent des toiles peintes avec des couleurs tellement diluées et diaphanes qu’elles en sont évanescentes. Lorsqu’il est proche de Monet, le style de Renoir ressemble à celui de son ami. D’ailleurs, deux toiles juxtaposées — l’une de Monet, l’une de Renoir — représentant des scènes similaires d’une guinguette des bords de Marne (la Grenouillère) sont totalement indistinguables pour moi. Plus tard, il rend une brève visite à Cézanne… et un phénomène similaire se produit.

Cette remise en cause permanente a notamment conduit Renoir à Venise… ou il a réalisé une toile — vraisemblablement inachevée — de la Place Saint-Marc qui m’a emballé par son réjouissant foisonnement de couleurs vives. Toute l’exposition n’est pas aussi jubilatoire… et je reconnais m’être un peu perdu, par moments, dans l’abondance de feuillages et de fleurs.


Exposition Gilbert & George

Tate Modern, Londres • 13.3.07 à 12h

Gg Le nombre d’œuvres rassemblées pour cette rétrospective est un peu écrasant… mais il permet de découvrir des facettes inattendues du célèbre duo britannique, notamment d’intéressantes œuvres de jeunesse qui étaient, me semble-t-il, absentes de la dernière grande exposition parisienne qui leur était consacrée (au Palais de Tokyo, si ma mémoire est bonne — ce qui n’arrive pas souvent).

L’exposition est remarquablement conçue, qui présente dans chaque salle une étape nouvelle du parcours créatif des deux Londoniens. Le programme contient des présentations superbement écrites, qui aident beaucoup à comprendre les évolutions stylistiques de l’œuvre de Gilbert & George.

Je dois avouer être surtout touché par les œuvres des années 1970 (à une époque où la signature oscille entre “Gilbert & George” et “George & Gilbert” — elle se stabilisera par la suite) : les fusains, d’abord ; puis les montages de photos noir et blanc hyper contrastées, qui constituent une véritable scénographie. Non seulement chaque photo est une composition en soi, mais les choix effectués dans la façon de juxtaposer les photos les inscrivent dans une dimension supplémentaire. Les titres ajoutent un énième niveau de lecture à des œuvres qui se laissent approcher par de nombreux chemins.

Puis, le rouge fait son apparition. Rien de tel qu’une photo noir en blanc fortement contrastée teinte en rouge. Puis Gilbert & George commencent à déroger au principe de “un cadre pour une photo” et laissent certaines photos déborder sur plusieurs cadres. La composition devient beaucoup plus travaillée.

J’ai été étonné d’apprendre que Gilbert & George n’ont pas utilisé les possibilités de l’informatique jusqu’en 2003. Leur technique consistait à exposer des plaques sensibles à des négatifs projetés, avec un soin infini pour que le résultat soit cohérent lorsque les plaques seraient assemblées (en gardant à l’esprit que rien n’était visible jusqu’au développement des plaques sensibles — un peu comme faire de la calligraphie à l’encre sympathique).

Puis, le propos devient plus militant, voire volontairement choquant (cf. l’exploration systématique et assez compulsive des fluides corporels et autres matières fécales). C’est à ce moment du parcours de Gilbert & George que je décroche un peu, non à cause du propos, mais parce que, parallèlement, le découpage en carrés, qui était jusque-là une dimension structurante de la composition des œuvres, ne devient plus qu’un support muet, sans interaction avec la conception générale des œuvres. Privées de cette particularité, les œuvres deviennent plus banales.

On retrouve une approche plus structurée par les carrés dans les œuvres les plus récentes qui, à nouveau, me parlent.

Drôle de parcours que celui de ces deux sculpteurs de formation qui, à la recherche de “l’art pour tous”, ont créé de toutes pièces un langage visuel si particulier et instantanément identifiable. La Tate Modern leur rend un bien bel hommage.


Exposition Josephine Baker

National Portrait Gallery, Washington DC • 8.2.07 à 15h

Josephine La National Portrait Gallery, l’une des innombrables incarnations de la Smithsonian Institution, présente une petite mais fascinante exposition consacrée à Josephine Baker.

On y retrouve de nombreuses photographies d’époque, des affiches, des programmes de spectacles… mais aussi un remarquable portrait peint par Van Dongen et surtout une fabuleuse série de lithographies et autres dessins de Paul Colin.

On retrouvera ici un diaporama reprenant quelques pièces de l’exposition (et ici de nombreuses reproductions d’œuvres du Tumulte noir de Paul Colin, dont cette planche par exemple illustre bien le génie de l’artiste).

Je profite de mon passage pour jeter un coup d’œil au reste du musée, qui consacre par exemple une galerie aux portraits de présidents américains et une autre à des portraits des personnages historiques américains du 20ème siècle.

Dans le même bâtiment, le Smithsonian American Art Museum présente des collections consacrées uniquement à des artistes américains. En parcourant les galeries, j’ai remarqué notamment deux installations de l’artiste d’origine coréenne Nam June Paik (voir ici), cette impayable dame attablée de Duane Hanson ou encore une émouvante installation de David Hockney dans laquelle une fresque onirique est baignée d’une lumière aux chromatismes changeants, qui semblent modifier l’œuvre et lui donner une sorte de vie poétique. Il y a aussi de sublimes toiles de Hopper, dont celle-ci. Malheureusement, une exposition en préparation sur l’œuvre de Saul Steinberg (que je connais surtout pour ses dessins publiés en couverture du New Yorker) n’a pas encore ouvert ses portes.


Exposition Alan Fletcher

Design Museum, Londres • 26.11.06 à 13h

Fletcher Le Musée du Design de Londres est l’un de ces endroits magiques où l’on sait que l’on trouvera toujours quelque chose d’exceptionnel. Après une magnifique exposition sur Saul Bass, le créateur de tant d’inoubliables génériques de films, voici donc un hommage à Alan Fletcher, l’un des grands maîtres du “design graphique” contemporain, malheureusement décédé il y a quelques semaines alors que l’exposition était en cours d’organisation.

Créateur de l’identité visuelle de Reuters ou bien du Victoria & Albert Museum, Fletcher enthousiasme par sa capacité à mettre en avant avec simplicité et élégance la personnalité et les valeurs des entreprises ou des institutions pour lesquelles il a travaillé. Son travail sur la typographie, qui révèle sans esbroufe aucune le potentiel expressif de quelques caractères, est tout simplement époustouflant. La plupart de ses créations n’a pas pris une ride.

Parmi les pièces maîtresses de l’exposition : un grand nombre d’en-têtes de lettres conçus pour divers clients, une campagne promotionnelle pour mettre en avant des tarifs pour Pan Am, des couvertures de livres de poche Penguin, un travail sur la signalétique du “Queen Elizabeth II” pour Cunard… Beaucoup d’Helvetica, une police au potentiel inépuisable.

Même les travaux qui ont plus de trente ans n’ont pas pris une ride. Du grand art.

J’en profite pour recommander aux amateurs de graphisme le blog Ace Jet 170, une véritable mine.


Exposition “Full House”

The Whitney Museum of American Art, New York • 14.7.06 à 14h30

Le Whitney, le musée new-yorkais consacré à l’art contemporain américain, fête son 75ème anniversaire cette année (et se pose de plus en plus de questions métaphysiques sur ce qu’est l’art “américain” dans notre monde sans frontières). À cette occasion, il propose une exposition mettant en valeur quelques pièces issues de son fonds, organisées autour de quelques thèmes fédérateurs.

Je me suis surtout attardé à l’étage consacré à Edward Hopper, l’artiste de loin le plus représenté dans la collection permanente du Whitney en raison de la dation effectuée par sa veuve. Un assez grand nombre d’œuvres de jeunesse, dont une large partie réalisée à Paris, permet de voir émerger progressivement le style très caractéristique de Hopper.

Office De sa “maturité”, les conservateurs ont choisi d’exposer surtout des œuvres très connues. Les scènes urbaines ne cesseront jamais de me fasciner : dans Office at Night, par exemple, nous assistons à une scène qui semble tout droit sortie d’un film noir, et dont nous serions les témoins presque par accident. Mais l’histoire de ces deux personnages reste bien mystérieuse. Que font-ils dans ce bureau ? Préparent-ils un mauvais coup ? Serions-nous les témoins d’une liaison extra-conjugale ? Toutes nos questions, bien sûr, restent sans réponse.

Movie_1 Dans l’une des salles, la toile New York Movie, elle aussi porteuse d’une histoire bien mystérieuse, est entourée d’une trentaine d’esquisses et de dessions préparatoires. C’est tout l’intérêt d’une aussi vaste collection de pouvoir ainsi replonger l’œuvre dans le contexte de sa création.

Parmi les autres pièces exposées, on remarque particulièrement The Ballad of Sexual Dependency, un diaporama de 45 minutes en musique de Nan Goldin (dont le titre est emprunté à la comédie musicale The Threepenny Opera), dont les juxtapositions d’images sont particulièrement prégnantes.


Exposition Zaha Hadid

Guggenheim Museum, New York • 14.7.06 à 10h30

Hadid Née à Baghdad en 1950, installée à Londres, Zaha Hadid est la seule femme a avoir reçu (en 2004) le Pritzker Prize, généralement décrit comme “le Prix Nobel d’architecture”. Le Guggenheim propose une rétrospective de son travail, installée dans le magnifique bâtiment de Frank Lloyd Wright.

On y découvre d’abord les nombreux dessins de Hadid, considérée au début de sa carrière comme une “architecte sur papier”, dont les dessins n’avaient que peu de chance de se transformer en réalisations concrètes tant ils semblaient défier les lois de l’architecture et de la physique. C’est que Zaha Hadid semble considérer que l’architecte a le devoir de s’affranchir des angles droits, des surfaces planes... et plus généralement de tout ce qui évoque un quelconque statisme. Elle se voit comme une architecte du mouvement... et ses dessins sont d’ailleurs frappants en ce qu’ils s’affranchissent d’un point de vue unique et représentent les édifices simultanément sous plusieurs angles différents. Pas étonnant, donc, que Hadid ait pu passer pour une illuminée.

Et pourtant, lorsqu’elle remporte un concours pour concevoir un club de loisir à Hong-Kong en 1982, Zaha Hadid commence à être prise au sérieux. Ses réalisations sont aujourd’hui nombreuses ; ses projets, encore plus. Il est toujours délicat de présenter les réalisations d’un architecte dans le cadre d’une exposition... et le défi est encore plus grand quand il est évident que, comme c’est le cas pour Hadid, ces réalisations ne peuvent être totalement comprises “qu’en vrai” dans leur infinie plasticité. On est d’ailleurs frappé par le nombre très élevé de dessins et d’études que l’équipe de Zaha Hadid réalise pour chacun de ses projets : le point de vue unique n’a pas de sens pour une architecte pour qui tout est mouvement.