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Concert Orchestre de Paris / Harding à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 21.9.16 à 20h30
Orchestre de Paris, Daniel Harding

Mahler : symphonie n° 10 (version “Cooke III”)

On sait l’attachement de Daniel Harding à cette symphonie, qu’il a déjà enregistrée avec l’Orchestre philharmonique de Vienne… et que je |’ai vu diriger à la Philharmonie de Berlin il y a trois ans.

Je n’étais pas préparé à autant apprécier cette magnifique interprétation, tantôt élégiaque, tantôt grinçante et pleine de contrastes. Harding prend son temps, étire les phrases musicales… et l’orchestre, globalement, suit avec ce qui ressemble à s’y méprendre à une forme d’enthousiasme. Solos magnifiques au hautbois, au tuba, à la flûte, à la trompette… et au tambour, ce dernier malencontreusement gâché par des quintes de toux simulatnées de plusieurs spectateurs pensant à tort que le coup de tambour marquait la fin d’un mouvement.

Je me suis plus régalé qu’à Berlin. Si seulement le public était un peu moins bruyant. J’ai compté au moins quatre allers-retours aux toilettes pendant la symphonie. L’acoustique sans pitié de la salle ne fait malheureusement pas de cadeau.


Concert Orchestre de l’Opéra de Paris / Ph. Jordan à l’Opéra-Bastille

Opéra-Bastille, Paris • 15.9.16 à 20h
Orchestre de l’Opéra de Paris, Philippe Jordan

Wagner : extraits instrumentaux de Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried et Götterdämmerung. Avec Anja Kampe (soprano) pour l’Immolation de Brünnhilde.

2016-09-15J’ai une relation en dents de scie avec Philippe Jordan… et cette représentation se situe assez nettement dans un creux, tant la mollesse générale semble de rigueur sur la scène de l’Opéra Bastille. C’est lent, très lent, parfois très très lent, … et l’accent donné à une forme de lyrisme tue le relief dramatique. On cherche en vain à se laisser émouvoir par une interprétation au fond assez clinique.

Anja Kampe rajoute une belle touche d’humanité dans la scène finale de Götterdämmerung, mais l’acoustique de la salle ne met guère sa voix en valeur.


Concert Orchestre Neojibà / R. Castro à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 12.9.16 à 20h30
Orchestre Neojibà, Ricardo Castro

Villa-Lobos : Chôros n° 6
Chostakovitch : concerto pour piano et trompette n° 1 (Martha Argerich, piano ; Helder Passinho Junior, trompette)
Tchaïkovski : symphonie n° 4

CastroDécouvrir cet orchestre de jeune Brésiliens fut à peu près aussi inoubliable que la rencontre avec l’Orchestre Simón Bolívar de Gustavo Dudamel. L’Orchestre Neojibà ne date que de 2007, mais on y perçoit le même bonheur de jouer, le même enthousiasme communicatif. Les musiciens, excellents, dansent volontiers sur leurs chaises lorsqu’ils se laissent emporter par la musique.

Programme varié et magnifique de bout en bout. Malgré la relative verdeur qui transparaît dans la symphonie de Tchaïkovski, l’interprétation est superbe, tout particulièrement à la petite harmonie.

Avalanche de bis, dont une reprise du 3e mouvement du concerto et un quatre-mains de Debussy jouée par le chef et par Argerich à la fin de la première partie ; une pièce de Darius Milhaud jouée à deux pianos avec accompagnement de percussions ; et le numéro de bravoure habituel des Neojibà avant de quitter la scène, une version absolument éblouissante de Tico-Tico no Fubá qui, à sa façon, boucle la boucle avec le ravissant choro de Villa-Lobos qui ouvre le programme.


Concert Staatskapelle Berlin / Barenboim à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 9.9.16 à 20h30
Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim

Mozart : Sinfonia concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson, K 297b
Bruckner : symphonie n° 7

Je n’ai pas du tout réussi à m’intéresser à la sinfonia concertante.

La symphonie, en revanche, fut passionnante. Passionnante mais pas aussi spectaculaire que sous d’autres baguettes recherchant davantage les effets.

Barenboim continue à privilégier l’homogénéité et l’émergence de longues lignes de force. Parallèlement, Il a tendance à beaucoup retenir le tempo… un peu à la façon de Maazel (ou de Chung, mais la comparaison n’est pas très flatteuse pour Barenboim).

L’interprétation n’en est pas moins magnifique. On est particulièrement bouleversé par la fin de l’Adagio, lorsque cors et tubas Wagner s’unissent dans une tapisserie aussi subtile qu’expressive.


Concert Staatskapelle Berlin / Barenboim à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 8.9.16 à 20h30
Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim

Mozart : concerto pour piano n° 26
Bruckner : symphonie n° 6

Le concerto confirme le sentiment déjà ressenti lors du concert précédent que Barenboim-pianiste n'a plus rien à apporter à ce répertoire.

La symphonie, en revanche, est éblouissante. La mal-aimée des symphonies de Bruckner devient sous la conduite de Barenboim une petite merveille parcourue de puissantes et magnifiques lignes de force. L'orchestre n'est pas toujours parfait sur le plan technique, mais il se met avec engouement au service d'une lecture réellement captivante — plus aérienne que tellurique, mais d’une somptueuse homogénéité.

Barenboim, comme d'habitude, dirige sans partition. L'acoustique de la salle semble miraculeusement adaptée au son des musiciens allemands. Immense.


Concert Staatskapelle Berlin / Barenboim à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 2.9.16 à 20h30
Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim

Mozart : concerto pour piano n° 24
Bruckner : symphonie n° 4

DannyDébut d'une quasi-intégrale des symphonies de Bruckner par Barenboim et son orchestre de la Staatskapelle de Berlin. Chaque symphonie est précédée d'un concerto de Mozart dont Barenboim interprète lui-même la partie de piano.

Une mauvaise idée à en juger par ce premier concert. Les différentes écoutes effectuées en préparation du concert m'avaient convaincu que ce concerto en ut mineur était l'un des plus envoûtants de Mozart. Une impression malheureusement peu corroborée par une interprétation relativement empesée, tant à l'orchestre (malgré un effectif nettement allégé) qu'au piano. Barenboim n'a plus l'aisance technique requise pour transcender la partition ; le résultat, d'une triste banalité, manque d'élévation, de magie.

On change de registre avec une interprétation magistrale et assez personnelle de la symphonie "romantique" de Bruckner. Barenboim y déroule une véritable vision qui donne beaucoup de cohérence à l'ensemble. Les musiciens sont dans leur élément et leur détermination partagée à façonner le son voulu par le chef est presque palpable. On n'adhère pas à tous les choix, dont certains semblent aller partiellement à l'encontre des intentions du compositeur, mais on applaudit l'homogénéité d'ensemble et la qualité de l'exécution.


Concert Wiener Philharmoniker / Nott au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 23.6.16 à 20h
Wiener Philharmoniker, Jonathan Nott

Beethoven : Coriolan, ouverture
Strauss : Tod und Verklärung
Mahler : Das Lied von der Erde (Jonas Kaufmann, ténor)

J’avoue une familiarité moins forte avec Das Lied von der Erde qu’avec la plupart des autres compositions de Mahler. Il semble presque impossible à une seule voix de rendre justice à l’ensemble de la pièce. Mais c’est une véritable leçon d’interprétation qu’a donnée un Jonas Kaufmann éminemment attentif aux couleurs et aux atmosphères… et peu importe que sa voix soit un poil limitée dans le grave pour aller au bout de la tessiture exigée par Mahler.

L’écriture orchestrale est un délice… et c’est un régal d’entendre les Wiener Philharmoniker, que j’avais pourtant trouvés un tantinet martiaux dans la première partie, rendre justice à la délicieuse subtilité de la musique… notamment à la petite harmonie.

On se demande par moments quel rôle exact joue le chef face à une formation manifestement aussi consciente du poids de la tradition musicale qu’elle perpétue. Jonathan Nott, en nage dans son habit qui a l’air détrempé (il faut dire qu’il fait une chaleur épouvantable), donne plus l’impression de jouer les utilités que d’imprimer un réel élan à l’ensemble.


Les quatuors avec piano de Brahms par Andsnes & Friends

Milton Court Concert Hall, Londres • 28.5.16 à 19h

Brahms :
– quatuor avec piano n° 1
– quatuor avec piano n° 2
– quatuor avec piano n° 3

Leif Ove Andsnes, piano
Christian Tetzlaff, violon
Tabea Zimmermann, alto
Clemens Hagen, violoncelle

La Guildhall School a la chance considérable de disposer d’une nouvelle salle de concert magnifique à deux pas du Barbican. Ce récital était l’occasion de découvrir cette salle intime, à l’acoustique soignée.

Cette intégrale des quatuors de Brahms est passionnante : trois œuvres très différentes, presque difficiles à assimiler d’un seul coup… avec le paradoxe chronologique du quatuor n° 3, commencé avant les autres mais terminé bien après.

Quatre musiciens prestigieux, quatre personnalités différentes : la musique y gagne en richesse et en complexité, sauf dans certains passages où l’on aimerait un peu plus d’unanimité. Je ne sais pas si ces quatre musiciens jouent ensemble depuis très longtemps, mais il semble leur manquer une forme d’intimité partagée qui est perceptible dans les formations plus établies.

Seule petite frustration : le violoncelle semble parfois en retrait. Choix stylistique ou problème acoustique ? Quelle que soit la raison, la musique en souffre un peu.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 26.5.16 à 20h30

Dubugnon : Caprice pour orchestre II (création mondiale)
Bartók : concerto pour violon n° 2 (Leonidas Kavakos, violon)
Chostakovitch : symphonie n° 6

Deux malencontreuses fautes de goût n’ont pas réussi à neutraliser le charme considérable d’un concert par ailleurs somptueux : le choix de Bach par Leonidas Kavakos pour son bis… et le “Tea For Two” déchiffré à vue par l’orchestre, laborieux, raide et sans fantaisie, en bis final.

Pour le reste, la soirée a été une succession de bonheurs, dans une appréciable homogénéité de ton.

La pièce de Dubugnon, d’une densité orchestrale inhabituelle dans la musique contemporaine, multiplie les clins d’œil, et l’orchestre fait vibrer avec esprit des passages nourris par un sens affûté du pastiche et par une fantaisie désinhibée et réellement réjouissante.

Le concerto de Bartók est marqué par le lyrisme exceptionnel de Kavakos, rendu possible par une affinité profonde avec la partition, sans parler de sa désarmante maîtrise technique.

La symphonie, enfin, est d’autant plus magnifique que l’orchestre s’y lance avec un enthousiasme communicatif — il y a bien longtemps que je n’avais vu autant de visages illuminés par un sourire radieux. Les solos élégiaques du premier mouvement prennent aux tripes (avec une mention spéciale pour le cor anglais de Rémi Grouiller), tandis que l’emballement du galop final est un véritable régal, plein d’esprit et porté par une irrésitible exaltation collective.

Décidément, l’Orchestre de Paris est au sommet, en ce moment…


Concert Orchestre de Paris / Harding à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 19.5.16 à 20h30
Orchestre de Paris, Daniel Harding

Berg : concerto pour violon “À la mémoire d’un ange” (Isabelle Faust, violon)
Mahler : symphonie n° 4 (Christina Landshamer, soprano)

Sans faute sur toute la ligne (ou presque) pour ce premier concert de Daniel Harding à la tête de la phalange parisienne depuis sa nomination comme directeur musical.

La symphonie est à la fois d’une simplicité désarmante et pleine de choix aussi délibérés que convaincants. Ce n’est pourtant jamais maniéré ; la transparence est totale et les équilibres construits avec un instinct solide. L’orchestre adhère, manifestement. Cela augure bien de la suite.

Première partie enchanteresse grâce au son magnifique d’Isabelle Faust, qui marque beaucoup de points bonus en respectant la chronologie pour le choix de son bis – pas de Bach !


Concert Orchestre de Paris / Netopil à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 27.4.16 à 20h30
Orchestre de Paris, Chœur de l’Orchestre de Paris, Tomáš Netopil

Dvořák : Stabat Mater

Aga Mikolaj, soprano
Elisabeth Kulman, mezzo-soprano
Dmitry Korchak, ténor
Georg Zeppenfeld, basse

J’étais malheureusement un peu fatigué pour profiter pleinement de l’exécution de cette œuvre déchirante écrite par un père qui voit disparaître ses enfants les uns après les autres. Tour à tour recueillie, majestueuse, bouleversante, cette monumentale cantate s’achève sur un “amen” d’une superbe complexité contrapuntique.

Même si les quatre solistes étaient à la hauteur, je ne peux m’empêcher de citer mes deux chouchous, Elisabeth Kulman et Georg Zeppenfeld, tous les deux impériaux. Décidément, ces voix graves me remuent.


Concert ONF / Gatti au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 21.4.16 à 20h
Orchestre National de France, Daniele Gatti

Mozart : Divertimento K. 138
Berg : Sieben frühe Lieder (Camilla Tilling, soprano)
Mahler : symphonie n° 4

Il est frappant de voir l’entente entre l’ONF et Daniele Gatti aller en croissant au moment où le chef italien s’apprête à faire ses valises pour Amsterdam. Ce concert, en tout cas, donnait l’impression d’être l’aboutissement réussi d’un processus créatif riche et fructueux.

Je découvrais les lieder de Berg, délicieusement interprétés par une Camilla Tilling à la personnalité séduisante dans sa robe d’organza vieux-rose (elle remplace Christine Schäfer, qui était annoncée dans le programme de saison). La partition, qui fait des clins d’œil au jazz, n’est pas sans rappeler certaines pages de Kurt Weill. Autant dire que j’ai été charmé.

Symphonie maîtrisée jusque dans ses moindres détails. Avec Gatti, pas question de s’adonner au plaisir gratuitement : il faut passer par diverses étapes d’un travail pointilleux, pour ne pas dire pointilliste, avant que ne vienne l’autorisation de se laisser aller à la beauté de l’orgasme orchestral.

Tilling trouve un bel équilibre entre intensité et expressivité dans le captivant dernier mouvement, qui s’achève sur des mesures encores parfaitement maîtrisées… et une dernière note de harpe qui parvient à s’épanouir majestueusement jusqu’au fond du théâtre dans un joli silence captivé avant que ne retentissent des acclamations très enthousiastes par rapport à la norme du lieu.


Concert Philharmonia Orchestra / Ashkenazy au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 15.4.16 à 20h
Philharmonia Orchestra, Vladimir Ashkenazy

Rachmaninov :
Vocalise
– concerto pour piano n° 1 (Boris Berezovsky, piano)
– symphonie n° 2

Un programme absolument irrésistible, faisant la part belle à quelques unes des pages les plus voluptueuses et, pour certaines, les plus aphrodisiaques d’un compositeur qui met son considérable talent de mélodiste au service de l’exaltation de l’âme russe.

Même s’il faut quelques minutes pour s’habituer à l’acoustique du TCE, tellement différente de celle de la Philharmonie, on se plonge vite avec un total abandon dans ce foisonnement exubérant et bouleversant.

Boris Berezovsky, égal à lui-même, domine la musique avec la distance requise pour y révéler l’exaltation qu’elle recèle. Vladimir Ashkenazy, qui faisait jadis la même chose avec tant de talent, a rejoint le podium, où il illumine la représentation d’un enthousiasme apparemment sans limite. Ses choix musicaux, notamment dans la symphonie, privilégient la complétude, parfois au détriment de la lisibilité. Mais la magie opère et la grâce descend sur un public hypnotisé par tant de beauté.


Concert LSO / Rattle à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 12.4.16 à 20h30
London Symphony Orchestra, Simon Rattle

Messiaen : Couleurs de la cité céleste (Pierre-Laurent Aimard, piano)
Bruckner : symphonie n° 8

SimonLa façon dont Rattle approche cette Huitième de Bruckner est d’autant plus remarquable qu’il serait facile de céder à la monumentalité de l’édifice et d’en faire une sorte d’orgasme ininterrompu, une tentation qui n’est jamais complètement étrangère au chef britannique. Mais, au contraire, Rattle adopte une approche qui rappelle plus un Gatti qu’un Karajan, en accumulant les tensions et en ne saturant jamais l’acoustique pourtant extraordinairement favorable de la Philharmonie.

Le résultat n’en est que plus bouleversant et révèle les multiples facettes d’une œuvre-cathédrale, d’une richesse et d’une intensité rares.

On retrouve avec plaisir les magnifiques solistes du LSO, en particulier son harmonie si attachante. Cuivres et vents viennent ponctuer Couleurs de la cité céleste à intervalles réguliers en interrompant les divagations du piano et des percussions : leurs interventions, basées sur des progressions harmoniques aussi déjantées que patriciennes, sont un régal. L’une d’entre elles devrait s’appeler “Frère Jacques a encore abusé des champignons hallucinogènes“…


Concert Chamber Orchestra of Europe / Pappano à la Cité de la Musique

Cité de la Musique, Paris • 22.3.16 à 20h30
Chamber Orchestra of Europe, Antonio Pappano

Mozart : symphonie n° 25
Strauss : concerto pour hautbois (François Leleux, hautbois)
Fauré : Pavane
Bizet : symphonie en ut majeur

Un concert chaleureux, qui me confirme dans la conviction que le hautbois est l’instrument le plus ensorcelant de l’orchestre, à égalité peut-être avec le violoncelle. C’est d’autant plus évident quand c’est François Leleux qui officie : ses phrasés au legato cajoleur, soutenus par un souffle apparemment inépuisable, réchauffent le cœur et l’âme.

Pappano fait preuve de son habituelle fougue à la tête d’un orchestre magnifique et lumineux. Une délicieuse intimité s’installe entre la salle et les musiciens ; le pouvoir de la musique est évident en cette journée marquée par les monstrueux attentats de Bruxelles.


Concert Los Angeles Philharmonic / Dudamel à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 20.3.16 à 16h30
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel

Mahler : symphonie n° 3 (Tamara Mumford, mezzo-soprano)

DudamelPremier mouvement déterminé, peut-être un peu trop brillant mais marqué par des choix de mise en relief forts d’un Dudamel en intimité profonde avec les stratifications de la partition.

Les mouvements intermédiaires sont impeccables : solo de trombone somptueux de James Miller et solo de cor de postillon nostalgique à souhait, joué au cornet à pistons par Thomas Hooten. Je n’ai pas particulièrement accroché au “O Mensch!” de Tamara Mumford, à la voix légèrement voilée, et aux “Bimm bamm” un peu trop discrets.

Dernier mouvement monumental et mystique grâce à la tension magistralement entretenue d’un bout à l’autre par un Dudamel réellement habité. Aucun effet inutile, aucun geste déplacé, toute l’énergie de l’orchestre tend vers une résolution aussi inéluctable que sublime, rendue plus bouleversante encore par l’incroyable point d’orgue final, qui semble durer une éternité. Les cordes, dont l’homogénéité laisse bouche bée, apparaissent comme l’atout-maître d’un orchestre dont la parenté européenne, via la filière hollywoodienne, est patente.

L’émerveillement final est aussi visuel : les trois paires de cymbales ; les deux timbaliers qui ont poussé le professionnalisme jusqu’à synchroniser parfaitement leurs mouvements.

L’effacement de Dudamel, sur le podium comme pendant les saluts, deviendrait presque agaçant…


Concert Orchestre Colonne / Petitgirard à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 20.3.16 à 11h
Orchestre Colonne, Laurent Petitgirard

Œuvres de John Williams

PetitgirardOn ne peut qu’applaudir l’idée de consacrer un concert aux pages les plus connues de John Williams, l’un des plus talentueux compositeurs de notre époque. Chemin faisant, les commentaires éclairants de Laurent Petitgirard permettent de saisir quelques clés de l’écriture de Williams.

L’Orchestre Colonne s’implique avec une bonne humeur évidente dans cette aventure et s’acquitte fort honnêtement de la tâche, malgré quelques imprécisions ici et là. Les (très) nombreux enfants présents dans le public se tiennent (très) majoritairement à carreau pendant les 90 minutes du concert : un exploit.

Petitgirard est en forme : il introduit l’extrait de Jaws en indiquant qu’il s’agit de l’histoire d’un petit poisson rouge. “Enfin, pas vraiment petit… et pas vraiment rouge.” La bonne humeur est communicative : lorsque l’orchestre applaudit le piccolo après l’introduction du leitmotiv d’E.T., le public se joint volontiers (et à juste titre) à l’hommage.   

De l’échantillon représenté, je persiste à penser que la partition de E.T. est la plus riche et la plus aboutie. Mais il n’y a vraiment rien à jeter dans ces pages. Seul regret : on aurait apprécié l’ajout du magnifique concerto pour violon de Schindler’s List. (Peut-être eût-il été difficile de trouver le bon soliste ?)

Le placement libre m’a poussé à aller explorer des recoins inexplorés de la Philharmonie. L’occasion de découvrir que, de certaines places (au 2e balcon de côté, à jardin, en l’occurence), l’acoustique est déplorable : son pâteux et informe, comme dans une église.


Concert Los Angeles Philharmonic / Dudamel à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 19.3.16 à 20h30
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel

John Williams : Soundings (création française)
Alberto Ginastera : concerto pour piano n° 1 (Sergio Tiempo, piano)
Andrew Norman : Play: Level 1 (création française)
Aaron Copland : Appalachian Spring (suite)

Dudamel2On apprécie la volonté de proposer un programme sortant des sentiers battus, consacré à différentes facettes de la musique américaine contemporaine.

On commence par Soundings, une œuvre composée par John Williams à l’occasion de l’inauguration du Walt Disney Concert Hall, la “Philharmonie” de Los Angeles, en 2003. C’est une très belle idée que de l’interpréter en un lieu encore relativement jeune et tout aussi monumental.

On enchaîne avec l’inégal concerto pour piano de Ginastera, curieux mélange d’influences diverses, rendu intéressant par l’interprétation déterminée et spectaculaire de Sergio Tiempo.

Après une autre création française moins passionnante mais dont la fin est électrisante (l’art de la fin étant particulièrement peu maîtrisé par les compositeurs), l’orchestre attaque le bouquet final du concert, avec la fabuleuse suite du Appalachian Spring de Copland. (Quel à-propos : c’est effectivement le printemps !) Étonnamment, on aurait aimé un peu plus de “couleur locale” : Dudamel semble vouloir écraser un peu trop ce qui fait la voix distinctive de l’œuvre. Le contraste est frappant avec l’enregistrement de Bernstein qui a bercé une partie de ma jeunesse.

Mais le meilleur reste à venir. On avait bien repéré quelques chaises restées vides pendant la deuxième partie. Alors que le public ovationne l’orchestre, on voit entrer un florilège des instruments les plus jouissifs de l’orchestre : clarinette basse, contre-basson, cor anglais. C’est que l’œuvre proposée en bis a été composée par un orchestrateur de génie, Bernard Herrmann. Sa “Scène d’amour” extraite de la partition de Vertigo est renversante par son écriture : des motifs qui semblent identiques mais qui muent doucement… des instruments qui entrent progressivement… la harpe, notamment, qui donne des frissons incontrôlables… puis, au dernier moment, les cuivres. L’interprétation qu’en propose le Los Angeles Philharmonic est tout bonnement bouleversante, avec des cordes à la beauté céleste. On est soufflé.

 


Concert Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks / Jansons au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 17.3.16 à 20h
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Mariss Jansons

Beethoven : Coriolan, ouverture symphonique
Mahler : symphonie n° 5

JansonsJ’étais malheureusement souffrant et n’ai pu profiter que par intermittence de ce magnifique concert.

J’ai néanmoins été frappé de voir que Jansons, qui obtient des interprétations si subtiles du Concertgebouworkest, rencontre moins de succès avec cet orchestre bavarois aux tendances un peu clinquantes. L’amplitude dynamique absurde entre les pianissimi et les fortissimi est épuisante : les tutti saturent d’ailleurs l’acoustique du Théâtre, un phénomène que je rencontrais sauf erreur pour la première fois.

Ça reste malgré tout de la très belle et très grande musique, parsemée de nombreux et irrésistibles coups de génie et guidée avec un talent immense par un chef au sommet de son art.


“Jeff Wayne’s Musical Version of ‘War of the Worlds’”

Dominion Theatre, Londres • 12.3.16 à 15h
Musique : Jeff Wayne. Lyrics : Jeff Wayne & Gary Osborne. Livret : Doreen Wayne, d’après le roman de H. G. Wells.

Mise en scène : Bob Tomson. Direction musicale : Jeff Wayne. Avec Michael Praed (George Herbert, 1898), Madalena Alberto (Carrie), Jimmy Nail (Parson Nathaniel), Heidi Range (Beth), Daniel Bedingfield (The Artilleryman), David Essex (The Voice of Humanity), … et Liam Neeson (George Herbert, 1904, enregistré).

WotwUn bien curieux objet théâtral. 

En 1978, le compositeur Jeff Wayne publiait un album présentant une version musicale du célèbre roman de H. G. Wells, War of the Worlds, dans un style “rock symphonique”. De nombreux chanteurs de variété anglais y participaient… et le rôle du narrateur était tenu par Richard Burton.

L’album a connu un immense succès — il s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires — et il a produit toutes sortes de produits dérivés, dont des jeux vidéos, ainsi que des versions traduites dans d’autres langues. L’une des chansons “Forever Autumn”, est l’un des plus gros succès de l’histoire du hit parade anglais.

Il était incontournable que l’œuvre finisse par être présentée sur scène… mais les péripéties furent nombreuses, et ce n’est qu’en 2006 que Jeff Wayne’s Musical Version of “War of the Worlds” fut enfin présentée “live”. 

C’est dans la continuité de cette histoire que s’inscrit la série de représentations actuellement à l’affiche du Dominion Theatre de Londres. Un orchestre rock / symphonique de bonne taille, dirigé par Jeff Wayne lui-même (avec une douzaine de cordes, tout de même), occupe le fond de la scène, tandis que des comédiens / chanteurs interprètent l’œuvre dans une mise en scène riche en projections et en effets visuels et sonores.

Le rôle du narrateur, préenregistré, est désormais tenu par Liam Neeson. La distribution est de qualité : on y retrouve David Essex, présent dans l’aventure depuis 1978 (mais désormais dans un rôle différent), ainsi que des noms confirmés du théâtre musical anglais comme Madalena Alberto ou Michael Praed.

Il faut aimer ce style curieux, un peu grandiloquent… qui n’est pas sans rappeler certaines de nos comédies musicales rock “à la française”. Mais on ne peut que saluer l’ambition de l’entreprise et son indéniable et impressionnant succès commercial. J’ai commencé à m’embêter ferme pendant la deuxième partie, mais je suis heureux d’avoir pu voir cette œuvre très originale et bien curieuse.