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“Titanic”

Charing Cross Theatre, Londres • 2.7.16 à 15h
Musique et lyrics : Maury Yeston. Livret : Peter Stone.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Mark Aspinall. Avec Niall Sheehy (Barrett), Alistair Barron (Lightoller), Siôn Lloyd (Andrews), Scarlett Courtney (Kate Mullins), Matthew Crowe (Bride), Luke George (Bellboy / Hartley), Jessica Paul (Kate Murphy), Claire Machin (Alice Beane), David Bardsley (Ismay), Peter Prentice (Edgar Beane), James Gant (Pitman / Etches), Scott Cripps (Murdoch), Helena Blackman (Caroline Neville), Shane McDaid (Jim Farrell), Rob Houchen (Fleet), Douglas Hansell (Charles Clarke), Philip Rham (Captain Smith), Dudley Rogers (Isidor Straus), Victoria Serra (Kate McGowan), Judith Street (Ida Straus).

TitanicNouvelle série de représentations à Londres pour cette mise en scène de Titanic, initialement créée au Southwark Playhouse il y a trois ans. À l’époque, il a été question d’un transfert à New York, qui ne s’est jamais matérialisé. En revanche, c’est à Toronto que j’avais retrouvé la production l’année dernière.

Le petit Charing Cross Theatre a beaucoup de charme, mais il est configuré comme un théâtre à l’italienne. La mise en scène a, du coup, moins d’occasions de faire preuve d’originalité que dans l’espace moins conventionnel du Southwark Playhouse. Or l’originalité est précisément ce qui fait la force de la vision de Thom Southerland. Mais le metteur a plus d’une carte dans sa manche… et on passe une bonne partie de la représentation à admirer la variété et la pertinence de ses idées. D’autant que la scène est vraiment petite, ce qui multiplie les contraintes.

C’est, comme toujours, la magnifique partition de Maury Yeston qui porte l’émotion de la pièce. Elle est interprétée par un petit orchestre de six musiciens, caché on ne sait où dans les coulisses. Il faut quelques instants pour s’habituer au système de sonorisation, qui n’est pas des plus subtils, mais le plaisir provenant de la superposition de la musique et des superbes arrangements vocaux prend rapidement aux tripes.

Prochain spectacle à l’affiche, sous les auspices du même metteur en scène : Ragtime, l’autre grand spectacle de la saison 1997 de Broadway. Les défis logistiques sont à peu près comparables à ceux de Titanic. Il me tarde de voir le résultat.


“On the Twentieth Century”

Guildhall School, Londres • 30.6.16 à 19h30
Musique : Cy Coleman. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, d’après des pièces de Ben Hecht, Charles MacArthur et Charles Bruce Millholland.

Mise en scène : Martin Connor. Direction musicale : Dan Jackson. Avec Claudia Jolly (Mildred Plotka / Lily Garland), Theo Boyce (Oscar Jaffee), Josh Dylan (Bruce Granit), Michael Levi Harris (Oliver Webb), Carl Stone (Owen O’Malley), Bessie Carter (Letitia Peabody Primrose), …

CenturyC’est toujours un plaisir de voir les productions de la Guildhall School, conçues pour mettre en valeur le talent des étudiants, qu’il s’agisse des comédiens, des musiciens ou des techniciens du théâtre, qui bénéficient de l’encadrement de professionnels. Après City of Angels, Chaplin et Grand Hotel, c’est au tour de On the Twentieth Century, cette mythique comédie musicale de 1978, récemment reprise à Broadway, de faire l’objet du spectacle de fin d’année.

Comme d’habitude, la qualité est remarquable : le décor, qui consiste essentiellement en une reproduction de l’intérieur luxueux de ce train mythique qui reliait Chicago à New York, est absolument bluffant ; il n’a rien à envier à celui de la récente production de Broadway. L’orchestre bénéficie de l’enthousiasme des jeunes étudiants de la Guildhall School ; son effectif est lui aussi particulièrement luxueux.

Quant à la distribution, comme toujours, tous les étudiants n’ont pas le même potentiel, mais force est de constater qu’il y a beaucoup de talent sur la scène. Mention spéciale pour la Letitia Primrose déjantée de Bessie Carter et pour les deux comédiens qui servent de “sidekicks” à Oscar Jaffee, Michael Levi Harris et Carl Stone. Mais tous les rôles principaux sont tenus de manière plus que respectable ; pas de souci, la relève est prête.


“Aladdin”

Prince Edward Theatre, Londres • 30.6.16 à 14h30
Musique : Alan Menken. Lyrics : Howard Ashman & Tim Rice. Livret et lyrics additionnels : Chad Beguelin.

Mise en scène et chorégraphie : Casey Nicholaw. Direction musicale : Alan Williams. Avec Dean John-Wilson (Aladdin), Trevor Dion Nicholas (Genie), Jade Ewen (Jasmine), Nathan Amzi (Babkak), Rachid Sabitri (Omar), Stephen-Rahman Hughes (Kassim), Don Gallagher (Jafar), Irvine Iqbal (Sultan), Peter Howe (Iago), …

AladdinLa version scénique du dessin animé Aladdin de Disney (déjà vue à Seattle, à New York et à Hambourg) s’est enfin installée à Londres. Pas de surprise, le spectacle est strictement identique à tous points de vue — les comédiens ressemblent d’ailleurs tous étrangement à leurs homologues américains.

Une fois encore, on est charmé par la superbe partition d’Alan Menken (considérablement augmentée par rapport au film) et par le génie visuel des concepteurs d’un spectacle magique et plein d’énergie positive. La mise en scène est plein de clins d’œil, comme cet hommage réjouissant à West Side Story dans la chorégraphie du moment où Aladdin et Jasmine se rencontrent pour la première fois.

Et comment ne pas être émerveillé par le tapis volant ? L’effet visuel est vraiment très réussi.


“The Go-Between”

Apollo Theatre, Londres • 27.6.16 à 19h30
Musique : Richard Taylor. Livret : David Wood. Lyrics : Wood & Taylor. D’après le roman de Leslie Pole Hartley.

Mise en scène : Roger Haines. Direction musicale : Nigel Lilley. Avec Michael Crawford (Colston), Gemma Sutton (Marian), Stuart Ward (Ted), Issy Van Randwyck (Mrs. Maudsley), Stephen Carlile (Trimingham), Julian Forsyth (Mr. Maudsley), …

Go-betweenJ’avais vu cette comédie musicale en 2011 à Northampton et ne m’attendais pas à la retrouver cinq ans plus tard dans le West End. Si mes souvenirs sont fidèles, la pièce a extrêmement peu changé depuis — même pas du tout. La mise en scène non plus, dans le joli décor unique mais fortement évocateur de Michael Pavelka. On retrouve même quelques comédiens qui étaient déjà là en 2011, notamment le séduisant Stuart Ward dans le rôle de Ted, le fermier dont s’éprend la jeune-fille de la famille bourgeoise propriétaire du lieu, fiancée à l’aristocrate local.

Je reste très légèrement réservé sur l’opportunité de transformer ce type de roman en comédie musicale… mais, à part quelques lyrics un peu terre-à-terre, le traitement est globalement très réussi. L’atmosphère est captivante et le cheminement émotionnel du jeune Leo, qui joue les messagers entre les deux amants sans bien comprendre ce qui se passe, est joliment représenté. Tout au plus pourrait-on regretter que la pièce ne justifie pas complètement pourquoi les événements relatés — et leur fin tragique — marquent Leo au point de lui confisquer sa propre vie. C’est en effet le propos du livret — c’est un Leo âgé et cassé qui raconte l’histoire comme pour s’en libérer.

Un Leo joué avec maestria par Michael Crawford, qui compense en charisme et en talent dramatique ce que sa voix ne permet plus vraiment de projeter. Il est entouré d’une distribution talentueuse, au sein de laquelle les enfants sont remarquables de naturel et de talent.

Au global, une belle entreprise dramatique… qui ne manque pas de poser la question de savoir s’il y a suffisamment de public aujourd’hui dans le West End pour ce type de spectacle très “traditionnel” par comparaison aux gros succès du moment. 


“In the Heights”

King’s Cross Theatre, Londres • 26.6.16 à 18h
Musique & lyrics : Lin-Manuel Miranda. Livret : Quiara Alegría Hures

Mise en scène : Luke Sheppard. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : Phil Cornwell. Avec Michael Cortez (Usnavi [understudy / remplaçant]), Norma Atallah (Abuela Claudia), Christine Allado (Vanessa), Gabriela García (Nina), Ryan Reid (Benny [understudy / remplaçant]), Cleve September (Sonny), Philippa Stefani (Daniela), Alexzandra Sarmiento (Carla [understudy / remplaçante]), Vas Constanti (Kevin [understudy / remplaçant]), Jocasta Almgil (Camila [understudy / remplaçante]), Alejandro Postigo (Piragua Guy [understudy / remplaçant]), Johnny Bishop (Graffiti Pete).
 
HeightsAyant récupéré mon dimanche soir compte tenu de mon départ anticipé du spectacle précédent, j’ai eu la bonne surprise de constater que Londres propose désormais plusieurs options théâtrales le dimanche soir — ce n’était assurément pas le cas il y a dix ou quinze ans.
 
Cette production, que j’avais déjà vue au petit Southwark Playhouse en mai 2014, est désormais installée dans un curieux théâtre éphémère installé sur des voies condamnées de la gare de King’s Cross, sur le même principe que le théâtre qui accueillait The Railway Children à la gare de Waterloo en 2011. (Cette dernière pièce est d’ailleurs désormais également représentée au King’s Cross Theatre, en alternance avec In the Heights, dont le décor, qui recouvre les voies, est démonté / remonté quasiment quotidiennement.)
 
Difficile de décrire l’irrésistible énergie qui se dégage de la pièce, baignée de rythmes latinos interprétés avec beaucoup d’enthousiasme par une jeune troupe vraiment sympathique. Mais In the Heights fonctionne aussi parce que la pièce raconte une belle histoire, peut-être un peu simpliste mais pleine de cœur.
 
La distribution est assez proche de celle du Southwark Playhouse, mais il y a six remplaçants sur scène en ce dimanche soir. Comme d’habitude, on serait bien en peine de distinguer les remplaçants des titulaires tant la qualité d’interprétation est élevée. La Camila de Jocasta Almgil, par exemple, est absolument bluffante, et sa chanson “Enough” est l’un des sommets de la représentation.
 
Ce doit être lié au rôle parce que j’avais déjà fait la même remarque au Southwark Playhouse avec un autre comédien, mais j’avoue une réelle faiblesse pour Cleve September, l’interprète du rôle de Sonny, dont je pense qu’il a une belle carrière devant lui.

“Shuffle Along”

The Music Box, New York • 11.6.16 à 20h
Musique : Eubie Blake. Lyrics : Noble Sissle. Livret original : Flournoy Miller & Aubrey Lyles. Nouveau livret : George C. Wolfe.

Mise en scène : George C. Wolfe. Chorégraphie : Savion Glover. Avec Darlesia Cearcy (Lottie Gee [understudy / remplaçante]), Brian Stokes Mitchell (Flournoy Miller), Billy Porter (Aubrey Lyles), Brandon Victor Dixon (Eubie Blake), Joshua Henry (Noble Sissle), Brooks Ashmanskas (various), Adrienne Warren (Gertrude Saunders / Florence Mills), Amber Iman (Eva / Mattie Wilkes), …

ShufflealongJ’avais pris un premier billet pour ce spectacle fin avril, mais je me l’étais fait rembourser lorsqu’il fut annoncé qu’Audra McDonald n’assurerait pas la représentation. Rebelote pour cette représentation avec un nouveau forfait d’Audra (après tout, avec 6 Tony Awards à 45 ans, pourquoi se fatiguer ?)… mais j’ai décidé de voir le spectacle malgré tout. Maintenant que McDonald est enceinte… et avec des vacances annoncées depuis longtemps pour cet été…, je pense que les occasions de la voir dans ce spectacle vont se compter sur les doigts d’une main.

Shuffle Along est une passionnante re-création d’une comédie musicale conçue et représentée par des noirs en 1921. Un nouveau livret permet aux comédiens jouant les quatre auteurs de commenter les circonstances de la création du spectacle et les événements qui en ont résulté. (Pour cette raison, le spectacle s’appelle en réalité Shuffle Along… or the Making Of the Musical Sensation of 1921 and All That Followed.

L’attrait principal du spectacle est la recréation des grands numéros musicaux de l’époque, merveilleusement chorégraphiés par le génial Savion Glover, et interprétés avec une énergie communicative par une distribution absolument merveilleuse. Même Brian Stokes Mitchell et Billy Porter, pour qui j’ai une sympathie limitée, sont irrésistibles.

Et la remplaçante d’Audra McDonald, Darlesia Cearcy, est superbe.


“La Cage aux Folles”

Signature Theatre, Arlington VA • 10.6.16 à 20h
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret.

Mise en scène : Matthew Gardiner. Direction musicale : Darius Smith. Avec Brent Barrett (Georges), Bobby Smith (Albin), Paul Scanlan (Jean-Michel), Jessica Lauren Ball (Anne), DJ Petrosino (Jacob), Mitchell Hébert (Édouard Dindon), Sherri L. Edelen (Mme Dindon), Nova Y. Payton (Jacqueline), Michael Bunce (Francis), Ethan Kasnett (Chantal), Jay Westin (Hanna), Darius R. Delk (Mercedes), Isaiah W. Young (Bitelle), Sam Brackley (Angélique), Phil Young (Phaedra), …

CagefollesTrès belle production de ce classique de Jerry Herman, dont je pense que je ne me lasserai jamais (contrairement à d’autres classiques que je commence à avoir assez vus).

La mise en scène s’accommode avec talent du petit espace du théâtre et se distingue par quelques choix originaux mais dramatiquement efficaces (comme la suppression du “fantôme” d’Anne dans la séquence dansée de “With Anne on My Arm”).

Très belle distribution. Brent Barrett est parfait dans le rôle de Georges ; il n’a plus tout à fait sa voix de jeune-homme, mais son charme reste immense. Énorme coup de cœur pour l’Albin de Bobby Smith, un comédien vu souvent au Signature Theatre, qui ne fait qu’une bouchée de ce rôle démesuré et redoutable. 

Un vrai régal.


“A Chorus Line”

Stadttheater, Klagenfurt • 4.6.16 à 19h30
Livret : James Kirkwood et Nicholas Dante. Musique : Marvin Hamlisch. Lyrics : Edward Kleban.

Mise en scène : Baayork Lee. Direction musicale : Günter Wallner. Avec Carten Lepper (Zach), Sarah Bowden (Cassie), …

AchoruslinePour monter A Chorus Line, sa comédie musicale annuelle, l’Opéra de Klagenfurt a fait appel à Baayork Lee, la Connie de la production originale — elle a 69 ans et contribue à perpétuer le génie artistique de Michael Bennett. Grâce à son travail, le spectacle, présenté sans entracte, est bourré d’énergie et d’émotion.

On est immensément touché de retrouver certaines images immortelles : le moment où les comédiens, qui sont en ligne depuis le début de l’audition, se dispersent — certains disparaissant dans l’obscurité — au début du numéro “At the Ballet” ; le moment symétrique où ils reprennent leurs places comme par magie à la fin du numéro (puis à nouveau plus tard à la fin de “What I Did For Love”) ; les incroyables lumières roses et jaunes pendant “Hello Twelve, Hello Thirteen, Hello Love”.

La distribution est de grande qualité, et les prestations sont généralement excellentes. La comédienne qui interprète Maggie a de très jolis aigus, qui rendent “At the Ballet” encore plus touchant. Mais surtout, Sarah Bowden est de loin la meilleure Cassie que j’aie vue — elle est éblouissante dans “The Music and the Mirror”. On se demande bien où elle était quand la récente production londonienne recherchait sa Cassie.

Comme toujours à Klagenfurt, c’est l’orchestre de taille généreuse qui est le principal atout du spectacle. La partition est une telle succession de bonheurs — et les orchestrations sont à l’avenant. Les “underscores” qui soulignent certains des dialogues sont magnifiques. Les cuivres sont particulièrement éblouissants, et la façon dont ils s’en donnent à cœur joie à la fin dans “One” donne la chair de poule.

C’est Gypsy qui sera à l’affiche la saison prochaine. Un nouveau voyage s’impose.


“Guys and Dolls”

Phoenix Theatre, Londres • 29.5.16 à 14h30
Musique et lyrics : Frank Loesser. Livret : Jo Swerling & Abe Burrows, d’après les nouvelles et les personnages de Damon Runyon.

Mise en scène : Gordon Greenberg. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Samantha Spiro (Miss Adelaide), Siubhan Harrison (Sarah Brown), Nigel Lindsay (Nathan Detroit), Oliver Tompsett (Sky Masterson), Gavin Spokes (Nicely-Nicely Johnson), …

Je devais voir une nouveauté dénommée Devilish! au Landor Theatre, mais je suis tombé par hasard sur deux ou trois critiques qui m’ont donné l’impression assez nette que j’allais y perdre mon temps. (J’ai appris depuis que le Landor allait fermer, ce qui me peine beaucoup quand je repense à toutes les très belles productions que j’y ai vues.)

J’ai préféré revoir l’excellente production de Guys and Dolls désormais installée au Phoenix Theatre après Chichester et le Savoy Theatre.

La distribution principale a été partiellement renouvelée… et il est difficile de ne pas succomber au charme du nouveau Sky (Oliver Tompsett, remarqué récemment dans (And) The World Goes ’Round) et, surtout, de la nouvelle Adelaide, la superbe Samantha Spiro, dont l’instinct comique considérable est absolument irrésistible.

Pour le reste, on retrouve avec plaisir cette production pleine de charme, dont l’un des atouts est son orchestre incandescent. Je suis frappé par l’enthousiasme et l’énergie perceptibles en ce dimanche après-midi, un jour où seuls certains spectacles proposent des représentations et où on pourrait s’attendre à ce que comédiens et musiciens aient envie de se reposer après une semaine de travail intense. C’est particulièrement vrai de Gavin Spokes, qui met tellement d’entrain dans son Nicely-Nicely qu’on a envie de se lever pour danser avec lui.


“Do I Hear à Waltz?”

New York City Center • 14.5.16 à 14h
Musique : Richard Rodgers. Lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Arthur Laurents, d’après sa pièce The Time of the Cuckoo.

Mise en scène : Evan Cabnet. Direction musicale : Rob Berman. Avec Melissa Errico (Leona), Richard Troxell (Renato Di Rossi), Karen Ziemba (Fioria), Claybourne Elder (Eddie), Sarah Hunt (Jennifer), Sarah Stiles (Giovanna), Richard Poe (Mr. McIlhenny), Nancy Opel (Mrs. McIllhenny), …

Bien que Do I Hear a Waltz?, l’unique collaboration de Richard Rodgers avec Stephen Sondheim, ne soit presque jamais montée, c’était la troisième fois que j’avais l’occasion d’en voir une production avec cette présentation dans la série des “Encores!”.

Confirmation — sans surprise — que l’œuvre est inégale. Mais le socle dramatique est riche : la pièce dont cette comédie musicale est inspirée donna également naissance au film Summertime avec Katharine Hepburn, qui est singulièrement poignant.

Mention spéciale pour le Renato de Richard Troxell, un chanteur d’opéra que l’on espère revoir souvent sur les scènes de comédie musicale. L’explication un peu houleuse que son personnage a avec l’héroïne vers la fin du premier acte est un bien joli texte, qu’il dit avec une belle assurance… et son magnifique grand air qui suit immédiatement, “Take the Moment”, est superbe.

Très joli moment musical également au début du deuxième acte avec le joli “Moon in my Window”, qui superpose les états d’âme des trois principaux protagonistes féminins dans une bien jolie tapisserie. C’est l’une des scènes où s’illustre l’attachante Karen Ziemba, que l’on voit souvent dans la série des “Encores!”, mais il est rare que les rôles lui conviennent aussi bien (si on excepte son accent italien assez peu convaincant… un défaut qu’elle partage avec une bonne partie de la distribution).

Superbes chorégraphies de Chase Brock.


“The King and I”

Lyric Opera, Chicago • 12.5.16 à 13h30
Musique : Richard Rodgers (1951). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II, d’après le roman de Margaret Landon.

Mise en scène : Lee Blakeley. Direction musicale : David Chase. Avec Kate Baldwin (Anna Leonowens), Paolo Montalban (le Roi), Rona Figueroa (Lady Thiang), Ali Ewoldt (Tuptim), Sam Simahk (Lun Tha), …

Les productions du Châtelet s’exportent bien. C’est ainsi qu‘on retrouve au Lyric Opera de Chicago l’excellente production de Lee Blakeley créée il y a deux ans. Avec une différence significative : le rôle du Roi de Siam est désormais confié à un comédien d’origine philippine, Paolo Montalban, alors que la distribution parisienne, curieusement, était menée par Lambert Wilson.

La mise en scène est recréée avec soin dans toute sa splendeur… mais la qualité épouvantable de la sonorisation pose un réel problème. La réverbération est épouvantable dans ce théâtre gigantesque… et le son semblait venir de l’arrière, en décalage avec le mouvement des lèvres des comédiens. Je ne sais pas si la situation était “normale“ (le Lyric Opera ne doit pas souvent accueillir de spectacle sonorisé) ou s’il y avait un problème technique (j’entendais un bourdonnement intermittent en provenance des enceintes posées à l’avant-scène à cour), mais une telle qualité sonore est inacceptable de nos jours.

On se console avec la belle distribution, menée par la charmante Kate Baldwin. Mention spéciale pour la jolie performance vocale d’Ali Ewoldt dans le rôle de Tuptim… et on remarque très favorablement l’excellente prestation d’Alan Ariano dans le rôle parlé du Kralahome. Ariano, semble-t-il, a fait partie de la compagnie de la production originale de Miss Saigon à Broadway du début à la fin, de 1991 à 2001.


“Travels With My Aunt”

Minerva Theatre, Chichester • 30.4.16 à 19h45

Musique : George Stiles. Lyrics : Anthony Drewe. Livret : Ron Cowen & Daniel Lipman, d’après le roman de Graham Greene.

Mise en scène : Christopher Luscombe. Avec Patricia Hodge (Aunt Augusta), Steven Pacey (Henry Pulling), Hugh Maynard (Wordsworth), Haley Flaherty (Tooley), Jack Chissick (Colonel Hakim / Visconti), Jonathan Dryden Taylor (Sparrow / Man in the Raincoat), Sebastien Torkia (Mario), …

C’est une création que nous propose cette année le Festival de Chichester en ouverture de programme : une adaptation en comédie musicale du célèbre roman de Graham Greene, Travels With My Aunt. La tâche à été confiée au duo Stiles & Drewe, connu pour Honk!, Soho Cinders, The Three Little Pigs, Betty Blue Eyes et les chansons additionnelles de Mary Poppins.

La pièce qu’ils ont concoctée est curieuse, sans doute en bonne partie parce qu’il est difficile de résumer un roman manifestement riche en deux heures de théâtre. La psychologie de certains personnages apparaît du coup un peu simpliste et certaines résolutions ne semblent pas d’une logique imparable. Même si l’histoire fonctionne plutôt bien, on reste du coup un peu en manque au rayon émotion. D’autant que la partition de Drewe & Stiles part un peu dans tous les sens et semble chercher à divertir plus qu’à toucher.

Ces histoires qui se déroulent dans de nombreux lieux successifs, comme Candide ou Bounce, se heurtent toutes au fond au même obstacle : le temps manque pour faire émerger de manière satisfaisante le sens de chacune de ces étapes du voyage. Sans compter la contrainte importante que cela fait peser sur le concepteur du décor… sauf à se contenter, comme c’est le cas en l’occurrence, d’une curieuse boîte à tout faire et d’un escalier.

Les deux interprètes principaux, Patricia Hodge et Steven Pacey sont irrésistibles : leur talent suffit à effacer toute réserve qu’inspirerait par ailleurs la conception de la pièce. Le seul petit reproche, c’est qu’ils n’ont que dix ans d’écart (et qu’ils donnent l’impression d’avoir le même âge) alors que l’on découvre à la fin de la pièce qu’ils sont en réalité mère et fils.

Alors… Londres ou pas Londres ? Mes prévisions se réalisent rarement, mais je ne pense pas que la pièce ait le potentiel d’attirer suffisamment de spectateurs pour tenter l’aventure… sauf à parier sur la star quality des deux interprètes principaux. Et à agrandir un peu le décor.


“Mrs. Henderson Presents”

Noël Coward Theatre, Londres • 30.4.16 à 14h30
Musique : George Fenton & Simon Chamberlain. Lyrics : Don Black. Livret : Terry Johnson.

Mise en scène : Terry Johnson. Direction musicale : Barney Ashworth. Avec Tracie Bennett (Laura Henderson), Ian Bartholomew (Vivian Van Damm), Emma Williams (Maureen), Matthew Malthouse (Eddie), Jamie Foreman (Arthur), Samuel Holmes (Bertie), Robert Hands (Lord Cromer), Lizzy Connolly (Doris), Lauren Hood (Vera), Katie Bernstein (Peggy), …

Le spectacle dont j‘étais allé voir la création à Bath l’été dernier est arrivé à Londres, à peine retouché — la liste des chansons et la distribution sont quasiment identiques.

Le cocktail d’humour et d’émotion qui faisait le charme du film est préservé avec soin. On regrette que les auteurs aient jugé utile de réécrire totalement la partition, y compris les chansons originales, alors que la bande originale du film était un régal.

Cette version musicale réussit peut-être mieux encore que le film à rendre le joli personnage de Mrs. Henderson profondément émouvant : la façon dont elle aspire à vivre sa vie au maximum après avoir perdu son mari… et bien que hantée par la mort d’un fils tué très jeune à la guerre… la rend éminemment sympathique, ainsi que son refus de se laisser entraver par des préjugés idiots. La prestation de Tracie Bennett est devenue plus touchante encore depuis Bath. Alors que le rôle est forcément marqué par la prestation géniale de Judi Dench dans le film, Bennett s’approprie avec talent un rôle bien joliment écrit.

Aucune fausse note dans le reste de la distribution : la petite famille du Windmill Theatre charme le public par sa cohésion et son évidente générosité.


“Pump Boys and Dinettes”

Paper Mill Playhouse, Millburn (NJ) • 24.4.16 à 13h30
Conçu et écrit par John Foley, Mark Hardwick, Debra Monk, Cass Morgan, John Schimmel & Jim Wann

Mise en scène : John Foley. Direction musicale : John Foley. Avec James Barry (Jim), Gabe Bowling (Jackson), Julie Foldesi (Prudie Cupp), Jason Ostrowski (L. M.), Alysha Umphress (Rhetta Cupp), Sam Weber (Eddie).

J’étais heureux de voir enfin cette comédie musicale qui tint l’affiche à Broadway de février 1982 à juin 1983… d’autant que je me demandais ce qui pouvait bien tenir ensemble cette collection hétéroclite de chansons majoritairement country.

Eh bien, la réponse est simple : rien. Au-delà bien sûr du charme (considérable) des comédiens (ou plutôt des chanteurs) et de l’unité de lieu relative — tout se passe dans une station-service flanquée d’un diner au milieu de nulle part où d’ailleurs jamais le moindre client ne met le nez. Mais aucune histoire ne vient donner du relief aux personnages — le niveau zéro de l’écriture dramatique.

Le spectacle se résume donc à un concert de musique country — incluant d’ailleurs une ode à Dolly Parton. Autant dire qu’il m’a fallu beaucoup de bonne volonté pour résister. Heureusement, il n’y en a que pour une centaine de minutes tout compris. Et la distribution est éminemment charmante. On y retrouve notamment avec beaucoup de plaisir l’irrésistible Alysha Umphress, qui illuminait déjà de sa présence la récente et magnifique production de On the Town à Broadway.


“Tuck Everlasting”

Broadhurst Theatre, New York • 23.4.16 à 14h (preview / avant-première)
Musique : Chris Miller. Lyrics : Nathan Tysen. Livret : Claudia Shear & Tim Federle, d’après le roman de Natalie Babbit.

Mise en scène : Casey Nicholaw. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Sarah Charles Lewis (Winnie), Carolee Carmello (Mae Tuck), Andrew Keenan-Bolger (Jesse Tuck), Michael Park (Angus Tuck), Terrence Mann (Man in The Yellow Suit), Fred Applegate (Constable Joe), Robert Lenzi (Miles Tuck), Michael Wartella (Hugo), Valerie Wright (Mother), Pippa Pearthree (Nana), …

C’est Shuffle Along que je devais voir, mais l’annonce a été faite en fin de matinée qu’Audra McDonald n’assurerait pas la représentation… ce qui m’a conduit à changer mon fusil d’épaule.

Tuck Everlasting est un roman pour enfants de 1975, déjà adapté deux fois pour le cinéma, dont une fois par Disney en 2002. Cette adaptation en comédie musicale est en gestation depuis plusieurs années et a précédemment été présentée à Atlanta avant de tenter sa chance à Broadway.

La partition s’avère malheureusement assez générique et globalement assez peu originale. C’est dommage, parce que la mise en scène réussit, quant à elle, à créer un univers onirique à la douce sentimentalité. J’ai beaucoup aimé aussi l’épilogue dansé, particulièrement émouvant. (Mais combien Casey Nicholaw a-t-il mis en scène de spectacles actuellement à l’affiche à Broadway ? Je n’arrive pas à compter.)

La morale de l’histoire, assez proche de celle de Peter Pan, possède une réelle résonance dans notre monde contemporain. Difficile, du coup, de ne pas être touché par cette jolie fable d’immortalité.

On repère dans la salle un critique londonien bien connu, Mark Shenton… sans doute en compagnie de certains de ses confrères new-yorkais puisque les critiques sont généralement invités lors des quelques représentations qui précèdent la première officielle, prévue dans quelques jours.


“Hamilton”

Richard Rodgers Theatre, New York • 22.4.16 à 20h
Livret, musique & lyrics : Lin-Manuel Miranda, d’après le livre de Ron Chernow.

Mise en scène : Thomas Kail. Direction musicale : Alex Lacamoire. Avec Lin-Manuel Miranda (Alexander Hamilton), Phillipa Soo (Eliza Hamilton), Leslie Odom, Jr. (Aaron Burr), Renée Elise Goldsberry (Angelica Schuyler), Christopher Jackson (George Washington), Daveed Diggs (Marquis de Lafayette / Thomas Jefferson), Okieriete Onaodowan (Hercules Mulligan / James Madison), Anthony Ramos (John Laurens / Philip Hamilton), Jasmine Cephas Jones (Peggy Schuyler / Maria Reynolds), Rory O’Malley (King George), …

Ce spectacle, que j’avais vu pour la première fois en août 2015, est devenu depuis un phénomène. La représentation à laquelle j’assistais était la 300e… quelques jours après que Lin-Manuel Miranda s’était vu décerner un Pulitzer Prize pour la pièce… une distinction réservée à neuf comédies musicales seulement depuis 1932. Résultat : il est désormais impossible pour le commun des mortels de trouver des places.

Cette deuxième visite confirme le génie de Miranda… mais, alors que c’était l’impressionnant degré d’innovation formelle qui m’avait le plus frappé la première fois, c’est cette fois la profondeur de l’inspiration musicale qui m’a scotché. Même si la pièce est décrite comme une partition rap / hip-hop, elle mêle en réalité de très nombreux styles musicaux… et c’est peu dire que Miranda brille sur tous les registres.

La distribution est quasiment identique à celle de ma première visite… à l’exception notable du rôle du Roi George, désormais tenu par Rory O’Malley… avec autant de succès comique que son illustre prédécesseur, Jonathan Groff.

Du coup, je me suis précipité sur l’album du spectacle en sortant du théâtre. Je sens que je vais beaucoup l’écouter.


“Bar Mitzvah Boy”

Upstairs at the Gatehouse, Londres • 9.4.16 à 19h30
Musique : Jule Styne. Lyrics : Don Black. Livret : Jack Rosenthal, d’après sa pièce écrite pour la télévision, revisité par David Thompson.

Mise en scène : Stewart Nicholls. Avec Adam Bregman (Eliot Green), Lara Stubbs (Lesley), Nicholas Corre (Harold), Sue Kelvin (Rita Green), Robert Maskell (Victor Green), …

Je ne pensais pas que l’opportunité se présenterait un jour de voir cette rareté de Jule Styne, créée en 1978 dans le West End, où elle ne tint l’affiche que quelques semaines. L’œuvre fut présentée Off-Broadway en 1987 mais ne connut jamais les honneurs de Broadway.

La partition de Styne est charmante (comment pourrait-il en être autrement ?), mais le livret (l’histoire d’un jeune garçon qui a des états d’âme au moment de sa Bar Mitzvah) semble au fond bien maigre.

La représentation est agréable grâce à l’énergie d’une distribution qui n’hésite pas à grossir les traits caricaturaux des personnages de la famille juive typique… et surtout grâce à la belle prestation du jeune Adam Bregman, particulièrement impressionnant dans le rôle principal. Mais on n’est guère surpris que l’œuvre soit tombée dans les oubliettes de l’histoire de la comédie musicale.


“Sunset Boulevard”

English National Opera, Londres • 9.4.16 à 14h30
Musique : Andrew Lloyd Webber. Livret et lyrics : Don Black & Christopher Hampton, d’après le film de Billy Wilder.

Mise en scène : Lonny Price. Direction musicale : Michael Reed. Avec Glenn Close (Norma Desmond), Michael Xavier (Joe Gillis), Siobhan Dillon (Betty Shaefer), Fred Johanson (Max von Mayerling), Julian Forsyth (Cecil B de Mille), …

L’English National Opera a réussi un “coup” en programmant cette version semi-concertante de Sunset Boulevard, l’une des comédies musicales les plus réussies de Andrew Lloyd Webber, inspirée du film immortel de Billy Wilder. Le coup est d’autant plus spectaculaire que le rôle principal de Norma Desmond y est tenu par Glenn Close, qui reprend plus de 20 ans plus tard le rôle qu’elle a créé à Broadway en 1994 — un an après que Patti LuPone l’eut créé à Londres.

Glenn Close n’est plus toute jeune (elle a 69 ans), et la voix peine désormais un peu à affronter toutes les difficultés du rôle, même si le résultat reste honnête. Close reste une comédienne magnétique, et le public est instantanément conquis par son tempérament et sa passion.

Le séduisant Michael Xavier lui donne la réplique de manière compétente, mais je trouve que son charisme, autrefois considérable, a tendance à s’émousser depuis quelques années.

La mise en scène / mise en espace est bien pensée compte tenu des limitations évidentes du format d’une version concert. L’utilisation des lumières est particulièrement remarquable. La scène dans laquelle un opérateur lumière reconnaît Norma Desmond de retour dans les studios qui l’ont rendue célèbre, avec cette poursuite qui démarre dans la salle pour aller s’immobiliser sur la star étincelante, reste l’un des moments forts de la pièce.

On apprécie que la partition — l’une des meilleures de Lloyd Webber — soit interprétée par un effectif orchestral aussi significatif. L’expérience est globalement très réussie… et on se demande, du coup, si l’English National Opera pourrait envisager de renouveler l’expérience avec d’autres œuvres mythiques du répertoire.

Le public semble en tout cas au rendez-vous. Je n’avais jamais vu le Coliseum aussi plein : je ne sais pas si on joue à guichets fermés, mais ça y ressemble fort.


“Princess Caraboo”

Finborough Theatre, Londres • 3.4.16 à 15h
Musique : Phil Willmott & Mark Collins. Livret & lyrics : Phil Willmott.

Mise en scène : Phil Willmott. Directeur musical : Freddie Tapner. Avec Nikita Johal (Princess Caraboo), Christian James (Eddie Harvey), Phil Sealey (Sir Charles Worrall), Sarah Lawn (Lady Elizabeth Worrall), Oliver Stanley (Lord Marlborough), Joseph O’Malley (Osvaldo Agathias), …

Cette comédie musicale, qui avait initialement été commandée par le Bristol Old Vic, s’inspire d’une imposture qui se produisit réellement au début du 19e siècle. La soi-disant Princesse Caraboo, prétendument rescapée d’on ne sait quel royaume étrange et lointain, était en réalité une servante particulièrement bien versée dans l’art dramatique.

La pièce ne fut jamais créée, au premier chef pour des raisons budgétaires. Le minuscule Finborough Theatre lui permet de voir le jour… dans des conditions très éloignées de celles qui étaient envisagées originellement. Il a fallu réécrire en partie le livret, et la partition est interprétée par une poignée de musiciens seulement.

On imagine assez bien ce que les auteurs avaient en tête : une épopée historico-romantique appartenant à un genre fréquent sur les scènes de Londres et de Broadway il y a encore vingt ans… mais dont le souffle s’est progressivement éteint. Il n’est, du coup, pas si surprenant que Princess Caraboo ne soit jamais vraiment sortie des cartons, d’autant que la partition possède un côté vaguement générique qui la “date”, ou en tout cas qui date ses compositeurs.

Cela n’empêche nullement la production d’être plaisante, d’autant que la distribution y met beaucoup d’énergie positive. On imagine assez bien ce que l’œuvre aurait donné sur une plus grande scène. La représentation a fait remonter dans ma mémoire beaucoup de productions londoniennes des années 1990 et même 2000, comme par exemple l’inénarrable La Cava.


“Passion”

Théâtre du Châtelet, Paris • 23.3.16 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1994). Livret : James Lapine. D’après le fim d’Ettore Scola, Passione d’Amore, lui-même inspiré du roman Fosca, d’Iginio Ugo Tarchetti.

Mise en scène : Fanny Ardant. Orchestre Philharmonique de Radio-France, Andy Einhorn. Avec Ryan Silverman (Giorgio), Natalie Dessay (Fosca), Erica Spyres (Clara), Shea Owens (Colonel Ricci), Karl Haynes (Doctor Tambourri), …

Sans surprise, cette deuxième visite confirme l’exceptionnelle qualité de cette production, sans doute l’une des plus abouties de l’histoire récente du Châtelet. On trouve sur Internet une vidéo montrant Sondheim écraser une larme à la fin de la générale ; comme on le comprend.

Assis au premier rang du parterre, je me délecte tout particulièrement de la prestation subtile et crépusculaire de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France. L’entrée de Fosca, un solo de hautbois interprété avec une sensibilité extraordinaire, restera dans ma mémoire comme l’un des moments les plus saisissants d’une production quasiment parfaite.