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“Fiorello!”

East 13th Street Theater, New York • 25.9.16 à 14h
Musique : Jerry Bock. Lyrics : Sheldon Harnick. Livret : Jerome Weidman & George Abbott.

Mise en scène : Bob Moss. Direction musicale : Evan Zavada. Avec Austin Scott Lombardi (Fiorello), Rylan Morsbach (Ben Marino), Dan Cassin (Floyd), Matt McLean (Morris), Rebecca Brudner (Thea), Chelsea Cree Groen (Dora), Katie Birenboim (Marie), …

Bien que la pièce ait connu un gros succès à sa création en 1959 (au point de remporter le Pulitzer Prize… et d’écraser Gypsy aux Tony Awards), Fiorello! n’est quasiment jamais monté de nos jours… à part dans le cadre d’entreprises sans but lucratif comme la série des Encores.

Il faut dire que l’histoire du maire de New York Fiorello La Guardia, qui constitue la matière du livret, ne présente que peu de relief dramatique. Le récit linéaire ne prend jamais vraiment aux tripes, et seule la belle partition de Bock et Harnick fournit quelques moments de réel plaisir.

On est malgré tout reconnaissant à la troupe du Berkshire Theatre Group de nous permettre d’assister à une représentation d’une œuvre devenue quelque peu légendaire… dans une mise en scène joliment adaptée à la petite taille du théâtre.

Près de soixante ans plus tard, il est à peu près évident que le verdict des Tony Awards était déficient : Gypsy a cinquante fois plus le profil d’un chef d’œuvre durable que Fiorello!.


“Holiday Inn”

Studio 54, New York • 24.9.16 à 14h
Musique et lyrics : Irving Berlin. Livret : Gordon Greenberg et Chard Hodge.

Mise en scène : Gordon Greenberg. Avec Bryce Pinkham (Jim Hardy), Corbin Bleu (Ted Hannover), Lora Lee Gayer (Linda Mason), Megan Lawrence (Louise), Megan Sikora (Lila Dixon), …

Holiday Inn est un film de 1942 construit autour de chansons originales du génial Irving Berlin. C’est pour ce film que Berlin a composé l’immortelle “White Christmas”, qui n’était curieusement pas identifiée à l’origine comme le joyau de la partition.

Broadway avait déjà accueilli il y a huit ans une adaptation scénique de l’autre film musical “de Noël” construit autour de chansons d’Irving Berlin, White Christmas. Cette nouvelle adaptation était-elle nécessaire à l’époque de Hamilton ?

On en doute un peu.

Il y a, certes, les magnifiques chansons d’Irving Berlin, particulièrement bien orchestrées, avec notamment un “big band” de huit cuivres, souvent mis en avant et somptueusement sonorisé.

Mais cela n’empêche pas une impression de ringardise de s’installer progressivement, malgré l’opulence de certains numéros musicaux.

D’autant que, si Corbin Bleu peut prétendre rivaliser avec le charme de Fred Astaire, Bryce Pinkham n’a, lui, pas le charisme de Bing Crosby.

Le verdict est donc très partagé, plus sur l’opportunité de l’entreprise que sur la qualité de son exécution.


“Funny Girl”

Savoy Theatre, Londres • 10.9.16 à 19h30
Musique : Jule Styne. Lyrics : Bob Merrill. Livret : Isobel Lennart, révisé par Harvey Fierstein.

Mise en scène : Michael Mayer. Direction musicale : Theo Jamieson. Avec Sheridan Smith (Fanny Brice), Darius Campbell (Nick Arnstein), Joel Montague (Eddie Ryan), Marilyn Cutts (Mrs. Rose Brice), Valda Aviks (Mrs. Meeker), Gay Soper (Mrs. Strakosh), Bruce Montague (Florenz Ziegfeld), …

Reprise au Savoy Theatre, dans un décor quelque peu agrandi, de l’excellente production du Menier Chocolate Factory vue en février dernier. Sheridan Smith, qui a dû prendre plusieurs semaines de repos pour cause d’épuisement (sa remplaçante était semble-t-il sensationnelle), est désormais de retour, et elle continue à enthousiasmer le public grâce à un instinct comique relativement infaillible.

La distribution principale est strictement identique à celle de la création. On y retrouve notamment avec beaucoup de plaisir la Mrs. Brice de Marilyn Cutts, dont l’exubérance est contagieuse.

Contrairement à ce que je pensais, il ne circule pas de rumeur sur un éventuel voyage à Broadway. Il n’y a de toute façon aucun théâtre disponible pour de longs mois tant les projets en attente sont nombreux.


“Vanities”

Trafalgar Studios (Studio 2), Londres • 10.9.16 à 15h
Musique et Lyrics : David Kirshenbaum. Livret : Jack Heifner, d’après sa pièce.

Mise en scène : Racky Plews. Direction musicale : Tamara Saringer. Avec Lizzy Connolly (Joanne), Lauren Samuels (Mary), Ashleigh Gray (Kathy).

Vanities est à l’origine une pièce sur le destin de trois amies proches, du lycée à la vie adulte, qui met leur amitié à rude épreuve. Créée en 1976 (avec Kathy Bates dans l’un des trois rôles), elle connut un gros succès, avec quatre ans et demi de représentations pour la production originale.

L’idée d’adapter la pièce en comédie musicale est beaucoup plus récente. C’est David Kirshenbaum, le compositeur de la magnifique comédie musicale Summer of ’42, qui s’y est attelé, avec l’auteur de la pièce originale, Jack Heifner.

Le livret de la comédie musicale ajoute un chapitre à l’action de la pièce, qui ne comprenait initialement que trois actes, se déroulant respectivement en 1963, 1968 et 1974. Un épilogue, non daté mais dont on peut penser qu’il se déroule pendant les années 80, vient désormais boucler la boucle de manière plus satisfaisante.

La première production date de 2006, à Palo Alto. Une série de productions régionales étaient censées précéder un début à Broadway en 2009. Mais c’est finalement Off-Broadway que la version musicale de Vanities ouvrit ses portes en juillet 2009. C’est là que je l’ai découverte, au Second Stage Theatre.

Cette nouvelle production marque les début de Vanities à Londres. J’ai été beaucoup plus sensible aux charmes de la partition de Kirshenbaum que lors de ma première rencontre avec la pièce. D’autant que les chansons, parcourues par une belle inspiration mélodique, s’adaptent avec beaucoup d’inspiration aux différentes époques de l’action.

Peut-être ma différence d’appréciation tient-elle au fait que tout dans cette production londonienne est impeccable : l’interprétation irrésistible des trois comédiennes, le petit orchestre talentueux de cinq musiciens, la mise en scène sensible et pleine d’idées de Racky Plews… mais aussi le décor magnifique d’Andrew Riley (une merveille absolue compte tenu de la taille plus que réduite du théâtre) et les costumes tout aussi magnifiques du même Riley. Chaque costume parvient non seulement à évoquer parfaitement l’époque de chaque scène, mais aussi à enrichir la perception des personnages.

C’est du travail d’orfèvre, qui mériterait à n’en pas douter d’être vu dans un espace plus grand.


“Bumblescratch”

Adelphi Theatre, Londres • 4.9.16 à 18h
Livret, musique et lyrics : Robert J. Sherman.

Mise en scène : Stewart Nicholls. Direction musicale : Tom. Kelly. Avec Darren Day (Melbourne Bumblescratch), Jessica Martin (Bethesda), Michael Xavier (Hookbeard), Ilan Galkoff (Perry), Jacob Chapman (Socrates), …

Robert J. Sherman est le fils de Robert B. Sherman, auteur, avec son frère RIchard M. Sherman, de quelques unes des partitions les plus inoubliables des studios Disney, de Mary Poppins aux Aristochats (sans oublier la redoutable chanson “It‘s a Small World (After All)”).

C’est au bénéfice d’une œuvre de charité qu’est représentée, pour un soir seulement, une comédie musicale originale dont il est l’auteur, le compositeur et le parolier : Bumblescratch, dont la plupart des protagonistes sont des rats pendant la Grande Peste de 1665 à Londres… et qui se termine en 1666, au moment du Grand Incendie.

C’est une bien curieuse histoire, filandreuse et peu économe… que l’on imaginerait mieux en scénario de dessin animé qu’en livret de comédie musicale (quelques dessins sont d’ailleurs projetés en fond de scène en guise de décor et/ou de mise en contexte). L’abondance d’intrigue se double d’une abondance de musique : pas loin de 40 numéros musicaux listés dans le programme ! Il y en aurait pour deux ou trois spectacles, sans problème.

Robert J. Sherman est le digne héritier de la veine mélodique qui fait la réputation de la famille. La partition, pleine de verve et de couleur, s’écoute avec d’autant plus de plaisir qu’elle est interprétée ici sur scène par des musiciens très talentueux.

L’interprétation est d’autant plus remarquable que les comédiens ont tout appris par cœur… un exploit concernant les deux rôles les plus consistants : celui de Bumblescratch, interprété avec une générosité irrésistible par le talentueux Darren Day (qui serait parfait en Kipps dans Half a Sixpence !) et celui du jeune Perry, dans lequel Ilan Galkoff fait un tabac mérité — l’époque où les enfants comédiens me donnaient systématiquement des boutons est bel et bien révolue.

Je ne pense pas que l’on entende de sitôt parler d’une vraie production de Bumblescratch, ou alors dans une version largement retravaillée et très allégée… mais j’achèterai sans hésiter le CD prévu en fin d’année.


“Half a Sixpence”

Festival Theatre, Chichester • 3.9.16 à 19h30
Musique et lyrics : David Heneker. Livret original : Beverley Cross, d’après Kipps de H. G. Wells. Nouveau livret : Julian Fellowes. Nouvelles chansons : George Stiles et Anthony Drewe.

Mise en scène : Rachel Kavanaugh. Direction musicale : Graham Hurman. Avec Charlie Stemp (Kipps), Devon-Elise Johnson (Ann Pornick), Emma Williams (Helen Walsingham), Ian Bartholomew (Chitterlow), John Conroy (Shalford), …

J'avais dit un mot de cette comédie musicale typiquement anglaise de 1963 lorsque j’en avais vu une production en tournée à Brighton en octobre 2007. Inspirée du “roman social” Kipps de H.G. Wells, une parabole sur l’ambiguïté du lien entre richesse et classe sociale, elle avait été initialement façonnée autour des talents de Tommy Steele, un “performer” anglais immensément charismatique, alors au sommet de sa gloire.

Partant du principe que l’œuvre originale n’avait plus de potentiel commercial, Cameron Mackintosh a commandé un nouveau livret à Julian Fellowes (connu pour Downton Abbey) et de nouvelles chansons au célèbre duo Stiles & Drewe, déjà auteurs des chansons additionnelles de Mary Poppins. L’un des objectifs affichés était de rendre le spectacle moins dépendant de la personnalité de l’interprète du rôle principal.

Une telle entreprise me rend sceptique pour deux raisons.

D’une part pour une question de principe. Je ne suis pas sûr d’approuver une démarche consistant à déchiqueter une œuvre pour en redistribuer les chansons autour d’un livret remanié en les complétant de chansons supplémentaires. Pourquoi ne pas écrire simplement une nouvelle adaptation ? Le cas de Mary Poppins était différent : le film d’origine ne pouvait pas être transposé à la scène sans un travail d’écriture. Dans le cas de Half a Sixpence, le résultat est un curieux gloubi-boulga pas très digeste.

D’autre part pour une question de réalisme. Half a SIxpence est l’histoire d’un personnage singulier, Kipps. Dans la version originale comme dans la version remaniée, Kipps est dans toutes les scènes, ou presque. Il n’est pas réaliste de vouloir rendre le spectacle indépendant de la personnalité du comédien qui l’interprète.

Et c’est d’ailleurs là que le bât blesse le plus, car le comédien qui interprète le rôle principal, Charlie Stemp, a le charisme d’un papier gras balloté par le vent. Certes, il est jeune, mignon et très bon danseur… mais il ne possède pas cette star quality qui fait converger tous les regards vers les comédiens réellement charismatiques. La comparaison avec d’autres comédiens présents sur scène est d’ailleurs cruelle, en particulier avec Ian Bartholomew, qui ne fait qu’une bouchée du rôle de Chitterlow, l’homme de théâtre orgueilleux et excentrique… ou même avec John Conroy, qui s’impose plus avec le petit rôle de Shalford que Kemp ne le fait pendant toute la pièce.

La pièce, du coup, est très inégale. Le premier acte ne fonctionne guère, d’autant que les nouvelles chansons de Stiles & Drewe n’y arrivent pas à la cheville des chansons originales de David Heneker. Heureusement, les choses s’améliorent dans le deuxième acte, en particulier parce que l’une des nouvelles chansons, “Pick Out a Simple Tune”, y fait un tabac justifié, juste après que Ian Bartholomew a fait un malheur avec l’une des chansons originales, “The One Who’s Run Away”.

Joli décor de Paul Brown, chorégraphies inventives et dynamiques d’Andrew Wright, orchestrations un peu légères bien que signées de l’excellent William David Brohn. C’est un spectacle avec des hauts et des bas, dont un transfert dans le West End a d’ores et déjà été annoncé.


“Children of Eden”

Union Theatre, Londres • 28.8.16 à 14h30
Musique et lyrics : Stephen Schwartz. Livret : John Caird.

Mise en scène : Christian Durham. Direction musicale : Inga Davis-Rutter. Avec Joey Dexter (Father), Stephen Barry (Adam / Noah), Natasha O’Brien (Eve / Mama Noah), Guy Woolf (Cain / Japheth), Daniel Miles (Abel / Ham), Kris Marc Joseph (Seth / Shem), Samantha Giffard (Aysha), Susie Chaytow (Aphra), Nikita Johal (Yonah), Gabriel Mokake (Storyteller / Snake), Verity Burgess (Storyteller).

CofedenChildren of Eden fait partie de ces oeuvres de la "première période" de Stephen Schwartz pour lesquelles j'ai une tendresse particulière. Le livret, inspiré de la Bible, n'est pas dénué d'humour ; la partition, riche est inspirée, dénote un réel talent pour la mélodie. La pièce supporte aussi bien les petites productions intimistes, comme celle que j'avais vue au Landor Theatre en 2000, que le déploiement de moyens plus conséquents, comme à l'occasion de la version concert de janvier 2012.

Le petit Union Theatre, qui vient de prendre ses quartiers dans de nouveaux locaux -- toujours sous les voies ferrées -- en propose une petite production très professionnelle et hautement plaisante. Le concept de mise en scène, qui repose sur quelques codes vestimentaires simples, est excellent. Les jeunes comédiens n'ont pas tous le même charisme mais certains, comme Natasha O'Brien ou Joey Dexter, sont hautement séduisants. Les arrangements pour le petit ensemble de quatre musiciens sont exquis. On ressort sous le charme.


“Exposure the Musical”

St. James Theatre, Londres • 27.8.16 à 19h30
Musique, livret et lyrics : Mike Dyer

Mise en scène : Phil Willmott. Direction musicale : Mark Collins. Avec David Albury (Jimmy), Natalie Anderson (Tara), Michael Greco (Miles Mason), Kurt Kansley (Jimmy’s Father), Niamh Perry (Pandora / Pride), …

ExposureUn journaliste photo animé d'une conscience sociale se confronte à la perversité du monde moderne : un thème qui aurait pu être prometteur donne naissance à une pièce sans queue ni tête, qui ressemble plus à un premier brouillon qu'à une oeuvre aboutie. Le mélange indigeste de bien-pensance et de clichés (sans jeu de mot), l'absence d'une réelle ossature dramatique, des lyrics indignes d'une production professionnelle... m'ont conduit à quitter le théâtre à l'entracte.

Même le titre, qui mélange référence photographique et l'expression d'une volonté de dénoncer ("expose") les péchés du monde, est déroutant de candeur mal placée. On passe sans regret.


“Allegro”

Southwark Playhouse, Londres • 27.8.16 à 15h
Musique : Richard Rodgers (1947). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Dean Austin. Avec Gary Tushaw (Joseph Taylor, Jr.), Steve Watts (Joseph Taylor, Sr.), Julia J. Nagle (Marjorie Taylor), Susan Travers (Grandma Taylor), Emily Bull (Jennie Brinker), Dylan Turner (Charlie Townsend), Cassandra McCowan (Molly), Katie Bernstein (Emily), …

AllegroJ'avais déjà décrit ce flop mythique de Rodgers & Hammerstein lorsque la Classic Stage Company en a présenté une version quelque peu condensée à New York en novembre 2014. C'est cette fois à Londres qu'est présentée une version un peu plus proche de l'original, sous l'égide du spécialiste des petits espaces, Thom Southerland.

Allegro est une oeuvre pleine de contrastes puisqu'elle déploie des procédés narratifs conceptuels (notamment l'utilisation d'un "chœur grec") au service d'une histoire parfaitement linéaire, celle de Joseph Taylor, Jr., le fils d'un médecin de campagne, que le livret suit depuis sa naissance, en insistant sur les choix successifs qui se présentent à lui au cours de sa vie. Southerland choisit un décor minimaliste à base d'échelles et d'un échafaudage sur roulettes, complété par quelques rares éléments de mobilier... avec une configuration scénique -- un long rectangle entre deux gradins qui se font face -- que je n'aime pas beaucoup mais qui fonctionne plutôt bien en l'occurrence.

Si le livret manque quelque peu de relief, la partition est un véritable bijou. Cette production, qui s'appuie sur d'excellents chanteurs, lui rend particulièrement bien justice. Le plaisir qu'on en retire est assez semblable à celui provoqué par le CD enregistré récemment par une jolie brochette de stars de Broadway. 


“West Side Story”

Felsenreitschule, Salzbourg . 20.8.16 à 19h30
Musique : Leonard Bernstein (1957). Lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Arthur Laurents.

Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela, Gustavo Dudamel. Mise en scène : Philip McKinley. Avec Cecilia Bartoli (Maria “vieille”), Michelle Veintimilla (Maria “jeune”), Norman Reinhardt (Tony), Karen Olivo (Anita), Dan Burton (Riff), George Akram (Bernardo), …

WssLe vénérable Festival de Salzbourg pénètre dans un territoire nouveau en mettant à l'affiche une comédie musicale. Certes, pas n'importe quelle comédie musicale : West Side Story, peut-être le chef d'oeuvre de Leonard Bernstein, d'ailleurs déjà enregistré par des chanteurs d'opéra. 

On imagine que c'est pour Cecilia Bartoli que le Festival a accepté cette aventure. Sans doute désireuse de chanter le rôle de Maria, Bartoli n'a pas pour autant poussé l'audace jusqu'à jouer le rôle. (Certes, Maria est une adolescente et Bartoli a 50 ans, mais les scènes d'opéra en ont vu d'autres.) Du coup, la mise en scène a été conçue de telle sorte que Maria "vieille" vive la pièce comme un flashback dans lequel une autre comédienne joue Maria "jeune". Mais c'est Maria "vieille" qui chante les chansons... à distance... tandis que Maria "jeune" continue à jouer la scène.

Il y a des moments où ce procédé fonctionne... et d'autres où il est risible, surtout quand Maria "jeune" est réduite à jouer la pantomime pour justifier que Tony ou d'autres personnages s’adressent à elle alors que ce n'est pas elle qui chante. Cela rappelle ces remplacements de dernière minute à l'opéra, où un chanteur qui n'a pas répété la mise en scène chante depuis la coulisse tandis qu'un figurant joue le rôle silencieusement sur scène. Ce procédé de flashback présente deux autres défauts substantiels : d'une part, il incorpore dans les souvenirs de Maria des scènes dans lesquelles elle n'était pas présente... et il faut donc accepter l'idée qu'elle en a eu connaissance postérieurement au dénouement ; d'autre part, il imagine une fin ridicule permettant de donner une sortie spectaculaire à Cecilia Bartoli.

Le coup de génie, en revanche, c'est d'avoir mis dans la fosse le somptueux orchestre Simón Bolívar, parfaitement à l'aise dans les styles musicaux de la partition et expertement dirigé par Gustavo Dudamel, dont le seul défaut est peut-être d'adopter des tempi un peu lents... sans doute pour ne pas bousculer les chanteurs... et pour tenir compte de l'acoustique très réverbérante du lieu, gigantesque, dans lequel la sonorisation est un exercice périlleux. Mais quand l'orchestre reprend le Mambo en se lâchant complètement après les saluts, c'est l'extase !

Pour le reste, la production supervisée par Philip McKinley (dont le nom reste attaché au souvenir de la comédie musicale Spider-Man, Turn Off the Dark) est très professionnelle. Norman Reinhardt campe un Tony capable de tenir tête vocalement à Bartoli de manière crédible. Karen Olivo est magnifique en Anita. Et on retrouve Dan Burton (le Don Lockwood du Singin' in the Rain du Châtelet) dans le rôle de Riff. Les lumières de Patrick Woodroffe mettent superbement en valeur l’imposant décor de George Tsypin. Mention spéciale pour la chorégraphie originale de Liam Steel, qui parvient à créer un langage original sans singer le travail légendaire du génial Jerome Robbins.


“La Poupée sanglante”

Théâtre de la Huchette, Paris . 18.8.16 à 21h
Musique : Didier Bailly. Paroles : Éric Chantelauze, d’après l’œuvre de Gaston Leroux

Mise en scène : Éric Chantelauze. Avec Charlotte Ruby, Didier Bailly, Alexandre Jérôme, Édouard Thiebaut.

PoupéeCe n'est pas la première fois qu'un roman de Gaston Leroux est adapté en comédie musicale : son Fantôme de l'Opéra a en effet donné naissance à l'un des plus gros succès de l'histoire de la comédie musicale, que l'on verra très prochainement à Paris en version française.

Les auteurs de cette petite comédie musicale de 90 minutes se sont basés, eux, sur deux romans de Leroux : La Poupée sanglante et La Machine à assassiner, publiés initialement sous forme de feuilleton dans un quotidien, comme d'ailleurs Le Fantôme de l'Opéra. On y retrouve le goût de Leroux pour un fantastique mâtiné de science-fiction, combiné à un style d'écriture assez recherché. Les deux histoires ont d’ailleurs des points communs : outre le fait que les deux héroïnes s'appellent Christine, l'un des personnages principaux de La Poupée, Benedict Masson, partage des traits singuliers avec le Fantôme — la laideur, l'emballement romantique refoulé, ...

J’avais beaucoup aimé l’une des précédentes collaborations de Bailly et Chantelauze, La Guinguette a rouvert ses volets. Cette nouvelle pièce montre à nouveau une réelle qualité d’écriture et une compréhension réjouissante des ressorts du théâtre musical.

Il n'y a de la place que pour trois comédiens et un piano sur la minuscule scène du Théâtre de la Huchette, connu mondialement pour sa fidélité aux deux pièces de Ionesco qui y sont jouées continûment depuis bientôt 60 ans. Les auteurs ont, remarquablement, réussi à condenser les deux romans en en conservant l'essentiel des péripéties et des personnages — avec néanmoins quelques raccourcis un peu plus significatifs dans la deuxième moitié de La Machine à assassiner. Mais ils l'ont fait en donnant une homogénéité de ton qui n'est pas toujours présente dans l'oeuvre originale, dont le point de vue et le style varient fréquemment — sans doute un résultat de l'écriture feuilletonesque.

À part quelques rares choix narratifs discutables, on ne peut qu'applaudir : la partition est absolument charmante et les comédiens donnent vie de manière remarquable à la galerie de personnages imaginés par Leroux, à l'exception peut-être de la Marquise de Coulteray, traitée comme un personnage à la limite du ridicule alors qu'elle a toutes les caractéristiques de l'héroïne tragique.

On ne croise qu’exceptionnellement cette qualité d’écriture en France. Bravo aux auteurs et aux interprètes.


“War Paint”

Goodman Theatre, Chicago • 6.8.16 à 20h
Musique : Scott Frankel. Lyrics : Michael Korie. Livret : Doug Wright.

Mise en scène : Michael Greif. Avec Patti LuPone (Helena Rubinstein), Christine Ebersole (Elizabeth Arden), John Dossett (Tommy Lewis), Douglas Sills (Harry Fleming), …

WarpaintPremière mondiale d’une nouvelle comédie musicale supposée ouvrir ses portes à Broadway en 2017. Le sujet en est la rivalité légendaire entre les deux géantes de la cosmétique féminine, Elizabeth Arden et Helena Rubinstein, des années 1930 aux années 1960. Ces deux femmes que tout séparait (Arden était issue de la haute société dite “anglo-saxonne”, Rubinstein était une immigrée d’Europe de l’est) ont en effet bâti deux empires ennemis sur les mêmes fondements : des produits présentés comme des enseignements de la science, beaucoup de marketing et de publicité, …

Et c’est là que le bât dramatique de la pièce blesse quelque peu… car il n’y a au fond pas grand’ chose qui oppose réellement les deux personnages, à part leurs origines. Dans son temps libre, Arden élevait des chevaux. Rubinstein fréquentait les artistes contemporains. Cela ne crée pas un fossé tel qu’il puisse constituer le nœud d’une pièce. Le dénouement, du coup, tombe un peu à plat… d’autant qu’il est tellement prévisible qu’on aurait presque envie d’être surpris par un rebondissement inattendu.

Cela n’empêche pas la pièce d’être écrite avec talent. La partition de Frankel & Korie (Grey Gardens, Happiness, Far From Heaven) est de qualité, même si elle soutient mieux l’attention dans le premier acte que dans le deuxième, moins réussi.

Mais c’est surtout pour sa distribution que l’on vient voir la pièce. Il fallait deux monstres sacrés de la scène pour interpréter des personnages aussi hauts en couleur. C’est le cas avec Patti LuPone et Christine Ebersole, deux comédiennes immensément charismatiques dont les contrastes physiques sont idéaux. LuPone, dont l’élocution n’a jamais été le point fort, n’est malheureusement pas toujours compréhensible, d’autant qu’elle utilise un curieux accent qui semble un croisement entre celui d’Evita et celui de Lucia (dans Women on the Verge of a Nervous Breakdown).

Arden et Rubinstein avaient chacune un collaborateur de l’ombre qui travaillait à développer leur marque. À en croire le livret, chacune a perdu le sien au profit de sa rivale — curieux croisement. Les deux comédiens qui interprètent les rôles, John Dossett et Douglas Sills, sont eux aussi très attachants.

Faut-il pour autant penser que War Paint possède ses chances à Broadway ? L’avenir nous le dira — j’ai cessé de formuler tout pronostic sur ces sujets.


“Jesus Christ Superstar”

Regent’s Park Open Air Theatre, Londres • 30.7.16 à 19h45
Musique : Andrew Lloyd Webber. Lyrics : Tim Rice.

Mise en scène : Timothy Sheader. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : Tom Deering. Avec Declan Bennett (Jesus), Tyrone Huntley (Judas), Anoushka Lucas (Mary), David Thaxton (Pilate), Peter Caulfield (Herod), Cavin Cornwall (Caiaphas), Sean Kingsley (Annas), Phil King (Peter), …

Jesus Christ Superstar, l’une des œuvres de jeunesse d’Andrew Lloyd Webber, est aussi l’une de ses plus endurantes. En effet, la partition, qui fait la place belle aux guitares électriques, est assez inspirée ; et le livret, bien qu’inspiré par la Passion du Christ, possède un caractère quelque peu générique qui en explique sans doute la longévité.

La pièce n’en est pas pour autant à l’épreuve des balles. Pour preuve, cette production de l’Open Air Theatre, qui manque cruellement d’un parti pris de mise en scène. Monté comme un concert autour d’une figure de gourou dans un décor sans âme, Jesus Christ Superstar apparaît comme une abstraction sans intérêt, servie par des comédiens à l’air suffisant. Le Jésus de Declan Bennett a par ailleurs la voix tellement fatiguée que ses aigus ne sortent qu’au prix d’efforts importants… quand ils sortent. Seul le Judas de Tyrone Huntley essaie de jouer quelque peu son rôle, mais il ne peut pas faire le travail tout seul.

L’orchestre est loin de rendre justice à la nervosité inspirée de la partition (les cuivres étaient particulièrement peu en forme pendant l’ouverture) ; et la chorégraphie de Drew McOnie est, pour une fois, relativement insipide, comme volée en partie à une classe d’aérobic, avec un motif récurrent (la main devant le visage) particulièrement agaçant.

Je suis, du coup, parti à l’entracte… histoire de profiter un peu de cette belle soirée d’été.


“Groundhog Day”

Old Vic, Londres • 30.7.16 à 14h30
Musique & lyrics : Tim Minchin. Livret : Danny Rubin, d’après le film du même nom.

Mise en scène : Matthew Warchus. Chorégraphie : Peter Darling. Direction musicale : Alan Berry. Avec Andy Karl (Phil Connors), Carlyss Peer (Rita Hanson), …

L’idée de transformer ce célèbre film de 1993 en comédie musicale n’est pas nouvelle. À une époque, Stephen Sondheim la citait parmi ses projets. Mais c’est l’équipe derrière le succès international de Matilda qui s’y est finalement attelée, cette création mondiale à Londres étant présentée comme un éventuel tremplin avant un transfert à Broadway.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la distribution est menée par le talentueux Andy Karl, un acteur américain dont les deux derniers grands rôles à Broadway furent dans Rocky et dans On the Twentieth Century.

La pièce, dont j’ai vu les dix premières minutes sur un moniteur dans le hall du théâtre pour cause de retard, est une sacrée réussite. Elle parvient non seulement à capter avec subtilité l’essence comique du film (que j’avais découvert la veille), mais elle choisit avec soin les angles qu’un traitement scénique permet de traiter différemment ou en en modifiant le point de vue.

Évidemment, les chansons sont écrites dans le style inimitable de Tim Minchin. Elles sont donc empreintes d’un humour décalé, où les blagues potaches et les allusions sexuelles sont foison. J’ai trouvé tout ça parfaitement dans le ton… et les réactions du public semblaient traduire une adhésion complète. On peut néanmoins s’interroger sur l’accueil que réserverait un public américain, naturellement plus puritain, à ce type d’humour ; c’est peut-être la raison pour laquelle le co-producteur américain de la pièce, Scott Rudin, a claqué la porte de l’aventure il y a quelques semaines.

La pièce fonctionne aussi en bonne partie grâce à la prestation stellaire d’Andy Karl, qui est sur scène presque en permanence et dont le talent comique, déjà évident dans On the Twentieth Century, est particulièrement réjouissant. La quantité de choses que Karl doit mémoriser, que ce soit ses répliques ou ses mouvements permanents sur scène, dont certains pas simples du tout, est stupéfiante. Mais il faut citer aussi la prestation de la troupe, qui joue avec talent et entrain un nombre incalculable de rôles.

Le décor de Rob Howell mérite également une mention spéciale, ainsi que la mise en scène inventive de Matthew Warchus, qui enchaîne les trouvailles visuelles et les idées créatives pour gérer les changements de lieu permanents, ainsi que les nombreuses boucles temporelles qui caractérisent l’intrigue.

C’est vraiment une très belle réussite, et je serai curieux de voir quel succès les scènes internationales vont réserver à cette nouveauté originale et inspirée.


“Sugar”

Thunerseespiele, Thoune • 23.7.16 à 20h30
Musique : Jule Styne. Lyrics : Bob Merrill. Livret : Peter Stone, d’après le film Some Like It Hot de Billy Wilder. Adaptation en allemand : Peter Ensikat.

Mise en scène : Werner Bauer. Direction musicale : Iwan Wassilevski. Avec Franz Frickel (Jerry / Daphne), Maximilian Mann (Joe / Josephine), Marie-Anjes Lumpp (Sugar Kane), Walter Andreas Müller (Sir Osgood Fielding III), Lada Wongpeng (Sweet Sue), …

Quelle chance ! La scène lacustre de Thoune propose cette année une comédie musicale injustement négligée du répertoire : Sugar, inspirée du film Some Like It Hot. Cette comédie musicale, créée à Broadway en avril 1972, est sans doute arrivée au mauvais moment. Un coup d’œil à la liste des comédies musicales qui se jouaient en même temps sur un Playbill de mai 1972 laisse rêveur : A Funny Thing Happened on the Way to the Forum, Follies, Fiddler on the Roof, Hair, Grease, Applause, Jesus Christ Superstar, Two Gentlemen of Verona, …

Malgré son irrésistible partition de Jule Styne, Sugar ne refait que rarement surface… sauf dans les pays de langue allemande, sans doute parce que le film de Billy Wilder était lui-même basé sur un film allemand de 1951, Fanfaren der Liebe (qui était lui-même le remake d’un film français de 1935, Fanfare d’amour). Je garde un souvenir ému de la belle production en langue française vue à Liège fin 2003.

Cette production suisse parvient à préserver le principal atout de la comédie musicale : la beauté de sa partition, orchestrée de manière irrésistible par le génial Philip J. Lang. L’ouverture est un petit bijou, presque aussi somptueuse que celle de Gypsy (elle y fait d’ailleurs référence à travers les traits de flûte). Je l’écoutais en boucle en arrivant au théâtre ; la prestation de l’orchestre local résiste tout à fait à la comparaison — le trompettiste solo est particulièrement excellent.

Deux chansons d’autres auteurs ont été interpolées dans la partition : “I Can’t Give You Anything But Love, Baby” et, de manière peu surprenante, “I Wanna Be Loved By You”, la chanson interprétée par Marilyn Monroe dans Some Like It Hot.

Comme d’habitude, la production est soignée et la distribution possède de réelles qualités. On est surtout soulagé que la pluie ne vienne pas interrompre la représentation alors que des orages violents étaient prévus. Et c’est dans un vrai bateau que les quatre personnages principaux embarquent à la fin avant que ne soit prononcée l’une des plus célèbres répliques de l’histoire du cinéma : “Nobody’s perfect.”


“I’m Getting My Act Together and Taking It on the Road”

Jermyn Street Theatre, Londres • 17.7.16 à 15h
Musique : Nancy Ford. Book & lyrics : Gretchen Cryer.

Mise en scène : Matthew Gould. Direction musicale : Nick Barstow. Avec Landi Oshinowo (Heather Jones), Nicolas Colicos (Joe Epstein), …

Cette comédie musicale à connotation féministe a connu un très gros succès Off-Broadway, au Public Theatre, à la fin des années 1970. Il faut dire que la partition en est vraiment attrayante, au point que certaines chansons comme “Old Friend” ont été intégrées à des récitals ou des spectacles de cabaret.

Le minuscule Jermyn Theatre en propose, comme à son habitude, une production extrêmement léchée. On est immédiatement séduit par le charme solaire de Landi Oshinowo, qui incarne avec un talent considérable le rôle central de Heather. Dommage que la panne d’une des guitares électriques prive le public d’une partie des arrangements musicaux.

On remarque au moins un ajout (sans intérêt) dans le texte au tout début de la pièce par rapport à la version publiée, mais aucune tentative pour “actualiser” le texte. Les costumes et le décor évoquent d’ailleurs sans vergogne les années 1970. Pour autant, la pièce n’a rien perdu de son mordant, ce qui en confirme la valeur.


“The Stripper”

St. James Theatre (Studio), Londres • 16.7.16 à 20h30
Musique : Richard Hartley. Lyrics : Richard O’Brien. Livret : Richard O’Brien, d’après un roman de Carter Brown.

Mise en scène : Benji Sperring. Direction musicale : Alex Beetschen. Avec Sebastian Torkia (Al Wheeler), Gloria Onitri (Dolores Keller / Patty Keller), Marc Pickering (Harvey Stern / Miles Rovak / Sheriff Lavers), Hannah Grover (Sarah Arkwright / Sherry Mendez / Annabelle), Michael Steedon (Jacob Arkwright / Steve Loomas / Doc Murphy).

Une dizaine d’années après The Rocky Horror Show, Richard O’Brien continuait à s’intéresser aux films de série B et à la pulp fiction. Il décida d’adapter à la scène l’un des romans de Carter Brown, l’un des nombreux pseudonymes d’un auteur anglais installé en Australie, Alan Geoffrey Yates. Il proposa à l’un de ses complices du Rocky Horror Show, Richard Hartley, d’écrire la musique… et c’est ainsi que The Stripper vit le jour, à Sydney, en 1982.

Il faut assumer de remonter aujourd'hui une œuvre au parti pris stylistique aussi daté : le policier sexiste, la secrétaire aguicheuse, la strip-teaseuse trouble dans un bar enfumé, … d’autant que O’Brien en a rajouté dans la veine sans complexe du Rocky Horror Show : une chanson parle d’érection, une autre… d’éjaculation. Si l’on prend comme référence le traitement magistral qu’un Quentin Tarantino a réservé à un sujet comparable dans Pulp Fiction, il ne fait pas de doute qu’O’Brien n’a pas été visité par la même muse.

Il n’en reste pas moins que The Stripper se laisse regarder (entre deux grincements de dents), d’une part grâce à la partition assez réussie de Richard Hartley, très joliment interprétée ici par un petit orchestre de cinq musiciens (dont un trompettiste vraiment remarquable)… et à l’interprétation d’une petite troupe attachante.

Gloria Onitri (qui tenait le rôle-vedette de The Bodyguard à certaines représentations) incarne avec bonheur la strip-teaseuse éponyme — elle fait très forte impression dans sa chanson finale, “Planning My Big Exit”. Le talentueux Sebastian Torkia, que j’ai vu dans un grand nombre de rôles, s’acquitte très correctement du rôle central et délicat du lieutenant Al Wheeler, qui se transforme régulièrement en narrateur… mais on est surtout impressionné par les trois comédiens qui interprètent à eux seuls les neuf autres rôles : leur instinct comique fait beaucoup pour contrebalancer les aspects les plus discutables du spectacle.


“Kinky Boots”

Adelphi Theatre, Londres • 16.7.16 à 14h30
Musique & lyrics : Cyndi Lauper. Livret : Harvey Fierstein.

Mise en scène : Jerry Mitchell. Direction musicale : Peter White. Avec Paul Ayres (Charlie Price [understudy / remplaçant]), Callum Francis (Lola [understudy / remplaçant]), Amy Lennox (Lauren), Amy Ross (Nicola), Jamie Baughan (Don), Michael Hobbs (George), …

J’ai vu ce spectacle à ses débuts à New York, où il est toujours à l’affiche, en mai 2013. Une production londonienne a également ouvert ses portes à la rentrée 2015, et je n’avais pas encore pris le temps de la voir. Bien que les auteurs de la comédie musicale soient américains, c’est, d’une certaine façon, un retour aux sources puisque l’histoire est basée sur un film anglais.

L’intrigue est à la fois simple et quelque peu capillotractée : une vénérable usine de chaussures de Northampton, au bord de la faillite, ne doit son salut qu’à une reconversion in extremis en direction d’un marché de niche : celui des drag queens. C’est une belle histoire humaine malgré ses invraisemblances — le personnage de Charlie, notamment, est affûblé d’une psychologie quelque peu incohérente à mon sens.

Si j’avais vu la production new-yorkaise avec ses deux stars, Stark Sands et Billy Porter, ce sont deux remplaçants qui officient en ce samedi après-midi à Londres. Je ne connais pas du tout les comédiens qu’ils remplacent, mais dire qu’ils sont excellents ne leur rend qu’imparfaitement justice. Dans le rôle de Lola, le jeune Callum Francis (dont la bio ne fait que quelques lignes) est tout simplement magnifique. Je ne dois pas être le seul à le penser puisqu’il vient d’être choisi pour mener la distribution de la production australienne, qui ouvrira ses portes à Melbourne à l’automne.

La partition de Cindy Lauper réussit le double exploit d’être efficace sur le plan dramatique et d’être plus qu’entraînante. Cette combinaison est redoutablement efficace… et l’on est d’autant plus facilement submergé par l’émotion que cette distribution londonienne déborde d’une énergie communicative.


“Charlie and the Chocolate Factory”

Theatre Royal Drury Lane, Londres • 15.7.16 à 19h30
Musique : Marc Shaiman. Lyrics : Scott Wittman & Marc Shaiman. Livret : David Greig, d’après le roman de Roald Dahl.

Mise en scène : Sam Mendes. Direction musicale : Toby Higgins. Avec Jonathan Slinger (Willy Wonka), Barry James (Grandpa Joe), Claire Carrie (Grandma Josephine), Myra Sands (Grandma Georgina), Kraig Thornber (Grandpa George), Josefina Gabrielle (Mrs. Teavee), Jasna Ivir (Mrs. Gloop), Ross Dawes (Mr. Salt), Paul J. Medford (Mr. Beauregarde), Lara Denning (Mrs. Bucket), Chris Grahamson (Mr. Bucket), …

Cela fait maintenant trois ans que ce spectacle est installé dans l’un des plus grands théâtres de Londres. Il fermera ses portes début 2017 avant de traverser l’Atlantique pour s’installer à New York, où les représentations commenceront quelques semaines plus tard (sous l’égide d’un nouveau metteur en scène et d’un nouveau chorégraphe, ce qui est assez surprenant).

J’en avais vu une avant-première, encore marquée par quelques problèmes techniques, en juin 2013. Aussi étais-je curieux de revoir la pièce maintenant qu’elle est bien rodée. D’autant qu’une pièce importante du décor, le fameux ascenseur de verre de Willy Wonka, n’était pas encore prête lors de ma première visite, ce qui m’avait privé de l’un des moments les plus magiques sur le plan visuel.

Confirmation que le spectacle est solide et plaisant, même si la partition de Shaiman & Wittman reste inégale. Le rôle central de Willy Wonka est désormais tenu par Jonathan Slinger ; comme Douglas Hodge avant lui, il incarne vraiment bien ce mélange de cruauté et d’aimable fantaisie, typique de Roald Dahl, qui rend le personnage curieux… et manifestement fascinant pour les enfants.

La distribution s’est renouvelée assez largement… mais on retrouve avec plaisir l’inépuisable Myra Sands, une vétérane des scènes londoniennes, dans le rôle charmant de Grandma Georgina. Elle était déjà à l’affiche il y a trois ans ; belle longévité.


“The Threepenny Opera”

National Theatre (Olivier Theatre), Londres • 2.7.16 à 19h30
Musique : Kurt Weill. Livret & lyrics : Bertold Brecht & Elisabeth Hauptmann. Adaptation : Simon Stephens.

Mise en scène : Rufus Norris. Direction musicale : David Shrubsole. Avec Rory Kinnear (Macheath), Nick Holder (Peachum), Haydn Gwynne (Celia Peachum), Rosalie Craig (Polly Peachum), Sharon Small (Jenny Diver), Debbie Kurup (Lucy Brown), Peter de Jersey (Chief Inspector ‘Tiger’ Brown), …

ThreepennyJ’aime beaucoup The Threepenny Opera et je me réjouissais beaucoup de voir cette nouvelle production du National Theatre. Malheureusement, on reste quelque peu sur sa faim devant le parti pris de mise en scène : une forme de mise en abyme mettant la pauvreté de moyens en parallèle de la pauvreté des personnages. Le décor est, du coup, réduit à sa plus simple expression… même si on est heureux au passage de constater que l’énorme ascenseur/tournette de l’Olivier Theatre fonctionne toujours.  On ne peut s’empêcher de penser qu’une telle mise en scène conviendrait beaucoup mieux à un petit théâtre qu’au gigantesque Olivier, avec ses 1150 sièges.

La distribution est absolument excellente — c’est la marque de fabrique du National Theatre. Le charisme de Rory Kinnear est considérable… et on est toujours heureux de retrouver Haydn Gwynne, plus déjantée que jamais — le rôle de Celia Peachum lui convient autrement mieux que celui de Desirée. Cela compense largement la relative déception causée par la mise en scène.