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Posts from June 2016

“On the Twentieth Century”

Guildhall School, Londres • 30.6.16 à 19h30
Musique : Cy Coleman. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, d’après des pièces de Ben Hecht, Charles MacArthur et Charles Bruce Millholland.

Mise en scène : Martin Connor. Direction musicale : Dan Jackson. Avec Claudia Jolly (Mildred Plotka / Lily Garland), Theo Boyce (Oscar Jaffee), Josh Dylan (Bruce Granit), Michael Levi Harris (Oliver Webb), Carl Stone (Owen O’Malley), Bessie Carter (Letitia Peabody Primrose), …

CenturyC’est toujours un plaisir de voir les productions de la Guildhall School, conçues pour mettre en valeur le talent des étudiants, qu’il s’agisse des comédiens, des musiciens ou des techniciens du théâtre, qui bénéficient de l’encadrement de professionnels. Après City of Angels, Chaplin et Grand Hotel, c’est au tour de On the Twentieth Century, cette mythique comédie musicale de 1978, récemment reprise à Broadway, de faire l’objet du spectacle de fin d’année.

Comme d’habitude, la qualité est remarquable : le décor, qui consiste essentiellement en une reproduction de l’intérieur luxueux de ce train mythique qui reliait Chicago à New York, est absolument bluffant ; il n’a rien à envier à celui de la récente production de Broadway. L’orchestre bénéficie de l’enthousiasme des jeunes étudiants de la Guildhall School ; son effectif est lui aussi particulièrement luxueux.

Quant à la distribution, comme toujours, tous les étudiants n’ont pas le même potentiel, mais force est de constater qu’il y a beaucoup de talent sur la scène. Mention spéciale pour la Letitia Primrose déjantée de Bessie Carter et pour les deux comédiens qui servent de “sidekicks” à Oscar Jaffee, Michael Levi Harris et Carl Stone. Mais tous les rôles principaux sont tenus de manière plus que respectable ; pas de souci, la relève est prête.


“Aladdin”

Prince Edward Theatre, Londres • 30.6.16 à 14h30
Musique : Alan Menken. Lyrics : Howard Ashman & Tim Rice. Livret et lyrics additionnels : Chad Beguelin.

Mise en scène et chorégraphie : Casey Nicholaw. Direction musicale : Alan Williams. Avec Dean John-Wilson (Aladdin), Trevor Dion Nicholas (Genie), Jade Ewen (Jasmine), Nathan Amzi (Babkak), Rachid Sabitri (Omar), Stephen-Rahman Hughes (Kassim), Don Gallagher (Jafar), Irvine Iqbal (Sultan), Peter Howe (Iago), …

AladdinLa version scénique du dessin animé Aladdin de Disney (déjà vue à Seattle, à New York et à Hambourg) s’est enfin installée à Londres. Pas de surprise, le spectacle est strictement identique à tous points de vue — les comédiens ressemblent d’ailleurs tous étrangement à leurs homologues américains.

Une fois encore, on est charmé par la superbe partition d’Alan Menken (considérablement augmentée par rapport au film) et par le génie visuel des concepteurs d’un spectacle magique et plein d’énergie positive. La mise en scène est plein de clins d’œil, comme cet hommage réjouissant à West Side Story dans la chorégraphie du moment où Aladdin et Jasmine se rencontrent pour la première fois.

Et comment ne pas être émerveillé par le tapis volant ? L’effet visuel est vraiment très réussi.


“Die Walküre”

Royal Festival Hall, Londres • 29.6.16 à 17h
Wagner (1870)

Direction musicale : Richard Farnes. Mise en espace : Peter Mumford. Avec Michael Weinius (Siegmund), Lee Bisset (Sieglinde), Robert Hayward (Wotan), Kelly Cae Hogan (Brünnhilde), James Creswell (Hunding), Yvonne Howard (Fricka), Giselle Allen (Gerhilde), Katherine Broderick (Helmwige), Heather Shipp (Waltraute), Claudia Huckle (Schwertleite), Kate Valentine (Ortlinde), Sarah Castle (Siegrune), Fiona Kimm (Grimgerde), Madeleine Shaw (Roßweiße).

On continue le cycle d’Opera North avec une Walküre très convaincante. Le Siegmund de Michael Weinius (déjà vu en Parsifal) est solide et la Sieglinde de Lee Bisset, assez réservée, est d’un très joli lyrisme. Brünnhilde solide de Kelly Cae Hogan, qui va chanter les trois rôles en cinq jours. Scène finale très réussie grâce au joli jeu d’acteurs de Hogan et de Robert Hayward en Wotan. Sans oublier bien sûr la très belle prestation de l’orchestre, qui a malheureusement perdu deux harpes — il n’en reste que quatre.


“Das Rheingold”

Royal Festival Hall, Londres • 28.6.16 à 19h
Wagner (1869)

Direction musicale : Richard Farnes. Mise en espace : Peter Mumford. Avec Michael Druiett (Wotan), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Loge), Jo Pohlheim (Alberich), Ceri Williams (Erda), James Creswell (Fasolt), Mats Almgren (Fafner), Yvonne Howard (Fricka), Giselle Allen (Freia), Andrew Foster-Williams (Donner), Mark Le Brocq (Froh), Richard Roberts (Mime), Jeni Bern (Woglinde), Madeleine Shaw (Wellgunde), Sarah Castle (Floßhilde).

FarnesJ’avais beaucoup aimé le Götterdämmerung de ce Ring de la compagnie itinérante Opera North lorsque je l’avais vu à Manchester. J’ai été d’autant plus heureux d’apprendre que le cycle complet allait être présenté à Londres.

L’avantage du format “concert” est qu’il permet de mettre l’orchestre sur scène, derrière une bande réservée aux chanteurs. L’acoustique du Royal Festival Hall garantit une balance assez idéale entre les voix et les instruments, ce qui crée des conditions d’écoute particulièrement agréables.

La mise en espace se limite à quelques mouvements des chanteurs. Elle est complétée par quelques images d’ambiance projetées sur trois écrans derrière l’orchestre. L’innovation la plus intéressante est la projection, en complément des surtitres, d’extraits du texte The Story of the Ring, de Michael Burkett, qui décrivent les grandes étapes de l’action dans des termes aussi économes qu’élégants.

On ressort tout à fait enchanté de ce premier épisode : l’orchestre est de grande qualité (six harpes !), même si on aimerait occasionnellement un tout petit plus de relief ; les chanteurs sont solides et homogènes. Belle noblesse du Wotan de Michael Druiett, tandis que l’excellent Wolfgang Ablinger-Sperrhacke recueille des ovations tout à fait méritées pour son Loge particulièrement attachant.


“The Go-Between”

Apollo Theatre, Londres • 27.6.16 à 19h30
Musique : Richard Taylor. Livret : David Wood. Lyrics : Wood & Taylor. D’après le roman de Leslie Pole Hartley.

Mise en scène : Roger Haines. Direction musicale : Nigel Lilley. Avec Michael Crawford (Colston), Gemma Sutton (Marian), Stuart Ward (Ted), Issy Van Randwyck (Mrs. Maudsley), Stephen Carlile (Trimingham), Julian Forsyth (Mr. Maudsley), …

Go-betweenJ’avais vu cette comédie musicale en 2011 à Northampton et ne m’attendais pas à la retrouver cinq ans plus tard dans le West End. Si mes souvenirs sont fidèles, la pièce a extrêmement peu changé depuis — même pas du tout. La mise en scène non plus, dans le joli décor unique mais fortement évocateur de Michael Pavelka. On retrouve même quelques comédiens qui étaient déjà là en 2011, notamment le séduisant Stuart Ward dans le rôle de Ted, le fermier dont s’éprend la jeune-fille de la famille bourgeoise propriétaire du lieu, fiancée à l’aristocrate local.

Je reste très légèrement réservé sur l’opportunité de transformer ce type de roman en comédie musicale… mais, à part quelques lyrics un peu terre-à-terre, le traitement est globalement très réussi. L’atmosphère est captivante et le cheminement émotionnel du jeune Leo, qui joue les messagers entre les deux amants sans bien comprendre ce qui se passe, est joliment représenté. Tout au plus pourrait-on regretter que la pièce ne justifie pas complètement pourquoi les événements relatés — et leur fin tragique — marquent Leo au point de lui confisquer sa propre vie. C’est en effet le propos du livret — c’est un Leo âgé et cassé qui raconte l’histoire comme pour s’en libérer.

Un Leo joué avec maestria par Michael Crawford, qui compense en charisme et en talent dramatique ce que sa voix ne permet plus vraiment de projeter. Il est entouré d’une distribution talentueuse, au sein de laquelle les enfants sont remarquables de naturel et de talent.

Au global, une belle entreprise dramatique… qui ne manque pas de poser la question de savoir s’il y a suffisamment de public aujourd’hui dans le West End pour ce type de spectacle très “traditionnel” par comparaison aux gros succès du moment. 


“In the Heights”

King’s Cross Theatre, Londres • 26.6.16 à 18h
Musique & lyrics : Lin-Manuel Miranda. Livret : Quiara Alegría Hures

Mise en scène : Luke Sheppard. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : Phil Cornwell. Avec Michael Cortez (Usnavi [understudy / remplaçant]), Norma Atallah (Abuela Claudia), Christine Allado (Vanessa), Gabriela García (Nina), Ryan Reid (Benny [understudy / remplaçant]), Cleve September (Sonny), Philippa Stefani (Daniela), Alexzandra Sarmiento (Carla [understudy / remplaçante]), Vas Constanti (Kevin [understudy / remplaçant]), Jocasta Almgil (Camila [understudy / remplaçante]), Alejandro Postigo (Piragua Guy [understudy / remplaçant]), Johnny Bishop (Graffiti Pete).
 
HeightsAyant récupéré mon dimanche soir compte tenu de mon départ anticipé du spectacle précédent, j’ai eu la bonne surprise de constater que Londres propose désormais plusieurs options théâtrales le dimanche soir — ce n’était assurément pas le cas il y a dix ou quinze ans.
 
Cette production, que j’avais déjà vue au petit Southwark Playhouse en mai 2014, est désormais installée dans un curieux théâtre éphémère installé sur des voies condamnées de la gare de King’s Cross, sur le même principe que le théâtre qui accueillait The Railway Children à la gare de Waterloo en 2011. (Cette dernière pièce est d’ailleurs désormais également représentée au King’s Cross Theatre, en alternance avec In the Heights, dont le décor, qui recouvre les voies, est démonté / remonté quasiment quotidiennement.)
 
Difficile de décrire l’irrésistible énergie qui se dégage de la pièce, baignée de rythmes latinos interprétés avec beaucoup d’enthousiasme par une jeune troupe vraiment sympathique. Mais In the Heights fonctionne aussi parce que la pièce raconte une belle histoire, peut-être un peu simpliste mais pleine de cœur.
 
La distribution est assez proche de celle du Southwark Playhouse, mais il y a six remplaçants sur scène en ce dimanche soir. Comme d’habitude, on serait bien en peine de distinguer les remplaçants des titulaires tant la qualité d’interprétation est élevée. La Camila de Jocasta Almgil, par exemple, est absolument bluffante, et sa chanson “Enough” est l’un des sommets de la représentation.
 
Ce doit être lié au rôle parce que j’avais déjà fait la même remarque au Southwark Playhouse avec un autre comédien, mais j’avoue une réelle faiblesse pour Cleve September, l’interprète du rôle de Sonny, dont je pense qu’il a une belle carrière devant lui.

“Tristan and Isolde”

London Coliseum (English National Opera), Londres • 26.6.16 à 15h
Tristan und Isolde, Richard Wagner (1865). Texte anglais : Andrew Porter.

Direction musicale : Edward Gardner. Mise en scène : Daniel Kramer. Avec Heidi Melton (Isolde), Stuart Skelton (Tristan), Karen Cargill (Brangäne), Matthew Rose (le Roi Marke), Craig Colclough (Kurwenal)…

TristanJe suis parti au premier entracte tellement l’entreprise m’a semblé malavisée.

L’orchestre de l’English National Opera est une formation de qualité. Sous la baguette toujours inspirée de Edward Gardner, qui a malheureusement quitté son poste de directeur musical de l’ENO, il propose une belle lecture de la partition, même s’il manque peut-être un tout petit peu de relief dramatique.

Sur scène, en revanche, rien ne semble tenir la route.

On ne comprend pas comment le décor d’Anish Kapoor pour l’acte I a pu être approuvé. Il ne doit pas y avoir un seul siège dans tout le théâtre permettant de voir correctement ce qui s’y passe. Du coup, le metteur en scène, qui est le nouveau directeur artistique de la maison, se trouve obligé de gérer l’acte I dans une bande de deux mètres de large à l’avant-scène, ce qui est particulièrement frustrant.

La mise en scène est par ailleurs relativement incompréhensible. En affublant Isolde d’une robe à paniers et Brangäne d’une énorme perruque poudrée à la Marge Simpson, Kramer crée une atmosphère “précieuses ridicules” aggravée par des mimiques grotesques, aux antipodes de la substance tragique de l’œuvre. Comme l’opéra est chanté en anglais, on se croirait dans un opéra de Händel.

Une impression accentuée par le fait que Heidi Melton n’a pas la voix d’une Isolde. Toute densité tragique en est absente, et le drame se dissout inéluctablement dans l’atmosphère. Stuart Skelton est beaucoup plus crédible, mais il ne peut pas porter la pièce tout seul.

Ça s’améliore peut-être au II, mais je ne le saurai jamais.


“Don Carlo”

Opéra national du Rhin, Strasbourg • 25.6.16 à 19h30
Verdi (version de Milan, 1884)

Direction musicale : Daniele Callegari. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Andrea Carè (Don Carlo), Elza van den Heever (Élisabeth de Valois), Stephen Milling (Philippe II), Elena Zhidkova (la Princesse Eboli), Tassis Christoyannis (Rodrigue), Ante Jerkunica (le Grand Inquisiteur), Patrick Bolleire (un Moine / Charles Quint)…

J’approche toujours les mises en scène de Carsen avec beaucoup de trépidation. Si je suis généralement comblé (ses Contes d’Hoffmann, son Věc Makropulos, son Candide sont des chefs d’œuvre de première amplitude), il arrive que son inspiration ne décolle que moyennement (son Ring de Cologne, sa Traviata de Venise sont “seulement” extrêmement compétents et professionnels).

Ce Don Carlo tombe un peu entre les deux, mais plutôt du côté décevant de la médaille, car Carsen reproduit largement des concepts déjà vus. En enfermant l’action dans une immense boîte noire (vraiment très noire) percée d’ouvertures servant d’autant de points d’observation à la puissance religieuse, il reproduit largement la mise en scène de Jürgen Rose, vue et revue à Munich. En faisant du Grand Inquisiteur le grand manipulateur des événements (quitte à s’écarter quelque peu du livret dans les dernières scènes pour enfoncer le clou), Carsen n’est ni original, ni génialement inspiré : il se contente de lire le texte, sans trouver de point de vue révélateur. Certes, tout est superbement réglé… et les visuels, magnifiquement éclairés, multiplient des compositions ton sur ton (enfin noir sur noir) particulièrement frappantes.

Si, dramatiquement, on reste un peu sur sa faim, musicalement, on monte vite au septième ciel. La direction musicale nuancée et colorée de Daniele Callegari multiplie les points de vue inspirés. Callegari obtient une prestation superbe d’un orchestre réellement impressionnant.

La distribution, composée majoritairement d’inconnus (pour moi), est de très grande qualité, et on cherche en vain quelles réserves on pourrait émettre — peut-être l’absence intermittente de puissance du Carlo d’Andrea Carè. Même le chœur est excellent.

Il faut souligner la très belle prestation d’Elena Zhidkova, qui campe une Eboli de luxe par rapport aux standards internationaux ; cerise sur le gâteau, elle est d’une grande beauté, ce qui lui permet d’être crédible dramatiquement. Elza van den Heever s’était bloqué le dos et se déplaçait manifestement avec beaucoup de difficulté, mais son Élisabeth était superbe.

Le public strasbourgeois souffre d’un syndrome très répandu en réservant les plus grandes ovations aux voix féminines alors que c’est du côté masculin que l’on est le plus gâté : Stephen Milling, impérial en Philippe II (son “Ella giammai m’amò” méritait dix fois plus d’applaudissements), et Tassis Christoyannis, vraiment irrésistible en Posa (scandaleusement, son “Per me giunto è il dì supremo” n’a pas été applaudi alors que c’est l’apex émotionnel de l’œuvre).

On ressort à nouveau convaincu (s’il le fallait) de la qualité superlative de cette partition sublime de bout en bout… et on n’aurait pas été opposé à ce que l’Opéra de Strasbourg fasse l’effort de donner la version en cinq actes, qui possède le double avantage de mieux planter le nœud de l’action tout en nous donnant à entendre encore plus de cette musique divine.


“Пиковая дама”

Nationale Opera, Amsterdam • 24.6.16 à 19h30
La Dame de pique (1890). Musique de Piotr Illitch Tchaïkovski. Livret de Modest Illitch Tchaïkovski, son frère, d’après Pouchkine.

Concertgebouworkest, Mariss Jansons. Mise en scène : Stefan Herheim. Avec Misha Didyk (Hermann), Alexey Markov (le Comte Tomski), Vladimir Stoyanov (le Prince Yeletzki), Larissa Diadkova (la Comtesse), Svetlana Aksenova (Liza), Anna Goryachova (Polina)…

Quel formidable alignement de planètes ! Entre le génie de Tchaïkovski (ces mélodies ! ces orchestrations !), le talent immense de Mariss Jansons à la tête de l’excellent Concertgebouworkest et la vision d’un Stefan Herheim époustouflant d’inspiration, on se dit qu’une telle conjonction astrale ne se produit qu’exceptionnellement.

Herheim donne vie de manière saisissante à ce que les Anglo-saxons appelleraient le “smoke and mirrors” pour intercaler un niveau diégétique et montrer Tchaïkovski en train de composer son avant-dernier opéra, en proie à ses obsessions, incarnées dans les personnages eux-mêmes. Il façonne des images volontairement “cheap”, comme celle du chandelier se mettant à osciller pour évoquer le paroxysme du cauchemar… et crée un environnement visuel homogène, original et fascinant dans lequel “la vraie vie” et “l’œuvre” se croisent et s’entrechoquent de manière virtuose.

Les mots manquent pour décrire en détail le génie de Herheim, mais comment en douter après avoir vu ses approches fascinantes de Parsifal, de La Bohème, de Salome, des Contes d’Hoffmann, de Manon Lescaut, d’Eugène Onéguine, de Rusalka, de Meistersinger, des Vêpres siciliennes ? Sa marque de fabrique est selon moi l’alignement parfait de la scénographie sur le relief musical, et nombre de mouvements dramatiques prennent appui sur les accents de la musique, ce qui en démultiplie l’effet.

Parmi les petits coups de génie, on relève par exemple l’idée consistant à ne pas traduire dans les surtitres le texte de l’air “Je crains de lui parler la nuit” la première fois qu’il est chanté par la Comtesse (une façon de signifier qu’il s’agit d’un pur divertissement, dont les paroles n’ont pas d’importance), mais de le traduire dans la reprise qui suit immédiatement, comme pour en faire soudain l’expression poignante des pensées du personnage. Personne ne joue aussi bien qu’Herheim avec les niveaux du récit ; cette multiplication des points de vue est le plus grand plaisir théâtral que l’on puisse imaginer.

(Au passage, la modernité de l’écriture de Grétry est saisissante : quand la Comtesse chante cet air extrait de l’opéra Richard Cœur-de-lion, on croirait presque entendre Marlene Dietrich.)

Interprétation superlative dans la fosse, où l’orchestre est somptueux de bout en bout (mention spéciale au hautbois d’Alexei Ogrintchouk et au cor anglais de Miriam Pastor). On pourrait difficilement imaginer plus bel hommage à l’écriture envoûtante de Tchaïkovski… même si les réminiscences d’Eugène Onéguine sont omniprésentes (l’air de Yeletzki me semble à peu près exactement superposable à celui de Gremin, et ce n’est pas le seul).

Belle distribution, homogène (à l’exception du Comte Tomski d’Alexey Markov, superlatif) et joliment impliquée dans la réalisation de la passionnante vision de Stefan Herheim.

On en redemande…


Concert Wiener Philharmoniker / Nott au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 23.6.16 à 20h
Wiener Philharmoniker, Jonathan Nott

Beethoven : Coriolan, ouverture
Strauss : Tod und Verklärung
Mahler : Das Lied von der Erde (Jonas Kaufmann, ténor)

J’avoue une familiarité moins forte avec Das Lied von der Erde qu’avec la plupart des autres compositions de Mahler. Il semble presque impossible à une seule voix de rendre justice à l’ensemble de la pièce. Mais c’est une véritable leçon d’interprétation qu’a donnée un Jonas Kaufmann éminemment attentif aux couleurs et aux atmosphères… et peu importe que sa voix soit un poil limitée dans le grave pour aller au bout de la tessiture exigée par Mahler.

L’écriture orchestrale est un délice… et c’est un régal d’entendre les Wiener Philharmoniker, que j’avais pourtant trouvés un tantinet martiaux dans la première partie, rendre justice à la délicieuse subtilité de la musique… notamment à la petite harmonie.

On se demande par moments quel rôle exact joue le chef face à une formation manifestement aussi consciente du poids de la tradition musicale qu’elle perpétue. Jonathan Nott, en nage dans son habit qui a l’air détrempé (il faut dire qu’il fait une chaleur épouvantable), donne plus l’impression de jouer les utilités que d’imprimer un réel élan à l’ensemble.


“Götterdämmerung”

Művészetek Palotája, Budapest • 19.6.16 à 16h
Wagner (1876)

Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Hartmut Schörghofer. Avec Evelyn Herlitzius (Brünnhilde), Christian Franz (Siegfried), Rúni Brattaberg (Hagen), Oliver Zwarg (Gunther), Polina Pasztircsák (Gutrune / Woglinde), Oskar Hillebrandt (Alberich), Waltraud Meier (Waltraute), Erika Gál, Judit Németh, Eszter Wierdl (les Nornes), Gabriella Fodor, Zsófia Kálnay (les Filles du Rhin).

Ce Ring budapestois se termine de manière d’autant plus satisfaisante que Christian Franz est dans un bon jour, ce qui lui permet de chanter à peu près tous les aigus de Siegfried sans artifice. Malheureusement, c’est Rúni Brattaberg qui a un peu de mal avec les aigus de Hagen ; sa nervosité est tangible pendant toute la représentation.

Superbes Gunther et Gutrune d’Oliver Zwarg et Polina Pasztircsák. Très belle prestation de Waltraud Meier dans le rôle de Waltraute ; on se demande bien pourquoi elle ne vient pas saluer à la fin de l’acte. Les Filles du Rhin sont inhabituellement homogènes : leur prestation fut pour moi le point haut d’une représentation solide mais sans magie forte.

La Brünnhilde d’Evelyn Herlitzius démarre un peu laborieusement… mais elle se bonifie au fil de la représentation, et sa scène finale est remarquable.

L’orchestre est éblouissant, comme il l’a été pendant tout le cycle. Les choristes qui se joignent à lui pour ce dernier volet de la tétralogie sont excellents.

La mise en scène est finalement moins absconse que dans mes souvenirs. Certes, je me passerais volontiers de certaines interventions des danseurs, mais les projections sur les panneaux qui servent de décor réussissent globalement à être très évocatrices.

Deux petits traits de génie de la mise en scène me sautent à nouveau aux yeux dans ce Crépuscule :

  • d’abord, celui consistant à montrer un Siegfried complètement désorienté, ne sachant plus vraiment à qui il va se marier, à la fin de l’acte II (il va de choriste en choriste, l’air hagard) ;
  • et puis l’idée simple mais géniale d’étendre aux surtitres l’incendie qui consume Valhalla dans la scène finale.
Et encore une transition au noir très réussie à la fin. Le spectateur pressé d’applaudir se rend compte qu’il est seul et s’interrompt. Petit moment suspendu avant le déchaînement mérité.

“Siegfried”

Művészetek Palotája, Budapest • 18.6.16 à 16h
Wagner (1876)

Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Hartmut Schörghofer. Avec Daniel Brenna (Siegfried), Gerhard Siegel (Mime), Tomasz Konieczny (Wotan), Oskar Hillebrandt (Alberich), Walter Fink (Fafner), Erika Gál (Erda), Elisabet Strid (Brünnhilde), Mária Celeng (Waldvogel).

On continue à naviguer à haute altitude avec ce Siegfried d’autant plus remarquable que Gerhard Siegel (contrairement à 2012) chante chaque note de Mime avec soin et sans crier, confirmant qu’il s’agit de l’un des plus jolis rôles du Ring lorsqu’on veut bien se donner la peine.

Daniel Brenna, pour sympathique qu’il soit, a décidément du mal à tenir la distance dans les actes I et III, mais il fait par ailleurs de fort jolies choses, et son acte II est somptueux. Lui que j’ai vu récemment en Siegfried à Washington retrouve dans l’acte III ma Brünnhilde de Leipzig, l’attachante Elisabet Strid, ici malheureusement un peu moins impressionnante.

Le public adore le Wanderer de Tomasz Konieczny car sa voix puissante emplit sans effort visible le volume de la salle. Il est pourtant à mon goût infiniment moins expressif et touchant que le Wotan des jours précédents, Johan Reuter.

Excellents rôles secondaires, avec notamment un Oiseau enchanteur de Mária Celeng. Et l’on regrette que la mise en scène relègue Erda derrière un panneau car la voix d’Erika Gál mériterait d’être mieux mise en valeur.


“Die Walküre”

Művészetek Palotája, Budapest • 17.6.16 à 16h
Wagner (1870)

Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Hartmut Schörghofer. Avec Johan Botha (Siegmund), Anja Kampe (Sieglinde), Johan Reuter (Wotan), Evelyn Herlitzius (Brünnhilde), Walter Fink (Hunding), Atala Schöck (Fricka), Eszter Wierdl (Gerhilde), Gertrúd Wittinger (Helmwige), Gabriella Fodor (Waltraute), Annamária Kovács (Schwertleite), Beatrix Fodor (Ortlinde), Éva Várhelyi (Siegrune), Krisztina Simon (Grimgerde), Zsófia Kálnay (Rossweisse).

WalküreLa distribution laissait augurer de belles choses, mais je ne m’étais pas préparé à autant de splendeurs.

Dès sa première phrase, Johan Botha se pose comme un Siegmund d’exception : attentif aux phrasés, aux sonorités, c’est un artiste exceptionnel. Sa belle voix chaude se voile un tout petit peu dans l’aigu, mais ce n’est qu’une ombre infime sur une prestation par ailleurs enthousiasmante. Il a la chance de donner la réplique à une Sieglinde au sommet de son art : Anja Kampe, fragile et incandescente, immensément charismatique.

La chance est au rendez-vous, car le couple Wotan / Brünnhilde, magnifiquement incarnés par Johan Reuter et Evelyn Herlitzius, porte avec un bonheur équivalent un troisième acte intense et bouleversant. La noblesse courroucée de Wotan rencontre le dévouement candide de Brünnhilde sur les sommets dramatiques de Valhalla, très joliment illustrés par les projections du décor.

Pas de temps mort au deuxième acte grâce à la belle Fricka d’Atala Schöck, si superbement drapée dans son orgueil blessé. Du coup, à part peut-être une chevauchée disparate et peu homogène, la représentation est un voyage sur les cimes d’autant plus euphorisant que l’orchestre est éblouissant de la première à la dernière mesure. J’avais oublié que la mise en scène prévoyait une transition au noir à la fin du II : l’orchestre termine sa vertigineuse montée chromatique dans l’obscurité. Magique et envoûtant.


“Das Rheingold”

Művészetek Palotája, Budapest • 16.6.16 à 18h
Wagner (1869)

Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Hartmut Schörghofer. Avec Johan Reuter (Wotan), Christian Franz (Loge), Péter Kálmán (Alberich), Erika Gál (Erda), Gábor Bretz (Fasolt), Walter Fink (Fafner), Atala Schöck (Fricka), Tünde Szabóki (Freia), Zsolt Haja (Donner), Zoltán Nyári (Froh), Gerhard Siegel (Mime), Polina Pasztircsák (Woglinde), Gabriella Fodor (Wellgunde), Zsófia Kálnay (Floßhilde).

AfischerC’est avec une réelle émotion que je retrouve ce Ring budapestois, vu pour la première fois il y a quatre ans et désormais présenté chaque année, me semble-t-il.

Les souvenirs remontent vite à la mémoire : le son si particulier des cordes, la personnalité affirmée des contrebasses, le timbalier déchaîné, les sublimes interventions de la petite harmonie — ce hautbois ! —… et, bien sûr, des cuivres d’une désarmante virtuosité. La façon dont le trompettiste introduit le thème de l’anneau, en estompant les deux dernières notes, révèle d’insondables trésors expressifs.

La distribution est solide, dominée selon moi par le Wotan et la Fricka de Johan Reuter et d’Atala Schöck, qui projettent tous les deux une belle noblesse à travers leur chant. Mais le public préfère presque toujours les rôles gesticulants. Aussi réserve-t-il son enthousiasme à l’Alberich de Péter Kálmán, excellent malgré quelques difficultés au démarrage, et au Loge de Christian Franz, plaisant par son engagement dramatique mais passé maître dans l’art de “non-chanter” ses notes aiguës.

La représentation reste inférieure à la somme de ses composantes… et l’on ne pénètre jamais complètement dans le domaine du sublime. Mais il reste de nombreuses heures pour que l’alchimie fonctionne.


“The Humans”

The Helen Hayes Theatre, New York • 12.6.16 à 14h
Stephen Karam

Mise en scène : Joe Mantello. Avec Cassie Beck (Aimee Blake), Reed Birney (Erik Blake), Jayne Houdyshell (Deirdre Blake), Lauren Klein (Fiona “Momo” Blake), Arian Moayed (Richard Saad), Sarah Steele (Brigid Blake), …

HumansStephen Karam est l’un des jeunes auteurs dramatiques américains les plus en vue. Déjà deux fois finaliste du prestigieux Pulitzer Prize, il s’est vu décerner le Tony Award de la meilleure pièce de l’année pour The Humans quelques heures à peine après cette représentation.

Karam continue à explorer un filon très apprécié des auteurs dramatiques contemporains : celui des ressentis enfouis dans les cercles familiaux et qui s’expriment, implicitement ou explicitement, de manière souvent inattendue. Ajoutons quelques fines observations sur la vie new-yorkaise, et on obtient une pièce délicieuse, qui cache une certaine profondeur sous des apparences anodines, voire légères.

Une telle pièce a besoin d’une distribution d’enfer… et c’est le cas en l’occurence. Deux des comédiens, Reed Birney et Jayne Houdishell, ont d’ailleurs eu aussi reçu un Tony Award quelques heures après cette représentation. Le magnifique décor de David Zinn a lui aussi été distingué — et à raison. On n’ose pas parler de “grand” théâtre, mais c’est du théâtre bien tourné et plaisant.


“Shuffle Along”

The Music Box, New York • 11.6.16 à 20h
Musique : Eubie Blake. Lyrics : Noble Sissle. Livret original : Flournoy Miller & Aubrey Lyles. Nouveau livret : George C. Wolfe.

Mise en scène : George C. Wolfe. Chorégraphie : Savion Glover. Avec Darlesia Cearcy (Lottie Gee [understudy / remplaçante]), Brian Stokes Mitchell (Flournoy Miller), Billy Porter (Aubrey Lyles), Brandon Victor Dixon (Eubie Blake), Joshua Henry (Noble Sissle), Brooks Ashmanskas (various), Adrienne Warren (Gertrude Saunders / Florence Mills), Amber Iman (Eva / Mattie Wilkes), …

ShufflealongJ’avais pris un premier billet pour ce spectacle fin avril, mais je me l’étais fait rembourser lorsqu’il fut annoncé qu’Audra McDonald n’assurerait pas la représentation. Rebelote pour cette représentation avec un nouveau forfait d’Audra (après tout, avec 6 Tony Awards à 45 ans, pourquoi se fatiguer ?)… mais j’ai décidé de voir le spectacle malgré tout. Maintenant que McDonald est enceinte… et avec des vacances annoncées depuis longtemps pour cet été…, je pense que les occasions de la voir dans ce spectacle vont se compter sur les doigts d’une main.

Shuffle Along est une passionnante re-création d’une comédie musicale conçue et représentée par des noirs en 1921. Un nouveau livret permet aux comédiens jouant les quatre auteurs de commenter les circonstances de la création du spectacle et les événements qui en ont résulté. (Pour cette raison, le spectacle s’appelle en réalité Shuffle Along… or the Making Of the Musical Sensation of 1921 and All That Followed.

L’attrait principal du spectacle est la recréation des grands numéros musicaux de l’époque, merveilleusement chorégraphiés par le génial Savion Glover, et interprétés avec une énergie communicative par une distribution absolument merveilleuse. Même Brian Stokes Mitchell et Billy Porter, pour qui j’ai une sympathie limitée, sont irrésistibles.

Et la remplaçante d’Audra McDonald, Darlesia Cearcy, est superbe.


“Paramour”

Lyric Theatre, New York • 11.6.16 à 15h

Le Cirque du Soleil s’est installé au Lyric Theatre avec ce qui est annoncé comme étant une comédie musicale mais est en réalité un énième avatar des spectacles visuels dont la compagnie canadienne est coutumière. Ça n’a vraiment aucun intérêt d’un point de vue théâtral, et encore moins d’un point de vue musical (c’est même pénible). Oui, les acrobates sont talentueux… mais ça s’arrête là.


“La Cage aux Folles”

Signature Theatre, Arlington VA • 10.6.16 à 20h
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret.

Mise en scène : Matthew Gardiner. Direction musicale : Darius Smith. Avec Brent Barrett (Georges), Bobby Smith (Albin), Paul Scanlan (Jean-Michel), Jessica Lauren Ball (Anne), DJ Petrosino (Jacob), Mitchell Hébert (Édouard Dindon), Sherri L. Edelen (Mme Dindon), Nova Y. Payton (Jacqueline), Michael Bunce (Francis), Ethan Kasnett (Chantal), Jay Westin (Hanna), Darius R. Delk (Mercedes), Isaiah W. Young (Bitelle), Sam Brackley (Angélique), Phil Young (Phaedra), …

CagefollesTrès belle production de ce classique de Jerry Herman, dont je pense que je ne me lasserai jamais (contrairement à d’autres classiques que je commence à avoir assez vus).

La mise en scène s’accommode avec talent du petit espace du théâtre et se distingue par quelques choix originaux mais dramatiquement efficaces (comme la suppression du “fantôme” d’Anne dans la séquence dansée de “With Anne on My Arm”).

Très belle distribution. Brent Barrett est parfait dans le rôle de Georges ; il n’a plus tout à fait sa voix de jeune-homme, mais son charme reste immense. Énorme coup de cœur pour l’Albin de Bobby Smith, un comédien vu souvent au Signature Theatre, qui ne fait qu’une bouchée de ce rôle démesuré et redoutable. 

Un vrai régal.


“A Chorus Line”

Stadttheater, Klagenfurt • 4.6.16 à 19h30
Livret : James Kirkwood et Nicholas Dante. Musique : Marvin Hamlisch. Lyrics : Edward Kleban.

Mise en scène : Baayork Lee. Direction musicale : Günter Wallner. Avec Carten Lepper (Zach), Sarah Bowden (Cassie), …

AchoruslinePour monter A Chorus Line, sa comédie musicale annuelle, l’Opéra de Klagenfurt a fait appel à Baayork Lee, la Connie de la production originale — elle a 69 ans et contribue à perpétuer le génie artistique de Michael Bennett. Grâce à son travail, le spectacle, présenté sans entracte, est bourré d’énergie et d’émotion.

On est immensément touché de retrouver certaines images immortelles : le moment où les comédiens, qui sont en ligne depuis le début de l’audition, se dispersent — certains disparaissant dans l’obscurité — au début du numéro “At the Ballet” ; le moment symétrique où ils reprennent leurs places comme par magie à la fin du numéro (puis à nouveau plus tard à la fin de “What I Did For Love”) ; les incroyables lumières roses et jaunes pendant “Hello Twelve, Hello Thirteen, Hello Love”.

La distribution est de grande qualité, et les prestations sont généralement excellentes. La comédienne qui interprète Maggie a de très jolis aigus, qui rendent “At the Ballet” encore plus touchant. Mais surtout, Sarah Bowden est de loin la meilleure Cassie que j’aie vue — elle est éblouissante dans “The Music and the Mirror”. On se demande bien où elle était quand la récente production londonienne recherchait sa Cassie.

Comme toujours à Klagenfurt, c’est l’orchestre de taille généreuse qui est le principal atout du spectacle. La partition est une telle succession de bonheurs — et les orchestrations sont à l’avenant. Les “underscores” qui soulignent certains des dialogues sont magnifiques. Les cuivres sont particulièrement éblouissants, et la façon dont ils s’en donnent à cœur joie à la fin dans “One” donne la chair de poule.

C’est Gypsy qui sera à l’affiche la saison prochaine. Un nouveau voyage s’impose.