Concert Wiener Philharmoniker / Nott au TCE
“Don Carlo”

“Пиковая дама”

Nationale Opera, Amsterdam • 24.6.16 à 19h30
La Dame de pique (1890). Musique de Piotr Illitch Tchaïkovski. Livret de Modest Illitch Tchaïkovski, son frère, d’après Pouchkine.

Concertgebouworkest, Mariss Jansons. Mise en scène : Stefan Herheim. Avec Misha Didyk (Hermann), Alexey Markov (le Comte Tomski), Vladimir Stoyanov (le Prince Yeletzki), Larissa Diadkova (la Comtesse), Svetlana Aksenova (Liza), Anna Goryachova (Polina)…

Quel formidable alignement de planètes ! Entre le génie de Tchaïkovski (ces mélodies ! ces orchestrations !), le talent immense de Mariss Jansons à la tête de l’excellent Concertgebouworkest et la vision d’un Stefan Herheim époustouflant d’inspiration, on se dit qu’une telle conjonction astrale ne se produit qu’exceptionnellement.

Herheim donne vie de manière saisissante à ce que les Anglo-saxons appelleraient le “smoke and mirrors” pour intercaler un niveau diégétique et montrer Tchaïkovski en train de composer son avant-dernier opéra, en proie à ses obsessions, incarnées dans les personnages eux-mêmes. Il façonne des images volontairement “cheap”, comme celle du chandelier se mettant à osciller pour évoquer le paroxysme du cauchemar… et crée un environnement visuel homogène, original et fascinant dans lequel “la vraie vie” et “l’œuvre” se croisent et s’entrechoquent de manière virtuose.

Les mots manquent pour décrire en détail le génie de Herheim, mais comment en douter après avoir vu ses approches fascinantes de Parsifal, de La Bohème, de Salome, des Contes d’Hoffmann, de Manon Lescaut, d’Eugène Onéguine, de Rusalka, de Meistersinger, des Vêpres siciliennes ? Sa marque de fabrique est selon moi l’alignement parfait de la scénographie sur le relief musical, et nombre de mouvements dramatiques prennent appui sur les accents de la musique, ce qui en démultiplie l’effet.

Parmi les petits coups de génie, on relève par exemple l’idée consistant à ne pas traduire dans les surtitres le texte de l’air “Je crains de lui parler la nuit” la première fois qu’il est chanté par la Comtesse (une façon de signifier qu’il s’agit d’un pur divertissement, dont les paroles n’ont pas d’importance), mais de le traduire dans la reprise qui suit immédiatement, comme pour en faire soudain l’expression poignante des pensées du personnage. Personne ne joue aussi bien qu’Herheim avec les niveaux du récit ; cette multiplication des points de vue est le plus grand plaisir théâtral que l’on puisse imaginer.

(Au passage, la modernité de l’écriture de Grétry est saisissante : quand la Comtesse chante cet air extrait de l’opéra Richard Cœur-de-lion, on croirait presque entendre Marlene Dietrich.)

Interprétation superlative dans la fosse, où l’orchestre est somptueux de bout en bout (mention spéciale au hautbois d’Alexei Ogrintchouk et au cor anglais de Miriam Pastor). On pourrait difficilement imaginer plus bel hommage à l’écriture envoûtante de Tchaïkovski… même si les réminiscences d’Eugène Onéguine sont omniprésentes (l’air de Yeletzki me semble à peu près exactement superposable à celui de Gremin, et ce n’est pas le seul).

Belle distribution, homogène (à l’exception du Comte Tomski d’Alexey Markov, superlatif) et joliment impliquée dans la réalisation de la passionnante vision de Stefan Herheim.

On en redemande…

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