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Posts from January 2016

“Леди Макбет Мценского уезда”

Opéra de Lyon • 31.1.16 à 16h
Lady Macbeth de Mzensk. Chostakovitch (1934). Livret : Alexander Preis & Chostakovitch, d’après le roman de Nicolaï Leskov.

Direction musicale : Kazushi Ono. Mise en scène : Dmitri Tcherniakov. Avec Ausrine Stundyte (Katerina), Vladimir Ognovenko (Boris / Le Fantôme de Boris), Peter Hoare (Zinovyï), John Daszak (Sergueï), …

Somptueuse production de l’Opéra de Lyon, qui fait honneur à ce chef d’œuvre du 20e siècle. Une semaine après un puissant Dialogues des Carmélites à Munich, on retrouve avec plaisir une mise en scène forte et signifiante de Tcherniakov, qui mêle avec bonheur dans un même visuel contemporain l’enfermement domestique de Katerina et les faux-semblants de l’usine aseptisée de Zinovyï, où paternalisme et harcèlement sont comme les deux faces d’une même médaille.

On aimerait un tout petit plus de fougue dans la fosse, un concert inoubliable de 2007 ayant mis sur ce point la barre très haut. Mais l’interprétation est excellente : Ausrine Stundyte campe une Katerina fière et forte, tandis que Vladimir Ognovenko fait résonner avec brio l’ignominie ordinaire de Boris. Le seul reproche que l’on ait envie de formuler, c’est qu’on se demande bien pourquoi Katerina trouve le Sergueï de John Daszak aussi irrésistible.

Il faut souligner enfin l’extraordinaire prestation du chœur, qui aurait des leçons à donner à ses homologues d’autres maisons bien plus prestigieuses. Décidément, l’Opéra de Lyon reste l’une des maisons lyriques les plus excitantes du paysage musical français.


“Guys and Dolls”

Savoy Theatre, Londres • 30.1.16 à 19h30
Musique et lyrics : Frank Loesser. Livret : Jo Swerling & Abe Burrows, d’après les nouvelles et les personnages de Damon Runyon.

Mise en scène : Gordon Greenberg. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Sophie Thompson (Miss Adelaide), Siubhan Harrison (Sarah Brown), David Haig (Nathan Detroit), Jamie Parker (Sky Masterson), Gavin Spokes (Nicely-Nicely Johnson), …

Cette production a été créée au Festival de Chichester, où je l’avais vue en septembre 2014. Comme pour Gypsy, qui vient de fermer ses portes, c’est au Savoy Theatre que la pièce s’est installée pour quelques semaines de représentations londoniennes.

On retrouve avec plaisir ce chef d’œuvre du répertoire, monté avec esprit et dynamisme. La scène du Savoy est plus petite que celle de Chichester… et la contrainte engendre la créativité. Du coup, la mise en scène et la chorégraphie sont encore plus réjouissantes qu’à Chichester.

La distribution principale a été partiellement renouvelée mais les deux comédiens que je citais dans mon billet de 2014 sont toujours là et toujours aussi irrésistibles : Sophie Thompson, complètement déjantée en Miss Adelaide, et Jamie Parker, l’un des Sky Masterson les plus charmeurs que j’aie vus.

On frissonne de bonheur en écoutant l’orchestre mené de main de maître par le talentueux Gareth Valentine, dont la conduite est un bonheur à observer — au point qu’on en oublierait parfois de regarder ce qui se passe sur scène. Les cuivres sont particulièrement somptueux… et on ressort sur un petit nuage après tant de félicité.


“wonder.land”

National Theatre (Olivier Theatre), Londres • 30.1.16 à 14h
Musique : Damon Albarn. Livret & lyrics : Moira Ruffini & Rufus Norris.

Mise en scène : Rufus Norris. Direction musicale : Tom Deering.

Cette nouvelle comédie musicale inspirée d’Alice in Wonderland est une coproduction entre le Manchester International Festival (où elle a été crée en juillet dernier), le National Theatre de Londres et le Théâtre du Châtelet (où elle sera représentée en juin prochain). La partition est signée de Damon Albarn, le chanteur du groupe Blur.

Alice est une adolescente contemporaine, perturbée par les soucis normaux d’une fille de son âge. Elle trouve chaleur et réconfort dans l’univers d’un jeu vidéo qui se trouve faire écho d’assez près à l’univers d’Alice in Wonderland, avec ses personnages bien connus.

C’est un scénario un peu niais, qui trivialise l’univers de Lewis Carroll sans lui apporter en retour un quelconque supplément d’âme. La partition, en particulier, manque cruellement d’attrait… et il n’y finalement que l’impressionnante conception visuelle qui sauve quelque peu le spectacle d’un ennui profond.


“My Fair Lady”

Badisches Staatstheater, Karlsruhe • 24.1.16 à 15h
Musique : Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw.

Mise en scène : Sam Brown. Direction musicale : Steven Moore. Avec Stefanie Schaefer (Eliza Doolittle), Armin Kolarczyk (Henry Higgins), Pavel Fieber (Pickering), Tiny Peters (Mrs. Pearce), Eva Derleder (Mrs. Higgins), Edward Gauntt (Alfred P. Doolittle), James Edgar Knight (Freddy Eynsford-Hill), Susanne Schellin (Mrs. Eynsford-Hill), …

MyfairladyL’Opéra de Karlsruhe propose une solide production de ce chef d’œuvre du répertoire. L’orchestre est particulièrement délicieux ; la troupe, composée majoritairement de chanteurs d’opéra, plus inégale.

Le regietheater pointe son nez à plusieurs reprises, avec l’intégration de plusieurs “idées” originales — certaines plus convaincantes que d’autres :

  • Les dernières mesures de l’ouverture ont été supprimées et remplacées par la fin de Götterdämmerung. C’est en effet l’opéra que viennent de voir les spectateurs qui sortent de Covent Garden au début de la pièce, comme nous l’apprend Pickering un peu plus tard (en précisant qu’il pensait aller voir Aida, sans qu’on comprenne vraiment comment une telle méprise est possible).
  • Fait assez rare, on voit les jockeys pendant la scène du Royal Ascot. On y voit aussi quelqu’un aller achever en coulisse un cheval blessé, bruitages à l’appui ; on se demande si l’objectif est d’amuser ou de choquer.
  • Freddy achète un ballon à une petite fille au début de “On The Street Where You Live”, puis il s’envole littéralement, porté par le ballon et par la légèreté de son amour. C’est une belle image.
  • La scène du bal n’est pas montrée… mais la musique est conservée : elle accompagne une scène ajoutée pendant laquelle Higgins apprend précipitamment à danser à Eliza avant de partir pour l’Ambassade.
  • Des suffragettes traversent régulièrement la scène avec des banderoles de revendications, en particulier pendant les changements de décors. Une façon d’injecter une dose de féminisme dans une œuvre généralement considérée comme ambiguë sur le plan des relations hommes - femmes. Ce parti pris conduit tout droit à la scène finale : Eliza ne revient pas ; la célèbre réplique finale de Higgins ne sert qu’à souligner combien il va être difficile pour lui d’accepter l’absence de sa protégée.

Tout cela nous éloigne parfois un peu de l’esprit de l’œuvre… et le livret subit quelques modifications, mais rien n’est scandaleux.

On est un peu plus gêné par le décor vaguement “cheap”, en particulier celui du bureau de Higgins. On est également déçu que les changements n’aient pas lieu “à vue”, ce qui impose de baisser un peu trop souvent le rideau à mon goût… un choix d’autant plus surprenant que l’enchaînement final, qui voit Higgins aller de chez sa mère à Wimpole Street, puis à son bureau est lui réalisé à vue (laborieusement, certes).

Mais c’est le plaisir d’entendre la magnifique partition de Frederick Loewe qui l’emporte de loin sur les autres réactions. Loewe, après tout, était d’origine austro-allemande (il est né à Berlin de parents autrichiens)… et sa musique, bien qu’écrite pour les scènes américaines, s’inscrit très clairement dans la continuité de la tradition du théâtre musical germanique de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle.


“Dialogues des Carmélites”

Bayerische Staatsoper, Munich • 23.1.16 à 19h
Francis Poulenc (1957)

Direction musicale : Bertrand de Billy. Mise en scène : Dmitri Tcherniakov. Avec Christiane Karg (Blanche de la Force), Sylvie Brunet-Grupposo (Madame de Croissy), Anne Schwanewilms (Madame Lidoine), Susanne Resmark (Mère Marie de l’Incarnation), Anna Christy (Sœur Constance), Laurent Naouri (le Marquis de la Force), Stanislas de Barbeyrac (le Chevalier de la Force), Alexander Kaimbacher (L’Aumônier), …

Quel bonheur de retrouver cette partition qui ne manque jamais de me transporter, surtout lorsqu’elle est interprétée de façon aussi somptueuse. Je n’étais pourtant pas conquis d’avance : malgré toute l’admiration que j’ai pour Bertrand de Billy, un chef remarquable tragiquement sous-employé dans son pays d’origine, je l’avais déjà entendu diriger Dialogues à Vienne début 2008 et le moins qu’on puisse dire est que je n’avais pas été convaincu par ce qu’il avait tiré du Radio-Symphonieorchester Wien.

Avec le Bayerisches Staatsorchester, c’est au contraire un festival de couleurs envoûtantes et de contrastes sublimes. Faut-il y voir l’héritage de Kent Nagano ? Les clairs obscurs boisés dominent tandis que cuivres restent prudemment à l’arrière-plan ; les tempi s’étirent avec une expressivité souvent bouleversante. Avec une palette expressive aussi riche et inspirée, on est fréquemment terrassé par l’émotion. Je suis toujours très sensible à Dialogues — peut-être l’opéra que j’emporterais sur une île déserte s’il fallait n’en choisir qu’un —, mais rarement autant qu’en ce samedi soir à Munich.

D’autant que c’était l’occasion de découvrir enfin — après plusieurs tentatives infructueuses — la fameuse mise en scène de Dmitri Tcherniakov, aussi controversée qu’elle est intelligente.

Tcherniakov a littéralement enfermé l’action dans une baraque à la dérive sur l’immense scène de la Staatsoper. L’image des sœurs enfermées dans cette boîte étroite est d’une force rare. Elle constitue une traduction visuelle de la psychologie des Carmélites autrement plus efficace que l’imagerie des mises en scène traditionnelles, généralement installées dans des décors monumentaux.

Le metteur russe a aussi déplacé l’action dans un atelier pour femmes situé dans une sorte de pays totalitaire vaguement générique, ce qui a fait hurler à la trahison. La vérité, c’est qu’il conserve minutieusement l’ensemble de l’imagerie associée au livret, y compris l’épisode avec la statue de Jésus… et qu’il est bien difficile en réalité de ne pas voir les Carmélites.

À part quelques idées éparses et innocentes (c’est parce que son frère se montre un peu trop entreprenant avec elle que Blanche décide de fuir), il n’y a qu’un écart substantiel au livret. À la fin, les “sœurs” décident de se suicider en ouvrant des bonbonnes de gaz. Blanche arrive à temps pour défoncer la porte de la cabane dans laquelle elles se sont barricadées et elle en sauve une bonne partie en les sortant de la maison ; mais le gaz explose alors qu’elle est à l’intérieur… et ses derniers mots semblent venir de l’au-delà.

Blanche rédemptrice des Carmélites ? Pourquoi pas, après tout… surtout que l’idée du suicide n’est pas si éloignée de la résolution des Carmélites de rester ensemble après leur vœu du martyr, dont elles savent bien qu’elle les conduit tout droit à l’échafaud.

Oui, c’est de la mise en scène qui pense… mais quand elle pense avec une telle acuité et une telle cohérence, difficile de ne pas être admiratif. D’autant que Tcherniakov travaille certains détails avec un soin étonnant : je n’avais, par exemple, jamais vu la fuite de Blanche aussi bien montrée.

Le seul gros défaut de la conception de Tcherniakov, c’est qu’elle exige des “noirs” assez longs entre tous les tableaux — du moins jusqu’aux deux tiers de la pièce environ —, et qu’on finit par se lasser de ce rythme saccadé. D’autant que les moteurs qui font bouger la baraque sont particulièrement bruyants et qu’ils se mêlent parfois de façon fort peu harmonieuse à l’orchestre.

Très belle distribution. Christiane Karg (que l’on avait déjà appréciée en Sophie) est une Blanche touchante, dont le français est presque parfait. La Madame de Croissy de Sylvie Brunet est, comme à son habitude, d’une intensité dramatique étonnante, tandis qu’Anne Schwanewilms transforme magistralement Madame Lidoine en la tôlière que j’ai toujours vu dans le personnage. Le Marquis et le Chevalier de Laurent Naouri et de Stanislas de Barbeyrac sont excellents, comme toujours. Anne Christy souligne la fraîcheur et la spontanéité de Constance sans lui enlever trop de substance. Seule détonne l’épouvantable Mère Marie de Susanne Resmark : une voix à la dérive, sans tenue et sans homogénéité, dont les changements de registre aléatoires et les aigus approximatifs et voilés sont un véritable calvaire.


“Capriccio”

Palais-Garnier, Paris • 19.1.16 à 19h30
Strauss (1942). Livret : Clemens Kraus, Richard Strauss.

Direction musicale : Ingo Metzmacher. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Emily Magee (Die Gräfin), Wolfgang Köch (Der Graf), Benjamin Bernheim (Flamand), Lauri Vasar (Olivier), Lars Woldt (La Roche), Michaela Schuster (Clairon), …

Je ne me lasserai jamais de cette somptuosissime mise en scène de Robert Carsen, dont la brillante intelligence réussit une mise en abyme parfaite, aussi stupéfiante que poignante, du dilemme non résolu sur lequel la pièce s’achève.

Ingo Metzmacher propose une jolie lecture fluide et pleine de couleurs, mais on est plutôt moins emballé que lorsqu’un Hartmut Haenchen se penche sur cette partition foisonnante.

La distribution est solide. Emily Magee ne fait pas oublier Renée Fleming, mais sa Comtesse laisse subtilement entrevoir son humanité. Très belles prestations de Benjamin Bernheim et Lauri Vasar en Flamand et Olivier ; ils s’en donnent à cœur joie et parviennent à poser de manière vivante et convaincante le débat qui les agite.


“Aladdin”

Stage Theater Neue Flora, Hambourg • 16.1.16 à 20h
Musique : Alan Menken. Lyrics : Howard Ashman,Tim Rice & Chad Beguelin. Livret : Chad Beguelin. D’après le film Disney. Adaptation en allemand : Ruth Deny, Kevin Schroeder & Heiko Wohlgemuth.

Mise en scène et chorégraphie : Casey Nicholaw. Direction musicale : Klaus Wilhelm. Avec Richard-Salvador Weis (Aladdin), Tobias Weis (Dschinni), Laura Panzeri (Jasmin), Philipp Tobias Hägeli (Kassar), Stefan Tolnai (Babkak), Pedro Reichert (Omar), Ethan Freeman (Dschafar), Claus Dam (Sultan), Eric Minsk (Jago), …

La réjouissante comédie musicale qui a ouvert ses portes en 2014 à Broadway (après une production régionale à Seattle en 2011) part à l’assaut de l’Europe… ce qui était prévisible puisqu’elle est co-produite par Joop van den Ende, le propriétaire de l’empire théâtral Stage Entertainment (avec qui, très accessoirement, je partage un anniversaire).

Avant Londres dans quelques semaines, c’est à Hambourg que le spectacle s’est installé… et l’on retrouve avec un réel bonheur cette pièce dont le charme doit tant au talent insondable d’Alan Menken et Howard Ashman.

La production est une copie conforme de la version de Broadway… même si j’ai cru repérer une petite différence qui ne me revient pas à l’heure où j’écris ces lignes. Si la distribution est peut-être très légèrement moins charismatique que celle de New York, l’orchestre est en revanche dans une forme olympique. Ce n’est sans doute qu’une coïncidence, mais je suis surpris que le rôle de Jafar (que l’on écrit Dschafar en allemand) soit interprété par Ethan Freeman, un quasi-homonyme de Jonathan Freeman, qui tient le rôle à Broadway.

Le comédien qui joue le rôle du Génie (enfin du Dchinni), qui est blanc à en juger par ses mains, a le visage couvert d’un maquillage marron et doré. Ce n’est pas tout à fait du blackface, mais ce n’est pas forcément non plus de très bon goût à mon sens…


“Liebe stirbt nie”

Stage Operettenhaus, Hambourg • 16.1.16 à 15h
Love Never Dies. Musique : Andrew Lloyd Webber. Lyrics : Glenn Slater. Livret : Andrew Lloyd Webber & Ben Elton, “avec Glenn Slater & Frederick Forsyth”. Lyrics additionnels : Charles Hart. Traduction en allemand : Wolfgang Adenberg.

Mise en scène : Simon Phillips. Direction musicale : Bernhard Volk. Avec ? (le Fantôme), ? (Christine Daaé), Yngve Gasoy-Romdal (Raoul Vicomte de Chagny), Marsha Karell (Madame Giry), Ina Trabesinger (Meg Giry), ? (Fleck), Paul Tabone (Squelch), Jak Allen-Anderson (Gangle).

J’avais vu la création de Love Never Dies, la suite de Phantom of the Opera, à Londres en avril 2010. L’œuvre n’avait alors rencontré qu’un succès très limité, puisqu’elle ne tint l’affiche que dix-huit mois environ. Depuis, une nouvelle production australienne en 2011 semble avoir remis l’œuvre sur les rails, modulo une réécriture partielle. C’est cette version “australienne”, mise en scène par Simon Phillips, qui ouvre ses portes à Hambourg, avant une production américaine d’ores et déjà annoncée pour 2017.

Les différences me semblent assez subtiles, et je suis ressorti avec la même impression mitigée qu’à Londres : indifférence, voire agacement, face à cet univers gothique à la limite du grotesque, déception face à la façon dont Lloyd Webber cède à la facilité en répétant ses bonnes idées ad nauseam, … mais auss gratitude devant le louable effort de “baisser d’un ton” par rapport à la lassante grandiloquence de Phantom of the Opera.

La fin, bien qu’elle soit mise en scène de manière moins fluide qu’à Londres, reste une jolie réussite, avec en toile de fond la complainte d’une flûte qui s’éteint petit à petit alors que la tragédie atteint son dénouement. Je peux comprendre qu’on se laisse charmer.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 15.1.16 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre Pasdeloup, Stephen Betteridge. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Emma Lindars (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

Dernière représentation dans la bonne humeur. Le public réserve des ovations appuyées aux grands numéros musicaux. Je me dis que les comédiens doivent maintenant savoir s’ils seront de l’aventure américaine (mon intuition est plutôt négative), mais ils doivent dans tous les cas ressentir un pincement à l’idée que s’achève cette aventure hors du commun.


“La Double Inconstance”

Comédie-Française (Salle Richelieu), Paris • 12.1.16 à 20h30
Marivaux (1723)

Mise en scène : Anne Kessler. Avec Loïc Corbery (le Prince), Adeline d’Hermy (Silvia), Éric Génovèse (Trivelin), Stéphane Varupenne (Arlequin), Florence Viala (Flaminia), …

La mise en scène d’Anne Kessler propose une forme de mise en abyme puisqu’elle montre chaque acte à un stade différent du processus créatif : lecture, filage, … jusqu’à la représentation elle-même. Si on n’y gagne rien quant à l’appréciation des enjeux dramatiques de l’œuvre, le procédé est en revanche assez fructueux pour insérer quelques gags plutôt réussis. C’est malgré tout un procédé un peu éculé que d’autres metteurs en scène ont porté à de tels sommets qu’on ne peut s’empêcher d’y voir ici plutôt une forme de gadget.

Loïc Corbery brûle les planches, comme à son habitude, tandis que les minauderies d’Adeline d’Hermy sont toujours aussi bâdrantes. Éric Génovèse se glisse une fois de plus avec un charisme désarmant dans un personnage secondaire plein de couleur et d’originalité.


“Into the Woods”

Royal Exchange Theatre, Manchester • 10.1.16 à 14h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1987). Livret : James Lapine.

Mise en scène : Matthew Xia. Direction musicale : Sean Green. Avec Alex Gaumond (Baker), Amy Ellen Richardson (Baker’s Wife), Melissa Bayern (Witch), Francesca Zoutewelle (Cinderella), Michael Peavoy (Wolf / Cinderella’s Prince), Natasha Cottriall (Little Red Ridinghood), David Moorst (Jack), Claire Brown (Jack’s Mother), Isabelle Peters (Rapunzel), Marc Elliott (Rapunzel’s Prince), Gemma Page (Cinderella’s Stepmother / Grandmother), Maimuna Memon (Florinda), Michaela Bennison (Lucinda), Amelia Cavallo (Cinderella’s Mother), Cameron Blakely (Narrator / Mysterious Man), Michael O’Connor (Steward), …

IntothewoodsLe Royal Exchange Theatre est un lieu bien curieux, installé sous la coupole de ce qui était une bourse aux matières premières. À l’intérieur d’une sorte de bulle, des gradins circulaires délimitent un espace vers lequel tous les regards peuvent converger sans effort. Les huit portes (sans compter les balcons) fournissent autant de possibilités pour les entrées et sorties des comédiens, une configuration particulièrement idéale pour une pièce comme Into the Woods, dans laquelle les personnages se croisent et se recroisent sans cesse au gré de leurs aventures sylvestres. Les cloisons translucides permettent d’apercevoir les comédiens même après qu’ils ont quitté le théâtre, ce qui accentue le sentiment d’immersion.

Dans cet espace envoûtant, la mise en scène de Matthew Xia est exemplaire à bien des égards : attention aiguë au texte, joli sens de l’humour, fulgurances visuelles, …, le tout servi par une distribution de très bon niveau au sein de laquelle on retrouve avec plaisir Alex Gaumond, l’excellent Adam du Seven Brides For Seven Brothers d’août dernier. Malgré des costumes d’inspiration largement contemporaine qui proposent une imagerie différente et très réussie, l’ambiance de conte de fées subsiste sans difficulté. Le décor, minimal, consiste essentiellement en trois arbres dont les troncs télescopiques sortent du plancher tandis que leurs branches descendent des cintres : c’est simple et beau à la fois.

Le soin apporté à l’interprétation musicale est également remarquable. L’émotion monte naturellement au cours de la représentation et culmine de manière irrésistible lors du dénouement  déchirant. Du théâtre de très grande qualité.


“Pelléas et Mélisande”

Barbican Hall, Londres • 9.1.16 à 19h
Debussy (1902). Livret : Maurice Maeterlinck.

London Symphony Orchestra, Simon Rattle. Mise en scène : Peter Sellars. Alec Magdalena Kožená (Mélisande), Christian Gerhaher (Pelléas), Gerald Finley (Golaud), Franz-Josef Selig (Arkël), Bernarda Fink (Geneviève), …

Superbe représentation, portée par le son magnifique du LSO, dont les pupitres de bois sont si merveilleusement adaptés à la subtile musique de Debussy. Rattle propose une lecture admirablement soyeuse et poétique, pleine d’élévation et d’intensité.

Distribution de rêve, même si on a connu des Mélisande moins volontaires. Christian Gerhaher et Gerald Finley sont superbes à tous points de vue, y compris leur prononciation impeccable d’un français parfaitement compréhensible.

Mise en espace minimale mais efficace de Peter Sellars, qui fait une utilisation inspirée d’un praticable lui permettant toutes sortes de jeux sur deux niveaux.

La représentation est dédiée comme il se doit à la mémoire de Pierre Boulez.


“Grey Gardens”

Southwark Playhouse, Londres • 9.1.16 à 15h
Livret : Doug Wright. Musique : Scott Frankel. Lyrics : Michael Korie. D’après le documentaire des frères Maysles.

Mise en scène : Thom Southerland. Avec Jenna Russell (la jeune Edith Bouvier Beale, la vieille “Little” Edie Beale), Sheila Hancock (la vieille Edith Bouvier Beale), Rachel Anne Rayham (la jeune “Little” Edie Beale), Jeremy Legat (George Gould Strong), Ako Mitchell (Brooks Sr. / Jr.), Billy Boyle (J. V. “Major” Bouvier / Norman Vincent Peale), Aaron Sidwell (Joseph Patrick Kennedy, Jr. / Jerry), …

Cette comédie musicale, dont j’avais vu la création à Broadway en 2007, met en scène Edith Bouvier Beale, une tante de Jacqueline Bouvier Kennedy Onassis, et sa fille “Little” Edie, qui ont défrayé la chronique au début des années 1970 lorsque la presse a révélé qu’elles vivaient comme des clochardes dans une maison insalubre des Hamptons. Un documentaire devenu quelque peu mythique a immortalisé la vie bien singulière de ces personnages excentriques et romanesques au milieu des ordures et d’une quantité ahurissante de chats.

Les auteurs de la comédie musicale ont voulu imaginer ce qu’était la vie d’Edith et de “Little” Edie au début des années 1940, avant leur déchéance. Ils ont notamment imaginé que “Little” Edie avait failli se fiancer avec Joseph Patrick Kennedy, Jr., le frère aîné de John Fitzgerald Kennedy, qui aurait vraisemblablement été le candidat naturel des Kennedy à la présidence des États-Unis s’il n’était pas mort quelques années plus tard pendant une opération militaire. L’abandon des fiançailles aurait précipité la chute d’Edith et de “Little” Edie.

Si le premier acte présente les événements imaginaires de 1941, le deuxième acte revient à l’époque du documentaire, en 1973, en en recréant l’atmosphère et une bonne partie des dialogues. L’un des coups de génie consiste à confier à la même comédienne le rôle “Little” Edie en 1973 et de sa mère Edith en 1941.

Si la production originale m’avait laissé sur une impression mitigée, cette première londonienne, à l’excellentissime Southwark Playhouse, m’a rendu nettement plus enthousiaste. Il y a plusieurs raisons à cela.

Avant tout, l’écoute du CD du spectacle m’a permis d’apprécier nettement mieux la qualité de la partition. Elle reste un peu trop hermétique à mon goût au deuxième acte, mais le premier acte, avec ses accents si typiques du début du 20e siècle, est absolument superbe. En l’occurrence, l’orchestre d’une dizaine de musiciens — une formation presque incroyable dans un aussi petit théâtre, avec sa trompette, son cor et ses deux bois — l’interprète de manière absolument somptueuse. D’autant que, du côté de la distribution, les voix sont magnifiques et que les ensembles les plus complexes sont impeccablement au point.

Ah, cette distribution ! Jenna Russell, dans le double rôle de la jeune Edith et de la vieille “Little” Edie est bluffante ; elle dépasse largement les souvenirs que j’ai gardés de la prestation originale de Christine Ebersole à Broadway. La légendaire Sheila Hancock lui donne magistralement la réplique dans le deuxième acte dans le rôle de la vieille Edith. Et tous les rôles secondaires sont merveilleusement interprétés, en particulier par Jeremy Legat dans le rôle du touchant George Gould Strong et l’excellent Aaron Sidwell, connu en Angleterre pour avoir longtemps joué dans la série télévisée EastEnders, qui joue avec beaucoup de charisme les deux rôles de Kennedy et de Jerry, le type un peu paumé qui sert d’homme à tout faire aux deux femmes dans les années 1970.

La mise en scène de Thom Southerland, le spécialiste anglais des petits espaces, est d’une beauté et d’une créativité remarquables. Le décor somptueux de Tom Rogers lui fournit un écrin particulièrement réussi.

Sauf erreur, les dernières œuvres créées de Scott Frankel sont le superbe Far From Heaven et la première version (bien meilleure que celle actuellement à l’affiche) de Finding Neverland. J’espère que l’occasion se présentera de découvrir d’autres compositions d’une aussi belle plume.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 5.1.16 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre Pasdeloup, Stephen Betteridge. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Emma Lindars (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

Je n’ai plus grand’ chose à ajouter aux billets écrits après mes précédentes visites (12 mars 2015, 26 mars, 27 novembre, 24 décembre, 30 décembre). Désormais huilée et resserrée, la production de Carsen apparaît particulièrement à son avantage et constitue une belle illustration du talent visuel et dramatique du metteur en scène canadien. L’orchestre est toujours aussi splendide et je me réjouis à l’avance du plaisir de l’entendre une dernière fois avant que la pièce ne ferme ses portes à Paris avant son voyage transatlantique.


“Bright Star”

Kennedy Center (Eisenhower Theater), Washington DC • 3.1.16 à 13h30
Musique et livret : Steve Martin. Musique et lyrics : Edie Brickell.

Mise en scène : Walter Bobbie. Direction musicale : Rob Berman. Avec Carmen Cusack (Alice Murphy), Paul Alexander Nolan (Jimmy Ray Dobbs), Michael Mulheren (Mayor Josiah Dobbs), A. J. Shively (Billy Cane), Hannah Elless (Margo Crawford), Stephen Bogardus (Daddy Cane), Dee Hoty (Mama Murphy), Stephen Lee Anderson (Daddy Murphy), Emily Padgett (Lucy Grant), Jeff Blumenkrantz (Daryl Ames), …

BrightstarCette nouvelle comédie musicale est actuellement à l’affiche du Kennedy Center de Washington avant de venir s’installer à Broadway au printemps prochain. Elle constitue un bien curieux objet théâtral. Elle a été conçue par le célèbre Steve Martin, connu surtout comme comédien, mais qui poursuit aussi parallèlement une carrière d’auteur dramatique (parmi d’autres).

L’histoire, qui se déroule dans le sud des États-Unis pendant les années 1920 et 1940, a le mérite de n’être dérivée d’aucune source préexistante, même si elle s’inspire de faits réels. Elle est touchante à souhait et s’appuie sur quelques jolis personnages. Mais elle manque aussi un peu de complexité et s’achève sur un rebondissement que l’on voit tellement venir qu’il en perd beaucoup de son efficacité.

Le point faible de l’œuvre est, pour moi, sa partition. Si je veux bien admettre que mon manque d’affinité pour le style “country” n’enlève sans doute rien aux talents de compositeur de Steve Martin, il ne fait en revanche aucune doute que les lyrics de Bright Star sont épouvantables, plombés par l’accumulation de poncifs creux et par un contenu dramatique proche du néant.

Heureusement, la mise en scène de Walter Bobbie multiplie les touches talentueuses ; quelques images sont d’une force et d’une inventivité rares. Et la distribution, pleine de noms talentueux, donne chair aux personnages de manière très sympathique.

On ne peut s‘empêcher de faire des parallèles avec une autre œuvre qui ouvrira prochainement ses portes à Broadway, Waitress : même prédominance d’un style “country” (même si la partition de Waitress semble plus élaborée,et ses lyrics infiniment plus réussis), même type de mise en scène avec un petit orchestre visible sur scène, même manque d’expérience théâtrale d’une partie des créateurs.

Trop de banjo tue-t-il le banjo ? C’est un peu la question que l’on se pose en sortant du théâtre, tant l’instrument est présent. Steve Martin en est, semble-t-il, un interprète talentueux.


“Fiddler on the Roof”

Broadway Theatre, New York • 2.1.16 à 20h
Musique : Jerry Bock. Lyrics : Sheldon Harnick. Livret : Joseph Stein.

Mise en scène : Bartlett Sher. Chorégraphie : Hofesh Shechter. Direction musicale : Ted Sperling. Avec Danny Burstein (Tevye), Jessica Hecht (Golde), Alexandra Silber (Tzeitel), Samantha Massell (Hodel), Melanie Moore (Chava), Alix Korey (Yente), Adam Kantor (Motel), Ben Rappaport (Perchik), Nick Rehberger (Fyedka), …

FiddlerLa précédente production de Fiddler on the Roof à Broadway a fermé ses portes il y a dix ans à peine… et on nous en propose déjà une nouvelle version, conçue par Bartlett Sher, le grand artisan des récents succès du Lincoln Theatre (South Pacific, The King and I). Fiddler se déroule dans un village russe, au moment où les progroms de 1905 ont obligé des milliers de juifs à s’exiler. Par quelques touches subtiles et intelligentes, Sher en montre l’effrayante contemporanéité à une époque où les migrations forcées font la une des journaux de manière quotidienne.

Le rôle central de Tevye à été confié à Danny Burstein, un comédien charismatique et attachant qui était le Luther du South Pacific du Lincoln Center. Même si sa prestation est empreinte d’un talent indéniable et de cette chaleur dont il est coutumier, elle laisse un tout petit peu sur sa faim. Il n’est certes pas obligatoire de jouer Tevye avec l’exubérance et l’extraversion des comédiens qui ont marqué le rôle comme Topol ou Zero Mostel, mais le personnage semble avoir paradoxalement perdu un peu de sa substance dans ce portrait très, peut-être trop, nuancé.

La conception visuelle, élégante et ambitieuse, fait référence à l’univers de Chagall, qui a toujours servi de référence à l’œuvre. Elle est néanmoins réalisée de manière assez peu convaincante : les lumières toujours très vives semblent évoquer un monde sans souci… et les changements à vue sont fréquemment lents et maladroits — des pièces du décor se balancent parfois de manière intempestive… et des machinistes se trouvent régulièrement cueillis par la lumière alors qu’ils sont encore en train d’achever un mouvement.

L’œuvre reste malgré tout l’un des chefs d’œuvre du répertoire (la production originale avait tenu l’affiche presque huit ans, de 1964 à 1972). Elle est servie avec talent par une distribution de bon niveau et par la direction musicale appliquée de Ted Sperling. Le pari de repenser quelque peu la chorégraphie canonique de Jerome Robbins, que beaucoup pensent indissociable de l’œuvre (au même titre que celle de Michael Bennett est indissociable de A Chorus Line), est relevé de manière plutôt convaincante par le chorégraphe israélien Hofesh Shechter.

Il me semble qu’il manque à ce Fiddler on the Roof un petit quelque chose, une petite étincelle pour que le génie de l’œuvre se révèle pleinement. Il n’en reste pas moins que cette production possède de nombreuses qualités indéniables et qu’elle figure sans trop d’hésitation parmi les jolis succès de la saison.


“A Christmas Story: the Musical”

Paper Mill Playhouse, Millburn (NJ) • 2.1.16 à 13h30
Musique et lyrics : Benj Pasek & Justin Paul. Livret : Joseph Robinette.

Mise en scène : Brandon Ivie. Direction musicale : Ben Whiteley. Avec Ted Köch (Jean Shepherd), Colton Maurer (Ralphie), Chris Hoch (The Old Man), Elena Shaddow (Mother), Danette Holden (Miss Shields), …

J’étais déjà tombé sous le charme considérable de cette adaptation en comédie musicale d’un des films de Noël les plus connus lorsqu’elle fut présentée pour quelques semaines à Broadway fin 2012.

Trois ans plus tard, le Paper Mill Playhouse propose de revoir cette pièce à la fois touchante et originale. C’est la même production qu’à Broadway, avec son magnifique décor de Walter Spangler, même si le programme indique un nouveau metteur en scène, Brandon Ivie (qui était l’assistant de John Rando à Broadway).

Le charme opère toujours aussi bien. Les auteurs ont réussi à non seulement conserver, mais aussi amplifier les forces du scénario du film. La partition de Pasek & Paul est un concentré de plaisir. Les comédiens n’ont peut-être pas tous le charisme de la distribution de Broadway, mais ils sont quand même très attachants. Il y a un petit moment de grâce lorsque Elena Shaddow, dans le rôle de la Mère, interprète avec une belle sensibilité l’adorable chanson “Just Like That”.

Une fois encore, on est impressionné par les prestations des enfants… notamment par celle de Colton Maurer, qui porte le rôle principal de Ralphie avec un professionnalisme impressionnant.


“School of Rock”

Winter Garden, New York • 1.1.16 à 19h30
Musique : Andrew Lloyd Webber. Lyrics : Glenn Slater. Livret : Julian Fellowes, d’après le film.

Mise en scène : Laurence Connor. Direction musicale : Darren Ledbetter. Avec Jonathan Wagner (Dewey [understudy / remplaçant]), Sierra Boggess (Rosalie), Spencer Moses (Ned), Mamie Parris (Patty), … et une bande de gamins.

Je n’ai pas vu le film de 2003 dont est inspirée cette comédie musicale… et je ne suis pas sûr que ce soit une bonne façon de passer cent minutes de ma vie. Andrew Lloyd Webber s’est adjoint les services de Julian Fellowes, l’auteur de Gosford Park et de Downton Abbey, pour transformer cette aimable comédie… en aimable comédie musicale.

Le scénario imagine la métamorphose opérée par l’arrivée d’un professeur décalé dans une école privée très sélect et très collet monté. Le personnage principal n’est en réalité pas professeur — il s’est contenté de décrocher le téléphone de l’ami qui l’héberge au bon moment ; il est fanatique de rock’n’roll, vient de se faire exclure de son groupe… et la métamorphose qu’il opère consiste à monter un orchestre de rock avec ses élèves.

Le nombre d’invraisemblances dans l’histoire est monumental. Les comédies bénéficient certes d’une sorte de licence implicite, mais il me semble que la dose autorisée est largement dépassée. Je ne sais pas si cela gênait le film mais, sur scène — où la licence théâtrale est pourtant assez large —, c’est flagrant.

La partition est sans grand intérêt : comme d’habitude, Lloyd Webber accumule les citations, de lui-même (Cats) ou d’autres (Chess). La citation de Mozart, elle, est volontaire.

Le rôle principal a dû conserver les caractéristiques du film, au point que le comédien ressemble physiquement assez à Jack Black (c’est un remplaçant, mais c’est le cas aussi du titulaire d’après les photos que je peux trouver). Il reste en permanence dans la zone d’alerte qui sépare le comique de l’arrogance.

La pièce est sauvée par la bonne humeur installée par le livret et par la mise en scène. L’excellente Sierra Boggess est reléguée dans un rôle écrit à gros traits, qui ne la met guère en valeur. Les gamins ne se la jouent pas trop, mais il y a quelque chose de vaguement agaçant de voir ces très jeunes comédiens se comporter comme des adultes lorsqu’ils forment leur groupe de rock.

Bref… un spectacle sans grand intérêt et très facile à oublier. Et on se passerait des micros visibles sur le côté du visage ; on se croirait dans un spectacle parisien.


“The Radio City Christmas Spectacular”

Radio City Music-Hall, New York • 1.1.16 à 17h

Les fêtes de fin d’année ne seraient pas tout à fait complètes sans ce traditionnel spectacle construit autour du corps de ballet des Rockettes, ces danseuses aux longues jambes spécialisées dans les ensembles parfaitement synchronisés.

Le plus grand théâtre de New York est doté d’une impressionnante machinerie très joliment exploitée par le spectacle, qui mise aussi sur les technologies avancées : outre toutes sortes de projections (dont un joli film en 3D), il y a aussi, depuis l’année dernière, de gros drones en forme de flocons de neige géants qui émergent de la fosse pour survoler le public.

Le spectacle est remanié et enrichi chaque année, mais il continue à faire la place belle aux grands classiques que sont le casse-noisette des jouets, le ballet des petits soldats de bois, … ou encore — et c’est presque étonnant tant les signes religieux sont désormais sujets à controverse — la monumentale nativité qui conclut traditionnellement le spectacle avec son défilé d’ânes et de dromadaires.

Pour ma part, je suis sous le charme dès que l’orchestre émerge de la fosse d’orchestre pour interpréter l’ouverture. Le ton est donné pour 1h30 de cette magie de Noël à laquelle les Américains savent si bien s’abandonner. Et ça fait un bien fou.