“Capriccio”
“My Fair Lady”

“Dialogues des Carmélites”

Bayerische Staatsoper, Munich • 23.1.16 à 19h
Francis Poulenc (1957)

Direction musicale : Bertrand de Billy. Mise en scène : Dmitri Tcherniakov. Avec Christiane Karg (Blanche de la Force), Sylvie Brunet-Grupposo (Madame de Croissy), Anne Schwanewilms (Madame Lidoine), Susanne Resmark (Mère Marie de l’Incarnation), Anna Christy (Sœur Constance), Laurent Naouri (le Marquis de la Force), Stanislas de Barbeyrac (le Chevalier de la Force), Alexander Kaimbacher (L’Aumônier), …

Quel bonheur de retrouver cette partition qui ne manque jamais de me transporter, surtout lorsqu’elle est interprétée de façon aussi somptueuse. Je n’étais pourtant pas conquis d’avance : malgré toute l’admiration que j’ai pour Bertrand de Billy, un chef remarquable tragiquement sous-employé dans son pays d’origine, je l’avais déjà entendu diriger Dialogues à Vienne début 2008 et le moins qu’on puisse dire est que je n’avais pas été convaincu par ce qu’il avait tiré du Radio-Symphonieorchester Wien.

Avec le Bayerisches Staatsorchester, c’est au contraire un festival de couleurs envoûtantes et de contrastes sublimes. Faut-il y voir l’héritage de Kent Nagano ? Les clairs obscurs boisés dominent tandis que cuivres restent prudemment à l’arrière-plan ; les tempi s’étirent avec une expressivité souvent bouleversante. Avec une palette expressive aussi riche et inspirée, on est fréquemment terrassé par l’émotion. Je suis toujours très sensible à Dialogues — peut-être l’opéra que j’emporterais sur une île déserte s’il fallait n’en choisir qu’un —, mais rarement autant qu’en ce samedi soir à Munich.

D’autant que c’était l’occasion de découvrir enfin — après plusieurs tentatives infructueuses — la fameuse mise en scène de Dmitri Tcherniakov, aussi controversée qu’elle est intelligente.

Tcherniakov a littéralement enfermé l’action dans une baraque à la dérive sur l’immense scène de la Staatsoper. L’image des sœurs enfermées dans cette boîte étroite est d’une force rare. Elle constitue une traduction visuelle de la psychologie des Carmélites autrement plus efficace que l’imagerie des mises en scène traditionnelles, généralement installées dans des décors monumentaux.

Le metteur russe a aussi déplacé l’action dans un atelier pour femmes situé dans une sorte de pays totalitaire vaguement générique, ce qui a fait hurler à la trahison. La vérité, c’est qu’il conserve minutieusement l’ensemble de l’imagerie associée au livret, y compris l’épisode avec la statue de Jésus… et qu’il est bien difficile en réalité de ne pas voir les Carmélites.

À part quelques idées éparses et innocentes (c’est parce que son frère se montre un peu trop entreprenant avec elle que Blanche décide de fuir), il n’y a qu’un écart substantiel au livret. À la fin, les “sœurs” décident de se suicider en ouvrant des bonbonnes de gaz. Blanche arrive à temps pour défoncer la porte de la cabane dans laquelle elles se sont barricadées et elle en sauve une bonne partie en les sortant de la maison ; mais le gaz explose alors qu’elle est à l’intérieur… et ses derniers mots semblent venir de l’au-delà.

Blanche rédemptrice des Carmélites ? Pourquoi pas, après tout… surtout que l’idée du suicide n’est pas si éloignée de la résolution des Carmélites de rester ensemble après leur vœu du martyr, dont elles savent bien qu’elle les conduit tout droit à l’échafaud.

Oui, c’est de la mise en scène qui pense… mais quand elle pense avec une telle acuité et une telle cohérence, difficile de ne pas être admiratif. D’autant que Tcherniakov travaille certains détails avec un soin étonnant : je n’avais, par exemple, jamais vu la fuite de Blanche aussi bien montrée.

Le seul gros défaut de la conception de Tcherniakov, c’est qu’elle exige des “noirs” assez longs entre tous les tableaux — du moins jusqu’aux deux tiers de la pièce environ —, et qu’on finit par se lasser de ce rythme saccadé. D’autant que les moteurs qui font bouger la baraque sont particulièrement bruyants et qu’ils se mêlent parfois de façon fort peu harmonieuse à l’orchestre.

Très belle distribution. Christiane Karg (que l’on avait déjà appréciée en Sophie) est une Blanche touchante, dont le français est presque parfait. La Madame de Croissy de Sylvie Brunet est, comme à son habitude, d’une intensité dramatique étonnante, tandis qu’Anne Schwanewilms transforme magistralement Madame Lidoine en la tôlière que j’ai toujours vu dans le personnage. Le Marquis et le Chevalier de Laurent Naouri et de Stanislas de Barbeyrac sont excellents, comme toujours. Anne Christy souligne la fraîcheur et la spontanéité de Constance sans lui enlever trop de substance. Seule détonne l’épouvantable Mère Marie de Susanne Resmark : une voix à la dérive, sans tenue et sans homogénéité, dont les changements de registre aléatoires et les aigus approximatifs et voilés sont un véritable calvaire.

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