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Posts from September 2015

“A Little Night Music”

Huntington Theatre Company at the Boston University Theatre • 20.9.15 à 19h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler. 

Mise en scène : Peter DuBois. Direction musicale : Jonathan Mastro. Avec Haydn Gwynne (Desirée Armfeldt), Bobbie Steinbach (Madame Armfeldt), Stephen Bogardus (Fredrik Egerman), Mike McGowan (Count Carl-Magnus Malcolm), Lauren Molina (Countess Charlotte Malcolm), McCaela Donovan (Petra), Pablo Torres (Henrik Egerman), Morgan Kirner (Anne Egerman), Lauren Weintraub (Fredrika Armfeldt)…

MusicJ’avoue avoir été un peu déçu par cette production de l’un des chefs d’œuvre de Sondheim. A Little Night Music commence par une longue introduction assez virtuose confiée à un quintette vocal, qui se doit d’être absolument impeccable. Or ce n’est pas le cas en l’occurrence… et on ne se remet jamais complètement de cette mauvaise impression initiale, d’autant qu’elle est marquée aussi par quelques difficultés dans la fosse.

Il y a pourtant de très bons comédiens dans la distribution, notamment Stephen Bogardus et Lauren Molina, deux “noms” de Broadway, qui ne font qu’une bouchée de leurs rôles respectifs — Molina est particulièrement irrésistible en Charlotte, mais c’est un rôle en or. On aime aussi beaucoup la Madame Armfeldt de Bobbie Steinbach, peut-être l’une des meilleures incarnations du rôle que j’aie vues.

Le cas de Haydn Gwynne est particulier. J’aime beaucoup cette comédienne anglaise, révélée par Billy Elliot, que j’ai vue également dans Company et dans Women on the Verge of a Nervous Breakdown. Mais je n’arrive pas du tout à la trouver crédible en Desirée (je respecte l’orthographe du livret), dont elle n’a selon moi ni le physique ni la voix.

La mise en scène est soignée… dans l’étonnant théâtre de la Boston University, un magnifique théâtre à l’italienne qui ressemble à une maison de Broadway. Le décor du deuxième acte, même s’il faut un peu “déjà vu”, est très réussi et permet de bien gérer les nombreux changements de lieux.

Mais les faiblesse de la distribution et les difficultés occasionnelles à l’orchestre empêchent à la pièce de s’élever complètement à la hauteur qu’elle mériterait.


“Waitress”

American Repertory Theatre, Boston • 20.9.15 à 14h
Musique & lyrics : Sara Bareilles. Livret : Jessie Nelson. D’après le film d’Adrienne Shelly (2007).

Mise en scène : Diane Paulus. Direction musicale : Nadia DiGiallonardo. Avec Jessie Mueller (Jenna), Eric Anderson (Cal), Keala Settle (Becky), Jeanna de Waal (Dawn), Dakin Matthews (Joe), Joe Tippett (Earl), Drew Gehling (Dr. Pomatter), Jeremy Morse (Ogie), Giana Ribeiro (Lulu), …

WaitressUne obligation professionnelle à Boston m’a donné l’occasion d’aller découvrir cette nouvelle comédie musicale inspirée du film d’Adrienne Shelly de 2007, d’ores et déjà annoncée à Broadway pour le printemps prochain.

L’histoire suit un modèle assez stéréotypé : elle est enfermée dans un mariage malheureux mais surnage grâce à un optimisme naturel et à un talent, la pâtisserie, qui la rapproche des autres. Grâce à un coup de pouce du destin, elle va pouvoir s’offrir une nouvelle vie pleine d’espoir et d’optimisme. Les personnages, eux aussi, n’échappent que rarement à certains poncifs un peu éculés.

La partition ne se laisse pas facilement apprivoiser. L’écriture de Sara Bareilles, influencée par la country, est assez complexe… un peu dans le style de ce qu’écrit Michael John LaChiusa. Il est rare qu’une phrase musicale se résolve exactement là où on s’y attend ; cette recherche permanente du décalage met un peu mal à l’aise.

Malgré tout, on se laisse prendre par le cœur émotionnel de l’histoire, grâce à une mise en scène résolument optimiste de Diane Paulus et à l’interprétation très attachante de Jessie Mueller, récemment récompensée par un Tony Award pour sa prestation dans Beautiful.

Mention spéciale pour Drew Gehling, qui propose une prestation exceptionnelle dans le rôle du Docteur Pomatter, l’adorable médecin qui va aider Jenna à voir le bout du tunnel… même s’il est lui même marié — l’un des rares points sur lesquels le livret s’autorise à rendre une situation un peu complexe et, partant, un peu plus juteuse sur le plan dramatique.


“The King and I”

Vivian Beaumont Theatre, Lincoln Theatre, New York • 19.9.15 à 20h
Musique : Richard Rodgers. Livret & lyrics : Oscar Hammerstein II. D’après le roman Anna and the King of Siam de Margaret Landon.

Mise en scène : Bartlett Sher. Direction musicale : Ted Sperling. Avec Jose Llana (The King of Siam), Kelli O’Hara (Anna Leonowens), Ruthie Ann Miles (Lady Thiang), Paul Nakauchi (Kralahome), Q Lim (Tuptim [understudy / remplaçante]), Conrad Ricamora (Lun Tha), …

KingNouvelle visite à cette imposante production que j’avais déjà vue en avril. Je me suis nettement plus laissé charmer cette fois par la magie de la pièce.

C’est un nouveau Roi, Jose Llana, qui mène désormais la distribution aux côtés de Kelli O’Hara. Il est peut-être un peu jeune, mais il est excellent dans tous les registres… et, contrairement à son prédécesseur Ken Watanabe, on comprend ce qu’il dit.

L’alchimie des deux personnages principaux fait beaucoup pour porter la pièce. J’ai trouvé Kelli O’Hara beaucoup plus détendue, excellente dans le registre humoristique, ce qui équilibre de manière plutôt réussie son évidente obsession pour la beauté du chant.

Pour le reste, la production est toujours aussi impressionnante, même si la force du visuel du tableau initial n’est jamais égalée par la suite, ce qui pose un petit problème sur le plan dramatique.


“Spring Awakening”

Brooks Atkinson Theatre, New York • 19.9.15 à 14h
Livret et lyrics : Steven Sater. Musique : Duncan Sheik. D’après la pièce de Frank Wedekind.

Mise en scène : Michael Arden. Avec Austin P. McKenzie (Melchior), Sandra Mae Frank (Wendla), Katie Boeck (Voice of Wendla), Daniel N. Durant (Moritz), Alex Boniello (Voice of Moritz), Krysta Rodriguez (Ilse), Andy Mientus (Hanschen), Joshua Castille (Ernst), Van Hughes (Voice of Ernst [understudy / remplaçant]), Patrick Page, Marlee Matlin, Camryn Manheim, …

SpringJ’avais très peu apprécié cette comédie musicale lorsque je l’avais vue, peu après sa création, en mars 2007. Cette nouvelle production, originaire de Californie, en présente une version très efficacement repensée sur le plan de la forme, sans pour autant me conduire à réévaluer significativement mon jugement.

L’innovation vient de la présence, au sein de la distribution, de comédiens sourds-muets (avec sans doute toutes sortes de subtilités qui m’échappent). Ils s’expriment le plus souvent en “American Sign Language”, l’une des variantes de la langue des signes. Auquel cas le relais “auditif” est pris par d’autres comédiens qui les doublent… ou par des surtitres projetés sur le décor… quand ils n’essaient pas purement et simplement de “parler” comme semble-t-il on a cherché à y obliger les sourds-muets au 19e siècle. Une façon pour la forme et le fond de se rejoindre de manière assez subtile.

S’y ajoutent les changements de rôles de certains des musiciens, qui prennent aussi la parole de temps à autre. Les combinaisons sont assez nombreuses, d’une assez grande créativité, et c’est ce qui fait principalement le charme de cette production, dans laquelle on retrouve par ailleurs une comédienne mythique, Marlee Matlin, qui a gagné l’Oscar de la meilleure actrice en 1986 pour Children of a Lesser God.

Pour le reste, c’est toujours la même comédie musicale un peu grandiloquente. Les affres adolescentes sont toujours un peu ridicules, même si elles sont vécues avec sincérité. L’adaptation en comédie musicale ne fait qu’amplifier et magnifier ce sentiment… et c’est à l’arrivée un cocktail un peu indigeste qu’on nous demande d’ingurgiter. Dans cette version aussi, des micros font leur apparition… et c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Très belle distribution, très engagée… bien qu’on s’inquiète un peu pour la voix d’Austin P. McKenzie, le titulaire du rôle principal de Melchior, qui donne de sérieux signes de faiblesse alors que la pièce n’a toujours pas joué sa “première” officielle.


“Finding Neverland”

Lunt-Fontanne Theatre, New York • 17.9.15 à 19h30
Musique & lyrics : Gary Barlow & Eliot Kennedy. Livret : James Graham. D’après le film du même nom.

Mise en scène : Diane Paulus. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Matthew Morrison (J. M. Barrie), Laura Michelle Kelly (Sylvia Llewelyn Davies), Anthony Warlow (Charles Frohman / Hook), Teal Wicks (Mary Barrie), Courtney Balan (Mrs. du Maurier [understudy / remplaçante]), Christopher Richards (Peter Llewelyn Davies), Noah Hinsdale (Michael Llewelyn Davies), Eli Tokash (Jack Llewelyn Davies), Jackson Demott Hill (George Llewelyn Davies).


NeverlandJ’avais fait part de mon incrédulité face à cet assez mauvais spectacle lorsque j’en avais vu les tryouts de Boston il y a un an. Depuis, la pièce s’est installée à Broadway et semble avoir trouvé son public.

Je persiste pourtant à penser que la partition est relativement insipide, que le livret est mal fichu et que la mise en scène est plombée par une trivialité de bas étage lorsqu’elle recourt aux formes les plus grossières d’humour physique, en parfait décalage avec le propos.

Pour autant, l’histoire de la genèse de Peter Pan reste assez profondément touchante. Et la mise en scène est illuminée par quelques moments d’inspiration, en particulier à la fin du premier acte et, vers la fin de la pièce, au moment de la mort de Sylvia Llewelyn Davies.

L’attachante distribution gagne vite les faveurs du public. Deux changements importants sont intervenus depuis Boston : c’est désormais Matthew Morrison qui interprète le rôle de J. M. Barrie. J’aimais beaucoup Jeremy Jordan mais Morrison, moins jeune, est plus crédible, en dépit d’un curieux accent écossais. Et c’est le toujours excellent Anthony Warlow qui interprète désormais le rôle du producteur Charles Frohman. Comme à Boston, une mention spéciale pour Laura Michelle Kelly, qui continue à illuminer la scène de son charisme incroyable.


“Irma la douce”

Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris • 16.9.15 à 20h
Musique : Marguerite Monnot. Livret et lyrics : Alexandre Breffort.

Mise en scène : Nicolas Briançon. Direction musicale : Gérard Daguerre. Avec Marie-Julie Baup (Irma), Lorànt Deutsch (Nestor / Oscar), Nicole Croisille (Maman), …

IrmaCette nouvelle production parisienne de l’une des rares comédies musicales françaises à avoir traversé l’Atlantique pour s’installer à Broadway (en 1960) réserve de bien agréables surprises.

On aime la mise en scène intelligente, attentive aux humeurs du texte, qui appuie aux bons moments et avec inspiration sur la pédale de l’humour. Sans rien enlever à Nicolas Briançon, on croit percevoir des échos de la belle mise en scène qu’avait conçue Jérôme Savary à Chaillot il y a quinze ans. Malheureusement, Briançon doit se satisfaire d’un décor autrement moins élaboré que la sublime création de Jean-Marc Stehlé, l’un des plus beaux décors de théâtre que j’aie vus de ma vie.

On aime la distribution, juste et touchante jusqu’au dernier rôle secondaire, menée par trois très belles têtes d’affiche : la délicieuse Marie-Julie Baup, qui donne une très belle voix à Irma, le Nestor doucement rêveur de Lorànt Deutsch et la “Maman” de la décidément étonnante Nicole Croisille.

On aime enfin les talentueux arrangements de Gérard Daguerre pour un petit orchestre de six musiciens, où le synthétiseur est heureusement banni. 

Seule fausse note : les invectives que déverse le personnage de Maman tout au long de la pièce en direction d’un malheureux spectateur choisi au hasard. Le procédé est déplacé, inutile et globalement détestable.


Concert San Francisco Symphony / MTT à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 14.9.15 à 20h30
San Francisco Symphony, Michael Tilson Thomas

Beethoven : concerto pour piano n° 4 (Yuja Wang, piano)
Mahler : symphonie n° 1

MttSi Bychkov fait partie des chefs qui se bonifient avec l’âge, Tilson Thomas ne bénéficie pas de ce supplément de génie qui semble venir illuminer la maturité de certains grands chefs.

Au contraire, sa conduite semble de moins en moins pénétrée par une authentique émotion. Beaucoup de choix semblent mécaniques — plus fort, moins fort, plus rapide, plus lent. On ne sait s’il faut y voir un épuisement malencontreux de la sensibilité, un choix artistique assumé ou tout simplement de la lassitude. Toujours est-il que certains passages inspirent plus l’ennui que l’exaltation.

Ce n’est heureusement pas le cas en permanence, surtout que la partition sait se défendre… et, à défaut de génie dans la direction, on peut admirer le son magnifique de l’orchestre… tout particulièrement du côté des vents. Le finale reste un grand moment.

Yuja Wang est loin de faire l’unanimité… et pourtant j’ai trouvé son concerto de Beethoven assez sensible, loin d’une virtuosité aride et sans âme… et même parsemée de petites failles — des articulations un peu inégales — d’une attachante humanité. Je persiste cependant à préférer les pianistes qui attaquent plus franchement le clavier : malgré sa technique époustouflante, Wang choisit trop souvent d’effleurer les touches du piano plutôt que de les enfoncer franchement.


Concert Wiener Philharmoniker / Bychkov au KKL

KKL, Lucerne • 12.9.15 à 18h30
Wiener Philharmoniker, Semyon Bychkov

Haydn : symphonie n° 44, “funèbre”
Wagner : Wesendonck-Lieder (Elisabeth Kulman, alto)
Brahms : symphonie n° 3

BychkovSemyon Bychkov fait partie de ces chefs qui s’améliorent avec l’âge. Sa conduite, tout en rondeur et en subtilité, est terriblement efficace dans la symphonie “funèbre” de Haydn (dont le troisième mouvement a été joué aux obsèques du compositeur). Mon contact annuel avec Haydn s’en est trouvé singulièrement satisfaisant.

La symphonie de Brahms, qui met magnifiquement en valeur les timbres de l’orchestre, manque peut-être un tout petit peu d’aspérités, mais l’attachement évident du chef au lyrisme de la partition rend l’expérience chaleureuse et vaguement enivrante.

Mais la soirée appartient à la géniale Elisabeth Kulman, impériale dans les Wesendock-Lieder. Tour à tour élégiaque et intensément passionnée, elle porte au texte une attention qui la rend irrésistible. Elle tempère habilement son autorité naturelle par une capacité attachante à se laisser porter par la musique et par l’orchestre. Une grande et belle interprétation.


“887”

Théâtre de la Ville, Paris • 9.9.15 à 20h30
Mise en scène, conception et interprétation : Robert Lepage

887Un spectacle conçu par un amoureux du théâtre pour les amoureux du théâtre. Avec sa compagnie Ex Machina, le Québécois Robert Lepage nous rappelle avec un talent singulier que le pouvoir du théâtre naît d’une rencontre subtile entre fond et forme. Je me souviendrai toujours avec émotion de l’émerveillement ressenti devant son Rossignol. On garde aussi un bon souvenir de son Blue Dragon, ainsi bien sûr que de son ambitieux Ring new-yorkais (R, W, S, G), controversé mais d’une ambition remarquable.

887 commence sans brigadier, sans ouverture cérémonielle. Lepage, seul sur scène, parcourt avec un hasard fort habilement organisé le fil d’un souvenir personnel. D’association d’idées en association d’idées, la pièce le conduit de l’autobiographie à l’histoire de la conscience sociale québécoise contemporaine. Partant d’une anecdote sur la mémorisation, le texte éclaire à sa façon les imbrications subtiles entre mémoire personnelle et expérience collective, alimenté par un savant mélange d’humour et d’émotion. Et son apparent vagabondage masque en réalité une réelle discipline : tous les pans de l’histoire finissent par converger ; aucun des petits cailloux semés au fil de la représentation n’est laissé à l’abandon. Jusqu’à une belle scène finale qui noue le dernier nœud avec le dernier bout de ficelle encore apparent.  

Comme tous les opus de Robert Lepage, la pièce ne serait rien sans une conception visuelle quasiment indissociable du texte. L’ingénieux décor à facettes, qui révèle progressivement ses secrets de manière  jubilatoire, est à l’image du parcours entre les souvenirs du narrateur. Les superbes atmosphères lumineuse et sonore créent un écrin savoureux pour accompagner ce précieux voyage au fil de la mémoire. L’émotion sensorielle démultiplie l’émotion des souvenirs, qu’amplifie encore la simplicité apparente du propos.

On ressort comme envoûté par cette belle démonstration du pouvoir du théâtre.


“Thoroughly Modern Millie”

Landor Theatre, Londres • 6.9.15 à 15h
Musique : Jeanine Tesori. Lyrics : Dick Scanlan. Livret : Richard Morris. D’après le film de George Roy Hill de 1967.

Mise en scène : Matthew Iliffe. Direction musicale : Chris Guard. Avec Francesca Lara Gordon (Millie Dillmount), Ben Stacey (Jimmy Smith), Steph Parry (Mrs. Meers), Sarah-Marie Maxwell (Miss Dorothy Brown), Chipo Kureya (Muzzy Van Hossmere), Alex Codd (Ching Ho), Samuel Harris (Mr. Trevor Graydon), Christina Meehan (Miss Flannery), Anthony Starr (Bun Foo),…

MillieLe petit Landor Theatre s’attaque une fois encore à un projet ambitieux : présenter la pièce qui a remporté à Broadway le Tony Award de la meilleure comédie musicale en 2002.

Je n’ai qu’une affinité limitée pour Thoroughly Modern Millie, que j’ai vue jusqu’à présent à Broadway, dans le West End et dans la banlieue de Chicago. Je trouve la partition de Jeanine Tesori inégale : quelques airs sont plutôt réussis, mais le reste est parfaitement oubliable. Le livret sauve néanmoins la mise grâce à son humour… et ce sont les productions qui jouent le mieux cette carte qui sont les plus fructueuses.

C’est le cas en l’occurrence, grâce à une mise en scène ingénieuse et dynamique, dans le joli décor de Andrew Riley. La chorégraphie originale et pleine de fantaisie de Sam Spencer Lane contribue aussi beaucoup au succès de l’entreprise.

La distribution est particulièrement attachante. Mention spéciale pour les rôles les plus légers : le Ching Ho impayable et touchant à la fois de l’excellent Alex Codd et la Miss Flannery déjantée de Christina Meehan.


Prom 67 : “Bernstein – Stage and Screen”

Royal Albert Hall, Londres • 5.9.15 à 17h30

Le John Wilson Orchestra et les Maida Vale Singers, sous la direction de John Wilson. Avec Louise Dearman, Julian Ovenden, Lucy Schaufer, Scarlett Strallen.

JohnwilsonLa prestation annuelle du John Wilson Orchestra reste l’un des événements les plus attendus des Proms ; le concert est invariablement complet quelques heures à peine après l’ouverture de la location. 

C’est cette année Leonard Bernstein qui est à l’honneur. Le programme rend hommage aussi bien à ses œuvres scéniques, y compris les moins connues (avec l’opéra Trouble in Tahiti et les comédies musicales Peter Pan et 1600 Pennsylvania Avenue), qu’à sa contribution à la musique de film (avec l’interminable suite orchestrale du film On the Waterfront, le point bas du concert).

L’effectif de l’orchestre permet d’interpréter la belle musique de Bernstein dans des conditions luxueuses… parfois meilleures que celles qui prévalaient à la création des œuvres. Les chanteurs, dont plusieurs sont des habitués, font preuve d’une belle intimité avec la palette stylistique des extraits interprétés. Le concert se termine en apothéose avec le sublime “Make Our Garden Grow” de Candide (frissons garantis), avant que le public n’obtienne en bis une remarquable interprétation de “America” de West Side Story.

Mention spéciale à la superbe veste de smoking de Julian Ovenden, une belle veste croisée crème à col châle d’une rare élégance.


“Bugsy Malone”

Lyric Hammersmith, Londres • 5.9.15 à 15h
Musique & lyrics : Paul Williams. Livret : Alan Parker.

Mise en scène : Sean Holmes. Chorégraphie : Drew McOnie. Distribution tournante.

BugsyBugsy Malone est à l’origine un film musical de 1976, réalisé par Alan Parker. Cette histoire de gangsters à l’ère de la prohibition a la particularité d’être interprétée par des enfants… et la violence y est donc adoucie en conséquence, puisque les armes ne tirent pas des balles mais de la crème.

Des versions scéniques de l’histoire sont montées de temps en temps. Je me souviens notamment d’une excellente production du National Youth Music Theatre il y a une petite vingtaine d’années.

Le Lyric Hammersmith a choisi Bugsy Malone pour célébrer sa réouverture après des travaux de rénovation. C’est une production solide et originale, illuminée par la chorégraphie du génial Drew McOnie, dont le style est presque instantanément identifiable.

Les comédiens en herbe sont tous extrêmement engagés, mais ils n’ont pas tous été visités avec la même générosité par la muse de l’art dramatique. Si certains sont déjà bluffants, d’autres ont malheureusement un mal fou à ne pas sonner “faux”.


Concert Boston Symphony Orchestra / Nelsons à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 3.9.15 à 20h30
Boston Symphony Orchestra, Andris Nelsons

R. Strauss : Don Quichotte (Yo-Yo Ma, violoncelle ; Steven Ansell, alto)
Chostakovitch : symphonie n° 10

NelsonsLa nouvelle saison de la Philharmonie de Paris débute en beauté avec un concert superlatif.

La symphonie de Chostakovitch est particulièrement époustouflante malgré quelques microscopiques décalages dans le vertigineux deuxième mouvement. Nelsons y déploie une vision pleine de contraste et de couleurs mais attachée à un sens admirable de l’architecture globale. L’énergie de l’orchestre est considérable ; les pupitres brillent à tour de rôle, en particulier les remarquables solistes de la petite harmonie. Le génie de Chostakovitch se trouve magnifié par la rencontre d’autant de talents.