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Posts from June 2015

“Les Parapluies de Cherbourg”

Théâtre du Châtelet, Paris • 28.6.15 à 20h
Musique : Michel Legrand. Paroles : Jacques Demy.

Orchestre Pasdeloup, Michel Legrand. Mise en espace : Vincent Vittoz. Avec Marie Oppert (Geneviève Emery), Vincent Niclo (Guy Foucher), Natalie Dessay (Madame Emery), Laurent Naouri (Laurent Cassard), Louise Leterme (Madeleine), Jasmine Roy (Tante Élise / Madame Germaine), Franck Vincent, Franck Lopez, Arnaud Léonard, Elsa Dreisig (Jenny).

UmbrellasJe n’étais pas en France lorsque cette “version symphonique” de la partition du film de Jacques Demy a été créée dans ce même Théâtre du Châtelet en septembre 2014. Lorsque le Châtelet a annoncé trois nouvelles représentations en cette fin de saison, le sang de l’admirateur de Michel Legrand que je suis n’a fait qu’un tour.

Malgré les échos enthousiastes du spectacle, malgré mon amour sans borne pour le film de Jacques Demy… je ne m’attendais pas à ressortir à ce point enchanté.

Enchanté, bien sûr, au premier chef par la partition de Michel Legrand… sublimement arrangée pour quintette de jazz et orchestre symphonique. La musique est un bonheur permanent ; les contre-chants foisonnent, que ce soit aux cordes ou aux vents ; les harmonies fascinent.

Enchanté aussi par le sans-faute d’une distribution de rêve, constituée majoritairement de chanteurs que je ne connaissais pas mais qui semblent unis par une intimité totale avec le style Demy / Legrand, auquel ils rendent un hommage touchant, qui est un sans-faute sur toute la ligne.

J’avoue être arrivé avec quelques doutes sur la capacité d’une Natalie Dessay à embrasser le style adéquat. Doutes infondés tant Dessay est exemplaire : style impeccable, diction de rêve, engagement dramatique parfaitement convaincant sans être surjoué. Son mari Laurent Naouri lui volerait presque la vedette tant son irrésistible voix de velours convient au personnage de Roland Cassard.

J’ose le dire : tout cela est encore plus agréable à écouter que la bande-son du film, pourtant délicieuse à souhait. Si l’on ajoute l’idée excellente des quelques éléments de décor (trop rares) conçus par le génial Sempé… on obtient un spectacle au charme infini, un moment de légèreté et de grâce rare et précieux.


“Face the Music”

Ye Olde Rose & Crown, Londres • 28.6.15 à 15h
Musique et lyrics : Irving Berlin. Livret : Moss Hart.

Mise en scène : Brendan Matthew. Direction musicale : Aaron Clingham. Avec David Anthony, Laurel Dougall, Samuel Haughton, Joanne Clifton, Joanna Hughes, Alessandro Lubrano, Ceris Hine, Lewis Dewar Foley, Lewis Asquith, James Houlbrooke, Emily McAvoy, Ross McNeill, Kirsten Stark, Daniel-James Webster.

FaceWeek-end thématique : après A Damsel in Distress, inspiré par un film de 1937 et sa partition de George & Ira Gershwin, voici une comédie musicale de 1932 écrite par Irving Berlin & Moss Hart, déjà redécouverte en 2007 dans le cadre de la série des “Encores!” à New York.

C’est cette même version de 2007 qui est présentée à Londres dans l’un de mes petits théâtres préférés, où la modestie des moyens mis en oeuvre (quatre musiciens seulement) est souvent compensée par l’enthousiasme évident d’une distribution majoritairement composée de jeunes artistes en début de carrière.

Le charme infini de l’œuvre est bien présent même si le livret, de manière assez caractéristique pour les années 1930, n’est pas toujours très bien ficelé. Mais les approximations sont compensées par une bonne humeur générale, elle aussi très représentative de ces années de Grande Dépression.


“A Damsel in Distress”

Festival Theatre, Chichester • 27.6.15 à 19h30
Musique et lyrics : George & Ira Gershwin. Livret : Jeremy Sams & Robert Hudson, d’après le roman de P.G. Wodehouse et la pièce de Wodehouse & Ian Hay.

Mise en scène et chorégraphie : Rob Ashford. Direction musicale : Alan Williams. Avec Richard Fleeshman (George Bevan), Summer Strallen (Maud Marshmoreton), Richard Dempsey (Reggie Byng), Melle Stewart (Alice Keggs), Nicholas Farrell (Lord Marshmoreton), Sally Ann Triplett (Billie Dore), Isla Blair (Lady Caroline Byng), David Roberts (Pierre), Chloë Hart (Dorcas), Desmond Barrit (Keggs), …

DamselQuel bonheur ! Le livret de cette comédie musicale trouve son inspiration dans un roman de P.G. Wodehouse de 1919, tandis que la partition est tirée pour l’essentiel du film musical de 1937 qui mettait en vedette l’inimitable Fred Astaire, pour qui George & Ira Gershwin ont composé quelques unes de leurs plus belles chansons.

Le mérite principal des auteurs de cette nouvelle version scénique est d’avoir réussi à conserver la légèreté et cet humour si caractéristique de Wodehouse. Le résultat est comme un tourbillon de bonheur, dans lequel les comédiens semblent prendre au moins autant de plaisir que le public à enchaîner des numéros musicaux charmants et pleins d’esprit.

L’essentiel de l’action se déroule dans un vieux château où s’opère une rencontre improbable et rythmée entre des strates sociales bien éloignées : aristocratie, serviteurs, comédiens américains de passage. L’élégant décor sur tournette de Christopher Oram réserve beaucoup de joyeuses surprises, entre les passages secrets du château et la jolie idée pour figurer la chute de George depuis la tour où est enfermée la jeune-femme dont il est épris. 

Distribution impeccable : Richard Fleeshman, dans le rôle du showman américain de passage, a du charme à revendre ; Nicholas Farrell est irrésistible dans le rôle du vieil aristocrate qui entrevoit enfin la possibilité de réaliser son rêve : épouser une chorus girl ; Isla Blair est impayable dans le rôle de la douairière intraitable ; tandis que David Roberts apporte une joyeuse fantaisie au chef de cuisine français, Pierre.

On imagine que, si le metteur en scène et chorégraphe américain Rob Ashford est venu créer cette nouvelle pièce à Chichester, c’est qu'il a des ambitions de l’autre côté de l’Atlantique. Espérons qu’un éventuel transfert permette de préserver cet humour si britannique, léger comme de la chantilly, pétillant comme des bulles de champagne, si parfait en ce début d’été.


“Fun Home”

Circle in the Square, New York • 20.6.15 à 20h
Musique : Jeanine Tesori. Livret & lyrics : Lisa Kron, d’après la bande dessinée autobiographique de Alison Bechdel.

Mise en scène : Sam Gold. Direction musicale : Chris Fenwick. Avec Michael Cerveris (Bruce), Beth Malone (Alison), Sydney Lucas (Small Alison), Lauren Patten (Medium Alison [understudy / remplaçante]), Judy Kuhn (Helen), Roberta Colindrez (Joan), Joel Perez (Roy / Mark / Pete / …), Zell Steele Morrow (John), Oscar Williams (Christian).

Funhome

Fun Home, qui vient de recevoir le “Tony Award” de la meilleure comédie musicale de la saison, est une œuvre singulière. Elle est en effet inspirée par une bande dessinée autobiographique dans laquelle Alison Bechdel, une auteure homosexuelle, rassemble des souvenirs épars de son enfance et de son adolescence dans une famille marquée par la personnalité d’un père secrètement homosexuel et qui finira par mettre fin à ses jours.

On ne peut que se réjouir de voir une comédie musicale traiter un sujet aussi “adulte” sur une scène de Broadway, qui plus est sur un mode non-linéaire aussi exigeant qu’efficace. Le soin apporté à la conception et à l’interprétation est évident, mais cette pièce non-linéaire de 90 minutes donne vaguement l’impression qu’elle aurait pu aller plus loin.

Il y a trois chansons marquantes : “Ring of Keys”, dans laquelle la jeune Alison découvre subtilement son homosexualité ; “Changing My Major”, que chante Alison adolescente après sa première expérience sexuelle ; et, dans une moindre mesure, “Days and Days”, la chanson de souffrance de la mère, Helen, confrontée à la double vie de son mari. Mais trois chansons marquantes, c’est un peu court… et on ne peut s’empêcher de penser que d’autres moments-clés de cette belle histoire auraient sans doute mérité d’être davantage développés.  

La mise en scène fluide de Sam Gold utilise subtilement l’espace non-conventionnel du théâtre (même si j’ai été un peu agacé de découvrir l’existence d’un angle mort significatif depuis ma place, située là où se trouve normalement la scène). La distribution est impeccable. On y retrouve notamment l’excellent Michael Cerveris, impeccable dans le rôle du père… et la légendaire Judy Kuhn, à qui on aurait souhaité un rôle peut-être un peu plus écrit. Les différentes Alison (enfant, adolescente, adulte) sont toutes les trois excellentes.

La musique de Jeanine Tesori (Violet, Caroline, or Change, Shrek), comme d’habitude, ne se laisse pas forcément apprivoiser très facilement. Mais l’émotion, au total, est réelle grâce à une alchimie subtile et touchante entre les différentes composantes d’une pièce sincère et authentique.


“Ever After”

Paper Mill Playhouse, Millburn • 20.6.15 à 13h30
Musique : Zina Goldrich. Livret et lyrics : Marcy Heisler. D’après le film de Andy Tennant.

Mise en scène et chorégraphie : Kathleen Marshall. Direction musicale : David Gardos. Avec Margo Seibert (Danielle de Barbarac), James Snyder (Prince Henry), Christine Ebersole (Baroness Rodmilla de Ghent), Mara Davi (Marguerite), Annie Funke (Jacqueline), Tony Sheldon (Leonardo da Vinci), Charles Shaughnessy (King Francis of France), Julie Halston (Queen Marie of France), Andrew Keenan-Bolger (Gustave), Isabella Jolene Burke (Young Danielle), Liz McCartney (Louise), Jill Abramovitz (Paulette), Nick Corley (Maurice), …

EverafterCette nouvelle comédie musicale est l’adaptation d’un film de 1998 dont, très honnêtement, je n’avais jamais entendu parler. Il s’agit d’une énième variation sur le thème de Cendrillon. Le scénario imagine qu’une vieille dame (Jeanne Moreau) convoque les frères Grimm en son château afin de leur raconter l’histoire d’une aïeule, Danielle de Barbarac, et de ses aventures à la cour de François Ier. Ce serait l’origine du conte de Cendrillon.

Le principal mérite du film est la prestation de Anjelica Huston, excellente dans le rôle de la marâtre Rodmilla von Ghent. Pour le reste, on reste assez indifférent à un récit convenu et quelque peu plombé par le politiquement correct.

La comédie musicale souffre des mêmes limitations. Si l’on se laisse volontiers charmer par une partition plutôt bien tournée, on reste beaucoup plus indifférent à un récit quelque peu filandreux et aux ramifications inutiles — quel intérêt, par exemple, de faire un personnage de Léonard de Vinci ?

La distribution est pourtant excellente, qu’il s’agisse de la Rodmilla de Christine Ebersole ou du prince charmant vraiment très charmant de James Snyder. Mais la pièce, empêtrée dans sa guimauve, ne décolle jamais tout à fait. Le fait que le décor semble avoir été partiellement recyclé de la précédente production du Paper Mill, The Hunchback of Notre-Dame, n’arrange rien.


“Titanic”

Princess of Wales Theatre, Toronto • 19.6.15 à 20h
Musique et lyrics : Maury Yeston. Livret : Peter Stone.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Mark Aspinall. Avec Matt Beveridge (Barrett), Jack Wilcox (Lightoller), Greg Castiglioni (Andrews), Scarlett Courtney (Kate Mullins), Matthew Crowe (Bride), Jonathan David Dudley (Bellboy / Hartley), Grace Eccle (Kate Murphy), Celia Graham (Alice Beane), Simon Green (Ismay), Scott Garnham (Edgar Beane), James Hume (Pitman / Etches), Chris Holland (Murdoch), Claire Marlowe (Caroline Neville), Shane McDaid (Jim Farrell), Alex Lodge (Fleet), Nadim Naaman (Charles Clarke), Philip Rham (Captain Smith), Ben Heppner (Isidor Straus), Victoria Serra (Kate McGowan), Judith Street (Ida Straus).

TitanicCette petite production londonienne de l’été 2013 a été tellement saluée qu’il a été question d’un transfert direct à Broadway. Mais ce projet n’a finalement pas vu le jour… et c’est à Toronto que l’on retrouve la mise en scène de Thom Southerland, quelque peu repensée pour un théâtre beaucoup plus grand.

Ainsi replacée sur la scène d’un théâtre à l’italienne alors qu’elle avait été conçue pour le petit espace du Southwark Playhouse, la mise en scène devient moins exceptionnelle, même si Southerland tente de se rattraper en multipliant les entrées et sorties par la salle. La salle à manger des premières classes, en particulier, semble un peu miteuse dans ce contexte ; quelques investissements complémentaires eussent été utiles.

Ce qui faisait l’attrait principal de la production, néanmoins, est conservé : la qualité supérieure des voix. Ce sont d’ailleurs en grande partie les comédiens londoniens qui ont traversé l’Atlantique, puisqu’on retrouve les deux tiers environs de la distribution originelle sur la scène du Princess of Wales Theatre. Certaines scènes prennent vraiment aux tripes, comme le duo “The Proposal” / “The Night Was Alive”, qui est magnifiquement interprété à tous points de vue par Matthew Crowe (dont la voix est en bien meilleure forme qu’à Londres) et Matt Beveridge.

La (grosse) cerise sur le gâteau, c’est la participation du légendaire Ben Heppner dans le rôle d’Isidor Strauss, le fondateur de Macy’s, dont la femme Ida refusera de prendre place sur un canot de sauvetage afin de rester avec lui jusqu’à la fin. Gageons que la comédienne Judith Street ne se doutait pas, lorsqu’elle a été choisie pour interpréter le rôle de Ida à Londres, qu’elle finirait par donner la réplique à Heppner dans le somptueux duo “Still”. 


“Golden Hours (As You Like It)”

Théâtre de la Ville, Paris • 18.6.15 à 20h30
Chorégraphie : Anne Teresa de Keersmaeker. Musique : “Another Green World”, Brian Eno.

Avec Aron Blom, Linda Blomqvist, Tale Dolven, Carlos Garbin, Tarek Halaby, Mikko Hyvönen, Veli Lehtovaara, Sandra Ortega Bejarano, Elizaveta Penkova, Georgia Vardarou, Sue-Yeon Youn.

GoldenC’est un peu long, mais c’est aussi assez captivant, notamment grâce à la forte personnalité d’une belle brochette de danseurs fortement impliqués, dont on se demande un peu comment ils arrivent à mémoriser des rôles aussi longs.

La rencontre d’une chanson de Brian Eno et d’une pièce de Shakespare, telle est l’inspiration de cette pièce, dont l’essentiel est une interprétation dansée de As You Like It, dont des extraits sont projetés en fond de scène.

Curieusement, les citations de la pièce sont en français, ce qui réfute la thèse selon laquelle la chorégraphie serait portée au moins en partie par la musique naturelle des vers de Shakespeare. C’est donc bien l’action qui est représentée et, même si le langage chorégraphique reste abstrait, on n’est parfois pas très loin de la pantomime.

J’ai retrouvé avec amusement le souvenir du bruit que font les sièges des spectateurs du Théâtre de la Ville qui décident de partir avant la fin du spectacle — en nombre relativement élevé ce jeudi soir.


Concert LSO / Haitink à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 16.6.15 à 20h30
London Symphony Orchestra, Bernard Haitink

Mozart : concerto pour violon n° 3 (Alina Ibragimova, violon)
Mahler : symphonie n° 1

BernardQuelle somptueuse symphonie ! Même si ses tempos sont parfois à la limite du supportable tant ils sont lents, la conduite de Haitink met magnifiquement en valeur le talent remarquable des musiciens du LSO, tout particulièrement du côté des vents. Les trompettes sont particulièrement phénoménales, avec ce timbre si particulier que l’on associe aussi instantanément aux partitions de John Williams. Bravo aussi au contrebassiste solo, qui parvient à jouer légèrement et délicieusement faux au début du 3e mouvement.

L’acoustique de la Philharmonie, bien entendu, se prête merveilleusement à l’entreprise. La magie qui en résulte prend réellement à la gorge.

Introduction agréable mais inutile avec un concerto tout en rondeur et en chaleur d’une violoniste qui, pour une fois, ne se sent pas obligée de faire grincer ses cordes. Je suis sans doute horriblement rétrograde, mais mes oreilles s’obstinent à préférer Mozart joué sur instruments modernes.


“Dreamgirls”

DeLaMar Theater, Amsterdam • 7.6.15 à 15h
Musique : Henry Krieger (1981). Lyrics et livret : Tom Eyen.

Mise en scène : Gijs de Lange. Direction musicale : …. Avec Berget Lewis (Effie Melody White), Carolina Dijkhuizen (Deena Jones), Aïcha Gill (Lorrell Robinson), David Goncalves (C. C. White), Clayton Peroti (James Thunder Early), Edwin Jonker (Curtis Taylor, Jr.)…

DreamgirlsCette production amstellodamoise de Dreamgirls n’a qu’un défaut : couper le premier acte après qu’Effie a chanté “And I’m Telling You I’m Not Going” alors que toute la force de la pièce consiste à montrer immédiatement après que les Dreams enchaînent sans elle et sans état d’âme. Jennifer Holliday aussi voulait ses applaudissements dans la production originale, mais Michael Bennett avait réussi à lui imposer sa vision.

Pour le reste, et même si les décors restent généralement assez basiques, la production est superbement réalisée. On apprécie tout particulièrement les lumières assez virtuoses, qui font beaucoup pour souligner les moments forts de la pièce. On regrette d’autant plus que le metteur en scène n’ait pas essayé de répliquer le mythique effet lumineux de la production originale pour “I Am Changing” (le faisceau lumineux se resserrait sur le seul visage de Jennifer Holliday ; quand il s’élargissait à nouveau, le décor avait changé, ainsi que la robe de Holliday).

Très belle distribution aux multiples voix somptueuses, notamment chez les hommes. Le petit orchestre fait très joliment honneur à la partition. Un régal.


“Lulu”

De Nationale Opera, Amsterdam • 6.6.15 à 19h
Alban Berg (1935/1979)

Koninklijk Concertgebouw Orkest, Lothar Zagrosek. Mise en scène : William Kentridge. Avec Mojca Erdmann (Lulu), Jennifer Larmore (Gräfin Geshwitz), Rebecca Jo Loeb (Eine Theater-Garderobiere / Ein Gymnasiast / Ein Groom), Aus Greidanus (Der Medizinalrat / Der Polizeikommissär / Der Professor), William Burden (Der Maler / Ein Neger), Johan Reuter (Dr. Schön / Jack the Ripper), Daniel Brenna (Alwa), Franz Grundheber (Schigolch), Werner Van Mechelen (Ein Tierbändinger / Ein Athlet), …

LuluQuelle production magnifique ! Moi qui ai pu avoir du mal avec Lulu dans le passé, je ne m’attendais pas à être autant captivé par une mise en scène hautement expressionniste, d’une beauté visuelle à chavirer. L’utilisation de projections démultiplie l’effet déjà intense d’une direction d’acteurs experte et inspirée, à laquelle les chanteurs adhèrent avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir.

Le bonheur est démultiplié par la présence dans la fosse du magnifique Concertgebouw Orkest, dans une forme éblouissante. Je suis placé à l’une de mes places fétiches, à proximité immédiate des cuivres. C’est un réel bonheur de les regarder, autant d’ailleurs que de les écouter… même si le remarquable Félix Dervaux n’est malheureusement pas présent.

Cette mise en scène est une coproduction avec l’English National Opera de Londres et le Metropolitan Opera de New York : d’autres occasions se présenteront donc sûrement d’en apprécier les mérites.


“La Belle Hélène”

Théâtre du Châtelet, Paris • 2.6.15 à 20h
Offenbach (1864). Livret : Meilhac & Halévy.

Orchestre Prométhée, Lorenzo Viotti. Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin. Avec Gaëlle Arquez (Hélène), Merto Sungu (Pâris), Gilles Ragon (Ménélas), Marc Barrard (Agamemnon), Jean-Philippe Lafont (Calchas), Kangmin Justin Kim (Oreste), …

HeleneCette production de La Belle Hélène est traversée par une curieuse impression de déjà vu. C’est qu’elle est conçue par ceux-là même qui nous avaient proposé la belle production de La pietra del paragone remarquée au Châtelet début 2007. Leur procédé scénique favori — et, en réalité, unique — consiste à filmer les comédiens devant des écrans bleus et à projeter leurs images en les superposant sur toutes sortes d’arrières-plans sur un grand écran horizontal surplombant la scène.

Corsetti & Sorin, apparemment, n’ont pas eu d’idée nouvelle depuis 2007, et ils continuent à exploiter leur procédé de l’écran bleu au point qu’il apparaît bien usé. De surcroît, si l’on préfère — comme moi — regarder les comédiens plutôt que des écrans, il n’y a rien à voir… et ce d’autant moins qu’il ne disposent d’aucune liberté de mouvement compte tenu de la nécessité de rester toujours dans le champ d’une caméra (voire, dans certains cas, à un endroit précis pour que la superposition fonctionne). Du troisième rang du parterre, l’écran est trop haut pour que le regard s’y porte naturellement : frustration garantie.

Heureusement, l’interprétation est solide, même si certains comédiens sont entraînés sur la pente glissante d’un cabotinage parfaitement inutile dans un ouvrage aussi bien ciselé sur le plan de la comédie. Mention spéciale pour la Hélène superbe de Gaëlle Arquez, qui mériterait… une meilleure mise en scène.

Très belle direction musicale pleine d’énergie et d’intuitions excellentes de la part d’un Lorenzo Viotti en pleine forme (à qui on se permettra néanmoins de donner un conseil vestimentaire : le col ouvert fait mauvais ménage avec la queue-de-pie, surtout sur une chemise à col cassé). 


Concert City of Birmingham Orchestra / Nelsons au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 1.6.15 à 20h
City of Birmingham Orchestra, Andris Nelsons

Wagner : extraits de Parsifal et de Lohengrin (Klaus Florian Vogt, ténor)
Dvořák : symphonie n° 7

VogtL’un des meilleurs chefs wagnériens du moment rencontre l’un des meilleurs ténors wagnériens du moment… et le résultat est inoubliable. Vogt démontre dans ces quelques extraits non seulement la puissance et l’expressivité d’une voix parfaitement maîtrisée (sa respiration est sidérante), mais aussi une capacité à se glisser sans peine dans des personnages complexes et variés — comme en témoigne le Siegmund solaire et extraverti qui succède en bis à un Parsifal et à un Lohengrin autrement plus sombres et introvertis.

Les pages orchestrales sont tout aussi somptueuses… au point qu’on a beaucoup de mal à redescendre ensuite sur terre pour une septième de Dvořák qui semble un peu anecdotique même si elle est magnifiquement interprétée. En bis, la Danse slave op. 72 n° 2 démontre la capacité de certaines œuvres à squatter le cerveau pendant plusieurs jours.