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Posts from May 2015

“Das Rheingold”

Staatsoper, Vienne • 30.5.15 à 19h
Wagner (1869)

Direction musicale : Simon Rattle. Mise en scène : Sven-Eric Bechtolf. Avec Tomasz Konieczny (Wotan), Herbert Lippert (Loge), Richard Paul Fink (Alberich), Herwig Pecoraro (Mime), Peter Rose (Fasolt), Mikhail Petrenko (Fafner), Boaz Daniel (Donner), Jason Bridges (Froh), Michaela Schuster (Fricka), Olga Bezsmertna (Freia), Janina Baechle (Erda), Ileana Tonca (Woglinde), Ulrike Helzel (Wellgunde), Juliette Mars (Floßhilde).

RheingoldJ’arrive au bout de ce Ring viennois (W., S., G.), en finissant paradoxalement par le début, sept ans et demi après la Walküre initiale. La mise en scène sans ambition et sans carrure reste le point faible d’un cycle décidément inégal. Les chanteurs de ce Rheingold semblent largement abandonnés à eux-mêmes, alors que la direction d’acteurs semblait plutôt jusque-là être un point fort de Bechtolf.

Heureusement, il y a l’incandescent Simon Rattle dans la fosse. C’est peut-être le moins subtil des grands chefs wagnériens, mais il fait montre d’un instinct éblouissant pour appuyer sans réserve sur les moments générateurs de bonheur pour l’auditeur : certains fortissimi sont presque assourdissants (je suis pourtant au fond du parterre)… mais quelle efficacité dramatique !

Plateau contrasté : au milieu d’une distribution globalement de classe internationale (irrésistible Wotan de Tomasz Konieczny, Donner étonnant de Boaz Daniel, d’autant plus remarquable que le rôle est rarement bien chanté), on trouve quelques chanteurs dignes d’un opéra de province, comme le Loge bien faiblard de Herbert Lippert.

Mais même les meilleurs chanteurs manquent quelque peu de fougue en comparaison de la prestation enflammée de Rattle, qui met la barre presque un peu trop haut.


Concert Philharmonia / Salonen au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 27.5.15 à 20h
Philharmonia Orchestra, Esa-Pekka Salonen

Messiaen : Turangalîla-Symphonie (Valérie Hartmann-Claverie, Ondes Martenot ; Pierre-Laurent Aimard, piano)

AimardQuelle splendeur ! Une interprétation ébouriffante, presque à vif, du génial opus de Messiaen. Bien que n’étant pas forcément le fan numéro 1 de Pierre-Laurent Aimard, je dois reconnaître que son engagement sans faille pour mettre le piano sur le même plan qu’un orchestre déchaîné me l’a rendu bien sympathique.


Concert Budapesti Fesztiválzenekar / Iván Fischer à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 26.5.15 à 20h30
Budapesti Fesztiválzenekar, Iván Fischer

Brahms : symphonies n° 3 et n° 4

FischerCe concert m’a un peu moins enthousiasmé que je ne m’y attendais. Fischer semble atteindre ce stade où certains chefs se sentent libres d’expérimenter un peu plus avec des partitions qu’ils connaissent sur le bout des doigts, au point parfois de rendre certains passages méconnaissables.

C’est le cas, en particulier, dans la troisième symphonie. Bien que l’orchestre soit toujours aussi remarquable, je n’y trouve pas vraiment mon compte.

Heureusement, la quatrième symphonie me semble autrement plus réussie. La délicate superposition rythmique des première mesures, qu’aucun orchestre ne réussit jamais complètement, est parfaitement en place. Les cordes sont toujours aussi superbement lyriques ; les contrebassistes ont déclenché le mode “bûcheron” avec un enthousiasme communicatif.

Ce n’est pas un hasard qu’un orchestre aussi chantant propose en bis un morceau choral, parfaitement révélateur d’un état d’esprit que l’on ne peut qu’embrasser avec enthousiasme.


“Mary Poppins”

Théâtre Ronacher, Vienne • 24.5.15 à 16h
D’après l’œuvre de P. L. Travers et le film des Studios Walt Disney. Musique et lyrics originaux : Richard M. Sherman et Robert B. Sherman. Livret : Julian Fellowes. Nouvelles chansons, musique et lyrics additionnels : George Stiles et Anthony Drewe. Co-conçu par Cameron Mackintosh. Adaptation en allemand : Wolfgang Adenberg (lyrics) & Ruth Deny (livret).

Mise en scène : Anthony Lyn, d’après la mise en scène originale de Richard Eyre et Matthew Bourne. Avec Annemieke Van Dam (Mary Poppins), David Boyd (Bert), Fernand Delosch (George Banks), Milica Jovanovic (Winifred Banks), Sandra Pires (Bird Woman), …

PoppinsCette version scénique du célèbre film des Studios Disney, créée à Londres en 2004 et remaniée de manière substantielle à l’occasion de sa création à Broadway en 2006, arrive à Vienne sous les auspices de Stage Entertainment.

Il faut une sacrée dose de zénitude pour faire abstraction du comportement totalement décomplexé des gamins (enfin des gamines, surtout) qui, autour de moi, se sentaient autorisés à parler, bouger et se jeter violemment dans leur siège toutes les trente secondes.

Mais cela n’enlève rien aux qualités d’une production fort plaisante et éminemment professionnelle, malgré une interruption assez longue dans le deuxième acte pour cause de difficultés techniques. (Merci d'ailleurs à la régie d’avoir repris le spectacle exactement là où il s’était arrêté et non, comme cela arrive parfois dans ce cas, après le changement de décor problématique.)

Les deux comédiens principaux sont excellents et charismatiques… et il m’a été, comme toujours, difficile de réprimer une larme lorsque Mary s’est envolée à travers le théâtre à la fin de la pièce. Mention spéciale à Maaike Schuurmans, peut-être la meilleure comédienne que j’aie vue dans le rôle de la nounou délicieusement cruelle, Miss Andrew. J’ai aussi beaucoup aimé le Mr. Banks de Fernand Delosch : son émotion lorsqu’il libère l’enfant qui sommeille en lui à la fin du spectacle est communicative.

Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi la fameuse adresse des Banks, Cherry Tree Lane, a été traduite sur la grille du parc (en “Kirschbaumweg”). La pièce se déroule en effet sans doute possible à Londres, où les panneaux ne sont pas écrits en allemand.

Les quelques notes finales de l’exit music :


“Victor Victoria”

Stadttheater, Klagenfurt • 23.5.15 à 19h30
Musique : Henry Mancini. Lyrics : Leslie Bricusse. Livret : Blake Edwards. Musique additionnelle : Frank Wildhorn. Adaptation en allemand : Vicki Schubert.

Mise en scène : Vicki Schubert. Direction musicale : Günter Wallner. Avec Ann Mandrella (Victoria), Erich Schleyer (Toddy), Tim Grobe (King Marchan), Ines Hengl-Pirker (Norma Cassidy), Rafael Banasik (Squash Bernstein), Andy Hallwaxx (Henri Labisse), …

VictorEn 1982, Blake Edwards concevait le film musical Victor Victoria sur mesure pour sa femme, Julie Andrews, en s’inspirant d’un film allemand de 1933, Viktor und Viktoria. La combinaison de la fantaisie réjouissante d’Edwards et d’une partition jubilatoire de Henry Mancini donna naissance à l’un des films musicaux les plus excitants de l’histoire de Hollywood.

Quand il s’agit d’adapter le film à la scène, au milieu des années 1990, toujours pour Julie Andrews, les bonnes fées s’étaient éloignées. Non seulement Henry Mancini n’était plus là pour écrire de nouvelles chansons, mais le compositeur approché pour enrichir la partition, Frank Wildhorn, se montra nettement moins inspiré que son illustre prédécesseur. Pour couronner le tout, on décida de supprimer deux excellentes chansons du film, “Gay Paree” et “The Shady Dame From Seville”, sous prétexte qu’elles se prêtaient mal à une version scénique.

L’œuvre conserve malgré tout un charme considérable, grâce à son excellente histoire comique et à ce qu’il reste de la partition de Henry Mancini. C’est pourquoi je n’hésite pas à voyager pour aller la voir, d’autant que je vis avec le regret d’avoir manqué la dernière représentation de Julie Andrews à Broadway à quelques jours près.

J’avais déjà vu une très bonne production du trop rare Bettelstudent de Millöcker à Klagenfurt, aussi n’ai-je pas hésité lorsque j’ai vu qu’on y donnait Victor Victoria… en allemand, bien sûr.

Surprise en arrivant : on annonce une représentation de 3h15, ce qui semble bien long. Un coup d’œil au programme révèle que “The Shady Dame From Seville” a été réintégrée, à la fois dans le premier acte (chantée par Victoria) et comme numéro final (“chantée” par Toddy). La pièce, du coup, ressemble beaucoup plus au film… et la chanson écrite par Frank Wildhorn pour servir de numéro final à Broadway, “Victor Victoria”, a été repoussée après les saluts, où elle permet aux comédiens comme au public de prolonger un peu le plaisir avant de s’égayer dans la nuit carinthienne.

Cette production est, du coup, d’une grande générosité… et pleine de clins d’œil au film de Blake Edwards, en particulier quant à l’humour physique de l’impayable personnage d’Henri Labisse, qui poursuit Victor partout, persuadé (à juste titre) qu’il s’agit d’une femme et non d’un homme.

Dans la fosse, le Kärntner Sinfonieorchester fait montre d’un enthousiasme communicatif en embrassant, notamment à l’harmonie, un style très jazzy sans doute très inhabituel pour lui. On savoure chaque instant avec avidité tant il est rare d’entendre de nos jours de tels effectifs orchestraux à Broadway : des cordes nombreuses, un vrai piano, aucune tentative pour remplacer les instruments rares (guitare, accordéon) par un synthétiseur.

Solide distribution, dont on note avec plaisir une réelle prédisposition pour la comédie. Ann Mandrella n’a pas tout à fait la voix de Julie Andrews, mais elle est charmante et charismatique. Aucun maillon faible dans le reste de la distribution, même si Erich Schleyer, qui n’a pas l’air très jeune, est parfois un peu “juste” pour le rôle de Toddy. Mention spéciale pour les prestations de Tim Grobe en King Marchan et de Ines Hengl-Pirker en Norma.


“Parsifal”

Symphony Hall, Birmingham • 17.5.15 à 15h
Wagner (1882)

Birmingham Symphony Orchestra, Andris Nelsons. Avec Burkhard Fritz (Parsifal), Mihoko Fujimura (Kundry), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), James Rutherford (Amfortas), Wolfgang Bankl (Klingsor), Paul Whelan (Titurel), …

ParsifalC’est à peine une surprise, quand on se souvient par exemple du Tristan und Isolde phénoménal de mars 2012. Nelsons tire cette version concert de Parsifal vers des sommets vertigineux grâce à un orchestre étonnant (je ne pense pas avoir jamais entendu le premier solo de trompette aussi parfaitement interprété) et des solistes en état de grâce.

C’est le Gurnemanz de Georg Zeppenfeld qui fait la plus forte impression. Zeppenfeld parvient à convoquer un mélange exquis d’autorité, de douleur et de mélancolie qui parle au cœur et à l’âme. Sa superbe voix grave et sonore trouve dans Symphony Hall un écrin idéalement adapté. La concentration qu’autorise une version concert lui permet de prêter une attention inouïe aux tensions, aux intonations, à la diction. C’est le Gurnemanz le plus beau et le plus déchirant que j’aie entendu.

Le reste de la distribution lui emboîte le pas avec une intensité et un engagement bouleversants.

Nelsons combine une attention millimétrique aux moindres détails et une vision superbe de l’arc musical et dramatique de l’œuvre. Il veille en permanence aux équilibres sonores, avec la coopération active d’une salle à l’acoustique de rêve. Les dernières mesures, qui font intervenir des chœurs placés au fond du troisième balcon en complément des chœurs installés sur scène (ce qui rappelle un peu Zurich), sont une source infinie de frissons : Nelsons y dose savamment chaque note, chaque accord, chaque instrument… pour finir la représentation en total état de grâce… un état qu’il parvient à prolonger de longues secondes en retenant efficacement les applaudissements.

On ressort complètement bouleversé… presque incapable de rejoindre le monde extérieur après une expérience aussi profonde et aussi intense.


“High Society”

Old Vic, Londres • 16.5.15 à 19h30
Musique et lyrics : Cole Porter. Livret : Arthur Kopit. Lyrics additionnels : Susan Birkenhead. D’après la pièce The Philadelphia Story de Philip Barry et le film High Society.

Mise en scène : Maria Friedman. Direction musicale : Theo Jamieson. Avec Kate Fleetwood (Tracy Lord), Rupert Young (Dexter Haven), Barbara Flynn (Margaret Lord), Jamie Parker (Mike Connor), Jeff Rawle (Uncle Willie), Ellie Bamber (Dinah Lord), Annabel Scholey (Liz Imbrie), Richard Grieve (George Kittredge), Christopher Ravenscroft (Seth Lord).

Society

High Society est avant tout un film de 1956 plein à craquer de standards de Cole Porter. Ce n’est qu’en 1998 qu’une adaptation a été conçue pour Broadway, sur la base d’un livret d’Arthur Kopit.

La comédienne Maria Friedman signe ici sa deuxième mise en scène, après le Merrily We Roll Along de la Menier Chocolate Factory fin 2012. Elle choisit, comme d’autres avant elle, de transformer le Old Vic, un théâtre à l’italienne par excellence, en théâtre “en rond” (“theatre in the round”), qui permet supposément au public de se sentir plus proche de l’action.

En l’occurrence, ce choix, outre qu’il oblige à distordre un peu trop la forme de la salle à mon goût, n’apporte pas grand’ chose à un spectacle qui doit, du coup, se passer de décor… si l’on exclut les quelques pièces qui apparaissent depuis les dessous.

Mais l’enchaînement de chansons magnifiques, combiné à l’énergie collective des comédiens et de l’orchestre, compense ce relatif dénuement. Mention spéciale pour la Tracy délicieusement déjantée de Kate Fleetwood et pour le Mike merveilleusement complexe de Jamie Parker, qui a un charme fou.

Malgré tout, je n’ai pas retrouvé l’état de quasi-euphorie dans lequel m’avait plongé une autre production récente, vue en tournée en juillet 2013.


“The Rake’s Progress”

Staatsoper im Schiller Theater, Berlin • 15.5.15 à 19h
Stravinsky (1951). Livret : W. H. Auden & Chester Kallman, d’après des peintures de Hogarth. 

Direction musicale : Domingo Hindoyan. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Avec Stephan Rügamer (Tom Rakewell), Anna Prohaska (Anne Trulove), Gidon Saks (Nick Shadow), Jan Martiník (Trulove), Ursula Hesse von den Steinen (Mother Goose), Nicolas Ziélinski (Baba the Turk), Patrick Vogel (Sellem), Maximilian Krummen (Keeper of the Madhouse), …

ProgressLes riches tonalités faustiennes de cet opéra sont du pain bénit pour un metteur en scène comme Warlikowski, qui trouve avec un bonheur certain des points d’appui dans l’univers visuel d’Andy Warhol. Il transpose la pièce dans un monde dominé par les manifestations les plus  délirantes d’un bouillonnant ça freudien dopé aux amphétamines.

À part les références à Londres, qui tombent un peu à plat, la pièce y résiste particulièrement bien, preuve qu’elle contient en germe les thématiques sur lesquelles Warlikowski choisit de zoomer — à tous les sens du terme, puisqu’il use et abuse de la technique consistant à projeter sur le décor l’image des personnages, filmée en direct.

La distribution principale est un régal. On faut y distinguer le Nick Shadow génial de Gidon Saks… mais Stephan Rügamer et Anna Prohaska sont absolument délicieux, autant pour le soin exquis qu’ils apportent à l’interprétation de la belle partition de Stravinsky que pour leur engagement total au service de leurs personnages. Tous trois sont assez facilement compréhensibles, ce qui mérite de chaleureuses félicitations.

L’orchestre est magnifique. Seul le chœur laisse un peu à désirer. De la très belle ouvrage.


“An American in Paris”

Palace Theatre, New York • 10.5.15 à 15h
Musique & lyrics : George & Ira Gershwin. Livret : Craig Lucas.

Mise en scène et chorégraphie : Christopher Wheeldon. Direction musicale : Brad Haak. Avec Robert Fairchild (Jerry Mulligan), Leanne Cope (Lise Dassin), Veanne Cox (Madame Baurel), Jill Paice (Milo Davenport), Brandon Uranowitz (Adam Hochberg), Max Von Essen (Henri Baurel), Victor J. Wisehart (Mr. Z), Scott Willis (Monsieur Baurel), Rebecca Eichenberger (Olga), …

AmericanJe n’avais été que modérément convaincu par les avant-premières parisiennes de ce spectacle qui a désormais pris ses quartiers à Broadway. Comme les critiques ont été largement positives, je me suis senti obligé de retourner voir la pièce.

J’ai accroché un peu plus que la première fois, mais à peine. Je ne m’habitue toujours pas à cette réserve, à ce spleen de l’après-guerre qui semble obséder Wheeldon.

Vu comme un spectacle de danse, An American in Paris ne manque ni de fantaisie ni de charme. Vue comme une œuvre dramatique, la pièce manque terriblement de substance, de relief et, paradoxalement, de rythme. Le moment qui devrait fonctionner comme un bouquet final, “I’ll Build a Stairway to Paradise”, fait l’effet d’un pétard mouillé, entre le charisme tout relatif de Max Von Essen et l’absence toujours aussi impardonnable de grand escalier.

Le seul personnage qui ait un peu de substance est l’excellent Adam de Brando Uranowitz — l’un des seuls, paradoxalement, à ne pas danser du tout. (Et chapeau à Uranowitz d’avoir terminé la représentation vaillamment alors qu’il s’est manifestement blessé à la jambe à l’occasion d’une chute mal gérée.)

Oui, les décors sont très beaux, et les lumières assez magnifiques. Oui, la musique est généralement somptueuse. Mais tout cela ne réussit pas à faire une pièce convaincante… en tout cas pas à l’aune de ma sensibilité.


“Something Rotten!”

St. James Theatre, New York • 9.5.15 à 20h
Musique & lyrics : Wayne & Karey Kirkpatrick. Livret : Karey Kirkpatrick & John O’Farrell.

Mise en scène : Casey Nicholaw. Direction musicale : Phil Reno. Avec Brian d’Arcy James (Nick Bottom), John Cariani (Nigel Bottom), Christian Borle (Shakespeare), Heidi Blickenstaff (Bea), Brad Oscar (Nostradamus), Kate Reinders (Portia), Brooks Ashmanskas (Brother Jeremiah), Peter Bartlett (Lord Clapham), Gerry Vichi (Shylock), Michael James Scott (Minstrel), …

RottenCette comédie musicale arrive à Broadway auréolée de la distinction d’être la seule création récente à n’être inspirée d’aucun film, roman ou autre. Elle a réussi à créer le buzz en décidant de ne pas jouer ses tryouts à Seattle comme prévu afin d’arriver plus rapidement à Broadway lorsque Side Show a libéré le St. James Theatre.

Something Rotten s’intéresse aux frères Bottom, deux auteurs dramatiques de la fin du 16e siècle, qui cherchent désespérément à percer alors que Shakespeare, véritable rock star avant l’heure, leur vole systématiquement la vedette (et leurs idées). Un voyant leur révèle le “truc” pour réussir au théâtre dans l’avenir : écrire une comédie musicale.

Le livret, les lyrics et le style musical brassent joyeusement les anachronismes ; les citations de Shakespeare abondent… ainsi que les citations musicales de grands succès de Broadway — globalement assez faciles à repérer. La bonne humeur générale est largement communicative ; le public est déchaîné.

Something Rotten doit beaucoup selon moi à Mel Brooks, qui a créé avec The Producers et avec Young Frankenstein un style libéré et joyeux. Les dernières scènes de la pièce ressemblent d’ailleurs beaucoup à la fin de The Producers.

L’atout-maître de cette production, c’est la qualité d’une distribution totalement impliquée et au talent collectif considérable, que ce soit dans les rôles principaux (Brian d’Arcy James, Christian Borle, John Cariani, Kate Reinders) ou dans les rôles secondaires (Heidi Blickenstaff, Brad Oscar, Brooks Ashmanskas). Tous sont absolument irrésistibles, même s’il faut reconnaître que les rôles masculins sont autrement mieux écrits que les rôles féminins.


“Zorba”

New York City Center • 9.5.15 à 14h
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Joseph Stein, d’après le roman de Nikos Kazantzakis.

Mise en scène : Walter Bobbie. Direction musicale : Rob Berman. Avec John Turturro (Zorba), Santino Fontana (Niko), Marin Mazzie (The Leader), Zoë Wanamaker (Hortense), Elizabeth A. Davis (The Widow), Adam Chanler-Berat (Mimiko), Robert Cuccioli (Mavrodani), Robert Montano (Manolakas), Carlos Valdes (Pavli), …

ZorbaZorba est avant tout un roman à succès de 1952 et le célèbre film qui en a été tiré avec Anthony Quinn en 1964. Quelques années plus tard, le grand Hal Prince eut l’idée d’en faire une comédie musicale. Ce furent finalement Kander & Ebb qui s’y collèrent, avec l’aide précieuse du librettiste Joseph Stein.

Zorba ouvrit ses portes en novembre 1968 et les referma en août de l’année suivante. La pièce n’obtint qu’un seul Tony Award, pour son décorateur, Boris Aronson — le Tony de la meilleure comédie musicale fut décerné cette année-là à 1776.

Quinze ans plus tard, une reprise, dans laquelle Anthony Quinn lui-même jouait le rôle-titre, tint l’affiche un peu plus longtemps que la production originale, d’octobre 1983 à septembre 1984. Une nouvelle reprise avec Antonio Banderas fut annoncée pour la saison 2011-2012 mais ne vit jamais le jour.

J’étais d’autant plus heureux d’apprendre que la série des Encores! avait programmé Zorba que je n’avais jamais vu cette comédie musicale. L’écoute des enregistrements disponibles, si elle confirme la qualité de la partition, ne permet pas de cerner complètement le charme de la pièce.

C’est que Zorba, une fois n’est pas coutume, vaut aussi largement par son livret. Cette touchante histoire d’une amitié improbable entre un Grec hédoniste et fataliste à la fois et un Américain un peu coincé est fichtrement bien écrite. Sa philosophie sous-jacente, qui est de profiter de chaque instant avec avidité, me touche beaucoup. “The only death”, nous dit Zorba dans sa séduisante sagesse, “is the death we die every day by not living.” 

Pour cette série de représentations, c’est John Turturro qui joue le rôle éponyme. Dieu sait comment l’idée de lui confier ce rôle a pu naître car il n’a aucune expérience connue en matière de comédie musicale ; je ne suis même pas sûr qu’il ait beaucoup joué au théâtre. De fait, sa voix laisse beaucoup à désirer. Mais on lui pardonne volontiers tant son interprétation est attachante.

Verdict strictement identique pour Zoë Wanamaker, qui est irrésistible de drôlerie et d’émotion dans le rôle d’Hortense, la Française au grand cœur blessé.

Parmi le reste de la distribution, deux immenses professionnels brillent au contraire par la beauté de leur voix : la splendide Marin Mazzie, qui se débrouille très bien du rôle bizarre du Leader, une espèce de narrateur, et l’irrésistible Santino Fontana, qui apporte beaucoup de chaleur au rôle de Niko, l’Américain arrivé par accident en Crète à cause d’un héritage.

Tous incarnent avec talent la séduisante philosophie qui sous-tend l’œuvre, qui n’est pas pour autant dépourvue de pages plus sombres, interprétées avec sobriété et intensité.

La belle partition de John Kander est jouée superbement par un grand orchestre en belle forme, augmenté pour l’occasion d’un bouzouki, d’un oud et d’une mandoline.

Un régal.


“The Visit”

Lyceum Theatre, New York • 8.5.15 à 20h
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Terrence McNally, d’après la pièce de Friedrich Dürrenmatt.

Mise en scène : John Doyle. Chorégraphie : Graciela Daniele. Direction musicale : David Loud. Avec Chita Rivera (Claire Zachanassian), Roger Rees (Anton Schell), Michelle Veintimilla (Young Claire), John Riddle (Young Anton), Elena Shaddow (Ottilie), David Garrison (Peter Dummermut), Diana Dimarzio (Annie Dummermut), Mary Beth Peil (Matilde), Timothy Shew (Hans Nusselin), Aaron Ramey (Otto Hahnke), Rick Holmes (Father Josef), George Abud (Karl), Jason Danieley (Frederich Kuhn), Tom Nelis (Rudi), Matthew Deming (Louis Perch), Chris Newcomer (Jacob Chicken).

VisitInitialement prévue pour ouvrir ses portes à Broadway pendant la saison 2000-2001, cette adaptation de La Visite de la vieille dame de Dürrenmatt par Terrence McNally (livret), John Kander (musique) et Fred Ebb (lyrics) a connu de nombreuses contrariétés. D’abord, la défection d’Angela Lansbury, pour qui la pièce était conçue, qui s’est retirée à l’été 2000 pour s’occuper de son mari malade. Puis, les événements du 11 septembre, qui se sont produits quelques semaines avant le début des tryouts à Chicago.

Il aura finalement fallu attendre quinze ans pour que The Visit arrive à Broadway. C’est Chita Rivera qui porte le rôle depuis la défection de Lansbury. Après les représentations de Chicago en 2001 et le décès de Fred Ebb en 2004, une nouvelle version a été montée à Arlington, au Signature Theatre, en 2008… puis une version révisée en un acte a été présentée à Williamstown, Massachusetts pendant l’été 2014.

C’est cette version en un acte conçue par John Doyle, expressionniste à l’extrême, qui est finalement arrivée à Broadway.

Consécration justifiée pour Chita Rivera, impériale, qui propose une incarnation géniale et glaçante de la Vieille dame qui vient chercher dans sa ville natale un mélange explosif de revanche et d’amours perdues. À 82 ans, Rivera conserve une maîtrise étonnante de sa voix : à part le vibrato hors de contrôle, son interprétation des chansons de Kander & Ebb révèle une maîtrise et une intelligence qui en décuplent l’effet.

Le reste de la distribution est, à 80 %, identique à celle de Williamstown. On y retrouve malheureusement le même premier rôle masculin, Roger Rees, encore moins convaincant qu’à Williamstown. On le sent mal à l’aise avec son texte… et il est incapable de chanter de manière même vaguement acceptable.

Cette mise en scène de John Doyle, très stylisée, en déroutera sans doute plus d’un… et le thème très noir de l’histoire risque de ne pas attirer le public — le théâtre est d’ailleurs loin d’être plein —, mais c’est un aboutissement mérité pour cette belle comédie musicale de se retrouver enfin à Broadway, dans le même théâtre qui avait accueilli The Scottsboro Boys, un autre Kander & Ebb tardif, en 2010.

Un bonus aux auteurs pour l’évocation de Wagner et de Parsifal à Ravello.


“Closer To Heaven”

Union Theatre, Londres • 3.5.15 à 14h30
Musique & lyrics : The Pet Shop Boys. Livret : Jonathan Harvey.

Mise en scène : Gene David Kirk. Direction musicale : Patrick Stockbridge. Avec Katie Meller (Billie Tricks), Jared Thompson (Straight Dave), Amy Matthews (Shell), Connor Brabyn (Mile End Lee), Ben Kavanagh (Flynn), Craig Berry (Vic), Ken Christiansen (Bob), … 

HeavenPour une raison que l’Histoire n’a pas retenu, je n’étais pas allé voir cette comédie musicale lors de sa création dans le West End en 2001. L’affiche était pourtant intéressante : le livret est de Jonathan Harvey, l’auteur du touchant Beautiful Thing, et la partition est signée par le duo The Pet Shop Boys.

Le résultat ne convainc malheureusement pas beaucoup plus aujourd’hui qu’à l’époque. Closer To Heaven est une curieuse bluette qui a beaucoup de mal à décider de quoi elle parle. La plupart des personnages sont laissés à l’état d’ébauche, sauf peut-être l’intéressante Billie Tricks, qui semble avoir passé sa vie à se réinventer : punk, artiste, égérie, … sans se préoccuper de savoir si elle était au sommet ou au fond du gouffre. Elle est ici remarquablement interprétée par l’attachante Katie Meller.

Pour le reste, on ne sait pas très bien quoi faire de l’histoire de ce garçon qui se croit hétérosexuel pour finalement découvrir son homosexualité après s’être fait engager comme danseur dans un club gay. L’absence de réelle substance est rendue plus sensible encore par une partition sans saveur et sans relief.


“Redhead”

Bridewell Theatre, Londres • 2.5.15 à 19h30
Musique : Albert Hague. Lyrics : Dorothy Fields. Livret : Herbert & Dorothy Fields, Sidney Sheldon & David Shaw.

Mise en scène : Hannah Chissick. Direction musicale : Sarah Travis. Avec Katie Ann Dolling (Elsie), Robson Ternouth (Tom), Steven Dalziel (George), …

Pre-show

Post-show


“Carrie”

Southwark Playhouse, Londres • 2.5.15 à 15h
Musique : Michael Gore. Dean Pitchford. Livret : Lawrence D. Cohen, d’après son scénario pour le film de Brian de Palma, lui-même tiré du roman de Stephen King.

Mise en scène : Gary Lloyd. Direction musicale : Mark Crossland. Avec Evelyn Hoskins (Carrie White), Kim Criswell (Margaret White), Sarah McNicholas (Sue Snell), Greg Miller-Burns (Tommy Ross), Jodie Jacobs (Miss Gardner), Gabriella Williams (Chris Hargensen), Dex Lee (Billy Nolan), …

Pre-show :

Post-show :


“Calamity Jane”

Theatre Royal, Brighton • 1.5.15 à 19h45
Musique : Sammy Fain. Lyrics : Paul Francis Webster. Livret : Charles K. Freeman, d’après le scénario de James O’Hanlon pour le film du studio Warner Bros.

Mise en scène: Nikolai Foster. Direction musicale : Bobby Delaney. Avec Jodie Prenger (Calamity Jane), Tom Lister (Wild Bill Hickok), Alex Hammond (Danny Gilmartin), Phoebe Street (Katie Brown), …

Pre-show :

Post-show :