“On the Town”
“Side Show”

“Into the Woods” (le film)

AMC Empire 25, New York • 4.1.15 à 11h

WoodsRob Marshall (2014). Scénario : James Lapine. D’après la comédie musicale de 1987. Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : James Lapine. Avec James Corden (Baker), Emily Blunt (Baker’s Wife), Meryl Streep (Witch), Anna Kendrick (Cinderella), Johnny Depp (Wolf), Chris Pine (Cinderella’s Prince), Lilla Crawford (Little Red Ridinghood), Daniel Huttlestone (Jack), Tracey Ullman (Jack’s Mother), Mackenzie Mauzy (Rapunzel), Billy Magnussen (Rapunzel’s Prince), Christine Baranski (Cinderella’s Stepmother), Tammy Blanchard (Florinda), Lucy Punch (Lucinda), Joanna RIding (Cinderella’s Mother), Simon Russell Beale (Baker’s Father), Frances de la Tour (Giant), Annette Crosbie (Granny), Richard Glover (Steward), …

À part le choix étonnant d’Anna Kendrick pour jouer Cendrillon (seul un Prince vraiment désespéré aurait envie de se retourner sur elle dans la rue), cette adaptation cinématographique de la comédie musicale mythique de Stephen Sondheim et James Lapine est un sans-faute sur toute la ligne.

Chapeau aux producteurs d’avoir utilisé un scénario aussi fidèle au livret de la pièce, avec très peu de retouches. La suppression du narrateur comme un personnage visible du public paraissait inévitable. La disparition de la reprise de “Agony” dans le deuxième acte est le seul choix qui m’ait un peu peiné (avec la suppression des quelques notes qui accompagnent normalement le moment où la vache mange les ingrédients), mais il faut reconnaître que le flux narratif ne s’en trouve nullement contrarié.

Les quelques toutes petites modifications apportées sont de réelles améliorations, comme le fait que ce soit Jack qui ait l’idée de remplacer les cheveux de Rapunzel par les stigmates du maïs… le signe qu’il n’est peut-être pas si idiot que ça.

L’utilisation des ressources du cinéma apparaît pour une fois comme un véritable atout pour gérer les enchaînements complexes et les nombreuses superpositions du livret. La longue scène d’ouverture, en particulier, est triomphalement transformée en un génial crescendo au rythme enlevé, qui donne la chair de poule.

Les géniales orchestrations de Jonathan Tunick ont à peine été retouchées… mais, là où elles ont été enrichies, c’est pour ajouter un petit quelque chose qui donne un plus au film. C’est que Rob Marshall fait preuve d’un bout à l’autre d’une réelle sensibilité musicale, en synchronisant magnifiquement l’image et le son.

Quelques mesures de musique de fond ont été rajoutées. Il me semble bien avoir entendu une très brève et très discrète évocation de la “Night Waltz” de A Little Night Music lors de la première soirée du bal chez le Prince. La reprise instrumentale de “Last Midnight” qui accompagne le générique de fin est proprement sensationnelle.

La distribution est parfaitement choisie, et l’interprétation des chansons est exemplaire : chaque mot est parfaitement intelligible, y compris dans les superpositions où plusieurs personnages chantent simultanément, et le texte est dit avec une intelligence parfaite du second degré qui parsème le scénario… tout en respectant les jolis moments d’émotion intense.

On pardonne, du coup, à Meryl Streep, par ailleurs excellente, la petite transposition à l’octave inférieure qui lui évite d’aller chercher des aigus hasardeux.

L’entente touchante entre James Corden et Emily Blunt dans les rôles du Boulanger et de sa femme est l’un des appuis fondamentaux dont le film tire sa force. Les deux enfants sont également très bien choisis (on retrouve avec surprise la jeune Lilla Crawford, qui était la vedette de la récente reprise d’Annie à Broadway, et à qui le rôle de Little Red Riding Hood convient bien mieux).

Bref, une grande réussite… et un joli cadeau fait à Stephen Sondheim, assuré de léguer à la postérité au moins une version cinématographique parfaitement réussie de l’une de ses œuvres.

PS : Je recommande chaleureusement le visionnage des différents petits documentaires disponibles ici (sauf bien sûr pour ceux qui n’ont pas vu le film et qui ne souhaitent pas gâcher la surprise de la découverte).

Comments

arnaud buissonin

Merci pour ce blog enthousiasmant... sur lequel j'ai passé toute ma journée de dimanche au grand dam de ma famille. Une question : la chanson" No more", si belle et émouvante, est t elle présente dans le film?

Laurent

> Merci !

Malheureusement, “No More” est passée à la trappe. Vous avez raison, c’est une chanson magnifiquement émouvante… dont l’omission est bien triste. Il me semble qu’on entend quelques notes de la mélodie en “underscore” lorsque le Boulanger croise brièvement son père avant le dénouement.

illeu

Quel dommage! Merci pour votre réponse rapide

Par ailleurs, pour rester avec Sondheim, avez vous inscrit par hasard à votre programme la nouvelle production d'Assassins présentée à la Chocolate Menier Factory?

Laurent

> Dimanche prochain !

D

Bonjour, votre critique me fait un peu peur car vous etiez tres enthousiaste pour Nine qui pour moi(et pour beaucoup d'autres) etait l'un des pires films musicaux de l'histoire du cinéma. D'ailleurs je remarque qu'Into the woods en plus d'être boudé aux Golden Globes et Oscars (mais ça n'est pas un réel argument) voit sa note spectateurs (qui est très moyenne) chuter de jour en jour sur IMDB et ça n'est pas bon signe. J'irai voir le film pour me faire ma propre opinion.

Laurent

> Bonjour… Revenez nous dire ! Vous me donnez envie de revoir “Nine”, tiens :)

Ouf1er

"voit sa note spectateurs (qui est très moyenne) chuter de jour en jour sur IMDB et ça n'est pas bon signe."

L'inculture crasse du public et de la critique française n'enlève rien au génie de la partition de Sondheim. Quand on lit partout que "on arrête pas de chanter dans ce film" (pour résumer), on se pose de sérieuses questions sur le niveau culturel des spectateurs, et, plus dérangeant encore, d'une critique supposée "préparée" et professionnelle.

Moi, j'ai infiniment préféré cette adaptation à celle de Sweeney Todd, tant pour le respect du scénario, de la partition, des exigences vocales, etc... J'en viens à souhaiter que Rob Marshall s'attaque à deux autres grandes partitions de Sondheim qui feraient merveille en film : "A Little Night Music", et "Follies".

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