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Posts from January 2015

“City of Angels”

Donmar Warehouse, Londres • 31.1.15 à 19h30
Musique : Cy Coleman (1989). Lyrics : David Zippel. Livret : Larry Gelbart.

Mise en scène : Josie Rourke. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Hadley Fraser (Stine), Tam Mutu (Stone), Rosalie Craig (Gabby/Bobbi), Rebecca Trehearn (Donna/Oolie), Peter Polycarpou (Buddy Fidler), Katherine Kelly (Carla/Alaura Kingsley), Cameron Cuffe (Peter Kingsley), Samantha Barks (Avril Raines/Mallory Kingsley), Tim Walton (Jimmy Powers), Marc Elliott (Pancho Vargas/Lieutenant Munoz), Sandra Marvin, Jennifer Saayeng, Kadiff Kirwan, Jo Servi (Angel City Four), …

AngelsUn mois après ma première visite, cette production a conservé son charme irrésistible. Le niveau global d’énergie semble même encore plus intense. Même si la distribution est globalement excellente, les deux comédiens que j’avais déjà cités la première fois, Hadley Fraser et Rebecca Trehearn, continuent à fasciner par la beauté de leurs voix.

Un livret virtuose, une partition enchanteresse, une production magnifique, des comédiens superbes : City of Angels coche toutes les cases. Je continue à espérer un transfert dans le West End.


“Sunny Afternoon”

Harold Pinter Theatre, Londres • 31.1.15 à 14h30
Musique & lyrics : Ray Davies. Livret : Joe Penhall, d’après une histoire originale de Ray Davies.

Mise en scène : Edward Hall. Direction musicale : Elliott Ware. Avec John Dagleish (Ray Davies), George Maguire (Dave Davies), Ned Derrington (Pete Quaife), Adam Sop (Mick Avory), …

SunnyJ’hésite toujours à aller voir les spectacles dont la partition est puisée dans le catalogue d’un chanteur ou d’un groupe… surtout lorsque le livret n’a d’autre ambition que de raconter l’histoire dudit chanteur ou dudit groupe (à la façon de Jersey Boys). J’ai décidé d’aller voir Sunny Afternoon quand même parce que j’aime assez ce que je connais des Kinks, ce groupe anglais qui, malgré une impressionnante longévité, ne s’est jamais tout à fait hissé à la hauteur des Beatles ou des Who.

Si le spectacle ne décolle jamais vraiment sur le plan dramatique et donne l’impression d’enchaîner les clichés, l’évocation musicale des Kinks est plutôt plaisante et on tombe assez facilement sous le charme des comédiens qui donnent vie aux quatre garçons de Muswell Hill, et notamment aux deux frères Davies.

Reste qu’on aimerait que la pièce soit un peu plus théâtrale… et notamment qu’elle ne se contente pas de ce hideux décor unique au plancher vert gazon. J’ai réussi à m’intéresser à l’histoire jusqu’à l’entracte, mais j’ai complètement décroché pendant le deuxième acte, lorsque le procédé dramatique sous-jacent commence sérieusement à montrer ses limites.


“A Little Night Music”

Palace Theatre, Londres • 26.1.15 à 19h15
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Alastair Knights. Direction musicale : Alex Parker. Avec Janie Dee (Desirée Armfeldt), Anne Reid (Madame Armfeldt), David Birrell (Fredrik Egerman), Jamie Parker (Count Carl-Magnus Malcolm), Joanna Riding (Countess Charlotte Malcolm), Laura Pitt-Pulford (Petra), Fra Fee (Henrik Egerman), Anna O’Byrne (Anne Egerman), Bibi Jay (Fredrika Armfeldt)…

NmusicIl faut remercier l’excellent Alex Parker, par ailleurs directeur musical de cette soirée, d’avoir eu l’idée de célébrer le quarantième anniversaire de A Little Night Music (la pièce ouvrit ses portes à Londres en 1975) en faisant appel à une distribution aussi exceptionnelle… l’envoûtante partition de Stephen Sondheim — peut-être sa plus voluptueuse — étant par ailleurs magnifiquement servie par un orchestre autrement plus étoffé que la norme actuelle.

Malgré l’absence de décor, la représentation est bien plus qu’un simple concert grâce à la mise en scène espiègle d’Alastair Knights et aux belles chorégraphies de Andrew Wright. Dès les premières scènes — la présence du quintette dans la salle, l’entrée onirique des personnages sur les rythmes de la Night Waltz —, on succombe sans réserve aux charmes de cette œuvre majeure du répertoire.

Janie Dee est une Désirée de rêve — on lui pardonne bien volontiers, du coup, ses hésitations… et son blocage causant une brève interruption dans la reprise de “Send in the Clowns”. Anna O’Byrne fait sensation avec une Anne Egerman irrésistiblement décervelée… tandis que Joanna Riding l’emporte largement à l’applaudimètre grâce aux répliques sarcastiques et désespérées de Charlotte.

Belles prestations d’une magnifique brochette d’habitués du West End : Jamie Parker (actuellement dans Assassins), Fra Fee (dont le si aigu n’a malheureusement pas vraiment voulu sortir), David Birrell, Laura Pitt-Pulford. Irrésistible Madame Armfeldt d’Anne Reid, peut-être la prestation la plus originale et la plus réussie de la soirée.


“Gigi”

Kennedy Center, Eisenhower Theatre, Washington DC • 25.1.15 à 13h30
Musique : Frederick Loewe. Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après le roman de Colette. Adaptation du livret : Heidi Thomas.

Mise en scène : Eric Schaeffer. Chorégraphie : Joshua Bergasse. Direction musicale : James Moore. Avec Vanessa Hudgens (Gigi), Howard McGillin (Honoré), Corey Cott (Gaston), Victoria Clark (Mamita), Dee Hoty (Alicia), Steffanie Leigh (Liane), …

GigiLe Kennedy Center présente une nouvelle production de cette œuvre dont j’ai déjà décrit la genèse ici. Cette production prend quelques semaines à Washington pour régler les derniers détails avant d’ouvrir ses portes à Broadway dans deux mois environ.

Gigi tient une place particulière dans la carrière de Lerner & Loewe, pas tellement parce qu’elle a été écrite pour le cinéma avant d’être adaptée pour la scène… mais parce que le livret y pose de réels problèmes, puisqu’on y prépare la jeune Gigi à prendre de manière bien singulière sa place dans le monde. Pour le reste, la partition est merveilleuse, même si elle rappelle souvent My Fair Lady.

Les concepteurs de cette nouvelle production semblent avoir réussi la quadrature du cercle : en exploitant une nouvelle version du livret qui n’insiste pas trop sur le destin de Gigi comme une demi-mondaine, ils ont réussi à ne mettre l’accent que sur la musique… et sur l’humour relativement subtil qui parcourt l’histoire.

Visuellement, on est aux anges : le décor magnifique de Derek McLane, les costumes sublimes de Catherine Zuber, superbement éclairés par Natasha Katz, constituent un régal permanent pour les yeux.

Le rythme est plaisant, les enchaînements, réussis… et on est tout particulièrement séduit par la distribution, en particulier les excellents vétérans que sont Victoria Clark, Dee Hoty et Howard McGillin, absolument impeccables. On découvre avec plaisir le jeune Corey Cott, révélé dans Newsies, et l’excellente Vanessa Hudgens, qui réussit à allier fraîcheur et élégance dans le rôle-titre.

Bref, c’est un Gigi bien meilleur qu’attendu que l’on nous propose… et on ne peut que souhaiter une belle et longue vie à une production aussi attachante.


“Diner”

Signature Theatre, Arlington VA • 24.1.15 à 20h
Musique & lyrics : Sheryl Crow. Livret : Barry Levinson.

Mise en scène et chorégraphie : Kathleen Marshall. Direction musicale : Lon Hoyt. Avec John Schiappa (Older Boogie), Derek Klena (Boogie), Matthew James Thomas (Fenwick), Adam Kantor (Eddie), Aaron C. Finley (Billy), Josh Grisetti (Shrevie), Bryan Fenkart (Modell), Erika Henningsen (Beth), Tess Soltau (Elyse), Whitney Bashor (Barbara), …

DinerLe film Diner de 1982, écrit et réalisé par Barry Levinson, marque le début de sa “tétralogie de Baltimore”. Situé en 1959, le film suit six jeunes-hommes en train d’entrer dans l’âge adulte alors que les années 1950 arrivent à leur terme.

Cette adaptation en comédie musicale était annoncée à Broadway en 2013 après diverses lectures et présentations les années précédentes, mais elle n’ouvrit jamais ses portes à New York. On la retrouve finalement au petit Signature Theatre, dans la banlieue de Washington.

On pouvait légitimement se demander si la belle histoire imaginée par Barry Levinson résisterait à une telle adaptation. Le résultat est un oui sans réserve. Le travail sur les personnages est tellement talentueux qu’on a presque l’impression que Diner retrouve d’une certaine façon son medium naturel, le théâtre, après un détour provisoire par le cinéma.

L’ajout d’un narrateur, l’alter ego âgé du personnage de Boogie, est d’autant plus réussi que la ressemblance entre les deux comédiens est frappante.

La partition de Sheryl Crow semble naître organiquement de l’inévitable juke-box du diner où se retrouvent quotidiennement les jeunes-gens, pour devenir progressivement la belle expression de leurs tourments et de leurs aspirations.

La brochette de comédiens est magnifique. On y remarque notamment le Eddie délicieusement névrosé de Adam Kantor et le Fenwick époustouflant de Matthew James Thomas, le superbe Pippin de la récente reprise de Broadway. On retrouve également avec beaucoup de plaisir l’excellent Derek Klena, que l’on avait tant apprécié dans Dogfight.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 22.1.15 à 20h30
Orchestre de Paris, Paavo Järvi

TchaÏkovski : concerto pour violon (Janine Jansen, violon)
Chostakovitch : symphonie n° 5

JanineUn peu moins d’émotion pour ce troisième concert à la Philharmonie. On a l’impression que les cordes prennent un peu trop de place — espérons que les réglages de l’acoustique qui sont certainement encore en cours ne sont pas en train de détruire ce qui faisait le charme des premiers concerts, dans lesquels tous les instruments semblaient à égalité.

Inévitablement, Jansen propose un bis de Bach — le premier entendu à la Philharmonie et sans doute pas le dernier. (Elle évite heureusement les reprises.)

La cinquième symphonie de Chostakovitch, qui me touche souvent beaucoup, ne m’émeut guère malgré de solides prestations de la plupart des pupitres de l’Orchestre de Paris.


Concert West-Eastern Divan Orchestra / Barenboim à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 19.1.15 à 20h30
West-Eastern Divan Orchestra, Daniel Barenboim

Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune
Boulez : Dérive 2
Ravel :
Rapsodie espagnole
Alborada del gracioso
Pavane pour une infante défunte
Boléro

DanySuperbe concert, faisant la part belle à des œuvres idéales pour apprécier l’acoustique riche et voluptueuses de la Philharmonie. Debussy comme Ravel sont des orchestrateurs hors pair, et les superbes solistes du West-Eastern Divan Orchestra brillent à tour de rôle chaque fois qu’ils occupent le centre de la scène.

On accepte, du coup, de se taper quarante minutes incroyablement monotones d’une œuvre de Boulez dont l’originalité disparaît au bout de cinq minutes.


“Un ballo in maschera”

Royal Opera, Londres • 17.1.15 à 19h
Verdi (1859). Livret : Antonio Somma.

Direction musicale : Daniel Oren. Mise en scène : Katharina Thoma. Avec Joseph Calleja (Riccardo), Liudmyla Monastyrska (Amelia), Dmitri Hvorostovsky (Renato), Marianne Cornetti (Ulrica), …

BalloQue dire ? Que je me suis passablement ennuyé, que la mise en scène est à peu près aussi excitante qu’une séance chez le dentiste, mais que la lumière se fait occasionnellement grâce à des chanteurs de métier qui savent s’élever au-dessus de la médiocrité.

Ce Bal reste malgré tout une œuvre bien peu excitante… et il sort derechef de la courte liste de mes Verdi tolérés.


“Women on the Verge of a Nervous Breakdown”

Playhouse Theatre, Londres • 17.1.15 à 14h30
Musique et lyrics : David Yazbek. Livret : Jeffrey Lane. D’après le film Mujeres al borde de un ataque de nervios (Femmes au bord de la crise de nerfs) de Pedro Almodóvar (1988).

Mise en scène : Bartlett Sher. DIrection musicale : Greg Arrowsmith. Avec Tamsin Greig (Pepa), Haydn Gwynne (Lucia), Anna Skellern (Candela), Willemijn Verkaik (Paulina), Ricardo Afonso (Taxi Driver), Seline Hizli (Marisa), Haydn Oakley (Carlos), Jérôme Pradon (Iván), …

BreakdownIl y a plus de quatre ans que cette comédie musicale a été créée à Broadway. Elle n’avait alors tenu l’affiche que trois mois — avant-premières comprises — et je n’avais pas été convaincu du tout.

C’est sous l’égide du même metteur en scène, Bartlett Sher, mais dans un décor complètement repensé que la pièce est aujourd’hui présentée dans le West End. Le décor de Broadway, en mouvement permanent, a été remplacé par un dispositif beaucoup plus modeste, qui ne révèle son potentiel que lorsque l’action se tient dans l’appartement de Pepa. Le reste du temps, il y a beaucoup de parois blanches et vides, qui créent une curieuse impression d’enfermement. Impression renforcée par la présence sur scène de comédiens qui observent l’action, comme pour en souligner l’aspect cauchemardesque.

Ce décor plus statique a néanmoins la grande vertu de permettre à l’attention de se focaliser sur les personnages. Et là, on ne peut qu’être séduit par ces femmes délirantes rêvées par Almodóvar et interprétées par une formidable brochette de comédiennes absolument épatantes. On n’est pas près d’oublier la Pepa délicieusement névrosée de Tamsin Greig, dont le langage corporel est d’une richesse infinie, et la Lucia complètement déjantée de Haydn Gwynne, décidément irrésisitible dans tout ce qu’elle entreprend. Et, même si on a du mal à l’accepter complètement dans le rôle d’Iván, c’est avec une surprise mêlée d’intérêt que l’on retrouve le solide Jérôme Pradon au sein de la distribution.

L’autre effet induit de cette production plus modeste, c’est que la partition de David Yazbek est beaucoup mieux mise en valeur qu’à Broadway. J’ai beaucoup écouté l’enregistrement du spectacle ces dernières années et j’ai largement révisé le jugement que je portais à l’époque de la création new-yorkaise : les chansons de Yazbek sont écrites avec soin et avec une compréhension presque malicieuse des personnages. Les arrangements pour le tout petit orchestre présent au premier étage du décor les mettent aussi beaucoup plus en valeur.

Il n’en reste pas moins que, comme à New York, on a parfois l’impression de voir deux spectacles : la pièce elle-même, délicieusement comique, et des chansons qui offrent un commentaire subtil en échouant à s’y intégrer complètement. Du coup, le rythme dramatique fait du stop and go. Comme si un scénario aussi abouti ne pouvait finalement que difficilement se prêter à une adaptation en comédie musicale. En tout cas pas sans revoir fondamentalement certains partis pris.


Répétition Orchestre de Paris / Järvi à la Philharmonie

Philharmonie de Paris • 13.1.15 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi

Ravel : Daphnis et Chloé, suite n° 2
Fauré : Requiem (extraits ; Matthias Goerne, baryton)
Stravinski : Le Sacre du Printemps

PhilharmonieIl y avait quelque chose d’émouvant à assister à la première représentation donnée depuis cette nouvelle salle très accueillante en dépit de l’état encore imparfait des finitions.

L’Orchestre de Paris a choisi un programme qu’il connaît comme sa poche et qui le met particulièrement en valeur dans une salle dont l’acoustique, même si elle n’est sans doute pas encore complètement réglée, se révèle absolument palpitante.

La combinaison d’homogénéité et de clarté est un petit chef d’œuvre : chaque pupitre trouve sa place dans un ensemble superbement détaillé et magnifiquement équilibré. On entend tout parfaitement… mais sans que cela nuise en rien à l’élan d’ensemble. On est entouré, enserré, étreint par un son de toute beauté. (J’ai entendu par la suite certains commentaires se plaignant que les cordes ne seraient pas assez audibles ; je pourrais difficilement être moins d’accord.)

Le fait que l’Orchestre de Paris semble en grande forme au moment d’inaugurer “sa” nouvelle salle ne fait que rajouter au plaisir.

Cette nouvelle grande salle parisienne tient ses promesses. Peu importe que les fauteuils soient recouverts de poussière et qu’il reste des échafaudages ici et là : pari tenu.


“Assassins”

Menier Chocolate Factory, Londres • 11.1.15 à 15h30
Stephen Sondheim (1990). Livret de John Weidman.

Mise en scène : Jamie Lloyd. Direction musicale : Alan Williams. Avec Aaron Tveit (John Wilkes Booth), Andy Nyman (Charles Guiteau), David Roberts (Leon Czolgosz), Stewart Clarke (Giuseppe Zangara), Mike McShane (Samuel Byck), Carly Bawden (Lynette Fromme), Catherine Tate (Sara Jane Moore), Harry Morrison (John Hinckley), Jamie Parker (Balladeer / Lee Harvey Oswald), Simon Lipkin (Proprietor), Melle Stewart (Emma Goldman), …

AssassinsLa Menier Chocolate Factory nous propose comme à son habitude une production très solide de cette œuvre forte de Stephen Sondheim et John Weidman, qui explore de manière conceptuelle ce qui unit une palette de personnages ayant en commun d’avoir voulu assassiner un président des États-Unis, certains d’entre eux avec succès.

De John Wilkes Booth à Lee Harvey Oswald, beaucoup d’entre eux ont au minimum réussi à faire entrer leur nom dans les livres d’histoire. “Attention has been paid”, conclut John Wilkes Booth, paraphrasant la réplique bien connue d’Arthur Miller.

On peut trouver cette production un tout petit peu sombre — elle se déroule, comme le suggère le livret, dans une sorte de fête foraine un peu surréaliste —, mais on ne peut qu’admirer l’engagement des comédiens, tous superbes (même si je reste étrangement insensible aux charmes d’Aaron Tveit, que l’on ne s’attendait pas à retrouver de ce côté de l’Atlantique). L’exiguïté de l’espace scénique rend la violence de l’action encore plus tangible tant on se trouve en permanence, au sens propre, aux premières loges.

Superbe dispositif scénique de Soutra Gilmour. On apprécie tout particulièrement les panneaux lumineux “Hit” et “Miss”, disposés de part et d’autre de la scène, qui affichent de manière assez géniale la réussite (ou non) de chacune des tentatives d’assassinat.


“The Grand Tour”

Finborough Theatre, Londres • 10.1.15 à 19h30
Musique & lyrics : Jerry Herman. Livret : Michael Stewart & Mark Bramble, d’après la pièce Jacobowsky and the Colonel de S. N. Behrman.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Joanna Cichonska. Avec Alastair Brookshaw (S. L. Jacobowsky), Nic Kyle (Colonel Stjerbinsky), Zoë Dano (Marianne), …

TourLa carrière de Jerry Herman a connu des hauts et des bas. Alors qu’il avait connu de grands succès avec Hello, Dolly! (1964) et Mame (1966), il a dû ensuite faire face à l’échec d’œuvres comme Dear World (1969) et Mack & Mabel (1974). Mais ces deux dernières comédies musicales furent, à des degrés divers, réhabilitées par la suite grâce à l’admiration des amateurs. Par contraste, The Grand Tour (1979), qui tint l’affiche moins de deux mois, tomba dans un oubli relatif. (Herman devra attendre son adaptation de La Cage aux Folles, en 1983, pour renouer avec le succès.)

On peut imaginer que The Grand Tour a souffert du côté très sombre de cette histoire qui se déroule dans la France de 1940, alors que les Nazis marchent sur Paris. Deux Polonais, un intellectuel juif et un colonel issu de l’aristocratie antisémite, voient leurs destins se rejoindre d’une façon touchante alors qu’ils fuient de Paris vers Saint-Nazaire, dans l’espoir de quitter le pays.

C’est pourtant une bien jolie pièce… et la partition de Jerry Herman est, comme à son habitude, délicieusement mélodique et poignante à souhait.

Cette production du petit Finborough Theatre est expertement mise en scène par le décidément inépuisable Thom Southerland, le spécialiste londonien des petits espaces. On est subjugué par la qualité de la distribution, notamment par Alastair Brookshaw, qui est merveilleusement émouvant dans le rôle de Jacobowsky, le juif au grand cœur, éternellement optimiste.

La représentation est un régal, et elle s’achève sur une note à la fois déchirante et magnifique. On en reprendrait volontiers.


Concert ONF / Ticciati au Grand Auditorium

Grand Auditorium, Maison de Radio France, Paris • 7.1.15 à 20h
Orchestre National de France, Robin Ticciati

Wagner : Lohengrin, prélude de l’acte I
Hosokawa : concerto pour harpe et orchestre (création française ; Xavier de Maistre, harpe)
Mahler : symphonie n°4 (Camilla Tilling, soprano)

TicciatiLe plaisir de découvrir enfin le Grand Auditorium de la Maison de Radio France était quelque peu mitigé par le choc de l’attaque terroriste de la journée. J’avais été invité au concert d’inauguration, en décembre, avant d’en être désinvité à la dernière minute… aussi n’avais-je pas encore pu faire l’expérience de ce lieu moderne mais froid, tout particulièrement à cause de l’horrible lumière blafarde qui baigne la scène pendant la représentation. S’il n’y a qu’une retouche à faire, c’est celle-ci : rendre la lumière plus chaleureuse.

Pour le reste, la salle tient ses promesses. L’acoustique y est très soignée, analytique sans sécheresse : le son y est délicieusement détaillé, sans que la stratification des couches sonores ne nuise à l’homogénéité d’ensemble.

Joli concert, même si le concerto pour harpe ne m’a pas transporté — Xavier de Maistre y a pourtant mis tout son considérable talent. Grâce à l’acoustique de la salle, la symphonie de Mahler a été l’occasion de découvrir beaucoup de traits souvent noyés dans la masse, notamment des contre-chants de toute beauté du côté des cors.


“Side Show”

St. James Theatre, New York • 4.1.15 à 15h
Musique : Henry Krieger. Livret & lyrics : Bill Russell. Contributions au livret : Bill Condon.

Mise en scène : Bill Condon. Chorégraphie : Anthony Van Laast. Direction musicale : Sam Davis. Avec Emily Padgett (Daisy), Erin Davie (Violet), Ryan Silverman (Terry), David St. Louis (Jake), Matthew Hydzik (Buddy), Robert Joy (Sir), …

SideshowJ’avais déjà vu cette nouvelle production de ce flop de 1997 à Washington en juillet dernier. J’avais expliqué à l’époque pourquoi cette tentative ne me semblait pas de nature à donner une seconde vie à cette comédie musicale pleine de bons sentiments mais globalement mal ficelée.

Les producteurs ont tenté leur chance à Broadway… avec un résultat plus que mitigé puisque, là où la production originale avait tenu 122 représentations (en comptant les avant-premières), cette nouvelle production aura été obligée de baisser définitivement le rideau après 77.

Je n’étais pas sûr d’avoir envie de revoir Side Show, mais l’occasion s’est présentée d’assister à la toute dernière représentation, la 77e.

Comme prévu, le théâtre était plein à craquer. Tous les flops n’ont pas la chance d’être ainsi l’objet d’une véritable adulation de la part d’un fan club aussi fidèle que bruyant.

Je pensais que les manifestations des fans seraient de nature à transcender le spectacle. Mais non, c’est toujours ce même objet si peu satisfaisant sur le plan dramatique qui est présenté dans une mise en scène statique et sans relief.

Beaucoup de larmes, bien sûr, en particulier de la part des deux vedettes, Emily Padgett et Erin Davie, irréprochables, qui ne portent nullement la responsabilité de cet échec.

Je quitte le théâtre pendant les interminables discours de fin.


“Into the Woods” (le film)

AMC Empire 25, New York • 4.1.15 à 11h

WoodsRob Marshall (2014). Scénario : James Lapine. D’après la comédie musicale de 1987. Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : James Lapine. Avec James Corden (Baker), Emily Blunt (Baker’s Wife), Meryl Streep (Witch), Anna Kendrick (Cinderella), Johnny Depp (Wolf), Chris Pine (Cinderella’s Prince), Lilla Crawford (Little Red Ridinghood), Daniel Huttlestone (Jack), Tracey Ullman (Jack’s Mother), Mackenzie Mauzy (Rapunzel), Billy Magnussen (Rapunzel’s Prince), Christine Baranski (Cinderella’s Stepmother), Tammy Blanchard (Florinda), Lucy Punch (Lucinda), Joanna RIding (Cinderella’s Mother), Simon Russell Beale (Baker’s Father), Frances de la Tour (Giant), Annette Crosbie (Granny), Richard Glover (Steward), …

À part le choix étonnant d’Anna Kendrick pour jouer Cendrillon (seul un Prince vraiment désespéré aurait envie de se retourner sur elle dans la rue), cette adaptation cinématographique de la comédie musicale mythique de Stephen Sondheim et James Lapine est un sans-faute sur toute la ligne.

Chapeau aux producteurs d’avoir utilisé un scénario aussi fidèle au livret de la pièce, avec très peu de retouches. La suppression du narrateur comme un personnage visible du public paraissait inévitable. La disparition de la reprise de “Agony” dans le deuxième acte est le seul choix qui m’ait un peu peiné (avec la suppression des quelques notes qui accompagnent normalement le moment où la vache mange les ingrédients), mais il faut reconnaître que le flux narratif ne s’en trouve nullement contrarié.

Les quelques toutes petites modifications apportées sont de réelles améliorations, comme le fait que ce soit Jack qui ait l’idée de remplacer les cheveux de Rapunzel par les stigmates du maïs… le signe qu’il n’est peut-être pas si idiot que ça.

L’utilisation des ressources du cinéma apparaît pour une fois comme un véritable atout pour gérer les enchaînements complexes et les nombreuses superpositions du livret. La longue scène d’ouverture, en particulier, est triomphalement transformée en un génial crescendo au rythme enlevé, qui donne la chair de poule.

Les géniales orchestrations de Jonathan Tunick ont à peine été retouchées… mais, là où elles ont été enrichies, c’est pour ajouter un petit quelque chose qui donne un plus au film. C’est que Rob Marshall fait preuve d’un bout à l’autre d’une réelle sensibilité musicale, en synchronisant magnifiquement l’image et le son.

Quelques mesures de musique de fond ont été rajoutées. Il me semble bien avoir entendu une très brève et très discrète évocation de la “Night Waltz” de A Little Night Music lors de la première soirée du bal chez le Prince. La reprise instrumentale de “Last Midnight” qui accompagne le générique de fin est proprement sensationnelle.

La distribution est parfaitement choisie, et l’interprétation des chansons est exemplaire : chaque mot est parfaitement intelligible, y compris dans les superpositions où plusieurs personnages chantent simultanément, et le texte est dit avec une intelligence parfaite du second degré qui parsème le scénario… tout en respectant les jolis moments d’émotion intense.

On pardonne, du coup, à Meryl Streep, par ailleurs excellente, la petite transposition à l’octave inférieure qui lui évite d’aller chercher des aigus hasardeux.

L’entente touchante entre James Corden et Emily Blunt dans les rôles du Boulanger et de sa femme est l’un des appuis fondamentaux dont le film tire sa force. Les deux enfants sont également très bien choisis (on retrouve avec surprise la jeune Lilla Crawford, qui était la vedette de la récente reprise d’Annie à Broadway, et à qui le rôle de Little Red Riding Hood convient bien mieux).

Bref, une grande réussite… et un joli cadeau fait à Stephen Sondheim, assuré de léguer à la postérité au moins une version cinématographique parfaitement réussie de l’une de ses œuvres.

PS : Je recommande chaleureusement le visionnage des différents petits documentaires disponibles ici (sauf bien sûr pour ceux qui n’ont pas vu le film et qui ne souhaitent pas gâcher la surprise de la découverte).


“On the Town”

Lyric Theatre, New York • 3.1.15 à 20h
Musique : Leonard Bernstein. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, sur une idée de Jerome Robbins.

Mise en scène : John Rando. Chorégraphie : Joshua Bergasse. Direction musicale : James Moore. Avec Tony Yazbeck (Gabey), Jay Armstrong Johnson (Chip), Clyde Alves (Ozzie), Megan Fairchild (Ivy Smith), Alysha Umphress (Hildy Esterhazy), Elizabeth Stanley (Claire de Loone), Jackie Hoffman (Madame Dilly / DIana Dream / Dolores Dolores), Michael Rupert (Pitkin), Allison Guinn (Lucy Schmeeler), …

TownJe tenais absolument à revoir rapidement ce spectacle enthousiasmant (trois mois après ma première visite) car les chiffres de vente ne laissent rien augurer de bon pour son avenir.

C’est pourtant la comédie musicale idéale : une partition monumentale, une histoire qui sait doser émotion et humour avec un talent consommé, une interprétation éblouissante, une mise en scène et une chorégraphie bourrées d’idées irrésistibles dans un dispositif scénique somptueux.

Si je ne devais me choisir qu’un seul héros, dans tout cela, ce serait peut-être le chorégraphe Joshua Bergasse, qui parvient à faire passer tellement de sentiments avec tant d’élégance et de créativité. Je pense qu’il a le potentiel de laisser sur Broadway une trace au moins aussi important que Jerome Robbins ; nous verrons si l’avenir le confirme.

On apprécie que la pièce, après des épisodes comiques particulièrement savoureux, prenne aussi bien le temps de se laisser gagner par la belle et touchante mélancolie des personnages. Le pas de deux de “Lonely Town” et le ballet “Imaginary Coney Island” mettent la barre très haut dans ce domaine.

La première représentation que j’ai vue n’était qu’une avant-première. On sent que les comédiens se sont désormais appropriés la pièce encore plus. Certains prestations, comme celle d’Elizabeth Stanley, se sont beaucoup épaissies dans l’intervalle. Ce qui ne fait qu’ajouter du bonheur à celui qui était déjà présent.

Je maintiens : On the Town est de loins la plus magnifique production actuellement à l’affiche à Broadway. Il faut en profiter pendant que ça dure…


“Elf”

Paper Mill Playhouse, Millburn • 3.1.15 à 13h30
Musique : Matthew Sklar. Lyrics : Chad Beguelin. Livret : Thomas Meehan & Bob Martin. 

Mise en scène : Eric Ankrim. Direction musicale : Dominick Amendum. Avec James Moye (Buddy), Kate Fahrner (Jovie), Heidi Blickenstaff (Emily), Paul C. Vogt (Santa), Robert Cuccioli (Walter Hobbs), Cleve Asbury (Mr. Greenway), DeMone (Macy’s Manager), Jessica Sheridan (Deb), Jake Faragalli (Michael), …

ElfCette délicieuse petite comédie musicale (que j’ai vue deux fois en 2010, puis à nouveau en 2012, à Broadway) revient cette année au programme du Paper Mill Playhouse, dans le New Jersey.

Bien que le programme indique un nouveau metteur en scène et un nouveau chorégraphe, on ne s’éloigne pas beaucoup de la conception originale. Certains décors ont été repensés, largement au bénéfice de la pièce : la scène chez Macy’s est désormais bien plus satisfaisante sur le plan visuel… et l’envol final du traîneau du Père Noël est carrément magnifique.

La partition est toujours aussi plaisante, et la magie de l’histoire semble continuer à produire ses effets enchanteurs sur le public comme sur les comédiens.

On retrouve avec plaisir deux vétérans de Broadway, Robert Cuccioli et Heidi Blickenstaff, dans les rôles du couple Hobbs, mais toute la distribution est excellente… même si je garde une faiblesse pour l’interprète originale du rôle de Buddy, le charismatique Sebastian Arcelus.


“Manhattan Parisienne”

59E59 Theaters, New York • 2.1.15 à 20h30
Alain Boublil

Mise en scène et chorégraphie : Graciela Daniele. Avec Marie Zamora, Randy Redd, Jeremy Cohen et Stephen Zinnato.

ParisienneElle était Cosette dans la production parisienne des Misérables en 1991… et elle est mariée à Alain Boublil, le co-auteur des Misérables, de Miss Saigon et de Martin Guerre. Marie Zamora, qui semble se consacrer surtout à des concerts, réapparaît dans cette pièce musicale écrite par Boublil et dont la partition rassemble des standards français et américains.

Je m’attendais à un concert aux chansons vaguement reliées par un récit de circonstance. Au contraire : Manhattan Parisienne est bien conçue comme une pièce de théâtre, construite autour de la rencontre improbable d’une Française de passage pour quelques heures à New York (son vol y a été dérouté à cause de la météo) et d’un pianiste américain qui gagne péniblement sa vie en accompagnant des chanteurs dans un bar miteux.

On a beau être dans un minuscule théâtre, tout est extrêmement professionnel et très bien réglé — il faut dire que mettre Graciela Daniele aux commandes est une garantie de qualité. Je ne sais pas si Boublil a tout écrit directement en anglais, mais ses dialogues sont assez réussis… et on s’attache volontiers aux deux personnages principaux pendant les 80 minutes de cette petite pièce donnée sans entracte, même si le dénouement est un tout petit peu tiré par les cheveux.

Zamora y apparaît comme une comédienne attachante. Elle ne chante finalement pas tant que ça, mais sa voix y est mise joliment en valeur. Il faut dire qu’elle est particulièrement convaincante dans les chansons de Michel Legrand, qu’elle interprète apparemment assez souvent en concert.

Elle est très bien entourée, notamment par le séduisant Randy Redd, qui lui donne impeccablement la réplique et qui est un comédien charmant.


“It’s Only a Play”

Gerald Schoenfeld Theatre, New York • 2.1.15 à 14h
Terrence McNally

Mise en scène : Jack O’Brien. Avec F. Murray Abraham (Ira Drew), Matthew Broderick (Peter Austin), Stockard Channing (Virginia Noyes), Rupert Grint (Frank Finger), Megan Mullally (Julia Budder), Bob Stillman (James Wicker [standby / remplaçant]) et Micah Stock (Gud P. Head).

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Lors de la soirée qui suit la première de sa nouvelle pièce, Peter Austin attend de connaître le verdict des critiques en compagnie de sa productrice (riche mais inexpérimentée), de sa vedette féminine (en fin de carrière après des expériences malheureuses à Hollywood), de son metteur en scène (britannique, qui enchaîne les succès de manière insolente), d’un critique (dans lequel sommeille un auteur raté), de son meilleur ami comédien (pour qui la pièce a été écrite mais qui a préféré se consacrer à une série télévisée à succès)… et d’un aspirant comédien débarqué de sa province le jour-même (embauché comme extra pour s’occuper des manteaux des invités).

Les interactions des personnages, outre qu’elles brossent une savoureuse galerie de portraits, sont surtout l’occasion de disserter sur l’état du théâtre à Broadway et, tout particulièrement, sur la recherche du “nouveau grand auteur américain”… à une époque où les Britanniques semblent dominer le théâtre new-yorkais.

La pièce a été originellement créée en 1986, mais le texte a manifestement beaucoup été remanié pour rester d’actualité, même s’il reste quelques traces un peu datées. Le thème de la domination britannique, tout particulièrement, est un peu moins aigu aujourd’hui qu’il ne l’était dans les années 1980.

Malgré tout, on dirait que Terrence McNally s’est fait une check-list de toutes les questions à aborder et qu’il les coche les uns après les autres… depuis la multiplication des critiques auto-proclamés qui pullulent sur Internet jusqu’à la manie croissante des stars hollywoodiennes de venir à New York conquérir au théâtre une sorte de légitimité a posteriori.

L’une des blagues les plus efficaces est celle qui consiste à évoquer les invités qui arrivent à la soirée par le biais des manteaux que le jeune Gus apporte dans la chambre où se déroule la pièce. Le filon est inépuisable : Tommy Tune et son immense manteau en fourrure, Daniel Radcliffe et son mini-caban, la troupe de The Lion King et son assortiment de tissus bariolés… ou encore Lady Gaga et une espèce d’amas de ballons parfaitement approprié.

Le texte est bien tourné et il est bien servi par une belle brochette de comédiens aguerris à l’exercice.

J’avais pris un risque en réservant une matinée un peu exotique un vendredi après-midi et, comme je le craignais, Nathan Lane, qui joue normalement le rôle de James Wicker, était absent. Sa doublure, Bob Stillman, bien que très différent de Lane physiquement, s’en est sorti superbement, même s’il met la pédale douce sur l’humour purement physique (les regards, les postures), dont Lane est un maître absolu. Le pauvre Stillman est le seul, avec le petit nouveau Micah Stock, dont l’entrée n’est pas accueillie par des applaudissements.

Parmi le reste de la troupe, l’excellente Stockard Channing ne fait qu’une bouchée de son rôle… et Rupert Grint (le Ron Weasley de la série des Harry Potter) est tout à fait irrésistible dans le rôle du metteur en scène britannique à la chance insolente. Seule Megan Mullaly laisse un peu indifférent avec sa voix curieusement placée, qui projette très mal malgré une légère sonorisation.


“City of Angels”

Donmar Warehouse, Londres • 1.1.15 à 19h30
Musique : Cy Coleman (1989). Lyrics : David Zippel. Livret : Larry Gelbart.

Mise en scène : Josie Rourke. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Hadley Fraser (Stine), Tam Mutu (Stone), Rosalie Craig (Gabby/Bobbi), Rebecca Trehearn (Donna/Oolie), Peter Polycarpou (Buddy Fidler), Katherine Kelly (Carla/Alaura Kingsley), Cameron Cuffe (Peter Kingsley), Samantha Barks (Avril Raines/Mallory Kingsley), Tim Walton (Jimmy Powers), Marc Elliott (Pancho Vargas/Lieutenant Munoz), Sandra Marvin, Jennifer Saayeng, Kadiff Kirwan, Jo Servi (Angel City Four), …

CityDifficile de décrire l’émotion qui m’a étreint pendant toute cette représentation tant j’avais le sentiment d’atteindre un Graal, une sorte de nirvana de la comédie musicale.

J’ai toujours adoré City of Angels, une comédie musicale créée en 1989 à Broadway. Le livret de David Zippel réussit une mise en abyme virtuosissime sur la thématique du film noir : pendant qu’un auteur se débat pour donner forme au scénario tiré de son propre roman, l’action du film prend vie sur la même scène. Tous les ingrédients du film noir sont présents : le détective privée à la secrétaire énamourée, les images expressionnistes en noir et blanc, la voix off, ... Le scénariste, Stine, emprunte à son expérience personnelle pour nourrir ses personnages — comme le détective privé, Stone, son personnage principal — et la plupart des comédiens jouent un rôle à la fois dans la vraie vie (qui se déroule en couleurs) et dans le film (en noir et blanc, bien entendu).

Le plaisir est total car ce livret est soutenu par l’une des plus belles partitions de l’histoire de la comédie musicale, un chef d’œuvre jazzy du génial Cy Coleman, dans laquelle il n’y a absolument rien à jeter.

La scène qui conclut le premier acte, qui voit Stone chercher la confrontation avec Stine, son créateur, conduit à l’une des chansons les plus somptueuses de la pièce, “You’re Nothing Without Me”, un tour de force dramatique comme musical, dont je ressors toujours dans une sorte d’état second tant la virtuosité en est confondante.

Je vivrai toujours avec le regret d’être passé devant le théâtre où se jouait City of Angels à Londres, à l’été 1993, sans m’arrêter. (Je n’ai commencé à aller voir de la comédie musicale à Londres de manière intenstive qu’à l’automne 1995.) J’ai vu quelques productions depuis, dont une excellente par les étudiants de la Guildhall School en 2008, mais l’annonce que le célèbre Donmar Warehouse mettait l’œuvre à l’affiche a été l’événement le plus excitant de l’année 2014.

Une excitation vite calmée car les billets avaient tous disparu dix minutes après l’ouverture de la location. Heureusement, la persévérance et le marché secondaire m’ont finalement permis de trouver deux billets, dont l’un pour cette représentation du Nouvel An.

L’excitation était fondée. Difficile de décrire la jubilation que j’ai ressentie face à une mise en scène d’une inventivité débordante, tirant le maximum d’un décor somptueux de Robert Jones, superbement éclairé par Howard Harrison et complété par d’étonnantes projections conçues par Duncan McLean. 

Une distribution irréprochable donne vie de manière délicieuse aux personnages prototypiques de la pièce. J’avoue une faiblesse particulière pour le Stine de Hadley Fraser (quelle voix magnifique !) et pour la Donna / Oolie de Rebecca Trehearn (qui m’avait tant amusé dans Dogfight), qui a la chance de chanter l’une des meilleures chansons de la pièce, la délicieuse “You Can Always Count On Me”, au milieu de laquelle elle se transforme à vue de l’un de ses personnages à l’autre — quelle virtuosité.

Une production quasiment parfaite de l’une des comédies musicales les plus abouties du répertoire, que peut-on demander de plus ? Que le spectacle aille s’installer dans le West End, peut-être, pour qu’on puisse aller lui rendre visite encore très souvent.

En sortant, j’entends une dame dire à une ouvreuse qu’elle a prévu de revenir bientôt et qu’elle a vu la production de 1993 trois fois tellement la pièce l’avait enthousiasmée. Comme c’est compréhensible.