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Concert ONF / Segerstam au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 30.10.14 à 20h
Orchestre National de France, Leif Segerstam

Tchaïkovski : Francesca da Rimini, fantaisie symphonique
R. Strauss : Capriccio, scène finale (Orla Boylan, soprano)
Sibelius : symphonie n° 2

SegerstamJ’avais vu Segerstam diriger de fort belle manière un Siegfried et un Götterdämmerung à Helksinki, aussi n’ai-je pas été surpris que ce concert soit aussi réussi.

La deuxième symphonie de Sibelius me semble toujours un peu longue. La qualité de l’implication des cordes du National rend néanmoins l’expérience assez captivante : alors que j’étais persuadé que j’allais devoir lutter contre l’assoupissement (ma journée s’y prêtait pour de multiples raisons), j’ai au contraire été subjugué.

La fin de la symphonie est sublime : chaque fois qu’on pense avoir atteint le maximum de l’intensité possible, un surcroît d’ardeur vient faire monter la tension d’un cran. Les dernières minutes sont d’une puissance étonnante. Je sens des larmes commencer à couler presque sans signe avant-coureur. Malgré une affinité limitée pour Sarah Nemtanu, je dois reconnaître qu’elle a joliment mené cette irrésistible montée vers l’extase (le programme de salle annonçait pourtant Luc Héry).


“Il barbiere di Siviglia”

Opéra Bastille, Paris • 28.10.14 à 19h30
Rossini (1816). Livret : Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais

Direction musicale : Carlo Montanaro. Mise en scène : Damiano Michieletto. Avec Edgardo Rocha (Almaviva), Florian Sempey (Figaro), Marina Comparato (Rosina), …

BarbiereDieu que cet opéra est ennuyeux. Heureusement que la mise en scène de Damiano Michieletto (dont le Falstaff de Salzbourg ne m’avait pourtant pas convaincu) en fait un vaudeville contemporain plein de fantaisie et de légèreté, dans un décor et des costumes magnifiques de Paolo Fantin et Silvia Aymonino.

La distribution adhère sans réserve et rend la comédie d’autant plus délicieuse. On n’est guère séduit, en revanche, au rayon vocal. Pas plus que par l’instrument utilisé pour le continuo (un pianoforte ?), qui est triste et sans éclat. Heureusement que la production est si plaisante à regarder.


“Tannhäuser”

Staatsoper, Vienne • 26.10.14 à 17h30
Wagner (1845)

Direction musicale : Peter Schneider. Mise en scène : Claus Guth. Avec Stephen Gould (Tannhäuser), Camilla Nylund (Elisabeth), Iréne Theorin (Venus), Christian Gerhaher (Wolfram von Eschenbach), …

TannhäuserTrès joli Tannhäuser, particulièrement solide du côté de la fosse, avec un orchestre éblouissant, mené avec autorité et vision par Peter Schneider.

La mise en scène de Claus Guth, qui a quelques années, rappelle son Parsifal de Zurich. Dans un décor très réussi, le recul quasi psychanalytique que Guth cherche à prendre par rapport à l’œuvre (le double enfant de Heinrich qui traverse la scène pendant l’ouverture, Venus en jumelle d’Elisabeth — comme Klingsor et Amfortas dans Parsifal) produit souvent de belles mises en abyme, souvent signifiantes, voire éclairantes.

Il y a aussi des moments, cependant, où on perd de vue les intentions du metteur en scène. Le troisième acte, en particulier, ne fonctionne pas jusqu’au bout : Heinrich n’est pas parti pour Rome, il est alité, dans le coma, après avoir perdu connaissance à la fin de l’acte II, dont l’essentiel n’était qu’un rêve. Elisabeth, le croyant mort, se suicide en avalant des médicaments (un écho de Roméo et Juliette ?). Point de pélerins, mais des aliénés qui chantent sans motivation apparente — le “truc” facile des metteurs en scène dans l’impasse. Wolfram, à son tour, envisage le suicide (“O du, mein holder Abendstern” particulièrement poignant de Christian Gerhaher). Heinrich l’interrompt, mais la suite ne fait guère de sens, le texte clashant régulièrement avec l’image.

Distribution solide. Stephen Gould, qui remplaçait Robert Dean Smith, est un Heinrich solide bien que pas toujours très élégant. Prestation magnifique de Christian Gerhaher en Wolfram. Camilla Nylund est une Elisabeth tout juste correcte, tandis qu’Iréne Theorin n’a pas l’air très à l’aise en Venus… ou pas très en forme.


Concert CSO / Muti à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 25.10.14 à 20h
Chicago Symphony Orchestra, Riccardo Muti

Mendelssohn : ouverture Mer calme et heureux voyage
Debussy : La Mer
Tchaïkovski : symphonie n° 4

MutiJ’ai déjà eu l’occasion de souligner à quel point le CSO est devenu “une machine à produire du beau son”. Si cette qualité m’avait semblé réellement épineuse dans un récent programme Strauss – Chostakovitch, elle apparaît en revanche plus à l’avantage de l’orchestre dans le programme de ce concert.

On n’est guère touché par La Mer, trop métronomique et trop lisse. La symphonie de Tchaïkovski, en revanche, bénéficie de la rondeur et de la réactivité dynamique de l’orchestre.

Muti colore sa conduite d’une réelle élégance, que l’on trouverait presque excessive par moments. Il est très attentif à l’équilibre des instruments et fait ressortir beaucoup de traits secondaires souvent inattendus et captivants.

En bis, l’ouverture de Nabucco, que je trouve presque supportable grâce au savant dosage de Muti, attentif à éviter l’overdose.


“Alcina”

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 20.10.14 à 19h30
Haendel (1735)

The English Concert, Harry Bicket. Avec Joyce DiDonato (Alcina), Alice Coote (Ruggiero), Anna Christy (Morgana), Christine Rice (Bradamante), Ben Johnson (Oronte), Wojtek Gierlach (Melisso), Anna Devin (Oberto).

JoyceMoi qui pensais avoir du mal à tenir la distance, j’ai été surpris de me voir entraîné, et parfois enthousiasmé, par une représentation captivante.

J’ai même failli dire du bien de l’orchestre, dont la plupart des instruments sonnent juste… mais l’arrivée de deux épouvantables cors naturels pour accompagner le dernier air de bravoure de Ruggiero me laisse sur un constat nettement plus mitigé. Je ne comprendrai jamais comment on peut choisir de se priver ainsi de trois siècles de progrès techniques, surtout s’agissant d’un instrument qui était tout sauf au point au 18e siècle.

Beaucoup de prestations magnifiques dans une distribution qui semble unie par un amour particulier pour les longues phrases chantées sans respirer.

Alice Coote (dont le Prince Charmant m’avait déjà enchanté) est la plus attentive à l’homogénéité de sa voix dans les différents registres, ce qui me la rend particulièrement sympathique, même si elle ne tient pas tout à fait la distance.

Les aigus cristallins d’Anna Christy (qui était l’excellente Cunegonde du Candide du Châtelet) sont un régal, tandis que l’élégance et la noblesse naturelles de la voix de Christine Rice en imposent d’emblée.

Du côté des hommes, la belle voix de basse chaude et souple de Wojtek Gierlach fait regretter que son rôle ne soit pas plus long.

L’héroïne de la soirée est bien sûr l’irrésistible Joyce DiDonato, dont l’Alcina délicieusement extravertie est un déferlement d’émotions intenses. Par certains côtés, ce n’est pas la plus belle voix sur scène — quelques aigus sont même un peu approximatifs —, mais comment résister à un tel engagement dramatique et à une telle énergie vocale ?


“Der Fliegende Holländer”

Opéra de Lyon • 19.10.14 à 18h
Le Vaisseau fantôme, Richard Wagner (1843)

Direction musicale : Kazushi Ono. Mise en scène : Àlex Ollé (la Fura dels Baus). Avec Simon Neal (Der Holländer), Magdalena Anna Hofmann (Senta), Tomislav Muzek (Erik), Falk Struckmann (Daland), Eve-Maud Hubeaux (Mary), Luc Robert (Der Steuermann).

HolländerEn toute honnêteté, je m’attendais à ressortir bien plus enthousiaste.

Certes, la production est magnifique sur le plan visuel, comme tout ce à quoi Àllex Ollé attache son nom. L’image d’ouverture, à la fois très classique et superbement réalisée, est cependant la plus réussie. La suite convainc moins… et, même si la scène finale est pleine d’intensité, je ne suis pas sûr de bien comprendre ce qui arrive à Senta au tomber du rideau.

La distribution est globalement un peu juste, même si Falk Struckmann est un excellent Daland. La Senta de Magdalena Anna Hofmann est correcte sans être enthousiasmante, tandis que ni Simon Neal, ni Tomislav Muzek ne sont pas totalement à la hauteur de leurs rôles.

Je suis même un peu déçu par la direction musicale de Kazushi Ono, qui me transporte bien plus d’habitude. Peut-être cherche-t-il à ménager ses chanteurs… Toujours est-il que son interprétation manque de relief et d’allant.


“The Trial”

Royal Opera House (Linbury Studio Theatre), Londres • 18.10.14 à 18h
Musique : Philip Glass. Livret : Christopher Hampton, d’après le roman de Franz Kafka.

Direction musicale : Michael Rafferty. Mise en scène : Michael McCarthy. Avec Johnny Herford (Josef K.), Amanda Forbes (Fräulein Bürstner / Leni), Rowan Hellier (Frau Grubach / Washerwoman), Paul Curievici (Titorelli / Flogger / Student), Michael Bennett (Franz / Block), Gwion Thomas (Magistrate / Assistant / Lawyer), Nicholas Folwell (Willem / Usher / Clerk / Priest), Michael Druiett (Inspector / Uncle).

TrialCréation d’un nouvel “opéra de chambre” de Philip Glass sur un livret de Christopher Hampton inspiré de manière très fidèle du Procès de Kafka.

C’est du bien joli théâtre qui nous est donné à voir : le décor minimal mais élégamment fonctionnel fournit un cadre idéalement confiné, tandis que la mise en scène trouve des moyens subtils de souligner la belle ironie qui sous-tend cette parabole surréaliste — on aime beaucoup, en particulier, le procédé consistant à utiliser le même mobilier de multiples façons d’une scène à l’autre (ce qui, d’une certaine façon, rappelle The Scottsboro Boys, vu juste avant).

La partition de Philip Glass, même si elle se nourrit en partie d’un vocabulaire musical bien connu, accompagne joliment les reliefs dramatiques et les atmosphères de l’action. Certains passages parmi les plus mélodiques sont particulièrement touchants.

Interprétation magnifique, en particulier du talentueux baryton Johnny Herford, qui ne quitte jamais la scène et qui incarne à la perfection ce magnifique héros entraîné dans des péripéties à l’aboutissement aussi inévitable que délicieusement subversif.


“The Scottsboro Boys”

Garrick Theatre, Londres • 18.10.14 à 14h30
Musique et lyrics : John Kander & Fred Ebb. Livret : David Thompson.

Mise en scène et chorégraphie : Susan Stroman. Direction musicale : Phil Cornwell. Avec Brandon Victor Dixon (Haywood Patterson), Colman Domingo (Mr. Bones), Forrest McClendon (Mr. Tambo), James T. Lane (Ozie Powell), Rohan Pinnock-Hamilton (Olen Montgomery), Carl Spencer (Andy Wright), Keenan Munn-Francis (Eugene Williams), Emmanuel Kojo (Clarence Norris), Emile Ruddock (Willie Roberson), Joshua Da Costa (Roy Wright), Dex Lee (Charles Weems), Julian Glover (Interlocutor), Dawn Hope (The Lady).

ScottsboroQuatrième rencontre avec cette remarquable œuvre de Kander & Ebb (posthume pour John Kander), après Minneapolis, Broadway et le Young Vic de Londres.

Malheureusement, cette reprise dans le West End accentue un défaut déjà présent au Young Vic : l’accent mis sur la noirceur de l’histoire et sur le paradoxe que constitue le recours à un genre raciste, le Minstrel Show, conduit les comédiens à élargir le geste et à dire certaines répliques en appuyant beaucoup sur le bouton de la farce. 

Le résultat est prévisible : on est beaucoup moins touché par le procédé qui consistait, originellement, à raconter cet horrible gâchis judiciaire au moyen d’une partition élégante et souvent envoûtante. Il suffit d’ailleurs de réécouter le CD d’origine pour juger de l’évolution considérable du ton depuis l’origine… alors que c’est, en théorie, la même mise en scène qui est présentée.

Mise en scène au demeurant toujours aussi géniale d’une Susan Stroman en pleine forme.

Autre défaut de cette nouvelle production : alors que la distribution est à peu près identique à celle du Young Vic, le rôle principal de Haywood est tenu ici par Brandon Victor Dixon, qui n’a ni le charisme ni la voix de ses prédécesseurs. C’est lui, en particulier, qui tire un peu la pièce dans la mauvais sens avec une prestation un peu empesée.


Concert Philharmonique de Radio-France / Petrenko à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 17.10.14 à 20h
Orchestre Phiharmonique de Radio-France, Vasily Petrenko

Szymanowski : concerto pour violon (Baïba Skride, violon)
Mahler : symphonie n° 7

PetrenkoMalgré l’enthousiasme évident de l’Orchestre à l’endroit du jeune chef russe, la symphonie ne fut qu’occasionnellement convaincante. Peu homogène, elle a surtout donné l’impression qu’une ou deux répétitions supplémentaires auraient été utiles. Petrenko, dont la façon de diriger avec le poignet gauche est assez curieuse, s’emballe régulièrement et adopte des tempos qui ne m’ont semblé compatibles ni avec l’esprit de la musique, ni avec l’état de préparation de l’Orchestre.

Concerto bizarre et lui aussi assez peu touchant… même si je dois reconnaître que la fatigue de la semaine ne m’a pas permis d’en profiter autant que je l’aurais voulu.


Concert Orchestre de Paris / Rozhdestvensky à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 16.10.14 à 20h
Orchestre de Paris, Guennadi Rozhdestvensky

Liadov : Fragment de l’Apocalypse
Glazounov : concerto pour piano n° 1 (Viktoria Postnikova, piano)
Chostakovith : symphonie n° 15

RozhdestvenskyUn concert magnifique. Le jeu assuré et miraculeusement clair de Viktoria Postnikova fournissait déjà un motif de réjouissance dans la première partie… même si le concerto de Glazounov, avec ses clins d‘œil à Tchaïkovski d’un côté et à Rachmaninov de l’autre, ne se distingue pas par une personnalité débordante.

Mais c’est la symphonie de Chostakovitch qui a enthousiasmé. Rozhdestvensky, dont l’intimité avec l’œuvre est évidente, en propose une lecture déterminée et limpide, sans précipitation et sans effet, permettant à la noire fantaisie de la partition de s’épanouir sur une pulsation lente et régulière. L’Orchestre de Paris, en grande forme, suit avec homogénéité et engagement ; l’enchaînement des climats grinçants et des clins d’œil obsessifs est un véritable régal.


“Free As Air”

Finborough Theatre, Londres • 12.10.14 à 19h30
Musique : Julian Slade (1957). Livret & lyrics : Dorothy Reynolds & Julian Slade.

Mise en scène : Stewart Nicholls. Direction musicale (piano) : Ben Stock. Avec Charlotte Baptie, Ian Belsey, Ruth Betteridge, Anna Brook-Mitchell, Daniel Cane, James Dangerfield, Richard Gibson, Amy Hamlen, Anthony Harris, Josh Little, Ted Merwood, Joanna Monro, Eimear Phelan-O’Riordan, Simon Pontin, Jane Quinn, Sophie SImms, Kane Verrall.

Freeasair

Le petit Finborough Theatre continue à présenter les bijoux oubliés du théâtre musical anglais, après Merrie England, Perchance to Dream ou Gay’s the Word (je n’ai pas pu voir leur production d’une autre comédie musicale d’Ivor Novello, Valley Of Song, en raison d’une représentation annulée).

Avec Free As Air, cette série rend hommage à l’un des grands compositeurs anglais, Julian Slade. Free As Air suit de quelques années le célébrissime Salad Days, des mêmes auteurs, toujours représenté au Royaume-Uni avec une certaine régularité.

Ce n’est pas le livret, aussi délicieusement léger soit-il, qui porte Free As Air. C’est une partition mélodique et pleine de fantaisie. Elle manque cependant un peu de variété, et je dois avouer avoir ressenti une certaine lassitude durant le deuxième acte — le fait que je n’avais qu’une fesse posée sur la banquette compte tenu de la difficulté d’installer correctement tous les spectateurs dans ce minuscule théâtre y est sans doute aussi un peu pour quelque chose.

Interprétation absolument impeccable de la part d’une distribution jeune et enthousiaste, riche de voix plus somptueuses les unes que les autres… et dont l’enthousiasme est d’autant plus remarquable que le spectacle n’est donné que pour quelques représentations.


“Love Story”

Union Theatre, Londres • 12.10.14 à 14h30
Livret et lyrics : Stephen Clark, d’après le scénario et le roman d’Erich Segal. Musique et lyrics additionnels : Howard Goodall.

Mise en scène : Sasha Regan. Direction musicale : Inga Davis-Rutter. Avec Victoria Serra (Jenny Cavilleri), David Albury (Oliver Barrett IV), Neil Stewart (Phil Cavilleri), Séamus Newham (Oliver Barrett III), Deborah Poplett (Alison Barrett), Tanya Truman (Jenny’s Mother), …

LovestoryLe Union Theatre continue son cycle consacré au compositeur Howard Goodall en présentant cette adaptation musicale du célèbre roman d’Erich Segal, dont j’avais vu la création au Festival de Chichester en 2010.

C’est dans une bien belle mise en scène sobre et efficace de Sasha Regan que s’épanouit le déchirant mélodrame qui a fait pleurer des générations de lecteurs et de spectateurs (du film de 1970 avec Ryan O’Neal).

Le couple central est plus que convaincant, si l’on arrive à oublier la tendance du jeune premier, David Albury, à parler un peu faux, surtout dans le premier acte. Ils sont, comme toujours, très bien entourés… en particulier par le Phil très touchant de Neil Stewart, même s’il ne réussit pas tout à fait à faire oublier la prestation de Peter Polycarpou dans la production originale.

Les quelques réserves à adresser à la pièce concernent à nouveau à Stephen Clark, dont les lyrics sont rarement très inspirés… et dont le livret pourrait prendre un peu plus le temps d’explorer la relation complexe d’Oliver avec son père.

Mais ce sont des détails à côté des qualités incontestables d’une œuvre portée par la très belle partition de Howard Goodall et par des comédiens engagés et talentueux.


“Gypsy”

Festival Theatre, Chichester • 11.10.14 à 19h30
Musique : Jule Styne. Livret : Arthur Laurents. Lyrics : Stephen Sondheim.

Mise en scène : Jonathan Kent. Direction musicale : Nicholas Skilbeck. Avec Imelda Staunton (Rose), Kevin Whately (Herbie), Lara Pulver (Louise), Gemma Sutton (June), Dan Burton (Tulsa), Louise Gold (Mazeppa), Julie Legrand (Electra), Anita Louise Combe (Tessie Tura), …

GypsySi le paradis de la comédie musicale s’est établi à New York au Lyric Theatre où l’on donne le monumental On the Town, de ce côté de l’Atlantique, c’est à Chichester qu’il faut se rendre pour éprouver un plaisir à peu près équivalent. Je ne suis pas le roi des pronostics, mais si cette production n’atterrit pas bientôt dans le West End, c’est que je ne comprends vraiment plus rien à rien.

Le Festival Theatre de Chichester propose une version superbe du chef d’œuvre de Jule Styne, Arthur Laurents et Stephen Sondheim, Gypsy, dont l’ouverture à elle seule mérite le prix du billet.

Après le Guys and Dolls du mois dernier, on découvre les nouvelles possibilités techniques du théâtre, désormais doté d’une fosse d’orchestre… et dont l’arrière-scène est suffisamment spacieuse pour organiser les mouvements quasiment cinématographiques du somptueux décor d’Anthony Ward.

Les orchestrations de Nicholas Skilbeck parviennent à faire oublier qu’il n’y a qu’une grosse douzaine de musiciens dans la fosse… mais l’effectif des cuivres a fort opportunément été maintenu, une garantie de chair de poule récurrente tout au long du spectacle.

Le spectacle est enthousiasmant, en bonne partie grâce à la prestation aussi inattendue qu’impeccable de la formidable Imelda Staunton (qui était la Mrs. Lovett du Sweeney Todd conçu par la même équipe il y a trois ans). Tour à tour aguichante, cinglée et tragique, la Momma Rose de Staunton fait oublier les titulaires récentes du rôle (Bernadette Peters, Patti LuPone, Caroline O’Connor) et évoque plutôt le génie immortel de la légendaire Angela Lansbury.

Le reste de la distribution est à l’avenant. Kevin Whately est un Herbie chaleureux, et le trio de strip-teaseuses est absolument impayable. On est immédiatement séduit par le Tulsa aérien et rêveur du séduisant Dan Burton, tandis que Lara Pulver, en Louise, rappelle étrangement l’émouvante Laura Benanti, qui tenait le rôle dans la récente reprise new-yorkaise.

Belle mise en scène dynamique et fluide. La chorégraphie de Stephen Mear est à l’avenant, et elle incorpore bien sûr l’héritage du génial Jerome Robbins, dont la scène de transition que le programme appelle “Time Lapse Transition”, pendant laquelle les personnages enfants sont remplacés presque par magie par les mêmes personnages adultes en plein milieu d’un numéro dansé, reste l’une des scènes les plus magiques du répertoire.


“Marry Me a Little”

St. James Theatre (Studio), Londres • 11.10.14 à 15h
Chansons : Stephen Sondheim. Conçu par Craig Lucas & Norman René

MarrymeMise en scène : Hannah Chissick. Direction musicale (piano) : David Randall. Avec Laura Pitt-Pulford et Simon Bailey.

J’avais évoqué cette compilation de chansons moins connues de Stephen Sondheim lors d’une récente production new-yorkaise il y a deux ans.

L’impression est toujours la même : les chansons de Sondheim ne supportent pas très bien d’être sorties de leur contexte… et l’histoire imaginée pour leur donner une sorte de fil rouge ne résiste pas très bien à un examen un peu sérieux.

La pièce met en scène un homme et une femme qui, bien que côte à côte sur scène, sont en réalité dans deux appartement différents. Le concept est d’autant plus difficile à présenter de manière convaincante que la scène du Studio du St. James Theatre est vraiment toute petite — encore plus lorsqu’il faut y mettre un piano. Et que la metteuse en scène a choisi, peut-être pour cette raison, de montrer plusieurs rencontres imaginaires entre les deux personnages — souvenirs ou anticipations, ce n’est pas toujours parfaitement clair.

L’autre faiblesse de cette production, c’est que le manque de lien réel entre les chansons semble avoir poussé tout le monde à sur-jouer les émotions de manière parfois caricaturale… comme si toute cette intensité allait créer miraculeusement un supplément de matière dramatique. Ce sur-investissement ne produit en réalité qu’un curieux décalage.

Les interprètes sont corrects, sans être exceptionnels. Laura Pitt-Pulford a une bien belle voix dans le medium, mais ses aigus sont stridents. Et Simon Bailey se montre curieusement obsédé par la façon dont tombe son t-shirt. Et ici aussi, comme à New York, je ne trouve pas le painiste très impressionnant.


Le concert de musiques de films de Roman Polanski du Philhar à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 10.10.14 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Darrell Ang

Hommage à Antoine Duhamel
Antoine Duhamel : Pierrot Le Fou (4e mouvement)

Philippe Sarde : Pirates
Alexandre Desplat : Ghost Writer Suite
Wojciech Kilar : La Jeune-fille et la mort (1er et 3e mouvements)
Chopin : Andante spianato et Grande Polonaise, op. 22 (Florent Boffard, piano) (Le Pianiste)
Jerry Goldsmith : Chinatown Suite
Pawel Mykietin : Hommage à Oskar Dawicki (création mondiale)
Philippe Sarde : Tess

AngIl eût fallu que ce concert fût uniquement consacré à de la musique de film et notre bonheur aurait été total. Il a fallu endurer l’interminable création de Pawel Mykietin, une commande de Radio-France liée au fait que Mykietin était le dernier lauréat en date du Prix France-Musique – Sacem de la musique de film. Et entendre le Chopin bien peu vernaculaire de l’assommant Florent Boffard, fait pour jouer de la musique romantique comme moi pour danser le rock’n’roll.

Pour le reste, quel bonheur d’entendre ces pages magnifiques de Jerry Goldsmith, Philippe Sarde, Alexandre Desplat et Wojcieh Kilar… toutes composées pour des films de Roman Polanski… ainsi que le superbe Pierrot Le Fou d’Antoine Duhamel, auquel l’on rendait hommage en raison de sa récente disparition.

Un Orchestre Philharmonique de Radio-France en grande forme, sous la baguette avisée et inspirée de l’excellent Darrell Ang. Commentaires intéressants et éclairés de Thierry Jousse et Clément Rochefort, qui accompagnent la radio-diffusion du concert en direct sur France Musique.


“Found”

Atlantic Theater Company (Laura Gross Theater), New York • 5.10.14 à 14h
Musique et lyrics originaux : Eli Bolin. Livret : Hunter Bell & Lee Overtree. D’après les livres et magazines de Davy Rothbart.

Mise en scène : Lee Overtree. Direction musicale : Matt Castle. Avec Nick Blaemire (Davy), Daniel Everidge (Mikey D), Barrett Wilbert Weed (Denise), Betsy Morgan (Kate), …

FoundDavy Rothbart s’est rendu célèbre en collectionnant toutes sortes de bouts de papier perdus qu’il ramasse un peu partout ou que ses lecteurs lui adressent. Ces messages “perdus” ouvrent une lucarne fascinante sur la vie de parfaits inconnus dont on ne peut qu’imaginer ce qui les a amenés à rédiger ces listes, poèmes, insultes et messages divers … avant de les léguer ainsi bien involontairement à la postérité.

Hunter Bell, l’un des auteurs de [title of show], a eu l’idée géniale de raconter une version romancée de la vie de Rothbart en y incorporant nombre de ces messages perdus. Le résultat est irrésistible. Le placement des messages perdus, exquisément interprétés par d’excellents comédiens, pimente magnifiquement le livret… et l’on va d’éclat de rire en éclat de rire, avec juste ce qu’il faut d’émotion.

La conception visuelle est superbe. Chaque message est projeté en fond de scène, dans ce qu’on imagine être son apparence initiale — ou en tout cas une variante très convaincante. Les chansons originales ne sont peut-être pas inoubliables, mais elles n’ont pas l’ambition d’occuper le premier plan. Le plaisir naît avant tout de cette accumulation de messages aussi incongrus que touchants, aussi inattendus que surréalistes.

Le rôle principal est tenu avec maestria par l’excellent Nick Blaemire (dont on se souvient pour son rôle dans Dogfight), qui porte sur ses épaules une bonne partie du charme de la pièce.

Found a, je pense, le potentiel d’aller très loin. Je n’imagine pas qu’elle s’en tienne à ces quelques semaines de représentations dans le magnifique et confortable Laura Gross Theater, installé dans une ancienne église. Il me semble même que Broadway serait une possibilité.


“On the Town”

Lyric Theatre, New York • 4.10.14 à 20h
Musique : Leonard Bernstein. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, sur une idée de Jerome Robbins.

Mise en scène : John Rando. Chorégraphie : Joshua Bergasse. Direction musicale : James Moore. Avec Tony Yazbeck (Gabey), Jay Armstrong Johnson (Chip), Clyde Alves (Ozzie), Megan Fairchild (Ivy Smith), Alysha Umphress (Hildy Esterhazy), Elizabeth Stanley (Claire de Loone), Jackie Hoffman (Madame Dilly / DIana Dream / Dolores Dolores), Michael Rupert (Pitkin), Allison Guinn (Lucy Schmeeler), …


TownQuel bonheur, mais quel bonheur ! Le Lyric Theatre, qui en est à son quatrième nom depuis son ouverture en 1998 (il s’est précédemment appelé le Ford Center for the Performing Arts, le Hilton Theatre puis le Foxwoods Theatre) accueille une merveilleuse production de l’irrésistible comédie musicale On the Town, le chef d’œuvre de Leonard Bernstein de 1944. L’intérieur du théâtre est complètement neuf ; il ne reste aucune trace des lourds aménagements qu’avait nécessités la comédie musicale Spider-Man: Turn Off the Dark.

Cette production, présentée initialement par la Barrington Stage Company de Pittsfield (Massachusetts), est irrésistible. À part le choix un peu lourd de jouer l’hymne américain en lever de rideau au motif que les héros de la pièce sont trois marins en permission, il n’y a aucun faux pas, aucune fausse note dans ce déferlement de légèreté et de fantaisie.

La musique de Bernstein est particulièrement bien traitée. Aucun musicien n’est en-dessous de la scène comme dans la plupart des théâtres de Broadway aujourd’hui… et la fosse n’est pas très profonde : le son qui remplit la salle est infiniment plus naturel et chaleureux. La prise de son de Kai Harada est somptueuse : lorsque quelques chanteurs viennent dans la salle pour “Lonely Town”, l’équilibre des voix et de la musique est d’une beauté à chavirer.

La mise en scène, qui accumule les gags, sait devenir sobre par moments. Le héros de cette production, néanmoins, est le génial chorégraphe Joshua Bergasse, dont la créativité m’avait déjà enchanté dans Little Me. Les grandes scènes dansées, qui n’hésitent pas à recourir à un vocabulaire chorégraphique assez classique, sont un triomphe de fluidité cinématographique, d’élégance et de vivacité. Elles se montrent dignes de l’héritage de Jerome Robbins, le concepteur du ballet qui inspira cette comédie musicale.

La conception visuelle est tout aussi remarquable. Comme chaque fois qu’un décor m’arrache des frissons d’admiration, un coup d’œil au programme m’apprend qu’il est signé par le décidément inépuisable Beowulf Boritt. Son travail est parfaitement complété par les costumes colorés de Jess Goldstein et les superbes lumières de Jason Lyons.

La distribution, magnifique, est dominée par le Gabey charismatique et attachant de l’excellent Tony Yazbeck. Yazbeck danse avec la grâce de Fred Astaire mais il a le physique de Gene Kelly : combinaison gagnante. Dans “Lonely Town”, il danse avec une partenaire imaginaire… comme il le faisait déjà dans “All I Need is the Girl” dans Gypsy. Le résultat est bouleversant.

Superbe Hildy de Alysha Umphress (quelle voix !) et prestations irrésistibles, comme d’habitude, de la délirante Jackie Hoffman.

C’est un peu le paradis de la comédie musicale qui est présenté sur la scène du Lyric Theatre. Il est frappant de se dire que On the Town a été créée près de dix ans avant Can-Can, dont j’ai vu une représentation quelques heures plus tôt… et qui semble pourtant bien plus vieillot. Ce spectacle mérite de tenir l’affiche très longtemps, pour qu’on puisse y retourner encore et encore.


“Can-Can”

Paper Mill Playhouse, Millburn (New Jersey) • 4.10.14 à 13h30
Musique & lyrics : Cole Porter. Livret : Abe Burrows ; révision : Joel Fields & David Lee.

Mise en scène : David Lee. Chorégraphie : Patti Colombo. Direction musicale : Steve Orich. Avec Kate Baldwin (La Môme Pistache), Jason Danieley (Aristide Forestier), Megan Sikora (Claudine), Michael Berresse (Hilaire Jussac), Greg Hildreth (Boris Adzinidzinadze), …

Can-canLe Paper Mill Playhouse de Millburn, où je n’étais pas retourné depuis 2011, présente une nouvelle production de Can-Can, une comédie musicale de Cole Porter créée en 1953, qui vise un transfert à Broadway en 2015.

Le livret a été réécrit, mais la partition est intacte… et, miracle, elle a été remarquablement réduite pour un orchestre d’une dizaine de musiciens par le talentueux Steve Orich. En partie sans doute parce que l’orchestre est en fond de scène et non dans une fosse, la musique est étonamment naturelle et équilibrée ; elle conserve une bonne partie de son charme d’origine. Les interventions du basson sont particulièrement séduisantes.

Le nouveau livret réussit à donner une certaine homogénéité à l’histoire… et la mise en scène, qui s’appuie sur des visuels évoquant la caricature, situe l’œuvre dans une strate intermédiaire entre le réalisme brut et la pure fantaisie, ce qui lui sied assez bien. Les visuels sont assez réussis, notamment dans le deuxième acte. La chorégraphie de Patti Colombo est pleine d’esprit (les cancans sont inventifs et dynamiques) et le rythme imprimé à la représentation permet une belle fluidité. Point remarquable, les quelques mots français du texte sont prononcés correctement… notamment dans la chanson “Allez-vous en”, qui ne doit pas être commode pour des Américains.

Jolie distribution, pleine de charme. On est un peu surpris de la vitesse avec laquelle Kate Baldwin est passée au rayon “femmes mûres”, mais sa Môme Pistache est touchante. Jason Danieley peut s’adonner à son penchant pour les longues notes tenues, tandis que Michael Berresse confirme une belle affinité pour les rôles légers. Jolie prestation de Megan Sikora en Claudine, même si ce nouveau livret lui enlève la “danse apache” qui avait fait de Gwen Verdon une star à la création.

Can-Can n’est pas le chef d’œuvre de Cole Porter, c’est une évidence… mais sa partition est pleine de charme, et cette production fait tout ce qu’elle peut pour rendre l’œuvre sympathique. De là à parier sur le succès d’un transfert à Broadway…


“The Fortress Of Solitude”

Public Theater (Newman Theater), New York • 3.10.14 à 20h
Musique & lyrics : Michael Friedman. Livret : Itamar Moses. Conçu par Daniel Aukin, d’après le roman de Jonathan Lethem.

Mise en scène : Daniel Aukin. Direction musicale : Kimberly Grigsby. Avec Adam Chanler-Berat (Dylan Ebdus), Kyle Bertran (Mingus Rude), Kevin Mambo (Barrett Rude Junior), André De Shields (Barrett Rude Senior), ? (Rachel), …

FortressCette nouvelle comédie musicale, créée initialement au Dallas Theater Center, est basée sur un roman du même nom de 2003. L’histoire suit un jeune-homme de son enfance à Brooklyn jusqu’à l’âge adulte. C’est une histoire de noirs et de blancs, de musique, de bandes dessinées (le titre se réfère à l’antre dans laquelle Superman va chercher la tranquillité) et d’amitiés qui se distendent.

Je ne doute pas que le roman soit riche et touchant, mais les auteurs de cette adaptation ont manifestement voulu garder beaucoup trop d’éléments narratifs et de personnages pour en faire une pièce de théâtre complètement satisfaisante. Oh, les plaisirs sont nombreux… mais l’émotion est curieusement absente d’une histoire qui devrait être portée par la mélancolie de l’enfance perdue.

L’écriture est habile et multiplie des superpositions et transitions qui donnent une belle fluidité à l’histoire… mais il manque un réel point d’accroche, une focale qui porte la pièce. La partition également laisse à désirer : elle donne souvent l’impression d’être sur le point de s’envoler… et c’est précisément à ce moment-là qu’elle reste ancrée dans une forme de banalité sans esprit et sans charme.

La distribution est excellente… et le plaisir que l’on prend malgré tout à voir la pièce vient en grande partie de la prestation touchante d’Adam Chanler-Berat, qui vit cette aventure avec une belle sincérité. Mais si même lui n’arrive pas à pousser l’émotion un peu plus loin, c’est que quelque chose de plus fondamental empêche l’histoire de prendre réellement son essor.

Et une référence au Ring de Wagner, une.

Je rentre à mon hôtel et me rend compte que l’habituel panneau “Don’t Disturb” y est remplacé par l’inscription “Solitude”. Très approprié.