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Posts from September 2014

“Forbidden Broadway”

Vaudeville Theatre, Londres • 27.9.14 à 19h45
Conçu et écrit par Gerard Alessandrini

Mise en scène : Phillip George. Direction musicale (piano) : Joel Fram. Avec Christina Bianco, Anna-Jane Casey, Damian Humbley, Ben Lewis.


“The Dreaming”

Union Theatre, Londres • 27.9.14 à 14h30
Musique : Howard Goodall. Livret & lyrics : Charles Hart.

Mise en scène : Paul Clarkson. Direction musicale : David Griffiths. Avec Joshua Tonks (David), Alastair Hill (Alexander), Rachel Flynn (Jennifer), Holly Jolier (Charlotte), Michael Burgen (Cheek), Christopher Hancock (Angel), Daisy Tonge (Sylvia), …

DreamingBien que l’œuvre ait été formatée pour la comédie musicale… et transposée au 20e siècle… c’est bien d’une adaptation du Midummer Night’s Dream de Shakespeare qu’il s’agit, avec ses fées de la forêt, ses couples victimes d’enchantements et sa troupe de comédiens amateurs.

Le livret conserve le subtil et efficace mélange de comédie et d’élégie de la pièce de Shakespeare. La partition, ravissante, est signée par l’excellent Howard Goodall, connu pour The Hired Man et Love Story (et auteur d’une autre adaptation de Shakespeare, A Winter’s Tale).

La mise en scène s’appuie sur une configuration inédite du petit Union Theatre, qui permet aux comédiens de circuler derrière le public. Pris ainsi entre la scène et les murmures qu’il entend derrière lui, le public est comme immergé dans l’atmosphère féérique de cette nuit d’été.

Les comédiens, presque tous très jeunes, font montre d’un bel engagement. La qualité des prestations individuelles est en revanche assez inégale… et on sent parfois une réelle difficulté à restituer les magnifiques harmonies de Goodall. Reste que quelques-uns des comédiens sont irrésistibles, comme le Cheek de Michael Burgen ou la Jennifer de Rachel Flynn.

Cette production de The Dreaming marque la première étape d’un petit festival consacré à Howard Goodall par le Union Theatre. Deux autres comédies musicales sont programmées ensuite, pour notre plus grand plaisir.


Concert Orchestre de Paris / Netopil à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 24.9.14 à 20h
Orchestre de Paris, Tomáš Netopil

Dvorák : Te Deum
Martinů : concerto pour deux pianos (Katia & Marielle Labèque, pianos)
Dvorák : symphonie n°8

NetopilLes retrouvailles avec la magnifique Huitième de Dvorák et sa valse entêtante ont constitué sans hésitation le sommet de ce concert. Il a fallu pour cela endurer une interprétation éprouvante du concerto de Martinů massacré par des sœurs Labèque dépassées, souvent inaudibles, incapables de donner la moindre forme à une œuvre pourtant ravissante. (Le bis, un Prélude n° 1 de Gershwin virtuellement méconnaissable, était encore pire.)

Une chose est sûre : on a envie de revoir l’attachant Tomáš Netopil, magnifiquement à l’aise dans ce répertoire tchèque qu’il défend avec passion et talent.


“The Play That Goes Wrong”

Duchess Theatre, Londres • 21.9.14 à 15h
De Henry Lewis, Jonathan Sayer & Henry Shields.

Mise en scène : Mark Bell. Avec Rob Falconer (Trevor Watson), Henry Shields (Chris Bean), Greg Tannahill (Jonathan Harris), Henry Lewis (Robert Grove), Jonathan Sayer (Dennis Tyde), Charlie Russell (Sandra Wilkinson), Dave Hearn (Max Bennett), Nancy Wallinger (Annie Twilloil).

WrongQuand la Cornley Polytechnic Drama Society décide de monter la pièce The Murder at Haversham Manor, tout ce qui peut dérailler part dans le décor (parfois littéralement) et l’accumulation de désastres atteint des proportions monumentales.

Le procédé rappelle quelque peu la célèbre pièce de Michael Frayn, Noises Off, connue en français sous le titre En Sourdine, les sardines. Le soin apporté à la réalisation est un véritable bonheur et les éclats de rire sont nombreux et fournis.

Chaque fois qu’on pense que la situation ne peut pas empirer, une nouvelle catastrophe s’abat sur la pièce. Irrésistible.


“Guys and Dolls”

Festival Theatre, Chichester • 20.9.14 à 19h30
Musique et lyrics : Frank Loesser. Livret : Jo Swerling & Abe Burrows, d’après les nouvelles et les personnages de Damon Runyon.

Mise en scène : Gordon Greenberg. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Sophie Thompson (Miss Adelaide), Clare Foster (Sarah Brown), Peter Polycarpou (Nathan Detroit), Jamie Parker (Sky Masterson), Harry Morrison (Nicely-Nicely Johnson), …

GuysLe Festival Theatre de Chichester rouvre après un peu moins de deux ans de travaux… et cette première production ne laisse qu’entrevoir les possibilités nouvelles qu’ouvre la refonte presque totale de l’arrière-scène. Du côté de la salle, en revanche, on ne note que de très subtils aménagements à la marge.

Le choix de ce grand classique de 1950 pour la réouverture du théâtre est une excellente idée : cette histoire d’adorables truands du New York des années 1930 (transposée ici dans les années 1950) est en effet l’une des pièces les plus attachantes du répertoire, tant par la couleur inimitable de son livret que par le charme unique de sa partition.

Même si le talent infini de l’excellent orchestrateur Larry Blank ne parvient pas vraiment à faire oublier la configuration réduite de l’orchestre (et la prise de son assez peu naturelle), le génie de Frank Loesser et de ses co-auteurs vient rapidement à bout de toutes les réserves et l’on se trouve submergé par le plaisir de voir un tel chef d’œuvre traité avec autant de soin.

La mise en scène dymanique de Gordon Greenberg utilise certaines de nouvelles ressources du théâtre de manière créative, tandis que l’on est fréquemment subjugué par la chorégraphie co-signée par Carlos Acosta et par Andrew Wright. Les grands tableaux dansés qui ponctuent l’œuvre sont en effet traités avec une réjouissante fantaisie, mêlée à une belle attention à la continuité du récit.

Parmi les rôles principaux, on note tout particulièrement la Miss Adelaide irrésistible de drôlerie de l’excellente Sophie Thompson, tandis que Jamie Parker donne du personnage de Sky Masterson une interprétation empreinte d’une suavité chaleureuse et charmante.


Concert Orchestre Philharmonique de Rotterdam / Nézet-Séguin au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 19.9.14 à 20h
Orchestre Philharmonique de Rotterdam, Yannick Nézet-Séguin

Mahler : Symphonie n° 6

YnsC’est, indubitablement, le même Nézet-Séguin que l’Orchestre de Philadelphie met beaucoup en avant dans sa communication et sur les réseaux sociaux : énergique et engagé, séducteur, constamment à la limite du “show off”.

Il se rend, du coup, bien sympathique. Son obsession à mettre en relief des lignes parfois négligées donne parfois de bien jolis résultats — une contre-mélodie aux contrebasses surprend et enchante ; certaines interventions des trompettes se trouvent métamorphosées.

Mais l’accumulation d’effets est un peu indigeste et on se surprend à souhaiter un peu moins de passion et un peu plus de constance dans la lecture d’une partition dans laquelle Nézet-Séguin donne parfois l’impression d’aller chercher ce qui ne s’y trouve pas.

On reste malgré tout impressionné par l’évident enthousiasme de l’orchestre qui, malgré quelques limitations techniques — en particulier aux cuivres —, adhère sans réserve à la vision de son chef et le suit avec un dévouement remarquable.


“Madame Foresti”

Théâtre du Châtelet, Paris • 17.9.14 à 20h

ForestiÇa se confirme : Florence Foresti est l’une des seules “comiques” à me faire rire. Aux éclats. Son spectacle est d’autant plus efficace qu’il sent le vécu : les angoisses d’une quarantenaire évoquées avec une drôlerie folle, une énergie sidérante… et juste ce qu’il faut de pathos et d’angoisse pour lier le tout.

La mise en espace est magnifique et enchaîne de somptueux effets lumineux. Et quelle clarté dans l’élocution ! Pas un moment d’hésitation dans un texte pourtant dit à grande vitesse. La classe.

 


“Finding Neverland”

American Repertory Theatre, Boston • 14.9.14 à 14h
Musique & lyrics : Gary Barlow & Eliot Kennedy. Livret : James Graham. D’après le film du même nom.

Mise en scène : Diane Paulus. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Jeremy Jordan (J. M. Barrie), Laura Michelle Kelly (Sylvia Llewelyn Davies), Michael McGrath (Charles Frohman / Hook), Jeanna de Waal (Mary Barrie), Carolee Carmello (Mrs. du Maurier), Aidan Gemme (Peter Llewelyn Davies), Alex Dreier (Michael Llewelyn Davies), Hayden Signoretti (Jack Llewelyn Davies), Sawyer Nunes (George Llewelyn Davies).

NeverlandJ’avais vu la première incarnation de cette comédie musicale il y a presque exactement deux ans à Leicester. J’avais trouvé l’œuvre peu aboutie, mais elle avait des qualités indéniables qui autorisaient à lui prédire un avenir à Londres ou à New York. Puis rien ne s’est passé… jusqu’à ce qu’on annonce une nouvelle version à l’American Repertory Theatre de Boston, avant un lever à rideau d’ores et déjà annoncé à Broadway en mars 2015.

Nouvelle version en effet, puisqu’il ne reste aucun des membres de l’équipe originale. C’est donc une pièce totalement remaniée qui est présentée puisqu’elle a été confiée à un nouveau compositeur, un nouveau lyriciste, un nouveau librettiste… et une nouvelle metteuse en scène. En lecture rapide, les noms de l’équipe d’origine n’apparaissent plus dans le programme, même en petits caractères dans un coin.

Les deux premières minutes du spectacle sont prometteuses : une jolie illusion visuelle crée l’ambiance idéale en quelques instants.

Mais le plaisir est de courte durée. Malgré le charme indéniable de ses interprètes, on est vite refroidi par l’humour bas de gamme d’un livret mal fichu, par les lyrics d’une incroyable banalité… et surtout par la musique, dont le style très “pop” ressemble à un assemblage de chansons de variété plutôt médiocres. L’une des chansons évoque l’univers musical des Beatles ; dans une autre, le “riff” de la voix principale fait penser à Freddie Mercury. Les orchestrations semblent écrites pour une émission de Maritie et Gilbert Carpentier, pas pour faire émerger l’émotion théâtrale.

Le tout semble conçu pour un parc d’attractions… avec des couleurs trop vives, des émotions factices et des fausses notes dramatiques en abondance. Il est ahurissant que l’on puisse considérer cette version comme plus aboutie que la précédente. Elle lui est infiniment inférieure. Elle rappelle d’ailleurs pas mal les œuvres de Frank Wildhorn et leurs fréquents décalages stylistiques.

Là où cette version de Finding Neverland a peut-être une carte à jouer, c’est qu’elle reste basée sur le très joli scénario du film de Marc Foster de 2004. Et que le moment où Sylvia Llewelyn Davies meurt reste un grand moment d’émotion, d’autant que Diane Paulus sort le grand jeu en utilisant un effet visuel que je n’avais jamais vu sur une scène de théâtre. Il est certes très “flashy” et sans doute plus à sa place dans un show de Las Vegas qu’à Broadway, mais il est d’une beauté confondante, et il donne à cette scène (et à la suite) une force assez irrésistible.

Et puis il faut reconnaître que la distribution est attachante. Jeremy Jordan est un peu jeune pour jouer J. M. Barrie (Julian Ovenden était plus convaincant à Leicester), mais il a un charme considérable. Quant à Laura Michelle Kelly, elle est absolument rayonnante en Sylvia Llewelyn Davies ; c’est de loin la comédienne la plus charismatique de l’ensemble.

Je ne suis peut-être plus “à la page”, mais je ne vois pas comment ce spectacle de troisième zone pourrait avoir la moindre chance de survie à Broadway. Il faudrait un miracle… ou bien revenir à la première version.


“Sweeney Todd”

Lyric Stage Company, Boston • 13.9.14 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Spiro Veloudos. Direction musicale : Jonathan Goldberg. Avec Christopher Chew (Sweeney Todd), Amelia Broome (Mrs. Lovett), Sam Simahk (Anthony Hope), Meghan LaFlam (Johanna), Phil Tayler (Tobias), Paul C. Soper (Judge Turpin), Remo Airaldi (Beadle Bamford), Davron S. Monroe (Pirelli), Lisa Yuen (Beggar Woman), …

SweeneyCe petit théâtre de Boston s’était attiré beaucoup d’éloges pour sa production de Into the Woods il y a quelques mois ; aussi cette production de Sweeney Todd était-elle attendue avec une certaine excitation.

Et je comprends pourquoi.

La mise en scène se débrouille fort bien de l’espace réduit du théâtre. La direction d’acteurs est précise et intelligente, et on apprécie l’attention apportée au détail. Par exemple, dans le premier acte, le prix des “pies” de Mrs. Lovett est écrit à la craie sur une ardoise. Dans le deuxième acte, le panneau est joliment peint, les prix ont augmenté… et les tourtes ne s’achètent désormais plus qu’entières. (Seul hic : le prix indiqué n’est pas celui que l’on entend dans les lyrics : “thruppence”, c’est-à-dire trois pennies — ce que l’on notait alors 3d).

L’interprétation est de très bon niveau, avec quelques prestations de tout premier plan (le Tobias génialement dérangé de Phil Tayler, le Juge magnifiquement lyrique de Paul Soper). Les deux premiers rôles sont interprétés avec profondeur et intériorité par deux excellents comédiens capables d’aller chercher de la matière bien en-deçà de la surface.

Le petit orchestre est également de bonne qualité… et la balance voix / orchestre est d’autant plus remarquable qu’il n’y a, sauf erreur, pas d’amplification. Il est rare, en tout cas, que l’on comprenne ainsi le moindre mot, qu’il soit parlé ou chanté.

De la très belle ouvrage.


“The Lion King”

Salle Wilfrid-Pelletier, Montréal • 4.9.14 à 19h30
Musique et lyrics : Elton John et Tim Rice. Musique et lyrics additionnels de Lebo M, Mark Mancina, Jay Rifkin, Julie Taymor, Hans Zimmer. Livret de Roger Allers et Irene Mecchi.

Mise en scène : Julie Taymor. Direction musicale : Rick Snyder. Avec L. Steven Taylor (Mufasa), Patrick R. Brown (Scar), Jelani Remy (Simba), Nia Holloway (Nala), Tryphena Wade (Sarabi), Tshidi Manye (Rafiki), Drew Hirshfield (Zazu), Nick Cordileone (Timon), Ben Lipitz (Pumbaa), Jacquelyn Renae Hodges (Shenzi), Keith Bennett (Banzai), Robbie Swift (Ed)…

LionkingCe n’était pas franchement prévu, mais j’ai décidé un peu au dernier moment d’aller voir une représentation de cette tournée actuellement en villégiature à Montréal.

Le spectacle est présenté en anglais, avec des surtitres en français (pour les dialogues seulement, pas pour les chansons). Quelques clins d’œil français ont été insérés ici et là… et la reprise finale de “Circle Of Life” est interprétée intégralement en français. La fameuse plaisanterie sur les rideaux de douche Ikea se réfère ici à Target, mais prononcé à la française (ce qui donne quelque chose comme “Tar-jay”, ce qui fait beaucoup rire).

C’est le spectacle original de Julie Taymor, dans tout son génie et toute sa splendeur, qui est présenté dans l’immense (et confortable) Salle Wilfrid-Pelletier. Tout est là : le seul compromis par rapport à la production originale — à part qu’il n’y a qu’un seul éléphant, comme à Londres — est le fait que “Pride Rock” arrive depuis les coulisses et non par les dessous (mais les ingénieurs ont fait des miracles : la pièce circulaire “se déroule” comme un serpent pour devenir linéaire et rentrer gentiment en coulisse — et vice-versa ; c’est superbe à observer).

On retrouve de scène en scène ce sentiment d’émerveillement devant les trouvailles visuelles bluffantes de Julie Taymor. Et on se retrouve, comme toujours, béat d’admiration au moment où le portrait du défunt Mufasa apparaît par magie à Simba pour l’encourager à vivre son destin royal.

Belle distribution, très engagée. Je me sens comme d’habitude une affinité particulière pour le Scar délicieusement désagréable de Patrick R. Brown et pour les personnages comiques de Zazu, Timon et Pumbaa, vraiment bien écrits et délicieusement interprétés.