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Posts from July 2014

“Pacific Overtures”

Union Theatre, Londres • 27.7.14 à 14h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1976). Livret : John Weidman. Matériel additionnel : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Michael Strassen. Direction musicale : Richard Bates. Avec Ken Christiansen (Reciter), Oli Reynolds (Kayama), Emanuel Alba (Manjiro / Dutch Admiral), Alexander McMorran (Lord Abe), Joel Harper-Jackson, Marc Lee Joseph, Ian Mowat, Lee Van Geleen, Matt Jolly, Anthony Selwyn (Tamate), Marios Nicolaides (Commodore Perry), Joel Baylis, Josh Andrews.

OverturesSi la plupart des productions du petit Union Theatre sont de grande qualité, celle-ci atteint des sommets vertigineux. Cette comédie musicale de Stephen Sondheim sur l’ouverture du Japon au monde occidental au milieu du 19e siècle après 250 ans de repli sur lui-même, pose de multiples défis à qui souhaite en révéler le génie tant l’écriture en est stylistiquement complexe et fréquemment conceptuelle.

Des défis relevés haut la main par le toujours excellent Michael Strassen qui transforme en opportunités toutes les contraintes liées à la relative exiguïté du théâtre et à la petite taille de la distribution. Certaines images sont d’une beauté à tomber. Quand le génie d’un metteur en scène se marie aussi bien au génie des auteurs, le résultat touche, émeut et bouleverse… et cela d’autant plus que la qualité de l’interprétation est uniformément excellente.

Pacific Overtures est l’une des moins représentées des œuvres de Sondheim — je n’ai réussi à la voir que quatre fois en vingt ans —, mais c’est aussi l’une des plus fascinantes. Chapeau au petit Union Theatre pour cette superbe réussite.


“Moses und Aron”

Royal Opera House, Londres • 26.7.14 à 19h30
Arnold Schoenberg (1954)

Welsh National Opera. Direction musicale : Lothar Koenigs. Mise en scène : Jossi Wieler & Sergio Morabito. Avec John Tomlinson (Moses), Rainer Trost (Aron), …

MosesJ’étais très heureux d’assister enfin à une représentation de cet opéra inachevé d’Arnold Schoenberg.

L’écriture sérielle conduit à l’abandon de ce que l’on désigne généralement sous le nom de mélodie. Mais elle conduit aussi à aller rechercher couleur et contraste dans les autres dimensions de la musique. Du coup, on est immensément touché par les infinies variantes rythmiques, par les péripéties dynamiques et par les superbes variations d’atmosphères autorisées par des instrumentations d’une grande richesse.

Le livret n’est en revanche pas le point fort de l’œuvre. Le premier acte semble bien long… peut-être d’autant plus qu’il occupe une place prépondérante compte tenu du caractère inachevé de l’opéra.

Le Welsh National Opera, en résidence à Covent Garden pour l’occasion, présente une production créée à l’Opéra de Stuttgart. C’est une réinterprétation contemporaine de l’œuvre, qui efface le thème de l’itinérance pour se concentrer sur celui de la libération du joug de l’oppresseur et l’installation d’une sorte d’utopie politico-religieuse, à défaut de terre promise. Tout cela renvoie évidemment avec une certaine acuité à l’actualité du moment.

Le résultat n’est pas très dynamique sur le plan visuel… et la scène du Veau d’or, en particulier, semble interminable.

Interprétation excellente tant dans la fosse que sur scène. L’orchestre comme le chœur donnent à la musique de Schoenberg une véritable et touchante profondeur dramatique. John Tomlinson relève avec assurance le défi du rôle de Moïse, tandis que le Aaron de Rainer Trost est un véritable triomphe.


“The Pajama Game”

Shaftesbury Theatre, Londres • 26.7.14 à 15h
Musique et lyrics : Richard Adler & Jerry Ross. Livret : George Abbott & Richard Bissell, d’après le roman 7½ Cents

Mise en scène : Richard Eyre. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Michael England. Avec Joanna Riding (Babe Williams), Michael Xavier (Sid Sorokin), Gary Wilmot (Vernon Hines), Alexis Owen-Hobbs (Gladys), Claire Machin (Mabel), Colin Stinton (Hasler), Eugene McCoy (Prez), …

PajamaJ’avais déjà dit tout le bien que je pense de cette production lorsqu’elle a été créée l’année dernière à Chichester. Désormais installée dans le West End pour quelques mois, elle me semble encore plus réussie.

C’est une distribution de rêve qui donne vie à cette délicieuse comédie musicale. Michael Xavier, dont on connaissait déjà le charme considérable, est proprement irrésistible, notamment lorsque sa belle voix suave se met en mode séduction. Joanna Riding est quant à elle beaucoup plus convaincante qu’à Chichester.

On peut difficilement rêver meilleur casting pour les seconds rôles. Mention particulière au Hines de Gary Wilmot et à la Mabel de Claire Machin : ils ont tous les deux un superbe instinct comique et du charisme à revendre. Magnifique Gladys d’Alexis Owen-Hobbs, aussi belle que talentueuse.

La chorégraphie de Stephen Mear, qui ose réinventer des numéros imaginés originellement par Bob Fosse, est pleine d’idées réjouissantes et elle possède une belle énergie… comme du reste la mise en scène de Richard Eyre. De la très belle ouvrage.


“Aida”

Thunerseespiele, Thoune • 19.7.14 à 20h30
Musique : Elton John. Lyrics : Tim Rice. Livret : Linda Woolverton, Robert Falls & David Henry Hwang. Version allemande : Michael Kunze.

Mise en scène : Katja Wolff. Direction musicale : Iwan Wassilevski. Avec Patricia Meeden (Aida), Jörn-Felix Alt (Radames), Sophie Berner (Amneris), Armin Kahl (Zoser), Manuel Lopez (Mereb), Walter Reynolds (Amonasro), Rebecca Stahlhut (Nehebka), Thomas Wißmann (Phraon), …

AidaBien que cette comédie musicale ait connu un joli succès à New York de 2000 à 2004, elle a largement disparu des radars depuis, même si sa page Wikipedia indique une longue liste de productions internationales. L’œuvre n’a en particulier jamais été créée dans le West End de Londres.

Je n’avais pas eu l’occasion de revoir Aida depuis la tournée nationale américaine à Los Angeles fin 2001, aussi ai-je sauté sur l’occasion de découvrir cette production sur la scène du Lac de Thoune, où j’avais vu une excellente production de Titanic il y a deux ans.

La mise en scène de ce Aida est beaucoup moins impressionnante que celle de Titanic, même si l’environnement est grandiose et si la proximité du lac permet de faire arriver les prisonniers nubiens dans une barge tirée par des esclaves (le lac doit être très peu profond à cet endroit).

La musique très “pop” d’Elton John est interprétée avec beaucoup de talent… et on sent que le second degré qui fait le charme des lyrics originaux a été correctement préservé. La production est très colorée et les grands numéros chantés-dansés sont interprétés avec un joli dynamisme par une troupe très nombreuse (j’ai compté 46 personnes aux saluts). La scène où les Nubiens reconnaissent Aida comme leur princesse semble tout droit sortie de Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat.

À défaut de décors nombreux, l’utilisation de projecteurs à LED ouvre beaucoup de possibilités nouvelles avec une impressionnante flexibilité.

Cette comédie musicale reste malgré tout une œuvre de seconde zone, qui était sauvée à Broadway par le charisme de ses interprètes et par la très très belle mise en scène de Robert Falls, dont l’image finale — la fermeture en iris du rideau de scène sur Aida et Radames — restera longtemps gravée dans ma mémoire.


“Grand Hotel”

Guildhall School, Londres • 14.7.14 à 14h
Livret : Luther Davis. Musique et lyrics : George Forrest et Robert Wright. Musique et lyrics additionnels : Maury Yeston.

Mise en scène : Martin Connor. Chorégraphie : Bill Deamer. Direction musicale : Steven Edis. Avec Joey Phillips (Otto Krigelein), Jay Saighal (Baron Felix Von Gaigern), Cery-lyn Cissone (Elizaveta Grushinskaya), Rebecca Collingwood (Flaemmchen), Emily Laing (Raffaela), Simon Haines (Colonel-Doctor Ottenschlag), Ben Hall (Herman Preysing), Jordan Renzo (Eric Litnauer), Robbie Carpenter (Chauffeur), Dominic Spillane (Zinnowitz), Adam Gerrett (Rohna), Theo Cowan (Witt), Joe Eyre, Kaffe Keating (Two Jimmys), Leah Rolfe, Adelmo Mandia (Bolero Dancers), …

GrandhotelJe guette toujours avec une certaine trépidation les productions de la Guildhall School, qui permettent aux étudiants de dernière année d’illustrer leurs talents dans l’ensemble des disciplines enseignées par l’école, qu’il s’agisse des arts de la scène, de la pratique musicale ou des métiers techniques du théâtre.

Mes souvenirs émus des productions de City of Angels et de Curtains viennent donc s’enrichir de ce magnifique Grand Hotel, remarquable par la qualité supérieure de l’interprétation musicale (quelle fosse !) et par le somptueux décor de Morgan Large, qui n’a pas grand’ chose à envier aux productions du West End.

Comme toujours, les élèves comédiens ne sont pas tous prêts à assumer des premiers rôles dans le West End, mais on est impressionné par autant de talent. Certains comédiens semblent éclairés par une étoile personnelle qui les empêche de se fondre dans la masse, même dans de petits rôles (on pense en particulier à Jordan Renzo dans le rôle toujours touchant du concierge Eric).


“Side Show”

Eisenhower Theater, Kennedy Center, Washington DC • 13.7.14 à 13h30
Musique : Henry Krieger. Livret & lyrics : Bill Russell. Contributions au livret : Bill Condon.

Mise en scène : Bill Condon. Chorégraphie : Anthony Van Laast. Direction musicale : Sam Davis. Avec Emily Padgett (Daisy), Erin Davie (Violet), Ryan Silverman (Terry), David St. Louis (Jake), Matthew Hydzik (Buddy), Robert Joy (Sir), …

SideshowCette comédie musicale est consacrée à Daisy et Violet Hilton, deux sœurs siamoises qui eurent une carrière de music-hall dans les années 1930. Le spectacle, dont la partition est signée par Henry Krieger, le compositeur du génial Dreamgirls, ne tint l’affiche que quelques semaines lors de sa création à Broadway fin 1997. Mais les admirateurs de la pièce continuent à entretenir avec ferveur le souvenir d’une production marquée par les prestations de Emily Skinner et Alice Ripley.

Bien qu’étant passé par New York à l’époque, je n’ai pas vu Side Show en 1997… et j’étais donc particulièrement heureux de voir cette nouvelle production d’une version révisée de l’œuvre, présentée à Washington avec l’espoir d’une nouvelle chance à Broadway.

Je suis, pour le moins, réservé sur les mérites de l’œuvre. À part les chansons les plus entendues à l’époque de la production originale (“Who Will Love Me As I Am?” et “I Will Never Leave You”) et quelques nouveautés comme “Stuck With You” / “Leave Me Alone”, la partition de Krieger me laisse assez largement indifférent… une impression identique à celle que m’inspire l’écoute du CD.

Une autre chanson beaucoup entendue à l’époque, “Tunnel Of Love”, a disparu… même si on en retrouve la musique dans l’un des tableaux.

La production est pourtant assez joliment conçue sur le plan visuel. Et le livret, même s’il mériterait encore un peu de travail, a le courage de conduire à un dénouement qui laisse délicieusement mal à l’aise. Mais le premier acte est désespérément linéaire… et il est sans doute symptomatique que le public commence à se lever, pensant que l’entracte est arrivé, après “Say Goodbye to the Sideshow”… alors que le premier acte n’est pourtant pas terminé.

La prise de son, aux tonalités métalliques, est digne d’un théâtre de troisième zone et donne parfois l’impression que les comédiens chantent depuis un tunnel.

La distribution n’est que partiellement convaincante. Si l’on est aisément séduit par Emily Padgett et Erin Davie dans les rôles principaux, on se demande comment on a pu donner le rôle de “Sir” a un comédien incapable de chanter la chanson d’ouverture, “Come Look at the Freaks”. (Ah si… d’après Wikipédia, il est le petit ami du compositeur… tout s’explique.) La voix de David St. Louis donne aussi d’inquiétants signes de fatigue et il semble miraculeux qu’il arrive à la fin de ses chansons.

Si la réaction du public qui m’entourait est un indicateur, je ne pense pas que cette nouvelle version de Side Show ait beaucoup de chances à Broadway. Mais mes capacités prédictives sont souvent prises en défaut…


“The Last Ship”

Bank of America Theatre, Chicago • 12.7.14 à 14h
Musique et lyrics : Sting. Livret : John Logan & Brian Yorkey.

Mise en scène : Joe Mantello. Chorégraphie : Steven Hoggett. Avec Michael Esper (Gideon Fletcher), Rachel Tucker (Meg Dawson), Jimmy Nail (Jackie White), Fred Applegate (Father O’Brien), Aaron Lazar (Arthur Millburn), Sally Ann Triplett (Peggy White), Collin Kelly-Sordelet (Young Gideon / Tom Dawson), …

LastshipJ’avoue être resté sceptique lorsque j’ai appris que Sting écrivait une comédie musicale. Un scepticisme largement renouvelé lorsque j’ai entendu Sting interpréter la chanson-titre lors de la récente cérémonie des Tony Awards. Et pourtant… en dépit de mes réserves… et en dépit des problèmes de visibilité depuis le premier balcon du Bank of America Theatre, j’ai été séduit, ému et convaincu.

Sting est né à Wallsend, dans la banlieue de Newcastle. La ville a longtemps tiré ses ressources de ses chantiers navals, où nombre de navires célèbres ont été construits. La fermeture de ces chantiers navals, confrontés à la concurrence internationale, fournit la toile de fond de cette comédie musicale. La tonalité “sociale” qui en résulte, assez typiquement anglaise, n’est pas sans rappeler d’autres pièces comme The Full Monty ou Billy Elliot. (Sting explique comment l’inspiration pour The Last Ship lui est venue dans une intéressante conférence TED.)

The Last Ship évite avec soin l’obstacle qui en aurait fait une succession de chansons de variété. La pièce est portée par ce qu’il faut de tension dramatique, d’émotion et de suspense pour en faire une véritable œuvre théâtrale… même s’il faut accepter une certaine dose d’invraisemblance lorsque les ouvriers au chômage décident de construire un dernier bateau sur lequel ils s’embarquent tous à la fin.

La grosse surprise provient de la partition. Les chansons, portées par une inspiration mélodique riche et variée ainsi que par un réel sens dramatique, sont plus belles les unes que les autres. Voilà une comédie musicale dont je vais beaucoup écouter l’enregistrement… une réflexion que je ne me fais que très rarement avec les nouveautés récentes. Le seul reproche à adresser à la musique, c’est qu’on entend la chanson-titre au moins une fois de trop.

La mise en scène de Joe Mantello, d’une grande beauté, s’appuie sur le très joli décor de David Zinn et sur des lumières sublimes de Christopher Akerlind (l’image finale est vraiment magnifique). Elle bénéficie aussi beaucoup de la richesse de la chorégraphie de Steven Hoggett, qui porte très haut certains numéros comme “When We Dance”.

La distribution est excellente. Michael Esper est particulièrement charismatique dans le rôle principal de Gideon ; sa voix est parfaitement adaptée aux compositions de Sting. Le toujours génial Fred Applegate fait un tabac mérité avec le rôle superbement écrit du Père O’Brien. Et chapeau au tout jeune Collin Kelly-Sordelet, qui apporte une réelle fraîcheur et d’excellents instincts dramatiques à la pièce.

Cette production va s’installer ensuite au Neil Simon Theatre de New York, où elle ouvrira ses portes fin septembre. Difficile de prédire l’accueil qui lui sera réservé ; pour ma part, je suis d’autant plus séduit que j’arrivais avec un sérieux a priori négatif.


“Brigadoon”

Goodman Theatre, Chicago • 11.7.14 à 20h
Musique : Frederic Loewe (1947). Livret & lyrics : Alan Jay Lerner. Livret révisé : Brian Hill.

Mise en scène et chorégraphie : Rachel Rockwell. Direction musicale : Valerie Maze. Avec Kevin Earley (Tommy Albright), Jennie Sophia (Fiona MacLaren), Maggie Portman (Meg Brockie), Rod Thomas (Jeff Douglas), Jordan Brown (Charlie Dalrymple), Olivia Renteria (Jean MacLaren), Rhett Guter (Harry Beaton), Roger Mueller (Mr. Lundie), …

BrigadoonQuel plaisir de voir enfin une production du célèbre Brigadoon, une comédie musicale signée par les auteurs de My Fair Lady, Lerner & Loewe, mais créée environ dix ans avant leur chef d’œuvre.

Brigadoon reste connu grâce au film de 1954 avec Gene Kelly et Cyd Charisse, mais les productions scéniques se font malheureusement assez rares. C’est pourtant une œuvre importante dans l’histoire de la comédie musicale, qui poursuit la tendance enclenchée avec Oklahoma! en donnant plus de consistance dramatique à un genre qui n’était pas nécessairement très exigeant dans ses assemblages de chansons et de danses. (Il y a bien sûr eu d’autres exemples de comédie musicales dramatiquement ambitieuses bien avant Oklahoma!, mais les années 1940 marquent un réel tournant.)

L’histoire est simple : deux Américains arrivent par hasard à Brigadoon, une ville écossaise qui n’apparaît qu’une fois tous les cent ans. Le pouvoir de l’amour fera le reste. La partition est magnifique et plusieurs chansons, comme “Almost Like Being in Love” ou “The Heather On the Hill”, font partie des “standards” du genre.

Cette production du Goodman Theatre de Chicago est excellente. Elle est pleine d’énergie et marque des points sur tous les fronts : celui de la comédie, en prouvant qu’un livret et des lyrics de 1947 peuvent toujours toucher un public contemporain ; celui du chant, avec une très belle brochette de comédiens, dont la magnifique Jennie Sophia et sa si belle voix de soprano ; celui de la danse, enfin, avec d’ambitieux tableaux chorégraphiques magnifiquement réglés.

Les visuels reposent pour partie sur des projections plutôt réussies. On peut ne pas aimer les tonalités assez vives de l’ensemble des décors et des costumes, qui penchent un peu du côté de l’esthétique Disney. La scène sur la place du village de Brigadoon rappelle d’ailleurs beaucoup la scène d’ouverture de Beauty and the Beast.

On retrouve avec plaisir le solide Kevin Earley, dont le souvenir dans le rôle principal de Death Takes a Holiday est encore frais dans les mémoires. Chapeau au Charlie énergique et charismatique de l’excellent Jordan Brown, ainsi qu’aux deux acteurs chargés de porter la dose de comédie de la pièce, Maggie Portman et Rod Thomas.

Pour une fois, les accents écossais me semblent largement crédibles. Bravo.


“Götterdämmerung”

The Lowry (Lyric Theatre), Manchester • 5.7.14 à 15h30
Wagner (1876)

Orchestre d’Opera North, Richard Farnes. Mise en scène : Peter Mumford. Avec Alwyn Mellor (Brünnhilde), Mati Turi (Siegfried), Mats Almgren (Hagen), Eric Greene (Gunther), Orla Boylan (Gutrune), Jo Pohlheim (Alberich), Susan Bickley (Waltraute), Fiona Kimm, Heather Shipp, Lee Bisset (les Nornes), Katherine Broderick, Madeleine Shaw, Sarah Castle (les Filles du Rhin).

MellorJe regrette amèrement de ne pas avoir pu assister aux épisodes précédents de ce Ring, assez largement salués par la critique. Opera North est une troupe “ambulante” qui se produit dans diverses villes du nord de l’Angleterre ; son Ring est donc essentiellement une version concert agrémentée de quelques mouvements et d’images projetées au-dessus de l’orchestre.

La qualité d’ensemble est absolument excellente. La direction musicale de Richard Farnes est remarquable : déterminée, ne recherchant jamais l’effet mais mettant en évidence les splendeurs de la partition les unes après les autres avec une belle détermination.

L’orchestre suit avec lyrisme et engagement, sans montrer de trace de fatigue. À part quelques dérapages sans importance et un accident spectaculaire à la trompette au début de l’acte 3, la musique est absolument somptueuse, même en comparaison du très récent Götterdämmerung viennois.

À part le Hagen de Mats Almgren, dont le vibrato est hors de contrôle, la distribution est franchement remarquable. Le soin apporté à l’interprétation est évident dès le tableau des Nornes, infiniment plus soigné et réussi qu’à Vienne. La Waltraute de Susan Bickley est absolument géniale.

Alwyn Mellor est une très belle Brünnhilde. Elle soigne ses phrasés avec soin et évite toute violence dans l’émission, y compris dans les aigus les plus “héroïques”. Les graves projettent un peu moins ; c’est sans doute son seul point faible.

Avec sa belle voix chaude bénéficiant d’appuis très solides dans le grave, Mati Turi est un Siegfried extrêmement attachant. Il fait preuve d’une réelle facilité, qui lui permet de soigner le style sans se laisser intimider par les difficultés techniques. À part les aigus de l’oiseau, qui lui demandent quelques acrobaties avec sa voix de tête, il propose une prestation très séduisante.

Il semble être question d’une reprise du cycle complet dans l’avenir. À surveiller.


“Le Malade imaginaire”

Comédie-Française (Salle Richelieu), Paris • 4.7.14 à 20h30
Molière (1673)

Mise en scène : Claude Stratz. Avec Gérard Giroudon (Argan), Julie Sicard (Toinette), Catherine Sauval (Béline), Alain Lenglet (Béralde), Claire de la Rüe du Can (Angélique), Benjamin Lavernhe (Cléante), Christian Blanc (Monsieur Diafoirus / Monsieur Purgon), Alexandre Pavloff (Thomas Diafoirus), Noam Morgensztern (Monsieur Bonnefoy / Monsieur Fleurant).

MaladeIl y a plus de dix ans que cette excellente mise en scène de Claude Stratz réjouit le public de la Comédie-Française avec l’une des pièces les plus célèbres du répertoire de la vénérable troupe. Elle incorpore les intermèdes chantés et dansés qui font de la pièce une “comédie-ballet”.

Interprétation au cordeau par une très belle distribution menée par l’excellent Gérard Giroudon, le doyen de la troupe. On se régale devant une telle galerie de portraits… avec une mention spéciale pour le Thomas Diafoirus irrésistible d’Alexandre Pavloff.

Hommage inattendu et touchant à la charmante Gisèle Casadesus, centenaire, à l’issue de la pièce. “Ça passe vite, cent ans”, conclut celle qui fut engagée à la Comédie-Française aussitôt sortie du Conservatoire… en 1934.


Concert Staatskapelle Berlin / Barenboim à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 3.7.14 à 20h
Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim

Beethoven : concerto pour piano n° 4 (Radu Lupu, piano)
Elgar : symphonie n° 2

BarenboimQuel bel orchestre riche et homogène ! La complicité avec Barenboim est exemplaire ; la plasticité sonore de l’orchestre permet au chef d’explorer des univers sonores variés et fascinants dans la riche et foisonnante symphonie d’Elgar.

Radu Lupu est impérial dans le concerto de Beethoven, même si sa main gauche a tendance a être légèrement plus percussive que la droite. On a un peu peur par moments qu’il commence à s’isoler dans sa bulle comme le faisait Arturo Benedetti Michelangeli à la fin de sa carrière, mais il émerge toujours à temps pour ne pas se satelliser par rapport à l’orchestre.

Petit discours de Barenboim qui se dit triste de jouer pour la dernière fois à Pleyel où il s’est tant produit… parce que “oui, madame, désormais vous irez à la Philharmonie !” Il encourage le public à faire le voyage de la Porte de Pantin pour y découvrir les qualités acoustiques de la nouvelle salle. Laurent Bayle avait l’air heureux de cette page de publicité gratuite.