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Posts from May 2014

“Lady Day at Emerson’s Bar & Grill”

Circle in the Square, New York • 31.5.14 à 20h
Lanie Robertson

Mise en scène : Lonny Price. Avec Audra McDonald (Billie Holiday).

LadydayL’idée est originale : imaginer le déroulement de l’un des derniers récitals de Billie Holiday, un soir de mars 1959 dans un club de Philadelphie, quatre mois avant qu’elle ne soit emportée par les conséquences de son alcoolisme et de sa consommation de drogue.

Une seule comédienne pouvait prétendre entrer dans la peau de Billie Holiday. Et dire qu’Audra McDonald ressort triomphalement de l’aventure est très en-dessous de la réalité. L’illusion est tout de suite parfaitement établie : McDonald est Billie Holiday, avec sa voix, ses maniérismes. La magie fonctionne parfaitement, non seulement quand elle chante, mais aussi quand elle évoque quelques épisodes marquants de sa vie.

McDonald trouve en permanence le juste équilibre entre l’émotion et la comédie. Elle est absolument et irrésistiblement éblouissante. Et le répertoire de Billie Holiday constitue bien sûr sur le plan musical un concentré de bonheur intense. Le seul reproche que l’on ait envie d’adresser à la pièce, c’est que tout cela est au fond bien court.


“Violet”

American Airlines Theatre, New York • 31.5.14 à 14h
Musique : Jeanine Tesori. Livret & lyrics : Brian Crawley. D’après The Ugliest Pilgrim de Doris Betts.

Mise en scène : Leigh Silverman. Avec Sutton Foster (Violet), Colin Donnell (Monty), Alexander Gemignani (Father), Joshua Henry (Flick), Ben Davis (Preacher et al.), Annie Golden (Old Lady), Emerson Steele (Young Violet), …

VioletJe n’avais pas vu cette comédie musicale lorsqu’elle avait été créée Off-Broadway en 1997. Mais l’écoute de l’enregistrement qui en avait été réalisé à l’époque ne me donnait guère envie d’en savoir plus. Voici que la pièce, un peu comme Hedwig and the Angry Inch, connaît les honneurs de Broadway plus de quinze ans plus tard, en partie grâce au pouvoir d’attraction de Sutton Foster, une comédienne qui jouit d’un considérable capital de sympathie parmi le public.

Violet raconte l’histoire d’une jeune-fille défigurée par un accident qui, en 1964, embarque pour un voyage qui doit la mener à un prêcheur dont elle pense qu’il pourra guérir sa blessure. Bien sûr, il n’en est rien… mais les rencontres qu’elle fera pendant le voyage — notamment deux soldats, dont l’un est noir — l’aideront à remettre sa vie en perspective et à en ouvrir un nouveau chapitre.

Le potentiel de guimauve de l’histoire est déjà bien perceptible dans ces deux phrases de résumé. Le traitement qu’en propose cette comédie musicale le démultiplie jusqu’à l’écœurement. Les chansons sont tellement dégoulinantes de bons sentiments que je me sentais physiquement indisposé, comme au bord de l’indigestion, pendant une bonne partie de la représentation.

La partition de Jeanine Tesori (Caroline, or Change, Thoroughly Modern Millie, Shrek) n’est pas beaucoup plus équilibrée, avec un pied dans la musique country et un pied dans le gospel : là aussi, le monochromatisme musical finit par lasser sérieusement.

Dans ces conditions, peu importe que la distribution mette beaucoup de cœur à l’ouvrage. En ce qui me concerne, la recette est indigeste. D’autant que la production, avec son orchestre sur une estrade et deux ou trois chaises et un lit en guise d’accessoires, ressemble beaucoup plus à un concert qu’à une pièce de théâtre.

Intéressante discussion avec une partie des comédiens à l’issue de la représentation. Parmi la distribution principale, seul Alexander Gemignagni daigne se prêter à l’exercice.


“Of Mice and Men”

Longacre Theatre, New York • 30.5.14 à 20h
John Steinbeck (1937)

Mise en scène : Anna D. Shapiro. Avec James Franco (George Milton), Chris O’Dowd (Lennie Small), Leighton Meester (Curley’s Wife), Jim Norton (Candy), Ron Cephas Jones (Crooks), Alex Morf (Curly), Jim Ortlieb (The Boss), Jim Parrack (Slim), Joel Marsh Garland (Carlson), James McMenamin (Whit).

MiceFranchement magnétique. Cette production de la célèbre pièce de Steinbeck (qui était originellement un roman) a été conçue en partie par la même équipe qui avait enchanté Broadway avec August Osage County en 2007 : Anna D. Shapiro à la mise en scène et Todd Rosenthal pour les décors. Les images magnifiques succèdent aux atmosphères enchantées pour raconter cette belle et touchante histoire d’amitié qui se déroule sur fond de Grande Dépression.

On pourrait difficilement rêver distribution plus idéale. James Franco est un George introverti et charismatique, économe et juste, tellement naturel dans sa diction et ses mouvements que l’illusion du théâtre prend instantanément. Chris O’Dowd est époustouflant et déchirant dans le rôle de Lennie le simple d’esprit… et je me hasarde à pronostiquer qu’il est en très bonne position pour le Tony Award du meilleur comédien, même si je n’ai pas vu la plupart des pièces concurrentes.

La distribution secondaire est parfaitement choisie. On y apprécie particulièrement le Slim empathique de Jim Parrack, le Curly délicieusement aigri d’Alex Morf et, bien sûr, l’excellente Leighton Meester dans le rôle de la femme de Curly (dont Steinbeck choisit de ne jamais nous révéler le nom).

On entre dans le mois des Gay Prides, et Playbill s’est adapté en conséquence : le drapeau arc-en-ciel a pris la place du traditionnel fond jaune sous le logo.

C’est aussi la semaine où les spectacles de Broadway collectent de l’argent pour diverses œuvres de charité, dont Broadway Cares / Equity Fights Aids. Les comédiens ont autographié divers articles qu’ils mettent en vente pour l’occasion. Un peu comme Daniel Craig et Hugh Jackman l’avaient fait à la fin d’une représentation de A Steady Rain, James Franco propose de mettre aux enchères un mouchoir qu’il porte dans la poche arrière de son pantalon et avec lequel il s’essuie le visage et le torse (et un peu plus). Il met aussi aux enchères le droit de se faire prendre en photo avec n’importe lequel des comédiens de la troupe. On commence à 200 dollars… on arrive à 900… puis quelqu’un annonce “9000 dollars !” Adjugé !


“Aladdin”

New Amsterdam Theatre, New York • 29.5.14 à 20h
Musique : Alan Menken. Lyrics : Howard Ashman & Tim Rice. Livret et lyrics additionnels : Chad Beguelin.

Mise en scène et chorégraphie : Casey Nicholaw. Direction musicale : Michael Kosarin. Avec Adam Jacobs (Aladdin), James Monroe Iglehart (Genie), Courtney Reed (Jasmine), Brian Gonzales (Babkak), Jonathan Schwartz (Omar), Brandon O’Neill (Kassim), Jonathan Freeman (Jafar), Clifton Davis (Sultan), Don Darryl Rivera (Iago), …

AladdinLorsque cette adaptation scénique du dessin animé de Disney avait été présentée à Seattle en 2011, les producteurs avaient annoncé qu’Ils ne visaient pas une production à Broadway… ce qui m’avait encouragé à sauter sans réfléchir dans le premier vol en partance pour l’état de Washington.

Il semble que l’idée d’une production new-yorkaise ait fait du chemin entre temps puisque le spectacle est présenté depuis deux mois dans le magnifique New Amsterdam Theatre… et qu’on peut imaginer qu’il se prépare à y rester un certain temps compte tenu de l’enthousiasme évident du public.

C’est un spectacle très proche de celui de Seattle qui est présenté à New York, même s’il a été quelque peu remanié. La chanson “Call Me a Princess”, par exemple, a été remplacée par une autre, “These Palace Walls”, plus conforme à la psychologie de Jasmine. Et c’est maintenant le Génie qui mène la chanson introductive, “Arabian Nights”… un choix que je ne trouve pas nécessairement indispensable mais qui permet d’étendre le rôle de James Monroe Iglehart.

Le décor a été rendu encore plus spectaculaire… et un investissement significatif a été consenti pour améliorer la scène où Aladdin et Jasmine chantent “A Whole New World” sur un tapis volant — le tapis de Seattle faisait de la peine ; celui de Broadway est absolument bluffant.

Le grand moment du Génie, “Friends Like Me”, est une accumulation de trouvailles, de gags, de surprises visuelles …qui laisse un peu à bout de souffle. Un mini “medley” de chansons de Disney, dont je ne pense pas qu’il était présent à Seattle, a été introduit au milieu du numéro.

De manière assez remarquable, la distribution est presque identique à celle de Seattle. Seuls le Sultan et Omar, l’un des trois faire-valoir d’Aladdin (qui était interprété à Seattle par Andrew Keenan-Bolger), ont changé d’interprètes.

Le spectacle est un feu d’artifice permanent, sur le plan visuel comme musical. Je révère depuis toujours Alan Menken comme un compositeur immensément talentueux : chacune des chansons d’Aladdin le prouve… y compris celles qui n’avaient pas été retenues pour le film et qui refont ici leur apparition comme la très poignante “Proud Of Your Boy” (qui doit aussi beaucoup à son lyriciste, le regretté Howard Ashman).

Tout au plus peut-on regretter que le volume sonore soit aussi élevé… et que les auteurs se soient, semble-t-il, sentis obligés de bourrer à ce point le livret de plaisanteries à un rythme presque lassant. Les clins d’œil volontairement anachroniques, notamment, sont trop nombreux à mon goût.

Mais cette envie presque maniaque de plaire et de faire rire n’enlève pas à Aladdin son charme infini. En ces temps un peu difficiles, c’est le spectacle parfait pour s’évader dans un monde de couleurs enivrantes et de musiques enchanteresses.


“Götterdämmerung”

Grand Théâtre de Genève • 25.5.14 à 15h
Wagner (1876)

Orchestre de la Suisse Romande, Ingo Metzmacher. Mise en scène : Dieter Dorn. Avec Petra Lang (Brünnhilde), John Daszak (Siegfried), Jeremy Milner (Hagen), Johannes Martin Kränzle (Gunther), Edith Haller (Gutrune), John Lundgren (Alberich), Michelle Breedt (Waltraute), Eva Vogel, Diana Axentil, Julienne Walker (les Nornes), Polina Pasztircsák, Stephanie Lauricella, Laura Nykänen (les Filles du Rhin).

CrépusculeHeureusement, après un Siegfried assez décevant, ce Ring genevois s’achève en beauté en consacrant à la fois la direction musicale décidément très inspirée d’Ingo Metzmacher et la qualité de la conception de Dieter Dorn, qui est jusqu’au bout une véritable leçon de mise en scène.

Metzmacher met superbement en énergie l’attachant Orchestre de la Suisse Romande, qui termine triomphalement ce Ring. Assez peu de loupés, l’interprétation est inspirée et homogène. On apprécie tout particulièrement l’espèce de montée permanente de la tension tout au long de l’acte II, de plus en plus haletant. Les longs intermèdes instrumentaux sont extrêmement bien interprétés — on aimerait seulement que le public ne se sente pas autorisé à parler sous prétexte que personne ne chante.

Dorn réussit beaucoup mieux que d’autres à rester fidèle à sa conception d’origine et à terminer sans renier les fondamentaux posés dans les épisodes précédents. On en retire un sentiment d’homogénéité qui satisfait grandement.

Dorn commence en touchant les dividendes d’un investissement consenti progressivement au cours des opéras précédents, où l’on voyait régulièrement les Nornes pousser une énorme pelote à travers la scène. Les revoilà, ces Nornes, avec une pelote qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, et une corde prête à casser. Cerise sur le gâteau, cette scène est par ailleurs un modèle de fidélité au texte, chaque péripétie évoquée ayant clairement une correspondance visuelle sur scène.

Et quel plaisir de voir un metteur en scène qui ne perd pas ses moyens dès qu’il faut mettre des choristes sur scène ! Dorn gère très bien la foule et ses mouvements. L’acte II, du coup, qui semble souvent plus subi que maîtrisé par les metteurs en scène, a une belle tenue.

On est en revanche un peu déçu de voir le rideau tomber deux fois dans le premier acte… et à nouveau dans le troisième… pour installer et enlever le palais des Gibichung. Tous les changements de décor s’étaient jusqu’à présent faits à vue, même les plus complexes. Quel dommage ! D’autant qu’on ne voit guère quelle complexité technique est à l’origine de ce choix, dans la mesure où le palais des Gibichung disparaît à vue à la fin de la pièce.

Dorn fait également un choix curieux pour la mise en scène de l’enlèvement de Brünnhilde. Chaque metteur en scène a sa façon de gérer le fait que c’est Siegfried qui vient enlever Brünnhilde mais que, revêtu du Tarnhelm, il lui apparaît sous les traits de Gunther. Avec Dorn, seul Gunther apparaît sur scène, mais il fait très clairement le geste d’enlever le Tarnhelm. Il est du coup incompréhensible qu’il apparaisse sous les traits de Gunther.

La gestion de la fin est extrêmement habile et Dorn est un des rares à montrer la séquence des événements telle que la souhaite Wagner : disparition du palais de Gibichung, récupération de l’anneau par les Filles du  Rhin et mort de Hagen, embrasement de Valhalla (remplacé par une chute littérale et très joliment exécutée des Dieux), avènement de l’après-Crépuscule… en l’occurrence une scène complètement vide, qu’un petit effet de lumière supplémentaire aurait peut-être contribué à rendre plus émouvante (cf. la fin inoubliable de Carsen).

La distribution est globalement à la hauteur… et on est presque surpris de trouver John Daszak en bien meilleure forme vocale. Son Siegfried ne rentrera pas dans l’histoire, mais il se situe finalement dans une moyenne assez honnête. Petra Lang est irrégulière mais elle a suffisamment de métier pour compenser. Bizarrement, ses aigus sont assez fiables alors que c’est dans le médium et dans le grave qu’elle connaît de réelles difficultés de support.

Le reste de la distribution est solide, avec notamment l’excellent Hagen de Jeremy Milner et une apparition très remarquée de John Lundgren, dont l’Alberich semble de plus en plus solide au fil du temps.

Comme il est fréquent que je m’assoupisse pendant la visite de Waltraute, je n’avais jamais remarqué que Brünnhilde, à la fin, reprend très littéralement le thème du renoncement à l’amour. C’est intéressant à deux titres : d’une part parce que peu de leitmotive sont repris de manière aussi brute dans Götterdämmerung, dont la partition est plus une sorte de tapisserie où tout est imbriqué ; d’autre part parce que le thème est utilisé à contre-emploi : non, dit Brünnhilde, je conserverai l’anneau parce qu’il n’est pas question que je renonce à l’amour de Siegfried. L’anti Alberich. Tout cela est d’une logique implacable. Évidemment.


“Ace Of Clubs”

Union Theatre, Londres • 24.5.14 à 19h30
Musique, lyrics et livret : Noël Coward (1950)

Mise en scène : Jack Thorpe-Baker. Direction musicale : Gemma Hawkins. Avec Emma Harris (Pinkie Leroy), Kate Milner-Evans (Rita Marbury), Gary Wood (Harry Hornby), Lucy May Barker (Baby Belgrave), Michael Hobbs (Felix Felton), …

ClubsC’est la première fois que je suis aussi déçu par une production du petit Union Theatre. Je serais d’ailleurs parti à l’entracte si l’œuvre représentée n’était aussi rare : une comédie musicale de Noël Coward de 1950 jamais montée professionnellement à Londres depuis sa production originale.

Par où commencer ? Ah oui, le violoniste. Mais d’où sort ce Christian Halstead (c’est le nom qui figure dans le programme… peut-être était-il malade et remplacé ?) Pas une seule note juste de la soirée, un son odieux de crin-crin qui anéantit la moitié des numéros musicaux.

La distribution n’est pas à la hauteur. À part peut-être Michael Hobbs, aucun comédien n’a l’ombre du début de l’idée du style dans lequel interpréter les chansons. À quoi sert le metteur en scène ? Ce n’est pas comme s’il n’existait pas d’enregistrements de Coward interprétant ses chansons. Jack Wood le trop bien nommé est un excellent danseur mais un bien piètre comédien… et il fusille littéralement les deux chansons les plus connues du spectacle, “Sail Away” et “I Like America”. Emma Harris a trouvé le bon look pour le personnage de Pinkie Leroy… et elle joue honorablement… mais sa voix ne projette presque pas alors que le théâtre est minuscule.

Le metteur en scène a cru malin de transformer le théâtre en cabaret — puisque c’est dans un cabaret que se déroule l’essentiel de la pièce. L’action, du coup, est complètement noyée, perdue, dissoute dans la masse des spectateurs. On perd sans arrêt le fil, on ne sait plus où regarder, les “carafes” se multiplient… La pire des fausses bonnes idées consiste à montrer la loge où les comédiens se changent, ce qui conduit fréquemment à ne pas regarder l’endroit où se passe l’action.

Je ne sais pas pourquoi certains metteurs en scène trouvent tellement inspiré de placer l’action au milieu du public. Cela produit le plus souvent des spectacles illisibles et brouillons… l’antithèse du théâtre.


“Closer Than Ever”

Jermyn Street Theatre, Londres • 24.5.14 à 15h30
Musique : David Shire. Lyrics : Richard Maltby, Jr. Conception : Steven Scott Smith.

Mise en scène : Richard Maltby, Jr. Direction musicale : Nathan Martin. Avec Graham Bickley, Sophie-Louise Dann, Arvid Larsen, Issy Van Randwyck.

CloserUne merveille. Maltby & Shire font partie de ces auteurs pas vraiment reconnus à leur juste valeur. (Lorsque Sondheim a établi une liste de “chansons qu’il aurait aimé avoir écrit, au moins en partie”, il a d’ailleurs choisi l’une de leurs chansons, mais pas une de ce spectacle.)

Le format de cette “revue” pourrait laisser entendre à tort qu’il s’agit d’une collection de chansons sans réelle homogénéité. C’est tout le contraire. Chaque chanson est un petit bijou de finesse et de subtilité qui se déroule comme une histoire avec ses personnages, son histoire et ses rebondissements. L’économie de moyens y est spectaculaire ; chaque mot est pesé avec expertise ; l’humour et l’émotion s’y rencontrent de manière remarquable. Et l’inspiration musicale est du même niveau : d’une invention redoutable, baignée de rythmes enchanteurs… magnifiée par des arrangements vocaux sidérants de beauté.

J’avais déjà vu cette nouvelle production à New York fin 2012. Mais elle ne m’avait pas autant touché que cette déclinaison londonienne, logée dans le minuscule Jermyn Street Theatre et remarquablement servie par quatre chanteurs excellentissimes (dont j’associe trois intuitivement avec Sondheim : Bickley parce qu’il était le Ben du Follies de Toulon ; Dann parce qu’elle était la merveilleuse Dot du Sunday in the Park With George du Châtelet ; et Van Randwyck parce qu’elle avait la chance de chanter “The Miller’s Son” dans l’inoubliable production de A Little Night Music en 1995 au National Theatre).

À part peut-être six minutes dans le deuxième acte, il n’y a pas une seconde où l’on n’est pas ébloui par la qualité superlative de l’écriture et de l’interprétation. L’accompagnement piano-basse est somptueux. Bref, une merveille sur toute la ligne.


“Siegfried”

Grand Théâtre de Genève • 23.5.14 à 18h
Wagner (1876)

Orchestre de la Suisse Romande, Ingo Metzmacher. Mise en scène : Dieter Dorn. Avec John Daszak (Siegfried), Andreas Conrad (Mime), Tómas Tómasson (Wotan), John Lundgren (Alberich), Steven Humes (Fafner), Maria Radner (Erda), Petra Lang (Brünnhilde), Regula Mühlemann (Waldvogel).

SiegfriedUn tout petit Siegfried, heureusement sauvé par un acte III correct (et par Petra Lang qui, même si elle est loin d’être parfaite, a semblé tirer son partenaire vers le haut pendant toute leur scène commune).

Le premier acte est massacré par le Siegfried fragile de John Daszak, incapable de tenir vraiment une note, et par le Mime transparent d’Andreas Conrad — Mime est pourtant le personnage du Ring auquel il est le plus facile de donner vie, tous ses interprètes font généralement un tabac. Le niveau est quelque peu relevé par l’élégant Wanderer de Tómas Tómasson, même s’il a perdu de la prestance (et des aigus) depuis que je l’avais vu dans Der Fliegende Holländer à Bruxelles

Deuxième acte sans saveur, sauvé par le Fafner solide de Steven Humes.

La mise en scène est toujours solide et souvent admirable. Le rideau du I s’ouvre sur une image magnifique, tandis que la forge de Mime surgit lentement des dessous, comme appelée à la surface par le Wanderer. Le II se déroule dans un intéressant paysage organique (peuplé de nombreux figurants) dont émerge le visage gigantesque de Fafner. Comme Pierre Audi à Amsterdam, Dorn exploite de manière intéressante la dualité des personnages de Wotan et d’Alberich en les habillant de la même façon.

La mise en scène de l’acte III est superbe : après la belle scène intense entre Wotan et Erda puis la confrontation entre Wotan et Siegfried, l’arrivée du rocher de Brünnhilde, qui glisse depuis le fond de la scène, constitue une très belle image. Seul mauvais point pour Dorn — qu’il partage avec beaucoup de metteurs en scène : on ne retrouve pas exactement l’image sur laquelle se terminait Die Walküre. Brünnhilde n’a pourtant pas eu le temps d’aller passer une chemise de nuit, de se couvrir d’un drap, de poser de petites ballerines au pied du rocher et de réarranger les blocs de rocher/miroir qui entourent son rocher entre les deux opéras.

Petra Lang n’attaque pas très joliment son salut au soleil… mais elle stabilise suffisamment sa voix par la suite pour que sa Brünnhilde ait de la gueule. Grâce à elle, John Daszak semble obligé de se reprendre : c’est crispé, mais ça sort à peu près… même si je suis bien incapable de dire si la dernière note est sortie ou non : on n’entendait que Lang.

Le héros de la soirée reste l’excellent Ingo Metzmacher, toujours aussi dynamique et expressionniste — sauf lorsqu’il joue au pas les passages de bravoure de Siegfried. Je regrette de ne plus pouvoir l’observer aussi bien qu’aux représentations précédentes (j’ai changé de place). L’orchestre montre des signes de fatigue mais la qualité d’ensemble reste supérieure.


“How to Succeed in Business Without Really Trying”

Ye Olde Rose and Crown Theatre, Londres • 22.5.14 à 19h30
Musique et lyrics : Frank Loesser. Livret : Abe Burrows, Jack Weinstock & Willie Gilbert.

Mise en scène : Dawn Kalani Cowle. Direction musicale : Aaron Clingham. Avec Adam Pettigrew (J. Pierrepont FInch), Mark Turnbull (J.B. Biggley), Alyssa Nicol (Rosemary Pilkington), Amy Burke (Hedy LaRue), Josh Wilmott (Bud Fromp), Tony Rosenberg (Mr. Twimble / Wally Womper), Geraldine Allen (Smitty), Annie Wensak (Miss Jones), Benjamin Newhouse-Smith (Bert Bratt), Harry Stone (Milt Gatch / Ovington) …

H2sDécidément, la capacité de tous ces petits théâtres à monter des spectacles de qualité ne cessera jamais de m’impressionner. La compagnie All Star Productions propose un des bijoux de l’âge d’or de la comédie musicale, How to Succeed in Business Without Really Trying, créée en 1961, dont la dernière reprise d’envergure, en 2011, mettait en vedette l’infatiguable Daniel Radcliffe.

La qualité du spectacle est remarquable… même si j’aime moins le son de l’orchestre depuis que les musiciens prennent place derrière la scène. Pour le reste, on est vraiment impressionné par la qualité de la distribution, menée par le subtil Adam Pettigrew dans le rôle exigeant de J. Pierrepont Finch et pimentée par le grimaçant Josh Wilmott en Bud Frump, irrésistible.

La mise en scène, enlevée et inventive, n’hésite pas à forcer le trait de la comédie, généralement de manière assez opportune… et la chorégraphie de Brendan Matthew est pleine d’idées décalées qui font mouche. La mise en scène du mythique numéro “Coffee Break”, aussi originalement conçue que parfaitement exécutée, est un véritable feu d’artifice.


“Die Walküre”

Grand Théâtre de Genève • 21.5.14 à 18h
Wagner (1870)

Orchestre de la Suisse Romande, Ingo Metzmacher. Mise en scène : Dieter Dorn. Avec Will Hartmann (Siegmund), Michaela Kaune (Sieglinde), Tom Fox (Wotan), Petra Lang (Brünnhilde), Günther Groissböck (Hunding), Elena Zhidkova (Fricka), Katja Levin (Gerhilde), Rena Harms (Helmwige), Lucie Roche (Waltraute), Ahlima Mhamdi (Schwertleite), Marion Ammann (Ortlinde), Stephanie Lauricella (Siegrune), Suzanne Hendrix (Grimgerde), Laura Nykänen (Rossweisse).

WalküreCe Ring genevois continue, pour l’essentiel, à tenir ses promesses.

On reste admiratif devant la conduite précise et inspirée d’Ingo Metzmacher, qui obtient une superbe prestation de l’Orchestre de la Suisse Romande. Les cuivres sont dans une forme olympique ; Metzmacher passe beaucoup de temps à s’assurer que la petite harmonie surnage — on se régale, du coup, de solos magnifiques, tout particulièrement du côté du hautbois. 

Metzmacher se préoccupe tout autant de maintenir l’homogénéité de la musique — et, notamment l’équilibre fosse/scène — que de bâtir et relâcher la tension à des moments parfaitement choisis. Les trois fins d’actes sont, de ce point de vue, magnifiquement amenées. (Accessoirement, je suis toujours aussi perturbé par les chefs — majoritaires — qui dirigent “vers le haut” car je trouve la battue très contre-intuitive… elle n’a en revanche pas l’air d’être difficile à suivre.)

La mise en scène reste extrêmement solide et centrée sur une vraie lecture en profondeur du texte et de la musique… mais on dirait que le budget décor a été un peu réduit par rapport à Rheingold. Cela n’empêche pas Dorn de proposer de très jolies images : la maison de Hunding dont les cloisons se referment littéralement sur Siegmund pendant le prologue du premier acte, par exemple (elles repartent ensuite comme elles sont arrivées au moment de l’entrée du printemps)… ou encore l’excellente idée visuelle permettant de baliser l’interminable monologue de Wotan au milieu de l’acte II (qui est souvent une sorte de “tunnel” dont on a l’impression qu’on ne sortira jamais).

Dans les deux cas, l’exécution — qui repose sur des figurants/machinistes habillés de noir, comme dans le théâtre Kabuki — laisse un tout petit peu à désirer, mais la beauté de l’idée l’emporte sur la qualité de la réalisation.

La distribution continue de se montrer à la hauteur.

Dans l’acte I, on frôle la perfection. Le Siegmund de Will Hartmann, tour à tour héroïque et romantique, passe sans difficulté les passages de bravoure. La Sieglinde de Michaela Kaune (la magnifique Ellen du Peter Grimes de Lyon), très lyrique et très attachée à la beauté des phrasés, convainc — du moins dans le I — malgré une interprétation assez en rupture par rapport à l’approche habituelle du rôle. Et je ne dirai jamais assez combien le Hunding de Günther Groissböck me fait vibrer de plaisir, avec cette voix de basse à la fois charnue et chaude.

Constat plus mitigé au II. On retrouve l’excellente Brünnhilde de Petra Lang, qui assure sans problème dès le premier hojotoho. Et, comme dans Rheingold, on est très impressionné par la Fricka d’Elena Zhidkova, qui projette vraiment bien l’humiliation et la colère. Michaela Kaune a beaucoup plus de mal que dans le I et le Wotan de Tom Fox semble bien démuni dans les aigus. La fin (l’une des scènes les plus compliquées du Ring pour le metteur en scène) est un peu brouillonne et déçoit un peu.

Les choses se redressent nettement au III. Les Valkyries sont parfaitement homogènes et assurent un joli lever de rideau. Michaela Kaune réussit très bien la sortie de Sieglinde. Puis Petra Lang et Tom Fox nous proposent un très joli dernier tableau — par chance, Wotan ne monte pas trop dans l’aigu dans cette scène et le reste de la voix de Tom Fox reste en belle forme. La mise en scène des dernières images, bien que très “low tech”, est extrêmement réussie, le fameux cyclo en demi-cercle reprenant du service pour figurer les flammes de façon très inspirée.

Vite, la suite !


“Das Rheingold”

Grand Théâtre de Genève • 20.5.14 à 19h30
Wagner (1869)

Orchestre de la Suisse Romande, Ingo Metzmacher. Mise en scène : Dieter Dorn. Avec Tom Fox (Wotan), Corby Welch (Loge), John Lundgren (Alberich), Andreas Conrad (Mime), Alfred Reiter (Fasolt), Steven Humes (Fafner), Thomas Oliemans (Donner), Christoph Strehl (Froh), Elena Zhidkova (Fricka), Agneta Eichenholz (Freia), Maria Radner (Erda), Polina Pasztircsák (Woglinde), Stephanie Lauricella (Wellgunde), Laura Nykänen (Floßhilde).

RheingoldJ’avais beaucoup aimé ce Rheingold lorsqu’il avait été créé en mars 2013 ; je n’ai donc pas beaucoup hésité lorsque l’occasion s’est présentée de voir l’intégralité du cycle, dont je vais découvrir les autres épisodes.

La distribution est strictement identique à celle de ma première visite… et je n’ai presque rien à changer à ce j’écrivais alors : direction musicale (très) rapide et efficace d’Ingo Metzmacher et distribution de qualité dominée par l’excellent Alberich de John Lundgren et la captivante Fricka d’Elena Zhidkova, qui donne à son personnage une profondeur inhabituelle. Les difficultés de mise en place que j’avais notées ont largement disparu et la représentation est parfaitement fluide, perturbée seulement par quelques signes prématurés de fatigue dans la fosse.

À part peut-être pour le dragon, la mise en scène est décidément très inspirée. Dieter Dorn a conçu de très belles images à l’échelle de la grande scène du théâtre… et la transition vers le Nibelheim en faisant apparaître les “ponts” du dessous de scène reste un moment très fort. La mise en scène utilise beaucoup les dessous — et c’est un plaisir particulier, depuis le deuxième balcon où je suis assis, de voir le plancher de scène glisser en fonction des configurations choisies. Du coup, les cintres ne sont qu’assez peu utilisés : ils sont d’ailleurs monopolisés par un immense cyclo en demi-cercle qui doit rendre la plupart des perches inutilisables.

Je n’avais pas remarqué, lors de ma première visite, que Dorn règle au passage un point qui me tracasse depuis toujours dans le livret de Rheingold. Après que les géants ont emmené Freia, les Dieux perdent rapidement leur force parce qu’ils sont privés des fameuses pommes qu’elle est la seule à savoir cultiver. On ne s’explique du coup jamais très bien d’où vient le sursaut d’énergie qui permet à Wotan de partir en direction du Nibelheim avec Loge. Eh bien Dieter Dorn a trouvé la réponse : Loge a trouvé une dernière pomme abandonnée là et il la partage avec Wotan dans le dos des autres personnages. Simple et génial.

Tout cela donne vraiment envie de voir la suite… d’autant que c’est une Brünnhilde d’exception qui nous attend.


“In the Heights”

Southwark Playhouse, Londres • 19.5.14 à 20h
Musique & lyrics : Lin-Manuel Miranda. Livret : Quiara Alegría Hures
 
Mise en scène : Luke Sheppard. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : Phil Cornwell. Avec Sam Mackay (Usnavi), Eve Polycarpou (Abuela Claudia), Emma Kingston (Vanessa), Christina Modestou (Nina), Wayne Robinson (Benny), Damian Buhagiar (Sonny), Victoria Hamilton-Barritt (Daniela), Sarah Naudi (Carla), David Bedella (Kevin), Josie Benson (Camila), Nathan Amzi (Piragua Guy), Jonny Labey (Graffiti Pete).
 
HeightsJ’avais déjà vu In the Heights à New York puis à Los Angeles, les deux fois avec l’auteur, Lin-Manuel Miranda, dans le rôle principal d’Usnavi. Il s’agit d’une histoire touchante qui se déroule dans le quartier “latino” de Washington Heights, à New York. Si le livret se laisse aller de temps en temps à la facilité, la partition, quant à elle, est une éblouissante explosion de rythmes latins subtilement influencés par le hip-hop et le rap.
 
Ce qui rend cette étonnante production du petit Southwark Playhouse irrésistible, c’est la jubilation évidente que cette musique produit sur l’ensemble de la distribution. D’autant que l’interprétation musicale est magnifique (bravo à la musicienne qui jongle en permanence entre une flûte et trois saxophones différents) et que la chorégraphie a été confiée au jeune et talentueux Drew McOnie, qui ne déçoit presque jamais.
 
Sam Mackay ne parvient pas tout à fait à trouver le ton du personnage principal (et quel est cet accent avec lequel il chante la première chanson ?)… mais la distribution est excellente, avec un coup de chapeau particulier à l’attachant Sonny de Damian Buhagiar. C’est Victoria Hamilton-Barritt, néanmoins, qui emporte les suffrages pour son interprétation de Daniela, la patronne du salon de coiffure, dont chaque regard et chaque réplique sont un cours de comédie — elle dominait déjà très largement la distribution de A Chorus Line.
 
L’énergie de la troupe est phénoménale — et tous les comédiens sont très rapidement en nage par ce très très beau jour de printemps. J’ai passé la représentation à danser sur mon fauteuil, étonné par la capacité des autres spectateurs à rester immobiles. Je me hasarde rarement à des prédictions, mais je serais surpris que ce spectacle ne soit pas repris très vite dans un théâtre du West End.
 
Intéressante séance de discussion avec l’équipe artistique et quelques artistes du spectacle à la fin de la représentation.

“Faust”

De Nationale Opera, Amsterdam • 18.5.14 à 13h30
Charles Gounod (1859), livret de Jules Barbier et Michel Carré, d’après Goethe.

Orchestre Philharmonique de Rotterdam, Marc Minkowski. Mise en scène : Àllex Ollé (La Fura dels Baus). Avec Michael Fabiano (Faust), Mikhail Petrenko (Méphistophélès), Irina Lungu (Marguerite), Florian Sempey (Valentin), Marianne Crebassa (Siebel), Doris Lamprecht (Dame Marthe), Tomislav Lavoie (Wagner).

FaustL’Opéra national d’Amsterdam nous propose une nouvelle production de Faust absolument superbe.

Le mérite en revient d’abord à Marc Minkowski, qui fait briller de mille feux la sublime partition de Gounod, qui me plonge décidément dans un irrésistible ravissement. L’Orchestre Philharmonique de Rotterdam fait une lecture magnifique, combinant une très belle homogénéité des cordes (malgré plusieurs violonistes très dissipés au dernier rang des violons II) et des solistes envoûtants à l’harmonie (on remarque tout particulièrement la trompette et le basson). Je suis idéalement placé pour observer la fosse et je me régale de l’ensemble soyeux des cordes dans le sublime “Il ne revient pas”, l’air de Marguerite autrefois coupé mais qui semble désormais intégré à la plupart des productions. La Nuit de Walpurgis n’est fort heureusement que très peu coupée, ce qui permet d’entendre des pages orchestrales d’une grande beauté.

Toute nouvelle mise en scène d’Àllex Ollé (Le Grand Macabre, Tristan und Isolde) est un événément, et celle-ci ne fait pas exception, même si elle se révèle par moments un peu moins inspirée que d’autres. Son imagination bouillonnante et son instinct visuel donnent à voir des images fortes et chargées de sens, dans lesquelles l’utilisation de la vidéo apporte une dimension supplémentaire.

Très joli Faust romantique à souhait de Michael Fabiano, mais c’est le Méphisto de Mikhail Petrenko qui emporte les suffrages avec sa succulente voix de basse riche et sonore, sa réjouissante implication dramatique et son français quasiment irréprochable — c’est le seul, en vérité, à être parfaitement compréhensible. Marguerite tout juste correcte d’Irina Lungu, qui savonne un peu dans l’air des bijoux. Très belle prestation du chœur, parfaitement préparé… et lui aussi parfaitement compréhensible.


“Rigoletto”

La Monnaie, Bruxelles • 17.5.14 à 20h
Giuseppe Verdi (1851). Livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce Le Roi s’amuse de Victor Hugo.

Direction musicale : Samuel Jean. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Dimitris Tiliakos (Rigoletto), Anne-Catherine Gillet (Gilda), Ramè Lahaj (le Duc de Mantoue), Ain Anger (Sparafucile), Sra Fulgoni (Maddalena), …

RigolettoReprésentation malheureusement assez peu au point, avec pas mal de décalages et d’hésitations… et un Duc qui finit “Parmi veder le lagrime” sur une note harmoniquement incompatible avec l’accord conclusif de l’orchestre. La mise en scène n’est pas aussi resserrée que lors de la création à Aix-en-Provence (que j’ai vue sur Arte), vraisemblablement parce qu’il y a tellement de rotation dans les distributions qu’il doit être impossible de répéter de manière complètement efficace. Cette représentation n’est pas dirigée par Carlo Rizzi, contrairement à la plupart des autres, et il y a des moments où tout le monde semble un peu perdu.

J’aime bien la conception de Carsen, qui commence par un coup de génie : pendant l’ouverture, on pense assister à une prémonition de la scène finale, avec un Rigoletto éploré devant ce qu’on pense être le cadavre de Gilda. Puis, coup de théâtre : il s’agit en fait d’une sorte de poupée gonflable, transition parfaite avec la scène d’orgie du premier tableau, à laquelle les courtisans du Duc participent dans une sorte de cirque glauque et malsain, dont l’image fait d’autant plus mouche chez moi que le cirque m’a toujours mis profondément mal à l’aise.

Le concept se décline très bien… et Rigoletto est parfaitement à sa place en clown triste parmi les clowns tristes, enfermé dans ce cirque qui semble borner ses horizons comme ceux de la plupart des protagonistes, à l’exception du noble Monterone, le seul qui semble paradoxalement libre d’aller et venir.

Comme toujours, Carsen finit sur une image tellement forte qu’il me suffit d’y repenser pour être à nouveau submergé par l’émotion. Elle vaut à elle seule le déplacement… et elle fait oublier toutes les approximations qui ont précédé.

Seul le formidable Ain Anger se distingue en Sparafucile. Le reste de la distribution, sans démériter, est trop irrégulier pour laisser une impression durable. On n’aime vraiment pas les aigus métalliques d’Anne-Catherine Gillet tandis que le Rigoletto de Dimitris TIliakos a du mal à se hisser à la hauteur — certes considérable — du rôle.


“Ali-Baba”

Opéra-Comique, Paris • 12.5.14 à 20h
Charles Lecocq (1887). Livret : Albert Vanloo et William Busnach.

Orchestre Opéra de Rouen Haute-Normandie, Jean-Pierre Haeck. Mise en scène : Arnaud Meunier. Avec Tassis Christoyannis (Ali-Baba), Sophie Marin-Degor (Morgiane), Christianne Belanger (Zobéide), François Rougier (Cassim), Philippe Talbot (Zizi), Mark Van Arsdale (Saladin), Vianney Guyonnet (Kandgiar), …

Encore une très belle idée de la part de l’Opéra-Comique. Charles Lecocq a été un compositeur prolixe d’opérettes et d’opéras comiques, mais une poignée d’œuvres seulement lui ont survécu, dont la célèbre Fille de Mme Angot.

Cet Ali-Baba est un régal. Le livret, à la fois décalé et étrangement poétique, possède un réel attrait, tandis que la musique, nourrie par une remarquable inspiration mélodique, est portée par des orchestrations enivrantes de légèreté et d’élégance.

Ali-Baba, avec par exemple ses clins d’œil à Massenet, illustre parfaitement la difficulté à étiqueter les œuvres lyriques. On entrevoit, du coup, les raisons qui ont pu conduire au relatif oubli dans lequel se trouve aujourd’hui le répertoire de l’opéra-comique, pas tout à fait assez sérieux pour l’opéra, bien trop savant pour l’opérette. Et pourtant, quelle élégance ! quelle distinction !

Interprétation engagée et plutôt convaincante de la part d’une distribution qui peine cependant parfois à trouver le ton juste. Dans la fosse, superbe prestation de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen mené avec intelligence et énergie par l’excellent Jean-Pierre Haeck.

On reste sceptique, pour dire le moins, devant la mise en scène tour à tour terne, contre-productive et inexistante d’Arnaud Menier, dont la seule bouffée d’inspiration intervient à l’occasion de la scène dans la caverne des 40 voleurs. À ce compte-là, une version-concert eût été au moins aussi intéressante — elle nous aurait en tout cas évité de fulminer avec régularité devant une conception qui sape l’œuvre au lieu de la soutenir.

L’équipe artistique est tellement nombreuse qu’elle repousse une partie des solistes au deuxième rang pendant les saluts. Triomphe de l’élégance…


“Hedwig and the Angry Inch”

Belasco Theatre, New York • 11.5.14 à 15h
Musique et lyrics : Stephen Trask. Livret : John Cameron Mitchell.

Mise en scène : Michael Mayer. Direction musicale : Justin Craig. Avec Neil Patrick Harris (Hedwig) et Lena Hall (Yitzhak).

HedwigCette comédie musicale, créée Off-Broadway en 1998, raconte le destin touchant d’un transsexuel est-allemand qui accepte de subir une opération de changement de sexe pour pouvoir quitter son pays en se mariant avec un Américain… quelques mois à peine avant la chute du Mur de Berlin. L’opération est une boucherie, son mari le/la quitte… et voilà Hedwig à la tête d’un groupe de rock miteux tandis que le destin s’acharne sur elle : un chanteur qu’elle a voulu aider fait une carrière triomphale, sans elle, grâce aux chansons qu’elle lui a écrites.

Je n’ai vu aucune des incarnations précédentes de cette comédie musicale, pas même la production parisienne de 2006, en partie par impossibilité pratique, en partie parce que je ne suis pas fan des partitions rock, surtout lorsqu’elles sont interprétées à des volumes sonores que mes oreilles ont du mal à supporter.

J’ai vu malgré tout le très beau film tiré de la comédie musicale en 2001, un petit bijou d’émotion et de sensibilité.

Voici que le spectacle est produit pour la première fois de son histoire dans un théâtre de Broadway, grâce à l’enthousiasme de Neil Patrick Harris, un comédien que les Américains connaissent surtout pour ses rôles dans les séries télévisées Doogie Howser, M.D. (où il interprétait un adolescent surdoué devenu médecin) et How I Met Your Mother (qui vient malheureusement de s’achever)… et qui semble aimer se lancer des défis à lui-même pour se prouver qu’il est un “vrai” comédien.

Harris est une bête de scène… et il a fait sensation chaque fois qu’il a présenté la cérémonie annuelle des Tony Awards… une prestation qu’il ne renouvellera pas cette année à cause de son implication sur ce Hedwig and the Angry Inch. Son Hedwig, intense et touchante, est finalement assez bouleversante.

Le volume sonore n’est heureusement pas désagréable pendant tout le spectacle. Il n’y a que deux ou trois chansons jouées très fort. Le reste est plus intime. Harris, immensément charismatique, tient le public en haleine pendant les 90 minutes que dure approximativement la représentation.

Défi relevé. Haut la main.


“Act One”

Vivian Beaumont Theater, New York • 10.5.14 à 20h
James Lapine, d’après l’autobiographie de Moss Hart

Mise en scène : James Lapine. Avec Tony Shalhoub (Moss Hart / Barnett Hart / George S. Kaufman), Santino Fontana (Moss Hart), Andrea Martin (Aunt Kate / Frieda Fishbein / Beatrice Kaufman), …

ActoneL’autobiographie de Moss Hart, Act One, publiée en 1959, est assez unanimement considérée comme l’un des plus beaux et des plus émouvants hommages adressés à la profession théâtrale. Sa lecture, il y a de nombreuses années, a constitué une révélation pour moi comme pour beaucoup d’amoureux du théâtre ; c’est un livre difficile à poser, que l’on finit plus ou moins par lire d’une seule traite mais dont on voudrait qu’il ne se termine jamais.

L’idée d’en tirer une adaptation théâtrale était tentante mais risquée… et je ne suis pas complètement convaincu par le résultat, même s’il possède un réel charme.

La vedette de cette production, curieusement, est le décor somptueux du décidément génial Beowulf Boritt, dont la créativité ne cessera jamais de m’impressionner. Il s’agit d’un gigantesque décor circulaire sur tournette qui permet de gérer avec maestria les nombreux changements de lieu imposés par le livret.

L’autre vedette de la pièce est le talentueux Tony Shalhoub, qui interprète le légendaire George S. Kaufman avec un instinct comique impeccable. Je n’aime en revanche pas beaucoup l’idée de lui faire interpréter d’autres rôles : celui du père de Moss Hart, Barnett, … mais aussi celui de Moss Hart lui-même, du moins son avatar le plus âgé… puisque les besoins de la chronologie et du récit ont conduit James Lapine à avoir trois Moss Hart sur scène.

Je pense que deux auraient suffi… d’autant que le rôle de Moss Hart jeune-homme est excellemment interprété par le talentueux Santino Fontana, vu pour la dernière fois en Prince dans Cinderella. Il eût été plus simple d’en faire le narrateur de l’ensemble.

Belle prestation également de la légendaire Andrea Martin, qui se partage avec talent entre trois rôles assez différents.

Le plus gros faux pas, à mon sens, est d’avoir chargé un dénommé Louis Rosen de fournir une musique de fond non seulement largement insipide, mais aussi contre-productive pour établir une atmosphère propice à l’épanouissement de la belle émotion que devrait produire le récit. Le style musical change brièvement à l’occasion d’une scène figurant une réception chez les Kaufman : ce sont alors les standards des années 1920 qui refont surface… et ça change tout.

Une relative déception, donc… même s’il est évident que les créateurs de ce spectacle souhaitaient transmettre fidèlement les sentiments que leur inspirent les merveilleuses mémoires de Moss Hart. Certains livres, semble-t-il, ne livrent leurs tripes qu’à leurs lecteurs.


“Irma la Douce”

New York City Center • 10.5.14 à 14h
Musique : Marguerite Monnot. Livret et lyrics originaux : Alexandre Breffort. Adaptaion en anglais : Julian More, David Heneker et Monty Norman.

Mise en scène : John Doyle. Direction musicale : Rob Berman. Avec Jennifer Bowles (Irma), Rob McClure (Nestor le Fripé), Malcolm Gets (Bob le Hotu), …

IrmaIrma la Douce est pour ainsi dire la seule comédie musicale française à avoir voyagé jusqu’à Broadway avant Les Misérables. C’était en 1960 et, comme pour Les Misérables, la version présentée à New York était en réalité largement adaptée et remaniée par une équipe anglaise.

Ce fut un joli succès : la pièce tint l’affiche plus d’un an… et le Tony Award de la meilleure comédienne dans une comédie musicale revint à sa vedette féminine, Elizabeth Seal, qui était pourtant en compétition avec Julie Andrews (pour Camelot), Carol Channing (pour Show Girl) et Nancy Walker (pour Do Re Mi) — excusez du peu.

La série des Encores! propose comme d’habitude de redécouvrir le temps de quelques représentations des œuvres qui n’auraient plus réellement de potentiel commercial. C’est clairement le cas d’Irma la Douce, qui apparaît plus aujourd’hui comme une forme de curiosité.

Il n’y a que dix musiciens dans l’orchestre mais le programme nous indique que cette formation est fidèle à l’instrumentation d’origine. Les orchestrations d’André Popp, très dynamiques, donnent néanmoins souvent l’impression qu’il y a plus d’instruments. Il faut y ajouter les merveilleuses pages composées par le légendaire John Kander, dont c’était l’un des premiers emplois, pour les ballets (dont le “ballet des pingouins”) imaginés à l’époque par l’extraordinaire Onna White.

John Doyle a choisi d’éviter la scène de genre béret-baguette… et c’est en partie une erreur. La très belle production conçue par Jérôme Savary il y a une quinzaine d’années à Chaillot démontrait au contraire que la pièce fonctionne d’autant mieux qu’on en assume le côté affectueusement caricatural. John Lee Beatty a d’ailleurs imaginé un décor (unique) qui évoque intelligemment l’atmosphère d’un bouge de Montmartre.

On entend avec plaisir la très belle partition de Marguerite Monnot — par ailleurs à l’origine de quelques uns des plus beaux succès d’Édith Piaf. Certaines chansons sont interprétées dans des arrangements à plusieurs voix absolument éblouissants, interprétés avec un soin infini par la très belle distribution réunie pour cette série de concerts.

La talentueuse Jennifer Bowles est une Irma attachante, tandis qu’on retrouve avec plaisir l’excellent Rob McClure (Chaplin) dans les rôles de Nestor le Fripé et du riche “Monsieur Oscar”, qui lui demandent des transformations quasiment instantanées et fort bien gérées.

Intéressante session de questions/réponses avec le public après la représentation. John Kander, qui y participe, est accueilli avec l’enthousiasme qui sied à son statut de légende de Broadway. 


“Bullets Over Broadway”

St. James Theatre, New York • 9.5.14 à 20h
Livret : Woody Allen, d’après le scénario de son film.

Mise en scène et chorégraphie : Susan Stroman. Direction musicale : Andy Einhorn. Avec Zach Braff (David Shayne), Marin Mazzie (Helen Sinclair), Heléne Yorke (Olive Neal), Nick Cordero (Cheech), Betsy Wolfe (Ellen), Brooks Ashmanskas (Warner Purcell), Karen Ziemba (Eden Brent), Lenny Wolpe (Julian Marx), Vincent Pastore (Nick Valenti) …


BulletsIl y a actuellement à New York un petit coin de paradis où la comédie musicale est portée à des sommets d’humour et de créativité. On le trouve au St. James Theatre, où Woody Allen et Susan Stroman ont porté à la scène l’excellente comédie réalisée par le premier en 1994.

L’aventure n’était pourtant pas gagnée d’avance. Comme pour tous ses films, Woody Allen a sélectionné pour Bullets Over Broadway (dont l’action se déroule pendant la Prohibition) une sélection de chansons du début du 20e siècle. Le parti pris de cette version scénique est de conserver ces chansons et d’en faire la base des numéros musicaux.

L’intégration forcée de chansons préexistantes ne produit que rarement des chefs d’œuvre. Mais, en l’occurrence, la recette fonctionne très bien. D’une part parce que Woody Allen ne choisit pas ses chansons au hasard : même lorsqu’elles ne servaient que de toile de fond au film, elles étaient très habilement sélectionnées. D’autre part parce que Susan Stroman met au service de l’entreprise un génie créatif de tout premier ordre.

Le spectacle est un feu d’artifice visuel. Les décors somptueux de Santo Loquasto (un vieux complice de Woody Allen) sont si nombreux qu’on se demande où ils peuvent bien être entreprosés, dans un théâtre connu pour l’exiguïté de ses dégagements (le décor principal du deuxième acte de la comédie musicale The Producers devait être entreposé dans une allée extérieure au théâtre par manque de place).

Un peu comme dans le désormais légendaire Crazy For You, Stroman multiplie les trouvailles visuelles et les coups de génie d’une mise en scène dont l’humour est parfaitement en phase avec le livret de Woody Allen, très fidèle au scénario du film mais enrichi de quelques trouvailles nouvelles. On voit venir de loin le grand numéro de claquettes des gangsters, qui constitue l’un des sommets de la représentation.

Du coup, les chansons se trouvent si naturellement intégrées qu’on les dirait presque écrites pour le spectacle — c’est d’ailleurs partiellement le cas puisque des lyrics nouveaux ont été écrits par Glen Kelly. La seule ombre au tableau est le choix de la chanson finale, “Yes! We Have No Bananas” (une chanson de 1922 tirée d’une revue intitulée Make It Snappy). C’est de loin le choix le moins convaincant du spectacle : dommage que ce soit aussi celui qui conditionne l’impression que l’on conserve en sortant.

La distribution est irrésistible, même si Zach Braff force un peu trop le côté psychotique de son personnage — l’interprétation de John Cusack dans le film était plus subtile. Superbes prestations de la toujours délicieuse Marin Mazzie dans le rôle de la diva de service et de l’irrésistible Brooks Ashmanskas dans celui du comédien anglais boulimique. On est également heureux de découvrir que Karen Ziemba, connue surtout comme danseuse, peut légitimement aspirer à une carrière de comédienne.

Les orchestrations de Doug Besterman rendent un merveilleux hommage à tous ces standards des années 1920. Le plaisir intense qu’inspire ce répertoire est malheureusement mitigé par la frustration de ne pas voir l’orchestre, caché on ne sait où — la fosse d’orchestre ayant été réquisitionnée pour agrandir la scène et y placer nombre de trappes indispensables à la concrétisation de la vision de Susan Stroman.

Malgré quelques rares faux pas, Bullets Over Broadway est peut-être le spectacle le plus enivrant que j’aie vu depuis… Crazy For You, un autre chef d’œuvre où une partition sublime servait de support à l’inventivité malicieuse de la décidément géniale Susan Stroman.


“Rocky”

Winter Garden Theatre, New York • 8.5.14 à 20h
Musique : Stephen Flaherty. Lyrics : Lynn Ahrens. Livret : Thomas Meehan & Sylvester Stallone.

Mise en scène : Alex Timbers. Direction musicale : Chris Fenwick. Avec Andy Karl (Rocky Balboa), Margo Seibert (Adrian), Terence Archie (Apollo Creed), Jennifer Mudge (Gloria), Danny Mastrogiorgio (Paulie), Dakin Matthews (Mickey), …

RockyCette adaptation en comédie musicale du film qui a fait une star de Sylvester Stallone a été créée à Hambourg, où je l’ai vue en décembre 2012. Si j’avais été séduit par la mise en scène inventive et spectaculaire d’Alex Timbers, j’avais en revanche trouvé la partition de Stephen Flaherty bien peu inspirée. Je ne pensais pas que les producteurs prendraient le risque d’un transfert à Broadway.

Eh bien, non seulement ils l’ont fait, mais ils ont choisi un théâtre de 1500 places, le Winter Garden Theatre… dans lequel je n’étais entré qu’une fois en vingt ans compte tenu de la longévité de ses occupants les plus récents (18 ans pour Cats, 12 ans pour Mamma Mia).

Mon verdict sur la pièce reste très mitigé, même si ma perception s’est affinée en assistant à cette représentation en anglais.

Je persiste à penser que la musique de Stephen Flaherty manque d’inspiration. Comme à Hambourg, il est frappant de voir le public s’animer lorsqu’il entend les deux thèmes musicaux associés au film, qui ne sont évidemment pas de Flaherty. Mais ce que je ne pouvais pas percevoir à Hambourg, c’est que Lynn Ahrens possède une part de responsabilité : les lyrics hésitent entre un prosaïsme presque douloureux et une élévation conceptuelle incompatible avec le profil des personnages.

Ce qui m’amène à penser que le film n’était sans doute pas la base idéale pour une comédie musicale. Après tout, on se rend compte avec effroi au bout de quelques instants que Rocky chante sa première chanson… à ses tortues (ce qui est en y réfléchissant surtout une erreur de mise en scène).

Heureusement, la mise en scène d’Alex Timbers reste globalement excellente et visuellement captivante. Certains passages, comme je l’avais déjà noté à Hambourg, doivent beaucoup à Spider-Man, Turn Off the Dark.

La pièce est sauvée également par la très belle prestation d’Andy Karl dans le rôle-titre. Il donne fréquemment l’impression de jouer le rôle de sa vie ; du coup, il y met ses tripes, et plus. Il est de surcroît très bien entouré, en particulier par l’excellente Margo Seibert dans le rôle d’Adrian.

Le public, dont l’enthousiasme reste plus que mesuré pendant l’essentiel de la représentation, devient fou d’excitation pendant les dix dernières minutes — comme à Hambourg, le ring glisse depuis la scène jusque sur les premiers rangs du parterre, préalablement évacués par leurs occupants, qui prennent place sur des gradins en fond de scène. Il ne s’agit pourtant que d’un match savamment chorégraphié… mais on dirait tout à coup qu’un titre mondial est réellement en train d’être disputé en direct.