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Posts from March 2014

Concert Concertgebouworkest / Jansons à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 30.3.14 à 17h
Koninklijk Concertgebouworkest, Mariss Jansons

Haydn : concerto pour violoncelle n° 1 (Truls Mørk, violoncelle)
Bruckner : symphonie n° 4

JansonsSuperbe concert à tous points de vue : son phénoménal du violoncelle de Truls Mørk dans l’un des plus beaux concertos pour violoncelle du répertoire ; capacité de l’orchestre à passer en un claquement de doigt du son diaphane et bondissant du concerto de Haydn aux déferlements romantiques de la symphonie de Bruckner ; talent quasiment thaumaturgique de Mariss Jansons, qui donne à la tortueuse partition de Bruckner une captivante unité d’intention. L’orchestre se révèle d’une endurance et d’une solidité à toute épreuve, tout particulièrement du côté des cors, dont j’avais oublié à quel point ils sont presque en permanence sur le pont pendant les 60 minutes que dure cette œuvre aux proportions de cathédrale.

On se réjouit à la perspective d’entendre deux autres symphonies de Bruckner par les mêmes interprètes le week-end prochain à Londres.


“Do I Hear a Waltz?”

Park Theatre, Londres • 29.3.14 à 19h30
Musique : Richard Rodgers. Lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Arthur Laurents, d’après sa pièce The Time of the Cuckoo.

Mise en scène : John Savournin. Direction musicale : David Eaton. Avec Rebecca Seale (Leona), Philip Lee (Renato Di Rossi), Rosie Strobel (Fioria), Matthew Kellett (Eddie), Rebecca Moon (Jennifer), Caroline Gregory (Giovanna), Bruce Graham (Mr. McIlhenny), VIctoria Ward (Mrs. McIllhenny).

WaltzLes occasions ne sont pas si nombreuses de voir cette comédie musicale de 1965, inspirée par la pièce The Time of the Cuckoo, également à l’origine du film Summertime de 1955 avec Katharine Hepburn. C’est Oscar Hammerstein qui, en toute logique, aurait dû écrire les lyrics… mais il mourut avant que le projet ne voie le jour et c’est vers le jeune Stephen Sondheim que l’on se tourna pour le remplacer.

Les livres sur l’histoire de la comédie musicale sont remplis d’anecdotes sur les querelles qui déchirèrent les auteurs de Do I Hear a Waltz?. L’œuvre qui fit ses débuts en mars 1965 à Broadway ne contentait aucun de ses auteurs… pas plus que son metteur en scène… et elle fut vite classée parmi les flops oubliables.

Il n’en reste pas moins que cette histoire d’une New-Yorkaise qui entrevoit la possibilité d’une vie différente lors d’un voyage à Venise… son premier voyage à l’étranger… possède un réel potentiel dramatique. Qu’elle se prête ou non à une adaptation musicale peut faire débat… mais un débat nécessairement pollué par l’incapacité chronique de Richard Rodgers — déjà alcoolique à ce stade de sa vie — et de Stephen Sondheim à travailler ensemble.

Toutes les occasions sont bonnes, malgré tout, de se confronter à l’œuvre… et c’était avec un réel plaisir que j’avais déjà pu en voir une production au George Street Playhouse, dans le New Jersey, en 1999. 

Plaisir renouvelé grâce à cette charmante production du tout nouveau Park Theatre, que je découvrais pour l’occasion… et dont la configuration rappelle étrangement le Donmar Warehouse. Il n’y a de la place que pour un piano et une batterie, mais les arrangements sont exquis… et le décor fixe joue parfaitement son rôle bien que manifestement conçu sur un budget limité.

La mise en scène fait aisément oublier l’exiguïté des lieux, et on se laisse d’autant plus volontiers entraîner par l’histoire que les comédiens sont exquis. Mention spéciale à la Leona lumineuse de Rebecca Seale, à la Fioria truculente de Rosie Strobel et au Renato de Philip Lee, doté d’une voix absolument somptueuse.

Le livret n’est peut-être pas totalement à l’épreuve des balles… mais l’histoire est touchante, et les lyrics de Sondheim évidemment pleins d’esprit. C’est plutôt du côté de la musique que l’on est tenté de chercher des faiblesses, même si quelques chansons sont magnifiques.

Cette excellente production lève au moins un doute : Do I Hear a Waltz?, malgré tous ses défauts, n’est nullement une œuvre de troisième zone.


“Hairspray”

Curve, Leicester • 29.3.14 à 14h15
Musique : Marc Shaiman. Lyrics : Scott Wittman et Marc Shaiman. Livret : Mark O’Donnell et Thomas Meehan.

Mise en scène : Paul Kerryson. Chorégraphie : Lee Proud. Direction musicale : Ben Atkinson. Avec Rebecca Craven (Tracy Turnblad), Damian Williams (Edna Turnblad), Sophie-Louise Dann (Velma Von Tussle), David Witts (Link Larkin), Claudia Kariuki (Motormouth Maybelle), Zizi Strallen (Penny Pingleton), Tyrone Huntley (Seaweed), Sorelle Marsh (Prudy Pingleton / Gym Teacher / Matron), John Barr (Wilbur Trunblad), Callum Train (Corny Collins), Vicki Lee Taylor (Amber Von Tussle)…

HairsprayCette comédie musicale de 2002 est l’un des derniers gros succès du répertoire — je l’ai d’ailleurs vue dans des endroits aussi exotiques que Buenos Aires et… Paris. Inspirée par le film de John Waters de 1988, Hairspray met en scène le combat d’une adolescente blanche et bien en chair pour faire progresser la cause de l’intégration raciale (et, pendant qu’elle y est, celle des gros) à Baltimore au début des années 1960.

La partition de Marc Shaiman est l’une des créations les plus entraînantes de ces dernières années… et il faut rendre hommage aux librettistes de cette adaptation d’avoir osé conserver en bonne partie l’humour décalé et occasionnellement provocateur de John Waters (notamment en décidant de faire interpréter le rôle d’Edna par un homme travesti, comme dans le film).

Cette nouvelle production du Curve de Leicester est un régal sur tous les plans. Si les moyens déployés sont moins exubérants que ceux de Broadway ou du West End il y a quelques années, la qualité de l’interprétation est absolument irréprochable. Tous les rôles sont idéalement distribués, l’orchestre est excellent… et la chorégraphie de Lee Proud est peut-être encore plus délicieuse que celle des productions originales.

Seul bémol, le niveau de l’amplification est parfois excessif. La voix de Damian Williams, en particulier, est beaucoup trop amplifiée. Je ne suis pourtant pas hyper sensible au volume sonore en général… mais, en l’occurrence, j’étais à la limite de l’inconfort.


“Company”

National Theater Mannheim • 22.3.14 à 19h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1970). Livret : George Furth, d’après ses pièces de théâtre. Adaptation en allemand : Michael Kunze.

Mise en scène : Roland Hüve. Direction musicale : Christiaan Crans. Avec Alexander Franzen (Bobby), Kerstin Marie Mäkelburg (Joanne), Thomas Winter (Harry), Stefanie Köhm (Sarah), Peter Kubik (Peter), Carolin Soyka (Amy), Thomas Klotz (Paul), Michaela Duhme (Jenny), Nico Gaik (Larry), Tilmann von Blomberg (David), Jessica Krüger (Susan), Karin Seyfried (April), Julia Lißel (Kathy), Filipina Henoch (Marta).

CompanyIl semblait indiqué de célébrer le 84e anniversaire de Stephen Sondheim en allant voir une production de Company, l’une de ses œuvres les plus novatrices à l’époque de sa création dn 1970.

La production que propose le National Theater de Mannheim est solide et professionnelle, même si l’on adhère qu’épisodiquement au parti pris visuel, qui fait évoluer les acteurs autour d’une structure qui ressemble un peu à une immense roue à hamster. Elle est utilisée de manière fort créative deux ou trois fois (notamment dans la scène où Bobby fume un joint avec David et Jenny) mais elle constitue plus souvent une contrainte qu’un atout. La lumière blafarde qui baigne la scène la plupart du temps n’est pas non plus du meilleur effet compte tenu de la configuration “en boîte noire”.

L’orchestre restitue avec un bon niveau de fidélité le son très caractéristique de la partition, tandis que les chanteurs se débrouillent fort bien des difficultés diverses qu’elle leur réserve. Tout au plus pourrait-on souhaiter que le tempo soit légèrement plus soutenu dans certains passages. On remarque tout particulièrement la très belle prestation du trompettiste, l’excellent Stephan Udri, dont le contre-chant dans “The Ladies Who Lunch”, en particulier, donne la chair de poule.


“Der Rosenkavalier”

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 18.3.14 à 18h30
Richard Strauss (1911). Livret : Hugo von Hofmannsthal.

Bayerisches Staatsorchester, Kirill Petrenko. Avec Soile Isokoski (Die Feldmarschallin Fürstin Werdenberg), Peter Rose (Der Baron Ochs auf Lerchenau), Sophie Koch (Octavian), Martin Gantner (Herr von Faninal), Christiane Karg (Sophie), …

RosenkavalierDécidément, les visites de l’Opéra de Munich au Théâtre des Champs-Élysées ont le don de créer l’événement (on se souvient avec émotion d’une Bohème superlative). Ce Rosenkavalier est un bonheur de bout en bout, en grande partie grâce à l’énergie communicative d’un Kirill Petrenko passionné et attentif au moindre détail — il dirige la quasi-totalité de la représentation avec un immense sourire, qui ne disparaît que dans la sublime scène finale lorsque l’émotion submerge le chef comme le public.

Peter Rose est un Ochs irrésisitible : personnage campé avec succulence, voix hallucinante dans le grave. Sophie Koch est un Octavian d’une grande beauté, mais elle semble à avoir du mal à maîtriser complètement ses nuances… et ses partenaires s’échignent souvent sans succès à essayer d’obtenir d’elle un minimum d’engagement dramatique (il s’agit certes d’une version concert, mais on ne peut qu’être reconnaissant à ceux des chanteurs qui essaient de donner vie à la pièce). Christiane Karg est une Sophie fraîche et expressive, très attachante.

C’est Soile Isokoski qui, avec Petrenko, ressort comme la grande triomphatrice de la soirée. Son charisme est immense et elle donne vie à la Maréchale avec une douceur infinie, qui se lit dans les yeux autant qu’elle s’entend dans la voix. Une voix toujours égale, d’un velours somptueux, d’une chaleur qui réchauffe le cœur.


Concert San Francisco Symphony / MTT à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 17.3.14 à 20h
San Francisco Symphony, Michael Tilson Thomas

Charles Ives / Henry Brant : A Concord Symphony (The Alcotts)
John Adams : Absolute Jest, concerto pour quatuor à cordes et orchestre (création française) (St. Lawrence String Quartet)
Beethoven : symphonie n° 7

Mtt2La Salle Pleyel n’était curieusement pas pleine pour ce concert de l’excellent San Francisco Symphony. Peut-être était-ce dû au programme : première partie inhabituelle (voire inouïe), deuxième partie stimulante sur le papier… mais un peu longue en pratique compte tenu du nombre incalculable de reprises (au point qu’on se demande si Tilson Thomas n’en a pas rajouté).

On ne remercie pas Tilson Thomas de choisir l’ouverture de Rosamunde comme bis. C’est l’une des pires rengaines du répertoire ; il me faudra plusieurs jours pour me la sortir de la tête. Rien que d’y penser pour écrire ce billet me l’a remise en mémoire ; c’est une véritable malédiction, du même acabit que “It’s a Small World”, la chanson qui accompagne l’attraction du même nom dans les parcs Disney.


La troisième de Mahler de Tilson Thomas à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 16.3.14 à 15h
San Francisco Symphony, Michael Tilson Thomas

Mahler : symphonie n° 3
(Sasha Cooke, mezzo-soprano ; Ladies of the London Symphony Chorus ; Choristers of St. Paul’s Cathedral)

MttSuperbe ! Ça commence un peu plan-plan… mais on est vite conquis par la conduite de Tilson Thomas : il n’évite aucune des dissonances résultant de la superposition des thèmes mais parvient à conserver à l’ensemble une transparence et une luminosité miraculeuses.

C’est une véritable cathédrale sonore qu’il bâtit ainsi peu à peu, dans un mouvement aussi irrésistible que lumineux. La conduite donne parfois l’impression d’un certain détachement, mais la musique acquiert vite un caractère transcendant.

Le niveau technique des musiciens contribue beaucoup à la beauté de l’expérience. Le solo de cor du troisième mouvement est à mourir de bonheur et les petits chanteurs de Saint-Paul produisent les “bim bam” les plus précis et les plus décidés que j’aie entendus.

Belle prestation de Sasha Cooke, qui démarre dans un pianissimo magnifiquement éthéré… mais qui met peut-être un tout petit peu trop d’effets quand elle atteint le haut du spectre dynamique.

Je suis surpris qu’il reste autant de places libres dans Festival Hall…


“Werther”

Metropolitan Opera, New York • 7.3.14 à 19h30
Musique : Jules Massenet (1892). Livret : Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, d’après Goethe.

Direction musicale : Alain Altinoglu. Mise en scène : Richard Eyre. Avec Jonas Kaufmann (Werther), Sophie Koch (Charlotte), David Bižić (Albert), Jonathan Summers (Le Bailli), Lisette Oropesa (Sophie), …
 
WertherQuelques semaines après que l’Opéra de Paris a repris la production décorative de Benoît Jacquot, voici que le Met nous propose une lecture magnifique de Werther imaginée par un metteur en scène qui sait lorsqu’un livret a besoin d’être soutenu par quelques trouvailles visuelles — et Dieu sait que ce livret en a besoin. La mise en scène de l’acte 4 de Richard Eyre ressemble cependant étrangement à celle de Benoît Jacquot, et je ne serais pas surpris qu’il y ait du contentieux dans l’air.
 
Alain Altinoglu ne possède pas le génie de Michel Plasson pour faire étinceler la partition de Massenet, mais sa direction est solide. Il varie tellement les tempi qu’il doit redoubler d’efforts pour conserver une synchronisation acceptable entre scène et fosse. Il a la chance de disposer d’un orchestre remarquablement plastique, très solide dans les pupitres de bois et de cuivre, si joliment sollicités par le compositeur. Les interventions des cors sont particulièrement somptueuses.
 
On se prosterne bien sûr devant le Werther torturé du génial Jonas Kaufmann. Jouant avec talent de son charisme naturel et d’une prestance physique exceptionnelle, il alterne des pianissimi époustouflants et des effusions bouleversantes… le tout dans un français quasiment parfait. Le public lui fait un triomphe après “Pourquoi me réveiller ?” grâce à la complicité d’Altinoglu, qui ménage une pause normalement absente de la partition.
 
On est un peu moins convaincu par la Charlotte de Sophie Koch, physiquement gauche, souvent incompréhensible, qui semble chanter avec ses bras plus qu’avec son diaphragme. La maîtrise du souffle est laborieuse ; les graves sont souvent laids et les aigus sont un peu trop vibrés à mon goût. Elle chante son duo avec Albert les yeux rivés sur le chef… ce qui, compte tenu de la configuration du décor, fait une image ridicule. 
 
Très belle prestation de la charmante et bondissante Lisette Oropesa en Sophie : autant de fraîcheur lui vaut la sympathie bien méritée du public. Albert solide de David Bižić, à peu près aussi idéal physiquement pour son rôle que Kaufmann pour le sien.

Concert Orchestre de Paris / Metzmacher à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 6.3.14 à 20h
Orchestre de Paris, Ingo Metzmacher
Romain Descharmes, piano

Gershwin : Ouverture cubaine
Ives : symphonie n° 4
Antheil : Jazz Symphony
Bernstein : West Side Story, Symphonic Dances

MetzmacherUn concert aussi agréable qu’inhabituel, même si l’Orchestre n’a semblé se “décoincer” réellement que dans la dernière pièce. Les musiciens formés à l’école française font réellement un blocage face aux rythmes syncopés ; il était frappant, dans l’Ouverture cubaine, d’entendre toute une partie de l’orchestre partir sur une pulsation autonome alors que huit contrebasses et quatre percussionnistes leur donnaient le rythme de manière on ne peut plus claire.

Les pulsations divergentes furent également fréquentes dans la curieuse et fascinante symphonie de Ives… mais il s’agissait en l’occurrence d’une volonté délibérée du compositeur. Quant à la symphonie d’Antheil, on se demande bien pourquoi elle n’est pas plus souvent jouée en concert.

Bernstein ressort comme le triomphateur de la soirée. Quel dommage qu’il ait autant hésité à écrire de la musique “légère” : il le faisait si bien. 

Joli Maple Leaf Rag de Scott Joplin en bis… mais la citation bien connue de Joplin m’est revenue à l’esprit : “It is never right to play ragtime fast.”