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Posts from November 2013

“Parsifal”

Royal Opera House, Londres • 30.11.13 à 17h
Wagner (1882)

Direction musicale : Antonio Pappano. Mise en scène : Stephen Langridge. Avec Simon O’Neill (Parsifal), Angela Denoke (Kundry), René Pape (Gurnemanz), Gerald Finley (Amfortas), Willard W. White (Klingsor), Robert Lloyd (Titurel), …

ParsifalCe Parsifal, bien que de très bonne tenue, constitue une relative déception. La responsabilité en incombe principalement à Antonio Pappano, dont la conduite très lente ne fait émerger aucun relief dramatique. En privilégiant une approche presque purement liturgique, Pappano oublie les sublimes tensions et résolutions qui parcourent la partition… vraisemblablement pour aider l’orchestre à “trouver” son homogénéité et pour soutenir certains chanteurs qui semblent avoir besoin de “poser” leur chant, comme Gerald Finley, Willard White et Robert Lloyd.

Il doit y avoir une école anglaise… J’avais déjà été assez déçu, pour des raisons similaires, par le Parsifal de Mark Elder présenté dans le cadre des Proms l’été dernier.

René Pape, impérial, réussit quand même à proposer un Gurnemanz éblouissant tandis que Simon O’Neill et Angela Denoke tirent également très bien leur épingle du jeu. Ils sont particulièrement excellents dans l’acte II, qui m’avait rarement autant captivé.

La mise en scène de Stephen Langridge, qui met littéralement le lit de douleur d’Amfortas au centre de l’œuvre (un lit tient aussi un rôle central dans la mise en scène de Stefan Herheim), impressionne au début mais s’essouffle au fil du temps. Une approche aussi conceptuelle mériterait une démonstration plus convaincante de la valeur du concept. Et, comme beaucoup de metteurs en scène, Langridge ne sait jamais vraiment quoi faire du chœur, par ailleurs très bon.


Concert “The Genius of Film Music, 1980–2000”

Royal Festival Hall, Londres • 29.11.13 à 19h30
London Philharmonic Orchestra, Dirk Brossé

John Williams : Star Wars, Symphonic Suite
Vangelis : Chariots of Fire, Main Theme
Marvin Hamlisch : Sophie’s Choice, “Love Theme”
Ennio Morricone : The Mission, “Gabriel’s Theme”
Luis Enríquez Bacalov : Il Postino, Main Theme
Angelo Badalamenti : Twin Peaks Suite
Elmer Bernstein : The Age of Innocence Suite
Danny Elfman : The Nightmare Before Christmas Suite
John Powell / Herry Gregson-Williams : “Final Escape” from Chicken Run
Nicola Piovani : La Vita è Bella Suite
Jerry Goldsmith : Mulan Suite
Don Davis : The Matrix Reloaded Suite
Hans Zimmer : Gladiator Suite 

BrosseAprès un concert consacré aux années 1960 et 1970, le London Philharmonic Orchestra poursuit son exploration des chefs d’œuvre de la musique de film avec ce concert consacré aux deux dernières décennies du 20e siècle, sous la baguette experte et passionnée de l’excellent Dirk Brossé (connu notamment pour avoir composé la comédie musicale Tintin).

Le programme proposé est un véritable feu d’artifice, une succession de bonheurs petits et grands tant les choix opérés sont pertinents. Tous les maîtres du genre sont représentés, avec une mention spéciale pour les géniaux John Williams, Marvin Hamlisch, Ennio Morricone, Elmer Bernstein, Danny Elfman et (tout particulièrement) Jerry Goldsmith.

Le concert s’ouvre par une interprétation superbe de trois thèmes de Star Wars et s’achève, en bis, sur le thème principal de Raiders of the Lost Ark… dont je suis surpris de voir que le public ne le reconnaît qu’à l’introduction du thème, alors que les “vamps” de trombones qui l’introduisent me semblent instantanément identifiables.

Comme Mauceri l’avait fait dans le concert précédent, Brossé propose quelques mots d’introduction à chacune des œuvres avec un enthousiasme bien sympathique et qui rend l’expérience encore plus plaisante.


Concert Orchestre de Paris / de Billy à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 28.11.13 à 20h
Orchestre de Paris, Bertrand de Billy

Saint-Saëns : symphonie en la majeur
Schubert : messe n° 6    

DebillyOn est heureux de pouvoir, pour une fois, applaudir le sympathique Bertrand de Billy à Paris, lui qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’étranger, notamment à Vienne et Barcelone.

Concert intéressant grâce à l’originalité de son programme. Si la symphonie de Saint-Saëns n’est pas bouleversante (certains passages sont malgré tout d’une grande beauté), la messe de Schubert, peut-être un peu longue, réserve de jolies surprises. Le chœur y fait une belle prestation malgré quelques accrocs ici et là.


“Bells Are Ringing”

Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon • 24.11.13 à 15h
Musique : Jule Styne. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green. Adaptation : Jean Larconerie.

Mise en scène : Jean Lacornerie. Direction musicale : Gérard Lecointe. Avec Sophie Lenoir ou Julie Morel (Ella Peterson), Jacques Verzier (Jeff Moss), Gilles Bugeaud (Sandor), Julie Morel ou Elena Bruckert (Sue), Estelle Danière (Gwen), Franck Vincent (Inspecteur Barnes), Colin Melquiond (Blake Barton), Quentin Gibelin (Dr Kitchell), Maud Vandenbergue (Olga), Claudine Charreyre (Hastings), …

BellsJ’avoue que mes bras ont menacé de tomber lorsque j’ai lu l’annonce de ce spectacle. J’avais mis bien longtemps à réussir à voir cette délicieuse comédie musicale de Jule Styne, originellement créée en 1956. Ce fut chose faite il y a trois ans grâce au petit Union Theatre de Londres.

Comme pour ses précédentes tentatives (les remarquables Lady in the Dark et One Touch of Venus, notamment), Jean Lacornerie parvient à se débrouiller avec des moyens manifestement limités. Le remarquable décor tournant et multi-usages de Bruno de Lavenère, assez génialement complété de projections, fournit un cadre très réussi à la mise en scène.

Le choix de confier la partition à un ensemble de percussions, en revanche, est un peu plus contestable. On pouvait, avec le même nombre de musiciens, imaginer un petit orchestre plus conventionnel. Certaines chansons supportent plutôt bien ce traitement ; d’autres, beaucoup moins — le piano électrique fait d’ailleurs régulièrement son apparition pour redonner un peu de tenue à certains passages.

Très bonne distribution, qui joue en français — en forçant un peu trop le trait d’une farce qui mériterait sans doute plus de subtilité — et chante en anglais — avec un accent “charmant”. Sophie Lenoir ou Julie Morel marche sans se tourner en ridicule dans les pas de Judy Holliday, tandis qu’on est heureux de voir Jacques Verzier doté de cheveux pour une fois. Franck Vincent se distingue assez nettement du lot par son autorité naturelle et un charisme supérieur à la moyenne.


“Strangers On a Train”

Gielgud Theatre, Londres • 23.11.13 à 14h30
Craig Warner, d’après le roman de Patricia Highsmith.

Mise en scène : Robert Allan Ackerman. Avec Laurence Fox (Guy Haines), Jack Huston (Charles Bruno), MyAnna Buring (Miriam), Imogen Stubbs (Elsie), Miranda Raison (Anne), Christian McKay (Gerard), …

StrangersCette pièce palpitante est une adaptation du roman de Patricia Highsmith, connu en français sous le titre L’Inconnu du Nord-Express, publié en 1950 et porté au cinéma en 1951 par Alfred Hithcock.

L’argument est génial. Deux hommes se rencontrent fortuitement dans un train et imaginent le crime parfait : il suffit que chacun s’occupe de tuer la personne qui gâche la vie de l’autre pour brouiller totalement les pistes. Mais voilà, l’un des deux va passer à l’acte, à la grande surprise de l’autre, et il se révélera ensuite bien encombrant.

La mise en scène utilise avec brio le somptueux décor noir et blanc de Tim Goodchild, qui superpose des éléments physiques et des projections sur une tournette qui réserve des surprises nouvelles à chacune de ses nombreuses révolutions. L’atmosphère de film noir est renforcée par une ambiance musicale parfaitement adaptée, ponctuée par quelques standards bien choisis de Frank Sinatra.

La scène finale réserve une impressionnante surprise visuelle qui permet à la pièce de s’achever en apothéose.

Très belle prestation de Jack Huston dans le rôle du déséquilibré Charles Bruno, tandis que Laurence Fox convainc un peu moins dans le rôle légèrement moins bien écrit de Guy Haines. Les rôles féminins sont excellemment tenus, avec une mention spéciale pour Imogen Stubbs, délicieuse dans le rôle de la mère, qui fait penser à une héroïne de Tennessee Williams en perdition.

On regrette que l’évidente suggestion d’une attirance charnelle entre les deux protagonistes principaux ne soit pas mieux exploitée après une première scène on ne peut plus ambiguë mais, pour le reste, on se régale devant autant de talent.


“Written on Skin”

Opéra-Comique, Paris • 19.11.13 à 20h
Musique : George Benjamin. Livret : Martin Crimp.

Orchestre Philharmonique de Radio-France, George Benjamin. Mise en scène : Katie Mitchell. Avec Christopher Purves (The Protector), Barbara Hannigan (Agnes), Iestyn Davies (Angel 1 – The Boy), Victoria Simmonds (Angel 2 – Marie), Allan Clayton (Angel 3 – John), …

SkinQuel plaisir de voir enfin cet opéra reçu avec enthousiasme lors de sa création au Festival d’Aix-en-Provence en 2012. Je devais le voir à Amsterdam quelques mois plus tard, mais j’avais été empêché.

Written on Skin peut s’enorgueillir de faire carton plein sur tous les fronts : un livret joliment équilibré entre poésie et réalisme, un décor somptueux très intelligemment exploité par la mise en scène, des interprètes talentueux et charismatiques et, surtout, une partition enchanteresse et variée, pleine de sonorités aussi inhabituelles que magnifiques.

On admire le récit dit à la troisième personne tandis que les anges s’affairent dans ce qui apparaît comme la coulisse d’un monde dont ils sont à la fois les ordonnateurs et les historiens. L’histoire, inspirée par une légende médiévale, recèle de nombreux niveaux de lecture derrière la fausse simplicité de l’intrigue. Sa richesse est joliment mise en valeur par une mise en scène sobre et joliment inventive, qui enchaîne les images fortes.

Superbes prestations des chanteurs, avec une mention spéciale pour la toujours magnifique Barbara Hannigan. L’Orchestre Philharmonique de Radio-France interprète fort bien la partition, que l’on a envie d’entendre encore et encore tant elle fascine par la variété et la beauté de son univers sonore.


“Dialogues des Carmélites”

Le Quai, Angers • 17.11.13 à 14h30
Francis Poulenc (1957). Livret : c’est compliqué.

Orchestre National des Pays de la Loire, Jacques Lacombe. Mise en scène : Mireille Delunsch. Avec Anne-Catherine Gillet (Blanche de la Force), Doris Lamprecht (Madame de Croissy), Sophie Junker (Sœur Constance de Saint-Denis), Catherine Hunold (Madame Lidoine), Stanislas de Barbeyrac (Le Chevalier de la Force), Hedwig Fassbender (Mère Marie de l’Incarnation), Frédéric Caton (Le Marquis de la Force), …

DialoguesCette mise en scène a été créée plus tôt cette année à l’Opéra de Bordeaux et elle a la particularité d’avoir été conçue par une chanteuse que l’on a déjà vue interpréter le rôle de Madame Lidoine. La conception de Delunsch est assez classique mais elle contient plusieurs idées originales, notamment dans le premier acte, dont la continuité est particulièrement bien gérée et dont le texte est scrupuleusement respecté.

J’ai vraiment beaucoup aimé l’image de Blanche restant à l’avant-scène tandis que le décor sur lequel se tiennent son père et son frère glisse lentement vers l’obscurité. Par la suite, Delunsch construit avec succès un fil rouge visuel avec des bougies et des cierges, qui fourniront l’illustration idéale à la scène finale.

C’est l’orchestre qui est la vedette de la représentation. Son interprétation intense, portée avec inspiration par Jacques Lacombe, est particulièrement mise en valeur par une acoustique incroyablement détaillée, qui me permet d’entendre quelques détails nouveaux alors que je pensais connaître la partition par cœur. On est régulièrement bouleversé par l’incroyable beauté de cette partition unique.

La distribution est solide et homogène. Doris Lamprecht n’a plus vraiment les moyens de Madame de Croissy, mais elle compense en intensité ce que la technique ne lui permet plus de porter. Catherine Hunold est une Madame Lidoine très sonore, peut-être un peu trop, mais elle a le physique idéale pour incarner la deuxième prieure, maternelle et protectrice. Belle prestation d’Anne-Catherine Gillet en Blanche et des deux rôles masculins. 


Le concert Kurt Weill de l’Orchestre Philharmonique de Radio France avec Anne Sofie von Otter

Salle Pleyel, Paris • 15.11.13 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, H. K. Gruber

Kurt Weill :
Les sept péché capitaux
Petite musique de quat’ sous
– “Surabaya Johnny”
– “I am a stranger here myself”
– “Speak low”
– “The Saga of Jenny”

Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano

VonotterQuel concert irrésistible !

L’Orchestre Philharmonique de Radio-France joue l’incomparable musique de Kurt Weill avec une justesse étonnante et un enthousiasme communicatif — la Petite musique de quat’ sous, qui ne fait pas appel aux cordes, est particulièrement magnifique. H. K. Gruber est sans doute à féliciter pour cette prestation inattendue et entraînante ; l’entente entre l’orchestre et le chef est évidente et fait plaisir à voir.

Von Otter gère parfaitement l’atterrissage de sa carrière en se consacrant à ce répertoire qu’elle comprend et qu’elle interprète avec finesse et intelligence, même si les chansons en anglais sont légèrement moins convaincantes. On resterait bien encore une heure ou deux à écouter cette musique géniale…


“Les Vêpres siciliennes”

Royal Opera House, Londres • 11.11.13 à 18h
Verdi (1855). Livret : Eugène Scribe & Charles Duveyrier.

Direction musicale : Antonio Pappano. Mise en scène : Stefan Herheim. Avec Michael Volle (Guy de Montfort), Lianna Haroutounian (Hélène), Erwin Schrott (Jean Procida), Bryan Hymel (Henri), …

VepresJe ne sais pas ce qui m’excitait le plus : la perspective d’entendre cette très belle partition dirigée par le talentueux Antonio Pappano ou découvrir une nouvelle mise en scène de Stefan Herheim.

La partition des Vêpres est en effet un régal, auquel je suis d’autant plus sensible que les voix masculines y tiennent le premier plan. On pense d’ailleurs plusieurs fois à Don Carlo, le chef d’œuvre des chefs d’œuvre de Verdi. Si le livret était un peu moins brinquebalant, Les Vêpres pourraient aspirer à un statut similaire.

C’est Michael Volle qui fait la plus forte impression avec son interprétation intense de Guy de Montfort. Erwin Schrott est un showman impressionnant et il sait utiliser les airs les plus héroïques de Procida à son avantage. La voix de Lianna Haroutounian n’a pas la ductilité souhaitable, mais elle passe la plupart des difficultés techniques sans se couvrir de honte — ce n’était apparemment pas le cas aux représentations précédentes s’il faut en croire les comptes rendus.

Malheureusement, le ballet a été coupé alors qu’il était initialement envisagé de le conserver… ce qui explique d’ailleurs l’heure de début inhabituelle. Autre source de déception : aucun chanteur n’est réellement compréhensible et les paroles ressemblent plus à du proto-serbo-croate qu’à du français.

La mise en scène du premier acte est marquée par un coup de théâtre visuel parmi les plus beaux que j’aie vus grâce au décor sublimement plastique de Philipp Fürhofer. Malheureusement, la suite n’est pas à la hauteur… et ce qui s’annonçait comme une mise en scène inoubliable perd rapidement de son attrait.

Herheim a fait le choix de transposer l’action aux alentours de l’époque de la création de l’opéra — un choix déjà vu dans d’autres contextes. La première scène pose les choses de manière prometteuse : Procida est un maître de ballet faisant répéter des ballerines sorties tout droit d’une toile de Degas. Montfort fait irruption avec les soldats français et l’on voit ce que le livret, bien sûr, n’avait jamais prévu de mettre sur la scène : le viol d’Hélène. Un petit ballet suit qui suggère la naissance d’Henri. C’est alors que le décor se métamorphose de manière sublime pour devenir l’intérieur d’un théâtre où les Siciliens occupent la scène de manière virulente pendant que les Français observent depuis les loges.

Malheureusement, Herheim n’arrive pas à exploiter complètement son idée et il semble ensuite tourner en rond, même si on croit voir ici ou là d’autres allusions à des toiles célèbres. La promesse du premier acte se transforme alors en déception.


“The Commitments”

Palace Theatre, Londres • 10.11.13 à 19h30
Livret : Roddy Doyle

Mise en scène : Jamie Lloyd.

CommitmentsCette comédie musicale est basée sur le roman de Roddy Doyle de 1987, porté à l’écran en 1991 par Alan Parker. Elle met en scène l’ascension et la chute d’un groupe musical créé par de jeunes Dublinois pour oublier leur quotidien. Elle donne surtout l’occasion d’entendre un grand nombre de classiques du label Motown, qui défilent comme un catalogue des plus grands succès de la soul music.

Bien qu’elle bénéficie d’une mise en scène plutôt bien pensée, la pièce ne parvient que difficilement à ressembler à autre chose qu’à un concert. Un concert rendu particulièrement plaisant par la voix étonnante de Ian McIntosh, qui ne joue le rôle principal de Deco que le dimanche soir. Je ne sais pas si le titulaire du rôle pour les autres représentations est aussi remarquable, mais McIntosh est un boheur à entendre.


“The Light Princess”

National Theatre (Lyttelton Theatre), Londres • 10.11.13 à 14h30
Musique & lyrics : Tori Amos. Livret & lyrics : Samuel Adamson, d’après une histoire de George MacDonald.

Mise en scène : Marianne Elliott. Direction musicale : Martin Lowe. Avec Rosalie Craig (Althea), Nick Hendrix (Digby), …

PrincessConfier la partition d’une comédie musicale à une artiste de variété fait courir le risque d’une compréhension imparfaite du medium théâtral. Tori Amos (dont j’associe le nom à la chanson “Crucify” et à pas grand’ chose d’autre, si je suis honnête) a néanmoins surmonté au moins partiellement cette difficulté car il est évident qu’elle se sent une affinité avec l’héroïne rousse de ce conte inspiré par un auteur de l’époque victorienne que C.S. Lewis considérait comme son maître.

Le charme de la pièce ne vient pas de sa musique, sans doute trop monotone… et trop “folk” à mon goût. C’est la mise en scène qui enchante. L’héroïne, Althea, s’est libérée de la force de gravité à la mort de sa mère ; elle s’est mise à flotter librement… et c’est ce que nous donne à voir la très belle scénographie de Marianne Elliott. La plupart du temps, ce sont des manipulateurs vêtus de noir qui portent la belle Rosalie Craig dans les airs, avec une facilité et une fluidité qui donnent vraiment l’impression qu’elle flotte avec une grâce toute chorégraphique.

C’est, à l’arrivée, une jolie histoire… qui, par certains côtés, rappelle un peu l’ambiance du dessin animé Brave de Disney. On est seulement un peu agacé par l’incontournable biais en faveur du politiquement correct et l’impression de recevoir au passage des messages de service public à caractère éducatif.


“The Scottsboro Boys”

Young Vic, Londres • 9.11.13 à 19h30
Musique et lyrics : John Kander & Fred Ebb. Livret : David Thompson.

Mise en scène et chorégraphie : Susan Stroman. Direction musicale : Robert Scott. Avec Kyle Scatliffe (Haywood Patterson), Colman Domingo (Mr. Bones), Forrest McClendon (Mr. Tambo), James T. Lane (Ozie Powell), Rohan Pinnock-Hamilton (Olen Montgomery), Carl Spencer (Andy Wright), Idriss Kargbo (Eugene Williams), Adebayo Bolaji (Clarence Norris), Emile Ruddock (Willie Roberson), Clinton Roane (Roy Wright), Christian Dante White (Charles Weems), Julian Glover (Interlocutor), Dawn Hope (The Lady).

ScottsboroLa courte vie de cette comédie musicale à Broadway reste pour moi l’une des grandes injustices de ces dernières années. Le spectacle a sans doute souffert de l’incapacité des gardiens du politiquement correct à apprécier à sa juste valeur la subversion géniale que représente l’utilisation d’un genre raciste, le “minstrel show”, pour raconter l’une des plus célèbres et des plus lamentables erreurs judiciaires dont aient été victimes des noirs aux États-Unis au 20e siècle.

Le public qui a surmonté cette incompréhension a été subjugué, comme j’en ai été témoin chaque fois que j’ai vu la pièce — à Minneapolis d’abord, puis à New York… avant cette nouvelle et magnifique représentation londonienne, saluée par une standing ovation du public, un phénomène beaucoup plus rare à Londres qu’à New York.

C’est la même production qui est présentée, portée par la scénographie époustouflante de Susan Stroman, dans le décor simple et somptueux du génial Beowulf Boritt. On retrouve à l’affiche une poignée d’acteurs en provenance des productions américaines, au milieu de comédiens britanniques.

Le seul reproche qui me vienne à l’esprit, c’est que le niveau sonore est sans doute un cran trop haut. Et on croit percevoir une volonté de forcer encore un peu plus le trait de la satire, comme si l’on craignait une incompréhension de la part du public. 

Pour le reste, je suis ressorti encore plus convaincu que cette partition est l’une des plus belles de Kander & Ebb, au même niveau que Cabaret ou Chicago.


“Jeeves & Wooster… in Perfect Nonsense”

Duke of York’s Theatre, Londres • 9.11.13 à 14h30
Robert & David Goodale, d’après P. G .Wodehouse

Mise en scène : Sean Foley. Avec Matthew Macfadyen (Jeeves), Stephen Mangan (Bertie Wooster), Mark Hadfield (Seppings). 

JeevesJ’ai déjà évoqué le monde déjanté de P. G. Wodehouse à propos de la comédie musicale By Jeeves, qui mettait déjà en vedette ses deux personnages récurrents, l’aristocrate tête en l’air Bertie Wooster et son majordome Jeeves, qui passe son temps à lui sauver la mise. Les frères Goodale ont puisé à la même source l’inspiration d’une irrésistible farce sous forme de “théâtre dans le théâtre” dans lequel trois personnages sont amenés à interpréter un nombre impressionnant de rôles, avec des changements parfois très rapides.

La mise en scène multiplie les idées amusantes et le décor, censé être conçu par Jeeves pour accompagner les velléités dramatiques de son maître, réserve bien des surprises révélées avec un humour pince-sans-rire qui fait mouche à tous les coups.

Les trois comédiens sont hilarants… et on ne peut qu’admirer l’énergie qu’ils déploient sans discontinuer… jusqu’aux saluts, ponctués par un charleston à la chorégraphie géniale.


Concert “The Genius of Film Music” à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 8.11.13 à 19h30
London Philharmonic Orchestra, John Mauceri

Alex North : Cleopatra Symphony
Nino Rota : The Godfather — A symphonic portrait
Franz Waxman : “The Ride of the Coassacks” (Taras Bulba)
Bernard Herrmann : Psycho – A narrative for string orchestra
Branislaw Kaper : Mutiny on the Bounty
Jerry Goldsmith : Star Trek – The New Enterprise

MauceriIl faut rendre hommage à John Mauceri, défenseur inépuisable des compositeurs boudés par l’establishment et artisan de nombreux enregistrements délicieux de musique dite “légère”, notamment ceux enregistrés à la tête de “son” orchestre du Hollywood Bowl.

Ce concert a démontré de manière bien convaincante que ce terme de “léger” ne convient pas vraiment à ce florilège de partitions composées pour le cinéma par une poignée de compositeurs dont Mauceri tient à expliquer qu’ils ont été formés aux meilleures écoles et qu’ils connaissaient parfaitement les développements les plus récents de la musique “sérieuse” de leur temps.

Le développement sur la structure de la partition de Psycho est particulièrement édifiant, la musique étant steucturée à partir de “cellules” dont des variations sont réparties entre les différents pupitres de cordes.

C’est un plaisir d’entendre Mauceri défendre ce répertoire qu’il aime tant et expliquer la genèse des œuvres présentées. Le plus souvent, c’est lui qui est allé déterrer les orchestrations originales et qui a conçu des montages pour en présenter les principales pages en concert. Il est profondément ému d’avoir l’occasion de présenter ainsi des partitions jamais entendues dans les salles de concert (“alors que des millions de personnes les ont entendues au cinéma”).

Le programme présenté lui donne largement raison quant à la qualité des partitions interprétées. Les extraits du Parrain constituent le sommet du concert, tant par la qualité de l’inspiration mélodique que par la richesse et la variété des orchestrations, bien supérieures à ce que l’on rencontre dans l’univers symphonique classique.

Le London Philharmonic Orchestra met un cœur considérable à l’ouvrage. Toutes les interprétations sont superbes… y compris les bis, un extrait de Lawrence of Arabia (Maurice Jarre) et une page sublime de Once Upon a Time in America, d’Ennio Morricone, que Mauceri compare à juste titre à Mahler et Strauss (“c’est le chaînon manquant”, dit-il à juste titre).


“Aida”

Opéra-Bastille, Paris • 6.11.13 à 19h30
Verdi (1871). Livret : Antonio Ghislanzoni.

Direction musicale : Philippe Jordan. Mise en scène : Olivier Py. Avec Lucrecia Garcia (Aida), Elena Bocharova (Amneris), Robert Dean Smith (Radamès), Sergey Murzaev (Amonasro), … 

AidaPour la deuxième fois en une semaine, je trouve que la direction musicale de Philippe Jordan fait mouche. Son côté “peine-à-jouir” bénéficie grandement à une partition qui verse facilement dans le clinquant. On est impressionné par la beauté des nuances, par l’expressivité des traits mélodiques, par la puissance des sentiments retenus… le tout se combinant au service d’un effet global très réussi. Évidemment, quand Verdi lâche les cymbales, Jordan ne peut pas faire de miracle.

Le parti pris d’Olivier Py de mettre en exergue la dimension politique de l’œuvre et de la débarrasser de son imagerie la plus clinquante se défend bien, même s’il y a quelques interférences avec le texte, qui évoque clairement des ennemis “fiers”, “nobles” et “courageux”… ce qui ne colle pas vraiment avec la transposition qu’il effectue.

La réalisation, en revanche, est assez décevante (contrairement à la production londonienne de McVicar, qui visait un objectif similaire). On a l’impression de revoir le décor de Mathis der Maler (que j’avais beaucoup aimé) ou celui des Huguenots : les éternels tons or et noir créent un curieux déplacement du domaine du clinquant. Mais c’est surtout les multiples défaillances de la direction d’acteurs qui plombent la mise en scène de manière fatale. Bizarrement, plus le décor bouge (et il bouge), moins Py semble se préoccuper de ses chanteurs, souvent abandonnés à eux-mêmes à l’avant-scène, face au public, entourés de chœurs posés là sans raison. La plupart des scènes sont confinées dans le plan du cadre de scène : une conception en deux dimensions, en somme (qui utilise en revanche de manière intéressante bien qu’un peu galvaudée la dimension verticale).

Curieusement, les choses s’améliorent beaucoup dans la deuxième partie. Le trio Aida / Radamès / Amneris est très joliment mené sur le plan dramatique, sans effet inutile. La dernière scène est aussi très réussie.

Les chanteurs sont corrects, sans plus. L’Aida de Lucrecia Garcia est attachante mais laborieuse ; l’Amneris d’Elena Bocharova et le Radamès de Robert Dean Smith sont très impliqués mais souvent aux limites de leurs moyens. C’est Sergey Murzaev qui tire le mieux son épingle du jeu avec son Amonasro chaleureux et sonore. Superbe prestation du chœur.


“Elektra”

Opéra-Bastille, Paris • 4.11.13 à 19h30
Strauss (1909). Livret : Hugo von Hofmannsthal

Direction musicale : Philippe Jordan. Mise en scène : Robert Carsen.  Avec Iréne Theorin (Elektra), Ricarda Merbeth (Chrysothemis), Waltraud Meier (Klytämnestra), Kim Begley (Aegisth), Evgeny Nikitin (Orest), …

ElektraUne partie du public est sans doute arrivée avec le souvenir ébloui de la mise en scène de Chéreau à Aix. Ce n’était pas mon cas, ce qui m’a permis d’apprécier sans arrière-pensée la superbe mise en scène de Carsen, au meilleur de sa forme.

Dès le lever du rideau, Carsen multiplie les coups de génie visuels, tous parfaitement lisibles et chargés de plusieurs niveaux de signification : le décor confiné et organique qui évoque si bien l’enfermement psychologique de l’héroïne, le trou central aux multiples implications psychanalytiques et qui est bien plus que la tombe d’Agamemnon, les doubles multiples d’Elektra qui, dans une sublime symphonie de noir éclairée de manière expressionniste, créent des ponctuations à peu près aussi acérées que les reliefs de la partition.

Pour une fois, la tendance hyper-analytique de Philippe Jordan est mise à profit : lui aussi accentue fortement la dimension expressonniste de la partition, pour un résultat de toute beauté, qui prend d’autant plus à la gorge que l’acoustique de la salle semble bien plus favorable que d’habitude, avec un son beaucoup plus enveloppant.

Belle distribution. La mise en scène centre à juste titre toute l’action autour de l’Elektra fascinante de la magnifique Iréne Theorin, l’une des meilleures Brünnhilde actuelles. Belles prestations également de Waltraud Meier, toujours impériale même si ses moyens déclinent quelque peu, et de Ricarda Merbeth, un peu plus brouillon mais très intense.

C’est un spectacle qui demande à être revu… un luxe que, malheureusement, je ne pourrai pas me permettre.


“The Landing”

Vineyard Theatre, New York • 3.11.13 à 15h
Musique : John Kander. Livret & lyrics : Greg Pierce.

Mise en scène : Walter Bobbie. Chorégraphie : Josh Rhodes. Direction musicale : David Loud. Avec David Hyde PIerce, Julia Murney, Frankie Seratch, Paul Anthony Stewart.

LandingDe manière inhabituelle, ce week-end new-yorkais ne comportait que des nouveautés, aucune reprise. Je me réjouissais de l’achever sur la dernière composition du légendaire John Kander, dont le partenaire historique Fred Ebb (avec qui il a écrit des succès planétaires comme Cabaret ou Chicago) est mort voilà presque dix ans.

La mort de Ebb n’a pas arrêté la création de nouveaux spectacles “de Kander & Ebb” : Curtains, The Visit, The Scottsboro Boys. Mais c’est cette fois avec un nouveau partenaire que John Kander, 86 ans, propose une œuvre nouvelle.

The Landing est en fait une collection de trois petits pièces courtes qui ont en commun de pouvoir être jouées par quatre comédiens : deux hommes, une femme, un garçon. Si les histoires sont inégales — la dernière, qui donne son nom à l’ensemble, étant la plus réussie —, elles ont en commun d’être portées par une intéressante inspiration surréaliste et par une partition dans laquelle le talent mélodique de John Kander reste intact. Il y a malheureusement assez peu de chansons complètes, la partition étant surtout constituée de fragments musicaux et de musique d’ambiance.

On est assez loin du chef d’œuvre, mais on se laisse charmer par cette petite entreprise, défendue par une distribution talentueuse, constituée presque uniquement de “noms”… et au sein de laquelle le jeune Frankie Seratch impressionne beaucoup.


“A Gentleman’s Guide to Love And Murder”

Walter Kerr Theatre, New York • 2.11.13 à 20h (avant-première)
Musique : Steven Lutvak. Livret : Robert L. Freedman, d’après le film Kind Hearts and Coronets. Lyrics : Robert L. Freedman & Steven Lutvak.

Mise en scène : Darko Tresnjak. Chorégraphie : Peggy Hickey. Direction musicale : Paul Staroba. Avec Jefferson Mays (Asquith D’Ysquith / Lord Adalbert D’Ysquith / Reverend Lord Ezekial D’Ysquith / Lord Asquith D’Ysquith, Sr. / Henry D’Ysquith / Lady Hyacinth D’Ysquith / Major Lord Bartholomew D’Ysquith / Lady Salome D’Ysquith Pumphrey), Bryce Pinkham (Monty Navarro), Lisa O’Hare (Sibella Hallward), Lauren Worsham (Phoebe D’Ysquith), Jane Carr (Miss Shingle), …

GuideBien qu’elle soit inspirée du célèbre film Kind Hearts and Coronets (connu en français sous le nom Noblesse oblige), cette comédie musicale ne fait nullement état de sa filiation pour d’obscures raisons de droits d’auteur qui m’échappent complètement.

L’histoire est bien connue : un homme qui se croyait roturier découvre qu’il est en réalité l’héritier d’une riche et noble famille anglaise… et qu’il est même huitième dans l’ordre de succession. Qu’à cela ne tienne, le voici occupé à éliminer un à un les héritiers encombrants. La farce est d’autant plus efficace que c’est le même comédien (Alec Guinness dans le film) qui joue les rôles des victimes successives, qu’il s’agisse d’ailleurs d’hommes ou de femmes.

La transposition à la scène fonctionne très bien… et c’est l’excellent Jefferson Mays qui relève haut la main le défi consistant à jouer huit rôles différents, avec parfois un temps incroyablement court pour les changements de costumes.

La partition de Steven Lutvak, bien qu’inégale, est écrite dans un style résolument “classique”, sans effet, avec des chansons dont certaines pourraient être de la main de Noël Coward. La plus belle chanson, une valse entêtante, est un vrai régal.

La mise en scène, pleine d’invention, manie le second degré avec beaucoup d’efficacité. Les scènes, censées représenter les mémoires rédigées par le personnage principal, sont d’ailleurs jouées dans un “théâtre dans le théâtre”, ce qui autorise beaucoup de libertés intelligemment exploitées.

Malheureusement, alors que le premier acte est mené tambour battant — la succession des meurtres est assez irrésistible —, le deuxième acte laisse assez vite retomber le soufflet… et l’on ne retrouve jamais le même niveau de plaisir. Il me semble même avoir brièvement piqué du nez.


“Little Miss Sunshine”

Second Stage Theatre, New York • 2.11.13 à 14h
Musique & lyrics : William Finn. Livret : James Lapine, d’après le scénario du film.

Mise en scène : James Lapine. Chorégraphie : Michele Lynch. Direction musicale : Vadim Feichtner. Avec Hannah Nordberg (Olive), Stephanie J. Block (Sheryl), Will Swenson (Richard), Rory O’Malley (Frank), David Rasche (Grandpa), Logan Rowland (Dwayne), Josh Lamon (Larry / Buddy), Wesley Taylor (Josh / Kirby), Jennifer Sanchez (Linda / Miss California), … 

MissJe n’ai pas vu le film (de 2006) dont cette comédie musicale est tirée, mais je vais maintenant très vite combler cette lacune, d’autant que la formidable Toni Collette y tient l’un des rôles principaux.

Ce road movie mène une famille modeste et compliquée depuis le Nouveau Mexique jusqu’en Californie, où leur fille doit participer à un concours de beauté. Dans la fourgonnette voyagent aussi le grand-père un peu obsédé par le sexe, l’oncle homosexuel qui vient de tenter de se suicider à la suite d’une déception amoureuse et le fils qui a fait vœu de silence en attendant d’être admis dans un école d’aviation.

C’est un terrain idéal pour le talentueux William Finn, à qui l’on doit notamment le génial Falsettos. Avec son librettiste, James Lapine (Into the Woods), ils ont réussi à conserver tout le sel de cette comédie très réussie en y déversant une large dose d’humanité et d’humour… sans aucune longueur puisque le spectacle dure à peine plus d’une heure et demie.

La mise en scène (de Lapine lui-même) utilise avec bonheur les multiples ressources de l’ingénieux décor du décidément génial Beowulf Borritt. Et on se régale de voir les excellentes prestations d’une troupe constituée de nombreux “noms” de Broadway, au sein de laquelle on apprécie tout particulièrement le touchant Rory O’Malley (The Book of Mormon), excellent dans le rôle de l’oncle Frank (et qui ressemble étonnamment à Jesse Tyler Ferguson avec sa barbe).

On rigole, on est ému… on se régale avec la très belle partition de William Finn… Voilà un spectacle comme on aimerait en voir plus souvent.


“Big Fish”

Neil Simon Theatre, New York • 1.11.13 à 20h
Musique & lyrics : Andrew Lippa. Livret : John August, d’après le roman de Daniel Wallace et son adaptation cinématographique.

Mise en scène et chorégraphie : Susan Stroman. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Norbert Leo Butz (Edward Bloom), Kate Baldwin (Sandra Bloom), Bobby Steggert (Will Bloom), …


BigfishOn a très envie d’aimer cette adaptation scénique de la touchante histoire portée à l’écran par Tim Burton en 2003. Susan Stroman met sa formidable créativité au service d’une mise en scène bourrée de trouvailles, qui enchaîne les visuels magnifiques. La distribution principale rassemble trois des comédiens les plus attachants du moment : le formidable Norbert Leo Butz (Dirty Rotten Scoundrels, Catch Me If You Can), l’irrésistible Kate Baldwin (Finian’s Rainbow, Giant) et le séduisant Bobby Steggert (Ragtime, A Minister’s Wife).

Et pourtant, malgré de jolis moments, la mayonnaise ne prend pas vraiment.

La faute en revient pour partie au librettiste, John August. Bien qu’étant le scénariste du film de Tim Burton, il peine à établir les fondamentaux dramatiques de la pièce. L’histoire de ce fils qui réévalue complètement le jugement qu’il porte sur son père à l’occasion de la mort de ce dernier aurait dix fois plus d’impact émotionnel si son état d’esprit initial, fatigué qu’il est par celui qu’il prend pour un affabulateur, était plus clairement décrit. La construction d’ensemble manque de soin et prive la pièce de la solide colonne vertébrale qu’il lui faudrait.

Mais c’est surtout la partition fadasse d’Andrew Lippa qui déçoit. Ce n’est pas qu’elle soit franchement mauvaise… mais, comme dans The Addams Family, elle ne prend que très rarement aux tripes et trahit la volonté un peu triste du compositeur de ne surtout pas donner l’impression d’écrire de la musique “facile”. Le résultat manque de substance, de chaleur et de pouvoir émotionnel.