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Posts from October 2013

Concert Orchestre National du Capitole de Toulouse / Sokhiev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 31.10.13 à 20h
Orchestre National du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev

Liadov : Le lac enchanté
Khatchaturian : concerto pour violon (Sergey Khachatryan, violon)
Elgar : Enigma Variations

KhatchatryanC’est toujours un bonheur d’entendre le résultat du travail épatant effectué par le talentueux Tugan Sokhiev à la tête de l’Orchestre de Toulouse. Sokhiev reste plus à son aise dans le répertoire slave : les Enigma Variations souffrent, à mon goût, d’un excès de rubato qui met à mal les fondations d’une partition relativement légère.

La première partie, en revanche, est un régal total. Le jeune Sergey Khachatryan, que j’avais déjà beaucoup apprécié dans le 2e concerto de Chostakovitch à Londres, est éblouissant : il fait complètement oublier les difficultés techniques du concerto de Khatchaturian pour en tirer des couleurs magnifiques et des lignes mélodiques somptueuses — la complainte du 2e mouvement est une merveille. L’entente entre l’orchestre, le chef et le soliste fait plaisir à voir et à entendre.


Concert Budapesti Fesztiválzenekar / Iván Fischer à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 29.10.13 à 20h
Budapesti Fesztiválzenekar, Iván Fischer 

Sándor Veress : Threnos in memoriam Béla Bartók
Beethoven : concerto pour piano n° 4 (Maria João Pires : piano)
Dvorák : symphonie n°8

FischerChaque concert de ces sympathiques musiciens hongrois me donne envie de sauter dans un avion pour Budapest. Celui-ci n’a pas fait exception. La palette expressive de l’orchestre est remarquable ; les contrastes stylistiques et dynamiques considérables qu’affectionne tant Iván Fischer ne compromettent ni la clarté du jeu ni l’équilibre d’ensemble des œuvres, qui ne basculent jamais du côté obscur du bon goût.

Le “mariage” avec Maria João Pires, grande prêtresse universelle de la clarté, est, du coup, particulièrement réussi. À bientôt 70 ans, Pires continue à offrir des interprétations irisées et diaphanes, poétiques en diable, qui jamais ne laissent entrapercevoir la difficulté technique de l’œuvre.

La symphonie de Dvorák est un bonheur. Fischer s’y adonne avec bonheur à son penchant pour les contrastes marqués. Il nous réserve des surprises inattendues, comme ce trait de flûte du 2e mouvement, magnifiquement aérien alors qu’il fait penser d’habitude à un coucou mal réglé. Les violoncelles, particulièrement mis en valeur dans le premier et le dernier mouvements, sont irrésistibles.

Le temps semble suspendre son vol pendant la magnifique Valse de Takemitsu, un bis particulièrement inspiré et réussi.


“The Boys From Syracuse”

Union Theatre, Londres • 26.10.13 à 19h30
Musique : Richard Rodgers. Lyrics : Lorenz Hart. Livret : George Abbott, d’après The Comedy of Errors de Shakespeare. 

Mise en scène : Ben de Wynter. Direction musicale : Michael Riley. Avec Aaron Hayes Rogers (Antipholus of Syracuse), Oliver Seymour-Marsh (Antipholus of Ephesus), Matthew Cavendish (Dromio of Syracuse), Alan McHale (Dromio of Ephesus), Carrie Sutton (Adriana), Natalie Woods (Luce), Cara Dudgeon (Luciana), Kaisa Hammurlund (Courtesan), …

SyracuseLe petit Union Theatre continue à avoir la main heureuse en proposant cette charmante comédie musicale de 1938, bourrée de tubes irrésisitbles comme “Falling in Love With Love”, “This Can’t Be Love” ou encore “Sing For Your Supper”.

C’est une comédie musicale au sens propre du terme, quasiment une farce, et il ne faut surtout pas y chercher la moindre profondeur de propos. C’est sans doute pour cela que la reprise montée à Broadway en 2002 avait été aussi mal reçue alors qu’elle se laissait pourtant porter par la légèreté naturelle de l’œuvre.

Ce sont les chansons de Rodgers & Hart qui rendent l’expérience irrésistible. Comme toujours dans ce théâtre, l’interprétation proposée est de très bonne qualité. On apprécie particulièrement l’alliance des trois voix féminines parfaitement accordées dans le redoutable “Sing For Your Supper” (une chanson qui, par certains côtés, préfigure le “You Could Drive a Person Crazy” de Sondheim).


“From Here to Eternity”

Shaftesbury Theatre, Londres • 26.10.13 à 14h30
Musique : Stuart Brayson. Lyrics : Tim Rice. Livret : Bill Oakes, d’après le roman de James Jones.

Mise en scène : Tamara Harvey. Chorégraphie : Javier de Frutos. Direction musicale : Tom Deering. Avec Robert Lonsdale (Robert E. Lee Prewitt), Siubhan Harrison (Lorene), Darius Campbell (Milt Warden), Rebecca Thornhill (Karen Holmes), Ryan Sampson (Angelo Maggio), Martin Marquez (Captain Holmes), David Stoller (Sergeant Galovitch), …

EternityC’est une entreprise assez titanesque que d’avoir voulu faire une comédie musicale de ce célèbre roman, connu en français sous le titre Tant qu’il y aura des hommes, adapté pour le grand écran en 1953 avec une impressionnante brochette de stars hollywoodiennes. L’action se passe à Hawai dans les jours qui précèdent l’attaque de Pearl Harbor. Plusieurs histoires d’amour s’entremêlent sur fond d’honneur militaire et autres considérations morales.

Le premier problème de cette adaptation scénique, c’est qu’elle conserve sans doute trop de matière dramatique pour que la pièce donne l’impression d’être suffisamment focalisée. Il y a trop d’histoires parallèles, trop de personnages… pour que le résultat soit totalement convaincant. L’autre problème, plus ennuyeux, c’est que l’inspiration fait cruellement défaut au compositeur Stuart Brayson, dont les chansons ne laissent pas vraiment d’impression durable.

La mise en scène est néanmoins très réussie, même si le décor est un peu difficile à décrypter. La chorégraphie, souvent à mi-chemin entre la danse et les exercices militaires, constitue un bel exercice de style. On ne peut qu’être touché par la dernière scène, joliment conçue, qui met un point final assez touchant à cette pièce un peu dispersée.

La production a manifestement mobilisé des capitaux assez importants. Reste à voir si le poublic sera au rendez-vous. La salle était bien clairsemée en ce samedi après-midi, dans un théâtre connu pour avoir hébergé un certain nombre de flops coûteux.


Concert São Paulo Symphony Orchestra / Alsop à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 25.10.13 à 19h30
São Paulo Symphony Orchestra, Marin Alsop 

Camargo Guarnieri : symphonie n° 4 (“Brasília”)
Bernstein : Symphonic Dances from West Side Story
Berio : Sinfonia (The Swingle Singers, voix)

AlsopMais pourquoi diable l’Orchestre de São Paulo n’a-t-il pas présenté ce programme lors de son récent passage à la Salle Pleyel ? Il met beaucoup mieux en valeur la remarquable et irrésistible énergie d’un orchestre doté d’un sacré tempérament.

Marin Alsop dit quelques mots de présentation de ce programme consacré aux années 60. Elle s’exprime avec beaucoup de talent et gagne instantanément la sympathie de la salle. À propos de la Sinfonia, après avoir expliqué la structure de l’œuvre et mis en lumière quelques citations avec l’aide de l’orchestre, elle cite Berio pour dire que l’œuvre, au fond, n’est pas faite pour être analysée, que c’est une expérience à vivre. “Very sixties”, dit-elle pour conclure son propos, en forme de clin d’œil.

Le concert est passionnant. La suite de West Side Story est superbement bien jouée et met brillamment en lumière le prodigieux talent de Leonard Bernstein. La Sinfonia est merveilleusement captivante… et c’est un grand plaisir d’y entendre les Swingle Singers, même si les chanteurs actuels ne sont évidemment pas ceux qui ont créé l’œuvre avec le New York Philharmonic et Leonard Bernstein en 1968. On regrette seulement que les extraits de Lévi-Strauss soient dits dans un français assez peu naturel.

Bis sublime : “The Charleston”, un bijou du compositeur noir Américain James P. Johnson, dont Marin Alsop a mis plusieurs années à retrouver la partition.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 24.10.2013 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi

Glinka : Rouslan et Ludmilla, ouverture
Tchaïkovski : concerto pour piano n° 1 (Yefim Bronfman, piano)
Prokofiev : symphonie n° 5

BronfmanJoli concert russe… même si j’avoue m’être un peu assoupi pendant le concerto de Tchaïkovski, que je me réjouissais pourtant d’entendre pour la première fois depuis plusieurs mois (sans compter que j’avais besoin d’oublier la piteuse prestation de Mikhaïl Rudy). Bronfman et Järvi ne donnent pas toujours l’impression d’habiter la même planète ; les décalages sont fréquents. Bronfman, que j’aime pourtant beaucoup, tombe dans le piège que lui tendent ses fans en proposant deux bis ultra-virtuoses, qui finissent par fatiguer plus qu’ils n’impressionnent (le deuxième bis est le même que celui joué par Khatia Buniatishvili au TCE il y a peu : j’espère que les pianistes ne vont pas se mettre à tous jouer le même bis, comme les violonistes). 

La symphonie de Prokofiev est autrement plus satisfaisante : on croit percevoir un vrai travail en profondeur entre les musiciens et le chef pour lui donner un “sens”. Elle fait malheureusement partie de ces symphonies dont le dernier mouvement est moins intéressant que ce qui précède… mais l’interprétation qu’en donne l’Orchestre de Paris est assez somptueuse, même si elle manque peut-être un tout petit peu de relief par moments — certaines dissonances semblent volontairement estompées.


“Spamalot”

Bobino, Paris • 22.10.13 à 21h
Musique : John Du Prez & Eric Idle. Livret & lyrics : Eric Idle. Adaptation en français : Pierre-François Martin-Laval.

(Encore un spectacle parisien qui ne propose pas de programme.)

SpamalotCette comédie musicale dérivée du film Monthy Python and the Holy Grail ne m’avait pas vraiment enthousiasmé lorsque je l’avais vue à sa création à New York en 2005. Je n’ai d’ailleurs saisi aucune des occasions qui se sont présentées par la suite de la revoir.

Cette production parisienne est bien conçue, rythmée, très professionnelle. Elle m’a bien fait rire et m’a globalement plus captivé que la production originale, dans laquelle l’humour était un peu surjoué. Les comédiens tiennent la route ; une poignée se distingue du lot… dont l’excellent Andy Cocq, qui impressionne beaucoup dans les deux rôles de Patsy et Hubert.

Malheureusement, même une production de qualité peine à faire oublier la faible inspiration musicale d’une partition aux charmes très limités.


“Dialogues des Carmélites”

Opéra de Lyon • 20.10.13 à 16h
Francis Poulenc (1957)

Direction musicale : Kazushi Ono. Mise en scène : Christophe Honoré. Avec Hélène Guilmette (Blanche de la Force), Sylvie Brunet-Grupposo (Madame de Croissy), Sophie Marin-Degor (Madame Lidoine), Anaïk Morel (Mère Marie de l’Incarnation), Sabine Devieilhe (Sœur Constance), Laurent Alvaro (le Marquis de la Force), Sébastien Guèze (le Chevalier de la Force), Loïc Félix (L’Aumônier), …

DialoguesJe dis souvent qu’on ne peut pas transposer Dialogues des Carmélites sans se faire rattraper par le texte. C’était avant de voir le formidable et enthousiasmant travail dramatique de Christophe Honoré. Cet opéra porte en effet tellement d’images en lui que beaucoup de metteurs en scène — je n’arrive plus à compter le nombre de productions que j’ai vues — tombent dans le piège de l’illustration servile. Honoré travaille sur le texte avec tellement d’attention qu’il donne vie à des pans entiers du livret qui passent généralement inaperçus, quand ils ne sont pas purement et simplement balayés sous le tapis.

Avec Honoré, Dialogues gagne en fluidité et des lignes de force généralement absentes apparaissent qui traversent l’œuvre en lui donnant structure et continuité. L’idée de montrer l’élection de la deuxième prieure, par exemple, fait apparaître un chaînon manquant et supprime une discontinuité. Comme l’idée consistant à montrer l’aumônier dire sa dernière messe pendant que le chevalier rend visite à Blanche. 

La représentation de l’agonie de Mme de Croissy est remarquable : l’idée de la faire tomber à terre sur le dernier accord du tableau précédant celui de sa mort est saisissante. Le travail réalisé autour du personnage glaçant de Mère Marie est phénoménal. L’idée, par exemple, que c’est elle qui amène les révolutionnaires, en les provoquant, à chanter le “Ah ça ira !” qui pousse Blanche à lâcher la statue de l’enfant Jésus m’a littéralement transporté de bonheur tant elle parvient à justifier une action qui n’était jusque là qu’un hasard un peu trop commode. Et quel spectacle saisissant de voir Marie en extase pendant que les sœurs font le vœu du martyre !

Honoré multiplie les coups de génie, comme la devise accrochée dans la salle commune, à laquelle les révolutionnaires donnent un sens différent en en faisant tomber des lettres. Ou encore le fait de cacher Blanche et l’aumônier dans l’armoire lorsque les sœurs sont expulsées. Et, bien sûr, la sublime scène finale.

Tous ces bonheurs méritent bien que l’on accepte un petit déplacement dans une sorte d’univers intemporel, où l’enfermement reste malgré tout le thème dominant. Le plus étonnant, c’est que cette vision ne crée quasiment aucune friction avec le texte. Tout au plus se passerait-on de la citation de Bernanos dite au lever du rideau et des commentaires associés, qui n’apportent rien.

La qualité musicale de l’entreprise est tout aussi superlative. Comme à son habitude, Kazushi Ono fait des miracles dans la fosse. La musique de Poulenc a rarement été aussi bien jouée et on se demande pourquoi Paris ne fait pas des ponts d’or à un musicien d’une telle envergure.

Sur scène aussi, on est émerveillé par la qualité de l’interprétation. À part Sébastien Guèze, stylistiquement à côté de la plaque, la distribution est irréprochable, jusques et y compris dans les petits rôles, généralement mal chantés. L’Aumônier de Loïc Félix est un régal. Le geôlier et les commissaires n’ont jamais été aussi bien chantés.

L’instinct du metteur en scène et le génie musical de Poulenc se rejoignent fréquemment, mais peut-être jamais autant que dans l’Ave Maria de l’acte 2, chanté merveilleusement dans une semi-obscurité saisissante.

Décidément, l’Opéra de Lyon a la main heureuse avec Dialogues des Carmélites, après la production historique du début des années 1990. Le standard à l’aune duquel je jugerai les futurs Dialogues vient de s’élever considérablement.


“La Fleur à la bouche”

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Paris • 19.10.13 à 18h30
Pirandello (traduction Marie-Anne Comnène), avec des extraits du Guépard de Giuseppe Tomasi de Lampedusa (traduction Jean-Paul Manganaro) 

FleurMise en scène et scénographie : Louis Arene. Avec Michel Favory (l’Homme à la fleur), Louis Arene (le Client).

Cette “proposition” d’une heure rapproche deux textes. D’un côté, la toute petite pièce de Pirandello, La Fleur à la bouche : deux hommes se rencontrent dans un café ; l’un fascine et effraie l’autre par son avidité à interroger la vie jusque dans ses moindres détails par le prisme de son imagination. De l’autre, des extraits du Guépard de Lampedusa, et notamment les très belles pages sur la mort du Prince, une scène absente du film de Visconti.

Les deux textes, écrits par des auteurs siciliens presque contemporains, se répondent de manière intéressante. Ils bénéficient des prestations captivantes des deux comédiens, tant sur le plan physique que dans la façon de dire la prose délicieuse des deux traductions. On se régale particulièrement de la méticulosité de certaines descriptions de Pirandello, qui en font pour moi un précurseur du nouveau roman.


“La Belle et la bête”

Théâtre Mogador, Paris • 18.10.13 à 20h
Musique : Alan Menken. Lyrics : Howard Ashman & Tim Rice. Livret : Linda Woolverton. Adaptation en français : Nicolas Nebot, Ludovic-Alexandre Vidal, Claude Rigal-Ansous.

BeautyMise en scène : Glenn Casale. Direction musicale : Raphaël Sanchez. Avec Yoni Amar (La Bête), Manon Taris (Belle), Alexis Loizon (Gaston), Alexandre Faitrouni (Lefou), Dan Menasche (Lumière), David Eguren (Big Ben), Léovanie Raud (Mme Samovar), Didier Clusel (Maurice), …

Les spectateurs parisiens ont enfin la possibilité de découvrir cette comédie musicale tirée du film Disney de 1991, créée en 1994 à Broadway, où elle a fait un séjour de plus de 13 ans tandis que de multiples productions voyaient le jour dans le monde entier. Pour ma part, j’ai vu le spectacle à New York, à Londres et à Madrid. Il s’agit d’une adaptation très fidèle du dessin animé, portée par la magnifique partition d’Alan Menken et pleine de jolis effets visuels.

Cette représentation n’était qu’une avant-première, mais on ne peut qu’être impressionné par la qualité de la mise en place d’une production réglée au millimètre. Le spectacle est parfaitement fluide ; les enchaînements et les nombreux changements de décor et d’ambiance lumineuse ont lieu sans heurt, dans une parfaite harmonie d’ensemble.

La distribution est remarquable et confirme à quel point l’arrivée de Stage Entertainment en France a permis une augmentation générale du niveau de profesionnalisme du monde de la comédie musicale. C’est la première fois (abstraction faite des productions du Châtelet) que je trouve qu’une distribution n’a quasiment plus rien à envier aux troupes de Londres ou New York.

Yoni Amar et Manon Taris, qui étaient l’Enjolras et la Cosette de la très belle production des Misérables à Lausanne il y a quatre ans, sont extrêmement attachants dans les deux rôles principaux, tandis qu’on serait bien en peine de trouver un maillon faible parmi les excellents rôles secondaires. Un mot pour Léovanie Raud, dont la voix magnifique rend la chanson-titre proprement irrésistible.

Évidemment, le décor et les effets spéciaux sont relativement modestes par rapport au déferlement visuel de la production originale… mais ils sont conçus astucieusement, au service d’un spectacle qui enchante et fascine de la première à la dernière minute.


“Chantecler Tango”

Théâtre du Châtelet, Paris • 15.10.13 à 20h
Conception et direction chorégraphique : Mora Godoy. Musique originale et arrangements : Gerardo Gardlín. Livret : Mora Godoy & Stephen Rayne. Mise en scène : Stephen Rayne. Avec Mora Godoy, Marcos Ayala, Horacio Godoy, …

ChanteclerOn se souvient de l’excellent Tanguera, présenté dans ce même Théâtre du Châtelet il y a cinq ans. Ce nouveau spectacle, encore plus abouti, est un feu d’artifice de musiques envoûtantes et de chorégraphies époustouflantes. La magnifique Mora Godoy y est encore plus fascinante qu’à l’époque de Tanguera, et on apprécie les quelques incursions dans des styles musicaux différents du tango, avec notamment un clin d’œil très réussi au style de Broadway.


“Die drei Nornen” / “Siegfried” / “Götterdämmerung”

Auditorium, Dijon • 13.10.13 à 16h
Pauset (2013), Wagner (1876)

Richard Wagner European Orchestra, Daniel Kawka. Mise en scène : Laurent Joyeux. Avec Daniel Brenna (Siegfried), Sabine Hogrefe (Brünnhilde), Florian Simson (Mime), Nicholas Folwell (Gunther), Thomas E. Bauer (Wotan), Christian Hübner (Fafner / Hagen), Katja Starke (Erda / 1e Norne), Manuela Bress (2e Norne / Waltraute), Josefine Weber (3e Norne / Gutrune). 

SiegfriedOn commence donc cette deuxième partie du mini Ring dijonnais par une autre composition de Brice Pauset, Die drei Nornen. C’est beau, musicalement comme visuellement… mais insupportable lorsqu’on se rend compte que le prologue des Nornes au début de Götterdämmerung est, du coup, passé à la trappe.

Comme Das Rheingold, les deux premiers actes de Siegfried sont une véritable boucherie musicale. Les choses s’améliorent nettement à l’acte 3, beaucoup moins coupé. Malheureusement, c’est aussi le moment où l’orchestre, peut-être fatigué, semble avoir plus de mal à surmonter les difficultés de l’écriture de Wagner — on sait que ce 3e acte a été composé après plusieurs années d’interruption et présente plus de défis pour les musiciens.

À part le premier acte, moins réussi, et le dragon un peu risible, l’instinct visuel de Laurent Joyeux continue à impressionner. Les visuels, épurés et forts, déclinent toujours avec créativité le fil rouge du livre et de ses pages.

On était curieux de voir comment Götterdämmerung allait être réduit à deux heures de musique. Eh bien, en l’amputant de larges pans. On attaque directement avec le “Voyage sur le Rhin”… mais la scène de Waltraute, curieusement, est conservée, ce qui nous vaut le déplaisir d’entendre à nouveau la voix chevrotante de Manuela Bress. Du coup, je me décide à céder à une tradition désormais bien établie en sombrant dans le sommeil pendant son monologue. (Je fais généralement de même pendant la scène des énigmes au premier acte de Siegfried, mais celle-ci a été coupée.) 

Joyeux continue à multiplier les très belles images. Le sol du palais des Gibichungs est jonché de livres plus ou moins détruits — Gutrune n’hésitera pas à en arracher une page pour s’éponger le front. Au fond du décor, la bibliothèque de Das Rheingold n’est plus qu’un squelette d’étagères vides et brinquebalantes.

Le troisième acte de Götterdämmerung commence un peu abruptement au moment où Hagen enjoint Siegfried de raconter ses aventures. Tout ce qui suit est magnifique, y compris dans la fosse, où l’on semble s’être repris, même si Joyeux se permet quelques écarts au livret, Siegfried semblant conscient des manigances de Hagen et gardant la maîtrise et la conscience des événements là où il devient normalement le jouet du destin voulu pour lui par Wotan.

Daniel Brenna et Sabine Hogrefe portent joliment ce dernier acte : ils ne sont peut-être pas prêts pour le Met, mais ils se défendent de fort belle manière. Le reste de la distribution est aussi globalement très honnête.

Disons-le tout net : le dernier tableau est une merveille. Joyeux boucle la boucle sublimement en finissant sur le livre qui avait fait son apparition dans “Die Alte Frau”, avec une image dont l’efficacité dramatique est directement proportionnelle à la simplicité. Au passage, il réussit ce que tant de metteurs en scène ratent : garder tout au long du Ring un univers visuel homogène et cohérent, généralement par manque de conception d’ensemble préalable.

Joyeux est coupable d’avoir massacré des pans entiers de la sublime partition de Wagner, ce qui explique sans doute les sifflets au rideau final, mais il signe une mise en scène excellente et, dans ce dernier tableau, exceptionnelle. Encore plus forte, peut-être, que celle de Carsen, que je pensais inégalable. Une semaine plus tard, j’ai encore la gorge qui se serre en y repensant.


“Die Alte Frau” / “Das Rheingold” / “Die Walküre”

Auditorium, Dijon • 12.10.13 à 16h
Pauset (2013), Wagner (1869, 1870)

Richard Wagner European Orchestra, Daniel Kawka. Mise en scène : Laurent Joyeux. Avec Thomas E. Bauer (Wotan), Sabine Hogrefe (Brünnhilde), Daniel Brenna (Siegmund), Josefine Weber (Sieglinde), Nicholas Folwell (Alberich / L’Homme), Andrew Zimmerman (Loge), Katja Starcke (Erda), Francisco-Javier Borda (Fasolt), Christian Hübner (Fafner / Hunding), Florian Simson (Mime), Manuela Bress (Fricka / Waltraute / Schwertleite), Hanne Roos (Woglinde / Freia / Ortlinde / Helmwige), Cathy van Roy (Wellgunde / Gerhilde / Rossweise), Anna Wall (Floßhilde / La Vieille Dame / Siegrune / Griemgerde), Yu Chen (Froh), Zakaria El Bahri (Donner). 

DijonCurieuse entreprise que ce mini Ring dijonnais.

Si on est plutôt séduit par l’idée de représenter les quatre opéras en un seul week-end, on se demande comment a bien pu émerger l’idée de faire précéder Das Rheingold et Siegfried de compositions nouvelles du compositeur Brice Pauset, alors même que les opéras de Wagner subissent des coupes importantes pas franchement annoncées très clairement (même si on se doute bien qu’on ne peut pas faire commencer Götterdämmerung quatre heures après le début de Siegfried sans un sérieux élagage).

L’autre grosse interrogation que soulève ce Ring dijonnais, c’est que l’Orchestre de Dijon-Bourgogne a refusé de le jouer, prétextant un mic-mac comptablo-administrativo-statutaire abracadabrantesque. Situation ahurissante : si j’étais musicien d’orchestre, je vendrais père et mère — et même peut-être les enfants que je n’ai pas — pour avoir l’occasion de jouer un Ring au moins une fois dans ma vie (désolé Papa, désolé Maman). Résultat : la fosse est occupée par un orchestre de mercenaires cachetonneurs musiciens free-lance, loins d’être mauvais, mais à qui manque bien entendu un vécu commun.

Le paradoxe de cette situation kafkaïenne, c’est que j’ai plutôt aimé Die Alte Frau, la création de Pauset qui précédait Das Rheingold. Atmosphérique en diable, cette œuvre d’une demi-heure (quand même !) met en scène une vieille dame perdue dans ses souvenirs. Un livre de sa bibliothèque, qu’un inconnu essaie de lui soutirer, se révèle contenir une histoire fascinante et mystérieuse… Et le prélude de Rheingold démarre, dans la continuité.

Ce prologue au prologue révèle aussi le bel instinct visuel de Laurent Joyeux, qui sait faire de belles images avec des moyens limités, une qualité qui se confirmera à de multiples reprises durant la soirée. Le livre de la vieille dame et ses pages constitueront le joli fil rouge visuel d’une mise en scène à laquelle on reprochera quand même la faible attention qu’elle semble porter à la musique. 

Sur le plan musical, Das Rheingold est un naufrage. Les coupes pratiquées pour ramener la durée à 1h30 (contre 2h35 environ dans la version intégrale) rendent l’œuvre méconnaissable et parfaitement indigeste. On “saute” en permanence d’une couleur à l’autre, d’une atmosphère à l’autre… et je jurerais même que certaines mesures “de transition” ne sont pas de Wagner. Sans doute pour ne pas accentuer la nausée que provoque l’audition de ce patchwork monstrueux, l’orchestre joue pianissimo pendant toute la représentation : aucun relief, aucun contraste.

Un ennui terrible s’installe, doublé de l’impression révoltante qu’il y a tromperie sur la marchandise. Curieusement, les surtitres ne traduisent pas toujours les paroles chantées : ils racontent une autre histoire, plus cohérente, en reliant les pointillés.

Les chanteurs sont happés par ce salmigondis insensé… et l’on est quelque peu inquiet de constater que Thomas E. Bauer, qui a la plus belle voix du lot, ne parvient pas toujours à passer un orchestre qui joue résolument pianissimo. À l’opposé, le Loge d’Andrew Zimmerman ou la Fricka de Manuela Bress passent suffisamment l’orchestre pour que l’on entende des voix bien peu plaisantes. Certains rôles qui n’ont déjà pas grand’ chose à chanter dans la version intégrale deviennent anecdotiques — c’est le cas, notamment, de Donner, dont on se demande pendant les saluts s’il a seulement chanté une note.

J’étais assez tenté de mettre un terme à l’expérience… mais j’ai fini par décider de rester au moins pour la première partie de Die Walküre (qui regroupe les deux premiers actes).

Et là, tout a changé.

Les coupes pratiquées dans Walküre sont moins problématiques car pratiquées par paquets de pages. On peut se désoler, comme moi, que des pans entiers de la partition passent à la trappe (tout le dialogue de Siegmund et Sieglinde qui précède l’arrivée de Hunding au I, 95 % du monologue de Fricka au II) mais, au moins, les “joints”, moins nombreux, sont moins visibles… et on peut enfin profiter pendant de longues minutes de la musique telle que voulue par Wagner.

Il faut reconnaître aussi que ces coupures sont parfois providentielles. J’adore ce que chante Fricka au II, mais ce fut un réel soulagement de ne pas avoir à entendre la voix chevrotante de Manuela Bress.

Ce n’est sans doute pas une coïncidence si c’est dans Walküre que l’orchestre est enfin sorti de sa réserve. On découvre un orchestre solide, doté de cordes magnifiques et de vents plutôt convaincants malgré des difficultés ponctuelles du côté des cors et des trompettes (les trombones, eux, s’accrochent vaillamment).

La direction musicale de Daniel Kawka, en revanche, ne convainc pas. Avec Kawka, c’est souvent trop rapide (le prélude du I, tout le III) ou trop lent (la plupart des airs de Sieglinde et de Fricka), rarement “à point”. C’est certes subjectif, mais les passages trop rapides, en particulier, “écrasent” considérablement le relief de la partition, qui devient terne dans des passages où elle se pare d’habitude d’éclats somptueux.

Les chanteurs apparaissent plus à leur avantage. Daniel Brenna et Josefine Weber sont un Siegmund et une Sieglinde très attachants, même s’ils se battent tous les deux un peu avec leurs aigus. Je suis terriblement séduit par le Wotan de Thomas E. Bauer, dont je me désole qu’il manque autant de puissance. Son “Nicht straf' ich dich erst” est, stylistiquement, l’un des plus beaux que j’aie entendus. Et Sabine Hogrefe est une excellente Brünnhilde, une très bonne chanteuse dotée d’une comédienne charismatique, même si ses “Hojotoho !” ne finissent pas toujours là où il faudrait. Malheureusement, c’est quand elle chante que Daniel Kawka semble ressentir le plus l’envie d’accélérer.

Un mot pour les quatre chanteuses qui interprètent les huit Valkyries (chacune interprétant donc deux rôles simultanément !) : ce n’est pas parfait, mais chapeau.

Les visuels concoctés par Laurent Joyeux sont globalement magnifiques, même si on aimerait que les lumières de Jean-Pascal Pracht soient moins statiques. Le décor du troisième acte est une petite splendeur ; ce serait parfait si l’effet censé représenter le feu n’était pas aussi ridicule. Cette Walküre aurait pu se terminer de manière grandiose…


Concert Orchestre de Paris / Zinman à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 10.10.13 à 20h
Orchestre de Paris, David Zinman

Britten:
Sinfonia da Requim
Four Sea Interludes
Beethoven : concerto pour violon (Nikolaj Znaider, violon)

ZnaiderIl y a, de temps en temps, des concerts dont on sort en ayant l’impression d’avoir perdu son temps. C’était le sentiment qui m’étreignait à la fin de ces deux heures de musique subclaquante. Zinman s’acharne curieusement à réduire la musique luxuriante de Britten à une trame dénuée de vie et de couleur. “La musique souvent me prend comme une mer”, écrivait Baudelaire. Aucun risque que cela se produise pendant les Four Sea Interludes de Zinman.

Le concerto de Beethoven, dont le vibrato est cruellement absent dans l’orchestre comme chez le soliste, fait penser à une vieille dame desséchée, dont les yeux ont déjà cessé de briller, qui se rend compte avec une tristesse teintée de résignation que ses souvenirs sont en train de s’effacer et qu’elle a perdu bien malgré elle sa capacité à se laisser emporter par l’émotion. C’est de la musique froide et clinique, aride et désincarnée.


Concert Orchestre symphonique d’État de São Paulo / Marin Alsop à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 7.10.13 à 20h
Orchestre symphonique d’État de São Paulo, Marin Alsop

Clarice Assad : Terra Brasilis - Fantaisie sur l'hymne national brésilien
Chopin : concerto pour piano n° 2 (Nelson Freire, piano)
Mahler : symphonie n° 1

FreireOn s’amuse bien avec la pièce de Clarice Assa, avant de tomber dans une forme de routine avec le Chopin de Nelson Freire, un peu trop sage à mon goût.

La symphonie de Mahler est pleine d’énergie. Alsop joue beaucoup sur les contrastes de tempi… en s’égarant un peu aux limites du bon goût, d’autant que l’orchestre ne la suit pas toujours sans dégât dans les accélérations les plus folles. Cela étant, la gestion des superpositions de plans sonores est remarquable et certains passages, souvent confus, y gagnent une clarté inhabituelle. Si les ensemble ne sont pas toujours parfaits, les prestations individuelles sont souvent magnifiques, comme celle du contrebassiste solo (dont le “Frère Jacques” est délicieusement faux) ou encore la prestation collective des altos dans le quatrième mouvement. On reste sur l’impression que l’orchestre est globalement plutôt tenu par ses cordes et que l’harmonie a parfois un peu de mal à y prendre sa juste place.

Un constat d’autant plus paradoxal que les cuivres y possèdent manifestement un tempérament de feu, comme en témoigne tout particulièrement le premier des deux bis.


“Sigurd”

Victoria Hall, Genève • 6.10.13 à 19h30
Ernest Reyer (1884). Livret : Camille du Locle & Alfred Blau.

Direction musicale : Frédéric Chaslin. Avec Andrea Caré (Sigurd), Boris Pinkhasovich (Gunther), Tijl Faveyts (Hagen), Anna Caterina Antonacci (Brunehilde), Anne Sophie Duprels (Hilda), Marie-Ange Todorovitch (Uta), …

VictoriaBelle occasion d’entendre enfin cette œuvre qui est un peu un Götterdämmerung vu par le Grand Opéra à la française, dont on parle souvent mais qui est assez peu programmée.

Qui dit Grand Opéra dit prestations spectaculaires du chœur et ballets obligatoires. Si les premières sont bien présentes (et le Chœur du Grand-Théâtre leur fait remarquablement honneur), les seconds semblent avoir disparu. On se demande, du coup, quelle proportion de la partition on nous a donné à entendre. La continuité dramatique semblait en effet bien ténue : la faute en incombe-t-elle à des librettistes peu scrupuleux ou à des coupes trop nombreuses ?

Sigurd suit à peu près la même histoire que Götterdämmerung et Ernest Reyer utilise quelques motifs musicaux récurrents que certains décrivent comme des leitmotive. Le parallèle avec Wagner s’arrête là car là où Wagner tisse une toile musicale polymorphe d’une subtilité quasiment impressionniste et d’un romantisme infini, Reyer enchaîne les airs plus ou moins pompiers et académiques, sans réelle articulation entre eux, qui rappellent plus d’une fois Verdi et son obsession maladive pour les cymbales. Les motifs récurrents ne sont que cela, des motifs récurrents, et non des cellules en mutation permanente qui s’intègrent dans une construction quasi-organique comme chez Wagner.

Anna Caterina Antonacci et Marie-Ange Todorovitch sont les seules chanteuses à être parfaitement compréhensibles. On est bien en peine, en revanche, de suivre ce que chantent les autres, ce qui est un peu ennuyeux en l’absence de surtitres… sauf à rester le nez plongé dans le programme (qui, bonne idée, inclut le livret). Andrea Caré, avec ses manières de ténor italien, renforce nettement le penchant verdien de l’œuvre, mais sa prestation est globalement fort plaisante.

On admire l’orchestre de jouer avec autant d’assurance une œuvre aussi rare. On note bien quelques loupés, mais la qualité d’ensemble mérite des louanges.

Belle occasion également de découvrir cette superbe salle qu’est Victoria Hall… et ses sièges d’un inconfort total.


“Sweeney Todd”

West Yorkshire Playhouse, Leeds • 5.10.13 à 19h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : James Brining. Direction musicale : George Dyer. Avec David Birrell (Sweeney Todd), Gillian Bevan (Mrs. Lovett), Michael Peavoy (Anthony Hope), Niamh Perry (Johanna), Ben Stott (Tobias), Don Gallagher (Judge Turpin), Sévan Stephan (Beadle Bamford), Sebastien Torkia (Pirelli), Barbara Drennan (Beggar Woman), …

SweeneyComme le voyage de Leeds avait été un peu plus long et plus coûteux que prévu, j’ai ressenti un petit pincement au cœur en prenant place dans le théâtre. La scène, déjà éclairée et sur laquelle des comédiens avaient déjà pris place, représentait sans doute possible un asile psychiatrique. Au risque de me répéter : quand les metteurs en scène sont à court d’idée, ils se replient volontiers sur des univers où tout est permis sans que s’appliquent les lois habituelles de la raison… en général le rêve ou l’hospice… et il est rare que la mayonnaise prenne complètement.

Heureusement, ce n’est pas le cas de ce Sweeney Todd. James Brining n’utilise l’asile que pour donner une forme d’arrière-plan au côté grand-guignol de l’histoire, pas pour se dédouaner de son travail dramatique. Bien au contraire, cette production est l’une des plus fouillées et des plus créatives que j’aie vues sur le plan de la mise en scène… sans aucun sacrifice par ailleurs sur le soin apporté à la qualité des prestations musicales.

Certes, les visuels contemporains évoquent irrésitiblement le Regietheater à l’allemande, mais on est conquis par la qualité, la densité et l’inventivité du travail réalisé et par le respect absolu témoigné à l’œuvre, gardée absolument intacte. Brining rétablit même quelques courts passages souvent supprimés, comme le concours d’arrachage de dent ou la scène où le Juge prononce une condamnation à mort.

Le décor révèle beaucoup de surprises et l’on est amusé de voir arriver des cintres une sorte de conteneur qui, une fois ouvert, devient l’échope de Sweeney Todd… comme dans la production du Staatstheater am Gärtnerplatz de Munich (qui était infiniment moins réussie).

David Shrubsole a réussi à conserver l’essence de la partition en réduisant l’orchestration à une dizaine de musiciens et le degré de préparation musicale des comédiens est étonnant.

Grâce à la qualité du travail réalisé, certaines scènes très difficiles, comme la fameuse “Epiphany” de Sweeney Todd à la fin du premier acte, agissent comme de véritables coups de poing. Superbe.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 2.10.13 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi 

Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune
Bartók : concerto pour piano n° 3 (Piotr Anderszewski, piano)
Stravinski : Symphonie en trois mouvements
Ravel : Boléro

PiotrC’est toujours un grand plaisir d’entendre l’Orchestre de Paris jouer le Prélude à l’après-midi d’un faune, mais c’est une drôle d’idée de le placer en début de programme car les musiciens donnent un peu l’impression de démarrer à froid et ont du mal à atteindre cet état de quasi-lévitation qui nourrit la magie de l’œuvre.

Le concerto de Bartók est superbe mais, comme avec Bronfman à Lucerne récemment, Anderszewski donne trop l’impression de se jouer des difficultés techniques de la partition : le concerto perd de son relief et de sa délicieuse rugosité.  

La symphonie de Stravinski est un peu monotone par moments, mais elle est joliment colorée.

Quant au Boléro, rien à faire, je finis toujours avec une chair de poule tenace. L’orchestre y est superbe malgré quelques accrocs sans importance.

J’ai décidé cette saison de m’installer au premier balcon, d’où l’expérience — visuelle comme sonore — est infiniment plus riche qu’à l’orchestre. Si seulement il n’y faisait pas si chaud…