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Posts from August 2013

“Die Walküre”

KKL, Lucerne • 31.8.13 à 17h
Wagner (1870)

Bamberger Symphoniker, Jonathan Nott. Avec Klaus Florian Vogt (Siegmund), Meagan Miller (Sieglinde), Albert Dohmen (Wotan), Petra Lang (Brünnhilde), Mikhail Petrenko (Hunding), Elisabeth Kulman (Fricka), Anja Fidelia Ulrich (Gerhilde), Carola Höhn (Helmwige), Ulrike Helzel (Waltraute), Viktoria Vizin (Schwertleite), Martina Welschenbach (Ortlinde), Katja Pieweck (Siegrune), Kismara Pessatti (Grimgerde), Eva Vogel (Rossweisse).

KulmanUne représentation phénoménale d’intensité.

Le premier acte est très réussi grâce au Siegmund infiniment lyrique de Klaus Florian Vogt (que je suis néanmoins surpris de voir porter sa main à l’oreille pour mieux entendre l’un de ses aigus). Mais c’est le deuxième acte qui devient rapidement incandescent avec la Fricka déchaînée et sublime d’Elisabeth Kulman, un véritable tourbillon qui emporte tout sur son passage et entraîne tout le reste : l’orchestre, chauffé à blanc, ainsi que les autres chanteurs. Petra Lang et Albert Dohmen, qui avaient commencé prudemment, sortent de leur réserve et chantent comme si le salut de leur âme en dépendait. Le résultat est phénoménal, flamboyant, sublime.

Les Valkyries sont magnifiques… et le troisième acte reste sur le même registre. Albert Dohmen, qui donnait l’impression de s’économiser dans Rheingold, semble porté par une ferveur surnaturelle. Contrairement à Lang, qui engloutit régulièrement des syllabes entières, Dohmen s’illustre par une diction phénoménale, fait claquer les consonnes, parvient à sortir des notes graves d’une beauté à tomber : c’est un styliste extraordinaire.

L’orchestre continue à jouer magnifiquement. Comme dans Rheingold, le plaisir de percevoir plus précisément que d’habitude la beauté de l’écriture orchestrale est sans limite. Que de bonheur du côté des hautbois et des bassons ainsi, bien sûr, que de l’ensemble des cuivres (tandis que les flûtistes, chroniquement sous-occupés, essaient de trouver une position pas trop inconfortable pour passer le temps). Les violoncelles s’illustrent aussi régulièrement par leur musicalité et leur cohésion parfaite (sans compter le bonheur visible sur certains visages). Surprise au deuxième acte : le cor de Hunding, une espèce de long cor déroulé, vient jouer à quelques pas de moi sur la première galerie.

Moment poignant et magique à la fin : le public attend un long moment avant de commencer à applaudir après que la dernière note a cessé de résonner.

Malheureusement, ce Walküre est le seul des quatre opéras où je bénéficie d’une place sur le côté, sur un de ces merveilleux fauteuils placés en quinconce sans voisin direct. Il faudra que je retourne au milieu du grumeau pour la suite…


“Das Rheingold”

KKL, Lucerne • 30.08.13 à 19h30
Wagner (1869)

Bamberger Symphoniker, Jonathan Nott. Avec Albert Dohmen (Wotan), Adrian Eröd (Loge), Johannes Martin Kränzle (Alberich), Christa Mayer (Erda), Christoph Stephinger (Fasolt), Mikhail Petrenko (Fafner), Elisabeth Kulman (Fricka), Meagan Miller (Freia), Thomas Laske (Donner), Thomas Blondelle (Froh), Peter Galliard (Mime), Martina Welschenbach (Woglinde), Ulrike Helzel (Wellgunde), Viktoria Vizin (Floßhilde).

NottBien que Wagner ait vécu pusieurs années à Lucerne — il a mis un point final à Tristan dans la chambre n° 7 de l’hôtel Schweizerhof —, la ville ne dispose pas d’une maison d’opéra… et c’est donc dans la salle de concert du KKL que le Festival de Lucerne propose de voir un Ring complet en cette année de bicentenaire.

L’interprétation de Rheingold par les Bamberger Symphoniker est très belle, même si Jonathan Nott semble un peu trop pressé — la représentation dure d’ailleurs une dizaine de minutes de moins que d’habitude. Le placement de l’orchestre sur scène permet de se concentrer avec bonheur sur les subtilités de l’écriture de Wagner et de profiter pleinement de nombreuses rutilances de la partition.

À part le Fasolt à peine acceptable de Christoph Stephinger, la distribution est solide et parfaitement capable d’exprimer l’intensité dramatique de l’œuvre malgré l’absence de mise en scène. Albert Dohmen, que j’avais déjà vu en Wotan au Met, se distingue par une belle présence tandis qu’Adrian Eröd, même s’il est un peu moins irrésistible qu’en Beckmesser à Amsterdam (ses aigus ne sortent pas toujours sans effort), est un Loge très charismatique. Les voix féminines sont toutes solides et plaisantes.

On attend la suite avec curiosité.


“Red 2”

UGC Ciné-Cité Bercy, Paris • 28.8.13 à 19h45

Dean Parisot (2013). Avec Bruce Willis, John Malkovich, Mary-Louise Parker, Helen Mirren, Anthony Hopkins, Byung-hun Lee, Catherine Zeta-Jones, …

Red2Je n’avais pas vu le premier Red, mais je me suis régalé avec cette histoire déjantée, interprétée avec un plaisir évident et communicatif par une brochette de comédiens qui n’ont plus rien à prouver — Anthony Hopkins est peut-être le plus inattendu et le plus impressionnant. Le scénario, construit sur une idée simple (difficile d’être un espion à la retraite), accumule le deuxième et le troisième degrés avec un réel bonheur. À quand Red 3 ?


“Parsifal”

Royal Albert Hall, Londres • 25.8.13 à 16h30
Wagner (1882)

Hallé, Mark Elder. Avec Lars Cleveman (Parsifal), Katarina Dalayman (Kundry), John Tomlinson (Gurnemanz), Detlef Roth (Amfortas), Tom Fox (Klingsor), Reinhard Hagen (Titurel), …

ParsifalJ’aime bien Mark Elder, mais il a éprouvé ma résistance plusieurs fois au cours de cette représentation en étirant le tempo de certains passages au-delà du raisonnable, à la façon de Maazel. Dieu sait que la musique de Parsifal me touche, mais pas dans ces conditions. D’autres chefs comme Gatti aiment aussi étirer les tempi, mais il y a toujours une résolution, une récompense au bout du chemin. Pas ici.

Distribution moyenne malgré la très belle prestation de Katarina Dalayman, d’ailleurs généreusement ovationnée par le public. À 66 ans, John Tomlinson n’a plus vraiment la voix pour chanter Gurnemanz et la façon dont il trémule dans l’aigu ferait presque pitié, même s’il y a quelques très jolis passages par ailleurs. Le reste de la distribution laisse relativement indifférent, à commencer par le Parsifal appliqué mais sans saveur et sans aura de Lars Cleveman.

Les passages choraux sont les plus impressionnants compte tenu de la spatialisation très réussie des voix, les femmes et les enfants étant placés en deux lieux opposés de la galerie supérieure de la salle.


“Pipe Dream”

Union Theatre, Londres • 24.8.13 à 19h30
Musique : Richard Rodgers (1955). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II, d’après le roman Sweet Thursday de John Steinbeck.

Mise en scène : Sasha Regan. Direction musicale : Christopher Peake. Avec Kieran Brown (Doc), Charlotte Scott (Suzy), Virge Gilchrist (Fauna), Nick Martland (Hazel), David Haydn (Mac), …

PipedreamComme je l’avais signalé à propos de Me and Juliet, Rodgers et Hammerstein n’ont que trois bides à leur actif : Allegro, Me and Juliet et Pipe Dream.

Cette petite production constitue, semble-t-il, la première londonienne de l’œuvre. Bien qu’elle soit réalisée avec soin, elle permet surtout de comprendre pourquoi la réception fut aussi réservée à la création, en 1955.

On se demande ce qui a attiré Oscar Hammerstein dans le roman de Steinbeck qui a inspiré l’œuvre car tout est fait pour estomper le fait que l’un des personnages principaux, Suzy, est une prostituée et que l’autre rôle principal féminin, Fauna, est celui d’une tenancière de maison close. Une pièce qui commence par ne pas définir précisément ses personnages est condamnée à devoir construire sur des sables mouvants. Et c’est précisément l’impression qui se dégage : sans enjeu réel, l’histoire ne trouve jamais vraiment ses marques, et l’on finit par s’ennuyer à périr.

La partition de Rodgers contient quelques jolies mélodies, mais elle n’approche jamais le standard de qualité auquel le compositeur américain était habitué. Rodgers ne semble jamais très sûr de savoir pour qui il écrit, ni ce que sa musique est censée inspirer… et le résultat est aussi vague que le reste de l’entreprise.

Heureusement, la production du petit Union Theatre est soignée, et la distribution est attachante, tout particulièrement au rayon du chant. Il n’en reste pas moins que, parfois, un flop reste un flop.


“Relatively Speaking”

Wyndham’s Theatre, Londres • 24.8.13 à 14h30
Alan Ayckbourn (1965)

Mise en scène : Lindsay Posner. Avec Max Bennett (Greg), Kara Tointon (Ginny), Felicity Kendal (Sheila), Jonathan Coy (Philip).

RelativelyQuel régal ! Cette délicieuse comédie d’Alan Ayckbourn n’a quasiment pas pris une ride depuis 50 ans. C’est une comédie décomplexée, dénuée des sous-tons plus touchants qui apparaîtront dans ses pièces suivantes (The Norman Conquests, Absent Friends, Woman in Mind), mais habilement construite autour d’une série de quiproquos élaborés et menée sur un tempo resserré et entraînant.

La distribution est excellente, mais on ne peut s’empêcher de vouer une admiration particulière à l’irrésistible Felicity Kendal, qui ne fait qu’une bouchée du rôle de Sheila et qui a le privilège de terminer la pièce sur une dernière réplique qui illustre tellement bien à quel point l’art de la fin est à la fois crucial et subtil.


“Elysium”

UGC Ciné-Cité Bercy, Paris • 21.8.13 à 20h
Neill Blomkamp (2013). Avec Matt Damon, Jodie Foster, …

Elysium2154. Les riches de ce monde se sont retirés sur un satellite artificiel grand-luxe tandis que le reste de l’humanité se débrouille comme il peut sur une Terre devenue à peine vivable, où des robots sans état d’âme font la police. C’est le point de départ de cette histoire plutôt bien ficelée et pas mal réalisée, du moins au début, avant que la tentation du “style MTV” ne reprenne le dessus. Belles prestations de Matt Damon, parfait en héros modeste, et de Jodie Foster, idéale en monstre froid.


“Othello”

National Theatre, Londres • 18.8.13 à 14h
Shakespeare (ca. 1603)

Mise en scène : Nicholas Hytner. Avec Adrian Lester (Othello), Rory Kinnear (Iago), Olivia Vinall (Desdemona), Lyndsey Marshal (Emilia), Tom Robertson (Roderigo), Jonathan Bailey (Cassio), William Chubb (Brabantio), …

OthelloComparé à l’inoubliable production que j’avaie vue en octobre 2011 au Folger Theatre de Washington, cet Othello est un peu plombé par son décor de camp militaire, d’autant plus indigeste que la taille de la scène ne met aucune limite aux délires bétonnés de la décoratrice, Vicki Mortimer.

Si la prestation d’Adrian Lester (que j’admire depuis que je l’ai vu jouer le rôle principal dans Company en 1995) est touchante, elle est un peu trop policée à mon goût. On est en revanche emballé par le Iago de Rory Kinnear, d’une irrésistible intensité primale… et dont la diction est un bonheur sans cesse renouvelé. Avec Kinnear, la langue de Shakespeare est belle et brute à la fois… et remarquablement contemporaine.

Le mérite en revient sans doute au moins en partie à Nicholas Hytner, qui cède par ailleurs à une tendance assez répandue en dirigeant la pièce de manière très physique. Sa transposition de la pièce à l’époque présente fonctionne plutôt bien, à l’exception peut-être du rôle d’Emilia, qui perd au passage un peu de sa cohérence.

Bonnes prestations également dans les rôles secondaires, avec le Roderigo délicieusement comique de Tom Robertson et le Cassio naïf et inexpérimenté de Jonathan Bailey.


“Titanic”

Southwark Playhouse, Londres • 17.8.13 à 20h
Musique et lyrics : Maury Yeston. Livret : Peter Stone.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Mark Aspinall. Avec James Austen-Murray (Barrett), Dominic Brewer (Lightoller), Greg Castiglioni (Andrews), Scarlett Courtney (Kate Mullins), Matthew Crowe (Bride), Jonathan David Dudley (Bellboy / Hartley), Grace Eccle (Kate Murphy), Celia Graham (Alice Beane), Simon Green (Ismay), Oliver Hembrough (Edgar Beane), James Hume (Pitman / Etches), Siôn Lloyd (Murdoch), Claire Marlowe (Caroline Neville), Shane McDaid (Jim Farrell), Leo Miles (Fleet), Nadim Naaman (Charles Clarke), Philip Rham (Captain Smith), Dudley Rogers (Isidor Straus), Victoria Serra (Kate McGowan), Judith Street (Ida Straus).

TitanicDepuis que je l’ai vue à sa création à Broadway en 1997, je suis un grand admirateur de la comédie musicale Titanic, dont la partition du génial Maury Yeston m’enchante. Je suis heureux que les occasions se multiplient désormais de la revoir, avec notamment d’excellentes productions l’année dernière à Liverpool et à Thoune.

Thom Southerland, le spécialiste des mises en scène pour petits théâtres, propose de voir Titanic dans la salle de taille modeste du Southwark Playhouse, qui vient de s’installer dans de nouveaux locaux autrement plus confortables (moins humides, surtout) que l’espace qu’il occupait précédemment sous les voies ferrées de la gare de London Bridge (où le dernier spectacle proposé était Victor/Victoria).

L’entreprise est une réussite totale, d’autant que l’œuvre est conçue à une échelle relativement démesurée, même à l’aune des standards de Broadway. L’idée de représenter la pièce comme le souvenir qui hante J. Bruce Ismay, le patron de la White Star, qui a échapé au naufrage en montant d’autorité dans un canot de sauvetage, n’est pas révolutionnaire, mais elle donne à l’œuvre une dose supplémentaire d’homogénéité et d’humanité.

La réduction pour petit orchestre est extraordinairement réussie. Southerland réussit magnifiquement à se contenter d’une vingtaine de comédiens alors qu’il y a beaucoup plus de rôles à jouer (j’avais compté plus de 75 personnes à Thoune). Il maîtrise aussi de manière remarquable l’utilisation de l’espace alors que les lieux de l’action ne cessent de changer, ce qui avait nécessité à Broadway un décor d’une grande complexité (qui, de surcroît, “faisait naufrage” dans le deuxième acte).

Mais surtout… surtout… la partition est sublimement bien interprétée. Tous les comédiens (sauf Matthew Crowe, qui semble aphone, en ce samedi soir) ont des voix magnifiques. Les numéros à plusieurs voix, notamment, donnent la chair de poule.

On se demande si Titanic aura un jour les honneurs du West End. Le budget à mobiliser fait sans doute peur aux producteurs. En attendant, on ne peut qu’être reconnaissant que de petits théâtres permettent de voir cette œuvre très forte dans d’aussi bonnes conditions.


“The Sound of Music”

Regent’s Park Open Air Theatre, Londres • 17.8.13 à 14h15
Musique : Richard Rodgers. Lyrics : Oscar Hammerstein II. Livret : Howard Lindsay et Russel Crouse.

Mise en scène : Rachel Kavanaugh. Direction musicale : Stephen Ridley. Avec Charlotte Wakefield (Maria), Michael Xavier (Captain Von Trapp), Helen Hobson (The Mother Abbess), Anna Simmons (Liesl [understudy / remplaçante]), Michael Matus (Max), Joshua Tonks (Rolf), Caroline Keiff (Baroness Schraeder)…

SoundLe théâtre en plein-air de Regent’s Park propose cette année un classique absolu du répertoire. C’est un très joli spectacle qui nous est proposé, dans l’incontournable décor unique conçu pour s’adopter aux différents lieux de l’action.

La sonorisation "métallique” de l’orchestre (en particulier des cordes, trop peu nombreuses) et l’utilisation de synthétiseurs peu subtils font un peu grincer les dents. Et la pièce souffre du peu de soin que prend le livret pour justifier le coup de foudre des deux personnages centraux… d’autant que, à mes yeux du moins, aucune alchimie particulière ne lie Michael Xavier (par ailleurs trop jeune pour avoir autant d’enfants) à Charlotte Wakefield, alors qu’ils sont tous les deux extrêmement talentueux. On se dit que la mise en scène aurait pu mieux contribuer à gommer ces problèmes. 

Ce qui sauve le spectacle, malgré tout, c’est la qualité superlative des voix — les chansons donnent la chair de poule tellement elles sont bien interprétées — et l’excellente prestation des enfants, tous parfaitement au point. Le prélude a cappella des religieuses est particulièrement sublime.

Un spectacle charmant qui comble un public venu nombreux et en famille — le théâtre a rarement paru aussi plein.


“[title of show]”

Landor Theatre, Londres • 16.8.13 à 19h30
Musique et lyrics : Jeff Bowen. Livret : Hunter Bell. Mise en scène : Robert McWhir. Direction musicale (piano) : Michael Webborn (piano). Avec Simon Bailey (Jeff), Scott Garnham (Hunter), Sarah Galbraith (Susan), Sophie Ragavelas (Heidi).

TitleCette petite comédie musicale, dont j’avais parlé lorsque je l’ai découverte à New York en 2006, pousse l’art de l’autoréférence dans ses retranchements puisqu’elle raconte l’histoire de sa propre création. On est touché par les aspirations et l’enthousiasme des deux auteurs mais, comme à New York, la pièce perd de son attrait à mi-chemin lorsque l’effet de nouveauté du concept s’essouffle et ne parvient plus à soutenir l’attention.

Les chansons sont globalement fort plaisantes, et on se régale de toutes les références à Broadway et à l’histoire de la comédie musicale — ce qui constitue paradoxalement aussi une faiblesse car le spectateur moyen passe vraisemblablement à côté de certaines allusions.

Les comédiens new-yorkais se jouaient eux-mêmes, si j’ose dire, et les personnages portent donc leurs noms. Les comédiens londoniens ne bénéficient pas de cet effet de mise en abyme, mais on ne se trouve nullement dépaysé : on retrouve ainsi par exemple beaucoup de traits caractéristiques de Susan Blackwell dans la prestation de la talentueuse Sarah Galbraith.

On passe un bon moment, mais le dynamisme et le talent incontestable des interprètes ne parvient pas tout à fait à effacer la maigreur relative du propos.


“Little Me”

Ye Olde Rose and Crown Theatre, Londres • 15.8.13 à 19h30
Musique : Cy Coleman. Lyrics : Carolyn Leigh. Livret : Neil Simon.

Mise en scène : Brendan Matthew. Direction musicale : Aaron Clingham. Avec Daniel Cane (Noble Eggleston, Mr. Pinchley, Val du Val, Fred Poitrine, Otto Schnitzler, Prince Cherney, Noble Junior), Julie Ross (Miss Poitrine today), Emma Odell (Belle, Baby), Richard Dawes, Meghan Rayner, Ben Oliver, Emily Apps, James Houlbrook, Natalie Viccars, Alastair Knights, Katrina Dix, Mitchell Lathbury.

LittlemeCurieusement, alors que j’avais attendu de nombreuses années pour voir enfin Little Me sur scène il y a un peu plus de trois mois à San Francisco, une occasion s’est présentée de le revoir dans l’un de mes petits théâtres fétiches de Londres, sous l’égide de la compagnie All Star Productions (Flora the Red Menace, She Loves Me, One Touch Of Venus, Phantom).

Pour une fois, on est un peu déçu par l’accompagnement musical : le petit ensemble est placé au fond de la scène, à un endroit où l’acoustique ne lui est pas très favorable… et le clarinettiste donne un peu l’impression de déchiffrer. L’irrésistible musique de Cy Coleman n’en ressort pas toujours à son avantage.

Le metteur en scène se débrouille fort bien de l’exiguïté des lieux, grâce notamment à un décor ingénieux à base de cadres vides derrière lesquels les comédiens viennent “coller” des images différentes selon les scènes (la logistique de l’opération est malheureusement assez mal étudiée… mais l’idée reste bonne).

La distribution est de qualité. Elle est dominée par l’excellent Daniel Cane, qui ne fait qu’une bouchée des sept rôles qu’il doit interpréter avec des costumes et des accents variés — l’accent français de Val du Val étant malheureusement le moins convaincant de la série. Difficile de résister, par ailleurs, au charme de la délicieuse Emma Odell dans le rôle de la bien nommée Belle Poitrine.


“Das Rheingold”

Festspielhaus, Bayreuth • 10.08.13 à 18h
Wagner (1869)

Direction musicale :  Kirill Petrenko. Mise en scène : Frank Castorf. Avec Wolfgang Koch (Wotan), Norbert Ernst (Loge), Martin Winkler (Alberich), Nadine Weissmann (Erda), Günther Groissböck (Fasolt), Sorin Coliban (Fafner), Claudia Mahnke (Fricka), Elisabet Strid (Freia), Oleksandr Pushniak (Donner), Lothar Odinius (Froh), Burkhard Ulrich (Mime), Mirella Hagen (Woglinde), Julia Rutgliano (Wellgunde), Okka von der Damerau (Floßhilde).

RheingoldEn cette année de bicentenaire de la naissance de Wagner, le Festival de Bayreuth propose une nouvelle mise en scène du Ring, copieusement huée par le public des représentations précédentes. Je n’ai pas pu voir le cycle complet mais, sur la base de Rheingold, je serais plutôt disposé à accorder à Frank Castorf le bénéfice du doute.

Sa mise en scène transpose le propos au Texas, où il n’est plus question d’or, le minerai aurifère, mais d’or noir — le pétrole. Le programme propose d’ailleurs une excellente (et quelque peu glaçante) synthèse sur la façon dont la question de la maîtrise des ressources énergétiques est au cœur des évolutions géopolitiques depuis 150 ans. On nous y rappelle par exemple que la famille Rockefeller doit sa fortune au modèle Nespresso appliqué à la lampe à pétrole : vendre la machine à prix sacrifié et se rémunérer ensuite sur la vente des fournitures.

Ce qui rend la mise en scène de Castorf remarquable, cependant, ce n’est pas le propos sur l’or noir — relativement indéchiffrable sur la base de cette seule représentation —, mais la localisation de l’action dans un motel doté d’une station-service au bord de la route 66, dans un décor fascinant qui se nourrit de multiples références au cinéma américain : une pincée de Tarantino, un soupçon de Lynch, des codes empruntés au film noir, au road movie, …

Indépendamment de toute autre considération, le traitement visuel de ce cocktail de références culturelles est bluffant et virtuose. L’action se déroule fréquemment en deux lieux parallèles, l’une des scènes étant filmée et projetée en direct (le plus souvent) sur un immense écran surplombant le décor. Cela demande une mise en place plus précise que dans la plupart des mises en scène d’opéra… et la multiplication des gros plans sur les comédiens par l’intermédiaire de la caméra nécessite de leur part un effort d’interprétation dont ils se sortent, dans l’ensemble, haut la main.

On peut comprendre que cette conception déroute (si je puis dire), d’autant qu’on peine un peu à déchiffrer toutes les transpositions du livret, mais comment résister à une telle richesse créative et à une telle qualité de réalisation ?

D’autant que l’interprétation est par ailleurs de très bon niveau. La distribution est excessivement homogène… et Kirill Petrenko propose une lecture tout en subtilité et en sublimes contrastes expressionnistes, parfaitement magnifiés par l’acoustique exceptionnelle du lieu.


“Falstaff”

Haus Für Mozart, Salzbourg • 3.8.13 à 17h
Verdi (1893). Livret : Arrigo Boito, d’après Shakespeare

Wiener Philharmoniker, Zubin Mehta. Mise en scène : Damiano Michieletto. Avec Ambrogio Maestri (Sir John Falstaff), Massimo Cavalletti (Ford), Fiorenza Cedolins (Alice Ford), Elisabeth Kulman (Mistress Quickly), Stephanie Houtzeel (Meg Page), Eleonora Buratto (Nannetta), Javier Camarena (Fenton), Luca Casalin (Dr Caius), Gianluca Sorrentino (Bardolph), Davide Fersini (Pistol).

FalstaffJe répète mon billet précédent : quand les metteurs en scène sont à court d’idée, ils se replient volontiers sur des univers où tout est permis sans que s’appliquent les lois habituelles de la raison… en général le rêve ou l’hospice… et il est rare que la mayonnaise prenne complètement.

C’est le cas de cette conception de Damiano Michieletto, qui n’a pas le talent de Stefan Herheim. Son Falstaff se déroule dans la “Casa di Riposo per Musicisti”, créée par Verdi à Milan en 1896 (et dont l’architecte, Camillo Boito, était le grand frère du librettiste de Falstaff.) Après que les pensionnaires se sont retirés à la fin d’un récital de piano, un vieux chanteur endormi sur le canapé se laisse emporter par un rêve (indiqué par un sublime effet visuel qui fait littéralement gigoter le mur de fond) et les autres personnages de l’opéra le rejoignent.

C’est un très joli point de départ… sauf que Michieletto ne fait rien de son idée, qui lui permet surtout de se contenter d’un décor unique. Le récit en souffre même beaucoup, car certaines scènes me semblent incompréhensibles pour qui n’aurait pas prélablement étudié le synopsis. Alice, Meg et Quickly se ressemblent tellement qu’elles en deviennent presque difficiles à distinguer ; et toute la fin de l’acte 2 perd considérablement de son mordant.

Heureusement que la fosse nous offre un ravissement permanent. Mehta se montre particulièrement inspiré pour obtenir des Viennois une interprétation magnifique qui met très bien en valeur les multiples splendeurs de la partition. Musicalement, c’est le meilleur Falstaff que j’aie entendu. Prestation étonnante d’Ambrogio Maestri, dont le timbre solaire est merveilleux. Insupportable cabotinage de Javier Camarena, qui gâche tout le plaisir que pourrait inspirer sa voix.

Encore une représentation vue dans un état de semi-coma à cause de la chaleur. Ça commencerait presque à être désagréable.


“Die Meistersinger von Nürnberg”

Großes Festspielhaus, Salzbourg • 2.8.13 à 17h30
Wagner (1868)

Wiener Philharmoniker, Daniele Gatti. Mise en scène : Stefan Herheim. Avec Michael Volle (Hans Sachs), Roberto Saccà (Walther von Stolzing), Markus Werba (Sixtus Beckmesser), Anna Gabler (Eva), Georg Zeppenfeld (Veit Pogner), Peter Sonn (David), Monika Bohinec (Magdalena), …

MeistersingerContrairement au Ring, riche en concepts abstraits, Die Meistersinger ne se prête que difficilement aux transpositions. Et quand les metteurs en scène sont à court d’idée, ils se replient volontiers sur des univers où tout est permis sans que s’appliquent les lois habituelles de la raison… en général le rêve ou l’hospice… et il est rare que la mayonnaise prenne complètement.

Mais voilà, quand Stefan Herheim décide de représenter Die Meistersinger comme un immense rêve de Hans Sachs (avec des visuels qui font un peu penser à Dickens), le résultat est proprement éblouissant. L’idée n’est que modérément originale, mais la réalisation en est tellement virtuose qu’on remercie une fois de plus les dieux du théâtre de nous permettre de vivre une telle émotion. Les deux premiers actes commencent littéralement par un “zoom” sur deux zones de l’atelier de Sachs, qui sert de toile de fond à l’ensemble de la pièce : les personnages se trouvent donc minuscules à côté d’éléments de décor géants. L’effet, surtout au premier acte, est à couper le souffle. Herheim enchaîne ensuite sans hésitation une abondance d’idées loufoques, en particulier à l’occasion de la parade de la Saint-Jean. On apprécie aussi beaucoup l’idée d’utiliser un livre (géant, donc) de Des Knaben Wunderhorn pendant que David explique les subtilités des règles de la guilde.

Gatti n’est pas aussi inspiré que dans Parsifal, mais sa direction est solide, même s’il y a des décalages. On admire la clarté du son des Philharmoniker, en particulier les solos de cor, somptueux. La distribution est solide, avec notamment un excellent Michael Volle dans le rôle principal. J’ai encore une fois un coup de cœur pour Georg Zeppenfeld, excellent Pogner, bizarrement assez peu applaudi alors qu’il est superbe.

Malheureusement, j’étais KO debout à cause de la chaleur et j’ai eu l’impression de vivre des passages entiers dans un état second. Le programme indique qu’il s’agit d’une coproduction avec l’Opéra de Paris ; espérons donc qu’on y reverra très bientôt cette production magnifique… et que les effets visuels seront aussi réussis.