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Posts from July 2013

“Monsters University”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 29.7.13 à 20h20

Dan Scanlon (2013). Avec Billy Crystal (Mike), John Goodman (Sullivan), Steve Buscemi (Randy), Helen Mirren (Dean Hardscrabble), …

MonstersDommage, encore une fois, que le scénario, pourtant merveilleusement inventif, se sente obligé de faire autant de concessions au politiquement correct, avec une accumulation de messages sur la diversité et l’acceptation de la différence, contre le bullying, etc. Pour le reste, on est enchanté de retrouver l’univers du génial Monsters, Inc., l’un des Pixar les plus réjouissants. Et deux mots suffisent à mon bonheur : Helen Mirren.


“Words and Music”

Lilian Baylis Studio, Londres • 28.7.13 à 15h30
Music, lyrics et livret : Noël Coward

Mise en scène : Ian Marshall Fisher. Direction musicale (piano) : Ian Townsend. Avec Vivienne Martin, James Vaughan, Issy Van Randwyck, Karen Anne-Kelly, Craig Berry, Laura Coard, Holly Dale Spencer, Marie Hemsley, Dom Hodson, Nicola Keen, Lottie Latham, Pamela Miles, Matt Stevens.

CowardLa série des “Lost Musicals” fait une petite entorse à sa feuille de route habituelle en s’intéressant à une œuvre purement anglaise (bien qu’une version remaniée ait été présentée à Broadway sous le titre Set to Music). C’est donc une revue de 1932, signée par l’incomparable Noël Coward, qui donne lieu à l’habituelle reconstitution minutieuse interprétée sans décor ni costume, mais avec un talent considérable, par une troupe où tous les âges sont représentés mais où l’enthousiasme est universel. La toujours lumineuse Vivienne Martin, 77 ans, est simplement merveilleuse et, lorsqu’elle entonne avec ses camarades l’une des plus belles chanson de Coward, “Mad About the Boy”, le temps semble suspendre son vol.


“The Drowned Man: A Hollywood Fable”

Temple Studios, Londres • 27.7.13 à 21h30

Mise en scène : Felix Barrett & Maxine Doyle.

DrownedJ’avais évoqué le travail de la compagnie théâtrale Punchdrunk lorsque j’avais vu leur inoubliable spectacle new-yorkais, Sleep No More. Leur nouvelle création londonienne, The Drowned Man, est au moins aussi forte. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire, peut-être, est qu’il recycle la plupart des recettes de Sleep No More. Mais quel bonheur d’être immergé dans cette gigantesque installation (plusieurs étages d’un immense bâtiment qui semble faire partie du St. Mary’s Hospital voisin) où chaque pièce, chaque recoin recèle des bribes d’un univers que l’on découvre au fil de son errance personnelle. Pas d’expérience collective, chacun parcourt ce monde parallèle à son rythme, à sa façon et peut choisir une approche systématique ou, à l’opposé, peut décider de suivre les personnages qui, sortis de nulle part, courent vivre leur destin, à la frange entre un grand studio hollywoodien et l’univers de ceux qui campent littéralement devant les grilles dans l’espoir d’accéder eux aussi, un jour peut-être, au saint des saints.


“Barnum”

Theatre in the Park, Chichester • 27.7.13 à 14h30
Musique : Cy Coleman. Lyrics : Michael Stewart. Livret : Mark Bramble.

Mise en scène : Timothy Sheader. Direction musicale : Adam Rowe. Avec Christopher Fitzgerald (Phineas T. Barnum), Tamsin Carroll (Chairy Barnum), Aretha Ayeh (Joice Heth), Jack North (Tom Thumb), Anna O’Byrne (Jenny Lind), …

BarnumPendant les travaux de rénovation du Festival Theatre de Chichester, un grand chapiteau a été érigé dans le parc voisin afin d’accueillir une salle temporaire d’une taille équivalente. Dans ce cadre, le choix de la comédie musicale Barnum, créée à Broadway en 1980 (et montée deux fois à Paris), paraissait assez naturel.

Le rôle-titre en a été confié au talentueux Christopher Fitzgerald, beaucoup vu à Broadway et dont on ne sait pas très bien ce qu’il fait de ce côté de l’Atlantique (il était le Og de Finian’s Rainbow et le Igor de Young Frankenstein, entre autres). Il propose une prestation touchante d’un homme habité, dont l’histoire se souvient surtout comme le concepteur de spectacles extravagants.

Barnum ne possède pas le meilleur livret de l’histoire de la comédie musicale, même si le rôle de Chairy Barnum, sa femme dévouée, est bien écrit… mais la partition du génial Cy Coleman et les nombreuses surprises visuelles en font un spectacle plaisant et divertissant.


“A Man of No Importance”

Bridewell Theatre, Londres • 26.7.13 à 19h30
Musique : Stephen Flaherty. Lyrics : Lynn Ahrens. Livret : Terrence McNally, d’après le film du même nom. 

Mise en scène : Matt Gould. Direction musicale : Inga Davis-Rutter. Avec James Franey (Alfie Byrne), Chloë Faine (Lily Byrne), Rick Woska (Robbie Fay), Sarah Shephard (Adele Rice), Paul Cozens (Carney), Paul Francis (Baldy), Stephen Beeny (Ernie Lally), Maggie Robson (Miss Crowe), Lucy Allenby (Mrs. Curtin), Charlotte Price (Mrs. Grace), Pete Bryans (Father Kenny / Inspector Carson), Deborah Lean (Mrs. Patrick), Edward Mann (Sully O’Hara), David Leigh Delport (Breton Beret), Andrew Macpherson (Rasher Flynn).

ManBien qu’ayant vu la plupart des comédies musicales de Flahery & Ahrens (Lucky Stiff, Ragtime, Seussical, The Glorious Ones, Rocky), j’avais manqué toutes les occasions de voir A Man of No Importance, pourtant créée à New York en 2002 et représentée plusieurs fois à Londres depuis. Sedos, la troupe d’amateurs la plus connue de Londres, me permet aujourd’hui de combler cette lacune.

Dublin, 1964. Alfie, un chauffeur de bus secrètement homosexuel, prépare une production du Salome d’Oscar Wilde avec sa petite troupe de comédiens amateurs. Le poids de son secret dans une Irlande dominée par la religion catholique rencontre le pouvoir du théâtre et des mots dans cette pièce juste et mélancolique, inspirée du film éponyme de 1994 avec Albert Finney.

Sedos propose comme toujours une production de qualité, joliment mise en scène. La musique de Stephen Flaherty est magnifiquement interprétée par le petit orchestre et par la petite troupe, dont on a toujours beaucoup de mal à croire que la plupart ont des métiers sans rapport avec le théâtre.


“First Date”

Longacre Theatre, New York • 21.7.13 à 15h
Musique et lyrics : Alan Zachary & Michael Weiner. Livret : Austin Winsberg.

Mise en scène : Bill Berry. Direction musicale : Dominick Amendum. Avec Eric Ankrim (Aaron [standby/remplaçant]), Krysta Rodriguez (Casey), Bryce Ryness, Kristoffer Cusick, Blake Hammond, Sara Chase, Kate Loprest.

DateCette nouvelle comédie musicale venue de Seattle présente beaucoup de caractéristiques du spectacle calibré pour le “Off-Broadway” et présenté par erreur à Broadway : lieu unique, durée de 90 minutes sans entracte, deux personnages principaux et une petit poignée de personnages secondaires.

L’avenir dira s’il était sage de tenter l’aventure de Broadway. Toujours est-il que l’œuvre elle-même, dont l’argument (la chronique d’un premier rendez-vous au restaurant entre une femme et un homme qui ont fait connaissance par le truchement d’amis communs) peut sembler a priori bien fade, surprend et amuse beaucoup plus qu’on ne pourrait s’y attendre.

L’écriture, résolument inspirée des “sitcoms”, est créative et acérée et parvient, sans se disperser, à évoquer de manière touchante le cheminement de cette première rencontre, quitte à aller de temps à autre explorer les pensées intimes des protaganistes. Les personnages secondaires sont utilisés de manière souvent inattendue, avec beaucoup de succès… et les éclats de rire sont nombreux.

La délicieuse Krysta Rodriguez, remarquée dans la deuxième saison de Smash, propose une prestation attachante, tandis qu’Eric Ankrim, créateur du rôle à Seattle mais qui doit se contenter d’être à Broadway le “standby”, le remplaçant du jeune premier (parfaitement inconnu) choisi pour le rôle principal masculin, est proprement irrésistible.


“Motown”

Lunt-Fontane Theatre, New York • 20.7.13 à 20h
Livret : Berry Gordy. Avec les chansons du catalogue Motown.

Mise en scène : Charles Randolph-Wright. Avec Julius Thomas III (Berry Gordy [understudy/remplaçant]), Valisia LeKae (Diana Ross), Charl Brown (Smokey Robinson), Bryan Terrell Clark (Marvin Gaye), Darius Kaleb (Young Berry Gordy, Young Stevie Wonder, Michael Jackson), …

MotownEn créant le label Motown à Detroit à la fin des années 1950, Berry Gordy ne se doutait sans doute pas que ses chansons allaient constituer le patrimoine musical de toute une génération. Son “écurie” est responsable d’une grande partie des plus grands succès des années 1960 : Diana Ross, Smokey Robinson, les Jackson Five, Marvin Gaye, Stevie Wonder, … 

Si ce spectacle s’attache officiellement à raconter l’histoire de Gordy, il est surtout l’occasion de faire entendre un maximum de chansons issues du mythique catalogue Motown. La plupart sont de véritables classiques immortels ; néanmoins, l’effet d’accumulation n’est pas sans créer une légère lassitude, malgré le talent évident des interprètes — pas évident, après tout, de s’inscrire dans les pas de telles légendes de la chanson.

J’avoue une admiration particulière pour Julius Thomas III : bien que n’étant qu’un “understudy”, un remplaçant, il donne une voix particulièrement délicieuse au personnage principal de la pièce. À l’opposé, je n’ai pas été vraiment convaincu par la Diana Ross de Valisia LeKae, tellement occupée à (bien) imiter les maniérismes de Ross qu’elle en oublie un peu la justesse.


“The Nance”

Lyceum Theatre, New York • 20.7.13 à 14h
Douglas Carter Beane (2013)

Mise en scène : Jack O’Brien. Avec Nathan Lane (Chauncey Miles), Jonny Orsini (Ned), Lewis J. Stadlen (Efram), Cady Huffman (Sylvie), Jenni Barber (Joan), Andréa Burns (Carmen), … 

NanceCette pièce attachante conte le destin d’un comédien homosexuel qui, dans les années 1930, joue un personnage efféminé dans les spectacles de “burlesque” le soir tandis qu’il passe ses journées dans des lieux de rencontre plus ou moins clandestins, à la recherche d’amours interdites et passagères.

Nathan Lane, le clown triste le plus talentueux de Broadway, trouve dans cette pièce un véhicule idéal : il y est simplement phénoménal, maniant avec maestria les névroses et les nombreuses contradictions de son personnage, qui voit soudain son monde s’effondrer, en raison notamment du “nettoyage” de la ville entrepris par le maire républicain Fiorello La Guardia.

Douglas Carter Beane remonte un peu dans mon estime : son écriture est finement équilibrée, mêlant avec soin les moments d’émotion et les scènes de comédie. Les extraits du spectacle de “burlesque” sont joliment intégrés et bénéficient d’une partition inspirée de Glen Kelly, que l’on connaissait jusque-là surtout comme arrangeur. La mise en scène de Jack O’Brien est rythmée et sait appuyer sur les bons boutons, sans excès. Le magnifique décor et les lumières ciselées contribuent beaucoup à l’effet d’ensemble.

La dernière image, dont la simplicité géniale démultiplie l’efficacité, est d’une force bouleversante. On sort la gorge nouée, admiratif devant tant de talent.


“The Jungle Book”

Goodman Theatre, Chicago • 19.7.13 à 20h
Livret et mise en scène : Mary Zimmerman, d’après le film Disney et les nouvelles de Rudyard Kipling. Avec notamment les chansons de Richard M. Sherman et Robert B. Sherman.

Direction musicale : Doug Peck. Avec Akash Chopra (Mowgli), Usman Ally (Bagheera), Kevin Carolan (Baloo), André De Shields (Akela / King Louie), Thomas Derrah (Kaa), Larry Yando (Shere Khan), Ed Kross (Colonel Hathi), …

JunglebookOn se souvient surtout de Mary Zimmerman pour sa mise en scène inoubliable de Metamorphoses, une adaptation des Métamorphoses d’Ovide dont l’action se situait dans une piscine, vue à Broadway en 2002. Elle est aussi derrière la Lucia di Lammermoor du Met de 2007, qui n’avait pas le même impact dramatique.

Zimmerman s’attaque aujourd’hui au Livre de la jungle : elle s’inspire autant du film des Studios Disney de 1967 (dont elle a conservé la trame, ainsi que les chansons, écrites pour l’essentiel par les frères Sherman) que des nouvelles de Rudyard Kipling qui l’ont inspiré pour construire un récit coloré et exotique, enrichi par des emprunts visuels et musicaux à la tradition indienne. On trouve ainsi dans l’orchestre un sitar, un daf, une vînâ, un violon carnatique, un oud… et une tripotée d’instruments à percussion comme le tabla, le dholak et le ghatam.

Les animaux sont évoqués par quelques accessoires ajoutés aux costumes, un peu comme dans The Lion King, mais avec le dixième du budget. Jamais on ne doute de l’identité des loups, des singes, de la panthère, de l’ours… des animaux que Kipling a de toute façon dotés de caractéristiques relativement anthropomorphiques.

La pièce est globalement assez magique… et on doit reconnaître une certaine fascination pour les moments où les “tubes” de la partition (“The Bare Necessities”, “I Wanna Be Like You”) se terminent en “bœuf” où les instruments indiens se mêlent aux instruments occidentaux… d’autant que les comédiens se déchaînent alors autant que les musiciens… parmi lesquels je dois avouer une faiblesse certaine pour la merveilleuse Juli Wood aux saxophones.

Mary Zimmerman confirme avec cette pièce son remarquable instinct pour enchanter un récit sur le plan visuel comme sur le plan visuel. Cette adaptation du Livre de la jungle pourrait légitimement avoir sa place à Broadway : l’avenir le confirmera-t-il ?


L’exposition Dynamo au Grand-Palais

Grand-Palais, Paris • 14.7.13 à 18h

DynamoCoup de chance : l’exposition est très peu fréquentée en cet après-midi de Fête nationale. Comme elle occupe de surcroît une surface exceptionnellement généreuse (deux étages entiers du Grand Palais… l’équivalent d’au moins deux expositions en temps normal), la visite est particulièrement luxueuse.

Certains trouveront peut-être le parcours trop long, mais il réalise un exploit non négligeable en proposant une rétrospective d’un siècle d’intégration du mouvement et de la lumière dans la création artistique — une pratique regroupée sous l’appellation “art cinétique”.

Si le propos est passionnant et l’intérêt, constamment renouvelé, c’est le parti pris muséographique, qui encourage une totale interactivité avec les œuvres, qui emporte une adhésion sans réserve. C’est un bonheur de voir les visiteurs, dans toute leur diversité, intrigués par chacune des œuvre et visiblement impatients de découvrir ce que leur réserve la suite. Le niveau d’implication est sans commune mesure avec ce que l’on observe d’habitude, y compris de la part d’enfants manifestement fascinés.

J’ai retrouvé l’enthousiasme que j’avais ressenti il y a quelques mois en visitant l’exposition “Light Fantastic”, similaire mais plus modeste, à la Hayward Gallery (je ne l’avais pas chroniquée). Coïncidence, certaines pièces proviennent du Musée du 20e siècle de Milan, visité très récemment.


“The Cripple of Inishmaan”

Noël Coward Theatre, Londres • 13.7.13 à 19h30
Martin McDonagh (1996)

Mise en scène : Michael Grandage. Avec Daniel Radcliffe (Billy Claven), Ingrid Craigie (Kate Osbourne), Gillian Hanna (Eileen Osbourne), Pat Shortt (Johnnypateenmike), Conor MacNeill (Bartley McCormick), Sarah Greene (Helen McCormick), Padraic Delaney (Babbybobby Bennett), Gary Lilburn (Doctor McSharry), June Watson (Mammy O’Dougal).

CrippleAprès des prestations remarquées dans Equus (Londres, 2007) puis dans la comédie musicale How To Succeed in Business Without Really Trying (New York, 2011), l’inépuisable Daniel Radcliffe continue à se mettre en danger en relevant un nouveau défi, celui d’une pièce tragi-comique de l’auteur irlandais Martin McDonagh, dont j’avais beaucoup aimé la pièce The Lieutenant of Inishmore, vue à New York en 2006.

Radcliffe est très bon dans le rôle de ce jeune infirme qui, dans les années 1930, rêve d’échapper à la vie de reclus à laquelle il est condamné dans ces fascinantes Îles d’Aran (qui constituaient déjà le cadre du petit opéra Riders to the Sea de Vaughan Williams). Il a la chance d’être entouré d’une troupe exceptionnelle, dans laquelle on a bien du mal à choisir un comédien favori, même si Sarah Greene est proprement sensationnelle dans le rôle d’Helen.

Michael Grandage a concocté une production visuellement splendide : décor magnifique, lumières finement travaillées, ambiance sonore exquise. Il met parfaitement en valeur le texte de McDonagh qui, comme celui de The Lieutenant of Inishmore, est un petit bijou comique.


“High Society”

G Live, Guilford • 13.7.13 à 14h30
Musique et lyrics : Cole Porter. Livret : Arthur Kopit. Lyrics additionnels : Susan Birkenhead. D’après la pièce The Philadelphia Story de Philip Barry et le film High Society.

Mise en scène : Anna Linstrum. Direction musicale : Michael Haslam. Avec Sophie Bould (Tracy Lord), Michael Praed (Dexter Haven), Marilyn Cutts (Margaret Lord), Daniel Boys (Mike Connor), Teddy Kempner (Uncle Willie), Katie Lee (Dinah Lord), Alex Young (Liz Imbrie), Keiron Crook (George Kittredge), Craig Pinder (Seth Lord).

HighsocietyQuelle merveilleuse surprise ! Évidemment, High Society est l’un des bijoux de Cole Porter, l’un des géants de l’histoire de Broadway… une véritable collection de “tubes” plus entraînants les uns que les autres (Porter a écrit les chansons pour le film de 1956 ; la version scénique date de la fin des années 1990 — je l’ai vue à Broadway en 1998).

Mais je ne m’attendais pas, en allant voir cette tournée dans la grande banlieue de Londres, à une telle qualité : un décor extrêmement astucieux incorporant une tournette, des visuels léchés, un orchestre dans une forme olympique, avec des cuivres sensationnels… et une distribution de très bon standing, dans laquelle j’ai retrouvé avec plaisir Michael Praed, que je me souviens très bien avoir vu dans le rôle principal de la comédie musicale Copacabana à Blackpool en 1995, à l’occasion de mon tout premier voyage “musical” vers une destination autre que Londres. 

Bref, un petit bijou, interprété avec classe, talent et un enthousiasme communicatif. J’ai sérieusement hésité à rester pour voir aussi la représentation du soir (qui se trouvait être également la dernière représentation de la tournée, arrivée à son terme).

On peut voir la bande-annonce (manifestement enregistrée très tôt car tout n’est pas au point) ici.


“Falstaff”

UGC Ciné-Cité Bercy, Paris • 11.7.13 à 19h45
Verdi (1893). Livret : Arrigo Boito, d’après Shakespeare

Projection d’un enregistrement effectué en juin 2009 au Festival de Glyndebourne.

London Philharmonic Orchestra, Vladimir Jurowski. Mise en scène : Richard Jones. Avec Christopher Purves (Sir John Falstaff), Tassis Christoyannis (Ford), Dina Kuznetsova (Alice Ford), Marie-Nicole Lemieux (Mistress Quickly), Jennifer Holloway (Meg Page), Adriana Kucerova (Nannetta), Bulent Bezduz (Fenton), Peter Hoare (Dr Caius), Alasdair Elliott (Bardolph), Paolo Battaglia (Pistol).

FalstaffIntéressante production, dont on retiendra principalement la direction musicale survitaminée de Vladimir Jurowski et la prestation intense et inspirée de Christopher Purves. Certains choix de mise en scène sont un peu curieux (ces chats mécaniques omniprésents sont horripilants), les visuels sont moches et la fin est décevante, mais la direction d’acteurs est réussie et on apprécie l’engagement de l’ensemble de la troupe au service de cette touchante tragi-comédie.


“The Last Five Years”

L’Auguste Théâtre, Paris • 10.7.13 à 21h
Musique et lyrics : Jason Robert Brown. Mise en scène : Stéphane Ly-Cuong. Direction musicale : John Florencio. Avec Miranda Crispin (Cathy) et Jonathan Wagner (Jamie).

FiveyearsJ’ai déjà évoqué cette comédie musicale lorsque je l’ai vue à Londres en 2006, puis en 2008. Écrite par l’un des “jeunes” espoirs de Broadway (il a tout de même 43 ans), elle présente le destin d’un couple d’artistes (il écrit, elle est comédienne), de leur rencontre à leur séparation… mais, et c’est ce qui rend la pièce poignante, “il” vit l’histoire dans l’ordre chronologique alors qu’“elle” commence par la fin et remonte progressivement le temps.

Les deux personnages ne se trouvent donc jamais à la même époque, même lorsqu’ils sont côte à côte sur scène. Ils ne se “croisent” qu’une fois, au milieu de la pièce. Il me semble que, si j’étais metteur en scène, je serais terrorisé à l’idée que ce concept échappe aux spectateurs. Heureusement, les chansons sont assez explicites — mais lorsque la mise en scène doit se passer de décor et d’accessoires, comme c’est le cas en l’occurrence, il me semble que le risque est bien réel. (Il est bien sûr quasiment impossible d’en juger objectivement quand on arrive en connaissant la pièce.)

Ce spectacle est présenté, comme Edges, par un organisme parisien de professionnalisation dédié au théâtre musical. Sacré défi pour les deux comédiens qui doivent porter un spectacle exigeant, dont les chansons sont assez complexes. Miranda Crispin et Jonathan Wagner consacrent beaucoup d’énergie à leurs rôles, avec des degrés de réussite différents — Crispin a notamment ce don que n’a pas Wagner de savoir évoquer une émotion par un regard, un geste, une hésitation… et il arrive à Wagner d’être dépassé par une langue dont il ne maîtrise pas parfaitement la prononciation — à son crédit, il ne se laisse jamais déstabiliser. Il faut dire aussi que le personnage de Cathy me semble globalement mieux servi par la partition (“A Part Of That” et “A Summer in Ohio” sont vraiment splendides sur le plan musical).

The Last Five Years fait partie de ces œuvres auxquelles je m’attache de plus en plus avec le temps, une situation assez courante avec les créations de la “jeune” génération de compositeurs. Mon intérêt avait jusque là tendance à s’émousser à partir du milieu de la pièce, mais cette production a réussi à soutenir mon intérêt jusqu’à la fin. La direction musicale décidément remarquable de John Florencio au piano y est sans doute pour beaucoup.

Une adaptation cinématographique de The Last Five Years est en préparation. Je suis le premier surpris, mais je ressens maintenant une forme d’impatience… d’autant que je n’ai pas réussi à caser la récente production new-yorkaise dans mon emploi du temps.

(Full disclosure : Stéphane Ly-Cuong est un ami et je n’ai pas payé ma place.)


L’Exposition Jacques Demy à la Cinémathèque française

Cinémathèque française, Paris • 10.7.13 à 12h30

DemyUne bulle de fraîcheur et de géniale fantaisie dont on aimerait ne jamais sortir. La muséographie est admirable, mêlant photos, costumes, maquettes, partitons, reconstitutions, extraits de films, … le tout dans un environnement au moins aussi enchanté que celui de Jacques Demy. L’occasion de se faire une idée aussi sur l’impressionnant travail de préparation qui sous-tend chacun des opus du réalisateur nantais.

“Signes”

Opéra Bastille, Paris • 9.7.13 à 19h30
Chorégraphie : Carolyn Carlson (1997). Musique originale : René Aubry. Décors et costumes : Olivier Debré.

Avec Agnès Letestu, Stéphane Bullion, les Premiers danseurs et le Corps de ballet de l’Opéra de Paris.

SignesL’œuvre montre peut-être son âge, mais elle est doucement attachante : musique, visuels, chorégraphie constituent un bel ensemble esthétiquement cohérent, pimenté par juste ce qu’il faut d’humour pour éviter la noyade dans le tout-conceptuel. On aimerait que la mise en place soit un peu plus au point… mais, comme toujours, je suis très touché par ce rapport unique que les danseurs de l’Opéra de Paris entretiennent avec leur corps. Je suis particulièrement sensible au charme de Stéphane Bullion, dont la forte personnalité rayonne littéralement.


L’Exposition Chagall au Musée du Luxembourg

Musée du Luxembourg, Paris • 8.7.13 à 20h

DavidProlongement idéal de la rétrospective de Madrid (il y a quelques recoupements), cette exposition propose une approche à la fois thématique et chronologique très satisfaisante de l’œuvre de ce peintre inclassable au vocabulaire si particulier. Les illustrations de la Bible, mieux mises en valeur qu’à Madrid, sont particulièrement fascinantes.

Dommage que l’espace soit aussi exigu. Je n’ai en général aucun problème à me faufiler derrière les autres visiteurs pour regarder par dessus leurs épaules, mais la place manque à cette heure de grande affluence.


“Death in Venice”

De Nederlandse Opera, Amsterdam • 7.7.13 à 13h30
Britten (1973). Livret : Myfanwy Piper, d’après la nouvelle de Thomas Mann.

Rotterdam Philharmonic Orchestra, Edward Gardner. Mise en scène : Deborah Warner. Avec John Graham-Hall (Gustav von Aschenbach), Andrew Shore (The Traveller, etc.), Tim Mead (The Voice of Apollo), Laura Caldow (The Polish Mother), Sam Zaldivar (Tadzio), …

VeniceExcellente idée de la part de l’Opéra d’Amsterdam que de montrer cette magnifique production de l’English National Opera, créée en 2007. On est subjugué par la beauté des images conçues par Deborah Warner et par ses collaborateurs.

Death in Venice est une œuvre exigeante pour le titulaire du rôle d’Aschenbach, en scène presque sans interruption du début à la fin. John Graham-Hall s’acquitte superbement de la tâche, en proposant une interprétation habitée et intense, très touchante, tandis qu’Andrew Shore est délicieusement inquiétant dans la brochette de rôles vaguement méphistophéliques qui se succèdent autour de lui. Le coup de génie de Britten, bien sûr, est d’avoir fait de Tadzio un danseur, dont les scènes sont accompagnées d’une musique quasiment d’un autre monde, ce qui tisse une ambiance joliment poétique et place d’emblée les deux personnages dans des univers irrémédiablement séparés.

Comme d’habitude, la direction musicale d’Edward Gardner est irréprochable. Un régal.


Concert Mozart / Bruckner au Concertgebouw

Concertgebouw, Amsterdam • 6.7.13 à 20h
Orchestre philharmonique de la radio néerlandaise, Eliahu Inbal

Mozart : concerto pour piano n° 20 (Lucas Jussen, piano)
Bruckner : symphonie n° 9

ConcertgebouwUn Mozart bien pâteux et indigeste, même si Inbal a la bonne idée de mettre le basson à l’honneur. Lucas Jussen est beaucoup plus fin que l’orchestre, mais son interprétation sans génie, sans tripes et sans rubato, quasiment scolaire, laisse de marbre. Curieux enthousiasme du public.

Le Bruckner est plus réussi bien que pas complètement en place. Inbal maîtrise parfaitement les ruptures et les superpositions ; sa vision donne homogénéité et fluidité à la musique.


Le Bal du centenaire au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 5.7.13 à 21h
Avec le big band “Tous Dehors” 

CentenaireExcellente idée de la part du TCE que d’avoir imaginé ce bal parmi les événements organisés à l’occasion du centenaire du théâtre. Les premiers rangs d’orchestre sont recouverts par un plancher de danse et un big band d’une belle virtuosité fait monter la température. Les hommages s’enchaînent aux styles musicaux de l’entre-deux-guerres, mais le traitement est souvent moderne… parfois un peu trop à mon goût. L’ambiance lumineuse est superbement conçue. Même sans danser, on passe un excellent moment. On aurait bien joué un peu les prolongations.