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Posts from June 2013

“Unlock’d”

The Duke on 42nd Street, New York • 30.6.13 à 14h
Musique : Derek Gregor. Livret et lyrics : Sam Carner.

Mise en scène : Marlo Hunter. Direction musicale : Adam Wachter. Avec Jillian Gottlieb (Belinda), Jennifer Blood (Clarissa), Sydney James Harcourt (Roderick Shearing), A.J. Shively (Edwin), Catherine LeFrere (Avia / Katherine), Maria Couch (Esther / Madeline), Chandler Reeves (Ariella / Gertrude), Chris Gunn (Umbriel / Lord Littlewit), Adam Daveline (Caleb / Sir Flittybud), Hansel Tan (Barney / Sir Inconstantine), Emily Rogers (The Maid / Voice of Beatrice), Lukas Poost (The Gardener).

Unlock'dCette petite comédie musicale assez délirante est le résultat de près de dix ans de gestation. Elle a bénéficié d’un Richard Rodgers Award et a été présentée au New York Musical Theatre Festival, lieu d’émergence de talents nouveaux.

Unlock’d ne se laisse pas facilement décrire, mais disons qu’il s’agit d’une farce dont l’intrigue centrale est un chassé-croisé amoureux dont la résolution implique de longues discussions concernant les cheveux de l’héroïne, Belinda (d’où le titre, qui se réfère à une mèche de cheveux — lock — ou, plus exactement, à la perte de ladite mèche… mais aussi au “déblocage” que permettra cette perte… bref…) Par les temps qui courent, une telle intrigue originale est aussi inattendue que remarquable.

Le style de l’écriture de fait penser au Shakespeare du Songe d’une nuit d’été et révèle une plume de très belle qualité, tant dans les dialogues parlés que dans les lyrics des chansons. La musique, interprétée par un excellent orchestre de six musiciens, bénéficie d’une belle veine mélodique et d’une inspiration riche et variée. Les comédiens s’approprient la farce avec talent et la mise en scène, précise et rythmée, permet au potentiel comique de la pièce de se révéler dans d’excellentes conditions.

Un spectacle inattendu et charmant, léger et séduisant. On applaudit.


“Far From Heaven”

Playwrights Horizons, New York • 29.6.13 à 20h
Musique : Scott Frankel. Lyrics : Michael Korie. Livret : Richard Greenberg, d’après le film écrit et réalisé par Todd Haynes.

Mise en scène : Michael Greif. Direction musicale : Lawrence Yurman. Avec Kelli O’Hara (Cathy Whitaker), Isaiah Johnson (Raymond Deagan), Steven Pasquale (Frank Whitaker), Quincy Tyler Bernstine (Sybil), Nancy Anderson (Eleanor Fine), …

HeavenLe film Far From Heaven de 2002 avec Julianne Moore et Dennis Haysbert m’a beaucoup marqué. Aussi était-ce avec une réelle curiosité que j’allais voir cette adaptation en comédie musicale.

Le compositeur et le lyriciste, Scott Frankel et Michael Korie, sont surtout connus pour la comédie musicale Grey Gardens, que je n’avais que modérément appréciée en 2007… mais on leur doit aussi l’original Happiness (vu en 2009) et, plus récemment, l’adaptation en comédie musicale de Finding Neverland. Rien de tout cela ne me préparait au petit bijou qu’ils ont écrit pour ce spectacle : une partition enchanteresse, pleine de mélodies délicieuses et de rythmes séduisants… magnifiquement orchestrée par Bruce Coughlin et interprétée par un très bon orchestre où l’on entend notamment un envoûtant cor anglais.

Le livret de Richard Greenberg, très fidèle au film, est parfaitement structuré et donne un excellent rythme à l’histoire, ponctuée par d’intéressantes scènes sans paroles.

La distribution est parfaite : Kelli O’Hara et Isaiah Johnson, en particulier, ont des voix magnifiques et ils chantent chaque note avec une attention infinie à la couleur et à l’expression. (On est un peu distrait pendant les dix premières minutes par le fait que Kelli O’Hara soit enceinte, ce qui ne colle pas avec l’histoire, mais on finit par se laisser entraîner par la magie du théâtre.)

La mise en scène s’appuie sur un décor en plate-forme complété par des projections, ce qui semble être devenu la marque de fabrique de Michael Greif (on se croirait dans Next To Normal ou, encore plus, dans Rent). Les costumes délicieusement années 1950 sont magnifiques — on ne peut s’empêcher de penser à la série Mad Men, bien qu’elle soit postérieure au film. Les lumières de Kenneth Posner sont un atout supplémentaire particulièrement bienvenu pour faire oublier la petite taille du théâtre.

Ce Far From Heaven est sans doute la meilleure création que j’aie vue depuis bien longtemps. Je n’ose imaginer que sa vie s’arrête le 7 juillet comme prévu. Espérons au moins qu’un CD permette de préserver le spectacle pour l’éternité.


“Pippin”

Music Box Theatre, New York • 29.6.13 à 14h30
Musique et lyrics : Stephen Schwartz (1972). Livret : Roger O. Hirson.

Mise en scène : Diane Paulus. Direction musicale : Charlie Alterman. Avec Patina Miller (Leading Player), Matthew James Thomas (Pippin), Terrence Mann (Charles), Erik Altemus (Lewis), Charlotte d’Amboise (Fastrada), Andrea Martin (Berthe), Rachel Bay Jones (Catherine), Ashton Woerz (Theo), …

PippinMa dernière rencontre avec Pippin avait été assez catastrophique. Aussi est-ce avec une réelle joie que j’ai découvert cette nouvelle version, récemment distinguée par le Tony Award de la meilleure reprise de la saison.

Pippin fait partie de ces œuvres difficilement séparables de leur conception originale — en l’occurrence, la mise en scène et la chorégraphie du génial Bob Fosse (heureusement préservée pour la postérité par un enregistrement vidéo officiel effectué en 1981 — voir par exemple le numéro d’ouverture ici). Diane Paulus a eu la sagesse de ne pas vouloir réinventer la roue : son concept de mise en scène est largement inspiré de celui de Fosse, mais elle passe à la vitesse supérieure en multipliant les images et les illusions inspirées du monde du cirque contemporain — on peut voir ici ce que donne le même numéro d’ouverture, tel qu’il a été présenté à la cérémonie des Tony Awards.

Le résultat est d’autant plus réussi que la distribution, menée par la délicieuse Patina Miller (déjà remarquée dans Sister Act à Londres puis à Broadway) et le très attachant Matthew James Thomas, est d’une qualité rare. Les rôles secondaires sont tous confiés à de très bons comédiens, dont se distingue peut-être la Catherine exquisément déjantée de Rachel Bay Jones. La vétérane Andrea Martin fait un tabac mérité dans la scène de la grand-mère, Berthe — sans doute la scène la plus “rentable” de l’histoire de la comédie musicale, qui permet aux bonnes comédiennes de faire un triomphe pour dix minutes de prestation environ.

La beauté de la partition, l’inventivité de la mise en scène et l’énergie de la distribution se combinent pour créer une très belle expérience théâtrale. Un plaisir d’autant plus grand lorsque le public, comme c’était le cas à cette représentation, exprime de manière très vive un enthousiasme bien compréhensible.


“Matilda”

Shubert Theatre, New York • 28.6.13 à 20h
Musique & lyrics : Tim Minchin. Livret : Dennis Kelly, d’après le roman pour enfants de Roald Dahl.

Mise en scène : Matthew Warchus. Direction musicale : David Holcenberg. Avec Bertie Carvel (Miss Trunchbull), Gabriel Ebert (Mr. Wormwood), Lesli Margherita (Mrs. Wormwood), Lauren Ward (Miss Honey), Taylor Trensch (Michael Wormwood), Karen Aldridge (Mrs. Phelps), Ben Thompson (The Escapologist), Samantha Sturm (The Acrobat), John Arthur Greene (Doctor), Phillip Spaeth (Rudolpho), … Et les enfants : Sophia Gennusa (Matilda), Frenie Acoba (Lavender), Jack Broderick (Bruce), Jared Parker (Nigel), Beatrice Tulchin (Amanda), Ted Wilson (Eric), Ava DeMary (Alice), Emma Howard (Hortensia), Sawyer Nunes (Tommy).

MatildaComme prévu, ce gros succès londonien (vu fin 2011) a récemment ouvert ses portes à Broadway.

Pour l’essentiel, le ressenti est le même qu’à Londres : une excellente adaptation théâtrale qui parvient à préserver l’attrait très particulier des histoires de Roald Dahl ; une mise en scène qui enchaîne les visuels très inspirés, dans un décor magnifique ; une partition inégale, qui ne parvient à “accrocher” réellement que dans la chanson “When I Grow Up”, extrêmement touchante.

Je ne suis toujours pas convaincu par le choix de faire jouer le rôle de la redoutable Miss Trunchbull par un homme… mais force est de reconnaître que Bertie Carvel, qui jouait déjà le rôle à Londres, propose une prestation formidable. L’autre transfuge de Londres, Lauren Ward, est douce et charmante à souhait, comme le suggère bien sûr le nom de son personnage, Miss Honey.

Le reste de la distribution est excellent, peut-être un peu plus agressif dans son désir de plaire que la troupe londonienne. On est impressionné par la performance collective du groupe d’enfants, dont certains possèdent un réel charisme. On est malheureusement un peu moins convaincu qu’à Londres par la jeune comédienne qui joue le rôle-titre : elle donne un peu plus l’impression de réciter son rôle et certains passages ne “sonnent” pas très juste.


“Die Meistersinger von Nürnberg”

Het Muziektheater, Amsterdam • 23.6.13 à 13h30
Wagner (1868)

Orchestre Philharmonique des Pays-Bas, Marc Albrecht. Mise en scène : David Alden. Avec James Johnson (Hans Sachs), Roberto Saccà (Walther von Stolzing), Adrian Eröd (Sixtus Beckmesser), Agneta Eichenholz (Eva), Alastair Miles (Veit Pogner), Thomas Blondelle (David), Sarah Castle (Magdalena), …

MeistersingerC’est un plaisir et un privilège de pouvoir entendre à nouveau ce magnifique opéra une semaine à peine après la magnifique version de Budapest… d’autant que, sans atteindre tout à fait les mêmes sommets, on ressort de cette représentation sur un petit nuage.

Le mérite en revient avant tout à la direction musicale énergique et relativement irréprochable de l’excellent Marc Albrecht. Dès l’ouverture, on se régale de l’attention apportée à l’équilibre des plans sonores et aux envoûtants contre-chants. Albrecht mène aussi bien les passages les plus héroïques que les pages plus intimes et émouvantes, tenant l’orchestre comme les chœurs dans un bel ensemble très équilibré.

La distribution est un petit cran en-dessous de celle de Budapest, mais on y remarque tout particulièrement le Walther très lyrique de Roberto Saccà et l’excellent Beckmesser d’Adrian Eröd (dont je suis enchanté de constater qu’il semble faire une belle carrière après ses prestations remarquées à Vienne, notamment dans Manon et dans Faust). L’Eva d’Agneta Eichenholz et le David très attachant de Thomas Blondelle méritent également d’être signalés.

Mise en scène inégale mais plutôt réussie de David Alden, dont le Billy Budd m’avait pourtant paru bein cryptique. Alden introduit une dose d’humour bien calibrée dans sa mise en scène… et il est particulièrement inspiré à la fin de l’acte 2. Il commet malheureusement une erreur courante en enfermant l’action dans un espace trop petit pour accueillir confortablement l’ensemble des protagonistes dans la deuxième moitié de l’acte 3… alors qu’il dispose d’une scène immense.


“Götterdämmerung”

Teatro alla Scala, Milan • 22.6.13 à 18h
Wagner (1876)

Direction musicale : Daniel Barenboim. Mise en scène : Guy Cassiers. Avec Iréne Theorin (Brünnhilde), Andreas Schager (Siegfried), Mikhail Petrenko (Hagen), Gerd Grochowski (Gunther), Anna Samuil (Gutrune), Johannes Martin Kränzle (Alberich), Waltraud Meier (Waltraute), Margarita Nekrasova, Waltraud Meier, Anna Samuil (les Nornes), Aga Mikolaj, Maria Gortsevskaya, Anna Lapkovskaja (les Filles du Rhin).

GötterdämmerungFin de Ring en beauté, avec l’une des meilleures Brünnhilde actuelles, particulièrement en forme (et à qui on ne peut être que très reconnaissant de ne pas du tout s’économiser dans les deux premiers actes en prévision du final)… et, surtout, le Siegfried vocalement éblouissant d’Andreas Schager, que je voyais sauf erreur pour la première fois. Schager est malheureusement aussi mauvais comédien qu’il est bon chanteur… mais, pour une performance radiophonique, il ne doit pas y avoir beaucoup mieux sur le marché actuellement : absolument toutes les notes sont là, émises avec puissance, précision et un lyrisme irrésistible. L’histoire dira si Schager réussit à maintenir ce standard longtemps car il semble se mettre beaucoup en risque.

Le reste de la distribution est solide, même si Mikhail Petrenko ne convainc pas complètement en Hagen ; ses notes tenues trémulantes, en particulier, sont irritantes. Le Gunther de Gerd Grochowski, déjà entendu à Aix et à San Francisco, a beaucoup d’épaisseur. La Gutrune d’Anna Samuil est investie, mais elle sonne par moments comme une anche mal réglée. La Waltraute de Waltraud Meier est exceptionnelle — pour une fois, j’ai entendu l’intégralité de cette scène, pendant laquelle j’ai malencontreusement tendance à piquer du nez. Et les Filles du Rhin sont infiniment plus convaincantes que dans Rheingold (alors que ce sont les mêmes chanteuses).

On est reconnaissant à Guy Cassiers de continuer à puiser dans la grammaire visuelle établie dans les épisodes précédents — en l’enrichissant au passage de références nouvelles pour les Gibichungen. Malheureusement, il se casse les dents là où beaucoup de metteurs en scène rendent les armes, avec le dispositif scénique encombrant destiné à accueillir les chœurs de l’acte 2. Cette estrade laide et cahotante continuera à occuper la scène jusqu’à la fin de la pièce… et Brünnhilde s’en jettera, telle Tosca, de manière bien peu convaincante, lors d’un final qui n’a pas le dixième de l’impact visuel de ce qu’on aurait pu espérer.

Jusqu’au bout, on aura eu l’impression d’une mise en scène qui raisonne en images statiques, sauvée par des projections particulièrement inspirées. Reste que la scène du ravissement de Brünnhilde dans le premier acte est un véritable petit bijou grâce à la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui — et elle m’oblige à faire amende honorable quant à l’opportunité de faire représenter le Tarnhelm par des danseurs.

La direction musicale de Daniel Barenboim recherche l’impact maximal… et, la plupart du temps, elle atteint son objectif, même si c’est parfois au détriment d’une forme de subtilité. On a fini par s’habituer aux oppositions de tempi extrêmes… et force est de constater que les musiciens ont gardé un bon réservoir d’énergie pour donner aux derniers tableaux l’intensité qu’ils méritent.


“Siegfried”

Teatro alla Scala, Milan • 20.6.13 à 18h30
Wagner (1876)

Direction musicale : Daniel Barenboim. Mise en scène : Guy Cassiers. Avec Lance Ryan (Siegfried), Peter Bronder (Mime), Terje Stensvold (Wotan), Johannes Martin Kränzle (Alberich), Alexander Tsymbalyuk (Fafner), Anna Larsson (Erda), Iréne Theorin (Brünnhilde), Mari Eriksmoen (Waldvogel).

SiegfriedTrès beau Siegfried, qui continue à enchaîner de superbes images scéniques… et dans lequel la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui refait une brève apparition dans le deuxième acte (pour figurer Fafner, de manière assez peu convaincante… puis pour représenter avec beaucoup plus de succès les pouvoirs conférés à Siegfried par le sang du dragon).

On apprécie que Lance Ryan s’efforce de chanter toutes les notes de la partition, ce que tous les Siegfried ne se croient pas obligés de tenter. Il n’atteint son but que dans 90 % ou 95 % des cas, ce qui est tout à fait honnête compte tenu de la difficulté et de la longueur du rôle. Son duo final avec Iréne Theorin, particulièrement en forme, est très réussi.

On retrouve avec plaisir l’excellent Wotan/Wanderer de Terje Stensvold, déjà entendu à Helsinki, et l’Alberich de Johannes Martin Kränzle, encore meilleur que dans Rheingold. Peter Bronder se rend sympathique par une interprétation de Mime très agitée… mais il prend quelques raccourcis et ne chante pas vraiment toutes ses notes.

Barenboim continue à beaucoup marquer les contrastes dynamiques, mais on trouve ses choix un peu moins inspirés que dans Walküre… et on croit discerner un peu de fatigue du côté de l’orchestre. La tendance à ralentir beaucoup certaines mesures est toujours très présente… et l’horloge placée au-dessus de la scène indique le passage à minuit alors que le rideau final n’est toujours pas tombé.

Je n’utilise pas le surtitrage individuel, mais il m’arrive de jeter un coup d’œil sur l’écran de mon voisin de devant, qui a sélectionné la version anglaise. Je tombe par hasard sur une phrase qui avait déjà retenu mon attention à Valence : “My senses swim and swoon.” J’admire le goût du traducteur pour l’allitération et l'assonance. J’avais déjà remarqué “the wise woman’s wild words” dans Walküre. Fasciné, je continue à lire et, en quelques instants, comme en rafale, je vois “My senses swoon, my reason reels, must my wisdom wither?” ; “Dark dread disappears” ; “With all my senses, I see only the sweet surging sea” et (mon préféré) “You silly store of doughty deeds!”


“Die Walküre”

Teatro alla Scala, Milan • 18.6.13 à 18h30
Wagner (1870)

Direction musicale : Daniel Barenboim. Mise en scène : Guy Cassiers. Avec Simon O’Neill (Siegmund), Waltraud Meier (Sieglinde), René Pape (Wotan), Iréne Theorin (Brünnhilde), Mikhail Petrenko (Hunding), Ekaterina Gubanova (Fricka), Sonja Mühleck (Gerhilde), Susan Foster (Helmwige), Ivonne Fuchs (Waltraute), Anaik Morel (Schwertleite), Carola Höhn (Ortlinde), Leann Sandel-Pantaleo (Siegrune), Nicole Piccolomini (Grimgerde), Simone Schröder (Rossweisse).

WalküreOn se rapproche nettement du sublime avec cette “première journée” nettement plus réussie que le Rheingold de la veille.

Je ne m’en étais pas rendu compte à la lecture de l’affiche, mais la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui a disparu, du moins pour l’instant. La direction d’acteurs reste superficielle, mais les visuels, très travaillés, sont particulièrement réussis. On se régale de la succession de très belles images. Les moments-clés sont très bien soulignés : l’arrivée du printemps (qui rappelle un peu Chéreau) ; le combat de la fin de l’acte 2, plus lisible que d’habitude ; la totalité du troisième acte, d’une intensité rare. Et les projections sur “la grosse boule qui tourne” (qui ne servait pas à grand’ chose d’autre qu’à faire du bruit mal venu pendant Rheingold) sont superbes et hypnotiques.

Il faut dire que les chanteurs contribuent beaucoup à la réussite de l’entreprise. René Pape est encore une fois absolument impérial en Wotan. Et Iréne Theorin (qui était déjà la Brünnhilde de Budapest) est une Brünnhilde extrêmement solide. En compagnie d’un Barenboim qui semble avoir pris ses vitamines par rapport à la veille, ils portent le troisième acte à des sommets de tension et de beauté rarement vus.

Il est très rare, dans mon expérience, que le troisième acte de Walküre réussisse à atteindre le niveau d’extase du premier. En l’occurrence, on finit sur une scène quasiment parfaite de bout en bout… et je suis stupéfait que Pape n’en recueille pas davantage les fruits lors des saluts, où les applaudissement sont bien plus fournis pour Theorin et pour Meier. Je crois me souvenir que les Milanais préfèrent les voix féminines… mais là, c’est ridicule.

Waltraud Meier mérite l’enthousiasme du public, mais sa prestation n’est pas totalement parfaite, avec plusieurs aigus pas très jolis — voire un peu faux. Mais elle est une Sieglinde très attachante, et elle réussit admirablement bien sa sortie, ce qui remet les compteurs à zéro. Son acte en duo avec Simon O’Neill est fougueux et intense… et O’Neill sort magnifiquement tous les aigus terriblement piégeux de Siegmund.

Très belle direction musicale de Daniel Barenboim, beaucoup plus dynamique que la veille, même s’il exagère sans doute un peu trop les contrastes en prenant certains passages très très lentement (je crois qu’il a battu le record de durée pour une représentation de Walküre, même en tenant compte de la durée des entractes). Dans l’ensemble, l’orchestre suit vaillamment, même si le corniste solo a eu une grosse faiblesse et si le trompettiste solo a eu la mauvaise idée de déraper au moment sublime où Wotan avoue n’attendre plus qu’une chose : “Das Ende”.


“Das Rheingold”

Teatro alla Scala, Milan • 17.6.13 à 20h
Wagner (1869)

Direction musicale : Daniel Barenboim. Mise en scène : Guy Cassiers. Avec Michael Volle (Wotan), Stephan Rügamer (Loge), Johannes Martin Kränzle (Alberich), Anna Larsson (Erda), Iain Paterson (Fasolt), Alexander Tsymbalyuk (Fafner), Ekaterina Gubanova (Fricka), Anna Samuil (Freia), Jan Buchwald (Donner), Marius Vlad (Froh), Peter Bronder (Mime), Aga Mikolaj (Woglinde), Maria Gortsevskaya (Wellgunde), Anna Lapkovskaja (Floßhilde).

RheingoldJ’avais été assez critique à l’égard de cette production lorsque je l’avais vue, à sa création, il y a trois ans. Au point d’ailleurs de décider, à l’époque, de ne pas voir la suite de ce Ring coproduit par La Scala et le Staatsoper de Berlin. Mais la chair est faible… et l’idée d’entendre le cycle complet à quelques semaines du bicentenaire de la naissance de Wagner était trop tentante.

Je viens de relire mes commentaires de la création et, pour l’essentiel, ils décrivent très bien ce que j’ai ressenti à nouveau. À une différence près : René Pape n’était pas là pour écraser le reste de la distribution de son talent infini. Le seul point sur lequel je revois volontiers mon appréciation à la hausse est la qualité des projections de fond de scène, assez somptueuses. J’étais mal placé, lors de ma première visite, et il est possible que je n’aie pas bénéficié d’un point de vue idéal.

Pour le reste, je persiste à trouver la mise en scène de Guy Cassiers terriblement statique, une caractéristique d’autant plus évidente que les danseurs, eux, se démènent avec énergie et talent pour défendre la chorégraphie plutôt inspirée de Sidi Larbi Cherkaoui. Les chanteurs, la plupart du temps, sont immobiles, bras balants. Et je ne me remets toujours pas de l’absence d’idée visuelle pour accompagner la montée des Dieux à Walhalla.

Seul Loge semble avoir bénéficié d’une attention particulière… et Stephan Rügamer s’en sort d’autant mieux qu’il est le seul à se joindre à son (excellent) “double dansé”, de manière tout à fait convaincante. La seule belle image qui semble due à la mise en scène et non à la chorégraphie ou aux projections est l’apparition d’Erda, à la fois simple et terriblement efficace.

Distribution homogène mais sans relief. Seule la Freia d’Anna Samuil frôle l’indignitié avec sa voix qui sonne comme du papier aluminium qu’on serait en train de froisser. Outre le Loge de Stephan Rügamer, on remarque l’Alberich engagé de Johannes Martin Kränzle et le Fasolt magnifiquement lyrique de Iain Paterson. La Fricka d’Ekaterina Gubanova a aussi de jolis moments.

Quant à la direction musicale, on reste partagé. Je ne sais si c’est par respect envers les chanteurs ou par conviction musicale que Barenboim dirige 95 % de la partition de manière assez molle, vaguement aristocratique et sans beaucoup de relief, avec certes un instinct stylistique remarquable, mais sans le feu qui couve sous chaque note. De temps en temps, plutôt dans les transitions instrumentales, il met l’orchestre en ébullition et propose un véritable feu d’artifice sonore qui donne la chair de poule.

N’empêche que ce manque de fougue porte préjudice, lui aussi, à l’expérience dramatique. L’immobilisme de la mise en scène s’en trouve souligné, et certains chanteurs, plus exposés, n’en ressortent pas nécessairement à leur avantage — on a notamment un peu de peine pour les Filles du Rhin, qui seraient sans doute mieux mises en valeur par une direction musicale plus présente.


“Lohengrin”

Művészetek Palotája, Budapest • 16.6.13 à 16h
Richard Wagner (1850)

Orchestre de l’Opéra d’État hongrois, Gregory Vajda. Mise en scène : László Marton. Avec István Kovácsházi (Lohengrin), Ricarda Merbeth (Elsa), Michaela Schuster (Ortrud), Anton Keremidtchiev (Telramund), Péter Fried (le Roi Heinrich), Zsolt Haja (le Héraut du roi)…

LohengrinOn descend une grosse marche d’escalier en changeant d’orchestre et de chef à l’occasion du troisième et dernier opéra de ce Festival Wagner. Aucune trace, à la sortie, de l’extase dans laquelle m’avaient plongé les productions de Paris (avec Gergiev à la baguette) ou Munich (avec Nagano)… au point que je me suis entendu dire, en sortant, que Lohengrin était, tous comptes faits, l’opéra de Wagner que j’aimais le moins.

Ce n’est pas que l’orchestre démérite, mais l’alchimie qui rendait Parsifal et Die Meistersinger aussi sublimes ne se produit pas. Pas d’étincelle de génie, pas de solos irrésistibles, pas d’unité parfaite — tous les musiciens ne donnent pas l’impression de vivre la même expérience, en tout cas pas avec la même intensité. Les vents, en particulier, ne sont que de bons musiciens, pas de sublimes solistes.

C’est sur scène, en revanche, que l’on assiste à de très belles choses… et, une fois n’est pas coutume (pour moi), plutôt du côté des voix féminines. Si l’Elsa de Ricarda Merbeth est très réussie, c’est l’Ortrud exquisément méchante de Michaela Schuster qui emporte les suffrages… au grand chagrin, d’ailleurs, de Merbeth, qui fait la gueule pendant les saluts.

On découvre aussi en István Kovácsházi un Lohengrin solide et attachant, bien qu’il n’ait pas du tout le physique du rôle avec ses lunettes et ses airs d’instituteur commençant à compter ses points retraite. L’adieu au cygne est inquiétant, dans une voix de tête au timbre hideux… mais la suite est beaucoup plus convaincante. Kovácsházi possède une facilité qui rappelle un peu celle de Klaus Florian Vogt : il ouvre la bouche et sa voix remplit la salle d’un son puissant, rond et chaleureux, qui passe l’orchestre sans le moindre problème dans les tutti les plus déchaînés.

La mise en scène est largement sans intérêt, même si on aime les fanfares jouées devant l’orgue, au deuxième niveau au-dessus de la scène — un point commun à l’ensemble des productions de cet excellent Festival Wagner.


“Die Meistersinger von Nürnberg”

Művészetek Palotája, Budapest • 15.6.13 à 16h
Wagner (1868)

Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Michael Schulz. Avec James Rutherford (Hans Sachs), Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing), Bo Skovhus (Sixtus Beckmesser), Annette Dasch (Eva), Eric F. Halfvarson (Veit Pogner), Uwe Stickert (David), Gudrun Pelker (Magdalena), … 

MesterdalnokokUne représentation magnifique de bout en bout, menée de manière attentive, inspirée et fréquemment euphorisante par un Ádám Fischer décidément irrésistible. Les musiciens budapestois se donnent corps et âme jusqu’à la dernière seconde, sans montrer le moindre signe de fléchissement. Ils sont aussi envoûtants dans les solos les plus délicats, toujours parfaitement phrasés et équilibrés, que dans les tutti les plus spectaculaires, toujours parfaitement en place.

Jolie mise en scène qui utilise aussi les différents niveaux de la salle pour y loger les chœurs et les allées pour les processions. Les scènes humoristiques du deuxième acte (la sérénade de Beckmesser) sont particulièrement réjouissantes, avec un Bo Skovhus en sur-régime comique malgré sa mobilité réduite (il utilise une béquille à la suite d’une opération au genou). Skovhus, du coup, remonte beaucoup dans mon estime, moi qui le pensais incapable de transmettre la moindre émotion.

Le reste de la distribution est relativement irréprochable, avec des mentions spéciales pour le Walther superbement lyrique de Klaus Florian Vogt, le Sachs joliment mélancolique de James Rutherford et le Pogner sublimement vibrant d’Eric Halfvarson.


“Parsifal”

Művészetek Palotája, Budapest • 14.6.13 à 16h
Wagner (1882)

Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Alexandra Szemerédy & Magdolna Parditka. Avec Christian Franz (Parsifal), Petra Lang (Kundry), Matti Salminen (Gurnemanz), Lauri Vasar (Amfortas), Hartmut Welker (Klingsor), Kolos Kováts (Titurel), …

WagnermupaOn avait été ébloui par leur Ring en 2012 (R, W, S, G) ; on ressort au moins aussi subjugué par un Parsifal d’anthologie, musicalement sublime. L’enthousiasme et l’unité de la phalange hongroise sont toujours aussi séduisants… et Ádám Fischer conduit son petit monde avec une extraordinaire intuition, allant chercher en permanence dans les tréfonds de la partition des traits d’une lumineuse beauté (et distribuant avec générosité de petits signes de reconnaissance, pouce levé, aux musiciens). Les cordes sont toujours aussi incroyables — on aime toujours autant cette sauvagerie intermittente des contrebassistes — et les solistes, tous pupitres confondus, se surpassent pour repousser les limites du sublime, avec une mention spéciale pour le basson solo, particulièrement en forme.

Mise en scène d’une efficacité directement proportionnelle à sa sobriété inspirée : la scène, initialement recouverte de noir, devient une allégorie du bien et du mal lorsqu’elle se trouve à moitié découverte à la fin du premier acte, faisant apparaître une division parfaite entre le blanc et le noir. Une fois obtenue la rédemption à l’acte 3, le noir est définitivement chassé pour laisser place à une scène d’un blanc éclatant, aussi pur que le monde en train de renaître. L’utilisation des lumières est remarquable… et une simple plume intelligemment utilisée donne plus de substance dramatique à la représentation que ne le ferait un décor compliqué.

Fischer et les metteuses en scène utilisent parfaitement les différents niveaux de la salle pour spatialiser les chœurs et obtenir des effets qui donnent instatanément la chair de poule.

Distribution solide, dans laquelle on a envie de distinguer l’Amfortas de Lauri Vasar, dont la belle voix grave ne se départit jamais de son irrésistible timbre soyeux, même lorsqu’il chante les pires souffrances de son personnage. Beaucoup de vétérans parmi les autres chanteurs ; Christian Franz, pour qui j’ai pourtant une affinité limitée, sort progressivement de sa demi-paresse du début pour finir en beauté.


Concert ONF / Gatti au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 13.6.13 à 20h
Orchestre national de France, Daniele Gatti

GattiWagner :
Tannhaüser, ouverture
Lohengrin, prélude de l’acte I
Tristan und Isolde, Prélude et Mort d’Isolde
Die Meistersinger von Nürnberg, Prélude
Stravinsky : Le Sacre du printemps (sur un film d’animation de Sagar Forniés) 

Concert magnifique de bout en bout. L’ONF se hisse à des sommets éblouissants sous la conduite de Daniele Gatti. Les extraits de Wagner sont tout en tensions et en phrasés irrésistibles — les violoncelles de Tristan donnent la chair de poule. Le Sacre est d’une exquise crudité primale, et techniquement irréprochable.

Un prélude idéal à ma semaine de célébration du bicentenaire Wagner.


“I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky”

Théâtre du Châtelet, Paris • 11.6.13 à 20h
Musique : John Adams. Livret & lyrics : June Jordan.

Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti. Direction musicale : Alexander Briger. Avec Carlton Ford (Dewain), Hlengiwe Mkhwanazi (Consuelo), Joel O’Cangha (David), Janinah Burnett (Leila), John Brancy (Mike), Jonathan Tan (Rick), Wallis Giunta (Tiffany).

CeilingJ’ai gardé un souvenir ému de ce jour de la saison 1995/1996 où j’ai découvert cette œuvre à la MC93 de Bobigny, dans une mise en scène de Peter Sellars, sans très bien savoir ce que j’allais voir. C’est une œuvre hybride et difficile à décrire. Sur le plan musical, on navigue entre l’opéra et la comédie musicale, avec une partition qui doit autant à Ravel qu’au gospel ou à Burt Bacharach. Sur le plan dramatique, bien que la pièce raconte une histoire continue avec exposition, nœud et dénouement, la forme évoque plus le cycle de lieder que le théâtre musical au sens traditionnel du terme.

I Was Looking at the Ceiling… se déroule au moment du grand tremblement de Northridge de 1994, qui a lourdement affecté Los Angeles. Mais ce sont les bouleversements apportés à la vie des personnages principaux qui sont au centre la pièce. L’argument est un peu convenu et les lyrics, parfois pontifiants, mais la partition est superbe, variée et pleine de couleurs séduisantes.

Le Châtelet, une fois de plus, nous propose une production de très grande qualité. La mise en scène, réglée au cordeau, est intelligemment conçue comme une série de tableaux qui suivent le cycle de chansons. Elle s’appuie sur des éléments de décor d’une époustouflante versatilité, couplés à des lumières et des projections inventives et remarquablement réglées. La distribution est de bon niveau, même si on n’atteint pas la perfection de l’enregistrement paru en 1996 chez Nonesuch, avec notamment l’inégalable Audra McDonald.


“Billy”

Union Theatre, Londres • 9.6.13 à 14h30
Musique : John Barry. Lyrics : Don Black. Livret : Dick Clement & Ian La Frenais, d’après Billy Liar de Keith Waterhouse.

Mise en scène : Michael Strassen. Direction musicale : Richard Bates. Avec Keith Ramsey (Billy), Mark Carroll (Geoffrey Fisher), Ricky Butt (Alice Fisher), Paddy Glynn (Gran), Mark Turnbull (Councillor Duxbury), Michael Adams (Shadrack), Katerina Stearman (Liz), Rosie Clarkson (Barbara), Laura Bryars (Rita), Adam Colbeck-Dunn (Arthur), Tom Senior (Stamp), …

BillyEncore une rareté ! La comédie musicale Billy n’avait pas été vue à Londres depuis sa création, en 1974. Elle avait alors tenu l’affiche plus de deux ans dans l’un des plus grands théâtres londoniens, le Theatre Royal Drury Lane, et avait offert à un certain Michael Crawford — le futur créateur du rôle-titre dans The Phantom of the Opera — son premier grand rôle.

Billy s’inspire d’un roman dont le personnage principal échappe à la grisaille de son quotidien en se créant un monde imaginaire dans lequel il devient une série de personnages extraordinaires. (On ne peut s’empêcher de penser à une histoire similaire, The Secret Life of Walter Mitty, une nouvelle devenue une comédie musicale dans les années 1960.)

En toute honnêteté, même si la partition de John Barry contient de très jolies pages, il est difficile de comprendre aujourd’hui comment Billy a pu rencontrer un tel succès lors de sa création… sauf à se dire que Michael Crawford devait vraiment dégager une aura exceptionnelle.

Une aura que ne possède pas le jeune Keith Ramsey, même s’il investit une énergie remarquable dans ce rôle exceptionnellement difficile.

On est néanmoins très heureux de pouvoir redécouvrir cette œuvre largement oubliée… d’autant que Michael Strassen signe une fois encore une mise en scène pleine d’invention et de classe, qui s’appuie notamment sur des lumières magnifiques.


“Star Trek: Into Darkness” (3D)

BFI Imax, Londres • 8.6.13 à 21h
J. J. Abrams (2013). Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Benedict Cumberbatch, …

StartrekAbrams avait réussi son coup d’essai avec son premier Star Trek de 2009, qui fonctionnait comme une sorte de préquelle à la célèbre série télévisée des années 1960. Il se débrouille encore très bien de ce deuxième épisode, grâce à une distribution solide et à un scénario globalement bien ficelé, bien qu’on voie venir chaque rebondissement de très loin.

La force principale du scénario est, une fois encore, de s’appuyer sur les caractéristiques bien connues des personnages principaux, ce qui vaut en particulier des traits d’humour réussis pour les personnages de Scotty et du Docteur McCoy. L’une des scènes de la fin du film — et les péripéties qui lui sont attachées — paraissent cependant bien faibles au regard de la qualité d’ensemble.


“The Pajama Game”

Minerva Theatre, Chichester • 8.6.13 à 14h45
Musique et lyrics : Richard Adler & Jerry Ross. Livret : George Abbott & Richard Bissell, d’après le roman 7½ Cents

Mise en scène : Richard Eyre. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Joanna Riding (Babe Williams), Hadley Fraser (Sid Sorokin), Peter Polycarpou (Vernon Hines), Alexis Owen-Hobbs (Gladys), Claire Machin (Mabel), Colin Stinton (Hasler), Eugene McCoy (Prez), …

PajamaC’est toujours un plaisir de revoir ce grand classique des années 1950, récompensé à l’époque par trois Tony Awards, dont celui de la meilleure comédie musicale et celui de la meilleure chorégraphie (pour un certain Bob Fosse).

La production qu’en propose le Festival de Chichester est extrêmement attachante, grâce à une mise en scène pleine d’énergie de Richard Eyre, à des chorégraphies originales de Stephen Mear, à la direction musicale enthousiaste du talentueux Gareth Valentine (qui a également fourni quelques arrangements magnifiques pour des scènes dansées)… et à des lumières somptueuses de Howard Harrison.

Dans le rôle principal de Sid Sorokin, Hadley Fraser (déjà remarqué dans The Fantasticks) se révèle d’un irrésistible charisme grâce notamment à une voix d’une grande chaleur. On ne peut malheureusement pas en dire autant de Joanna Riding, qui ne semble pas complètement à sa place dans le rôle féminin principal. Pour le reste, la distribution est excellente, avec des mentions particulières pour la Mabel de Claire Machin et le Hines du toujours attachant Peter Polycarpou.


Récital Elisabeth Leonskaja à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 2.6.13 à 16h
Elisabeth Leonskaja, piano

Ravel : Valses nobles et sentimentales
Enesco : sonate n° 1
Debussy : Trois préludes
Schubert : sonate, D. 959

LeonskajaOù l’on retrouve avec plaisir cette magnifique pianiste russe découverte récemment. N’étant pas un grand aficionado de Schubert, je n’ai pas autant vibré que le reste du public pendant une sonate pourtant jouée magnifiquement. J’ai en revanche été très sensible aux couleurs que Leonskaja parvient à convoquer lorsqu’elle joue la musique française avec une intériorité parfaitement compatible avec sa virtuosité remarquable (virtuosité mise quelque peu à mal dans les première mesures du Ravel). Très très belle sonate d’Enesco, manifestement très familière à Leonskaja, qui l’interprète avec une impressionnante autorité.


“Charlie and the Chocolate Factory”

Theatre Royal Drury Lane, Londres • 1.6.13 à 19h30
Musique : Marc Shaiman. Lyrics : Scott Wittman & Marc Shaiman. Livret : David Greig, d’après le roman de Roald Dahl.

Mise en scène : Sam Mendes. Chorégraphie : Peter Darling. Direction musicale : Nicholas Skilbeck. Avec Douglas Hodge (Willy Wonka), Nigel Planer (Grandpa Joe), Clive Carter (Mr. Salt), Jasna Ivir (Mrs. Gloop), Paul J. Medford (Mr. Beauregarde), Iris Roberts (Mrs. Teavee), Billy Boyle (Grandpa George), Roni Page (Grandma Josephine), Myra Sands (Grandma Georgina), Alex Clatworthy (Mrs. Bucket), Jack Shalloo (Mr. Bucket), Michelle Bishop (Mrs. Pratchett), …

CharlieC’est l’un des événements de la saison : après Matilda, un autre roman pour enfants du génial Roald Dahl fait l’objet d’une adaptation en comédie musicale… sur l’une des plus grandes scènes londoniennes. Le roman, Charlie and the Chocolate Factory, est vaguement connu en France grâce au film de Tim Burton de 2005 avec Johnny Depp… mais c’est un film de 1971, intitulé Willy Wonka & the Chocolate Factory, qui est surtout connu dans les pays anglo-saxons. Il s’agit d’ailleurs déjà d’une comédie musicale dotée d’une partition des excellents Leslie Bricusse et Anthony Newley et mettant en vedette le non moins excellent Gene Wilder.

Ayant tout fait pour conserver l’effet de surprise, j’ai mis un point d’honneur à ne rien lire avant la représentation… au point de penser, à tort, que c’était Leslie Bricusse — toujours vivant — qui était l’auteur de la partition de cette nouvelle version scénique. Or il s’agit du duo Marc Shaiman et Scott Wittman, bien connus pour Hairspray et pour Catch Me If You Can (ainsi que pour les superbes chansons originales de la série télévisée Smash). J’imagine que la question d’utiliser certaines chansons du film a dû faire l’objet de débats intenses, car certaines d’entre elles sont de véritables tubes pour les Anglais. Finalement, seule “Pure Imagination”, la plus connue, figure au programme (sans aucune mention de Bricusse & Newley dans le programme, sauf erreur de ma part).

Bien que la première officielle n’ait toujours pas eu lieu (la complexité technique du spectacle exige une longue période de mise au point — la représentation a d’ailleurs été brièvement interrompue au cours du premier acte en raison d’un problème technique), je pense que cette nouvelle comédie musicale est promise à un brillant avenir… et cela des deux côtés de l’Atlantique.

Comme on pouvait le prévoir, la pièce mise en scène par l’excellent Sam Mendes est extrêmement spectaculaire, avec une succession de décors aussi somptueux qu’impressionnants. La partition de Shaiman & Wittman, si elle n’est pas inoubliable, n’en est pas moins variée et entraînante. Et Douglas Hodge (vu de nombreuses fois dans La Cage aux Folles) est tout simplement génial dans le rôle central et ambigu de Willy Wonka (qui ne fait d’ailleurs réellement son apparition qu’à la fin du premier acte).

On apprécie que les auteurs n’aient pas cherché à “adoucir” les angles : comme tout ce qu’a écrit Roald Dahl, l’histoire repose en effet sur un curieux mélange de fantaisie et de cruauté qui, manifestement, parle intimement aux enfants… du moins à en juger par le silence captivé qui régnait pendant l’essentiel de la représentation.


“Top Hat”

Aldwych Theatre, Londres • 1.6.13 à 14h30
Musique & lyrics : Irving Berlin. Livret : Matthew White & Howard Jacques, d’après le film de la RKO.

Mise en scène : Matthew White. Direction musicale : Dan Jackson. Avec Gavin Lee (Jerry Travers),  Charlie Bull (Dale Tremont [understudy / remplaçante]), Clive Hayward (Horace Hardwick), Vivien Parry (Madge Hardwick), Stephen Boswell (Bates), Alex Gaumond (Alberto Beddini).

TophatJe n’avais guère été impressionné par ce spectacle lorsque je l’avais vu, à Milton Keynes, avant qu’il ne s’installe à Londres. Les critiques assez unanimement positives m’avaient cependant donné envie de tenter à nouveau ma chance ; l’annonce que le talentueux Gavin Lee allait reprendre le rôle principal masculin a fini de me convaincre.

Cette deuxième visite m’a comblé. Le spectacle semble beaucoup moins brinquebalant dans un théâtre permanent ; les lumières, en particulier, sont considérablement mieux réglées qu’à Milton Keynes et contribuent à créer de belles images très réussies. Bien que les orchestrations soient délicieuses, la musique a conservé ce désagréable timbre métallique caractéristique des amplifications trop fortes (mais comment se contenter de deux violons si on ne pousse pas le son au-delà du raisonnable ?)

Mais c’est Gavin Lee qui a fini de me convaincre : silhouette légère et élancée, il évoque avec une fausse facilité le charme aérien de Fred Astaire… une caractéristique qui manquait cruellement à son prédécesseur. Du coup, Top Hat parvient à recréer le charme indicible du film qui l’a inspiré. Les rôles comique secondaires sont, quant à eux, toujours aussi irrésistibles, avec une mention particulière pour l’excellent Beddini d’Alex Gaumond.