Previous month:
March 2013
Next month:
May 2013

Posts from April 2013

“Oblivion”

Ciné-Cité les Halles, Paris • 30.4.13 à 22h10
Joseph Kosinski (2013). Avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough, Morgan Freeman, …

OblivionCe n’est peut-être pas le scénario le plus original de l’année — beaucoup de situations ont un goût de déjà vu et on voit arriver certaines “surprises” de très loin —, mais voilà un film joliment conçu, bien ficelé et superbement photographié qui, à sa façon, rend hommage à tout un pan du cinéma de science fiction.

Le seul bémol, malheureusement, est la prestation un peu marmoréenne de Tom Cruise, qu’on a connu plus expressif.


Concert ONF / Gatti au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 29.4.13 à 20h
Orchestre National de France, Daniele Gatti

Stravinsky : Petrouchka
Ravel :
– concerto pour la main gauche (Alexandre Tharaud, piano)
Daphnis et Chloé, suite n° 2

TharaudJoli concert, remarquable surtout pour l’interprétation enthousiasmante de la suite de Daphnis et Chloé par un orchestre survolté. Le concerto pour la main gauche ne m’a qu’à moitié convaincu car Tharaud est incroyablement crispé et la musique y perd beaucoup de sa fraîcheur ; je me suis précipité à peine rentré chez moi sur mon enregistrement fétiche, réalisé par Alicia de Larrocha (évidemment, on ne saura jamais s’il n’y a vraiment que de la main gauche…).


“Die Walküre”

De Nederlandse Opera, Amsterdam • 28.4.13 à 13h30
Wagner (1870)

Orchestre Philharmonique des Pays-Bas, Harmut Haenchen. Mise en scène : Pierre Audi. Avec Christopher Ventris (Siegmund), Catherine Naglestad (Sieglinde), Thomas Johannes Mayer (Wotan), Catherine Foster (Brünnhilde), Günther Groissböck (Hunding), Doris Soffel (Fricka), Marion Ammann (Gerhilde), Elaine McKrill (Helmwige), Lien Haegeman (Waltraute), Julia Faylenbogen (Schwertleite), Martina Prins (Ortlinde), Wilke te Brummelstroete (Siegrune), Helena Rasker (Grimgerde), Cécile van de Sant (Rossweisse).

“Vivement la suite”, écrivais-je en sortant de Das WalküreRheingold en novembre dernier. Eh bien la suite se révèle tout aussi magnifique.

La mise en scène de Pierre Audi, sans perdre son caractère un peu générique, impressionne par sa monumentalité assumée. La direction musicale de Harmut Haenchen est une merveille avec ses contrastes dramatiques bouillonnants et son lyrisme magnifique — d’autant plus perceptible que le positionnement de l’orchestre au sein du dispositif scénique rend l’acoustique particulièrement plaisante.

Distribution honnête, à l’exception d’une Doris Soffel stridente, fatiguée et fatigante. Catherine Naglestad est obligée de forcer un peu trop sa voix pour se hisser au niveau sonore général. Les Walkyries sont très hétérogènes. Wotan et Brünnhilde finissent tous les deux sur les rotules, avec des voix éteintes. La meilleure prestations de l’après-midi est sans conteste celle du génial Günther Groissböck, qui propose un Hunding d’anthologie avec sa magnifique voix grave.

Rien compris à l’image finale — quelque chose a dû dysfonctionner.


“The Revenge of Sherlock Holmes!”

Hoxton Hall, Londres • 27.4.13 à 19h30
Livret, musique et lyrics : Leslie Bricusse, d’après Arthur Conan Doyle. 

Mise en scène : Luke Fredericks. Direction musicale : Nathan Jarvis. Avec Tim Walton (Sherlock Holmes), John Cusworth (Dr. Watson), Leonie Heath (Bella Spellgrove), Amanda Goldthorpe-Hall (Signora Moriarty), Andrea Miller (Mrs. Hudson), Stephen Leask (Inspector Lestrade), Ryan Pidgen, Adam Pendrich, Benjamin Bond, Rachel Ensor, Nicola Martin , Melanie Brown.

RevengeEn 1988, Leslie Bricusse écrivait une comédie musicale intitulée Sherlock Holmes: the Musical, qui fut reçue froidement par la critique, bien qu’elle soit bourrée de très belles mélodies. Le spectacle est aujourd’hui repris sous le titre The Revenge of Sherlock Holmes! dans le cadre étonnant du Hoxton Hall, un music hall victorien magnifiquement préservé.

La pièce est présentée comme les spectacles de music-hall de l’époque victorienne, avec force clins d’œil au public, des numéros de magie, etc. Le décor se résume à quelques toiles peintes, en contraste total avec la technologie déployée dans mon spectacle de l’après-midi.

Et c’est, en un mot, un régal : la pièce est originale, le cadre est envoûtant, la musique est charmante (si l’on arrive à oublier les deux synthétiseurs)… et l’interprétation est pleine d’humour et de bonne humeur. On avait déjà été très impressionné par la mise en scène conçue par Luke Fredericks pour Jekyll & Hyde en juin 2012 ; il confirme avec ce Sherlock Holmes un réel talent pour se jouer des limitations d’un petit théâtre et multiplie les idées originales, parfois géniales. Il me tarde de voir son prochain spectacle.


“The Curious Incident of the Dog in the Night-Time”

Apollo Theatre, Londres • 27.4.13 à 14h30
Simon Stephens, d’après le roman de Mark Haddon

Mise en scène : Marianne Elliott. Avec Luke Treadaway (Christopher Boone), Niamh Cusack (Siobhan), Seán Gleeson (Ed), Holly Aird (Judy), …

CuriousCette pièce, adaptée d’un roman à succès de 2003, évoque un épisode de la vie d’un adolescent vraisemblablement atteint du syndrome d’Asperger (bien que le nom ne soit jamais prononcé). L’enthousiasme qu’elle a suscité parmi le public et la critique n’est sans doute pas un hasard à une époque où les enfants atteints de troubles autistiques provoquent une réelle fascination — à l’instar du jeune Jacob Barnett, un génie précoce, à qui le Times a consacré un portrait très récemment.

L’attrait de la pièce provient pour partie de son ton résolument optimiste et positif et pour partie du dispositif scénique très original censé évoquer les représentations mentales du jeune Christopher. La mise en scène utilise force effets visuels, projections, … de manière souvent frappante. On se prend vite d’affection pour ce sympathique jeune-homme, qui surmonte les obstacles que la vie met sur son chemin avec une forme de courage réellement touchant. La fin, en forme de point d’interrogation, a le courage de ne pas être une manifestation béate d’optimisme, ce qui rend la chute d’autant plus forte.

Marianne Elliott fait partie de l’équipe qui a créé War Horse, une pièce qui m’a laissé assez indifférent (les histoires d’animaux ne me touchent vraiment pas) mais qui est devenue depuis un phénomène planétaire. Elle signe une mise en scène d’une grande force, qui contribue à faire entrer le théâtre résolument dans le 21e siècle.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 25.4.13 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi 

Ravel : Valses nobles et sentimentales, version pour orchestre
Sibelius : concerto pour violon (Leonidas Kavakos, violon)
Brahms : symphonie n° 3

JarviL’Orchestre de Paris aurait-il consommé du bœuf Spanghero ? Toujours est-il qu’il se trouve métamorphosé sous les effets conjugués de Järvi et de Kavakos. Le concerto met en valeur l’insolente facilité avec laquelle le violoniste grec se mesure à la redoutable partition de Sibelius, tout en engageant l’orchestre dans un dialogue électrique et foisonnant. Le basson solo de l’orchestre est dans une forme éblouissante. Outre la grande générosité des cordes, la symphonie de Brahms souligne la forme olympique dans laquelle se trouvent les solistes de la petite harmonie, qui donnent presque l’impression de vivre une expérience métaphysique. La façon dont la clarinette et le basson s’entendent, en particulier, est une source inépuisable de bonheur. Je craignais de succomber à la fatigue, mais aucun risque d’assoupissement tant l’air est chargé d’électricité.


“Sunday in the Park With George”

Théatre du Châtelet, Paris • 23.04.13 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : James Lapine.

Orchestre Philharmonique de Radio-France, David Charles Abell. Mise en scène : Lee Blakeley. Avec Julian Ovenden (Georges / George), Sophie-Louise Dann (Dot / Marie), Nikolas Grace (Jules / Bob Greenberg), Beverkey Klein (Yvonne / Blair Daniels), Rebecca de Pont Davies (An Old Lady / Elaine), Jessica Walker (Nurse / Harriet Pawling), Nicholas Garrett (A Boatman / Dennis), David Curry (A Soldier / Charles Redmond), Rebecca Bottone (Celeste 1 / Betty), Francesca Jackson (Celeste 2 / Billy Webster), Damian Thantrey (Franz / Lee Randolph), …

SundayDeuxième visite à cette superbe production de la très jolie comédie musicale de Stephen Sondheim et James Lapine. Les quelques imperfections notées lors de la première ont disparu et le spectacle est un ravissement de la première à la dernière minute. Une émotion vive et merveilleuse me terrasse à nouveau à la fin. Prestations superbes de la part des deux comédiens principaux, Julian Ovenden et Sophie Louise Dann. Musique enchanteresse. Une troisième visite n’est pas possible, mais on se réjouit à l’idée que le spectacle fasse l’objet d’une captation vidéo pour la postérité.


Les solistes des Berliner Philharmoniker à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 21.4.13 à 16h

Guy Braunstein, violon
Amihai Grosz, alto
Zvi Plesser, violoncelle
Wenzel Fuchs, clarinette
Alexei Volodin, piano

BraunsteinBrahms :
– Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur op. 114
– Sonate pour violon et piano n° 2 en la majeur op. 100
– Quatuor pour piano et cordes n° 2 en la majeur op. 26

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce très joli concert, qui avait le seul inconvénient d’être programmé un après-midi de grand soleil, dans la foulée d’un brunch tout aussi copieux que délicieux. On admire l’intimité des solistes avec cette musique de chambre de Brahms, qu’ils interprètent sans affectation et dans une belle unité.


“Parsifal”

Vlaamse Opera – Opéra de Gand • 20.4.13 à 18h
Wagner (1882)

Direction musicale : Eliahu Inbal. Mise en scène : Tatjana Gürbaca. Avec Zoran Todorovich (Parsifal), Susan Maclean (Kundry), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), Werner Van Mechelen (Amfortas), Robert Bork (Klingsor), Jaco Huijpen (Titurel), …

ParsifalUn Parsifal superbe sur le plan musical. Eliahu Inbal dirige sur un mode résolument liturgique et l’orchestre de l’Opéra des Flandres fait des étincelles. L’acoustique étonnante du théâtre assure une séparation presque surnaturelle des plans sonores ; en particulier, j’entends la flûte et le basson comme s’ils étaient à côté de moi, ce qui est à la fois déstabilisant et passionnant. Les fortissimi sont à mourir de bonheur. 

La distribution est d’excellente tenue. Elle est dominée par le Gurnemanz sen-sa-tion-nel et sonore de Georg Zeppenfeld, déjà ovationné à Lyon. Il semble s’être encore amélioré depuis… et sa prestation est d’autant plus remarquable que la mise en scène le confine à un fauteuil roulant les trois quarts du temps. Zoran Todorovich est un Parsifal solide (on se souvient de son Jean dans Hérodiade), mais il peine à tenir la distance. J’avais déjà vu la belle Kundry de Susan Maclean à Bayreuth ; elle a toujours autant de mal à aller accrocher les notes aiguës — et son taux de succès s’est maheureusement dégradé.

Mise en scène pas totalement compréhensible sans aller lire les intentions de la metteuse en scène, même si quelques concepts sont identifiables (le Graal symbolisant le culte de la jeunesse dans un monde vieillissant… une situation d’autant plus difficile que les hommes et les femmes se trouvent séparés…). Quelques visuels font mouche (le sang qui dégouline le long de l’immense cyclo qui sert de toile de fond), mais on reste dubitatif devant la mise en scène du dernier tableau, qui montre en substance le lynchage d’Amfortas (et le suicide subséquent de Kundry, qui s’était déjà ouvert les veines à la fin de l’acte 2) afin d’installer Parsifal… au grand chagrin de Gurnemanz, qui a pourtant chanté quelques mesures plus tôt son allégeance inconditionnelle à son nouveau maître.


Concert Orchestre de Paris / de la Parra à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 18.4.13 à 20h
Orchestre de Paris, Alondra de la Parra

Rimski-Korsakov : Capriccio espagnol
Chopin : concerto pour piano n° 2 (Nikolaï Lugansky, paino)
de Falla : Le Tricorne, suites n° 1 et 2
Arturo Márquez : Danzón n° 2 

AlondraUn concert à peu près aussi soporifique pendant la première partie qu’excitant par la suite. De la Parra remplaçait Rafael Frühbeck de Burgos, initialement prévu, et la seule modification qu’elle avait apportée au programme était l’ajout du Danzón n° 2 d’Arturo Márquez (que Dudamel interprète régulièrement). Il faut de l’énergie, mais de la Parra réussit à “décoincer” l’Orchestre de Paris juste ce qu’Il faut pour que la magie des rythmes latins produise ses effets. Certains pupitres, en particulier, les contrebasses, font plaisir à voir. Dommage que le tubiste dansant de l’orchestre soit apparemment en vacances.

C’est assez singulier, en y réfléchissant, de voir combien les rythmes syncopés peuvent crisper les musiciens d’un pays qui revendique sa latinité.


“Sunday in the Park With George”

Théatre du Châtelet, Paris • 15.04.13 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : James Lapine.

Orchestre Philharmonique de Radio-France, David Charles Abell. Mise en scène : Lee Blakeley. Avec Julian Ovenden (Georges / George), Sophie-Louise Dann (Dot / Marie), Nikolas Grace (Jules / Bob Greenberg), Beverkey Klein (Yvonne / Blair Daniels), Rebecca de Pont Davies (An Old Lady / Elaine), Jessica Walker (Nurse / Harriet Pawling), Nicholas Garrett (A Boatman / Dennis), David Curry (A Soldier / Charles Redmond), Rebecca Bottone (Celeste 1 / Betty), Francesca Jackson (Celeste 2 / Billy Webster), Damian Thantrey (Franz / Lee Randolph), …

SundayDifficile de ne pas être sidéré par l’ampleur des moyens mis à la disposition de cette production par le Théâtre du Châtelet. Il faut dire que la tendance récente parmi les productions de Sunday in the Park With George est à l’utilisation d’effets visuels de plus en plus spectaculaires, que ce soit à la Menier Chocolate Factory de Londres (une production vue à la Menier, puis lors de son transfert dans le West End, puis à New York) ou, plus récemment, au Shakespeare Theater de Chicago.

On pourrait discuter de l’apparente demesure de l’entreprise au regard du caractère relativement intime de la pièce (d’autant que certains éléments du gigantesque dispositif scénique ne servent pas tant que ça), mais on préférera se réjouir de ce que le public parisien puisse découvrir ce chef d’œuvre dans des conditions aussi luxueuses… qui permettent, par exemple, d’apercevoir — coup de génie — ce qui se trouve à gauche et à droite de la scène représentée sur la célèbre toile de Seurat autour de laquelle la pièce est construite.

Ce n’est pas qu’au plan visuel que cette production est extraordinaire, puisqu’elle bénéficie également d’orchestrations nouvelles écrites pour un orchestre presque deux fois plus grand que celui de la création, en 1984. On y gagne globalement en richesse sonore, mais on y perd aussi quelques détails devenus familiers au fil du temps… sans que l’on sache précisément si c’est volontaire de la part de Michael Starobin, l’auteur des orchestrations, ou si c’est dû à quelques accidents d’interprétation en ce soir de première.

La très belle distribution est dominée par le charismatique et talentueux Julian Ovenden, peut-être le meilleur George(s) que j’aie vu. Sa voix est dans une forme éblouissante ; on s’inquiétait pour lui après son retrait de Death Takes a Holiday et une prestation encore timide dans Finding Neverland. À ses côtés, la charmante Sophie-Louise Dann (vue pour la dernière fois dans Gay’s the Word, où elle était magnifique) lui donne fort bien la réplique, en particulier dans le deuxième acte.

La fin de Sunday in the Park With George me bouleverse toujours : après que Marie ait décrit de manière touchante ce qu’un être humain lègue à la postérité - “Children and Art”, ses enfants et ses œuvres d’art —, Dot revient boucler la boucle pour enjoindre George de continuer à vivre sa vie en passant à la suite — “Move On”, l’une des chansons les plus déchirantes de Sondheim et, sans doute, du répertoire de la comédie musicale tout entier. En l’occurrence, j’ai été terrassé, mis à genoux par cette fin sublime.

Une deuxième visite s’impose.


“Parsifal”

Oper am Dom, Cologne • 14.4.13 à 16h
Wagner (1882)

Direction musicale : Markus Stenz. Mise en scène : Carlus Padrissa (La Fura dels Baus). Avec Marco Jentzsch (Parsifal), Dalia Schaechter (Kundry), Matti Salminen (Gurnemanz), Samuel Youn (Amfortas / Klingsor), Young Doo Park (Titurel), …

ParsifalCarlus Padrissa est l’artisan du magnifique Ring co-produit par Florence et Valence, dont je n’ai malheureusement vu que trois épisodes (R, S, G). Son récent Turandot à Munich ne m’avait en revanche qu’à moitié convaincu, tant le metteur en scène semblait avoir du mal à canaliser sa foisonnante inspiration visuelle.

On retrouve ce foisonnement dans la mise en scène de Parsifal que Padrissa signe pour l’Opéra de Cologne, actuellement hors ses murs tandis que sa salle historique est en travaux. Et, globalement, on adhère assez, même si le dernier tableau déçoit quelque peu.

Padrissa nourrit sa conception de nombreuses projections, pour une bonne partie sur un rideau à l’avant-scène. Il utilise des images, mais aussi du texte (beaucoup… notamment “Zeit” et “Raum” pendant les deux cérémonies… ou encore cette citation de Nietzsche : “Der Mensch ist ein Seil, geknüpft zwischen Tier und Übermensch”) et une abondance de motifs abstraits. Les effets obtenus sont souvent saisissants, comme à l’arrivée de Kundry, accompagnée d’un superbe effet visuel que l’on met du temps à déchiffrer.

On aime aussi l’odeur de l’encens qui envahit la salle pendant la première cérémonie, la spatialisation des voix du chœur, très réussie… ou encore ces immenses gradins sur lesquels prennent place les figurants et qui reconfigurent joliment l’espace scénique. L’un des coups de génie de la mise en scène est de placer l’antre de Klingsor littéralement à l’envers du décor… un concept renforcé par le fait que c’est le même chanteur qui assume les deux rôles “jumeaux” d’Amfortas et de Klingsor.

J’ai la plus grande admiration pour Markus Stenz depuis que j’ai assisté au Ring de Cologne, dont la mise en scène est signée par Robert Carsen, une première fois à Cologne en 2006 (trois épisodes seulement : R, W, G) et à nouveau à Shanghai en 2010 (R, W, S, G). Il signe à nouveau une très belle prestation musicale, à la tête d’un orchestre généralement en grande forme… même s’il y a quelques dérapages regrettables (le trompette solo qui introduit un mordant bien malencontreux dans le thème du Graal… ou encore le tuba qui attaque un peu trop tôt l’accord final du deuxième acte).

La distribution est honnête. Matti Salminen a été un très grand Gurnemanz ; il lui reste aujourd’hui environ 80 % de ses moyens, ce qui reste magnifique. Dalia Schaechter est peut-être le maillon faible de la distribution : son premier acte est vraiment mauvais… mais elle se rachète quelque peu dans le deuxième acte. Parsifal très acceptable de Marco Jentzsch, qui dérape une ou deux fois dans les aigus. On admire Samuel Youn d’assurer (fort bien) à la fois le rôle d’Amfortas et celui de Klingsor. Et on aime beaucoup la prestation de Young Doo Park, qui chante magnifiquement Titurel depuis la coulisse tandis que le visage de Richard Wagner (le “père”, donc) est projeté en tournant sur le rideau d’avant-scène. 

Le parti pris le plus curieux de cette mise en scène est de montrer Gurnemanz sous les traits d’une espèce de boulanger. Au premier acte, il collecte la farine auprès des héros morts qui l’entourent et pétrit les pâtons avec l’aide de deux assistants. Au troisième acte, il enfourne les miches pour les récupérer, cuites, lors du dernier tableau, où elles sont partagées par les protagonistes en signe de communion… tandis que les figurants font circuler des paniers de pain parmi le public. Ce n’est malheureusement pas du pain fraîchement cuit… en tout cas pas au balcon, où il faut se contenter de tranches de Schwarzbrot un peu sèches.


“A Class Act”

Landor Theatre, Londres • 13.4.13 à 15h
Musique et lyrics : Edward Kleban. Livret : Linda Kline & Lonny Price.

Mise en scène : Robert McWhir. Direction musicale : James Cleeve. Avec John Barr (Ed Kleban), Sarah Borges (Sophie), Gary Jordan (Bobby / Michael Bennett), Erin Cornell (Mona), Barry Fantoni (Lehman Engel), Charles Hagerty (Charley / Marvin Hamlisch), Laura McCulloch (Felicia), Jane Quinn (Lucy), …

ClassactQuand j’ai vu A Class Act à Broadway en 2001, j’ai été tellement enthousiasmé que je suis retourné voir le spectacle dès le lendemain, ce qui ne m’arrive presque jamais. Malheureusement, cette comédie musicale intimiste n’avait rien à faire à Broadway, et ses producteurs eussent été mieux avisés de laisser le spectacle vivre sa vie dans un plus petit théâtre, Off-Broadway, où il était né.

A Class Act s’intéresse à la vie d’Edward Kleban, le lyriciste de A Chorus Line, qui mourut à 48 ans sans avoir réussi à faire produire une seule de ses œuvres — Kleban était aussi compositeur et, comme Sondheim, il avait hésité à commencer sa carrière en n’écrivant “que” des lyrics.

Le spectacle incorpore des chansons écrites par Kleban lui-même : en temps normal, l’insertion de force de chansons existantes dans une histoire écrite sur mesure est un exercice qui atteint très vite ses limites. En l’occurrence, le livret est tellement bien écrit… et les chansons tellement bien choisies… que la sauce prend de manière spectaculaire. Kleban écrivait avec son cœur, sur ce qu’il connaissait… ce qui rend ses chansons particulièrement adaptées à l’exercice. Sans compter qu’il possédait un évident don mélodique — le CD du spectacle est l’un de ceux que j’écoute le plus.

Je n’arrivais pas à intégrer ce spectacle à mon emploi du temps et j’ai été obligé de sacrifier autre chose pour pouvoir y assister. Je ne le regrette pas une seconde car j’ai retrouvé les sentiments qui m’avaient assailli en 2001 : admiration, émotion… émoi, même. Comme souvent au Landor Theatre, la mise en scène est excellente… et la distribution, extrêmement attachante. John Barr réalise un véritable tour de force avec une interprétation qui, à elle seule, mériterait que le spectacle soit vu par un public plus large.


“Quasimodo”

King’s Head Theatre, Londres • 7.4.13 à 15h
Musique, lyrics et livret : Lionel Bart. Compléments au livret : Chris Bond & Robert Chevara.

Mise en scène : Robert Chevara. Direction musicale : Peter Mitchell. Avec Steven Webb (Quasimodo), James Wolstenholme (Claude Frollo), Zoë George (Esmeralda), James Hume (Pierre Gringoire), Sean Paul Jenkinson (Clopin / Fleurien), Iestyn Arwel (Phoebus de Chateaupers), Helen Sheals (Pacquette), Melanie Bright (Yvette).

QuasimodoL’événement est de taille. Lionel Bart, le compositeur anglais connu surtout pour Oliver!, a laissé à sa mort en 1999 une adaptation inachevée en comédie musicale de Notre-Dame de Paris. Le petit King’s Head Theatre en propose la création mondiale.

Il a fallu boucher les trous tant bien que mal… et le résultat semble avoir du mal à trouver une tonalité cohérente — on passe un peu vite et un peu violemment d’un registre à l’autre. Mais la partition de Bart regorge de très jolies pages, que l’on est heureux de découvrir.

La distribution est excellente. On y remarque bien sûr l’attachant Steven Webb, qui parvient à donner vie à Quasimodo de manière très convaincante. Mention spéciale pour la belle Zoë George, qui chante superbement la touchante ballade d’Esmeralda.

Très jolie mise en scène de Robert Chevara, pleine d’énergie, qui oublie à faire oublier à quel point l’espace scénique est exigu.

Le hasard réserve parfois de belles surprises : je vois le spectacle le dimanche de l’octave de Pâques, autrement dit le jour de la fête de quasimodo… le jour-même où Frollo découvre le bébé abandonné sur les marches de Notre-Dame (et lui donne un nom inspiré par le calendrier).


“Darling of the Day”

Union Theatre, Londres • 6.4.13 à 19h30
Musique : Jule Styne. Lyrics : E. Y. Harburg. Livret : Nunnally Johnson, d’après l’œuvre de Arnold Bennett.

Mise en scène : Paul Foster. Direction musicale : Inga Davis-Rutter. Avec James Dinsmore (Priam Farll), Katy Secombe (Alice Challice), Michael Hobbs (Clive Oxford), Rebecca Caine (Lady Vale), Matthew Rowland (Alf), John Sandberg, Dan Looney, Andy Secombe, Jonathan Leinmuller, Catherine Digges, Danielle Morris, Will Keith, Olivia Maffett, Bethan-Wyn Davies.

DarlingDarling of the Day est l’un des flops du légendaire compositeur Jule Styne. L’histoire de sa création en 1968 ressemble à celle de beaucoup d’autres flops : nombreuses réécritures, changements multiples au sein de l’équipe artistique, …

On avait déjà eu l’occasion de découvrir l’œuvre à l’automne 2010 lorsque la série des Lost Musicals en avait présenté une version concert. Voici que le petit Union Theatre nous propose de voir la pièce dans de meilleures conditions, dans une mise en scène énergique et inventive de Paul Foster, qui se distingue notamment par une utilisation très fine de la lumière.

La distribution n’est qu’à moitié convaincante, même si Katy Secombe est une Alice extrêmement touchante. Mais James Dinsmore n’a pas la voix assez solide pour le rôle exigeant de Priam Farll et il est tout le temps au bord de l’accident.

On sort en ayant compris pourquoi la pièce fut un échec… même si certaines chansons sont charmantes. Mais on sort surtout avec une envie furieuse d’éviscérer — lentement et cruellement, de préférence — l’arrangeur qui a cru bon de faire ponctuer par le batteur chaque temps de chaque mesure de presque chaque chanson. L’effet de fanfare municipale est insupportable. La contrebasse suffisait amplement à marquer le rythme, surtout dans un aussi petit théâtre ; voilà un salaire de musicien qu’il aurait été facile d’économiser.


“A Chorus Line”

London Palladium, Londres • 6.4.13 à 15h
Livret : James Kirkwood et Nicholas Dante. Musique : Marvin Hamlisch. Lyrics : Edward Kleban.

Mise en scène : Bob Avian. Direction musicale : Alan Williams. Avec John Partridge (Zach), Scarlett Strallen (Cassie), Victoria Hamilton-Barritt (Diana), Gary Wood (Paul), …

LineReprise à Londres de ce grand classique de la comédie musicale, que j’avais évoqué à l’occasion de la récente production de Broadway. La mise en scène et la chorégraphie sont encore une fois des reconstitutions de la conception originale du génial Michael Bennett, bien que la chorégraphie ait été rendue un peu plus “athlétique” au passage.

On apprécie l’enthousiasme de la troupe, qui parvient à donner vie à des personnages devenus quasiment mythiques. Tous ne sont pas parfaits — en particulier du côté du chant — mais ils compensent par un enthousiasme électrique.

La Diana de Victoria Hamilton-Barritt est particulièrement remarquable et domine largement la distribution. À l’opposé, Scarlett Strallen n’a pas le dixième du talent et du charisme de Donna McKechnie, la créatrice du rôle de Cassie. Sa prestation, très faible, marque malheureusement un point bas de la représentation.

Il y a aussi des moments où le son de l’orchestre est nettement différent de celui de l’enregistrement original. Sans pouvoir analyser précisément les différences, on craint que les synthétiseurs n’aient gagné du terrain dans la fosse…

Mais les petits reproches s’effacent devant la force de ces histoires individuelles inspirées par des récits réels de danseurs cherchant à réaliser le rêve de leur vie en décrochant un rôle à Broadway. Bob Avian (qui était l’assistant de Michael Bennett) choisit sagement de jouer le spectacle sans entracte, ce qui permet à la tension de ne jamais retomber. Après le déchirant “What I Did For Love”, le final spectaculaire permet à la représentation de s’achever sur une note exaltée et exaltante.


Récital Leif Ove Andsnes au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 5.4.13 à 20h
Leif Ove Andsnes, piano

Beethoven  : sonates n° 22 et n° 28
Liszt : Harmonies poétiques et religieuses, n° 4 “Pensées des morts”
Chopin :
Nocturne op. 48 n° 1
Ballade n° 4 op. 52 

AndsnesJe pense avoir un peu dormi pendant la première partie — les sonates de Beethoven ne me passionnent que lorsque je les joue (infiniment moins bien qu’Andsnes, malheureusement) — mais la deuxième partie mit encore une fois en évidence le jeu envoûtant du pianiste norvégien, caractérisé par des phrasés époustouflants et enivrants. Magnifique série de bis pour conclure. On reviendra.


Récital Elisabeth Leonskaja à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 3.4.13 à 20h
Elisabeth Leonskaja, piano

Mozart : sonate n° 12
Schumann : Papillons
Schubert : sonate n° 4
Tchaïkovski : Grande Sonate 

LeonskajaJe n’aurais sans doute pas choisi d’aller voir Leonskaja sur la foi de son seul nom, mais l’occasion s’est présentée lorsque Nelson Freire a dû annuler son récital pour raisons de santé. Et quel régal ! Une virtuosité étourdissante mise au service d’interprétations profondes, parfois inattendues, toujours passionnantes, jamais prétentieuses. J’adore la façon dont Leonskaja utilise la pédale pour donner un peu de consistance sans jamais compromettre la clarté. On commence de manière particulièrement délicieuse avec l’une des plus belles sonates de Mozart… puis le plaisir reste au rendez-vous jusqu’au dernier bis (avec un petit creu quand même pendant la sonate de Schubert).