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Posts from February 2013

“Cinderella”

Broadway Theatre, New York • 28.2.13 à 19h
Musique : Richard Rodgers. Livret original et lyrics : Oscar Hammerstein II. Livret nouveau : Douglas Carter Beane.

Mise en scène : Mark Brokaw. Direction musicale : Andy Einhorn. Avec Laura Osnes (Ella), Santino Fontana (Topher), VIctoria Clark (Marie), Harriet Harris (Madame), Peter Bartlett (Sebastian), Ann Harada (Charlotte), Greg Hildreth (Jean-Michel), Marla Mindelle (Gabrielle), …

CinderellaC’est pour la télévision et non pour la scène que Rodgers et Hammerstein conçurent cette version de Cendrillon en 1957. Bien que des adaptations scéniques virent le jour par la suite, l’œuvre n’avait jamais été vue à Broadway.

C’est parée d’un livret nouveau signé de Douglas Carter Beane et complétée par plusieurs chansons de Rodgers et Hammerstein écrites pour d’autres œuvres que Cinderella ouvre aujourd’hui ses portes.

J’avoue un enthousiasme tout relatif pour Douglas Carter Beane, qui avait déjà “plombé” le livret de Sister Act avec ses ajouts bien peu subtils. Il y a quelques trouvailles bienvenues, dans son nouveau livret, comme par exemple l’idée que l’une des deux demi-sœurs de Cendrillon est plutôt gentille. Mais sa version de l’histoire ploie sous le poids des anachronismes et du politiquement correct, deux tentations dont il abuse au-delà du raisonnable.

Mais la partition de Rodgers et Hammerstein est tellement belle que l’on se moque des dérives du livret. On se régale à entendre tous ces petits bijoux, y compris les ajouts en provenance d’autres spectacles.

La mise en scène est également très réussie, avec des décors idéalement féériques (même si certains d’entre eux font furieusement penser à Beauty and the Beast). Les deux scènes où la marraine de Cendrillon lui confectionne une robe de bal d’un coup de baguette magique sont tout simplement bluffantes sur le plan visuel.

Distribution parfaite, menée par la lumineuse Laura Osnes… même si je ne suis pas très fan de Harriet Harris.

Je ne m’attendais pas à être autant charmé.


Concert Berliner Philharmoniker / Rattle à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 27.2.13 à 20h
Berliner Philharmoniker, Simon Rattle

Dutilleux : Métaboles
Lutosławski : concerto pour violoncelle (Miklós Perényi, violoncelle)
Schumann : symphonie n° 2

RattleMême avec le talent superlatif des Berliner et de Rattle, qui sortent le grand jeu, la deuxième symphonie de Schumann reste l’une des œuvres les plus ennuyeuses du répertoire. L’enthousiasme de l’orchestre, sa parfaite unité d’exécution, les performances extraordinaires des solistes… rien ne suffit à compenser le grand vide qu’est cette partition, dont chaque mouvement tourne et retourne autour d’une demi-idée parfaitement statique. Le temps m’a rarement paru aussi long.

Heureusement, la première partie est autrement plus intéressante, même si la fatigue de la journée m’a un peu empêché de me concentrer. Remarquable performance de Perényi dans l’étonnant concerto de Lutosławski, qui redonne au mot concerto toute sa substance combattive.


“Sommarnattens leende”

Opéra de Malmö • 23.2.13 à 18h
A Little Night Music. Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1973). Livret : Hugh Wheeler, d’après le film d’Ingmar Bergman. Traduction en suédois : Erik Fägerborn.

Direction musicale : Josef Rhedin. Mise en scène : Dennis Sandin. Avec Gunilla Backman (Desirée Armfeldt), Kerstin Meyer (Madame Armfeldt), Christer Nerfont (Fredrik Egerman), Daniel Engman (Greve Carl-Magnus Malcolm), Åsa Fång (Charlotte Malcolm), James Lund (Henrik Egerman), Micaela Sjöstedt (Anne Egerman), Ida Högberg (Petra), Mari Lerberg Fossum (Fredrika Armfeldt), Henrik Lagercrantz, Malin Liljefors-Parkler, Kristina Lindgren, David Lundqvist, Jonas Samuelsson, Mikaela Tidermark (les Harlequins de l’Amour).

NightmusicQuelle merveilleuse surprise de découvrir dans le programme de saison de l’Opéra de Malmö une production du magnifique A Little Night Music de Stephen Sondheim. D’autant que la comédie muiscale est basée sur un film d’Ingmar Bergman et que l’action se passe en Suède (avec au moins une référence à Malmö dans le texte). Cette version suédoise a d’ailleurs repris le titre du film, Sourires d’une nuit d’été.

On est frappé par l’effort de mise en scène, très supérieur à la norme généralement constatée. La scène est initialement occupée par un immense parallélépipède orné d’un gigantesque nœud rouge. Au début de la pièce, la jeune Fredrika s’installe sur scène avec une petite version de la même boîte : elle en tire six poupées habillées en harlequins de la commedia dell’ arte. Des comédiens habillés de manière similaire prennent vie sur scène : ce sont les six personnages dont Sondheim et Wheeler ont fait une sorte de chœur grec et qui commentent l’action avec un mélange de tendresse et d’ironie. Simultanément, le nœud géant s’envole dans les cintres tandis que le parallélépipède s’ouvre pour faire apparaître le décor.

Ce dispositif fournit un cadre idéal à la pièce, une comédie mélancolique des sentiments humains. La célèbre chanson “Send In the Clowns” y trouve un environnement idéal, qui en démultiplie l’effet. Toute la pièce confirme l’attention méticuleuse et réjouissante que le metteur en scène attache à la cohérence dramatique, ce qui compense l’effet un peu moins positif produit par le côté Ikea du décor et par des lumières manquant parfois un peu de subtilité.

Très belle interprétation dans l’ensemble. Le plus grand plaisir, comme au Châtelet, est d’entendre la sublime partition de Sondheim interprétée par un orchestre d’une petite trentaine de musiciens.


Concert Philharmonique de Radio-France / Saraste à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 22.2.13 à 20h
Orchestre Philharmonique  de Radio-France, Jukka-Pekka Saraste

Elliott Carter : Two Controversies and a Conversation, création française (Colin Currie, percussions ; Pierre-Laurent Aimard, piano)
Stravinsky : Mouvements pour piano et orchestre (Aimard)
Bartók : Suite de danses
Janáček : Sinfonietta

Saraste
Jukka-Pekka Saraste
Sans conteste l’un des des concerts parisiens les plus agréables de ces dernières semaines : programme à la fois court, varié et captivant ; interprétation inspirée et impeccable ; public plutôt plus attentif que la moyenne.

Même si Carter a la réputation de posséder une voix propre, la proximité de ton et de couleur avec la pièce de Stravinsky, qui appartient à la période sérielle du compositeur, est frappante. On adore voir Colin Currie courir d’instrument en instrument pour aller converser avec le piano de Pierre-Laurent Aimard (remarquable dans ce type de répertoire).

Deuxième partie apothéotique, avec deux chefs d’œuvre du 20e siècle. Je pensais avoir du mal à accrocher à la Suite de danses après en avoir entendu une interprétation aussi généreuse à Budapest, mais le travail de Saraste avec le “Philhar” est remarquable. Quant à la Sinfonietta, dont la fanfare avait déjà illuminé le sympathique concert familial vu à Londres récemment, c’est un régal total, une deuxième dose bienvenue et délicieuse de Janáček en une semaine (après ça).


Concert Orchestre de Paris / Metzmacher à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 20.2.13 à 20h
Orchestre de Paris, Ingo Metzmacher

Mozart : concerto pour piano n° 17 (Emanuel Ax, piano)
Bruckner : Messe n° 3 

Metzmacher
Ingo Metzmacher

J’ai parfois entendu dire qu’il vaut mieux éviter les concerts du mercredi de l’Orchestre de Paris et que ceux du jeudi sont toujours plus réussis. J’espère pour les spectateurs du 21 février que c’était bien le cas car la Messe de Bruckner interprétée ce mercredi manquait de souffle et de cohésion. Les choristes n’étaient pas encore tout à fait au point (ah, les ténors…) et seul l’excellent baryton-basse norvégien Johannes Weisser semblait réellement concentré parmi les solistes.

Le concerto de Mozart, en revanche, fut un pur bonheur grâce au toucher clair et profond d’Emanuel Ax, sans aucun chichi… une interprétation qui rappelait plus qu’un peu les magnifiques partis pris esthétiques de Maria João Pires.


“Ciboulette”

Opéra-Comique, Paris • 18.2.13 à 20h
Musique : Reynaldo Hahn (1923). Livret : Robert de Flers et Francis de Croisset.

Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, Laurence Equilbey. Mise en scène : Michel Fau. Avec Julie Fuchs (Ciboulette), Julien Behr (Antonin), Jean-François Lapointe (Duparquet), Jean-Claude Sarragosse (Grenu), Jérôme Deschamps (Olivier Métra), Eva Ganizate (Zénobie), Bernadette Lafont (Madame Pingret), Guillemette Laurens (la Mère Grenu), Ronan Debois (Roger), Michel Fau (la Comtesse de Castiglione), …

CibouletteBeaucoup de choses détonnent, dans cette production du trop rare chef d’œuvre de Reynaldo Hahn : des chanteurs peu au fait du “style français”, une direction musicale sans génie, des lumières crépusculaires et glauques, une mise en scène qui accumule les maladresses, au point d’être totalement démissionnaire dans le troisième acte — plombé de surcroît par un malencontreux numéro de travesti bien mal avisé, …

Et pourtant… et pourtant… la partition de Hahn est une telle merveille qu’il est impossible de résister au charme considérable de cette musique si raffinée, si inventive… et si sublimement orchestrée. Certains passages, comme l’underscore qui accompagne les réminiscences de Duparquet avant qu’il n’attaque “C’est tout ce qui me reste d’elle…” laissent pantois d’admiration.

On note quelques belles prestations sur scène, notamment le Duparquet très solide de Jean-François Lapointe. Tout le monde semble prendre un grand plaisir à ressusciter ce chef d’œuvre oublié… Tant mieux, car Hahn est l’un des génies oubliés de la musique française… desservi, sans doute, par cette redoutable et ambiguë étiquette de compositeur d’opérette.


“Les Pêcheurs de perles” en concert

Salle Pleyel, Paris • 17.2.13 à 16h
Georges Bizet (1863). Livret : Eugène Cormon et Michel Carré.

Orchestre de chambre de Paris, Chœur Opella Nova, Giorgio Croci. Avec Roberto Alagna (Nadir), Nino Machaidze (Léïla), Alexandre Duhamel (Zurga), …

AlagnaDeux constats, à l’issue de cette belle représentation.

D’une part, cette partition de Bizet est un bonheur absolu, de la première à la dernière note… un constat encore plus évident dans cette configuration de concert, avec l’orchestre sur scène plutôt que dans une fosse. Chapeau à l’Orchestre de Chambre de Paris et à la direction remarquable de Giorgio Croci. C’est impressionnant ce qu’un orchestre peut se métamorphoser d’un chef à l’autre…

D’autre part, Roberto Alagna n’est plus vraiment au sommet de son art… mais sa générosité évidente compense l’impression laissée, par exemple, par un “Je crois entendre encore” interprété dans une voix de tête ténue, détimbrée, presque éraillée, au vibrato incertain (exactement comme dans cet extrait… que l’on comparera, pour se faire mal, à ça).

Très bon Zurga d’Alexandre Duhamel. Léïla correcte mais largement incompréhensible de Nino Machaidze, qu’Alagna ne semble pas pouvoir s’empêcher de toucher à tout bout de champ…


“Příhody lišky Bystroušky”

Opéra National du Rhin, Strasbourg • 16.2.13 à 20h
La Petite Renarde rusée. Leoš Janáček (1924). 

Direction musicale : Friedemann Layer. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Rosemary Joshua (la Renarde), Hannah Esther Minutillo (le Renard), Scott Hendricks (le Garde-chasse), Corinne Romijn (la Femme du garde-chasse, le Hibou), Gijs Van der Linden (l’Instituteur), Enric Martinez-Catignani (le Curé / le Blaireau), …

VixenRobert Carsen poursuit avec bonheur (et pour le nôtre) son exploration de l’œuvre de Janáček : après une Kát’a Kabanová d’anthologie à Milan et une Věc Makropulos parfaitement inspirée à Nuremberg, voici donc qu’il s’attaque à cette fresque bucolique et vaguement philosophique sur les cycles de la vie.

Comme pour Dialogues des Carmélites, on ne peut guère transposer le propos… Carsen utilise donc principalement son instinct visuel très assuré, quitte à bouleverser un peu l’ordre des saisons du livret. Carsen limite le nombre d’espèces animales présentes sur scène et se concentre beaucoup sur les renards : “Il y en avait trop”, dira une spectatrice en sortant. Peut-être, mais ils sont sacrément attachants. Et la scène où le Renard et la Renarde se font la cour au deuxième acte est magnifique.

Rosemary Joshua est irrésistible dans le rôle-titre. Très belle prestation musicale sous la direction de Friedemann Layer. La partition de Janáček est un enchantement.

Il semble que Carsen ait prévu de boucler son cycle Janáček avec De la Maison des morts. L’œuvre paraît à cent mille lieues de son univers naturel. Je suis impatient de voir le résultat…


“La Folle de Chaillot”

Comédie des Champs-Élysées, Paris • 15.2.13 à 20h30
Jean Giraudoux (1945)

Mise en scène : Didier Long. Avec Annie Duperey, Dominique Pinon, Catherine Salviat, Romain Apelbaum, Jean-Paul Bordes, Stéphanie Caillol, Jacques de Cande, Franck Capillery, Fabienne Chaudat, Catherine Hosmalin, Mathias Jung, Antoni Klemm, Gaelle Marie, Adrien Melin, Jean-Jacques Moreau, Frédéric Rose, Geoffrey Sauveaux, Martin Schwietzke, Laurent Spielvogel.

FolleQuelques jours après l’adaptation de la pièce en comédie musicale, je me suis régalé à voir cette jolie production de la célèbre pièce de Giraudoux, avec la magistrale Annie Duperey dans le rôle de la Comtesse Aurélie.

Le décor est somptueux — l’un des plus beaux que j’aie vus à Paris — tandis que la distribution est parfaitement choisie pour donner vie à la prose si heureuse de l’auteur. Dominique Pinon captive le public pendant le monologue de l’égoutier, tandis que Duperey utilise intelligemment le placement grave de sa voix pour ancrer Aurélie dans une sorte de bon sens terrien qui convient parfaitement au personnage — elle est, après tout, “une femme de bon sens”. La scène du thé, avec les trois autres “folles”, est un régal.

Ayant choisi une brasserie au hasard en sortant du théâtre, nous avons été surpris de constater que nous étions “Chez Francis”, le nom du café de la pièce. Sans doute pas un hasard puisque Chaillot est à deux pas.


Concert Orchestre de Paris / Temirkanov à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 14.2.13 à 20h
Orchestre de Paris, Yuri Temirkanov

Prokofiev : Lieutenant Kijé, suite
Tchaïkovski : Variations sur un thème rococo (Alisa Weilerstein, violoncelle)
Moussorgski / Ravel : Tableaux d’une exposition 

Yuri
Temirkanov

Était-ce un effet de la Saint-Valentin ? Toujours est-il que l’intensité de l’amour des musiciens pour le chef était étonnante. Joli concert par ailleurs, marqué surtout par des Tableaux impeccables, presque parfaitement mis en place, pleins d’esprit et de couleurs mais sans effet déplacé.

 


“Der Zwerg” / “L’Enfant et les sortilèges”

Palais-Garnier, Paris • 11.2.13 à 19h30
Direction musicale : Paul Daniel. Mise en scène : Richard Jones et Antony Mcdonald.

ZwergLe Nain. Zemlinksy (1922). Livret : Georg Klaren, d’après Oscar Wilde. Avec Nicola Beller Carbone (Donna Clara), Béatrice Uria-Monzon (Ghita), Vincent Le Texier (Don Estoban), Charles Workman (Der Zwerg), Melody Louledjian (Première servante), Diana Axentii (Deuxième servante), Delphine Haidan (Troisième servante), …

L’Enfant et les sortilèges. Ravel (1926). Livret : Colette. Avec Gaëlle Méchaly (L’Enfant), Cornelia Oncioiu (Maman, la Tasse chinoise, la Libellule), Valérie Condoluci (La Bergère, la Chauve-souris), Melody Louledjian (Le Feu, le Rossignol), Amel Brahim-Djelloul (La Princesse), Diana Axentii (La Chatte, l’Ecureuil), Andrea Hill (La Chouette, un Pâtre), Chenxing Yuan (Une Pastourelle), François Lis (Le Fauteuil, un Arbre), Alexandre Duhamel (L’Horloge comtoise, un Chat), François Piolino (La Théière, la Rainette, le Petit Vieillard), Anne-Sophie Ducret, Caroline Petit, Vincent Morell, Chae Wook Lim (Les Animaux).

L’Opéra de Paris propose un joli couplage entre deux œuvres charmantes du 20e siècle, dont l’une assez rare. La mise en scène tente un parallèle plus ou moins réussi entre les deux, mais elle souffre de son côté légèrement artisanal, même si quelques unes des images de L’Enfant parviennent à émouvoir (ou à amuser — l’une des scènes fait furieusement penser à Matilda). Distribution honnête mais sans éclat, joli travail dans la fosse.


“One Touch of Venus”

Ye Olde Rose and Crown Theatre, Londres • 10.2.13 à 15h30
Musique : Kurt Weill (1943). Lyrics : Ogden Nash. Livret : S. J. Perelman & Ogden Nash, d’après The Tinted Venus de F. J. Anstey.

Mise en scène : Lydia Milman Schmidt. Direction musicale (piano) : Aaron Clingham. Avec Kendra McMillan (Venus), David Jay-Douglas (Rodney), James Wolstenholme (Savory), Danielle Morris (Molly), Lauren Osborn (Gloria), Samuel Clifford (Taxi), Maggie Robson (Mrs. Kramer), Benjamin Mahns-Mardy (Stanley), …

VenusJ’avais déjà décrit ce petit bijou de Kurt Weill lorsque l’Opéra de Lyon avait eu la bonne idée de nous en proposer une production en 2006. La partition déborde de merveilles, comme “Speak Low”, “I’m a Stranger Here Myself”, “West Wind” ou encore “That’s Him”.

Après Flora the Red Menace et She Loves Me, la petite troupe All Star Productions propose de redécouvrir cette œuvre trop peu représentée. Les moyens modestes encouragent une belle inventivité dans la conception de décors qui, s’ils restent statiques, n’en permettent pas moins de gérer habilement les épisodes les plus complexes de la pièce.

Jolie distribution (les passages à plusieurs voix donnent la chair de poule), belle mise en place, très bon accompagnement au piano d’Aaron Clingham : on passe un excellent moment en compagnie de l’incomparable Kurt Weill.


Concert FUNharmonics du LPO à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 10.2.13 à 12h
London Philhamonic Orchestra, Stuart Stratford
Présentation : Chris Jarvis 

Janáček : Sinfonietta, fanfare (premier mouvement)
Gerwhsin : Girl Crazy, ouverture
Honegger : Pacific 231
Youmans arr. Chostakovitch : “Tahiti Trot” (“Tea For Two”)
Respighi : Pini di Roma, “I pini della Via Appia”

StratfordLe London Philharmonic Orchestra propose plusieurs fois par saison de courts concerts destinés plus particulièrement aux enfants. Le programme est composé de petites pièces ; certaines séquences sont interactives ; un présentateur démythifie le concert en proposant anecdotes et commentaires ; les musiciens portent des vêtements colorés ; un écran installé au-dessus de l’orchestre propose des illustrations relatives aux pièces jouées.

Ce concert s’inscrit de surcroît dans le cadre d’une série intitulée “The Rest Is Noise” (d’après le titre du célébre livre d’Alex Ross), entièrement consacrée à la musique du 20e siècle.

L’absence de cérémonial, l’intelligence de la démarche pédagogique, l’investissement total des musiciens, manifestement convaincus de l’intérêt de l’opération, se conjuguent pour créer une expérience unique et délicieuse. Il y a des enfants très jeunes dans la salle et, dans l’ensemble, on les sent intéressés. (Après le concert, des ateliers sont organisés un peu partout dans le bâtiment pour que les gamins puissent aller à la découverte des instruments de l’orchestre.)

Accessoirement, le programme interprété est un régal. De jeunes musiciens se joignent à l’orchestre dans la fanfare introductive de la SInfonietta. Ils réapparaîtront de manière inattendue dans la salle à l’occasion de la fanfare conclusive des “Pins de la Via Appia” — un effet de spatialisation absolument formidable.


“Dear World”

Charing Cross Theatre, Londres • 9.2.13 à 19h30
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Jerome Lawrence et Robert E. Lee, d’après la La Folle de Chaillot, de Jean Giraudoux.

Mise en scène : Gillian Lynne. Direction musicale : Ian Townsend. Avec Betty Buckley (Aurelia), Craig Nicholls (Sewerman [understudy / remplaçant]), Annabel Leventon (Constance), Rebecca Lock (Gabrielle), Stuart Matthew Price (Julian), Kay Treharne (Nina), Anthony Barclay (Prospector), Brett Brown (Waiter), Michael Chance (Sergeant), Peter Land (President One), Robert Meadmore (President 3), Jack Rebaldi (President 2), Ayman Safiah (Mute), 

DearworldEn 1969, le compositeur Jerry Herman, qui avait déjà connu un gros succès avec Hello, Dolly! quelques années plus tôt, s’attela à une adaptation musicale de la délicieuse pièce La Folle de Chaillot, qu’il avait découverte pendant ses études. Herman pensait — à juste titre — pouvoir donner à Aurélie (devenue Aurelia) une voix adaptée au caractère onirico-philosophique de la pièce.

Malheureusement, la genèse de Dear World fut douloureuse. La pièce fut réécrite un nombre incalculable de fois, et les metteurs en scène se succédèrent à un rythme infernal. Quand Dear World atteignit Broadway au terme de ses “tryouts" régionaux, plus personne ne croyait vraiment en l’entreprise… et la taille de la production était devenue incompatible avec l’intimité indispensable à la belle histoire de Giraudoux.

Dear World ne tint que quatre mois à l’affiche du Mark Hellinger Theatre, fut reçu tièdement par la critique… mais valut néanmoins un Tony Award bien mérité à la créatrice du rôle d’Aurelia, la délicieuse Angela Lansbury.

Heureusement, le spectacle fut enregistré. Un enregistrement que j’ai toujours écouté avec délice tant la partition de Herman est superbe : mélodique à souhait, avec juste ce qu’il faut de mélancolie. Herman est un génie, incapable d’écrire quoi que ce soit de médiocre, et sa relative inactivité depuis 25 ans constitue un incommensurable gâchis.

Londres n’avait jamais connu de production professionnelle de Dear World. Aussi l’annonce de cette production proposée dans le petit Charing Cross Theatre fut-elle reçue avec un mélange de surprise et de délectation, d’autant que le rôle principal est tenu par une véritable star du petit monde de la comédie musicale, la remarquable Betty Buckley (créatrice en particulier du rôle de Grizabella, et donc de la chanson “Memory”, dans Cats).

Je ne suis pas le fan numéro un de Buckley, mais il faut reconnaître qu’on pourrait difficilement imaginer casting plus inspiré. Elle est en effet habitée par une forme d’intensité qui conduisent ses détracteurs à la décrire comme folle — l’un de ses rôles les plus marquants, bien qu’elle ne l’ait pas créé, est celui de Norma Desmond dans la comédie musicale Sunset Boulevard.

La représentation de l’après-midi, que je devais voir, ayant été annulée, j’ai dû me rabattre sur celle du soir, au détriment d’autre chose. Gillian Lynne (connue pour avoir conçu la chorégraphie de Cats) a fait une petite annonce pour indiquer que le titulaire du rôle de l’égoutier, Paul Nicholas, était malade, et qu’elle venait de passer trois heures à préparer l’un des “swings” — ces comédiens capables de remplacer plusieurs rôles au pied levé (il n’était pas prêt car il s’agissait de l’une des toutes premières représentations).

Lynne n’avait pas besoin de nous demander notre indulgence. Sa production de Dear World est un véritable enchantement : le petit décor de Matt Kinley, les lumières impeccables de Mike Robertson, la jolie mise en scène tout en douceur et en poésie, les épisode chorégraphiques… tout contribue à une expérience délicieuse et éminemment touchante. La partition de Jerry Herman, magnifiquement interprétée par un petit orchestre de huit musiciens, est un régal, comme prévu, et le livret, très fidèle à la pièce, parvient même à l’améliorer par moments.

(Le livret a évolué plusieurs fois après la création de 1969 ; les modifications ayant conduit à la version représentée à Londres sont dues à David Thompson. Cette production utilise aussi plusieurs chansons écrites postérieurement à la création… et qui ne figurent donc pas sur l’enregistrement du spectacle. La découverte de ces bijoux n’est pas le moindre des plaisirs de cette nouvelle production.)

Je n’avais qu’une envie, en sortant : revenir. Malheureusement, ça ne sera pas possible… à moins que la pièce ne soit prolongée ou ne s’installe dans un théâtre du West End. Ce serait amplement mérité : quel régal !


Le Marathon Bartók à Budapest

Művészetek Palotája, Budapest • 3.2.13 à 10h30

Béla Bartók

10h30
Orchestre symphonique de la MÁV (les chemins de fer hongrois), Péter Csaba
– concerto pour violon n° 1 (Ádám Banda, violon)
Concerto pour orchestre 

12h30
Budapest Strings, János Kovács
Musique pour cordes, percussion et célesta
Divertimento 

17h
Orchestre philharmonique national, Zoltán Kocsis
Kossuth, poème symphonique
Suite de danses

19h
Pannon Philharmonic, Tibor Bogányi
– concerto pour piano n° 3 (Dénes Várjon, piano)
Le Mandarin merveilleux, suite 

21h
Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer
Le Château de Barbe-Bleue
(István Kovács, Ildikó Komlósi, chant)

BartokOnze concerts. Plus de douze heures de musique. Un seul compositeur. C’est le concept un peu fou de ce “marathon” consacré à Béla Bartók au Palais des Arts de Budapest à l’initiative d’Iván Fischer.

Même si d’aucuns se sont prêtés à l’aventure des onze concerts, je me suis contenté d’une sélection de cinq, afin de me ménager des pauses, dont une suffisamment longue pour me permettre de rentrer à l’hôtel faire une petite sieste.

Quelle abondance de merveilles ! La journée s’est terminée en apothéose avec un Château de Barbe-Bleue interprété avec une intensité extraordinaire par le Budapest Festival Orchestra d’Iván Fischer. Mais il serait bien difficile de faire le tri parmi l’accumulation de plaisirs petits et grands, de la joie évidente des solistes de l’Orchestre symphonique de la MÁV dans un Concerto pour orchestre proprement électrique au bonheur de voir l’un des dieux de mon adolescence, Zoltán Kocsis, diriger le monumental Kossuth (35 bois et cuivres !) avec autant de plaisir (et sans partition), en passant par les sonorités envoûtantes des Budapest Strings (et leur contrebassiste debout) dans une somptuosissime Musique pour cordes, percussion et célesta, suivie d’un Divertimento bondissant et aérien. Presque toutes les pièces interprétées font la place belle au cor anglais, peut-être l’instrument le plus sublime de l’orchestre.

Le moment le plus étonnant restera celui où, entendant un sublime solo de cor dans Kossuth, j’ai regardé les musiciens pour constater, abasourdi, que huit musiciens étaient en train de jouer dans une unité tellement parfaite qu’on n’entendait qu’un seul instrument.

Chapeau.


“Der fliegende Holländer”

Magyar Állami Operaház, Budapest • 2.2.13 à 19h
Le Vaisseau fantôme, Wagner (1843)

Direction musicale : János Kovács. Mise en scène : János Szikora. Avec Thomas Gazheli (Le Hollandais), András Palerdi (Daland), Gyöngyi Lukács (Senta), Attila Fekete (Erik), …

BudhollÀ l’Opéra de Budapest, on représente Le Vaisseau fantôme sans entracte… Pourquoi pas ? Mais la représentation prend trop souvent des allures de routine pour que l’on se laisse totalement convaincre par l’entreprise. Les images scéniques sont plutôt travaillées (malgré des images de synthèse un peu vieillotes), mais ni les chanteurs ni les choristes ne semblent vouloir habiter la scène avec un minimum de vraisemblance.

Musicalement, c’est à l’avenant. Un peu planplan. Honnête mais pas inoubliable.

C’est finalement la découverte du magnifique bâtiment qui constitue le clou de la soirée.