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Posts from December 2012

“Les Misérables”

Cinéma Ziegfeld, New York • 30.12.12 à 11h
Tom Hooper (2012). Avec Hugh Jackman (Valjean), Russell Crowe (Javert), Anne Hathaway (Fantine), Sacha Baron Cohen (Thénardier), Helena Bonham Carter (Mme Thénardier), Eddie Redmayne (Marius), Amanda Seyfried (Cosette), Samantha Barks (Éponine), Aaron Tveit (Enjolras), ...

Lesmis
Samantha Barks et Eddie Redmayne
Cette adaptation cinématographique de l'un des plus gros succès récents de la comédie musicale, confiée au réalisateur de The King's Speech, était attendue avec beaucoup de curiosité.

Le résultat n'est ni très réussi, ni particulièrement raté. On s'interroge principalement sur la propension du réalisateur à montrer des visages en gros plan se détachant sur des arrière-plans complètement flous, ce qui produit un curieux effet visuel (et a dû fichtrement décevoir le concepteur des décors, dont le travail se trouve virtuellement anéanti).

Les comédiens, qui chantent “en direct” (lors de la prise) et non en playback, habitent tous remarquablement leurs personnages respectifs. Si certains agacent un peu (on ne voit pas trop ce qu'Anne Hathaway pourrait faire de plus pour quémander son Oscar, à part peut-être aller faire le ménage gratuitement chez les membres de l'Académie ; Helena Bonham Carter semble recycler pour la énième fois la prestation qu'elle nous servait déjà dans Sweeney Todd), la plupart proposent des prestations fortes et émouvantes, avec des mentions spéciales pour le Valjean charismatique de Hugh Jackman, pour le Marius à l'intensité parfaitement équilibrée d'Eddie Redmayne ou pour l'Éponine si sobre et pourtant si bougrement touchante de Samantha Barks.

Parmi les plaisirs du film : retrouver dans de petits rôles des comédiens comme Colm Wilkinson (le Valjean de la création, en 1985) ou Frances Ruffelle (l’Éponine originelle).

“13 Things About Ed Carpolotti”

59E59 Theaters, New York • 29.12.12 à 20h30
Livret, musique et lyrics : Barry Kleinbort, d'après une pièce de Jeffrey Hatcher.

Mise en scène : Barry Kleinbort. Direction musicale (piano) : Paul Greenwood. Avec Penny Fuller.

13ThingsUne femme découvre que son mari, qui vient de mourir, lui a légué une montagne de dettes. Elle se remémore quelques épisodes de son passé et se prépare à l'éventualité de devoir quitter la maison qu'elle aime tant et où elle a tant de souvenirs.

Barry Kleinbort a basé cette petite pièce musicale de 60 minutes sur l'un des monologues de la pièce Three Viewings de Jeffrey Hatcher. Son écriture à la fois inspirée et disciplinée donne une voix touchante à son héroïne, Virginia, interprétée avec infiniment de justesse et de précision par la talentueuse Penny Fuller, notamment créatrice à Broadway du rôle de Eve Harrington dans Applause (1970), l'adaptation en comédie musicale de All About Eve. Le dénouement, plein de tendresse, recolle avec maestria les bribes savamment éparpillées au cours de la représentation.

“Full disclosure” : Barry Kleinbort est un ami (mais j'ai payé ma place).

“A Christmas Story: the Musical”

Lunt-Fontanne Theatre, New York • 29.12.12 à 14h
Musique et lyrics : Benj Pasek & Justin Paul. Livret : Joseph Robinette.

Mise en scène : John Rando. Direction musicale : Cynthia Kortman Westphal. Avec Dan Lauria (Jean Shepherd), Johnny Rabe (Ralphie), John Bolton (The Old Man), Erin Dilly (Mother), Caroline O’Connor (Miss Shields), … 

XmasstoryJ’étais à deux doigts d’improviser un voyage de dernière minute à Chicago l’année dernière car les commentaires sur cette nouvelle comédie musicale inspirée d’un film culte (dont j’avais déjà parlé ici) étaient extrêmement élogieux. Mon projet n’ayant pu aboutir, je m’étais consolé en écoutant le CD… qui, curieusement, ne m’avait qu’à moitié emballé.

L’adaptation scénique est très proche du scénario du film (qui, il faut bien le reconnaître, est assez curieusement construit) et la partition a été confiée au talentueux duo constitué par Benj Pasek et Justin Paul, les auteurs du récent et touchant Dogfight.

Et autant le dire d’emblée : j’ai cru revivre l’enivrant enthousiasme qui m’avait saisi lorsque j’ai découvert Elf pour la première fois. En peut-être encore plus intense.

Cette adaptation est conçue avec beaucoup d’esprit et exécutée avec un talent étonnant. Le décor de Walt Spangler est somptueux ; la très belle partition de Pasek & Paul est formidablement servie par les orchestrations magnifiques de Larry Blank ; la mise en scène fourmille d’idées, toutes impeccablement exécutées par des comédiens plus réjouissants les uns que les autres.

C’est peut-être ce dernier point qui m’a le plus surpris car la distribution est composée majoritairement d’enfants… et Dieu sait que ma tolérance à l’égard des enfants comédiens est maigre (surtout après Annie). En l’occurrence, tous ces gamins sont d’un naturel étonnant… et aucun ne semble souffrir d’hypertrophie de l’ego, un syndrome malheureusement courant. Une large partie du spectacle repose sur eux… notamment les tableaux correspondant à des rêves du personnage principal, Ralphie…  et dire qu’ils sont irrésisitbles ne leur rend pas tout à fait justice.

Johnny Rabe, le comédien qui joue le rôle de Ralphie, est le plus étonnant de tous. Il est en scène pendant l’essentiel de la représentation, avec de sacrés enchaînements à assurer, et il est parfait. (Un mot aussi pour l’étonnant Luke Spring, une minuscule crevette de neuf ans, qui fait sensation dans son numéro de claquettes.)

Les adultes sont tout aussi remarquables : John Bolton est éblouissant dans le rôle comique (et chargé) du père ; Erin Dilly est délicieusement irrésistible dans celui de la mère… et l’impayable Caroline O’Connor (qui s’est désistée du Hello, Dolly! de Leicester pour pouvoir participer à ce spectacle) ne fait qu’une bouchée du rôle de Miss Shields, l’institutrice faussement coincée.

Du bonheur, du bonheur, que du bonheur… 

♫ Le CD du spectacle sur Spotify (il a été enregistré en studio bien avant que le spectacle n’arrive à Broadway ; beaucoup de comédiens sont différents) :


“Annie”

Palace Theatre, New York • 28.12.12 à 20h
Musique : Charles Strouse. Lyrics : Martin Charnin. Livret : Thomas Meehan.

Mise en scène : James Lapine. Direction musicale : Todd Ellison. Avec Lilla Crawford (Annie), Anthony Warlow (Oliver Warbucks), Katie Finneran (Miss Hannigan), Clarke Thorell (Rooster), J. Elaine Marcos (Lily), Brynn O’Malley (Grace Farrell), Jeremy Davis (Bert Hearly), Merwin Foard (F.D.R.) … 

AnnieLa production originale de Annie, qui a tenu l’affiche d’avril 1977 à janvier 1983, occupe encore aujourd’hui la vingt-cinquième position sur la liste des succès de Broadway par le nombre de représentations. Tout le monde connaît l’histoire de cette orpheline à la robe rouge, adoptée par un milliardaire qui lui évite les affres d’un orphelinat pendant la Grande Dépression, ainsi que les manigances de la tenancière dudit orphelinat.

L’histoire peut rapidement provoquer une overdose proche du diabète-éclair tant l’histoire et la partition débordent de douceur mielleuse. Le fait que le metteur en scène, James Lapine, ait manifestement voulu noircir les scènes dans l’orphelinat ou encore celles montrant les sans-logis victimes de la crise ne fait, curieusement, que mettre encore plus l’accent sur ces caractéristiques.

Mais c’est surtout la distribution qui m’a posé problème. La titulaire du rôle-titre, d’abord : Lilla Crawford doit avoir une douzaine d’années, mais elle se comporte et, surtout, chante comme si elle en avait le double. La quantité d’effets qu’elle met dans sa voix chantée fait penser aux mauvaises émissions de télé réalité. En bref, elle n’a rien d’une enfant. Et c’est un réel problème en l’occurrence.

Mais ce n’est pas tout : depuis qu’elle a fait un tabac pour sa prestation dans Promises, Promises, Katie Finneran semble approcher tous ses rôles de la même façon. Elle joue Miss Hannigan de manière caricaturale, comme une grosse alcoolique sans nuance ni épaisseur. Dire qu’elle en fait beaucoup trop reste très très très en-deça de la réalité. On est épuisé au bout de dix secondes de ce jeu qui ferait passer Benny Hill pour un parangon de classe, de retenue et de subtilité.

Heureusement, la deuxième partie de la pièce repose largement sur le personnage d’Oliver Warbucks… et l’excellent Anthony Warlow sauve le spectacle grâce à une prestation parfaitement inspirée et une voix absolument irrésistible. On apprécie aussi beaucoup l’excellent Merwin Foard dans le petit rôle de F.D.R. (à qui Warbucks est censé inspirer l’idée du New Deal).

Grâce à Warlow… et au très joli décor de David Korins…, le spectacle reste vaguement supportable, mais cette représentation a éprouvé comme rarement les limites de ma résistance naturelle.

♫ Un enregistrement sur Spotify :


“Elf”

Al Hirschfeld Theatre, New York • 28.12.12 à 14h
Musique : Matthew Sklar. Lyrics : Chad Beguelin. Livret : Thomas Meehan & Bob Martin.

Mise en scène et chorégraphie : Casey Nicholaw. Direction musicale : Phil Reno. Avec Jordan Gelber (Buddy), Leslie Kritzer (Jovie), Beth Leavel (Emily), Wayne Knight (Santa), Mark Jacoby (Walter Hobbs), Adam Heller (Mr. Greenway), Michael Mandell (Macy’s Manager), Valerie Wright (Deb), Mitchell Sink (Michael), …

ElfC’était irrésistible : il me fallait revoir cette délicieuse comédie musicale que j’avais pourtant déjà vue deux fois l’année dernière. Je trouve en effet la partition de Sklar & Beguelin parfaitement irrésistible (et tellement bien mise en valeur par les sublimes orchestrations de Doug Besterman).

Le spectacle est toujours aussi délicieux… et l’on retrouve d’ailleurs une partie des comédiens de l’année dernière. Grosse exception : le rôle-titre, qui était tenu par l’excellent Sebastian Arcelus, est désormais confié à un dénommé Jordan Gelber, qui ne pourrait pas être plus différent de son prédécesseur. Sur le plan de l’apparence, d’une part (Gelber est aussi gros qu’Arcelus est mince)… mais aussi quant à sa façon de jouer la comédie, qui est nettement moins subtile et beaucoup plus basée sur un humour physique qui frôle parfois la vulgarité.

Dans le rôle de Jovie, on retrouve avec plaisir la talentueuse Leslie Kritzer, qui avait fait sensation lorsqu’elle avait été “découverte” dans le rôle principale de la comédie musicale Funny Girl au Paper Mill Playhouse en 2001.

Mention spéciale, enfin, à l’irrésistible Beth Leavel, déjà très touchante dans le rôle d’Emily l’année dernière… et qui semble posséder un talent rare pour “tirer” le comédien qui joue le rôle de son fils Michael à ses côtés — un certain Matthew Gumley l’année dernière, le très bon Mitchell Sink cette année.

♫ L’enregistrement du spectacle sur Spotify (avec la distribution de l’année dernière) :


“The Radio City Christmas Spectacular”

Radio City Music-Hall, New York • 28.12.12 à 11h

RockettesSi je compte bien, c’était la sixième fois (après 2005, 2006, 2007, 2009 et 2010) que je voyais ce spectacle magnifique, qui revient à l’affiche tous les ans à l’approche des fêtes de fin d’année.

Comme les années précédentes, le spectacle combine des séquences traditionnelles incontournables (une adorable version digest de Casse-Noisette dansée par des peluches géantes, la scène hyper virtuose des “Petits Soldats de bois”… et la fameuse Nativité, heureusement un peu dépoussiérée) et des tableaux plus modernes, plus fréquemment renouvelés, conçus pour mettre en valeur le talent des Rockettes, ces étonnantes spécialistes de la danse synchronisée, qui fêtent cette année leur 85e anniversaire.

Le tableau de la visite à l’atelier du Père Noël a été complètement repensé, et il incorpore désormais une séquence de type “jeu vidéo”… en 3D… comme d’ailleurs le petit film sublime qui montre l’arrivée du traîneau du Père Noël sur Manhattan.

J’avais pris l’habitude jusqu’à présent de voir le spectacle depuis les premiers rangs d’orchestre ; j’ai décidé pour changer de tester le premier balcon (où la place pour les jambes est particulièrement généreuse). On y perd bien sûr en intimité (la salle est gigantesque), mais on y gagne en appréciation pour la qualité du travail de mise en place… et on est mieux placé pour profiter des nombreuses projections effectuées sur les parois-mêmes du théâtre

Les décors, constitués presque exclusivement d’images de synthèse, sont un régal constamment renouvelé… et il est impossible de résister à un profond et touchant sentiment d’émerveillement devant autant de créativité dans la conception et de joie dans l’exécution.


“The Hobbit: An Unexpected Journey” (3D)

Max Linder, Paris • 26.12.12 à 20h45
Peter Jackson (2012). Avec Martin Freeman (Bilbo), Ian McKellen (Gandalf), …

HobbitAutant les films de la série The Lord of the Rings m’avaient donné envie d’aller au bout de l’histoire, autant je pense que je vais en rester là pour cette nouvelle trilogie.

Le scénario est en effet désespérément linéaire, prévisible et sans enjeu. Après une exposition interminable, les personnages vont de bataille en bataille, sans que l’on soit jamais réellement inquiet, même lorsqu’ils semblent se trouver dans des situations inextricables.

Les questions de vraisemblance sont généralement secondaires dans l’heroic fantasy, mais un cerveau raisonnable ne peut pas accepter la façon dont les personnages principaux se tirent systématiquement indemmes des combats et poursuites, surtout compte tenu de la façon dont ils se déroulent — la scène dans Goblin-town étant la plus agaçante de ce point de vue.

C’est que l’on se trouve, au fond, dans un univers de jeu vidéo. Les normes du roman ou du cinéma traditionnel ne s’y appliquent plus. Le récit devient secondaire et seules comptent les prouesses visuelles… prouesses pourtant d’autant moins impressionnantes qu’elles sont intégralement en images de synthèse (mais pourquoi donc aller tourner en Nouvelle-Zélande si c’est pour ne garder aucune image “naturelle” ?) 

Martin Freeman est tellement bon qu’il sauverait presque le film à lui seul. Mais c’est un lourd combat. Même Ian McKellen est lassant tant son personnage est sans relief… et Andy Serkis, qui tirait tellement bien son épingle du jeu dans The Lord of the Rings, en fait tellement — et sur un mode tellement convenu — qu’il en est assommant.

Il est impossible de tenir le compte des points communs de l’histoire avec l’intrigue de L’Anneau du Nibelung tant ils sont nombreux : un dragon qui veille sur un tas d’or, des nains qui travaillent à la mine, un anneau qui confère des pouvoirs surnaturels, un oiseau qui se fait comprendre d’un homme, un duel à base de charades, etc. Si seulement Peter Jackson pouvait consacrer 180 millions de dollars (le budget de ce seul film) à une version cinématographique de la Tétralogie de Wagner…


“Honk!”

Tabard Theatre, Londres • 22.12.12 à 14h30
Musique : George Stiles. Livret et lyrics : Anthony Drewe. 

Mise en scène : Madeleine Loftin. Direction musicale : Tom Theakston. Avec Joe Sterling (Ugly), Kathryn Rutherford (Ida), Tim Oxbrow (The Cat), Lydia Grant, Mark White, Kate Scott, Alex Papachristou, Marina Kelman, Ben Vivian-Jones, Lydia Jenkins.

HonkJ’aime vraiment beaucoup cette comédie musicale inspirée par le conte du Vilan Petit Canard d’Andersen — j’étais d’ailleurs allé la voir deux fois lorsqu’elle a été présentée au National Theatre de Londres pendant l’hiver 1999/2000.

On doit Honk! à George Stiles et Anthony Drewe, les auteurs de Soho Cinders et de Betty Blue Eyes. Ils ont concocté une partition variée et hautement attrayante, joliment mise au service de cette touchante histoire de tolérance, racontée avec beaucoup d’originalité et sans sentimentalisme excessif.

Le petit Tabard Theatre ne pourrait pas être plus différent de l’immense Olivier Theatre dans lequel j’avais initialement vu le spectacle… et pourtant la magie fonctionne aussi très bien, en partie grâce à de très jolies prestations des trois rôles principaux. (J’avais déjà vu une production modeste de Honk! à Édimbourg, mais c’était un spectacle amateur, de moindre qualité.)

♫ L’enregistrement original sur Spotify :


“Robert le diable”

Royal Opera House, Londres • 21.12.12 à 18h
Giacomo Meyerbeer (1831). Livret : Eugène Scribe et Germain Delavigne.

Direction musicale : Daniel Oren. Mise en scène : Laurent Pelly. Avec Bryan Hymel (Robert), Marina Poplavskaya (Alice), John Relyea (Bertram), Sofia Fomina (Isabelle), Jean-François Borras (Raimbaut) …

RobertLe programme de salle indique qu’il s’agit de la 79e représentation à l’Opéra royal, mais Robert le diable n’y avait pas été donné depuis 1890. Pas plus que dans la plupart des autres grandes maisons, qui ont laissé l’un des grands succès du 19e siècle tomber dans l’oubli.

Le programme cite G. B. Shaw, qui s’interrogeait à voix haute sur ce qui avait bien pu attirer le public dans la musique de ce Prussien baigné d’influences italiennes (Giacomo Meyerbeer : tout est dans le nom).

Il est vrai que l’œuvre ne se laisse approcher que difficilement : le livret, avec sa coloration faustienne, apparaît un rien simpliste eu égard à l’échelle naturelle d’un “grand opéra à la française” avec ses chœurs et ses ballets ; l’écriture musicale, sans style réellement identifiable, manque cruellement d’épaisseur harmonique — beaucoup d’unissons, de tierces — ; et l’inspiration mélodique n’y est que sporadique, avec un nombre phénoménal de phrases répétées à l’envi pendant un temps infini.

Il y a malgré tout de jolis moments. Le cinquième acte, en particulier, possède une réelle élégance. Après le magnifique air des moines, “Malheureux ou coupable”, la partition parvient soudain à refléter de manière subtile le dilemme de Robert, appelé à choisir entre l’amour d’Isabelle ou le destin satanique auquel l’appelle Bertram.

L’interprétation très en demi-teinte proposée par l’Opéra royal contribue sans doute beaucoup à l’impression mitigée que l’on retire de la représentation. Personne, manifestement, ne se sent à l’aise avec le style de l’œuvre, que ce soit dans la fosse (où Daniel Oren semble tout faire pour aplatir la partition) ou sur scène. Aucun chanteur ne donne l’impression de maîtriser son rôle, à part peut-être l’excellent John Relyea, qui campe un Bertram délicieusement méphistophélique (et le très solide Jean-François Borras en Raimbaut).

Pour le reste, c’est un festival de traits tendus et ralentis, d’aigus criards, de vocalises patinées et de français incompréhensible. Il faut dire que la distribution a tellement changé depuis l’annonce de la production que c’en était devenu risible : j’ai bien dû recevoir un e-mail par mois indiquant que bidule avait renoncé ou que machine interprèterait finalement tel rôle. C’est Diana Damrau qui devait initialement interpréter le rôle d’Isabelle : gageons que l’impression générale en eût été modifiée.

La mise en scène donne l’impression que Laurent Pelly s’est longuement demandé ce qu’il allait bien pouvoir faire de l’œuvre (et qu’il n’a jamais trouvé la réponse). On y retrouve un amas hétéroclite d’images déjà vues, de moments de réelle inspiration et de grand n’importe quoi.

Cette production ne donnera sans doute envie à personne de ressusciter Meyerbeer. Occasion manquée ou verdict impitoyable de l’histoire, difficile à dire.


Concert Orchestre de Paris / Franck à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 19.12.12 à 20h
Orchestre de Paris, Mikko Franck

Ravel :
Une Barque sur l’océan, version pour orchestre
Alborada del gracioso, version pour orchestre
Shéhérazade (Nora Gubisch, mezzo-soprano)
Daphnis et Chloé, ballet intégral

FranckJe me suis réjoui en apprenant que Mikko Frank allait remplacer Pierre Boulez à la tête de l’Orchestre de Paris pour ce concert. Non que Boulez soit un mauvais chef, loin de là… mais chaque apparition de Mikko Franck à Paris jusqu’à présent a été un événement.

Ce fut le cas une fois de plus avec cet époustouflant concert Ravel, couronné par un Daphnis et Chloé somptueusement coloré et cohérent. Beaucoup de chefs dirigent Ravel comme des chochottes. Pas Mikko Franck, qui parvient à conserver une colonne vertébrale à la musique malgré la façon impressionniste et l’abondance de touches apparemment disparates. La musique déferle comme une vague magnifique, fascinante autant pour sa majesté d’ensemble que par la multiplicité des splendeurs disséminées aux quatre coins d’un orchestre qui semble, lui aussi, sous le charme.


Le concert de Noël de l’Orchestre national de France au Cirque d’hiver

Cirque d’hiver, Paris • 18.12.12 à 20h
Orchestre national de France, Maîtrise de Radio-France, Sofi Jeannin

Bernstein : ouverture de Candide
John Rutter : “Tomorrow Shall Be My Dancing Day”
Lehár : Gold und Silber, valse n° 60
Reger : “Mariä Wiegenlied”
Chabrier : Ode à la musique
Delibes : “Pizzicato” (Sylvia)
Michael Praetorius : “In dulci jubilo”
“Deck the Halls” (traditionnel)
Leroy Anderson : Fiddle-Faddle
Gershwin : ouverture de Girl Crazy
Felix Bernard et Richard B. Smith : “Winter Wonderland”
Tchaïkovski : “Valse des Fleurs” (Casse-Noisette)
Bernstein : “I Feel Pretty” (West Side Story)
Bernstein : “Glitter And Be Gay” (Candide)
Leroy Anderson : Sleigh Ride
Frank Loesser : “What Are You Doing New Year’s Eve?”
John Frederick Coots et Haven Gillespie : “Santa Claus Is Coming To Town”
A Christmas Carol Fantasy (traditionnels, arrangement Paul Campbell) 

(Ida Falk Winland, soprano)

JeanninJ’avais été très surpris de découvrir ce concert dans le programme de la saison de l’Orchestre national de France. Le répertoire interprété est en effet horriblement rare sur les scènes parisiennes, alors qu’il est, partout ailleurs, incontournable à l’approche de Noël.

Il faut donc remercier chaleureusement Sofi Jeannin d’avoir concocté ce florilège de musique dite légère, parfaitement équilibré entre épisodes orchestraux et choraux… et entre la tradition de la vieille Europe et la modernité bouillonnante de l’Amérique.

La deuxième partie est un véritable enchantement et chaque pièce fait monter un peu plus le frissonomètre. La soprano suédoise Ida Falk Winland fait montre d’une étonnant capacité d’adaptation stylistique : le swing de sa voix dans le sublime standard de Frank Loesser “What Are You Doing New Year’s Eve?” (dont l’interprétation par Barbra Streisand est peut-être la plus connue) est généralement hors de portée pour les chanteuses de formation classique. Elle se distingue aussi par un “Glitter And Be Gay” excellent à tout point de vue.

La soirée appartient cependant à la bien sympathique Maîtrise de Radio-France, parfaitement préparée à interpréter avec enthousiasme un répertoire qui, s’il est “léger”, n’en est pas moins exigeant. L’Orchestre national est tout aussi étonnant dans sa capacité à se détendre et à se plonger le temps d’une soirée dans le monde enchanté de la syncope triomphante. Tous les pupitres ne partent pas à égalité… mais on est particulièrement touché par ce qui se passe du côté des trompettes et des trombones. Le délicieux Sleigh Ride de Leroy Anderson, le morceau de Noël par excellence, m’a littéralement mis dans un état second. 

(Et on pardonnera au cor anglais d’avoir oublié ses bouchons d’oreilles — il n’y a rien de plus agaçant qu’un musicien qui se bouche les oreilles — tant son trait introductif de “Glitter And Be Gay” fut irrésistiblement sensuel.)


“Once Upon a Mattress”

Union Theatre, Londres • 16.12.12 à 14h30
Musique : Mary Rodgers. Lyrics : Marshall Barer. Livret : Jay Thompson, Marshall Barer & Dean Fuller.

Mise en scène : Kirk Jameson. Direction musicale : Alex Parker. Avec Jenny O’Leary (Princess Winnifred), Mark Anderson (Prince Dauntless), Stiofán O’Doherty (Sir Harry), Kimberly Blake (Lady Larkin), Paddy Glynn (Queen Aggravain), Denis Quilligan (King Sextimus the Silent), Daniel Bartlett (The Jester), Ryan Limb (The Minstrel), David Pendlebury (The Wizard), … 

MattressOnce Upon a Mattress est une comédie musicale assez déjantée inspirée par le conte La Princesse au petit pois. Créée en 1959, sa partition est signée par Mary Rodgers, la fille du légendaire Richard Rodgers. Je suis arrivé à New York pour mon tout premier séjour en 1997 quelques jours après qu’une reprise avait fermé ses portes ; le rôle principal était tenu par une certaine Sarah Jessica Parker. Du coup, je n’avais vu jusqu’à présent qu’une seule production de Once Upon A Mattress, montée par une troupe amateur canadienne au printemps 2000. (Il existe également plusieurs versions conçues pour la télévision.)

Le Union Theatre, qui se spécialise dans les petites productions de qualité, nous permet de voir la pièce dans de très bonnes conditions. La mise en scène de Kirk Jameson, pleine d’esprit, et la chorégraphie dynamique de Racky Plews sont source de beaucoup de plaisir et mettent en valeur l’humour constant de la pièce.

La jeune distribution, fort dynamique, est parfois inégale — il faut dire que la partition est exigeante —, mais on est conquis par la Princesse irrésistible de Jenny O’Leary, une comédienne à l’instinct particulièrement assuré, et par les yeux languissants du Prince de Mark Anderson. L’accompagnement au piano seul par Alex Parker est un régal.


“Hello, Dolly!”

Curve, Leicester • 15.12.12 à 14h15
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Michael Stewart, d’après The Matchmaker de Thornton Wilder.

Mise en scène : Paul Kerryson. Direction musicale : Ben Atkinson. Avec Janie Dee (Mrs. Dolly Gallagher Levi), Dale Rapley (Horace Vandergelder), Michael Xavier (Cornelius Hackl), Jason Denton (Barnaby Tucker), Laura Pitt-Pulford (Irene Molloy), Ngo Ngofa (Minnie Fay), Simon Donovan (Ambrose Kemper), Keisha Atwell (Ermengarde), Kerry Washington (Ernestina Money), Cameron Ball (Rudolph Reisenweber), …

Dolly
Janie Dee
C’est toujours un plaisir de voir ce grand classique du répertoire, dont l’atout principal est l’irrésistible partition de Jerry Herman. Fidèle à ses habitudes, le Curve de Leicester propose une production de grande qualité, même si l’orchestre de dix musiciens est un peu maigre.

C’est la délicieuse Caroline O’Connor qui devait jouer le rôle-titre, mais elle a préféré écouter les sirènes de Broadway, où elle joue actuellement dans la comédie musicale A Christmas Story (que je verrai dans quelques jours). C’est finalement la non moins délicieuse Janie Dee qui a repris le flambeau. Dee est une Dolly chaleureuse et espiègle, et elle met le public dans sa poche avec une facilité déconcertante. Sa voix a tendance à se casser dans l’aigu, mais personne n’attend de Dolly qu’elle soit une excellente chanteuse (la créatrice du rôle, l’inénarrable Carol Channing, possède d’ailleurs une voix très particulière, que certains décrivent comme une voix de canard).

Beaucoup de très belles prestations dans le reste de la distribution : Dale Rapley est un Horace idéal, le meilleur que j’aie vu ; Michael Xavier est le charme incarné en Cornelius et il chante fabuleusement bien, notamment lorsqu’il entame la chanson “Put On Your Sunday Clothes” (rendue célèbre par le film Wall•E) ; Laura Pitt-Pulford est tout aussi délicieuse lorsqu’elle entame l’une des chansons les plus charmantes du spectacle, “Ribbons Down My Back”.

Le décor consiste pour l’essentiel en un grand escalier, qui change de position selon les scènes. Des projections plutôt bien conçues fournissent une toile de fond évolutive, ainsi qu’une espèce de “générique de début” — une tendance déjà repérée dans d’autres productions récentes (c’était d’ailleurs le cas pour le Hello, Dolly! de Vienne).

La mise en scène de Paul Kerryson est idéalement nerveuse et rythmée, évitant soigneusement les temps morts. Elle s’accommode fort bien de cette grande scène parfois un peu trop vide.

En voyant le grand escalier qui ne quitte pas la scène pendant toute la représentation, je me suis surpris à rêver que le Curve nous propose l’autre grande comédie musicale de Jerry Herman dans lequel un escalier joue un rôle essentiel, Mame.


Récital Nina Stemme / Swedish Chamber Orchestra à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 11.12.12 à 20h
Swedish Chamber Orchestra, Thomas Dausgaard
Nina Stemme, soprano 

Beethoven : Coriolan, ouverture
Grieg : “Jeg elsker deg” (op. 5 n° 3)
SIbelius : “Flickan kom ifrån sin älsklings möte” (op. 37 n° 5)
Ravel : Pavane pour une infante défunte
Wagner : “Stehe still!” (Wesendonck-Lieder)
Weill : “The Saga of Jenny” (Lady in the Dark
Brahms : “Nein, es ist nicht auszukommen” (op. 52 n° 11)
Berlioz : “Le Spectre de la rose” (Les Nuits d’été
Schubert : Der Tod und das Mädchen (D. 531) 
Elgar : “Nimrod” (Enigma Variations
Strauss : “Morgen” (op. 27 n° 4)

Stemme
Nina Stemme
Derrière le titre “Love, Hope and Destiny” se cache un récital délicieux, expertement conçu. Nina Stemme a beaucoup chanté Brünnhilde, récemment ; ça ne doit pas être très facile de retrouver cette voix intérieure, privée. Le “poids” de la voix dans le grave, inhabituelle chez une soprano, aide à créer une ambiance intime. La recherche du pianissimo parfait est admirable (mais dangereuse : la voix a dérapé dans le deuxième bis). N’eût été l’incapacité habituelle du public à se tenir complètement silencieux, l’effet produit aurait été miraculeux.

La présence dans le programme de la chanson “The Saga of Jenny”, issue de la comédie musicale Lady in the Dark, est un signe d’ouverture assez réjouissant. On sait la difficulté des voix d’opéra à trouver le bon style lorsqu’elles sortent de leur répertoire. Stemme, très attentive au texte, s’en sort avec les honneurs. Son enthousiasme évident fait plaisir à voir.

Je suis parti à l’entracte, la deuxième partie étant consacrée à la cinquième symphonie de Beethoven, que je n’avais pas particulièrement envie d’entendre.


“Carmen”

Opéra Bastille, Paris • 10.12.12 à 19h30
Georges Bizet (1875). Livret de Henry Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée.

Direction musicale : Philippe Jordan. Mise en scène : Yves Beaunesne. Avec Anna Caterina Antonacci (Carmen), Khachatur Badalyan (Don José), Ludovic Tézier (Escamillo), Genia Kühmeier (Micaëla), …

Carmen
Anna Caterina Antonacci
Une expérience mitigée : si le metteur en scène possède un indéniable instinct visuel, sa conception reste largement statique. Résultat : cette production manque de feu et de passion. Les personnages y perdent beaucoup : la Carmen d’Antonacci, que j’avais pourtant beaucoup aimée à Londres, semble bien éteinte.

Philippe Jordan, qui cède à son habituel penchant chambriste, y est sans doute pour quelque chose. Il propose malgré tout de fort jolis moments, comme un prélude de l’acte 3 à chavirer de plaisir. Mais il semble avoir définitivement oublié que l’opéra est aussi du théâtre.

(Un curieux phénomène se produit après l’entracte : le son semble soudain plus audible, qu’il provienne de la scène ou de la fosse. Je ne pense pas avoir été victime d’une hallucination.)

L’Escamillo charismatique de Ludovic Tézier remonte le niveau d’une scène plombée par le Don José médiocre de Khachatur Badalyan. Le public ovationne la Micaëla de Genia Kühmeier, que je trouve pourtant assez irrégulière.

Beaunesne, presque comme Bieito à Londres, déplace l’action dans l’Espagne d’après Franco. Une idée assez inoffensive, qui semble choquer le public à en juger par les désormais incontournables huées finales. Est-ce à cause de la perruque blonde ? Il semble pourtant assez facile d’imaginer une Carmen blonde dans l’Espagne de la movida. À moins qu’elles ne soient dues à la scène finale, jouée devant un trou béant dont la signification est assez difficile à déchiffrer.


“Rocky, Das Musical”

TUI Operettenhaus, Hambourg • 8.12.12 à 20h
Musique : Stephen Flaherty. Lyrics : Lynn Ahrens. Livret : Thomas Meehan, d’après le film. Adaptation en allemand : Wolfgang Adenberg (lyrics) et Ruth Deny (livret).

Mise en scène : Alex Timbers. Direction musicale : Bernhard Volk. Avec Drew Sarich (Rocky Balboa), Wietske van Tongeren (Adrian), Terence Archie (Apollo Creed), Alex Avenell (Gloria), Patrick Imhof (Paulie), Uwe Dreves (Mickey), …

RockyCurieuse idée d’imaginer Rocky en comédie musicale… mais l’expérience était tentante : la partition a été commandée à Stephen Flaherty et Lynn Ahrens, les auteurs du chef d’œuvre Ragtime et d’autres petits bijoux comme Lucky Stiff ; la mise en scène est du talentueux Alex Timbers, remarqué à Broadway pour son travail sur Bloody Bloody Andrew Jackson et sur Peter and the Starcatcher ; et le tout est produit sous l’égide de Stage Entertainment, le géant européen de la comédie musicale.

Le résultat est assez décevant. Et bien que ça me peine de le reconnaître, la faute en incombe assez largement à Stephen Flaherty, dont la partition ne “décolle” jamais vraiment. Il est révélateur que le public ne semble réagir à la musique que lorsque la partition utilise “Gonna Fly Now”, le célèbre thème musical du film… ou encore “Eye of the Tiger”, la chanson utilisée dans Rocky III (une aberration relative puisque l’histoire racontée est celle du film original).

C’est dommage, parce que le film se prête finalement assez bien à une adaptation scénique… et la mise en scène d’Alex Timbers est plutôt inspirée… même si on y retrouve des idées qui rappellent certains spectacles récents comme Spider-Man, Turn Off the Dark. Le ring du combat final glisse depuis la scène jusqu’au-dessus des fauteuils des premiers rangs d’orchestre préalablement évacués par les spectateurs, relogés sur des gradins sur scène. C’est une belle idée.

Le rôle de Rocky est interprété de manière fort convaincante par un dénommé Drew Sarich, que je me souviens avoir vu en 1999 à Berlin dans une magnifique adaptation scénique du dessin animé de Disney The Hunchback of Notre-Dame. Il est globalement bien entouré, même si tout le monde ne chante pas parfaitement juste au sein de la troupe.


“Le Gros, la vache et le mainate”

Théâtre Comédia, Paris • 7.12.12 à 20h
Texte : Pierre Guillois. Musique : François Fouqué.

Mise en scène : Bernard Menez. Avec Pierre Vial, Jean-Paul Muel, Guillaume Bouchède, Grégory Gerreboo, Simon-Luca Oldani.

GrosvacheComment décrire cette pièce en forme d’opérette déjantée sans en déflorer le charme ? En disant que les rebondissements s’y enchaînent à un rythme effréné, que c’est un bonheur de voir les vénérables Muel et Vial prendre autant de plaisir à jouer leurs rôles travestis, qu’on finit par ne plus chercher à savoir où va la pièce tant on s’enfonce avec bonheur dans cette spirale absurde et saugrenue.


La Tétralogie des Marionnettes de Salzbourg

Théâtre Déjazet, Paris • 5.12.12 à 20h30

RingRésumer le Ring en deux heures, c’est le défi un peu fou de cette nouvelle création des célèbres Marionnettes de Salzbourg. Si l’on admire la créativité de la mise en scène et la technique des marionnettistes, il faut reconnaître néanmoins que l’histoire doit être bien difficile à suivre pour qui ne connaîtrait pas la Tétralogie.

Deux récitants — qui jouent aussi quelques rôles dont, bien sûr, ceux des géants — contribuent à tisser le récit… mais l’entreprise est d’autant plus ardue que le ton du texte est parfois assez distancié et que les passages chantés ne sont pas surtitrés. Musicalement, on peut difficilement rêver mieux puisque les extraits utilisés proviennent de l’enregistrement légendaire de Georg Solti pour Decca.


“The Merry Widow”

Royal Festival Hall, Londres • 2.12.12 à 15h
Franz Lehár (1905). Livret : Viktor Léon et Leo Stein, d’après la pièce L’Attaché d’ambassade de Henri Meilhac. Le programme ne dit pas de qui est l’adaptation des paroles en anglais.

Philharmonia Orchestra, John Wilson. Mise en scène et narration : Simon Butteriss. Avec Claudia Boyle (Hanna Glawari), Daniel Prohaska (Count Danilo Danilowitsch), Alan Opie (Baron Mirko Zeta), Sarah Tynan (Valencienne), Nicholas Sharratt (Camille), Simon Butteriss (Njegus), Oliver Dunn (Vicomte Cascada), Anthony Gregory (Raoul de St Brioche), …

Wilson
John Wilson
La même équipe qui avait concocté la délicieuse représentation de The Yeomen of the Guard il y a huit mois nous propose une irrésistible Veuve joyeuse, dans le même format et en anglais. Les dialogues ont été heureusement remplacés par une réjouissante narration écrite et dite par l’excellent Simon Butteriss, qui signe également la mise en scène. 

Après la lamentable production de l’Opéra de Paris, on atteint des sommets. Le Philharmonia se régale… et nous régale… avec la partition exquise et aérienne de Lehár, dirigée avec son talent habituel par le génial John Wilson qui, décidément, réussit tout ce qu’il entreprend. Les chanteurs sont déchaînés et le format compact évite habilement toute longueur.

Seul grief : la prise de son est tellement mal équilibrée que l’on n’entend parfois qu’à peine les chanteurs pendant le premier acte. Heureusement, tout s’arrange après l’entracte.


“Merrily We Roll Along”

Menier Chocolate Factory, Londres • 1.12.12 à 20h
Musique & lyrics : Stephen Sondheim. Livret : George Furth, d’après la pièce de George S. Kaufman & Moss Hart.

Mise en scène : Maria Friedman. Direction musicale : Catherine Jayes. Avec Mark Umbers (Franklin Shepard), Damian Humbley (Charley Kringas), Jenna Russell (Mary Flynn), Clare Foster (Beth Spencer), Josefina Gabrielle (Gussie Carnegie), Glyn Kerslake (Joe Josephson), …

Merrily
Russell, Humbley, Umbers
La comédienne Maria Friedman connaît particulièrement bien l’univers de Stephen Sondheim. Elle a en effet été la Dot de la première production londonienne de Sunday in the Park With George en 1990, puis la Mary du Merrily We Roll Along de Leicester en 1992. Je l’ai également vue en Fosca dans Passion, en Mrs. Lovett dans Sweneey Todd et en Sally dans Follies.

Friedman a choisi Merrily We Roll Along pour faire ses premiers pas dans le domaine de la mise en scène. Et le résultat est tout à fait convaincant, d’autant que la distribution est absolument parfaite et que l’orchestre est éblouissant (à plusieurs reprises, on a l’impression d’écouter le CD de la production de Leicester, que j’adore — j’utilise d’ailleurs l’ouverture comme sonnerie pour mon téléphone).

Seule ombre au tableau : le décor hyperréaliste de Soutra Gilmour et les lumières assez crues de David Hersy ne favorisent pas beaucoup l’illusion théâtrale. Du coup, on se sent moins touché par le destin des personnages… et la scène finale, qui m’émeut tant d’habitude, perd de sa force.