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Posts from October 2012

“West Side Story”

Théâtre du Châtelet, Paris • 30.10.12 à 20h
Musique : Leonard Bernstein (1957). Lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Arthur Laurents.

Mise en scène et chorégraphie : Joey McKneely. Direction musicale : Ben van Tienen. Avec Christopher Behmke (Tony), … (Maria), Yanira Marin (Anita), Andy Jones (Riff), Pepe Muños (Bernardo)…

WestsideJ’avais dit beaucoup de mal de cette production lorsqu’elle avait été présentée pour la première fois au Châtelet il y a cinq ans. Aujourd’hui de retour, elle est nettement plus appréciable. Le jeune Ben van Tienen réussit mieux à donner rythme et tension à la partition que le vétéran Donald Chan (toujours dans la fosse à certaines représentations). Et la distribution est de meilleure qualité, avec un Tony et une Maria bien plus à l’aise vocalement que leurs prédécesseurs.

La production est mieux huilée et la plupart des transitions “fonctionnent” mieux, même si elles perdent en richesse par rapport à l’original. Grand bonheur, on n’entend plus les moteurs qui déplacent le décor entre les scènes. (Il reste quelques détails horripilants, comme le machiniste qui reste “caché” en pleine lumière derrière les robes de mariées pendant la première scène dans la boutique.)

Ce West Side Story reste une production relativement modeste, mais elle rend un hommage vibrant et relativement réjouissant à l’un des chefs d’œuvre du répertoire.


“The Hot Mikado”

Landor Theatre, Londres • 28.10.12 à 15h
Livret et lyrics : David H. Bell. Orchestrations et arrangements : Rob Bowman. D’après The Mikado, de Arthur Sullivan (musique) et W. S. Gilbert (livret).

Mise en scène : Robert McWhir. [Distribution à venir.]

MikadoEn 1939, le producteur Mike Todd avait déjà eu l’Idée de “jazzifier” le vénérable Mikado de Gilbert et Sullivan et il avait confié ce Hot Mikado à une troupe de comédiens noirs. En 1986, le directeur artistique du Ford’s Theater de Washington, ayant échoué à retrouver le matériel d’orchestre de la version de 1939, décida de créer sa propre adaptation… et c’est ainsi que naquit cette version qui mêle swing, blues, gospel… dans des orchestrations et des arrangements qui évoquent irrésistiblement les années 1940 — les “Three Little Maids”, par exemple, chantent comme les Andrews Sisters. Ce qui est remarquable, c’est que l’histoire n’est pas modifiée et que la musique reste largement celle de Sullivan.

J’avais déjà vu une reprise du spectacle au Ford’s Theater en 2002 et je m’étais régalé. Aussi étais-je particulièrement content de saisir cette nouvelle occasion de voir The Hot Mikado dans le petit Landor Theatre.

Comme d’habitude, on n’est pas déçu. La mise en scène, qui démarre dans un studio de radio, est inventive et joyeuse. L’expérience musicale est enivrante et on a envie de danser sur sa chaise du début à la fin. Qui eût cru que l’un des joyaux du répertoire de l’opérette se prête aussi bien à ce traitement ? Bonne humeur garantie pendant une semaine.


“Call Me Madam”

Union Theatre, Londres • 27.10.12 à 19h30
Musique et lyrics : Irving Berlin. Livret : Howard Lindsay & Russel Crouse.

Mise en scène : Michael Strassen. Direction musicale : Ross Leadbeater. Avec Lucy Williamson (Sally Adams), Gavin Kerr (Cosmo Constantine), Leo Miles (Kenneth Gibson), Natalie Lipin (Princess Maria), Blake J. Askew (Senator Gallagher), Ralph Birtwell (Senator Brockbank), Jay Worthy (Senator Wilkins), Hugh Darbyshire, Hans Rye, Carmen Vass, Luke Jarvis, Julia Jade-Duffy, Jenna Moore, Matthew Mcloughlin, Dawn Williams, Liam Wrate.

Cette comédie musicale de 1950 n’est presque plus jamais reprise, d’autant qu’elle est presque indissociablement liée à la comédienne pour qui le rôle principal a été écrit, la légendaire Ethel Merman. La dernière reprise new-yorkaise (en 1995, pour un nombre limité de représentations dans le cadre de la série des “Encores!”) faisait d’ailleurs appel à l’une des dernières comédiennes du même calibre, l’excellente Tyne Daly.

Cette minuscule production du tout petit Union Theatre a réussi à trouver une comédienne dotée de la personnalité appropriée, l’excellente Lucy Williamson, déjà remarquée pour son interprétation déjantée du rôle de Rita dans une récente production de Lucky Stiff. Elle est très bien entourée, notamment par le charmant Leo Miles, qui a de faux airs de Matthew Morrison. On se demande cependant comment Gavin Kerr a pu être choisi pour le rôle de Cosmo puisqu’il “dit” la chanson “Lichtenburg” au lieu de la chanter (pendant que le piano joue la mélodie).

La production ne peut s’offrir qu’un piano, mais c’est bien suffisant pour mettre en valeur l’inspiration apparemment inépuisable d’Irving Berlin, l’un des compositeurs légendaires de l’histoire de Broadway. Le livret est bien fin mais, avec une partition pareille et une interprétation aussi charmante, qui aurait envie de chinoiser ?

♫ Écoutez l’ouverture de la reprise de 1995 ici.


“9 to 5”

New Wimbledon Theatre, Wimbledon • 27.10.12 à 14h30
Musique et lyrics : Dolly Parton. Livret : Patricia Resnick.

Mise en scène et chorégraphie : Jeff Calhoun. Avec Jackie Clune (Violet Newstead), Natalie Casey (Judy Bernley), Amy Lennox (Doralee Rhodes), Ben Richards (Franklyn J. Hart), Bonnie Langford (Roz Keith), …

J’avais décrit longuement cette comédie musicale lors de sa création à Broadway en 2009. Voici qu’une production démarre une tournée en Grande-Bretagne… sans que la pièce ait eu préalablement les honneurs du West End.

On est toutefois très agréablement surpris par la qualité de la production qui, bien que destinée à tourner, ne semble pas avoir trop été conçue à l’économie. La fluidité de la mise en scène originale a été préservée, sous la direction du metteur en scène et chorégraphe Jeff Calhoun, actuellement représenté à Broadway par le dynamique Newsies. Et la partition de Dolly Parton s’accomode bien d’un orchestre de huit musiciens, dont pas moins de trois “claviers”… Il faut dire que le trompettiste, Owain Harries, est dans une forme olympique.

Je persiste à penser que 9 to 5 a été injustement accueilli à Broadway et je ne m’explique pas sa faible longévité (cinq mois environ). Il s’agit certes d’une comédie légère et sans prétention, mais elle est bien écrite, bien rythmée et dotée d’une partition qui parvient à donner une voix à chaque personnage.

Les comédiennes qui interprètent les trois rôles centraux (Jackie Clune et son brushing monumental, Natalie Casey et son air coincé, Amy Lennox et son accent texan) sont irrésistibles. Elle parviennent remarquablement à restituer le style volontairement très “années 1970” des chansons. On est toujours heureux de retrouver l’attachante Bonnie Langford, totalement déchaînée dans le rôle de la secrétaire secrètement amoureuse de son chef. Et Ben Richards prend très dignement la suite de Marc Kudisch, qui interprétait à Broadway l’odieux patron misogyne et manipulateur, Franklyn Hart.

Qui sait ? Peut-être qu’un séjour dans le West End sera envisagé à la fin de la tournée ? Ce bien sympathique spectacle le mériterait amplement.

♫ Écoutez le CD de la production originale ici.


Concert Gewandhausorchester Leipzig / Chailly à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 22.10.12 à 20h
Gewandhausorchester Leipzig, Riccardo Chailly

Chostakovitch : concerto pour violoncelle n° 2 (Lynn Harrell, violoncelle)
Rachmaninov : symphonie n° 2

Lynn Harrell enrichit son interprétation du concerto de Chostakovitch des enseignements de toute une vie. L’expérience est envoûtante et transcende l’œuvre de manière lumineuse.

Malheureusement, Chailly transforme la sublime symphonie de Rachmaninov en un festival d’effets de manche inutiles. Il passe son temps à accélérer, à ralentir… et il fait beaucoup ressortir des parties secondaires, au détriment de la mélodie. Résultat : une prestation prétentieuse et de mauvais goût, techniquement défaillante compte tenu des accélérations déraisonnables… et un orchestre sur les rotules. On se réfugiera dans le souvenir de l’inoubliable prestation du New York Philharmonic.


“Parsifal”

Deutsche Oper, Berlin • 21.10.12 à 16h
Wagner (1882)

Direction musicale : Donald Runnicles. Mise en scène : Philipp Stölzl. Avec Klaus Florian Vogt (Parsifal), Evelyn Herlitzius (Kundry), Matti Salminen (Gurnemanz), Thomas Johannes Mayer (Amfortas), Thomas Jesatko (Klingsor), Albert Pesendorfer (Titurel), …

Le Deutsche Oper de Berlin propose avec cette nouvelle production un Parsifal extrêmement solide, d’une très grande qualité musicale. Runnicles, dont j’avais beaucoup aimé la conduite du Ring de San Francisco (Rheingold, Walküre, Siegfried, Götterdämmerung), confirme ses excellents instincts wagnériens. Il joue moins sur les tensions qu’un Gatti, préférant mettre en exergue la sublime luxuriance orchestrale de l’écriture. Il multiplie les intuitions géniales et la manière dont il pousse les feux dans des passages fort bien choisis se révèle d’une redoutable efficacité.

Il faut dire qu’il dispose d’un orchestre de très grande qualité avec des cordes merveilleuses et des cuivres réellement irrésistibles.

Je n’arrive pas à décider qui me fait le plus vibrer en Gurnemanz de Kwangchul Youn ou de Matti Salminen… mais je crois que Salminen se détache légèrement. Bien que les effets de l’âge se fassent légèrement sentir, son Gurnemanz est d’une fabuleuse autorité grâce à la combinaison d’une projection étonnante et d’une précision quasiment diabolique.

Klaus Florian Vogt m’avait déjà enchanté en Siegmund à Munich. Sa voix remarquablement souple et expressive le rend irrésistible. Il semble l’avoir épaissie pour ce Parsifal, en allant chercher une forme de gravité qui lui manquait jusque là. Le résultat est un enchantement… et son deuxième acte est d’une intensité étonnante.

Le reste de la distribution est à l’avenant, avec notamment un Amfortas (Thomas Johannes Mayer) d’une force magnifique.

La représentation a commencé avec une vingtaine de minutes de retard en raison de problèmes techniques avec l’ascenseur de scène et je me suis soudain pris à rêver d’une mise en scène complexe avec moult décors. Mes espoirs furent vite déçus.

Par certains côtés, la mise en scène de Philipp Stölzl est extrêmement classique. Pendant le prologue, le rideau s’ouvre sur un tableau figurant la crucifixion du Christ, le temps originel de la Sainte Lance et du Saint Calice. Les protagonistes du premier acte sont habillés en croisés (à part Parsifal, en costume et cravate). Au troisième acte, ils occupent toujours le même décor, mais ils sont en costumes contemporains.

D’autres aspects surprennent, comme le choix — très allemand — de placer des néons visibles sur le côté et au-dessus de la scène, ce qui “casse” quand même beaucoup l’imagerie créée par les costumes d’époque. Le décor du deuxième acte fait un peu trop penser à Tintin et le temple du soleil. Klingsor y porte un costume vaguement évocateur des Indiens d’Amérique, qui serait sans doute considéré comme offensant aux États-Unis.

Bref, l’équipe qui a conçu cette nouvelle production se fait huer par une partie du public au moment des saluts (c’était la première). Alors que le chef et les chanteurs reçoivent tous des ovations enthousiastes bien méritées.


“She Loves Me”

Ye Olde Rose and Crown Theatre, Londres • 20.10.12 à 19h30
Musique : Jerry Bock. Lyrics : Sheldon Harnick. Livret : Joe Masteroff. D’après la pièce Illatszertár de Miklós László.

Mise en scène : Tim McArthur. Direction musicale : Aaron Clingham. Avec Howard Jenkins (Georg Nowack), Carrie Sutton (Amalia Balash), Holly Julier (Ilona Ritter), James Hume (Steven Kodaly), Francis Adams (Mr. Maraczek), Josh Rochford (Ladislav Sipos), Daniel Slade (Arpad Laszlo), Alex Morgan (Head Waiter), …

J’ai déjà eu l’occasion de dire, notamment à l’occasion de la récente production de Chichester, à quel point j’aime cette comédie musicale dont l’essentiel de l’action se déroule dans une parfumerie budapestoise et qui évoque avec un brin de nostalgie l’atmosphère des opérettes d’Europe centrale.

La petite troupe All Star Productions, qui nous avait proposé il y a quelques mois une jolie production de la rare comédie musicale Flora the Red Menace, s’attaque à ce joyau du répertoire avec un enthousiasme directement proportionnel à la modestie des moyens dont elle dispose.

Résultat convaincant, grâce notamment à la très belle réduction pour clavier, flûte, violon et violoncelle, ainsi qu’au talent d’une distribution globalement très attachante. Carrie Sutton n’a aucune difficulté à aller chercher la célèbre note aiguë à la fin de la chanson “Vanilla Ice Cream”.


“Marguerite”

Tabard Theatre, Londres • 20.10.12 à 16h
Musique : Michel Legrand. Livret : Alain Boublil et Guy Unsworth, d’après le livret original d’Alain Boublil, Claude-Michel Schönberg et Jonathan Kent. Lyrics : Herbert Kretzmer, d’après des lyrics originaux en français d’Alain Boublil.

Mise en scène : Guy Unsworth. Direction musicale : Guy Parker. Avec Yvette Robinson (Marguerite), Nadim Naaman (Armand), Michael Onslow (Otto), …

J’ai décrit cette comédie musicale lorsqu’elle a été créée au Theatre Royal Haymarket pendant l’été 2008. Voici qu’une version révisée et raccourcie en est proposée au minuscule Tabard Theatre.

Le travail sur le livret permet de proposer une pièce plus compacte et plus intense sur le plan dramatique. L’exiguïté du théâtre crée une belle intimité avec les personnages et leur destin tragique. La partition de Michel Legrand continue à enchanter par son invention mélodique et reste très exigeante pour les chanteurs compte tenu d’une écriture particulièrement chromatique.

Belles prestations de la part des comédiens, avec une mention particulière pour Yvette Robinson, qui incarne une Marguerite à la fois volontaire et touchante dans sa fragilité. Un seul regret : elle aurait pu faire l’effort d’apprendre à prononcer les quelques paroles françaises de ses chansons.


Concert ONF / Alsop au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 18.10.12 à 20h
Orchestre National de France, Marin Alsop

Barber : Second Essay
Haydn : concerto pour violoncelle n° 1 (Sol Gabetta, violoncelle)
Chostakovitch : symphonie n° 5

AlsopMarin Alsop défend très bien le répertoire américain et elle obtient de l’ONF une remarquable et passionnante interprétation de l’Essay de Barber, avec une participation particulièrement délicieuse des cordes.

Puis le concerto de Haydn est un véritable feu d’artifice grâce à l’interprétation électrique, presque rock ’n’ roll, de Sol Gabetta. Un son profond et enivrant, des articulations bondissantes mais aiguisées… le son du violoncelle de Gabetta est fascinant. En bis, Gabetta interprète l’un de ses morceaux de bravoure, le Dolcissimo de Pēteris Vasks (qu’il faut aller écouter ici).

Une telle première partie laissait espérer une symphonie éblouissante. Il n’en fut malheureusement rien. C’est assez curieux de voir un orchestre résister à son chef, mais c’est l’impression qui se dégageait pendant une partie de la représentation. Il faut dire qu’Alsop aime les tempi débridés. Petits loupés et décalages ont ponctué la symphonie. Seul le troisième mouvement a semblé totalement réussi.


Concert Le Concert des Nations / Savall à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 16.10.12 à 20h
Le Concert des Nations, Jordi Savall

Marin Marais : Alcione, suite des airs à jouer
Bach : ouverture n° 2 en si mineur
Telemann : suite en ré majeur TWV 55:D6
Haendel : Water Music, suite n° 2

Jsavall

Je me repose de temps à autre la question de mon manque d’affinité pour la musique baroque et pour ceux qui l’interprètent. L’avantage de ce concert, si je puis dire, c’est qu’il me tiendra à l’écart pour une bonne poignée d’années. Il n’y a vraiment rien à sauver pour moi dans ce répertoire et dans cette façon de l’interpréter, avec ces instruments solistes quasiment inaudibles, cette déprimante régularité métronomique et cet étonnant refus de la moindre occasion de respirer.

Malédiction : moi qui ai parfois du mal à résister à l’endormissement même dans des concerts qui me plaisent, je me suis trouvé dans l’incapacité totale de me réfugier dans le sommeil. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

 


Concert Sydney Symphony / Ashkenazy au Sydney Opera House

Sydney Opera House (Concert Hall) • 11.10.12 à 13h30
Sydney Symphony, Vladimir Ashkenazy

Dvořák : concerto pour violoncelle (Jian Wang, violoncelle)
Chostakovitch : symphonie n° 10

AshkCe concert, curieusement, avait lieu un jeudi après-midi à 13h30… et, pourtant, je n’ai pas pu avoir de place faisant face à l’orchestre. Je me suis retrouvé assis dans la section réservée au chœur lorsqu’il est présent, trois rangs derrière les percussionnistes… ce qui s’est révélé être une aubaine consisérable car le concert fut passionnant aussi bien sur le plan visuel que du point de vue auditif.

L’acoustique permet en effet de suivre parfaitement le concert, y compris pendant le concerto. Le son du violoncelle se détache avec une clarté étonnante, comme s’il était à quelques pas. Et c’est un bonheur, car Jian Wang est un merveilleux interprète. L’orchestre n’est pas en reste : le sublime solo de cor du premier mouvement me tire des larmes des yeux. Malheureusement, l’évacuation d’un monsieur malade dure tout le deuxième mouvement et me distrait beaucoup de la musique.

La dixième symphonie de Chostakovitch est une splendeur, interprétée avec brio par un orchestre en grande forme, mis en énergie par un Ashkenazy décidément charismatique. Ashkenazy obtient de superbes contrastes d’atmosphères, de nuances, de ton… tout en donnant une forte homogénéité à l’œuvre. Je suis fasciné par sa gestique à la fois économe et éloquente, qui lui permet notamment d’entretenir les tensions avec une efficacité redoutable.

L’entente entre le chef et l’orchestre est irréprochable et elle produit des merveilles. Je ne m’attendais vraiment pas à être aussi émerveillé par ce concert. Délicieuse surprise.

 


“Legally Blonde”

Lyric Theatre, Sydney • 7.12.12 à 15h
Musique et lyrics : Laurence O’Keefe et Nell Benjamin. Livret : Heather Hach, d’après le roman d’Amanda Brown et le film de la MGM.

LegallyMise en scène et chorégraphie : Jerry Mitchell. Direction musicale : Kellie Dickerson. Avec Lucy Durack (Elle Woods), Rob Mills (Warner Huntington III), David Harris (Emmett Forrest), Helen Dallimore (Paulette), Cameron Daddo (Professor Callahan)…

Bon… Je n’ai pas particulièrement sauté de joie lorsque j’ai vu que la seule comédie musicale que je pourrais voir pendant mon séjour à Sydney était Legally Blonde (une production de Myths and Hymns prévue à l’Université de Sydney a été annulée), mais j’avais encore en tête le bon moment que j’avais passé de manière relativement inattendue à Londres il y a trois ans.

Cette production australienne est largement aussi plaisante que celle de Londres, à laquelle d’ailleurs elle ressemble beaucoup. Comme son personnage principal, cette comédie légère cache son jeu sous des dessous frivoles… mais elle n’est pas pour autant dénuée de profondeur, et elle a un cœur gros comme ça.

Le livret a des failles et la cohérence dramatique est parfois malmenée, mais on n’est guère d’humeur à chinoiser tant l’entreprise a du charme.

Distribution solide, au sein de laquelle on a la surprise de retrouver Helen Dallimore, la créatrice du rôle de Glinda dans la production londonienne de Wicked.


“Lucia di Lammermoor”

Opéra de Sydney • 6.10.12 à 19h30
Donizetti (1835). Livret de Salvatore Cammarano, d’après The Bride of Lammermoor de Walter Scott.

Direction musicale : Christian Badea. Mise en scène : John Doyle. Avec Emma Matthews (Lucia), James Valenti (Edgardo), Giorgio Caoduro (Enrico), Andrew Brunsdon (Arturo), Richard Anderson (Raimondo), Teresa La Rocca (Alisa), Jonathan Abernethy (Normanno).

LuciaTant qu’à aller voir un opéra à Sydney, autant aller y voir Lucia, l’un des rôles fétiches de Joan Sutherland, qu’elle a chanté au moins jusqu’en 1986 (elle avait quand même 60 ans…)

L’expérience est assez curieuse : la salle est loin d’être remplie, et il me semble que le public est majoritairement composé de touristes pour qui l’Opéra constitue une étape sur un itinéraire. La pénombre règne dans les foyers, ce qui me perturbe beaucoup — la pénombre, c’est pour la représentation ; “dehors”, il doit y avoir de la lumière, sinon la frontière entre le théâtre et la vie s’estompe trop pour mon cerveau.

Les sièges baquets ancrent sans doute possible l’architecture intérieure dans les années 1970. À cause de l’histoire compliquée de la construction des lieux et à la suite d’imprécisions dans le cahier des charges initial, la salle d’opéra (1500 places) est beaucoup plus petite que la salle principale (2600 places), consacrée aux concerts symphoniques. Cela limite la taille des productions qu’elle peut accueillir et les problèmes logistiques semblent nombreux, à commencer par ceux dont l’exiguïté de la fosse est responsable.

Peut-être en raison de sa taille, l’acoustique de la salle est excellente. Elle est tellement naturelle qu’elle peut être cruelle pour les voix, dont on entend clairement chaque respiration, chaque inflexion.

J’ai été un peu surpris, m’étant réfugié aux antipodes, de tomber sur une mise en scène de John Doyle, qui sévit beaucoup dans le monde de la comédie musicale et dont la spécialité consiste à faire jouer la musique des spectacles par les comédiens eux-mêmes. Heureusement qu’il ne s’est pas adonné à son péché mignon en l’occurrence, sinon Lucia aurait sans doute dû jouer elle-même les traits de flûte de la scène finale.

La mise en scène n’a aucun intérêt, même si elle doit être très photogénique. Le décor unique représente des nuages peints sur des toiles et un rideau de scène (rigide) est monté de telle façon qu’il peut se décaler sur le côté ou même pivoter pour descendre sur une pointe (une idée qui rappelle vaguement le basculement général du décor dans la mise en scène de Robert Carsen). Ce rideau passe son temps à monter, à descendre et à pivoter tandis que les chanteurs, cantonnés à l’avant-scène, jouent comme au 19ème siècle, face à la salle, presque toujours campés devant le chef pour les solos. (Quant à la gestion du sextuor… quel gâchis !)

Doyle n’est pas beaucoup plus inspiré pour gérer les mouvements du chœur et des figurants et il fait montre d’une curieuse fascination pour des configurations symétriques aussi décoratives qu’elles sont vides de sens.

Bonne surprise du côté de l’orchestre, qui s’acquitte très honnêtement et qui épouse sans broncher les tempos très élastiques de Christian Badea. On est puriste, à Sydney, aussi a-t-on droit au fameux “harmonica de verre” dans la scène finale — c’est forcément subjectif, mais ça a tendance à me mettre les nerfs à vif (on me répondra que c’est un peu l’effet recherché… soit). La flûtiste prend place à côté du chef à la fin — on ne sait pas très bien si c’est pour qu’on l’entende mieux… ou pour que Lucia la voie… ou si c’est simplement une fantaisie locale.

La distribution est correcte. À part des trilles un peu plats, Emma Matthews passe à peu près toutes les difficultés techniques, même si le chef prend beaucoup soin d’elle en ralentissant nettement les passages les plus difficiles. Le Enrico de Giorgio Caoduro est solide bien qu’il recherche les effets “payants” et James Valenti serait un Edgardo de classe internationale s’il n’avait pas autant de mal à accrocher ses aigus (une difficulté déjà évidente en Pinkerton). Excellente Alisa de Teresa La Rocca, qui remonte le niveau des rôles secondaires car le Normanno de Jonathan Abernethy est inaudible et Richard Anderson (Raimondo) dit son texte avec la même passion que s’il lisait le mode d’emploi d’un four à micro-ondes.