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Posts from September 2012

Pause…

30.9.12

P1020146Comme de coutume, je bifurque vers un blog dédié pendant mes vacances. Et comme d’habitude, je reviendrai ici pour rendre compte des éventuels spectacles auxquels j’assisterai…


“Savages”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 28.9.12 à 22h15

SavagesOliver Stone (2012). Avec Taylor Kitsch (Chon), Aaron Taylor-Johnson (Ben), Salma Hayek (Elena), Benicio Del Toro (Lado), John Travolta (Dennis), Blake Lively (O), …

C’est toujours intéressant de voir un vétéran comme Oliver Stone donner une leçon de cinéma, même s’il choisit pour le faire un film au scénario certes plutôt bien ficelé (trois scénaristes, quand même), mais qu’on a l’impression d’avoir déjà vu.

Gros coup de cœur pour les trois “vétérans” de l’affiche (Hayek, Del Toro et, surtout, Travolta), qui ne sont jamais très loin d’éclipser les trois “petits jeunes”… en particulier la transparente Blake Lively, qui porte bien mal son nom.

La façon dont Stone filme la violence est paradoxalement assez délicieuse, surtout quand il s'adjoint les services de Brahms, dont l’introït de la première symphonie est utilisé deux fois de manière génialement efficace.

Concert Orchestre de Paris / Blomstedt à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 27.9.12 à 20h
Orchestre de Paris, Herbert Blomstedt

Bruckner : symphonie n° 8

BlomstedtJ’ai eu beaucoup de mal à me concentrer et la fatigue a eu raison de moi plus d’une fois, mais cette symphonie m’a paru bien longue… ce qui ne souligne que davantage la performance d’un Herbert Blomstedt, encore capable à son âge de diriger un tel monument de mémoire.

Je n’ai pas trouvé l’Orchestre de Paris au mieux de sa forme, même si les choses se sont améliorées en cours de route. Difficile de prendre le relais après l’enthousiasme communicatif du Budapesti Fesztiválzenekar, entendu la veille. L’orchestre fait un triomphe à Blomstedt. Je ne devrais sans doute pas généraliser, mais l’intensité avec laquelle un orchestre acclame un chef invité me semble en général inversement proportionnelle à la qualité de la prestation qui a précédé.

Bis inattendu, avec le scherzo de la deuxième symphonie du même Bruckner. “C’est très court”, nous assure Blomstedt. Ça prouve que tout est relatif…


Concert Budapesti Fesztiválzenekar / Iván Fischer à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 26.9.12 à 20h
Budapesti Fesztiválzenekar / Iván Fischer

Bartók :
Chansons paysannes hongroises
– concerto pour violon n° 1 (József Lendvay, violon)
Mahler : symphonie n° 5 

FischerSi la première partie ne m’a guère parlé, la symphonie de Mahler fut un véritable enchantement. C’est un plaisir de voir Iván Fischer dérouler une vision riche et captivante, sous-tendue par un joli sens de la continuité du discours et servie par le déferlement des vagues sonores successives d’un orchestre aussi généreux qu’il est visiblement enthousiaste. À part le démarrage légèrement trop rapide de l’adagietto — aussitôt ralenti après quelques mesures — et les quelques micro-ratés qui semblent quasiment indissociables d’une interprétation aussi libre et viscérale, il n’y a rien à dire : c’est magnifique.


“Sister Act”

Théâtre Mogador, Paris • 25.9.12 à 20h
Musique : Alan Menken. Lyrics : Glenn Slater. Livret : Cheri Steinkellner & Bill Steinkellner, avec des compléments de Douglas Carter Beane, d’après le film. Adaptation en français : Ludovic-Alexandre Vidal (livret) et Nicolas Nebot (lyrics).

SisteractMise en scène : Carline Brouwer. Direction musicale : Stan Cramer. Avec Kania (Dolorès Van Cartier), Carmen Ferlan (Mère supérieure), Thierry Picaut (Eddie), Sarah Manesse (Sœur Marie Robert), Lola Ces (Sœur Marie Patrick), Barry Johnson (Curtis), Christian Bujeau (Monseigneur O’Hara), Franck Vincent (Joey), David Sollazzo (Pablo), Keny Bran Ourega (TJ), Valériane de Villeneuve (Sœur Marie Lazarus)…

Je suis, depuis le début, dans le camp des défenseurs de Sister Act, une comédie musicale globalement peu appréciée par la critique, que ce soit à Londres ou à New York. Alan Menken a écrit, comme toujours, une partition excessivement plaisante… et le livret de Cheri & Bill Steinkellner tient la route, même s’il est fin comme du papier bible, à l’image de l’intrigue du film, et qu’il est quelque peu déséquilibré par les ajouts peu subtils de Douglas Carter Beane.

On se doutait que ce Sister Act arriverait un jour à Mogador dans la mesure où la société Stage Entertainment fait partie des producteurs depuis l’origine. Mais on ne s’attendait pas forcément à le voir arriver dans d’aussi bonnes conditions.

Les spectacles qui ont précédé Sister Act à Mogador, Le Roi Lion et Mamma Mia, avaient élevé nettement le niveau de professionalisme moyen de la comédie musicale parisienne. Mais ils nous avaient aussi habitués à voir des comédiens qui semblaient avoir été plus assidus à leurs classes de chant qu’à leurs leçons d’art dramatique et à des adaptations pas toujours très inspirées et souvent défaillantes sur le plan technique.

On note de nets progrès avec ce Sister Act, pas mal adapté du tout malgré quelques faux pas prosodiques et, surtout, très bien joué dans l’ensemble… même s’il faut, comme toujours, des exceptions : Christian Bujeau a du mal à se départir de ses tics de boulevard et Barry Johnson est touché par cette curieuse malédiction du comédien français qui parle faux.

Pour le reste, on est comblé… avant tout par la prestation de la délicieuse Kania, aussi touchante et talentueuse qu’elle est mignonne… mais aussi par la qualité du groupe de sœurs (avec une mention spéciale pour l’irrésistible Marie Lazarus de Valériane de Villeneuve). Très jolies prestations également de la part des trois hommes de main.

Le décor de Klara Zieglerova n’est plus que l’ombre de ce qu’il était lors de la création londonienne, mais il reste assez impressionnant, notamment à l’occasion de certaines transitions quasi-cinématographiques.

Difficile de résister…


“Finding Neverland”

Curve, Leicester • 22.9.12 à 19h30
Musique : Scott Frankel. Lyrics : Michael Korie. Livret : Allan Knee. D’après le film du même nom.

Mise en scène et chorégraphie : Rob Ashford. Direction musicale : David Charles Abell. Avec Julian Ovenden (J. M. Barrie), Rosalie Craig (Sylvia Llewelyn Davies), Oliver Boot (Maximilian Blunt / Hook), Clare Foster (Mary Barrie), Liz Robertson (Mrs. du Maurier), Martin Ledwith (Arthur Conan Doyle), Norman Bowman, Michelle Francis, Edward Lewis French, Ashley Hale, Frankie Jenna, Julie Jupp, Stuart Neal, Zoe Rainey, Liz Robertson, Gary Watson, Stephen Webb, Matt Wilman.

Il y a un an environ, j’avais prévu d’aller passer quelques jours en Californie afin de voir l’une des premières représentations de cette nouvelle œuvre des créateurs de la comédie musicale Grey Gardens, Scott Frankel et Michael Korie, basée sur le célèbre film de 2004 avec Johnny Depp (lui-même inspiré par une pièce de théâtre d’Allan Knee). Mais la production fut annulée, ce qui rendit mon voyage sans objet (et m’empêcha du coup de voir comme prévu la comédie musicale Bring It On à Los Angeles… une lacune comblée — coïncidence ! — la semaine dernière à New York).

Le producteur de Finding Neverland a finalement décidé de présenter les tryouts de cette nouvelle comédie musicale au Royaume Uni plutôt qu’aux États-Unis… et c’est à Leicester plutôt qu’à San Diego que l’équipe créative s’est installée. Mes propres contraintes de calendrier m’ont de surcroît amené à choisir la toute première représentation publique (ce que j’essaie d’éviter en règle générale car il arrive que les premières représentations soient annulées pour cause de soucis techniques).

C’était donc à la première mondiale de Finding Neverland que j’ai eu la chance d’assister… depuis le premier rang du magnifique Curve de Leicester.

Rob Ashford était venu demander l’indulgence du public en cas de problème technique, mais aucune difficulté majeure n’est venue perturber la représentation. Il y a bien eu quelques péripéties mineures et quelques hésitations, mais la pièce est déjà en bonne forme.

Je pensais la magie du film difficile à reproduire sur scène, mais le pari est en partie relevé. La structure dramatique du livret, en particulier, est particulièrement solide… ce qui n’est au fond pas si surprenant si on se souvient que le film était déjà lui-même basé sur une pièce de théâtre. La façon dont les péripéties de la vie de Barrie lui inspirent les ingrédients successifs de son chef d’œuvre Peter Pan constitue la solide colonne dorsale d’une histoire forte, qui chemine vers un joli dénouement.

Le point faible du livret — car il en possède un, malgré tout — est son utilisation excessive des lettres que s’échangent Barrie et Sylvia Llewelyn Davies, que les comédiens “disent” en se tenant immobile de part et d’autre de la scène, une pratique qui finit par s’avérer bien peu théâtrale à la longue, même si Scott Frankel a composé un underscore magnifique pour ces moments.

La relative maladresse de ces scènes d’échanges de lettres est malheureusement symptomatique d’une mise en scène qui peine à trouver ses marques. On imagine que c’est le manque de moyens qui a obligé à concevoir la quasi-totalité de la mise en scène devant un fond de décor fixe qui figure un intérieur. Le problème, c’est qu’une proportion élevée de scènes se déroulent en extérieur, notamment la scène cruciale de la rencontre entre Barrie et les quatre garçons de Sylvia Llewelyn Davies au début de la pièce. Les projections qui sont utilisées pour évoquer une ambiance extérieure ne parviennent pas à faire oublier que c’est bien un intérieur qui est représenté.

Il y a malheureusement d’autres moments où la mise en scène souffre de la relative pauvreté du dispositif scénique, même si une merveilleuse surprise très réussie permet de finir le premier acte sur une image magnifique et assez enthousiasmante.

La partition concoctée par Frankel & Korie est fort plaisante. Elle donne moins l’impression que celle de Grey Gardens de chercher à éviter à tout prix les lieux communs et les traits trop prévisibles. Certaines chansons comme “Set Sail”, “Do I Know You?”, “Neverland” ou “In the Blink of An Eye” sont de petits bijoux — la densité de très belles chansons augmente d’ailleurs nettement au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin, un choix sans doute très pertinent. Belle direction d’orchestre de David Charles Abell, qui était notamment le directeur musical du Sweeney Todd du Châtelet.

Le seul maillon faible d’une distribution par ailleurs quasiment idéale est le Hook d’Oliver Boot, dont la voix chantée manque singulièrement d’assurance.

On ne peut qu’être impressionné par la performance de Julian Ovenden, qui reste en scène quasiment sans interruption. On craignait pour sa voix depuis son retrait de Death Takes a Holiday, et ses apparitions récentes (ici ou ) n’avaient pas complètement levé le doute. Eh bien, sa voix a peut-être perdu sa facilité insolente, elle est un peu plus voilée et un peu moins agile dans l’aigu, mais Ovenden tient la distance sans difficulté et il utilise de manière expressive cette espèce de rugosité nouvelle. Son seul point faible, au fond, est la crédibilité limitée de son accent écossais, par ailleurs assez instable.

Les deux femmes de la vie de Barrie sont magnifiquement interprétées par Rosalie Craig et par Clare Foster. Elles ont toutes les deux des personnalités et des voix lumineuses, que la partition met idéalement en valeur.

Pour finir, et j’en suis le premier étonné, il serait injuste de ne pas souligner la prestation remarquable des quatre fils Llewelyn Davies — je n’ai malheureusement pas vu d’affiche indiquant laquelle des trois distributions tournantes était sur scène, mais j’ai été particulièrement impressionné par Peter (qui a fait un sans faute dans la chanson “Do I Know You?”, très complexe sur le plan rythmique) et par Michael, le plus jeune, qui réussit à ne pas trop manipuler le public avec ses expressions de petit ange (et qui est également un vrai pro pour réprimer ses inévitables bâillements). La production emploie une metteuse en scène dédiée aux enfants : elle a fait un travail remarquable pour donner fluidité et crédibilité à leurs (nombreuses) interventions.

Ce Finding Neverland possède de réelles qualités. Il est un peu handicapé par les limitations de sa mise en scène, mais ses atouts restent nombreux : un livret bien construit, des personnages consistants, une partition solide et souvent inspirée. Il possède indéniablement le potentiel de devenir un gros succès. Mais il reste un peu de travail…


Concert Philharmonique de Radio-France / Fedoseyev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 21.9.12 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Vladimir Fedoseyev

Schnittke : cantate Seid Nüchtern und wachet (Chœur de Radio-France ; Liliana Nikiteanu, contralto ; Marco Lazzara, contre-ténor ; Erin Caves, ténor ; Michael Volle, basse)
TchaÏkovski : symphonie n° 6

Joli programme associant deux œuvres russes créées à un siècle d’intervalle et évoquant, chacune à sa façon, la mort. Je ne connaissais pas la cantate de Schnittke dont l’écriture expressionniste, quasi cinématographique, m’a beaucoup séduit. On a connu le Philharmonique en meilleure forme, mais l’entente avec Fedoseyev semble bonne et certaines pages de la symphonie se parent de couleurs fort attachantes.


“Des Fleurs pour Algernon”

Studio des Champs-Élysées, Paris • 20.9.12 à 20h30
Flowers For Algernon. Adaptation : Gérald Sibleyras, d’après l’œuvre de Daniel Keyes.

Mise en scène : Anne Kessler. Avec Grégory Gadebois.

La nouvelle de Daniel Keyes, puis le roman qu’il en tira, firent sensation lors de leur publication en 1959 et 1960. Une adaptation en comédie musicale, composée par le célèbre Charles Strouse, fit long feu à Broadway en 1980 après avoir été vue au Canada puis à Londres (elle mettait en vedette un certain Michael Crawford, qui se rendit célèbre par la suite en créant le rôle-titre de la comédie musicale The Phantom of the Opera).

Le monologue conçu par Gérald Sibleyras se hisse d’emblée à la hauteur d’autres grands textes comme le Novecento d’Alessandro Baricco, et l’on se retrouve vite scotché par la force de ce texte relatant le ressenti d’un homme simple dont le QI se trouve triplé grâce à une intervention chirurgicale expérimentale… dont on découvrira trop tard qu’elle ne produit que des effets temporaires.

Interprétation magnifique d’un Grégory Gadebois qui évoque de manière magistrale le parcours tragique de Charlie à travers l’évolution de son attitude, de sa gestique, de sa façon de parler. On regrette seulement que la dernière phase de la pièce soit un peu trop courte : le “retour à la normale” de Charlie semble, du coup, un peu précipité. Très belle mise en scène simple et ingénieuse s’appuyant sur des effets visuels et sonores d’une belle efficacité.


“Bring It On, the Musical”

St. James Theatre, New York • 16.9.12 à 15h
Musique : Tom Kitt & Lin-Manuel Miranda. Lyrics : Amanda Green & Lin-Manuel Miranda. Livret : Jeff Whitty, d’après le film du même nom.

Mise en scène et chorégraphie : Andy Blankenbuehler. Direction musicale : Dave Pepin. Avec Taylor Louderman (Campbell), Adrienne Warren (Danielle), Jason Gotay (Randall), Elle McLemore (Eva), Ryann Redmond (Bridget), Ariana DeBose, Gregory Haney, Neil Haskell, Dominique Johnson, Janet Krupin, Kate Rockwell, Nicolas Womack, Nikki Bohne.

Outre qu’il existât des championnats de pom-pom girls, ce spectacle m’a surtout permis de découvrir que oui, il est possible de ressentir une violente sensation d’indigestion lorsqu’on est confronté à un tel déversement de bien-pensance, à un tel débordement de politiquement correct, à une telle indigestion de bons sentiments.

J’avais prévu de voir Bring It On à l’occasion d’un voyage en Californie que j’avais finalement annulé… et c’est sans doute ce qui m’a poussé au St. James Theatre. J’aurais mieux fait de m’abstenir. Le talent des auteurs est réel, mais il est ici bien mal employé.


“Dreamgirls”

Harlem Repertory Theatre, New York • 15.9.12 à 19h
Musique : Henry Krieger (1981). Livret et lyrics : Tom Eyen.

DreamgirlsMise en scène : Keith Lee Grant. Direction musicale : Andrew Arango. Avec Dion Millington (Effie Melody White), Natalia Peguero-De La Cruz (Deena Jones), Isis Kenney (Lorrell Robinson), Roberto Guzman (C. C. White), Eric Myles (James Thunder Early), Oscar Aguirre (Curtis Taylor, Jr.)…

La dernière fois que j’avais vu Dreamgirls, c’était au mythique Apollo Theater, sur la 125ème rue, à quelques pâtés de maison, il y a trois ans. Mais si l’Apollo dispose d’environ 1500 places, la petite salle du 133rd Street Arts Center, qui accueille la troupe du Harlem Repertory, Theatre, en compte environ 20 fois moins.

Cette production se passe largement de décors, mais on a de quoi se consoler avec quelques jolis costumes. Le nombre limité de comédiens oblige à un peu de créativité compte tenu de l’abondance de personnages dans la pièce. La diposition de l’espace est modifiée lors du deuxième acte afin de rendre l’ambiance plus intimiste : si l’idée a du sens compte tenu de la différence de coloration entre les deux actes, elle se heurte aux réalités physiques du lieu et apparaît finalement plus comme un gimmick inutile, à la limite de la prétention.

La représentation est honnête sans être inoubliable. Le seul instrument de musique est un synthétiseur, mais certains passages bénéficient d’un accompagnement pré-enregistré. Si les voix sont globalement à la hauteur du côté des femmes (avec notamment une Effie très solide de la part de Dion Millington), les voix masculines sont plus limitées et pas toujours parfaitement justes. La fatigue se fait nettement sentir au cours du deuxième acte, dont le potentiel émotionnel n’est, du coup, pas vraiment atteint.


“Chaplin”

Ethel Barrymore Theatre, New York • 15.9.12 à 14h
Musique & lyrics : Christopher Curtis. Livret : Christopher Curtis & Thomas Meehan. 

ChaplinMise en scène : Warren Carlyle. Direction musicale : Bryan Perri. Avec Rob McClure (Charlie Chaplin), Jim Borstelmann (Alf Reeves), Jenn Colella (Hedda Hopper), Erin Mackey (Oona O’Neill), Michael McCormick (Mack Sennett), Christiane Noll (Hannah Chaplin), Zachary Unger (Young Charlie Chaplin), Wayne Alan Wilcox (Sydney Chaplin).

J’ai récemment eu l’occasion de dresser l’inventaire des comédies musicales consacrées à Charlie Chaplin lors de la création londonienne du Chaplin de Roger Anderson et Lee Goldsmith, qui date du début des années 1980. Or voici qu’une nouvelle œuvre fraîchement écrite est présentée à Broadway sous le même titre (bien qu’elle ait été créée sous le titre Limelight à San Diego il y a deux ans).

Ce Chaplin est dû à un certain Christopher Curtis, dont la bio laisse entendre qu’il doit s’agir de sa première incursion dans l’univers de la comédie musicale. Il s’agit d’un récit extrêmement linéaire de la vie de Chaplin, depuis le moment où, jeune comédien londonien, il reçut une proposition du célèbre Mack Sennett pour aller s’essayer devant les caméras hollywoodiennes… jusqu’au jour où il put enfin retourner aux États-Unis après un exil de plus de 20 ans pour y recevoir un Oscar d’honneur à la fin de sa vie.

Le produit fini est assez peu enthousiasmant.

Certes, la prestation de Rob McClure dans le rôle-titre est phénoménale… et il mériterait largement d’être distingué par un Tony Award, même si ces “Oscars de Broadway” ont traditionnellement tendance à oublier les spectacles qui ont ouvert leurs portes en début de saison.

Mais le fil conducteur de la pièce est trop ténu et trop sombre. Le rideau s’ouvre sur une sorte de prémonition du moment où Chaplin, victime du maccarthysme, se trouvera confronté à la perspective de l’exil (“What’cha gonna do when it all falls down?”). Du coup, la suite ne s’autorise jamais à être vraiment joyeuse, tant le spectre de ce moment noir semble ne plus jamais quitter la scène.

Une impression renforcée par le monochromatisme visuel du spectacle, entièrement conçu en noir et blanc, à l’exception d’une rare touche de rouge pour la fleur que Charlot porte à sa boutonnière. Et par l’absence d’un réel décor, remplacé par quelques meubles et accessoires censés évoquer les lieux successifs de l’action.

La musique de Christopher Curtis est bien peu inspirée ; ses lyrics, encore moins, qui égrainent abondamment les clichés les plus éculés. Le ton de la partition reste également trop sombre… et il est symptomatique que la première chanson un peu rythmée soit réservée à un personnage secondaire, Hedda, et qu’elle arrive dans le deuxième acte.

Rob McClure n’est pas le seul à briller en scène : la totalité de la distribution secondaire est absolument épatante, avec une mention spéciale du côté des femmes : Christiane Noll, qui joue la mère de Chaplin ; Erin Mackey, qui interprète le rôle de sa dernière femme, Oona O’Neill ; et Jenn Colella, qui incarne la redoutable échotière Hedda Hopper, qui contribua grandement aux déboires de Chaplin avec le maccarthysme (et qui joue son propre rôle dans le Sunset Boulevard de Billy Wilder).

Bien que le public ait semblé accrocher lors de cette représentation, je ne donnerais pas cher de la peau de ce Chaplin, dont je ne pense pas qu’il soit destiné à connaître une grande longévité.


“Marry Me A Little”

Theatre Row (Clurman Theatre), New York • 14.9.12 à 20h
Chansons : Stephen Sondheim. Conçu par Craig Lucas & Norman René

MarrymeMise en scène : Jonathan Silverstein. Direction musicale : John Bell (piano). Avec Jason Tam et Lauren Molina. 

Marry Me A Little est une revue conçue en 1980 pour servir d’écrin à des chansons de Sondheim “coupées” des spectacles pour lesquels elles avaient été conçues dans le cadre du processus créatif (ou, dans le cas de Saturday Night, écrites pour un spectacle jamais produit).

Son principal mérite est de nous permettre d’entendre des chansons rarement interprétées, même si elles sont désormais toutes devenues familières aux amateurs et n’apparaissent sans doute pas aussi inédites qu’à l’époque. Une proportion significative des chansons incluses proviennent de Follies, et c’est un plaisir d’entendre par exemple la chanson “All Things Bright And Beautiful”, dont la mélodie a été conservée dans l’ouverture de Follies… ou encore la façon exquise dont Sondheim joue avec les mots et les rimes internes dans “Can That Boy Foxtrot” (“Sometimes in a clerk / You find a Herc-ules” ou “A imitation Hitler / But with littler charm”).

Depuis 1980, beaucoup de ces chansons sont sorties de l’ombre, ne serait-ce parce que Saturday Night, écrit en 1955, a enfin été produit officiellement en 1997… ou parce que “Marry Me A Little” a plus ou moins été officiellement réintégrée dans Company.

Mais les concepteurs de cette nouvelle production ont fait d’autres choix curieux qui éloignent un peu le programme du catalogue de raretés, par exemple en remplaçant la chanson “Uptown, Downtown” (écrite pour Follies) par “Ah, But Underneath”, écrite pour la production londonienne, et bien plus connue. Cela nous donne cependant l’occasion d’entendre d’autres lyrics prodigieusement ingénieux, comme “If his idea of ecstasy’s / To see what he expects to see”.

On perd aussi la très rare chanson “Pour le Sport”, remplacée par l’une des chansons du film Evening Primrose, pourtant disponible maintenant en CD et en DVD.

J’avais vu Marry Me a Little à Londres en 1996 et cette nouvelle version appelle à peu près la même réaction : les chansons de Sondheim supportent mal d’être sorties de leur contexte. Elles sont souvent virtuoses, toujours magnifiques sur le plan mélodique, mais l’enchaînement de chansons écrites dans des cadres différents crée un sentiment artificiel… paradoxalement souligné par la ténuité du semblant de fil conducteur (deux célibataires habitant des appartements adjacents finissent par se croiser au rideau final).

Interprétation correcte, même si Lauren Molina se débrouille plutôt mieux que Jason Tam, qui semble se demander parfois ce qu’il est en train de chanter (un sentiment qu’on peut lui pardonner compte tenu du côté artificiel de l’exercice). Le metteur en scène permet à Molina de jouer un peu du violoncelle qu’elle transportait dans la production de Sweeney Todd de John Doyle dans laquelle elle interprétait le rôle de Johanna. Petit clin d’oeil : elle joue le solo de violoncelle de Henrick dans A Little Night Music.

Les pianistes new-yorkais me donnent généralement de gigantesques complexes, mais ce n’est pas le cas de John Bell, qui donne l’impression de lire à vue. Son ouverture n’est vraiment pas terrible.


“Killer Joe”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 11.9.12 à 20h25

KillerjoeWilliam Friedkin (2011). Avec  Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Gina Gershon, Thomas Haden Church…

J’ignorais que le réalisateur de The ExorcistThe French Connection et Cruising fût encore en activité. À plus de 75 ans, William Friedkin semble plus que jamais en pleine possession de ses moyens.

Killer Joe est l’adaptation de l’une des premières pièces de Tracy Letts, un excellent auteur dramatique qui s’est beaucoup fait remarquer récemment avec sa pièce August: Osage County, que j’ai eu la chance de voir à Broadway en 2007 (et dont l’adaptation cinématographique est annoncée pour bientôt, avec une distribution particulièrement alléchante).

Le scénario du film bénéficie de son origine théâtrale : on en oublierait presque de s’étonner de l’anormalité de la vie de ces personnages à la dérive dans un monde aux repères ébranlés. L’équilibre subtil entre la violence des situations et le comique noir des dialogues est d’une virtuosité remarquable. La montée progressive vers le paroxysme final, fascinant et terrifiant à la fois, est orchestrée avec une maestria totale.

La distribution, impeccable, est dominée par Matthew McConaughey, le Joe titulaire. Mais on est également scotché par la prestation géniale de Gina Gershon… et par la façon dont Juno Temple traverse le film comme entourée d’un halo de lumière dans le rôle de la blanche colombe qui, comme il se doit, se révèle finalement comme le catalyseur du tragique dénouement final.

Superbe cinématographie de Caleb Deschanel, qui concocte des images très contrastées. Les scènes de violence sont fascinantes tellement elles sont filmées de manière naturaliste.


“Der Schatzgräber”

De Nederlandse Opera, Amsterdam • 9.9.12 à 13h30
Franz Schreker (1920)

SchatzgraberOrchestre Philharmonique des Pays-Bas, Marc Albrecht. Mise en scène : Ivo van Hove. Avec Tijl Faveyts (le Roi), Manuela Uhl (Els), Raymond Very (Elis), Graham Clark (le Fou), Gordon Gietz (Albi), Kay Stiefermann (l’Huissier), …

Une semaine plus tard, je suis encore sous le charme de cette partition irrésistible et trop peu jouée. J’avais pourtant écouté l’enregistrement dirigé par Gerd Albrecht (dont Marc Albrecht — l’homonymie est accidentelle — était l’assistant à l’Opéra de Hambourg à l’époque de l’enregistrement), mais je n’étais pas préparé à autant de splendeur.

Car la musique de Schreker est d’une luxuriance somptueuse. Elle fait un peu le lien entre Strauss et Broadway ou Hollywood… ce qui n’est finalement pas si étonnant car Schreker est de la génération d’un Rudolf Friml, par exemple, l’un de ces compositeurs européens installés aux États-Unis qui ont contribué à façonner la musique américaine du 20e siècle.

En ce qui me concerne, la partition de Der Schatzgräber appuie en permanence sur tous les bons boutons et me transporte de façon indescriptible. L’interprétation de Marc Albrecht est magnifique, aérienne, d’une poésie délicieuse.

J’avais un peu peur de ne rien comprendre, mais l’intrigue est suffisamment simple pour que la lecture d’un synopsis détaillé suffise à se sentir à l’aise, d’autant que la mise en scène est très lisible.

Lisible mais pas très belle. On se souvient du Ring de Ivo Van Hove pour l’Opéra des Flandres. Ce n’est pas une grande surprise de le voir transposer ce Schatzgräber dans un univers visuellement peu attrayant. On soupçonne un discours visant à rendre l’œuvre “pertinente” à travers une transposition contemporaine, mais on cherche en vain le sens d’une telle entreprise.

Belle distribution, dont se distingue le Roi à la voix envoûtante de Tijl Faveyts.


Anthony Rapp: “Without You”

Menier Chocolate Factory, Londres • 8.9.12 à 20h

RappLa genèse et le triomphe de la comédie musicale Rent ont pris tellement de place dans sa vie que ça doit être difficile d’imaginer vivre un jour expérience aussi intense : Anthony Rapp, le créateur du personnage de Mark, a imaginé un one man show dans lequel il mêle ses souvenirs de la création de Rent à ceux du décès de sa mère, emportée progressivement par un cancer à la même époque.

Le spectacle est émouvant, incontestablement, même si on ne peut pas s’empêcher de se sentir un peu manipulé par moment. Rapp a une belle présence et le cocktail musical, qui mélange chansons de Rent et compositions originales, est efficace.


“Ragtime”

Regent’s Park Open Air Theatre, Londres • 8.9.12 à 14h15
Musique : Stephen Flaherty. Lyrics : Lynn Ahrens. Livret : Terrence McNally, d’après le roman de E. L. Doctorow.

RagtimeMise en scène : Timothy Sheader. Direction musicale : Nigel Lilley. Avec Rolan Bell (Coalhouse Walker), Rosalie Craig (Mother), John Marquez (Tateh), Claudia Kariuki (Sarah), Harry Hepple (Mother’s Younger Brother), David Birrell (Father), Sophia Nomvete (Booker T. Washington), Katie Brayben (Evelyn Nesbit), Tamsin Carroll (Emma Goldman), Stephane Anelli (Harry Houdini), Jo Servi (Grandfather), …

J’ai déjà dit à plusieurs reprises combien j’admire cette comédie musicale de 1998, qui adapte le roman épique de E. L. Doctorow consacré aux destins croisés de personnages blancs, noirs et juifs immigrés aux États-Unis au tournant du 20e siècle.

Toutes les productions que j’avais vues jusqu’à présent (huit, si je compte bien, sans dédoublonner) ne se permettaient aucun fantaisie quant au lieu et à l’époque de la pièce. Timothy Sheader, déjà aux manettes du Into the Woods et du Crazy For You présentés dans ce même théâtre en plein air de Regent’s Park en 2010 et 2011 respectivement, a voulu mettre son grain de sel et a transposé l’action dans une sorte de futur proche.

Le décor est dominé par un panneau publicitaire de la campagne électorale de Barack Obama : l’affiche, éventrée, et les amas de décombres qui jonchent le plateau symbolisent les illusions perdues d’une société américaine dans laquelle la misère progresse et les inégalités s’accroissent. Des personnages aussi variés que génériques occupent la scène sans raison très lisible lorsque l’un deux, celui qui va jouer le rôle de Father, attaque l’un des incipits les plus connus de la littérature du 20e siècle : “In 1902 [our] Father built a house at the crest of the Broadview Avenue hill in New Rochelle, New York…” et il distribue les rôles aux personnages qui l’entourent au fur et à mesure qu’ils apparaissent dans la narration. Chacun endosse progressivement le rôle qui lui a été confié, comme les comédiens d’une troupe ambulante qui sortiraient des costumes d’une malle.

C’est ce qui explique quelques paradoxes bizarres, comme le fait que le rôle de Grandfather, le patriarche de la famille bourgeoise blanche, soit interprété par un noir — c’était un clochard qui passait par là — ou encore le fait que Booker T. Washington soit joué par une femme. C’est surprenant et ça a beaucoup dérouté la critique et les spectateurs, mais ce n’est pas aberrant compte tenu du “concept” de Sheader.

Mais voilà. Ce n’est pas parce que c’est cohérent que c’est bon. C’est même, à mon sens, assez mauvais. On se fiche éperdument de ce que Sheader a à dire sur la désintégration de la société américaine… d’autant que le support qu’il s’est choisi ne lui permet nullement d’élaborer son propos et qu’il se retrouve donc dans la situation d’enfoncer des portes déjà béantes avec quelques images qui relèvent plus du cliché éculé que du commentaire acéré.

Et puis ça n’est pas parfaitement cohérent : si le personnage qui s’apprête à jouer le rôle de Father était enfant en 1902, il serait centenaire lors de l’élection de Barack Obama. J’imagine que c’est ce qui explique l’ajout de ce “our” dans la phrase d’ouverture — il n’est pas dans le texte original —, sans comprendre tout à fait pourquoi Sheader pense que ça règle le problème.

Bref, Sheader déplace tellement le propos qu’il en oublie ensuite de raconter l’histoire de Ragtime, la vraie histoire de la pièce. Ce qui explique pourquoi la représentation manque à ce point de relief et d’âme. Elle est vague, comme le terrain dans lequel Sheader l’a située.

Heureusement, il y a d’assez bons éléments, dans la distribution et, malgré un départ un peu laborieux, les prestations vocales sont globalement de qualité. Mais à aucun moment je n’ai été étreint par l’émotion qui infuse pourtant tellement cette pièce magnifique, qui méritait mieux que ça.

On sent que le bouche à oreille a fait son œuvre : les gradins sont à moitié vides.


Concert St. Louis Symphony / Robertson à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 7.9.12 à 20h
St. Louis Symphony, David Robertson

Brahms : Ouverture tragique
Beethoven : concerto pour violon (Christian Tetzlaff, violon)
Elliott Carter : Holiday Overture
Gershwin : Un Américain à Paris

Un concert idéal pour démarrer la nouvelle saison. Les œuvres “européennes” composant la première partie sont interprétées sans génie particulier, mais avec une qualité de son inhabituelle pour un orchestre américain, avec des cordes très — parfois trop — présentes. J’ai un peu somnolé pendant le concerto de Beethoven, mais j’ai quand même remarqué que la cadence jouée par Tetzlaff était fort inhabituelle.

La seconde partie est un bonheur. L’ouverture de Carter fait un peu penser à Copland. Le célèbre Un Américain à Paris est joué divinement, dans une succession d’atmosphères délicieuses et envoûtantes. Après un petit mot de Robertson dans un français presque parfait (“un pied collectif”, monsieur Robertson, pas “un collectif pied”), l’orchestre attaque l’ouverture du Candide de Bernstein, et le plaisir monte encore d’un cran.


“David et Madame Hansen”

Ciné-Cité les Halles, Paris • 5.9.12 à 20h30

DavidAlexandre Astier (2012). Avec Isabelle Adjani, Alexandre Astier, Julie-Anne Roth, Victor Chambon, …

Alerte rouge : Alexandre Astier est à la fois l’auteur, le producteur, le réalisateur, le compositeur, le comédien princial et le monteur de ce film. En général, un tel cumul des mandats ne peut conduire qu’au désastre. Curieusement, ce n’est pas le cas en l’occurrence. Au contraire, car cela permet à Astier de mener à bien une vision manifestement très claire de ce qu’il veut obtenir.

Et ce qu’il veut obtenir repose en bonne partie sur la prestation d’une Isabelle Adjani qui, bien qu’elle donne un peu l’impression de toujours jouer le même rôle (comme Jean-Pierre Bacri, dans un autre registre), n’a pas son pareil pour séduire éhontément la caméra.

Le scénario est bourré d’invraisemblances et la réalisation donne parfois l’impression de vouloir provoquer l’émotion coûte que coûte, mais la rencontre Adjani / Astier provovoque une belle émulsion, tant les deux comédiens sont opposés : l’une se retranche derrière ce masque impassible et ces yeux indéchiffrables ; l'autre est un concentré de bon sens paysan bien terre à terre et même un peu balourd.

Mention spéciale pour les seconds rôles, un peu sous-exploités mais très joliment interprétés, et pour la superbe et prenante musique originale (pas toujours si originale) d’Alexandre Astier.