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Posts from August 2012

“Nous York”

Publicis Cinémas, Paris • 30.8.12 à 20h

Nous yorkHervé Mimran, Géraldine Nakache (2012). Avec Leïla Bekhti (Samia), Géraldine Nakache (Gabrielle), Manu Payet (Michael), Nader Boussandel (Nabil), Baptiste Lecaplain (Sylvain), Marthe Villalonga (Mme Hazan), Sienna Miller (La star), Dree Hemingway (Denise), Nicole LaLiberte (Rachel), …

Cette avant-première était proposée gratuitement en échange du remplissage d’un questionnaire à la sortie. Pas d’engagement de confidentialité, en revanche, bien que le film ne sorte qu’en novembre.

Trois amis originaires de la même cité de la région parisienne se rendent à New York pour retrouver deux amies parties tenter leur chance quelques mois plus tôt à l’occasion de l’anniversaire de l’une d’entre elles. Malgré un scénario un peu brouillon qui donne l’impression de chercher un peu son sujet, le film constitue à l’arrivée une très bonne surprise.

Parce qu’il évite avec talent les clichés des films français, le nombrilisme autocentré et l’incontournable nécessité du commentaire social.

Parce qu’il arrive à mêler comédie et émotion avec un joli sens de la nuance.

Parce qu’il s’autorise une vraie déclaration d’amour à New York, avec plans panoramiques et vues aériennes… un type d’image formellement interdit par le manuel du parfait réalisateur-français-porteur-de-noirceur-vériste.

Parce qu’il nous propose des personnages attachants, normaux mais pas triviaux, humains mais pas déprimants.

Seul le nom de Manu Payet m’était familier parmi le trio de comédiens principaux… et encore, parce que je me souvenais avoir vu des affiches pour l’un de ses spectacles dans le métro. Mais on ressort en étant tombé sous le charme de ces trois garçons qui ne se la jouent pas et évitent soigneusement tout cabotinage, Payet étant particulièrement bon dans les derniers instants du film.

Du cinéma français aussi plaisant, on en reprendrait bien tous les jours. Et puis si on m’avait dit que je verrais un jour Sienna Miller et Marthe Villalonga dans le même film, j’aurais bien rigolé…


Prom 59 : “The Broadway Sound”

Royal Albert Hall, Londres • 27.8.12 à 20h

Prom59John Wilson Orchestra, Maida Vale Singers, John Wilson. Avec Sierra Boggess, Anna-Jane Casey, Rodney Earl Clarke, Elizabeth Llewellyn, Seth MacFarlane, Julian Ovenden.

Difficile de traduire en mots l’état de surexcitation dans lequel m’a plongé ce concert… un état manifestement partagé par le public du Royal Albert Hall à en juger par le volume sonore des ovations destinées aux interprètes.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, l’une des grandes spécialités du John Wilson Orchestra est l’interprétation de partitions de l’âge d’or de la comédie musicale dans des conditions luxueuses : reconstitution méticuleuse des orchestrations originales, effectif orchestral pléthorique… et une capacité particulièrement précieuse à laisser exploser le génie des grands compositeurs (et de leurs précieux acolytes de l’ombre, les orchestrateurs).

Après un concert consacré aux comédies musicales hollywoodiennes l’année dernière, c’est du côté de Broadway que John Wilson est allé chercher la matière pour construire un programme éblouissant et jubilatoire, qui a enchaîné les moments de pur bonheur. L’orchestre est dans une forme évidemment olympique et Wilson s’est entouré comme d’habitude de solistes aussi intelligents que talentueux — la merveilleuse Anna-Jane Casey, vue trois jours plus tôt dans Guys & Dolls, étant particulièrement éblouissante.

Citer les points forts du concert reviendrait à en détailler le programme dans son intégralité. Mais j’ai été particulièrement impressionné par deux séquences instrumentales : “Slaughter on Tenth Avenue” de Richard Rodgers, le grand ballet de la comédie musicale On Your Toes, et “Imaginary Coney Island”, celui de On the Town de Leonard Bernstein, si sublimement orchestré par Hershy Kay.

La dernière ligne droite du concert fut marquée par une succession de trésors merveilleux : “Tonight” (West Side Story), interprété avec beaucoup d’intensité par Sierra Boggess et Julian Ovenden ; puis l’une des plus belles chansons du répertoire, “Don’t Rain on My Parade” (Funny Girl de Jule Styne, dans des orchestrations à tomber de Ralph Burns), chantée avec un panache extraordinaire par Anna-Jane Casey ; et enfin la chanson-titre de Mame de Jerry Herman, une sorte de jumeau cosmique de “Hello, Dolly!”.

Le meilleur est arrivé à la fin : après que chanteurs et orchestre eurent salué (John Wilson prenant le temps de faire applaudir particulièrement les altos, pour une raison que je n’ai pas décryptée), Anna-Jane Casey est revenue entourée d’une poignée de danseurs et tous se sont lancés dans une interprétation décoiffante et absolument irrésistible de “Tap Your Troubles Away”, la chanson à claquettes de Mack & Mabel, toujours de Jerry Herman.

De ma place à l’arrière scène (dans la section appelée “choir”, comme dans une église), j’étais idéalement situé pour observer le travail de l’orchestre, et notamment les trompettistes, complètement déchaînés pendant tout le concert. L’endroit n’était pas idéal pour les entendre les voix qui, même sonorisées, étaient projetées de l’autre côté de la salle… mais il serait indécent de s’en plaindre devant une telle abondance de merveilles absolues.

John Wilson va devoir réfléchir longtemps au programme de l’année prochaine car il a lui-même placé la barre très très haut.


“Aladdin”

Lylian Baylis Studio, Londres • 26.8.12 à 16h
Musique & lyrics : Cole Porter. Livret : S. J. Perelman.

AladdinMise en scène : Ian Marshall Fisher. Direction musicale : Greg Arrowsmith. Avec John Savident (Sui Generis), John Rawnsley (Astrologer), Michael Roberts (Emperor), Phil Wrigley (Governor), Candy Ma (Princess), Richard Dempsey (Aladdin), Hannah Caton (Plum Blossom), Rhiannon Drake (Jade Bud), Vivienne Martin (Aladdin’s Mother), Stewart Permutt (Wu Fang), Rez Kempton (Genie), Richard Stemp (Guard), Matt Elson (Minister).

La série des “Lost Musicals” s’intéresse pour une fois à une comédie musicale écrite non pour la scène mais pour la télévision. C’est dans le courant des années 1940 que naquit ce genre très particulier : la comédie musicale écrite spécifiquement pour le petit écran, interprétée en direct sur un plateau de télé, la caméra suivant les comédiens à l’intérieur d’un décor conçu pour que les scènes puissent s’enchaîner naturellement, tandis qu’un orchestre interprétait la partition, également en direct. Tout cela sans droit à l’erreur.

Mais ce sont les années 1950 qui ont vu ce genre s’épanouir vraiment. L’exemple le plus connu est le Cinderella de Rodgers et Hammerstein, diffusé en mars 1957 sur CBS avec, dans le rôle-titre, une certaine Julie Andrews, qui triomphait alors à Broadway dans My Fair Lady. On estime à plus de 100 millions le nombre de spectateurs qui étaient derrière leur écran ce soir-là.

Un an plus tard environ, c’est vers un autre géant du théâtre musical américain, Cole Porter, que CBS se tourna. Porter avait derrière lui une carrière éblouissante, à laquelle il s’apprêtait à mettre un point final. On confia le livret à un maître de la comédie subtile, S. J. Perelman, l’un des grands auteurs historiques du New Yorker… Et c’est ainsi que naquit Aladdin, diffusé le 21 février 1958.

Petit spectacle de 90 minutes, Aladdin est une comédie légère et sans prétention, écrite pour mettre en valeur ses interprètes — de très bons comédiens de l’époque — avec quelques bons mots bien sentis et quelques mélodies mémorables.

La partition de Porter n’a pas légué de chansons à la postérité, même si “Come to the Supermarket (in Old Peking)” et “No Wonder Taxes Are High” sont assez connues des amateurs. Si la partition n’est jamais médiocre ; elle ne parvient jamais vraiment non plus à toucher au sublime, ce qui est très inhabituel pour Cole Porter.

La troupe rassemblée par les Lost Musicals regroupe, comme d’habitude, des vétérans (plusieurs doivent avoir plus de 80 ans) et des talents plus jeunes. Tous s’en donnent à cœur joie, et on pourrait difficilement rêver interprétation plus satisfaisante, qu’il s’agisse de faire honneur à l’humour de Perelman ou de rendre hommage à l’un des plus grands auteurs de comédie musicale de tous les temps. La prestation de Greg Arrowsmith au piano est un régal.


“13”

Apollo Theatre, Londres • 25.8.12 à 19h30
Musique & lyrics : Jason Robert Brown. Livret : Dan Elish & Robert Horn.

Mise en scène : Jason Robert Brown. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : Torquil Munro. Avec Guy Harvey (Evan), Sienna Kelly (Patrice), Jacques Miché (Brett), Jack Cashion (Eddie), Robin Franklin (Malcolm), Georgia Riley (Lucy), Hannah Thompson (Kendra), Amara Okereke (Cassie), Lindsay Kearns (Molly), Toby Turpin (Simon), Sario Watanabe-Solomon (Richie), Lauren Ellington (Charlotte), Tim Mahendran (Archie).

Cette comédie musicale de Jason Robert Brown, créée à Broadway en 2008, a la particularité de ne faire appel qu’à des adolescents. C’est un choix idéal pour la remarquable troupe du National Youth Musical Theatre (NYMT), dont la vocation est de fournir un tremplin à des artistes qui confirment que, non, vraiment, la valeur n’attend pas le nombre des années (Jude Law et Orlando Bloom sont les deux noms les plus reconnaissables dans la liste des illustres anciens).

13 est l’histoire d’un adolescent new-yorkais, Evan, qui se retrouve dans l’Indiana avec sa mère à la suite du divorce de ses parents. Au centre du livret, son besoin de se faire accepter alors qu’il est plongé en pleine adolescence et l’envie de faire de sa Bar Mitzvah un moment mémorable.

La première force de 13 est d’évoquer les troubles de l’adolescence de manière légère et décomplexée, presque sur le mode “sitcom”, sans lourdeur excessive et sans concession trop marquée au politiquement correct (inévitable, malgré tout, venant d’auteurs américains). Sa deuxième force est la très attachante partition de Jason Robert Brown, dynamique, stylistiquement variée et d’une belle inspiration mélodique ; elle sait atteindre juste ce qu’il faut de profondeur lorsque les circonstances l’exigent, comme en témoigne la très belle chanson “Tell Her”.

Le talent présent sur scène est phénoménal, et il est magnifiquement canalisé par la mise en scène de Brown lui-même et la chorégraphie du désormais incontournable Drew McOnie. Guy Harvey, qui interprète remarquablement le rôle principal d’Evan, n’est peut-être pas le meilleur chanteur du monde, mais sa silhouette d’échalas dégingandé évoque à merveille les états d’âme de son personnage.


“Carousel”

Barbican Theatre, Londres • 25.8.12 à 14h30
Musique : Richard Rodgers. Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II, d’après la pièce Liliom de Ferenc Molnár.

Mise en scène : Jo Davies. Direction musicale : John Rigby. Avec Eric Greene (Billy Bigelow), Gillene Herbert (Julie Jordan), Claire Boulter (Carrie Pipperidge), Joseph Shovelton (Enoch Snow), Elena Ferrari (Nettie Fowler), Michael Rouse (Jigger Craigin), Alex Newton (Louise), …

Si Puccini avait obtenu de Ferenc Molnár l’autorisation d’écrire un opéra inspiré par sa pièce Liliom, l’histoire de la comédie musicale en aurait sans doute été affectée, car Rodgers & Hammerstein auraient été privés de l’inspiration de ce qui allait devenir un des plus grand succès de tous les temps.

La troupe ambulante Opera North propose un programme éclectique qui fait régulièrement la place à la comédie musicale, avec par exemple un très bon Sweeney Todd vu il y a quelques années à Sadler’s Wells, ou encore les raretés Of Thee I Sing et Let ’em Eat Cake de Gershwin. Cette nouvelle production de Carousel, co-produite avec le Théâtre du Châtelet (où elle sera présentée au printemps 2013), confirme à quel point cette comédie musicale de 1945 mérite son statut-culte dans le répertoire, malgré un livret peut-être un peu bancal.

Bien que le programme contienne un article sur les orchestrations originales de Don Walker pour 39 musiciens, il ne précise pas la configuration orchestrale utilisée dans cette production. On peut imaginer qu’on se rapproche de l’effectif original, car la musique est somptueuse. Certains instruments, comme la flûte ou la harpe (ou, dans les passages plus sombres, le basson), ressortent particulièrement à leur avantage.

L’acoustique est d’ailleurs d’une clarté étonnante… au point que je me demande si le spectacle est sonorisé. Il n’y a d’ailleurs pas de crédit pour la conception sonore dans le programme… mais il y a des micros posés à l’avant-scène. Mystère.

La production, de très bonne qualité, s’appuie sur de fort jolis décors d’Anthony Ward. Peut-être trop jolis, diront certains, car on perd un peu de vue les côtés les plus sombres du livret. Mais pourquoi chercher la petite bête quand on est devant autant de talent ?

Après une étonnante version à deux pianos et la très belle production du Savoy Theatre qui utilisait une réduction du talentueux Larry Blank pour quinze musiciens, voici donc Carousel tel que le public de Broadway a dû le découvrir en 1945, ou du moins une bonne approximation. Je pense que le public parisien va se régaler.


“Guys and Dolls” en concert

Cadogan Hall, Londres • 24.8.12 à 19h30
Musique et lyrics : Frank Loesser. Livret : Jo Swerling & Abe Burrows, d’après les nouvelles et les personnages de Damon Runyon.

Royal Philharmonic Concert Orchestra, Arts Ed Chorale, Richard Balcombe. Mise en scène : Russell Labey. Avec Ruthie Henshall (Miss Adelaide), Anna-Jane Casey (Sarah Brown), Graham Bickley (Nathan Detroit), Lance Ellington (Sky Masterson), Gavin Spokes (Nicely-Nicely Johnson), Dennis Waterman (Narrator / Arvide Abernathy / Brattigan).

On apprécie toujours les occasions d’entendre la magnifique partition de Frank Loesser, mais cette version concert ne prend que rarement son envol malgré quelques très bonnes prestations parmi les rôles principaux.

Le dossier de presse annonçait un orchestre de trente musiciens, mais il n’y a que dix-neuf pupitres occupés : six cordes (c’est maigre), un piano (ouf !), un batteur et dix vents (certains instrumentistes jouant jusqu’à trois instruments différents : saxophone, cor anglais et clarinette, par exemple) — je sais, ça fait dix-huit, mais j’ai un trou de mémoire : un percussionniste, peut-être ? Certes, je n’ai aucun espoir de retrouver jamais le sentiment de jubilation qu’avait provoqué chez moi l’impressionnante production du Volksoper de Vienne et ses 45 musiciens, mais l’annonce d’une version concert laisse toujours espérer que la prestation orchestrale sera soignée. La direction musicale de Richard Balcombe est un peu pépère, ce qui n’arrange rien… et on retrouve la difficulté bien connue des Britanniques à “swinguer”.

Verdict partagé quant à la distribution. Ruthie Henshall, Anna-Jane Casey et Graham Bickley proposent des prestations dignes de leur position parmi les meilleurs interprètes actuels du West End. On est également enthousiasmé par Gavin Spokes qui, en Nicely-Nicely Johnson, propose la meilleure version de “Sit Down, You’re Rockin’ the Boat” que j’aie entendue.

Lance Ellington, à l’opposé, est totalement incapable de jouer le rôle de Sky, et il le chante comme un chanteur de lounge music, sans esprit et dans un style parfaitement déconnecté du contexte dramatique. La narration de Dennis Waterman, qui permet au concert d’être relativement court, est également insupportable tant elle est mal écrite et dite avec une suffisance épouvantable.

La distribution principale est excellemment complétée par des étudiants de la prestigieuse école Arts Ed (où j’ai vu plusieurs spectacles).

Ce concert me fournit surtout l’occasion de découvrir cette curieuse salle qu’est Cadogan Hall : construite en style byzantin au début du 20ème siècle pour l’Église de la Science chrétienne, elle a été transformée depuis quelques années en lieu de concert où le Royal Philharmonic Orchestra a sa base permanente et où sont présentés quelques concerts dans le cadre des Proms. Il faut un moment pour s’habituer à l’acoustique très réverbérante, mais le lieu est assez magique.


“ParaNorman” (3D)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 22.8.12 à 20h40

Chris Butler, Sam Fell (2012). Avec les voix de Kodi Smit-McPhee (Norman Babcock), Anna Kendrick (Courtney), Christopher Mintz-Plasse (Alvin), Tucker Albrizzi (Neil), Casey Affleck (Mitch), Lesley Mann (Sandra Babcock), Jeff Garlin (Perry Babcock), Elaine Stritch (Grandma), …

Un délicieux film d’animation faisant appel à plusieurs techniques et bourré de clins d’œil et de références dont je n’ai vraisemblablement capté que le tiers. Par moments, on pense un peu aux Triplettes de Belleville, que je n’avais pourtant pas aimé. Au-delà du message politiquement correct sur l’acceptation de la différence, le film est irrésistible grâce à son humour féroce et à la délicieuse partition de Jon Brion, le compositeur de Magnolia.


“The Great Gatsby Musical”

King’s Head Theatre, Londres • 19.8.12 à 15h
Musique : Joe Evans. Lyrics : Joe Evans & F. Scott Fitzgerald. Livret : Linnie Reedman.

Mise en scène : Linnie Reedman. Direction musicale : Joe Evans. Avec Matilda Sturridge (Daisy Buchanan), Peta Cornish (Jordan Baker), Steven Clarke (Tom Buchanan), Raphael Verrion (Nick Carroway), Jon Gabriel Robbins (George Wilson), Naomi Bullock (Myrtle Wilson), Anna Maguire (Catherine), Alyssa Noble (Lucille), Barnaby Brookman (Owl Eyes / Waiter / Policeman), Sean Browne (Jay Gatsby), Patrick Lannigan (Wolfsheim). 

Bien qu’ayant consommé beaucoup de littérature anglo-saxonne dans ma jeunesse, je n’avais pas lu The Great Gatsby, pourtant considéré comme l’un des sommets de la littérature du 20e siècle (le roman figure en 46e position dans le classement des « Cent livres du siècle » établi en 1999 par Le Monde). J’ai réparé cette lacune il y a un mois environ en préparation d’une pièce intitulée Gatz et auquel je n’ai finalement pas assisté par manque de courage (le spectacle consistant largement en une lecture intégrale du roman).

Mais voici qu’une autre occasion se présente avec cette adaptation musicale, curieusement intitulée The Great Gatsby Musical. Le roman se prête sans résistance à une transposition dramatique : les chapitres délimitent en effet assez bien une succession de tableaux, et le texte du roman est d’autant plus réutilisable que Fitzgerald a eu la bonté de le doter d’un narrateur diégétique. La librettiste a déplacé quelques répliques, mais elle a largement respecté la structure de sa source… sauf lorsqu’elle a décidé — à mon sens bien inutilement — d’ouvrir sa pièce sur une scène figurant Daisy le jour de son mariage malheureux avec Tom Buchanan.

Là où le bât blesse, et méchamment, c’est que la partition de Joe Evans est bien peu alléchante. Musicalement, d’abord, car elle “sonne” comme un curieux hybride de jazz un peu décoloré et de bluegrass, sans jamais arriver à évoquer vraiment les années folles qui servent de cadre à l’histoire. C’est peut-être un parti pris visant à créer le parallèle musical du malaise qui infuse le texte de Fitzgerald… auquel cas ça tombe à côté de la plaque car c’est chez le spectateur que ça crée le malaise. Mais c’est surtout l’écriture des lyrics qui est consternante : d’un niveau de langage inadapté, d’une pauvreté lexicale et stylistique à pleurer, percluse de répétitions insupportables.

Et c’est dommage car, pour le reste, la pièce réussit plutôt à évoquer l’ambiance très particulière du roman. Le hasard avait d’ailleurs donné un petit coup de pouce en ce dimanche car il faisait une température tropicale dans le petit King’s Head Theatre : les acteurs transpiraient à grosses gouttes, dans une osmose parfaite avec leurs personnages, confrontés à la canicule de 1922.


“Love and War”, the songs of Howard Goodall

Union Theatre, Londres • 18.8.12 à 20h
Mise en scène : Lydia Milman Schmidt. Direction musicale : Aaron Clingham. Avec Jennifer Redston, Terrie-May Tucker, Steven Sparling, Michael Stacey.

Howard Goodall est un compositeur contemporain particulièrement talentueux. De formation classique, une bonne partie de sa production est orientée vers la musique liturgique chorale : son envoûtante mise en musique du psaume “The Lord is My Shepherd” (que l’on peut entendre ici) sert d’ailleurs de générique à la série The Vicar of Dibley. Mais Goodall se consacre aussi à la comédie musicale. J’ai déjà dit tout le bien que je pense de The Hired Man, un joyau méconnu, ou encore de sa récente adaptation de Love Story.

Le Union Theatre propose de revoir une revue conçue autour d’une sélection de chansons de Howard Goodall. Même si la représentation met en évidence l’indéniable talent de Goodall, elle confirme aussi un fait bien connu : les bonnes chansons de comédie musicale ne survivent pas très bien à une extraction de leur habitat naturel, la pièce pour laquelle elles ont été écrites. On passe un bon moment, mais l’exercice finit par manquer de sel.

Belle prestation des quatre comédiens, emmenés par l’énergique directeur musical, Aaron Clingham, déjà remarqué dans Flora the Red Menace.


“Kiss Me, Kate”

Festival Theatre, Chichester • 18.8.12 à 14h15
Musique et lyrics : Cole Porter. Livret : Sam & Bella Spewack.

Mise en scène : Trevor Nunn. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Hannah Waddingham (Lilli Vanessi), Alex Bourne (Fred Graham), Holly Dale Spencer (Lois Lane), Adam Garcia (Bill Calhoun), David Burt (First Man), Clive Rowe (Second Man), Mark Heenehan (General Harrison Howell), Wendy Mae Brown (Hattie), Jason Pennycooke (Paul).

Kiss Me, Kate est peut-être le chef d’œuvre de Cole Porter. Cette comédie musicale marque le retour triomphal de Porter à Broadway en 1948 après quelques années en demi-teinte et une inévitable parenthèse hollywoodienne. Le compositeur est handicapé depuis 1937 par les séquelles d’un grave accident de cheval, qui le font beaucoup souffrir. Mais Porter fait contre mauvaise fortune bon cœur et il connaîtra à nouveau dans le courant des années 1950, avec Can-Can et Silk Stockings notamment, des succès comparables à ceux qu’il avait connus pendant les années 1930, sa décennie de gloire, dont Anything Goes marque l’apogée. (Malheureusement, Porter devra finalement être amputé en 1958 : en perdant sa jambe, il perdra aussi à tout jamais sa voix et n’écrira plus une note de musique jusqu’à sa mort en 1964.)

Dans Kiss Me, Kate, une troupe de théâtre prépare une adaptation musicale de la comédie The Taming of the Shrew (La Mégère apprivoisée) de Shakespeare. Ressort comique principal du livret, le couple de comédiens vedettes, récemment séparés, vivent en coulisse une relation à peu près aussi tumultueuse que celle de Petruchio et Katharine dans la pièce. S’y ajoutent des personnages plus convenus mais finement croqués par les librettistes : l’indispensable jeune couple de tourtereaux et un hilarant duo de gangsters venus encaisser une dette de jeu.

On a l’habitude de voir de belles productions dans le cadre du festival de Chichester, et celle-ci n’échappe nullement à la règle, d’autant qu’elle est présentée en collaboration avec l’Old Vic Theatre de Londres, où le spectacle sera présenté en novembre prochain.

La mise en scène de Trevor Nunn ne réalise peut-être pas totalement le potentiel de Kiss Me, Kate au rayon comédie, mais la faute en incombe partiellement aux deux comédiens principaux, qui ne sont à mon avis pas idéaux dans les rôles redoutables de Lilli Vanessi et Fred Graham. Le livret de Sam & Bella Spewack est pourtant un petit bijou particulièrement bien ciselé.

Les arrangements musicaux ont été concoctés par l’excellent Gareth Valentine pour tirer le maximum de l’orchestre de douze musiciens : 90 % du temps, le résultat est magnifique ; dans 10 % des cas, on perd un peu ce qui fait le charme incomparable de l’une des œuvres les plus connues du répertoire.


Concert de l’Octuor de France à Bagatelle

Orangerie de Bagatelle, Paris • 15.8.12 à 16h30

Mozart : quintette KV 581 pour clarinette et quatuor à cordes
Schubert : octuor op. 166 

Joli concert de l’après-midi, dans une chaleur malheureusement peu propice à une écoute très attentive. J’avoue que les deux œuvres proposées ne figurent pas parmi mes préférées, même si je mesure l’ampleur du blasphème s’agissant de l’octuor de Schubert. L’Octuor de France est une formation attachante, mais on a le sentiment qu’il lui manque une petite touche de folie pour “décoller” complètement. Malgré quelques problèmes techniques au démarrage, le cor d’Antoine Degremont est étonnant et impressionne largement autant que les solistes de nos grands orchestres parisiens. L’extrait de l’octuor donné en bis illustre de manière frappante la différence de rendu lorsque les musiciens arrivent à s’affranchir des contingences purement techniques. On a en tout cas envie de renouveler l’expérience si l’occasion se présente.


“Magic Mike” (& “Haywire”)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 13.8.12 à 20h
Steven Soderbergh (2012). Avec Channing Tatum (Magic Mike), Alex Pettyfer (Adam), Cody Horn (Brooke), Matthew McConaughey (Dallas), ...

On n'ira pas voir le dernier Soderbergh pour la subtilité de son scénario ou pour la finesse de l'analyse sociale qui le sous-tend. D’une certaine façon, Magic Mike est un clin d’œil à tout un pan du cinéma contemporain, peuplé de gentils personnages convaincus qu'ils cheminent vers un avenir meilleur alors qu'ils s'enfoncent inéluctablement dans la médiocrité et la déchéance. Soderbergh réalise avec Magic Mike une ode au loser dans toute sa mythique splendeur, une expression illustrée presque littéralement par des scènes de strip-tease aussi ambitieuses dans leur conception qu’elles sont miteuses dans leur exécution.

Le film fonctionne d’autant mieux que Channing Tatum propose une prestation poignante à la fin du film, lorsque le personnage titulaire est rappelé violemment à la réalité. Tatum équilibre la prestation très absente d'une Cody Horn qui semble recrutée à l'école française du “less is more”. Mais voilà, “less” que rien, il ne reste pas grand' chose.

M’étant aperçu en sortant du film que j’avais négligé une bonne partie de la production de Soderbergh depuis Erin Brockovich, je me suis précipité sur Haywire, un de ses films les plus récents (daté de 2011, mais sorti en juillet 2012 en France). Et je me suis régalé : sorte de méta-film d’action dont le scénario est au fond parfaitement secondaire, Haywire émerge comme un captivant exercice formel qui revisite avec soin et inspiration les codes du film d’action. Distribution de rêve, réalisation irréprochable : on a l’impression d’avoir vu le film mille fois, et pourtant on n’a jamais rien vu de pareil. Délicieuse petite attention de la part du scénariste, qui fait commencer et terminer le film par la même interjection : “Shit!”.


“New Girl in Town”

Irish Repertory Theatre, New York • 11.8.12 à 20h
Musique & lyrics : Bob Merrill. Livret : George Abbott, d’après la pièce Anna Christie, de Eugene O’Neill.

Mise en scène : Charlotte Moore. Direction musicale : John Bell. Avec Margaret Loesser Robinson (Anna), Patrick Cummings (Matt), Danielle Ferland (Marthy), Cliff Bemis (Chris Christopherson), Dewey Caddell, Abby Church, Matt Gibson, Kimberly Dawn Neumann, Alex Puette, Amber Stone, Stephen Zinnato.

Je ne me souviens pas avoir lu comment a bien pu germer l’idée de baser une comédie musicale sur la célèbre pièce Anna Christie de Eugene O’Neill (Pulitzer Prize en 1922)… en en confiant de surcroît la partition à un compositeur connu principalement à l’époque pour sa chanson “(How Much Is That) Doggie in the Window?” (interprétée en français par Line Renaud).

Je ne pensais en tout cas pas avoir l’occasion de voir un jour cette pièce de 1957 largement conçue autour de la merveilleuse Gwen Verdon, suprêmement douée dans les trois domaines du chant, de la danse et de la comédie. Le spectacle était chorégraphié par Bob Fosse, que Verdon épousera en 1960 et dont elle restera l’égérie et la muse bien après que ce mariage se sera effondré.

Le livret de la comédie musicale s’éloigne un peu de la pièce quant au rôle donné à Marthy, la compagne du père d’Anna (qui s’efface très vite dans la pièce, alors qu’elle joue un rôle crucial dans le déroulement des événements dans la comédie musicale)… mais il lui reste finalement assez fidèle. Reste que l’ajout de chansons… et, encore plus, de scènes dansées… à Anna Christie ne semble pas très naturel — je me demandais même en lisant la pièce dans l’avion qui m’amenait à New York comment c’était possible sans tomber dans le ridicule.

La partition de Bob Merrill est loin d’être désagréable, même si l’enregistrement de 1957 ne lui rend pas totalement justice. Elle est interprétée dans cette production du petit Irish Repertory Theatre par un joli quatuor piano / clarinette / guitare / percussions… auquel s’adjoint de temps en temps un saxophone, joué par l’un des comédiens.

La mise en scène de Charlotte Moore est un relatif sans-faute, dans un décor et des projections très joliment conçus pour le petit espace du théâtre. Le premier changement de décor — qui demande de passer d’un bar au pont d’une barge — est une petit merveille.

Margaret Robinson interprète un personnage à tout jamais associé au souvenir de Gwen Verdon. Elle relève le défi de manière tout à fait convaincante, en trouvant sa propre voix. Le reste de la distribution est très homogène et de très bonne tenue — on apprécie tout particulièrement l’exécution des grande scènes dansées, excellement chorégraphiées par Barry McNabb.

Grosse surprise en sortant : le légendaire Hal Prince, co-producteur du spectacle en 1957, est dans le hall du théâtre. Il est plus petit que je ne le pensais.


“Dogfight”

Second Stage Theatre, New York • 11.8.12 à 14h
Musique & lyrics : Benj Pasek & Justin Paul. Livret : Peter Duchan, d’après le film de la Warner Bros. et le scénario de Bob Comfort.

Mise en scène : Joe Mantello. Direction musicale : Bryan Perri. Avec Lindsay Mendez (Rose Fenny), Derek Klena (Eddie Birdlace), Nick Blaemire (Bernstein), Josh Segarra (Boland), Annaleigh Ashford (Marcy), Becca Ayers (Mama), Steven Booth (Gibbs), Dierdre Friel (Chippy), Adam Halpin (Stevens), F. Michael Haynie (Fector), James Moye (Lounge Singer).

DogfightJe n’ai découvert le film Dogfight que dans l’avion qui m’amenait à New York. Sorti en 1991, Dogfight raconte l’histoire touchante d’un Marine (River Phoenix) qui, la veille de son départ pour le Vietnam, tombe amoureux d’une serveuse prétendument moche (Lili Taylor) alors qu’il l’a pourtant choisie pour participer à un concours de la fille la plus laide organisé avec ses amis.

C’est un sacré défi de faire une comédie musicale de cette histoire très en demi-teinte. Le résultat est plutôt réussi : les auteurs ont réussi à donner une voix crédible aux deux personnages principaux, tout en ne trahissant pas trop le scénario original, dont des pans entiers de dialogue sont repris à l’identique. Le librettiste a presque réussi, au passage, à améliorer quelques aspects de l’histoire originale qui ne semblaient pas complètement satisfaisants. Il a également noirci un peu le trait dans son traitement des Marines, dont le comportement en meute est décidément peu glorieux.

C’est la première fois que je voyais une œuvre du duo Benj Pasek & Justin Paul, dont beaucoup prédisent qu’ils sont destinés à devenir une force majeure de Broadway. Je devais voir une de leurs créations, intitulée Edges, à Londres l’an dernier, mais ce projet fut victime d’une réorganisation d’agenda de dernière minute. Pasek & Paul seront bientôt représentés à Broadway avec leur adaptation du film A Christmas Story, qui a connu un joli succès régionalement… et que j’avais d’ailleurs failli aller voir à Chicago l’an dernier sur un coup de tête.

Pasek & Paul ont écrit une partition attachante, peut-être pas furieusement originale, mais bien accordée au ton romantique de l’histoire.

La distribution est inégale, mais les comédiens qui interprètent les deux rôles principaux sont superbes. Ils ont tous les deux le même problème : Derek Klena est tellement aimable qu’il n’est pas très crédible en salaud sans scrupule au début de l’histoire. Quant à Lindsay Mendez (que je me souviens avoir vue dans The Marvelous Wonderettes), elle a beaucoup de mal à passer pour une fille moche.

Le film se termine sur une magnifique scène muette, que les auteurs de cette comédie musicale n’ont pas osé répliquer totalement à l’identique. Les quelques mots échangés par les deux personnages sont peut-être indispensables dans une version théâtrale, mais ils diminuent un peu la force du dénouement.


“Curtains”

Landor Theatre, Londres • 5.8.12 à 15h
Livret : Rupert Holmes. Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Concept et livret original : Peter Stone. Lyrics supplémentaires : John Kander et Rupert Holmes.

Mise en scène : Robert McWhir. Direction musicale : Michael Webborn. Avec Jeremy Legat (Lieutenant Frank Cioffi), Buster Skeggs (Carmen Bernstein), Bronwyn Andrews (Niki Harris), Fiona O’Carroll (Georgia Hendricks), Leo Andrew (Aaron Fox), Bryan Kennedy (Christopher Belling), Tom Pepper (Daryl Grady), Dudley Rogers (Johnny Harmon), Martin Bishop (Oscar Shapiro), Thomas Sutcliffe (Bobby Pepper), Daniella Bowen (Bambi Bernét), Mark Joy (Sidney Bernstein), Stephanie Parker (Jessica Cranshaw), Josh Wilmott (Randy Dexter), Zachary Morris (Harv Fremont), …

Je commence à avoir beaucoup vu cette comédie musicale de Kander & Ebb, qui fait un peu penser à ce qu’aurait pu donner le scénario d’un épisode de Columbo à Broadway. C’est le petit (et toujours excellent) Landor Theatre qui propose la première production professionnelle de l’œuvre à Londres, même si les étudiants de la Guilhall School s’y étaient déjà attelés il y a deux ans.

Jolie production dans l’ensemble, qui fait honneur à la belle partition de John Kander et qui met joliment en exergue l’humour de l’écriture. Le personnage central du Lieutenant Cioffi est redoutable à porter : Jeremy Legat s’en sort honorablement, mais il lui manque un petit quelque chose pour briller complètement. Il faut saluer de très belles prestations parmi les autres rôles, notamment la Carmen géniale de Buster Skeggs (qui m’avait déjà ébloui dans Burlesque) et le Christopher Belling impayable de Bryan Kennedy. Leo Andrew est également reponsable d’un très joli moment en interprétant magnifiquement la plus belle ballade de la partition, l’irrésistible “I Miss the Music”.


“Soho Cinders”

Soho Theatre, Londres • 4.8.12 à 20h
Musique : George Stiles. Lyrics : Anthony Drewe. Livret : Anthony Drewe & Elliot Davis.

Mise en scène : Jonathan Butterell. Direction musicale : Stephen Ridley. Avec Tom Milner (Robbie), Amy Lennox (Velcro), Michael Xavier (James Prince), Jenna Russell (Marilyn Platt), Suzie Chard (Clodagh), Beverly Rudd (Dana), Gerard Carey (William George), Neil McCaul (Lord Bellingham), Raj Ghatak (Sasha) et la voix de Stephen Fry (Narrator).

J’avais dit tout le bien que je pensais de cette nouvelle comédie musicale inspirée de Cendrillon lorsque j’avais assisté à la représentation unique donnée en concert au Queen’s Theatre un dimanche d’octobre 2011. La pièce est aujourd’hui présentée pendant quelques semaines dans un petit théâtre moderne du centre de Londres, le Soho Theatre, que je ne connaissais pas encore.

On est heureux de retrouver dans la distribution quelques uns des comédiens qui brillaient particulièrement lors du concert, à commencer par la délicieuse Amy Lennox, dont le personnage de Velcro est merveilleusement doux-amer. Suzie Chard et Beverly Rudd sont toujours là, dans les rôles des deux belles-sœurs vulgaires et moches, Clodagh et Dana, engoncées dans des vêtements trop petits et trop serrés et couvertes d’un maquillage épouvantable. Et le toujours séduisant Michael Xavier reste fidèle au rôle de James Prince, le politicien qui découvre qu’il n’a rien à gagner à cacher son homosexualité.

Exeunt en revanche David Bedella, Clive Carter et Hannah Waddingham, remplacés respectivement par Gerard Carey, peut-être encore plus déjanté que son prédécesseur dans le rôle du directeur de campagne sans scrupule, par Neil McCaul et par la merveilleuse Jenna Russell, à qui le rôle de Marilyn, la fiancée de convenance, va comme un gant.

Le seul vrai regret est de ne pas retrouver l’excellent Jos Slovick, qui apportait beaucoup au rôle principal de Robbie. Son remplaçant, Tom Milner, chante fort bien, mais sa voix parlée est presque insupportablement aiguë et il n’a ni le charme, ni la profondeur de Slovick. Il est beaucoup plus difficile, du coup, de comprendre que Prince puisse tomber amoureux de lui.

Le concert d’octobre 2011 était narré (avec beaucoup de talent) par Sandi Toksvig... un procédé courant dans les versions concerts pour compenser l’absence d’une véritable mise en scène. Curieusement, cette production conserve le principe de la narration, ce qui est inhabituel mais s’avère fonctionner plutôt bien, d’autant que c’est Stephen Fry qui a enregistré le texte.

Bien qu’il n’y ait plus que six musiciens, la partition de George Stiles est toujours aussi envoûtante. Le don mélodique de Stiles est évident… et la variété des styles musicaux est un bonheur. Les paroles de “Gypsies of the Ether” sont toujours aussi insupportables mais c’est, avec le choix du comédien principal, la seule faiblesse de la pièce.

Pour le reste, on est conquis.


“Mack and Mabel”

Southwark Playhouse, Londres • 4.8.12 à 15h
Musique & lyrics : Jerry Herman. Livret : Michael Stewart, révisé par Francine Pascal et Thom Southerland.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Mark Aspinall. Avec Norman Bowman (Mack Sennett), Laura Pitt-Pulford (Mabel Normand), Jessica Martin (Lottie Ames), Stuart Matthew Price (Frank Capra), Steven Serlin (Mr. Kessell), Richard J. Hunt (Fatty Arbuckle), Jody Ellen Robinson (Ella), Anthony Wise (Eddie), Peter Kenworthy (William Desmond Taylor), Jessica Buckby (Iris), Ryan Gover (Charlie), Paul Hutton (Freddie), Natalie Kent (Norma), Jonathan Norman (Wally), Nikki Schofield (Phyllis).

J’avais décrit en détail cette merveilleuse comédie musicale, initialement créée en 1974, à l’occasion de sa dernière (et globalement médiocre) production londonienne, en 2006. Personne ne conteste que Mack & Mabel possède l’une des plus somptueuses partitions du répertoire ; son problème a toujours été son livret, qui donne l’impression de s’enfoncer de plus en plus au fur et à mesure que la relation entre le réalisateur Mack Sennett et sa vedette Mabel Normand se distend et que Normand se dirige irrésistiblement vers sa mort tragique.

La plupart des metteurs en scène essaient de trouver un moyen de gommer la noirceur de cette fin… mais cela ne suffit pas à résoudre les discordances de ton qui rendent la direction de l’œuvre peu lisible. Le coup de génie de Thom Southerland — et il faut bien parler de génie, en l’occurrence, tant le procédé métamorphose la pièce — consiste à annoncer d’emblée la couleur : l’histoire de Mack & Mabel est bel et bien une tragédie… et elle est jouée comme cela dès la première seconde, dans une ambiance de film noir qui ne laisse aucun doute sur le fait que la fin ne sera pas un “happy ending”.

On pourrait s’attendre à ce que ce parti pris mette en porte-à-faux la partition de Jerry Herman, souvent considéré à tort comme un compositeur de bluettes bondissantes et sans profondeur. Erreur ! Les chansons de Herman contribuent superbement à la progression dramatique de la pièce… en partie parce que ses lyrics — cruellement mésestimés — sont d’une profondeur et d’une sensibilité souvent bouleversantes… mais aussi parce que Southerland fait preuve d’un instinct hors pair pour maximiser l’impact des numéros musicaux — j’ai été scié de voir comment il empêche “When Mabel Comes in the Room” ou “Tap Your Troubles Away”, deux chansons pleines d’énergie et d’optimisme, de casser l’arc dramatique de la pièce.

Southerland révèle enfin le chef d’œuvre qui sommeillait depuis presque 40 ans. Sa mise en scène, superbement maîtrisée, combine une forte vision globale et une grande attention au détail. Le tempo de chaque scène, de chaque réplique, semble calculé avec minutie. Les superbes lumières de Howard Hudson apportent une contribution cruciale à l’élaboration d’une vision forte et cohérente.

L’interprétation est magnifique. On ne peut qu’être subjugué par la sublime Mabel de Laura Pitt-Pulford, qui est un peu la fille naturelle de Louise Gold, Kim Criswell et Bernadette Peters. Face à elle, Norman Bowman est un Mack Sennett à la forte dimension tragique : il porte sur ses épaules une bonne partie de la vision du metteur en scène et il la conduit magnifiquement à son aboutissement déchirant.

La prise de son n’arrive pas à faire complètement oublier l’acoustique fortement réverbérante du lieu, une sorte de cave voûtée située directement sous les voies ferrées de la gare de London Bridge (malheureusement en sur-régime en cette période de Jeux Olympiques). Mais elle parvient à donner une clarté remarquable aux voix et aux dix magnifiques musiciens qui interprètent avec talent la fabuleuse partition de Jerry Herman.

J’imagine que Jerry Herman doit commencer à être un peu trop vieux pour venir voir cette production, mais il aurait pour une fois de bonnes raisons d’annoncer — comme il semble le faire invariablement à chaque nouvelle version — que Mack & Mabel a enfin trouvé sa voix… et sa voie.


“Brave” (3D)

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 2.8.12 à 22h20
Rebelle. Mark Andrews, Brenda Chapman & Steve Purcell (2012). Avec Kelly Macdonald (Merida), Billy Connolly (Fergus), Emma Thompson (Elinor), Julie Walters (The Witch), …

Ce n’est pas fréquent mais, pour une fois, le titre français de ce dernier Disney/Pixar semble plus adapté que son titre original.

Les critiques semblent s’être donné le mot pour saluer l’avènement de la princesse libérée des conventions. C’est oublier Pocahontas et une flopée d’histoires dont le ressort principal est généralement le non-conformisme de son héros ou de son héroïne : Cendrillon aurait-elle jamais rencontré le Prince charmant si elle n’avait pas pris son destin en main ?

Il y a quatre raisons principales de voir Brave :

  1. L’état sidérant des technologies qui permettant désormais de représenter l’eau, les cheveux, les fourrures, … avec un réalisme qui laisse bouche bée. Encore plus en 3D.
  2. L’un des meilleurs rôles de sorcière jamais écrits (avec Yzma dans The Emperor’s New Groove), interprété de manière irrésistible par Julie Walters.
  3. La langue un peu ancienne et les accents, dont on n’arrive jamais à décider s’ils sont écossais ou irlandais… en tout cas, ils sont truculents. (Je me demande bien comment la version française se débrouille de ce sujet.)
  4. Le merveilleux court-métrage intitulé La Luna qui, outre qu’il est fabuleusement onirique, illustre le concept fascinant de Space elevator, dont on entend beaucoup parler ces temps-ci.

Pour le reste, il faut bien reconnaître que l’histoire n’a rien d’exceptionnel et que la bande-son tire souvent du côté de la rengaine.