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Posts from April 2012

L’expo Matisse à Beaubourg

Centre Pompidou, Paris • 30.4.12

J’avoue être ressorti assez peu convaincu par ce travail de mise en parallèle de toiles censées se répondre, en général parce qu’elles traitent le même sujet ou s’inspirent de la même scène. Les œuvres exposées traversent une bonne partie de la carrière de Matisse et en proposent de ce fait une forme de résumé. Ce sont les “thèmes et variations”, des séries de dessins inspirés du même sujet, qui constituent l’étape la plus poignante de l’exposition. L’étonnant trait du peintre y est mis en valeur de fort belle manière — pour une fois, ce n’est pas la palette de couleurs qui retient le plus l’attention.


“Il Turco in Italia”

Het Muziektheater, Amsterdam • 29.4.12 à 13h30
Rossini (1814). Livret : Felice Romani.

Direction musicale : Carlo Rizzi. Mise en scène : David Hermann. Avec Alex Esposito (Selim), Olga Peretyatko (Donna Fiorilla), Renato Girolami (Don Geronio), Lawrence Brownlee (Don Narciso), Vito Priante (Prosdocimo), Silvia de la Muela (Zaida), Enea Scala (Albazar).

Quel régal, mais quel régal ! Quand Rossini est aussi bien traité, je n’ai aucune difficulté à m’enthousiasmer pour un univers pour lequel je n’ai pourtant pas d’affinité naturelle très forte.

La mise en scène de David Hermann est un triomphe d’inventivité et de justesse, qui réjouit tout particulièrement par sa capacité à s’appuyer sur la musique pour “porter” ses effets.

Fiorilla est une starlette inspirée par Audrey Hepburn, qui prend vie à partir d’un “graph”. De la même façon, Selim “sort” d’une affiche de film, dans lequel il joue un séducteur exotique à la Rudolf Valentino (et où il retournera à la fin en compagnie de Zaida). En habillant Geronio, Narciso et Prosdocimo de la même façon, Hermann en fait un formidable trio d’amoureux éperdus et donne au livret un degré de cohérence supplémentaire. Zaida et Albazar appartiennent à un clan de rebelles habillés de cuir, qui vivent dans une sorte de squat… qui se transformera à vue en hammam / fumoir pour le bal du deuxième acte (superbe décor de Christof Hetzer, les projections sont de Martin Eidenberger).

Prosdocimo ne reprend son rôle d’observateur / narrateur qu’occasionnellement, comme à la fin du premier acte, où il “appelle” l’ensemble des chanteurs à la face pour interpréter le vertigineux ensemble final devant le rideau, tandis que des projections complètement déjantées mais irrésistiblement drôles montrent Fiorilla et Zaida se livrer à un duel impitoyable en prenant les formes les plus inattendues : un transformer, Bambi, … tandis que la célèbre phrase “That’s all, folks” s’inscrit… avec un “not” opportunément inséré entre “That’s” et “all”. (À la fin du II, c’est bien sûr le mot “Fin” qui apparaît sur l’écran.)

La distribution confirme qu’il existe encore des chanteurs capables de rendre justice à Rossini — contrairement à ce qu’on pourrait penser à Paris. Alex Esposito est particulièrement enthousiasmant en Selim (il faisait pourtant partie de cette décevante Cenerentola parisienne), tandis qu’Olga Peretyatko est une Fiorilla exquise d’aisance et de clarté. Les chanteurs font tous montre d’une implication étonnante pour donner vie à une mise en scène pourtant très physique : les voir tous unis au service d’une vision manifestement partagée est l’un des plus grands plaisirs de la représentation.

Dans la fosse, l’orchestre du Nederlandse Opera joue magnifiquement sous la conduite de Carlo Rizzi, dont le seul défaut est de laisser s’installer quelques décalages dans les grands ensembles. Le solo de cor de l’ouverture est magnifique, tandis que le choix du pianoforte de préférence au clavecin pour le continuo se révèle particulièrement judicieux tant le timbre de l’instrument est chaleureux. (Le continuiste se permet une petite espiéglerie en introduisant la fameuse “sonnerie Nokia” dans son accompagnement à l’entrée en scène de Narciso.)

Aucune réserve : c’est un Turc magnifique, qui confirme l’excellente qualité des productions de l’Opéra d’Amsterdam.


“Grand Hotel”

Grand Hotel, Amsterdam • 28.4.12 à 20h15
Livret : Luther Davis. Musique et lyrics : George Forrest et Robert Wright. Musique et lyrics additionnels : Maury Yeston. Adaptation en néerlandais : Koen van Dijk.

Mise en scène : Ursul de Geer. Chorégraphie : Daan Wijnands. Direction musicale : Menno Theunissen. Avec Ad Knippels (Otto Krigelein), Jamai Loman (Baron Felix Von Gaigern), Trudi Klever (Elizaveta Grushinskaya), Jeske van de Staak (Flaemmchen), Nelleke Zitman (Raffaela), Boy Ooteman (Colonel-Doctor Ottenschlag), Tony Neef (Herman Preysing), Jasper van Dijk (Erik), …

Je devais voir la représentation de l’après-midi, mais mon Thalys est arrivé avec plus d’une heure de retard (sans explication et avec des excuses minimales — la ponctualité est exécrable sur cette ligne le week-end, je ne sais pas pourquoi je m’obstine à vouloir prendre le train). Les organisateurs m’ont gentiment proposé de me reporter sur la représentation du soir, bien qu’il s’agît de la première et que je fusse dans l’impossibilité de me conformer au dress code qui suggérait le black tie. Cela m’a obligé à tirer un trait sur la représentation initialement prévue pour la soirée — une production locale de la comédie musicale Next to Normal… mais entre Grand Hotel et Next to Normal, mon cœur ne balance pas.

La particularité de cette production de Grand Hotel est d’être présentée dans la sublime salle du conseil de ce qui est devenu le Grand Hotel d’Amsterdam (aujourd’hui un Sofitel), une merveille du 16ème siècle recouverte de panneaux de bois précieux. Grand Hotel au Grand Hotel, il suffisait d’y penser. La salle n’est pas à proprement parler un théâtre, mais elle se prête bien à cet usage puisqu’elle est dotée d’une grande estrade pouvant faire office de scène… et que le metteur en scène a fort opportunément décidé d’utiliser toute la salle, en faisant jouer la pièce un peu partout autour du public.

J’aime beaucoup Grand Hotel, dont la partition exquise est due en partie à Wright & Forrest et en partie au génial Maury Yeston. Le petit orchestre de quatre musiciens, en formation jazz band, est un plaisir à écouter. Il fournit également des underscores pendant les scènes, ce qui contribue à bâtir une atmosphère assez irrésistible.

La distribution est remarquable. Les excellents comédiens (mention spéciale au Krigelein génial de Ad Knippels) sont aussi pour la plupart de très bons chanteurs. La mise en scène, très rythmée, sans temps mort, fonctionne à merveille… et la qualité de la prise de son, d’une discrétion totale tout en étant parfaitement spatialisée, laisse rêveur quand on entend ce qu’on nous sert dans certaines salles.

Le fait de faire jouer les deux Jimmy par des comédiens blancs maquillés en blackface (le visage recouvert de maquillage noir) serait inimaginable aux États-Unis, mais ce n’est manifestement pas un problème aux Pays-Bas.

J’ai maintenant eu la chance de voir Grand Hotel à Chicago, à Londres (deux fois), à Munich et à Amsterdam. Il me tarde de trouver la prochaine production.


Concert Orchestre de Paris / Eschenbach à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 26.4.12 à 20h
Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach

Mozart : symphonies n° 39, 40 et 41

L’idée était séduisante, mais la réalisation, peu convaincante. Je n’aime pas le Mozart d’Eschenbach : emprunté, précieux, lymphatique, dénervé, allégé à en perdre sa substance, lent à en perdre son âme. Les répétitions strictement identiques sont épuisantes. L’Orchestre de Paris n’est pas l’Orchestre de Chambre de Paris : lui aussi y perd son âme.

 


“Die Walküre”

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 24.4.12 à 18h
Wagner (1870)

Orchestre du Bayerische Staatsoper, Kent Nagano. Avec Lance Ryan (Siegmund), Anja Kampe (Sieglinde), Thomas J. Mayer (Wotan), Nina Stemme (Brünnhilde), Ain Anger (Hunding), Michaela Schuster (Fricka), Danielle Halbwchs (Gerhilde), Erika Wueschner (Helmwige), Heike Grötzinger (Waltraute), Anaïk Morel (Schwertleite), Golda Schultz (Otlinde), Roswitha C. Müller (Siegrune), Okka von der Damereau (Grimgerde), Alexandra Petersamer (Rossweisse).

Le Théâtre des Champs-Élysées poursuit son cycle d’opéras de Wagner en concert en invitant le Bayerische Staatsoper (où je me trouvais il y a trois jours) à présenter sa nouvelle production de Die Walküre en version concert.

C’est globalement une expérience électrisante, même si Kent Nagano fait preuve d’une agitation qui pénalise pas mal le premier acte. Le tempo auquel il attaque le prélude le prive de son charme pourtant si fort, d’autant que les Munichois ne sont pas des musiciens très subtils. Par la suite, il entraîne la représentation dans une frénésie permanente qui aurait pu causer des déraillements. Il est d’ailleurs frappant de voir que ses indications gestuelles ne servent pratiquement qu’à marquer des accents. C’est à cause de chefs comme lui que la musique de Wagner a la réputation d’être martiale, voire brutale.

Par miracle, les chanteurs tiennent bon et c’est l’effet inverse qui se produit : la tension monte, monte, monte pendant cinq heures… au point qu’on finit dans une forme d’ivresse parfaitement succulente, sans jamais se départir de la curieuse impression de se trouver au bord d’un précipice.

Le réel maillon faible de la représentation est le désormais incontournable Lance Ryan, (trop) souvent distribué en Siegfried, et que j’avais déjà vu en Siegmund à Shanghai. Puissance mal contrôlée, vibrato large et au départ aléatoire, timbre instable… Ryan a surtout le défaut de manquer de style. Il sait comment attirer les applaudissements avec des “Wälse” spectaculaires et quelques autres notes tenues bien choisies, mais il me tardait de le voir disparaître à la fin du deuxième acte.

Pour le reste : que du bonheur.

C’est Nina Stemme qui sort en grande triomphatrice de ce concert grâce à une Brünnhilde éblouissante à tous égards, encore plus aboutie qu’à San Francisco. Stemme combine parfaitement puissance et subtilité. C’est une musicienne hors pair… et je suis encore sidéré de n’avoir entendu aucune faiblesse (à part un faux départ) dans la dernière ligne droite tant elle s’est donnée corps et âme dès le premier hojotoho. Il me tarde de la retrouver en juillet à Munich, où elle sera la Brünnhilde de Götterdämmerung (le Bayerische Staatsoper ayant la bonne idée de distribuer trois Brünnhilde différentes pour ses cycles estivaux, on peut espérer que chacune sera au sommet de ses moyens).

J’avoue ensuite une faiblesse immense pour la Fricka de Michaela Schuster — un rôle dans lequel je l’avais déjà vue à Vienne. Il est vrai que j’adore la Fricka de Walküre, un rôle d’une richesse étonnante, magnifiquement écrit, qui passe par tous les états possibles : humiliation, colère, dignité blessée, triomphe, … Du coup, j’ai tendance à aimer toutes les Fricka, mais Michaela Schuster fait cadeau à son personnage d’un véritable talent de comédienne… et c’est un régal.

Je n’avais pas trouvé la Sieglinde d’Anja Kampe totalement convaincante à Washington et à San Francisco. Kampe semble avoir réussi à se détendre suffisamment pour que sa prestation gagne en aisance et en fluidité, malgré une nervosité toujours visible. Du coup, elle propose une prestation magnifique, en particulier dans ses dernières mesures, très difficiles, que peu de chanteuses arrivent à autant valoriser.

Thomas J. Mayer est, comme à Bastille, un Wotan solide. C’est sans doute celui des chanteurs qui a le plus souffert de l’espèce d’échauffement général. Il a néanmoins réussi à tenir la distance — et à tenir tête de manière crédible à la Brünnhilde déchaînée de Nina Stemme —, malgré le voile qui devenait de plus en plus audible dans sa voix au troisième acte.

Sublime Hunding, enfin, d’un Ain Anger déjà vu dans ce rôle à Vienne, et qui change en or tous les rôles qu’il touche : Philippe II, Fafner, Gremin, …

Je rigole autant que je fulmine en entendant un spectateur dire ironiquement “la mise en scène est meilleure qu’à Bastille” — c’est une version concert. S’il savait à quoi ressemble la mise en scène d’Andreas Kriegenburg présentée à Munich, il se serait sans doute abstenu.


“Parsifal”

Staatsoper Hamburg, Hambourg • 22.4.12 à 16h
Wagner (1882)

Direction musicale : Simone Young. Mise en scène : Robert Wilson. Avec Nikolai Schukoff (Parsifal), Yvonne Naef (Kundry), Peter Rose (Gurnemanz), Andrzej Dobber (Amfortas), Antonio Yang (Klingsor), Wilhelm Schwinghammer (Titurel), …

L’Opéra de Hambourg a dû largement amortir cette production créée en 1991, typique de l’esthétique de Robert Wilson… une approche visuelle qui fonctionne à merveille compte tenu du caractère quasiment liturgique de Parsifal. Wilson fait partie de ces metteurs en scène qui associent Kundry à Herzeleide, la mère de Parsifal, ainsi qu’Amfortas à Klingsor.

S’agissant d’une énième reprise présentée un dimanche après-midi devant une salle pas totalement pleine, on ne s’attend pas nécessairement à autant de beautés sonores. Et pourtant, Simone Young propose une très belle lecture tout en rondeurs de la partition de Wagner, un peu dans le même esprit que Kazushi Ono à Lyon.

Le principal défaut du plateau est de n’embrasser la mise en scène que trop timidement. On retrouve avec plaisir le Parsifal de Lyon, Nikolai Schukoff, qui fatigue malheureusement un peu dans la dernière ligne droite. Solide Kundry très intense d’Yvonne Naef, déjà vue dans le rôle à Zurich — elle a du mérite car elle passe une bonne partie de la représentation couchée sur la scène.

Peter Rose est tellement effacé dans son approche de Gurnemanz qu’on n’accroche pas complètement au début. Mais l’interprétation est ensuite tellement régulière et soignée qu’on tombe sous le charme et que c’est lui qui, dans le dernier acte, domine la scène de son autorité tranquille. Très beau Klingsor d’Antonio Yang et solide Amfortas d’Andrzej Dobber (si c’était bien lui… il y a eu une longue annonce avant la représentation dans laquelle je n’ai saisi que le nom d’Amfortas).


“Turandot”

Bayerische Staatsoper, Munich • 21.4.12 à 19h30
Puccini (1926). Livret : Giuseppe Adami & Renato Simoni.

Direction musicale : Dan Ettinger. Mise en scène : Carlus Padrissa (la Fura dels Baus). Avec Jennifer Wilson (Turandot), Johan Botha (Calaf), Eri Nakamura (Liù), Alexander Tsymbalyuk (Timur), Fabio Previati (Ping), Kevin Conners (Pang), Emanuele D’Aguanno (Pong), Ulrich Reß (Altoum), …

Je suis en général assez emballé par ce que concoctent les compères de la Fura dels Baus, mais ce Turandot de Carlus Padrissa (l’artisan du Ring dont j’ai vu le Rheingold à Florence, puis le Siegfried et le Götterdämmerung à Valence) frôle occasionnellement la ligne jaune.

Il y a pourtant abondance d’images superbes, notamment un dispositif ingénieux illustrant la multitude d’âmes esseulées assistant sans vraiment être présentes aux complaintes de Liù dans le premier acte et de Calaf dans le troisième ; ou encore la nappe étonnamment belle constituée de la multitude des têtes coupées des prétendants de Turandot, qui sert de toile de fond au tableau de Ping, Pang et Pong ; ou surtout la mise en scène assez inoubliable de la mort de Liù, sur laquelle s’achève cette production.

J’ai aussi beaucoup aimé le fait que la passerelle sur laquelle se trouve Turandot pendant que Calaf répond aux trois énigmes descende brusquement d’un cran chaque fois que ce dernier donne une bonne réponse.

Mais Padrissa en rajoute trop, peut-être entraîné malgré lui dans cette patrie du Regietheater, l’Opéra de Munich étant aussi progressiste sur le plan des mises en scène que son public semble conservateur dans son attitude et son accoutrement.

On ne sait pas très bien ce qui a inspiré à Padrissa ce décor de patinoire sauce manga ou jeux vidéos, globalement plus japonais que chinois, dans lequel les références à l’Asie sont une accumulation de poncifs ressassés — par moments, on dirait du Robert Wilson qui aurait mal tourné sous l’influence d’une drogue psychédélique. On se dit que Padrissa, d’une certaine façon, ne fait peut-être que rendre hommage de manière décalée aux productions passées de Turandot, qui accumulent généralement les images clinquantes aussi génériques qu’inertes sur le plan dramatique.

La scène d’ouverture donne l’impression de sortir tout droit de Starlight Express, la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber dans laquelle les comédiens sont chaussés de patins à roulettes. Et la mise en scène de “Nessun dorma” ressemble furieusement à un extrait de Miss Saigon.

Certaines séquences font appel à des animations en 3D : le public est alors invité à chausser des lunettes adaptées par une icone qui apparaît dans les surtitres et par deux figurants qui viennent sur le devant de la scène pour donner l’exemple. Elles sont plutôt réussies (notamment pendant la mort de Liù), mais elles distraient trop de l’action pour être totalement satisfaisantes.

La représentation est malheureusement assez décevante sur le plan musical. Jennifer Wilson et Johan Botha offrent des prestations marmoréennes et des voix fatiguées, misant tout sur leur capacité à tenir puissamment leurs aigus pour obtenir l’adhésion du public. Eri Nakamura n’a pas les moyens de Liù — sa prestation approche le zéro absolu sur l’échelle de l’intensité dramatique. Ping, Pang et Pong chantent faux — du moins, l’un d’entre eux chante suffisamment faux pour que le trio soit bancal.

Quant à Dan Ettinger, malgré des moments plutôt inspirés, il a trop tendance à voir le monde à l’aune de deux nuances extrêmes : fortissimo et pianissimo. Je ne suis pas sûr que l’on prenne Puccini très au sérieux en Bavière.


Concert Orchestre Philharmonique de Radio-France / Dudamel à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 20.04.12 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Gustavo Dudamel

Brahms :
– symphonie n° 2
– symphonie n° 4

Une semaine après un premier concert assez éblouissant, le Philharmonique de Radio-France achève son intégrale des symphonies de Brahms en compagnie du chef vénézuélien.

L’orchestre est, cette fois encore, comme métamorphosé. Dudamel semble posséder un talent quasiment magique pour fédérer les énergies des musiciens au service d’une vision qui traduit une maturité qu’il ne possédait pas il y a encore quelques années.

Une telle entente est rare et particulièrement émouvante à observer. Le public ne s’y est pas trompé, qui a réservé aux musiciens une très belle ovation aussi enthousiaste que méritée.


Concert Berlin Staatskapelle / Barenboim à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 18.4.12 à 20h
Staatskapelle Berlin, Daniel Barenboim

Mozart : concerto pour piano n° 24 (Barenboim, piano)
Bruckner : symphonie n° 7

Ce concert m’a convaincu un peu plus du bien-fondé d’une théorie que j’élabore depuis quelque temps au sujet des chefs d’orchestre, qui me semblent se répartir entre ceux qui favorisent la gratification instantanée et totale et ceux qui, au contraire, cherchent à faire monter la tension progressivement pour rendre les climax d’autant plus intenses et jubilatoires. (C’est, par exemple, ce qui oppose un Thielemann à un Gatti dans l’approche de Parsifal.)

La comparaison avec un enregistrement de la septième de Bruckner par Karl Boehm à la tête du Philharmonique de Vienne suggère que Barenboim fait clairement partie de la première catégorie. Il lâche tout, tout de suite, avec un instinct cependant très sûr. Le résultat est un déferlement admirable de vagues sonores brillantes, qui présente cependant le défaut de peu respirer et d’apparaître un peu compact, parfois à la limite de l’indigestion.


“Nixon in China”

Théâtre du Châtelet, Paris • 16.4.12 à 20h
John Adams (1987). Livret : Alice Goodman.

Orchestre de chambre de Paris, Alexander Briger. Mise en scène : Chen Shi-Zheng. Avec Franco Pomponi (Richard Nixon), June Anderson (Pat Nixon), Peter Sidhom (Henry Kissinger), Alfred Kim (Mao Zedong), Sumi Jo (Madame Mao), Kyung Chun Kim (Chou En-Lai), Sophie Leleu, Alexandra Sherman, Rebecca de Pont Davies (les Secrétaires de Mao).

Une très belle production de cet opéra historique de John Adams. La mise en scène, au début, fait pas mal penser à celle de Peter Sellars vue au Met l’année dernière, mais elle prend à partir du deuxième acte une direction un peu différente et plutôt convaincante, même si elle échoue tout autant que celle de Sellars à contextualiser les curieuses réminiscences du troisième acte.

Globalement, les interprètes mettent magnifiquement en valeur les couleurs changeantes de la partition. L’Orchestre de chambre de Paris se révèle étonnamment à l’aise dans ce répertoire, et l’on apprécie tout particulièrement la prestation des nombreux clarinettistes, lourdement mis à contribution par le compositeur. La musique devient de plus en plus sublime au fil des deuxième et troisième actes, ce qui permet à la représentation de s’achever sur un réel sentiment d’exaltation.

Sur scène aussi les prestations sont de très bon niveau, à commencer par les deux “doyennes” June Anderson et Sumi Jo, dans les rôle respectifs de Madame Nixon et de Madame Mao. C’était assez touchant de voir June Anderson aussi tendue, comptant les temps en surveillant le chef du coin de l’œil, mais sa Pat Nixon est irréprochable et d’une considérable intensité.


“The Yeomen of the Guard”

Royal Festival Hall, Londres • 15.4.12 à 15h
Arthur Sullivan (1888). Livret : William Schwenck Gilbert.

Philharmonia, John Wilson. Mise en scène : Simon Butteriss. Avec Steven Page (Sir Richard Cholmondely), Oliver White (Colonel Fairfax), Bruce Graham (Sergeant Meryll), Alexander Sprague (Leonard Meryll), Simon Butteriss (Jack Point), Richard Angas (Wilfred Shadbolt), Sarah Fox (Elsie Maynard), Heather Shipp (Phoebe Meryll), Jill Pert (Dame Carruthers), Rebecca Moon (Kate).

Quel plaisir d’entendre l’une des plus belles opérettes de Gilbert & Sullivan interprétée d’aussi belle manière ! The Yeomen of the Guard date de l’époque où Sullivan souhaitait laisser le souvenir d’un “grand” compositeur et il a soigné sa partition encore plus qu’à l’accoutumée, utilisant magnifiquement le deuxième basson et le troisième trombone qu’il avait obtenus de son producteur et allant exceptionnellement jusqu’à composer lui-même une sublime ouverture en forme sonate plutôt que de laisser un collaborateur réaliser l’habituel pot-pourri d’extraits de la partition.

John Wilson, que l’on avait déjà croisé récemment dans Gilbert & Sullivan avec Ruddigore, dirige l’excellent Philharmonia avec son talent habituel, tandis qu’on se régale de l’interprétation inspirée d’une distribution irréprochable de comédiens/chanteurs parfaitement dirigés par Simon Butteriss. C’est que, contrairement aux habituelles présentations en version concert, celle-ci est complètement mise en scène, et les interprètes sont en costume. Un régal.


“Wonderful Town”

The Lowry (Lyric Theatre), Manchester • 14.4.12 à 19h30
Musique : Leonard Bernstein (1953). Livret : Joseph Fields et Jerome Chodorov. Lyrics : Betty Comden et Adolph Green.

Mise en scène : Braham Murray. The Hallé Orchestra, Sir Mark Elder. Avec Connie Fisher (Ruth Sherwood), Lucy van Gasse (Eileen Sherwood), Michael Xavier (Robert Baker), Nic Greenshields (Wreck), Haydn Oakley (Frank Lippencott), TIffany Graves (Helen Wade), Sévan Stephan (Mr Appopoulous), Paul Hawkyard (Officer John Lonigan), Michael Matus (Speedy Valenti), Annette Yeo (Mrs. Wade), Joseph Alessi (Chick Clark)…

Curieuse journée : après que la désorganisation habituelle d’Aéroports de Paris m’a valu de manquer mon vol pour Manchester, j’ai fini par décider de faire quand même le voyage en train, même si cela ne me permettait pas d’assister au spectacle prévu l’après-midi, la nouvelle tournée de Phantom of the Opera, dont les échos sont dithyrambiques. C’est que j’avais également un billet pour voir une production de l’un des chefs d’œuvre de Leonard Bernstein, Wonderful Town, également destinée à partir en tournée après les représentations de Manchester.

Quelle surprise, dans ces circonstances, de trouver autant de musiciens dans la fosse en entrant dans le théâtre : une bonne quarantaine, d’après mes estimations. Surprise encore plus grande de voir arriver l’immense Sir Mark Elder pour diriger l’orchestre, dont j’ai compris à ce moment-là qu’il s’agissait en réalité du Hallé Orchestra, régulièrement classé parmi les dix meilleurs orchestres mondiaux.

Ce n’est qu’en lisant le programme après la représentation que j’ai compris : le Hallé assurait les deux premières semaines de représentations, celle à laquelle j’assistais étant la dernière de la série. À partir de la représentation suivante, c’est une formation réduite de dix-sept musiciens qui prend le relais… et c’est dans cette configuration que la production poursuivra ensuite sa tournée.

Une journée qui commençait mal s’est donc terminée en un feu d’artifice éblouissant. Je ne pense pas que la chair de poule m’ait jamais quitté tant la musique était somptueuse. Quel plaisir, aussi, de voir les musiciens prendre un plaisir aussi tangible ; certains applaudissaient même les numéros musicaux. Et comme c’était leur dernière représentation, ils se sont permis quelques petites fantaisies, comme ces maracas qui sont apparues du côté du hautbois et du basson lors de la musique de sortie.

La musique de sortie fut d’ailleurs bissée par les spectateurs restés dans la salle. C’était la première fois que je voyais cela se produire… et ça m’a bien sûr rempli de joie.

La production est par ailleurs extrêmement solide. Elle rappelle beaucoup la dernière reprise à Broadway en 2003. La chorégraphie de l’excellent Andrew Wright ajoute une touche de fantaisie pleine d’invention, parfaitement dans le ton. L’excellente distribution est dominée par Connie Fisher (The Sound of Music, They’re Playing Our Song), qui révèle un réel talent pour la comédie, presque aussi irrésistible que la géniale Donna Murphy à Broadway. On y retrouve avec plaisir des comédiens attachants comme Tiffany Graves (Sweet Charity), Michael Xavier (Love Story, Soho Cinders) ou Michael Matus (Lend Me a Tenor, The Baker’s Wife).

Irrésistible.


Concert Orchestre Philharmonique de Radio-France / Dudamel à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 13.4.12 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Gustavo Dudamel

Brahms :
– symphonie n° 3
– symphonie n° 1

J’avoue n’avoir profité de la troisième symphonie que par intermittence compte tenu de la fatigue de la semaine, mais elle m’a semblé un peu plate malgré un joli son galbé et coloré, tout en rondeurs.

La première symphonie fut, par contraste, une expérience sublime. La conduite de Dudamel, qui évite soigneusement les effets trop faciles, notamment dans le deuxième mouvement, où la régularité du tempo fait des merveilles par rapport à des interprétations plus enclines à se laisser aller au rubato. La légèreté d’ensemble (magnifiques pizzicati aux cordes) contribue également à éviter de tomber dans l’emphase, dans une Salle Pleyel à l’acoustique un peu plus empâtée que d’habitude. Le résultat est d’autant plus magnifique que l’osmose entre le chef et les musiciens semble totale : les traits somptueux succèdent aux traits somptueux (très jolie prestation du côté des cors, notamment).


“Parsifal”

Staatsoper, Vienne • 8.4.12 à 17h30
Wagner (1882)

Direction musicale : Christian Thielemann. Mise en scène : Christine Mielitz. Avec Simon O’Neill (Parsifal), Angela Denoke (Kundry), Kwangchul Youn (Gurnemanz), Falk Struckmann (Amfortas), Wolfgang Bankl (Klingsor), Andreas Hörl (Titurel), …

Un Parsifal assez éblouissant.

Ayant la chance d’être assis au premier rang, je me concentre tout particulièrement sur les cors, les clarinettes et les harpes qui sont juste devant moi. Bruits permanents de quincaillerie du côté des cors, qui passent leur temps à démonter et à remonter leur instrument pour le purger. Le corniste solo du premier acte disparaît au premier entracte pour laisser la place à un autre musicien qui n’était pas présent auparavant : je me demande si c’est une façon de se répartir l’effort pour ne pas finir épuisé ou s’il y a une interférence avec le planning des Philharmoniker. En tout cas, on y gagne en musicalité à partir du deuxième acte.

Plus de décontraction du côté des clarinettes, qui font leur planning de la semaine à venir pendant les pauses. L’une des pages de la partition de clarinette 3 est ornée d’une délicieuse caricature de chef bedonnant : je ne suis pas complètement sûr que ce soit Thielemann, mais ce n’est pas impossible.

Il n’y a quasiment qu’à Vienne que l’on surprend ces regards appréciatifs que se lancent les musiciens lorsqu’ils trouvent une prestation réussie. Les chefs de pupitres ont aussi tendance à féliciter leurs collègues lorsqu’ils ont pris en charge un solo délicat. Comme la fosse est très peu profonde, les musiciens s’intéressent aussi régulièrement à ce qui se passe sur scène… et on note un intérêt tout particulier lorsque la Kundry d’Angela Denoke fait son apparition avec un sein dénudé.

Thielemann impulse une interprétation magnifique, dans un style très différent de celui de Gatti — beaucoup plus “rond”, avec moins de ruptures. Je suis mal placé pour juger des équilibres compte tenu de ma proximité des cors, mais la musique est d’une lumineuse beauté. Je suis impressionné par l’intensité de l’attention que porte Thielemann à tout ce qui se passe dans l’orchestre et par son regard qui passe de pupitre en pupitre pour communiquer ses intentions. Le résultat de cette conduite est d’autant plus miraculeux que certains musiciens donnent au contraire l’impression de ne jamais regarder le chef.

La mise en scène de Christine Mielitz est un salmigondis visuel sans doute d’autant plus difficile à déchiffrer qu’il s’agit d’une énième reprise vraisemblablement répétée à la va-vite sous la direction d’un assistant d’assistant qui n’a peut-être jamais vu l’original. On apprécie néanmoins l’utilisation des ascenseurs de la scène pour réaliser quelques effets visuellement réussis. Distribution solide et globalement de très bon niveau, dont se distinguent l’Amfortas magnifique de Falk Struckmann et, surtout, le Gurnemanz décidément sublime de Kwangchul Youn.

 


“The Recruiting Officer”

Donmar Warehouse, Londres • 7.4.12 à 19h30
George Farquhar (1706)

Mise en scène : Josie Rourke. Avec Tobias Menzies (Captain Plume), Nancy Carroll (Silvia), Mackenzie Crook (Sergeant Kite), Mark Gatiss (Captain Brazen), Nicholas Burns (Mr. Worthy), Rachael Stirling (Melinda), Kathryn Drysdale (Lucy), Aimee-Ffion Edwards (Rose / Mary), Gawn Grainger (Justice Balance), Tom Giles, Chris Grahamson, Peter Manchester, Matthew Romain, Stuart Ward.

Alors que le National Theatre présente She Stoops to Conquer, c’est une autre pièce d’un auteur irlandais du 18ème siècle qui est à l’affiche du petit Donmar Warehouse. The Recruiting Officer est une pièce typique du genre de la “Restoration comedy”, qui se distingue notamment par des personnages archétypaux : le libertin, le dandy efféminé, l’homme d’esprit, etc.

C’est une production extrêmement soignée qui est présentée au Donmar par la nouvelle directrice artistique des lieux, dans un esprit proche des conditions de représentation de l’époque, même si je dois avouer avoir ressenti une certaine nervosité en voyant le nombre de bougies présentes dans la salle (environ 400 en tout, d’après mes estimations).

La qualité d’interprétation est superbe, et l’humour fait mouche à tout coup. Je dois reconnaître avoir été légèrement moins enthousiasmé par les intermèdes musicaux, mais uniquement par manque d’affinité avec le style musical à tendance hautement folklorique.


“The King’s Speech”

Wyndham’s Theatre, Londres • 7.4.12 à 14h30
David Seidler

Mise en scène : Adrian Noble. Avec Charles Edwards (Bertie, King George VI), Jonathan Hyde (Lionel Logue), Emma Fielding (Queen Elizabeth), Charlotte Randle (Myrtle Logue), Joss Ackland (King George V), Ian McNeice (Winston Churchill), Michael Feast (Cosmo Lang, Archbishop of Canterbury), Daniel Betts (David, King Edward VIII), David Killick (Stanley Baldwin), Lisa Baird (Wallis Simpson), Jeremy Bennett, David Morley Hale, Adam Lilley.

Avant de devenir un scénario de film, The King’s Speech avait été conçu par son auteur, David Seidler, comme une pièce de théâtre, au terme d’un processus de recherche et de gestation assez long… retardé en particulier parce que la Reine Elizabeth, mère de la Reine Elizabeth II, avait demandé que les détails concernant son mari le Roi George VI ne soient pas révélés de son vivant.

Maintenant que le film a connu un joli succès, l’œuvre retrouve sa destination originale : le théâtre. On y retrouve l’humour et l’émotion qui faisaient la force du film, avec une distribution impeccable, qui parvient à donner vie aux personnages sans donner l’impression de reproduire servilement les scènes du film.

Adrian Noble donne une fluidité cinématographique à la mise en scène grâce à un dispositif scénique très simple constituté d’une tournette séparée en deux par une cloison tour à tour opaque ou transparente. Quelques extraits de films d’actualité d’époque contribuent à planter le décor… tandis que c’est à Elgar, bien entendu, que revient l’honneur d’accompagner l’émouvante scène finale.


“Architecture Tour” au Barbican

7.4.12 à 11h

Outre le “Hidden Barbican Tour”, une passionnante visite architecturale consacrée à cet ensemble architectural hors du commun est proposée par le Barbican Centre. C’est en 1955 que la décision a été prise (par l’administration de la City of London) de construire des logements sur une zone largement détruite par les bombardements allemands. Il s’agissait principalement d’encourager certains salariés de la City à habiter à proximité de leur lieu de travail. La construction des logements a duré de 1963 à 1976 environ, tandis que celle du Barbican Centre, démarrée plus tard, s’est achevée en 1982. L’architecture de type “brutaliste” doit beaucoup à Le Corbusier et à la Cité radieuse. Les logements sont aujourd’hui très courus ; pour partie, ils sont toujours occupés par les habitants originels. Et, contrairement à d’autres ensembles du quartier (comme le Golden Lane Estate voisin, conçu par les mêmes architectes), ils n’ont jamais eu de vocation sociale.

Passionnante conférence très claire et très informative, doublée d’une grande promenade sur les lieux, où subsistent ça et là quelques vestiges antérieurs. Vers la fin, on pénètre dans un tunnel de maintenance dans lequel sont conservés des échantillons de toutes les idées envisagées pour la finition des façades avant que le choix ne s’arrête sur ce bêton patiemment travaillé à la main pour lui donner cette finition rugueuse rythmée par les éclats de granit. Certains choix, comme ces carreaux de marbre blanc, auraient donné une toute autre apparence aux bâtiments. Pas sûr qu’ils auraient très bien vieilli…


“Sweeney Todd”

Adelphi Theatre, Londres • 6.4.12 à 19h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Jonathan Kent. Direction musicale : Nicholas Skilbeck. Avec Michael Ball (Sweeney Todd), Imelda Staunton (Mrs. Lovett), Luke Brady (Anthony), Lucy May Barker (Johanna), James McConville (Tobias), John Bowe (Judge Turpin), Peter Polycarpou (Beadle Bamford), Robert Burt (Pirelli), Gillian Kirkpatrick (Beggar Woman), …

La production que j’ai vue il y a quelques mois à Chichester s’est installée dans le West End, comme on pouvait s’y attendre. Le magnifique décor d’Anthony Ward est moins impresionnant “coincé” dans la cage de scène d’un théâtre à l’italienne, mais il conserve une certaine efficacité.

La distribution est strictement identique à celle que j’avais vue à Chichester, mais l’écart entre les deux vedettes et le reste des comédiens s’est creusé. Michael Ball et Imelda Staunton sont irrésistibles d’humour et d’intensité. À part l’excellent Peter Polycarpou, je trouve les seconds rôles globalement assez peu à leur place sur une scène du West End. Leurs prestations ne sont pas indignes, mais la partition de Sondheim mériterait d’être mieux traitée, notamment dans les ensembles à plusieurs voix, qui ne sont pas du tout au point. J’ai entendu de bien meilleurs interprètes d’Anthony, de Johanna, de Tobias, du Juge, de Pirelli, …


L’exposition David Shrigley à la Hayward Gallery

Hayward Gallery, Londres • 6.4.12

David Shrigley est connu pour son humour décalé, ses petites vignettes sentencieuses (que l’on rencontre parfois sous forme animée), ses objets détournés ou au contraire affublés d’indications redondantes (la porte sur laquelle figure l’inscription “door”). L’œuvre qui illustre l’affiche de l’exposition est irrésistible : il s’agit d’un chien naturalisé debout sur ses pattes arrière et qui tient un écriteau proclamant “I’m dead”, un peu comme s’il participait à une manifestation. J’aime aussi beaucoup cette pierre tombale sur laquelle figure une liste de course gravée comme une épitaphe : “bread, milk, cornflakes, …”

Parmi les grandes séries de dessins que l’on découvre l’un après l’autre avec gourmandise, on tombe sur une référence au Titanic. C’est d’actualité.


“Titanic” en 3D

BFI Imax, Londres • 6.4.12 à 10h20
James Cameron (1997). Avec Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Billy Zane, Kathy Bates, Frances Fisher, Gloria Stuart, …

J’avoue que je n’avais en tête que des imges un peu décousues du film de James Cameron… mon souvenir le plus précis étant que j’avais été obligé de sortir pendant le naufrage pour soulager ma vessie. Aucun risque que cela se reproduise puisque le film est ici présenté avec un entracte… ce qui fait quand même une séance de quatre heures au total.

Je fais partie des quelques illuminés qui aiment vraiment beaucoup la 3D, surtout lorsqu’elle utilisée aussi intelligemment. James Cameron ne s’est autorisé aucun effet inutilement spectaculaire : il s’est contenté d’ajouter de la profondeur aux scènes, de manière tellement subtile qu’on en oublie régulièrement qu’on est en train de regarder une image en 3D… une image par ailleurs vraiment magnifique. On regrette seulement que les quelques passages où les effets CGI sont un peu trop rudimentaires — notamment quelques survols du bateau où l’on voit des passagers s’affairer sur les ponts — n’aient pas été retravaillés pour l’occasion.

La redécouverte du film constitue plutôt une bonne surprise. Son plus gros défaut, à mon sens, est le personnage caricatural interprété par Billy Zane : on voit mal pourquoi Rose hésiterait à quitter cet homme rustre et violent. L’autre défaut, évidemment plus subjectif, c’est qu’il faut se forcer un peu pour trouver Kate Winslet séduisante avec ses traits grossiers — la version centenaire de Rose Dawson, interprétée par Gloria Stuart, a infiniment plus de charme.