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Posts from January 2012

“La Cerisaie”

Palais-Garnier, Paris • 30.1.12 à 19h30
Musique : Philippe Fénelon. Livret : Alexei Parine, d’après la pièce de Tchekhov.

Direction musicale : Tito Ceccherini. Mise en scène : Georges Lavaudant. Avec Elena Kelessidi (Liouba), Marat Gali (Lionia), Alexandra Kadurina (Gricha), Ulyana Aleksyuk (Ania), Anna Krainikova (Varia), Igor Golovatenko (Lopakhine), Mischa Schelomianski (Charlotta), Svetlana Lifar (Douniacha), Alexey Tatarintsev (Iacha), …

J’ai beaucoup dormi pendant cette représentation… mais j’en étais sans doute le premier responsable.

Pendant mes moments d’éveil, j’ai été frappé par la curieuse manière dont les auteurs (compositeur, librettiste, décorateur, metteur en scène) se sont approprié la redoutable mélancolie tchékhovienne : au lieu de l’enraciner dans le sol dont elle est si manifestement issue, ils la laissent se sublimer en une sorte de rêverie intemporelle et sans attache. (On s’attendrait presque à voir débarquer le Capitaine Kirk et un détachement de l’USS Enterprise, partis à la découverte d’une nouvelle planète mystérieuse d’un système solaire à moitié oublié dans le 429ème épisode de Star Trek.) Or Tchekhov résiste mal à l’état gazeux. Ses personnages, même s’ils sont généralement des êtres de pensée plus que d’action, n’en sont pas moins des produits d’un lieu et d’une époque. Les priver de cette matrice, c’est les transformer en ectoplasmes insaisissables, à la dérive dans un univers ésotérique.  

D’autant que le livret semble bien déstructuré : l’action démarre avec l’annonce de Lopakhine se dévoilant comme l’acquéreur du domaine, qui se situe normalement à la fin du troisième acte.

La musique est plaisante. Un peu monocorde — surtout dans le premier acte —, elle s’anime régulièrement de belle manière, mais sans que l’on saisisse toujours très bien les ressorts dramatiques de ces emballements.

Belle distribution, très engagée, dont j’admire la capacité à mémoriser des rôles dont l’écriture musicale est pour le moins déroutante.


“Children of Eden”

Prince of Wales Theatre, Londres • 29.1.12 à 19h
Musique & lyrics : Stephen Schwartz. Livret : John Caird.

Mise en scène : Drew Baker. Direction musicale : Paul Frankish. Avec Anton Stephans (Father), Oliver Thornton (Adam), Louise Dearman (Eve), Russell Grant (Snake), Gareth Gates (Cain), John Wilding (Abel), Tom Pearce (Noah), Brenda Edwards (Mama Noah), Waylon Jacobs (Japheth), Aaron Sidwell (Ham), Jamie Papanicolaou (Shem), Daisy Tonge (Aphra), Daniella Bowen (Aysha), Lauren Samuels (Yonah), Craig Rhys Barlow, Matt Brinkler, Chloe Hart, Joanna Kirkland, Gemma Sandzer, Robbie Scotcher (Storytellers), Ben Radcliffe (Young Cain), Marcus Billany (Young Abel).

C’est au bénéfice d’une œuvre charitable qu’était organisée cette représentation unique “en concert” de Children of Eden, une comédie musicale du compositeur Stephen Schwartz, connu pour Godspell, Pippin, The Baker’s Wife… mais surtout désormais pour Wicked (dont le succès planétaire semble inversement proportionnel à mon faible enthousiasme)… sans compter son excellent opéra Séance on a Wet Afternoon.

Children of Eden date de 1991 et possède une histoire compliquée. C’est aujourd’hui l’une des comédies musicales les plus représentées dans les théâtres amateurs et locaux alors qu’elle n’a jamais été produite à Broadway et que la production originale londonienne fut un échec. J’en avais vu une bonne production au minuscule Landor Theatre en février 2000. On est à l’opposé avec cette production qui emploie un orchestre de bonne taille et une imposante distribution, installés sur la scène du Prince of Wales Theatre, où l’on représente normalement la comédie musicale Mamma Mia!

La représentation est de très bon niveau et rend justice à l’inspiration mélodique de la partition de Stephen Schwartz. Elle rend aussi assez visibles les lacunes du livret de John Caird, qui fait un peu bric à brac — l’histoire suit pourtant largement une source dramatique largement éprouvée : la Genèse, depuis les aventures d’Adam et Ève à Éden jusqu’à la fin du Déluge.

Le seul reproche que l’on puisse faire à la représentation, c’est que les comédiens ont tendance à chanter à pleins poumons… et que, pour certains, il y laissent des plumes. On comprend l’attrait de ce style démonstratif : l’intensité de l’accueil par le public est directement proportionnelle au volume sonore produit. Malheureusement, le résultat n’est plus très théâtral…


Concert Philharmonia Orchestra / Davis à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 29.1.12 à 15h
Philharmonia Orchestra, Andrew Davis

Vaughan Williams : The Lark Ascending (Zsolt-Tihamér Visontay, violon)
Delius :
– concerto pour violoncelle (Julian Lloyd Webber, violoncelle)
Brigg Fair
Elgar : Variations Enigma 

Ce concert, proposé dans le cadre des célébrations du 150ème anniversaire de Delius, m’a laissé dans un intense état de bonheur.

Dans les pays anglo-saxons, The Lark Ascending est considérée comme l’une des œuvres les plus sublimes de l’histoire de la musique. Et comment ne pas se laisser emporter par cette merveille de légéreté et de poésie ? Le Philharmonia et son supersoliste, Zsolt-Tihamér Visontay, en donnent une lecture enivrante. Certes, la musique n’est pas beaucoup plus épaisse qu’un fil, mais quand on la laisse aussi bien prendre son envol, on se sent soi-même porté par un mouvement irrésistible. En fermant les yeux, j’ai eu plus d’une fois le sentiment de m’envoler et de partir à la découverte de paysages merveilleux et sans cesse renouvelés.

Julian Lloyd Webber ressemble beaucoup à son frère Andrew, le compositeur de comédies musicales. Il ressemble aussi un peu à Spock, et le bandeau qu’il porte sous les cheveux (pour se protéger de la transpiration ?) ne fait qu’accentuer son apparence un peu curieuse. Il a créé un nombre impressionnant d’œuvres contemporaines… et il paraît que certains critiques préfèrent son concerto d’Elgar à celui de Jacqueline du Pré — ça me semble difficile, mais il faudra que j’aille écouter ça.

Le concerto de Delius est comme une longue complainte assez peu contrastée. Tout repose sur la capacité à maintenir une forme de tension élégiaque… et il faut reconnaître à Lloyd Webber, à défaut d’une technique bouleversante, un vrai talent pour tirer de son instrument des notes longues et incroyablement expressives, qui ne sont pas sans rappeler Yo-Yo Ma. C’est assez fascinant de le voir attaquer autant les cordes de son Stradivarius ; chaque note devient l’objet d’une attention particulière, d’une mise en scène propre. Étonnant.

La deuxième partie rapproche deux œuvres qui ont beaucoup en commun car elles sont toutes deux des variations sur un thème… et elles se caractérisent toutes les deux par des orchestrations d’une enthousiasmante richesse, qui multiplient les atmosphères et les couleurs.

Brigg Fair et les Variations Enigma sont deux grands moments, menés avec un instinct sans faille par un Andrew Davis parfaitement à l’aise dans le répertoire anglais. Le Philharmonia ne pourrait pas avoir plus changé de monde par rapport à son concert Bartók deux jours plus tôt au TCE… et pourtant, il semble tellement en résonance avec ces deux magnifiques partitions que c’en est presque surnaturel.

Des deux œuvres, c’est Brigg Fair qui produit la plus forte impression. C’est pourtant, des deux, la moins jouée…


Concert LPO / Jurowski à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 28.1.12 à 19h30
London Philharmonic Orchestra & Choir, Vladimir Jurowski

Prokofiev :
- extraits de la musique de scène des Nuits égyptiennes (Andrey Breus, baryton ; Simon Callow & Miranda Richardson, narrateurs) ;
- Ivan le Terrible, création mondiale de la suite arrangée par Lev Atovmyan (Ewa Podleś, contralto ; Andrey Breus, baryton)

Un concert inhabituel et passionnant, mené avec une énergie considérable par un Vladimir Jurowski décidément capable d’emmener le London Philharmonic sur des sommets dès qu’il s’agit d’interpréter le répertoire russe.

Les Nuits égyptiennes sont une sorte de mélodrame expérimental conçu en 1934 par Alexandre Taïrov autour de textes de Shakespeare, Pouchkine et Shaw ayant trait à Cléopâtre. L’orchestre interprète une partie des 44 numéros composés par Prokofiev pour soutenir l’action ou faire patienter pendant les changements de décor. C’est une musique sensuelle, gorgée de couleurs et de senteurs exotiques, assez irrésistible. Simon Callow et Miranda Richardson disent les textes avec un talent considérable.

La suite d’Ivan le Terrible arrangée par Lev Atovmyan n’a été retrouvée qu’en 2007 chez sa fille. Elle était interprétée ici pour la première fois par un LPO et son chœur, en grande forme. Il y a de petits décalages ici ou là, sans doute liés au rythme auquel l’orchestre enchaîne les concerts d’un mini festival Prokofiev… et la voix d’Eva Podleś n’a plus la souplesse d’antan… mais la représentation rend magnifiquement justice à la force d’une partition épique et colorée.


“The Producers”

Arts Educational Schools, Londres • 28.1.12 à 15h
Musique et lyrics : Mel Brooks. Livret : Mel Brooks et Thomas Meehan, d’après le film de 1968 écrit et réalisé par Mel Brooks.

Mise en scène : Russell Labey. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : Caroline Humphris. Avec Matthew Corner (Max Bialystock), Piers Bate (Leo Bloom), Melissa James (Ulla), Simon Bamforth (Franz Liebkind), Lewis Kirk (Roger DeBris), Robbie Boyle (Carmen Ghia), …

C’est la deuxième fois que je vois un spectacle dans cette école d’arts de la scène (après un Grand Hotel mémorable) et la deuxième fois que j’en ressors soufflé par autant de talent.

The Producers n’est pourtant pas une pièce facile à monter : outre les exigences techniques liées à la taille de l’œuvre, il faut deux comédiens particulièrement solides pour tenir les deux rôles principaux, qui sont très exigeants.

Défi relevé haut la main par des étudiants de dernière année, manifestement prêts à s’embarquer pour une carrière professionnelle. Si la mise en scène et la chorégraphie s’inspirent parfois du travail de Susan Stroman, la conceptrice de la production originelle, elles savent aussi se distinguer par de multiples trouvailles. Le décor de Colin Mayes, avec ses lettres lumineuses de grande taille, est superbe… et il s’adapte très bien (et avec beaucoup d’humour) aux situations successives de la pièce. Une plate-forme surélevée au milieu de la fosse d’orchestre permet de prolonger la scène et de créer à plusieurs reprises des effets très originaux.

Je suis encore sidéré par un mouvement créé sans doute par le chorégraphe Drew McOnie, qui montre Ulla descendre du bureau sur lequel elle est perchée en glissant sans difficulté apparente sur le dos d’un personnage penché sur le bureau.

Il reste, bien sûr, des maladresses… comme l’erreur de donner une canne à Leo dès le début de “I Want to Be a Producer”… ou l’effet comique manqué en ne ménageant pas de pause avant le lyric “It’s the worst show in town” dans le numéro d’ouverture. C’est aussi vraiment une très mauvaise idée d’avoir coupé le grand “numéro de onze heures” de Max, “Betrayed”. Cela affaiblit considérablement la fin du spectacle.

À part la forme de cabotinage très particulière de Matthew Corner, qui incarne le personnage principal, Max, et qui peut ne pas être du goût de tout le monde, c’est peu de dire que les comédiens font tous l’unanimité. Un régal.


Concert Philharmonia Orchestra / Salonen au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 27.1.12 à 20h
Philharmonia Orchestra, Esa-Pekka Salonen

Bartók :
- Suite de danses
- concerto pour violon n° 2 (Christian Tetzlaff, violon)
Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune
Bartók : Le Mandarin merveilleux, suite

Pour moi, Bartók ne prend réellement vie que si on ose le traiter avec une forme de sauvagerie primordiale. Non seulement les interprètes de ce concert en sont-ils manifestements conscients, mais ils assument sans aucun complexe l’espèce d’état d’abandon dans lequel ils livrent la musique au public.

Ce qui n’empêche nullement l’orchestre de conserver une étonnante discipline collective, perceptible dès la magnifique Suite de danses, dans laquelle on est frappé par l’unité d’intention et d’expression des pupitres de cordes.

Sous la baguette de Salonen, qui est en ce moment l’un des chefs qui me font le plus vibrer, le concert est un moment magnifique et incroyablement énergisant. Le Philharmonia se donne corps et âme, avec une forme de rugosité primale et viscérale qui parle aux entrailles autant qu’à la tête.

Tetzlaff, que je trouve d’habitude plutôt froid et mécaniquement virtuose, s’accorde ici parfaitement au programme. Il produit dans le concerto un son rude, cru et délicieusement intense, semblant puiser dans le sol une force tellurique qui passe de manière extrêmement visible par les pieds. Le Bach obligatoire qu’il propose en bis est joli mais tellement peu à sa place qu’il en serait presque désagréable.

Le point bas du concert est un Prélude à l’après-midi d’un faune trop brillant, qui oublie de flâner et de se laisser imprégner par la sublime poésie en demi-teinte d’une partition dans laquelle il faut savoir se perdre.


“My Fair Lady”

Fred Kavli Theatre, Thousand Oaks (Los Angeles) • 21.1.12 à 14h
Musique : Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw.

Mise en scène : Jeffrey B. Moss. Direction musicale : John Tarbet. Avec Aurora Florence (Eliza Doolittle), Chris Carsten (Henry Higgins), Richard Springle (Pickering), Jesse Graham (Mrs. Pearce), Joyce Gilbert Bohus (Mrs. Higgins), Arthur Wise (Alfred P. Doolittle), Daniel Cardenas (Freddy Eynsford-Hill), Kate Scott (Mrs. Eynsford-Hill)…

Non, je ne suis pas venu à Los Angeles pour assister à une énième production de My Fair Lady. Mais voilà, la raison pour laquelle j’ai organisé ce voyage ayant disparu, il a bien fallu s’occuper. Un ami qui avait vu cette tournée à Detroit me l’a recommandée : je n’ai donc pas trop hésité à aller faire un tour du côté de Thousand Oaks, à 45 minutes de route environ du centre de Los Angeles.

C’est une production de très bonne qualité qui est proposée par les concepteurs de cette tournée. À part pour l’intérieur du domicile du Professeur Higgins, elle utilise uniquement de bonnes vieilles toiles peintes, très belles et également très bien éclairées. On s’habitue assez vite à l’orchestre de neuf musiciens, qui réussit assez bien à rendre justice à la belle partition de Frederick Loewe.

La scène du bal est coupée… ce qui se révèle être une excellente idée. Du coup, le premier acte (qui est déjà bien assez long comme ça) s’achève sur le départ des protagonistes pour le bal : la partition donne tellement l’impression qu’on est sur le point d’entamer l’entracte que j’ai souvent vu des spectateurs commencer à quitter la salle à ce moment-là. Le deuxième acte commence avec une scène où les personnages, de retour du bal, en racontent le déroulement. On ne manque donc rien… si ce n’est la magnifique valse, qui aurait pu être transformée en ouverture pour le deuxième acte (mais ce n’est pas le cas).

La mise en scène est attentive à la fois au texte et à la musique : bien que “traditionnelle”, elle est parfaitement réussie… et certains passages en ressortent mis en valeur comme rarement. C’est un vrai plaisir, par exemple, d’entendre le public s’amuser de voir Freddy toujours posté devant le 27A Wimpole Street comme s’il y avait campé jour et nuit lorsque vient la scène où il reprend “On the Street Where You Live”.

De manière générale, cette production se caractérise par un sens visuel particulièrement affûté, qui compense souvent de manière très efficace la modestie des moyens engagés. Tableaux vivants, chorégraphie inventive, lumières de grande qualité : tout y contribue. La mise en scène de “Take Me To the Church On Time” est l’une des plus réussies que j’aie vues.

La distribution est solide et associe de jeunes comédiens tout juste sortis de l’école avec des vétérans des tournées nationales. L’alchimie fonctionne très bien. On remarque notamment le Higgins assez peu conventionnel de Chris Carsten, qui propose une très intéressante lecture du personnage, caractérisée notamment par un débit assez rapide, autant dans les passages parlés que dans les séquences chantées.

Je trouve assez rafraîchissant de revenir de temps à autre à des productions qui ne reposent pas sur la débauche de moyens que peuvent s’autoriser les productions de Broadway. Quand elles sont aussi attentives au détail et aussi inventives que celle-ci, on ne peut qu’être convaincu.


Concert LA Philharmonic / Dudamel au Walt Disney Concert Hall

Walt Disney Concert Hall, Los Angeles • 20.1.12 à 20h
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel

Mahler : symphonie n° 1

J’ai souvent photographié le Walt Disney Concert Hall, œuvre de l’architecte Frank Gehry, à qui l’on doit également le Musée Guggenheim de Bilbao… mais je n’avais encore jamais réussi à y entendre un concert.

Cette lacune est donc désormais comblée. L’intérieur de la salle offre un écrin particulièrement chaleureux à la représentation musicale, un contraste certain par rapport aux accents métalliques des façades. La visibilité semble excellente depuis chacun des sièges, et l’acoustique est étonnante de chaleur et de précision.

Lorsque le Los Angeles Philharmonic était passé par Paris l’année dernière, je m’étais interrogé à haute voix sur la désignation de Gustavo Dudamel comme Directeur Musical de l’excellente phalange, encore largement marquée par les années Salonen. Dudamel sait se rendre sympathique, et son enthousiasme non feint est touchant… mais il semble encore un peu jeune, encore un peu tendre, pour ce poste.

Dudamel s’est lancé dans une entreprise aux accents “gergieviens” : il va diriger en cinq semaines l’intégrale des symphonies de Mahler, avec “ses” deux orchestres, le Los Angeles Philharmonic et le Simón Bolívar Symphony Orchestra du Venezuela, d’abord à Los Angeles puis à Caracas — les deux orchestres joignant leurs forces pour la huitième.

La première symphonie interprétée lors de ce concert est beaucoup plus convaincante que celle avec laquelle Dudamel avait inauguré son poste. Le chef et l’orchestre se sont manifestement apprivoisés. La communion d’intention et de ressenti est plus grande… et il est évident que Dudamel a communiqué à l’orchestre une partie de son enthousiasme juvénile.

Je n’adhère toujours pas à ces contrastes extrêmes dans les tempos, mais certains des passages lents sont superbes. Et il faut reconnaître que l’emballement final a vraiment de la gueule : le son des cuivres est magnifique (même si les cors ont connu quelques faiblesses) et l’acoustique très détaillée de la salle met en valeur l’ensemble impeccable de l’orchestre.

Ce que j’ai surtout compris, à l’occasion de cette visite, c’est que “l’effet Dudamel” est bien plus qu’un coup marketing réussi de la part du Los Angeles Philharmonic. L’orchestre est en train de construire un nouveau type de relation avec son public, et tout le monde y trouve son compte.

Le public de ce concert était d’une variété incroyable : beaucoup de jeunes, beaucoup de latinos, … Dans cette série des “Casual Fridays”, les musiciens gardent leurs vêtements de ville, comme pour une répétition (l’occasion de voir quelques horreurs, mais passons). Dudamel dirige en jeans et Converse. L’un des musiciens, le violoncelliste Barry Gold, fait une petite présentation avant le concert. Après le concert, Gold, Dudamel et Deborah Borda, la présidente du Los Angeles Philharmonic, proposent un dialogue avec le public : plus de la moitié des spectateurs restent dans la salle ! L’amour réciproque est palpable.

Cette relation renouvelée entre l’orchestre et son public est une très belle réussite et on sent qu’elle crée beaucoup d’émotion de part et d’autre. J’étais moi-même extrêmement touché d’en être le témoin.

À un spectateur venu de Russie qui lui fait une remarque sur le fait qu’il dirige sans partition, Dudamel répond “ne vous inquiétez pas, je sais lire la musique”, ce qui fait beaucoup rire.


Concert ONF / Mintz au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 19.1.12 à 20h
Orchestre National de France, Shlomo Mintz

Beethoven : concerto pour violon (Shlomo Mintz, violon)
Dvorák : symphonie n° 8

Ça commençait pourtant mal, avec un concerto terne et poussif, interprété avec une épouvantable rigueur métronomique et des sonorités grinçantes. Je me demandais si ce n’était pas une façon pour Mintz de masquer une technique un peu fatiguée, mais le bis était manifestement conçu pour démontrer le contraire.

Appliquée à la magnifique symphonie de Dvorák, la technique Mintz produit un effet inattendu et miraculeux : la sobriété de la pulsation permet aux soli de s’épanouir de manière sereine ; le son de l’orchestre est à la fois lumineux et d’une étonnante densité dramatique. On est scotché par le résultat, d’une irrésistible beauté.


“Don Carlo”

Nationaltheater, Munich • 15.1.12 à 18h
Verdi (1867 pour la version originale en français)

Direction musicale : Asher Fisch. Mise en scène : Jürgen Rose. Avec Jonas Kaufmann (Don Carlo), Anja Harteros (Élisabeth de Valois), René Pape (Philippe II), Anna Smirnova (la Princesse Eboli), Boaz Daniel (Rodrigue), Eric Halfvarson (le Grand Inquisiteur), Steven Humes (un Moine / Charles Quint)…

Avec une distribution pareille, ça aurait pu être le Don Carlo du siècle. Ça ne sera finalement que celui de l’année. Pour une raison difficile à expliquer, les chanteurs se sont en effet lancés dès le départ (Kaufmann en tête) dans une course au volume sonore, dont aucun n’est sorti complètement indemne. L’acoustique de l’Opéra de Munich étant au demeurant parfaitement excellente, elle ne nécessite nullement ce déchaînement vocal permanent.

J’avais beaucoup aimé Asher Fisch lorsqu’il était venu diriger La Bohème à Paris il y a un peu plus d’un an. Cette fois, je l’ai trouvé inutilement grandiloquent et souvent à la limite du mauvais goût. Je persiste d’ailleurs à penser que les musiciens munichois ne rendent pas toujours service à Verdi.

Reste que Jonas Kaufmann, René Pape et Anja Harteros sont sublimes. Ils tirent toute la distribution vers le haut… et on se régale également avec le Grand Inquisiteur glaçant de Eric Halfvarson, le Rodrigue généreux de Boaz Daniel (malgré de réelles difficultés sur la durée) et — c’est plus rare — le Moine irrésistible de Steven Humes.

Je connaissais déjà cette mise en scène de Jürgen Rose, que je trouve largement sans intérêt, même si j’en ai saisi cette fois quelques intentions qui m’avaient échappé la première fois. Seule la scène de l’autodafé me semble réellement réussie.


“Miss Saigon”

Beatrix Theater, Utrecht • 14.1.12 à 20h
Musique : Claude-Michel Schönberg. Lyrics : Alain Boublil & Richard Maltby, Jr. Livret : Alain Boublil & Claude-Michel Schönberg. Adaptation néerlandaise : Seth Gaaikema.

Mise en scène : Laurence Connor. Direction musicale : Marcel Visser. Avec Stanley Burleson (The Engineer), Na-Young Jeon (Kim), Ton Sieben (Chris), Brigitte Heitzer (Ellen), Edwin Jonker (John), Kok-Hwa Lie (Thuy), …

Bien que Miss Saigon soit l’un des grands succès de ces vingt dernières années, je ne l’ai vu que deux fois, à Londres en 1995 et à New York en 1999. Près de douze ans après ma dernière rencontre avec l’œuvre, j’ai donc saisi avec plaisir l’occasion qui m’était offerte de voir cette nouvelle production, installée dans le grand et moderne Beatrix Theater d’Utrecht.

On n’est guère dépaysé par rapport à la production originale, du moins pour les souvenirs que j’en ai. Le célèbre hélicoptère est maintenant évoqué par le biais d’une projection, mais l’effet est vraiment réussi… et il est accompagné d’effets sonores qui auraient sans doute été difficiles à réaliser en 1991, à l’époque de la création du spectacle.

Cette production n’a qu’un défaut : les rôles principaux ont tous des difficultés avec leur voix. Certes, c’est la deuxième représentation du jour… et la partition est sans pitié… mais Stanley Burleson n’a plus une once d’aigu et Ton Sieben a de gros problèmes de justesse. La Kim de Na-Young Jeon s’en tire mieux, mais sa voix n’a pas le charme d’autres comédiennes ayant interprété le rôle, notamment sa célèbre créatrice, Lea Salonga, que j’ai vue en 1999 à New York.

L’œuvre est souvent grandiloquente, mais elle parvient aussi à être touchante… et il est indéniable que les deux auteurs des Misérables ont retrouvé — avec l’aide des autres auteurs crédités — une voix théâtrale qui atteint ses objectifs.

Puisque cette production est montée sous l’égide de Stage Entertainment, on pourrait s’attendre à la voir s’installer un jour à Mogador. Ne serait-ce pas justice pour ses deux auteurs français ?

Je suis un peu surpris qu’une partie des lyrics anglais me revienne au fur et à mesure que les chansons se succèdent, mais c’est sans doute parce que la plupart des chansons sont devenues des standards et que je les ai beaucoup entendues.


“Le Rossignol” et autres fables

De Nederlandse Opera, Amsterdam • 14.1.12 à 13h30
Stravinski

Direction musicale : Xian Zhang. Mise en scène : Robert Lepage.

I. Petites Pièces, dont Ragtime, concertino pour cymbalum et petit orchestre

II. Renard, histoire burlesque pour deux ténors et deux basses

III. Le Rossignol, opéra en trois actes, sur un livret de Stépane Mitousoff. Avec Olga Peretyatko (le Rossignol), Elena Semenova (la Cuisinière), Edgaras Montvidas (le Pêcheur), Ilya Bannik (l’Empereur de Chine), Nabil Suliman (le Chabellan), Yuri Voroblov (le Bonze), Maryam Sokolova (la Mort), …

On savait que ce spectacle avait connu une réception enthousiaste aussi bien à Lyon qu’à Aix-en-Provence, aussi était-on impatient de le voir enfin. Je suis sorti avec les yeux écarquillés et humides, reconnaissant à Robert Lepage d’avoir su réveiller une forme d’émerveillement que je pensais indissociable de l’enfance, d’une époque où chaque étape dans la découverte du vaste monde est source d’enchantement.

Le programme, pour commencer, est composé avec intelligence : c’est un assortiment de pièces composées pour l’essentiel à la même époque que Le Rossignol ; le thème animalier y est dominant.

Le dispositif scénique est singulier. L’orchestre est sur scène et la fosse est remplacée par un bassin à la japonaise… ou plutôt à la chinoise. D’un rôle purement décoratif dans les séquences introductives, le bassin devient par la suite le lieu principal de l’action dans Le Rossignol.

Lepage, qui confirme à chaque nouvelle mise en scène qu’il possède l’un des génies visuels les plus remarquables de notre époque, déploie tour à tour de multiples procédés étonnants : ombres chinoises, théâtre d’ombres, ballet derrière un écran éclairé de telle sorte qu’il ne laisse passer que certaines images… et marionnettes en tous genres. Chaque nouvelle trouvaille est la source d’un émerveillement nouveau. C’est extraordinairement onirique, comme une promenade dans un jardin enchanté. Chaque pas découvre un nouveau secret étrange et fascinant.

La magie fonctionne d’autant mieux que les pièces choisies sont superbes et qu’elles sont magnifiquement interprétées, tant par les musiciens que par les chanteurs, tous remarquables et tous parfaitement impliqués.

Le Rossignol est un chef d’œuvre. Le pêcheur arrive sur une barque munie d’une lanterne en papier : c’est une marionnette extraordinairement expressive, manipulée par le chanteur lui-même (magnifique Edgaras Montvidas), qui marche dans la piscine, dont l’eau lui arrive à la taille. La musique enchanteresse se combine aux images d’une intense poésie… et on est terrassé par le plaisir (je suis au tout premier rang, ce qui ne gâte rien).

Chaque tableau nouveau amène son lot de surprises. Les chanteurs manipulent presque toujours les marionnettes de leur personnage : il le font avec un naturel étonnant. Olga Peretyatko est un Rossignol magnifique, à la voix claire et ductile, chaude et légère.

Le dernier tableau s’achève alors qu’une multitude de petits lumignons flottent à la surface de l’eau. C’est une fin magnifique… qui n’est pas sans rappeler le poignant Metamorphoses de Mary Zimmerman à Broadway il y a une dizaine années.


“Dialogues des Carmélites”

Opéra de Massy • 13.1.12 à 20h
Poulenc (1957)

Orchestre National d’Île-de-France, Yoel Levi. Mise en scène : Éric Perez. Avec Karen Vourc’h (Blanche de la Force), Sylvie Brunet (Madame de Croissy), Isabelle Cals (Madame Lidoine), Géraldine Chauvet (Mère Marie de l’Incarnation), Pauline Courtin (Sœur Constance), Philippe Kahn (le Marquis de la Force), Sébastien Droy (le Chevalier de la Force), Léonard Pezzino (l’Aumônier), …

Il y a à peu près exactement 17 ans, je découvrais Dialogues des Carmélites dans ce même Opéra de Massy. L’expérience figure dans le Top 10 de mes expériences les plus inoubliables, comme la découverte du CD de la comédie musicale Kiss of the Spider Woman ou encore la dégustation de mon premier sandwich jambon-fromage à Bilbao.

Après beaucoup d’autres belles rencontres avec l’œuvre — en particulier la mise en scène de Robert Carsen à Amsterdam, Vienne et Anvers, celle de Jean-Claude Auvray à Liège et Marseille, ou encore celle de Francesca Zambello à l’Opéra-Bastille —, force est de constater que cette nouvelle production (créée à l’Opéra de Dijon en 2002) atteint de vertigineux sommets. Le génie profond de l’œuvre est sublimé par une interprétation intensément inspirée et par une mise en scène d’une beauté simple et déchirante.

Difficile d’énumérer toutes les qualités de cette production, mais il faut souligner en particulier la qualité superlative du travail musical : l’Orchestre National d’Île-de-France produit une pâte sonore irrésistible, qui combine une forme de luminosité diaphane avec des accents d’une bouleversante intensité intérieure, sans aucun effet mal venu. Yoel Levi se hisse aisément au niveau de la version quasi-mythique de Kent Nagano. Il est par ailleurs merveilleusement attentif aux chanteurs, qu’il soutient autant qu’il les accompagne.

L’homogénéité et la cohésion de la distribution produisent des effets miraculeux. À une exception près (la Mme Lidoine d’Isabelle Cals, qui compense par la beauté du timbre et une remarquable maîtrise du souffle ce qu’elle n’offre pas en intelligibilité), la qualité du français chanté est sans égale. Dès le lever du rideau, on se régale avec le Marquis de Philippe Kahn et le Chevalier de Sébastien Droy. Même constat avec une Sylvie Brunet incandescente, une Mme de Croissy extraordinairement intense, sans excès de pathos.

L’un des coups de génie de la mise en scène d’Éric Perez est d’avoir choisi de mettre en exergue le parcours de Mère Marie de l’Incarnation — l’intense et illuminée Géraldine Chauvet — autant que celui de Blanche de la Force. Trouver ainsi un second fil rouge dans cette œuvre magnifique redouble sa force déjà considérable et rend la scène finale encore plus dévastatrice que d’habitude.

Perez enchaîne par ailleurs des tableaux d’une beauté presque picturale (il est très bien épaulé sur ce plan par les lumières magnifiques de Joël Fabing). Il est également extraordinairement attentif à la partition. Le seul choix potentiellement contestable est celui de baisser le rideau entre chaque tableau au risque de casser quelque peu la continuité dramatique… un risque qui, en l’occurrence, ne se réalise pas compte tenu de la force émotionnelle de la mise en scène, dont la tension subsiste de manière extrêmement frappante pendant les inter-tableaux.


“Manon”

Opéra Bastille, Paris • 10.1.12 à 19h30
Musique : Jules Massenet (1842-1912). Livret : Henri Meilhac & Philippe Gille, d’après le roman de l’Abbé Prévost.

Direction musicale : Evelino Pidò. Mise en scène : Coline Serreau. Avec Natalie Dessay (Manon), Giuseppe Filianoti (le Chevalier des Grieux), Franck Ferrari (Lescaut), Paul Gay (le Comte des Grieux), Luca Lombardo (Guillot de Morfontaine), André Heyboer (Brétigny), Olivia Doray (Poussette), Carol García (Javotte), Alisa Kolosova (Rosette), Christian Tréguier (l'Aubergiste).

Quelle déception que cette nouvelle production ! L’affiche était pourtant prometteuse : Natalie Dessay dans le rôle-titre, Evelino Pidó à la baguette, Coline Serreau (flanquée de son génial décorateur fétiche, Jean-Marc Stehlé) à la mise en scène. Et pourtant, rien ne décolle… et on se pincerait volontiers pour vérifier que l’on n’est pas en train de rêver, cette production s’installant directement en bas du palmarès des Manon que j’ai vues.

La faute en revient essentiellement à la conception de Coline Serreau, bric-à-brac conceptuel émaillé de vraies-fausses audaces qui engendrent une forme d’indifférence vaguement agacée face à une lamentable tentative d’appropriation “boboïsante” des provocations du Regietheater. Elle se révèle par ailleurs douloureusement statique et particulièrement maladroite sur le plan technique, avec des aberrations répétées dans la gestion spatiale des personnages (notamment dans le deuxième tableau, où ils entrent dans la “petite chambre” et en sortent autant par la porte que par le mur invisible censée la séparer des spectateurs). La gestion du chœur est tout aussi déficiente, notamment dans l’acte du Cours-la-Reine. Le génie de Jean-Marc Stehlé, qui n’est apparent que par intermittence, n’est mis que rarement au service de l’œuvre.

La distribution principale est décevante. Natalie Dessay, notamment, est en bien petite forme : aigus blancs et forcés, difficulté à passer l’orchestre (alors que Pidò est tout sauf un sauvage), implication dramatique minée par la faiblesse de la direction d’acteurs… on souhaite à la soprano française de se sortir de cette mauvaise passe. À en juger par la moue imprimée sur son visage pendant les saluts, elle est consciente d’avoir donné une toute petite prestation.

Giuseppe Filianoti, dont j’ai pourtant de bons souvenirs, ne convainc pas beaucoup plus en Des Grieux. On se console avec de solides rôles secondaires, notamment le Lescaut de Franck Ferrari ou le Comte de Paul Gay. Comme souvent à l’Opéra de Paris, c’est finalement l’orchestre et le chœur qui brillent le plus par la qualité de leur prestation.


“Frankenstein Junior”

Théâtre Déjazet, Paris • 7.1.12 à 20h30
Young Frankenstein. Musique et lyrics : Mel Brooks. Livret : Mel Brooks et Thomas Meehan. D’après le scénario du film du même nom, de Gene Wilder et Mel Brooks. Adaptation française : Stéphane Laporte.

Mise en scène : Ned Grujic. Avec Vincent Heden (Dr Frederick Frankenstein), Zacharie Saal (Igor), Gaëlle Pineihro (Elizabeth), Camille Glémet (Inga), Valérie Zaccomer (Frau Blucher), Patrice Latronche (la Créature), Arnaud Delmotte (Kemp), …

Ayant décidé au dernier moment de passer le week-end à Paris, j’en ai profité pour revoir ce spectacle, dont je disais en octobre tout le bien que j’en avais pensé.

Les deuxièmes visites peuvent être décevantes. En l’occurrence, à part la gestion calamiteuse de la caisse du théâtre, qui dépasse l’entendement (à un point tel que les mots me manquent), j’ai retrouvé avec plaisir tout ce qui m’avait enchanté lors de mon premier passage : une œuvre servie avec intelligence par une troupe talentueuse et extrêmement professionnelle, une mise en scène qui s’accommode avec créativité des limitations budgétaires, une chorégraphie pleine d’esprit, une prise de son au niveau des meilleurs standards internationaux.

Les comédiens sont toujours aussi savoureux. Difficile de choisir, mais on voit rarement sur des scènes musicales parisiennes des prestations aussi superbes que celles de Zacharie Saal en Igor ou de Valérie Zaccomer en Frau Blucher. Pas un maillon faible dans la distribution principale, qui met la barre très haut.

Je suis le premier surpris de ne pas être vraiment gêné par l’absence d’un orchestre “live”. L’utilisation d’une bande enregistrée heurte certaines de mes convictions, mais il faut lui reconnaître au moins une vertu : la capacité à émuler un effectif orchestral sans rapport avec ce qui est envisageable de nos jours sur le plan budgétaire. Malgré quelques aspérités un peu “synthétiques”, l’illusion est plutôt réussie… et la synchronisation avec les comédiens est étonnante de précision.

J’ai la surprise de voir mon billet d’octobre affiché dans le hall à côté des critiques d’organes autrement plus prestigieux.


Concert Philharmonique de Radio-France / Vedernikov à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 6.1.12 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Alexander Vedernikov

Tchaïkovski : concerto pour piano n° 1 (Mikhaïl Rudy, piano)
Prokofiev : Cendrillon, extraits et suites

J’avoue que j’avais été poussé par une forme de curiosité malsaine en prenant un billet pour ce concert. Et mon intuition était fondée : si Mikhail Rudy a conservé un fort joli toucher, qui magnifie les passages les plus élégiaques de la partition de Tchaïkovski (un toucher mis aussi très en valeur dans le bis), il n’a en revanche plus du tout les moyens techniques de l’œuvre. L’entendre savonner ainsi dans les passages les plus virtuoses finit par provoquer un profond embarras compte tenu de la quantité de notes loupées, défigurées ou carrément perdues corps et âme.

Très jolie deuxième partie, interprétée avec esprit par un orchestre en bonne forme. L’osmose avec le chef semble excellente ; le travail préparatoire a dû être fructueux.


“Die Meistersinger von Nürnberg”

Royal Opera House, Londres • 1.1.12 à 15h
Richard Wagner (1868)

Direction musicale : Antonio Pappano. Mise en scène : Graham Vick. Avec Simon O’Neill (Walther von Stolzing), Emma Bell (Eva), Heather Shipp (Magdalene), Toby Spence (David), John Tomlinson (Veit Pogner), Peter Coleman-Wright (Sixtus Beckmesser), Wolfgang Koch (Hans Sachs), …

Superbe ! Cette (ancienne) mise en scène de Graham Vick est assez pépère, mais l’interprétation, tirée par le tempérament de feu d’Antonio Pappano (dont on venait d’apprendre qu’il allait être anobli par la Reine), est un véritable régal. Je suis tellement sous le charme que j’en oublie de prendre des notes en sortant. C’était mon premier Meistersinger sur scène… et ça ne sera certainement pas le dernier.

Je profite des entractes pour admirer la très belle exposition consacrée par le Royal Opera House à Joan Sutherland. Ils n’ont pas fait les choses à moitié.