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Posts from December 2011

“Pippin”

Menier Chocolate Factory, Londres • 31.12.11 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Schwartz (1972). Livret : Roger O. Hirson.

Mise en scène : Mitch Sebastian. Direction musicale : Tom Kelly. Avec Matt Rawle (Leading Player), Harry Hepple (Pippin), Ian Kelsey (Charles), David Page (Lewis), Frances Ruffele (Fastrada), Louise Gold (Berthe), Carly Bawden (Catherine), Stuart Neal (Theo), …

Ma 103ème et dernière comédie musicale de l’année (sauf erreur de comptage) aura aussi été la plus décevante. Je dois avouer que je m’y attendais un peu. Pippin fait partie (avec Godspell) des œuvres de jeunesse de Stephen Schwartz, surtout connu désormais pour son succès planétaire, Wicked.  La pièce suit l’itinéraire initiatique d’un personnage que l’on pourrait décrire comme un cousin éloigné de Candide, dénommé Pippin parce qu’il est très vaguement (mais vraiment très vaguement) inspiré par Pépin le Bref. Elle est très liée à la mémoire de Bob Fosse, qui mit en scène et chorégraphia la production originale en 1972.

Là où le bât blesse, c’est que le metteur en scène de cette nouvelle production, Mitch Sebastian, prétend révéler des profondeurs soi-disant insondées de l’œuvre en imaginant sa mise en scène comme un gigantesque jeu vidéo et en accentuant les références à la violence et à la sexualité, qu’il trouve d’habitude sous-jouées (on ne sait pas très bien d’où lui vient cette impression).

Il faut reconnaître que le décor de Timothy Bird (qui avait fait des miracles dans ce même théâtre pour Sunday in the Park With George) est très impressionnant, avec ses lasers et ses projections. Mais cela n’empêche pas la représentation d’être globalement affligeante. L’espèce d’atmosphère onirique très “flower power” généralement associée à l’œuvre a disparu au profit d’une esthétique qui étouffe la sa délicate substance, au carrefour du hard rock et du mauvais cinéma d’anticipation. Pippin n’a nullement besoin de traits aussi grossiers et agressifs… sans parler du volume sonore épouvantable. La violence et la sexualité que Mitch Sebastian prétend révéler ont toujours été présents ; il est inutile de les mettre autant mis en exergue.

Je suis, du coup, parti à l’entracte, décidé à ne pas terminer l’année sur un trop mauvais souvenir.


“Crazy For You”

Novello Theatre, Londres • 31.12.11 à 15h
Musique et lyrics : George & Ira Gershwin. Livret : Ken Ludwig.

Mise en scène : Timothy Sheader. Direction musicale : Stephen Ridley. Avec Sean Palmer (Bobby Child), Cara Elston (Polly Baker [understudy / remplaçante]), David Burt (Bela Zangler), Kim Medcalf (Irene Roth), Michael McKell (Lank Hawkins), Harriet Thorpe (Lottie Child / Patricia Fodor), Sidney Livingstone (Everett Baker), Samuel Holmes (Eugene Fodor), …

J’avais vu cette production lors de sa création au théâtre en plein air de Regent’s Park en août dernier. J’avais passé un très bon moment mais avais été quelque peu déçu de ne pas retrouver le niveau de jubilation que m’avait inspiré la découverte du spectacle en 1995.

Le très bon accueil du public et de la critique a conduit les producteurs du spectacle à l’installer dans un petit théâtre du West End, le Novello. On y retrouve la tournette de Regent’s Park, installée à la place de la scène et dépassant un peu dans la salle à travers le cadre de scène (une configuration qui ressemble un peu à ce qui s’était passé lorsque le Oklahoma! du National Theatre s’était installé pour quelque temps au Lyceum Theatre).

Le spectacle fonctionne bien mieux dans ce cadre plus intime : le son se disperse moins ; les lumières sont plus subtiles. Mais on note aussi de considérables progrès dans le jeu des comédiens — j’avais, après tout, vu l’une des toute premières représentations. Le spectacle est beaucoup plus fluide et les scènes comiques ont trouvé un tempo idéal pour mettre en valeur la verve du livret de Ken Ludwig.

Les comédiens ont vraiment “trouvé” leurs personnages. Sean Palmer est un Bobby de rêve : il projette une forme de légèreté, d’insouciance, d’élégance… qui rappelle un certain Fred Astaire. Cara Elston, qui remplace Clare Foster dans le rôle de Polly, est particulièrement bien dotée au plan du charisme ; elle incarne idéalement le côté garçon manqué de son personnage. David Burt a resserré sa prestation et cabotine beaucoup moins. Les deux rôles comiques secondaires interprétés par Michael McKell et Kim Medcalf sont absolument irrésistibles. Et la troupe fait preuve d’une remarquable énergie collective, très communicative.

J’ai, du coup, largement retrouvé le plaisir intense que m’avait procuré la découverte de la production originale de ce spectacle en 1995. On n’écrit plus beaucoup de musique aussi géniale que celle de Gershwin.


“Magical Night”

Linbury Studio Theatre, Londres • 31.12.11 à 12h30
Zaubernacht, Kurt Weill

Chorégraphie : Aletta Collins. Direction musicale : James Holmes. Avec Lorena Randi (Mummy, Sarah Good), Yvette Bonner (Pink Fairy), Thomasin Gülgeç (Chimpy), Alessandra Ruggeri (Tumble Tot), Greig Cooke (Sir Green Knight), Owen Ridley-DeMonick (Mighty Robot), WeiChun Luo (Fire Flame), Daniel Hay Gordon (Bubbles).

Coup de génie de la part du Royal Opera House, qui nous permet de découvrir cette “pantomime pour enfants” de Kurt Weill, créée à Berlin en 1922, dont l’orchestration originale n’a pu être reconstituée que récemment grâce à l’invention de partitions jusque-là égarées dans les archives de l’Université de Yale.

Le petit spectacle (une heure) est irrésistible : musique délicieuse et pantomime charmante mettant en scène deux enfants dont les jouets, soudain, prennent vie au milieu de la nuit.


Concert EOP / Langrée au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 21.12.11 à 20h
Ensemble Orchestral de Paris, Louis Langrée

Bizet : L’Arlésienne, extraits
Poulenc : concerto pour deux pianos (Katia et Marielle Labèque, pianos)
Saint-Saëns : Le Carnaval des animaux (Grand Corps Malade, récitant ; K. & M. L., pianos)
Ravel : Ma mère l’Oye, suite d’orchestre

Voir les sœurs Labèque le lendemain d’Edita Gruberová place définitivement la semaine sous la thématique d’une certaine monstruosité. Les sœurs Labèque, ce sont un peu les frères Bogdanoff du piano : martiennes, inquiétantes… on ne comprend pas toujours où elles veulent en venir. Le concerto de Poulenc est, du coup, défiguré par des accents, des effets de manche et des manières hors de propos.

Le concert regagne en intérêt lors de la deuxième partie avec un magnifique Carnaval des animaux, marqué par un bel enthousiasme collectif de l’orchestre et par la superbe et envoûtante voix de Grand Corps Malade qui, comme me le fait très justement remarquer mon compagnon de concert, ne déparerait pas au Théâtre-Français.


“Norma”

Salle Pleyel, Paris • 20.12.11 à 20h
Bellini (1831). Livret : Felice Romani, d’après la pièce d’Alexandre Soumet.

Orchestre Philharmonique de Nice, Andriy Yurkevych. Avec Edita Gruberová (Norma), Sophie Koch (Adalgisa), Maite Maruri (Clotilda), Massimo Giordano (Pollione), Wojtek Smilek (Oroveso), Paul Crémazy (Flavius).

J’ai d’autant plus apprécié cette Norma en version de concert que j’étais resté sur le souvenir de l’interprétation de Jean-Christophe Spinosi au Châtelet en 2010 qui, si elle était pleine de fougue dramatique, n’en reléguait pas moins la partition au rang de concerto pour pipeau et orchestre de bastringue. Avec Yurkevych, on en prend plein les oreilles, ce qui me convient parfaitement. Mon compagnon de concert, quant à lui, trouve que le niveau sonore est non seulement excessif, mais également peu charitable à l’endroit des chanteurs.

Chanteurs qui, au demeurant, ne semblent avoir aucune difficulté à se faire entendre. Sans faute relatif parmi les seconds plans, dominés par l’Adalgisa sublimissime de Sophie Koch et l’Oroveso toujours aussi magnifique de Wojtek Smilek. On apprécie aussi beaucoup de retrouver le sémillant Massimo Giordano, même s’il n’a pas toujours les moyens techniques du rôle – le chef se montre aux petits soins avec lui en ralentissant opportunément les passages les plus délicats.

Reste l’étonnante et quelque peu monstrueuse Edita Gruberová, 65 ans et toutes ses dents… mais pas tous ses graves. La voix a conservé une forme de jeunesse étonnante dans l’aigu et, même si les choix stylistiques de la soprano slovaque sont quelque peu clinquants (à l’image de ses choix vestimentaires), j’avoue avoir ressenti une forme de fascination morbido-malsaine pour cette voix extraordinairement puissante et généreuse. Les duos Koch / Gruberová, en particulier, m’ont véritablement transporté.

Je m’empresse en revanche de m’éclipser au deuxième rappel, les fans de la soprano slovaque étant connus pour leur enthousiasme persistant.


“The Importance of Being Earnest”

Riverside Studios, Londres • 18.12.11 à 16h
Musique : Adam McGuinness & Zia Moranne. Livret & lyrics : Douglas Livingstone, d’après la pièce d’Oscar Wilde.

Mise en scène : Iqbal Khan. Direction musicale : Stefan Bednarczyk. Avec Colin Ryan (Algernon Moncrieff), Mark Edel-Hunt (Jack Worthing), Gyles Brandreth (Lady Bracknell), Anya Murphy (Gwendolen Fairfax), Flora Spencer-Longhurst (Cecily Cardew), Susie Blake (Miss Prism), Edward Petherbridge (Dr. Chasuble), Stefan Bednarczyk (Lane, Merriman).

Le chef d’œuvre d’Oscar Wilde a connu bien des adaptations en comédie musicale au fil des années, mais aucune n’a vraiment laissé de marque indélébile dans le répertoire. Il est en effet bien difficile de prendre une comédie aussi bien écrite et de ne pas la diminuer en lui ajoutant des numéros musicaux.

Les auteurs de cette nouvelle tentative ont pourtant réussi l’impossible : leur comédie musicale est un pur régal de bout en bout. Dès les premières notes de la valse légère qui sert d’ouverture, on est conquis par le style élégant et charmant de la partition de McGuinness & Moranne, interprétée par un instrumentarium de rêve : deux pianos, une contrebasse, une batterie.

Les auteurs enchaînent les choix heureux. La partition, particulièrement exquise, puise son inspiration dans les styles musicaux des années 1920, où l’action a été transposée. Les dialogues de Wilde ont été retaillés avec un instinct difficile à mettre en défaut. Les chansons sont impeccables, à la fois sur le fond et sur la forme : c’est la plus grande réussite de cette adaptation, car il fallait au minimum égaler l’instinct infaillible de Wilde pour servir la réplique juste sur le ton juste au bon moment.

Pour ajouter encore au plaisir, le petit décor de poche est un régal absolu et il est éclairé divinement. La distribution est très solide. Le jeune Colin Ryan, qui semble à peine sorti de l’école, étonne par le naturel et la maturité avec lesquels il incarne Algie. On est tout aussi charmé par la prestation des vétérans Susie Blake et Edward Petherbridge, qui sont éblouissants dans les rôles certes bien servis de Prism et Chasuble : leur chanson, “It All Began in a Garden”, est le sommet du spectacle.

Le seul choix discutable est celui de faire jouer Lady Bracknell par un homme. Ce n’est pas une idée nouvelle : les metteurs en scène ayant fait des choix similaires dans le passé mettent en avant le fait que Lady Bracknell est plus une abstraction asexuée qu’un personnage de chair et de sang. Je ne suis pas convaincu par l’argument. S’il tenait, il faudrait rendre le personnage masculin lorsqu’il est joué par un homme.


“Guys and Dolls”

Upsairs at the Gatehouse • 17.12.11 à 19h30
Musique et lyrics : Frank Loesser. Livret : Jo Swerling et Abe Burrows, d’après les nouvelles de Damyon Runyon.

Mise en scène : Racky Plews. Direction musicale : David Kingsmill. Avec James Kermack (Nathan Detroit), Rebecca Sutherland (Adelaide), Jamie Sampson (Sky Masterson), Amy Bailey (Sarah Brown), Patrick Rufey (Nicely-Nicely Johnson), David Muscat (Big Jule / Calvin), Connor Dowling (Brannigan), Anthony McGill (Arvide Abernathy), Jos Slovick (Benny Southstreet), Paul Bullion (Harry the Horse), Matthew John Gregory (Angie the Ox / Joey Biltmore), Leanne Tain Marshall (General Cartwright), Hayley Ellen Scot (Mimi / Martha), …

Souvent, les productions montées dans les tout petits théâtres transcendent les contraintes du lieu et se révèlent d’une inventivité réjouissante. À l’opposé, il arrive aussi qu’une production ne parvienne que maladroitement à faire oublier l’exiguïté des lieux. C’est malheureusement le cas de ce Guys and Dolls, qui se trouve visiblement à l’étroit dans ce petit théâtre perché au premier étage d’un pub.

Cela n’empêche pas de passer un bon moment, d’autant que le texte de la pièce est écrit dans une langue délicieuse et que la partition de Frank Loesser est magnifique. Mais on perd trop de substance (et, curieusement, d’énergie) dans la mise à l’échelle… surtout du côté de l’orchestre, réduit à une poignée de musiciens, dont un trompettiste aux moyens manifestement limités.

La ditribution elle-même n’est pas si attachante. On y retrouve néanmoins avec plaisir, dans le petit rôle de Benny Southstreet, l’excellent Jos Slovik, remarqué récemment dans le rôle principal de Soho Cinders : on en croit à peine ses oreilles lorsqu’il se met à “scatter” en contrepoint de la reprise de “Sit Down, You’re Rocking the Boat”. Tout à coup, la taille du théâtre n’est plus un sujet…


“Little Women, the Musical”

LOST Theatre, Londres • 17.12.11 à 14h30
Musique et lyrics : Lionel Segal. Livret : Peter Layton. D’après le roman de Louisa May Alcott.

Mise en scène : Nicola Samer. Direction musicale : Sarah Latto. Avec Charlotte Newton John (Jo March), Nicolas Delaney (Mrs. March), Claire Chambers (Meg March), Laura Hope London (Beth March), Caroline Rodgers (Amy March), Anton Tweedale (Laurie), Liam Redican (Professor Bhaer), Glenn Lloyd (Seamus / Publisher’s Assistant), Jane Quinn (Miss Crocker), Myra Sands (Aunt March), Tom Feary-Campbell (John Brooke / Publisher).

Ce n’est pas la première fois que le roman de Louisa May Alcott (plus connu en France sous le nom Les Quatre Filles du docteur Marsh) donne lieu à une adaptation en comédie musicale. L’une d’elles, composée par un dénommé Jason Howland (qui est par ailleurs le directeur musical de la plupart des spectacles de Frank Wildhorn), a tenu l’affiche à peine quelques semaines à Broadway fin 2004 / début 2005 et ne m’a pas laissé un grand souvenir.

C’est un théâtre de la périphérie de Londres qui propose aujourd’hui la création d’une nouvelle adaptation (déjà présentée en concert à l’automne 2005 lors d’une représentation unique au Theatre Royal Drury Lane). L’auditorium de taille moyenne est malheureusement bien vide (j’ai compté dix spectateurs après l’entracte) et la scène souffre de n’être isolée de la salle par aucun cadre ou aucun rideau. Heureusement, l’atmosphère de salle des fêtes qui en résulte est estompée par le jeu des lumières et des quelques éléments de décor, qui parviennent à créer une ébauche d’atmosphère.

L’adaptation est plutôt bien tournée et on se laisse volontiers happer par l’histoire de ces quatre sœurs qui deviennent adultes pendant la Guerre Civile tandis que leur père dispense ses soins pastoraux sur le front. La partition de Lionel Segal possède de véritables qualités mélodiques mais elle est hétérogène sur le plan stylistique et elle ne convainc pas à tout coup de l’utilité d’ajouter des chansons à l’histoire.

Il y a néanmoins quelques très jolis moments, comme la chanson “The First Lady of Literature”, qui illustre le rêve de Jo March de devenir un auteur à succès. C’est un numéro dynamique et entraînant pour l’ensemble de la troupe, qui trouve un pendant naturel dans le numéro d’ouverture du deuxième acte, “A Big Success”. Les autres numéros musicaux relèvent davantage de la ballade et il faut leur reconnaître une réelle capacité à charmer, d’autant que Segal est un expert de l’écriture à plusieurs voix, ce qui rend les chansons des sœurs souvent irrésistibles.

La distribution est excellente, même si Charlotte Newton John, qui interprète Jo March, a un peu de mal à chanter complètement juste. Pour le reste, je dois avouer avoir été sidéré d’observer une telle qualité d’interprétation dans des conditions aussi difficiles (production aux moyens limités, salle presque vide).


Concert Orchestre de Paris / Conlon à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 15.12.11 à 20h
Orchestre de Paris, James Conlon

Barber :
The School for Scandal, ouverture
– concerto pour violon (Gil Shaham, violon)
Debussy : Nocturnes, triptyque symphonique avec chœur de femmes
Poulenc : Gloria (Patricia Petibon, soprano)

Un concert très satisfaisant malgré ses imperfections.

L’ouverture de Barber est une magnifique mise en énergie. Le concerto pour violon aurait constitué un bon souvenir s’il n’avait été suivi de l’inévitable Gavotte de Bach. Gil Shaham est amusant à observer, avec son air de ravi de la crèche. Il produit un son propre et noble que je trouve fort séduisant.

Le Debussy n’est pas suffisamment atmosphérique à mon goût mais, même lorsqu’il n’est pas au top, l’Orchestre de Paris excelle à jouer la musique française. Le troisième mouvement, “Sirènes”, associe le chœur de voix de femmes (qui n’est pas 100 % féminin)… et la magie décuple.

Le Gloria n’est peut-être pas l’œuvre sacrée la plus réussie de Poulenc, mais je me suis régalé d’entendre toutes ces harmonies si caractéristiques du compositeur : on se trouve plongé successivement dans les ambiances bien connues des Dialogues ou des concertos pour piano. Patricia Petibon se donne sans réserve et sans filet : sa prestation ne peut que susciter l’adhésion.


“La Cenerentola”

Palais Garnier, Paris • 12.12.11 à 19h30
Rossini (1817). Livret : Jacopo Ferretti, d’après le conte de Perrault.

Direction musicale : Bruno Campanella. Mise en scène : Jean-Pierre Ponnelle. Avec Karine Deshayes (Angelina), Javier Camarena (Don Ramiro), Riccardo Novaro (Dandini), Carlos Chausson (Don Magnifico), Jeannette Fischer (Clorinda), Anna Wall (Tisbe), Alex Esposito (Alidoro).

C’est un peu triste de penser que l’Opéra de Paris n’a apparemment pas les moyens de s’offrir une distribution capable de chanter Rossini de manière plus fluide et plus convaincante sur le plan technique. Seuls Riccardo Novaro et, dans une moindre mesure, Carlos Chausson, se révèlent capables de se confronter aux vocalises et ornements variés de la partition. Karine Deshayes se rachète un peu dans sa dernière aria, mais elle est décevante dans le reste du spectacle, avec des articulations crispées et des vocalises savonneuses.

Constat d’autant plus navrant que, pour le reste, on est relativement comblé : très belle interprétation orchestrale sous la conduite énergique d’un Bruno Campanella trouvant un bel équilibre entre discipline et folie.

L’Opéra de Paris est allé chercher une ancienne mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle, créée jadis au Staatsoper de Munich. Située dans un superbe décor (de Ponnelle lui-même), elle est réjouissante à souhait. On aimerait simplement que les chanteurs évitent de surjouer les scènes comiques : ils donnent l’impression fatigante d’être constamment en train de faire des clins d’œil. Souvent, l’efficacité des effets comiques est inversement proportionnelle à l’énergie visible que l’on y investit (comme Riccardo Novaro le démontre à plusieurs reprises).


“Chicago”

Garrick Theatre, Londres • 10.12.11 à 20h
Musique : John Kander (1975). Lyrics : Fred Ebb. Livret : Kander & Ebb.

Mise en scène : Walter Bobbie. Chorégraphie : Ann Reinking. Avec Amra-Faye Wright (Velma Kelly), America Ferrera (Roxie Hart), Darius Campbell (Billy Flynn), James Doherty (Amos Hart), Jasna Ivir (Mama Morton), R. Whitehead (Mary Sunshine)…

Le déménagement de Chicago du Cambridge Theatre (où il a laissé la place à Matilda) au Garrick Theatre m’a fourni une excuse pour retourner voir un spectacle que j’ai déjà beaucoup vu… d’autant que le rôle de Roxie est tenu pour quelques semaines par America Ferrera, la vedette de la série Ugly Betty.

Malheureusement, mon système digestif a comploté contre moi, avec le résultat que je n’ai vu qu’un tiers du spectacle environ. Un spectacle toujours d’excellente tenue bien qu’il tienne l’affiche depuis 14 ans, avec des danseurs qui semblent acquérir des muscles supplémentaires à chaque visite. Quant à America Ferrera, elle propose une prestation honorable mais un peu plombée par une compréhension apparemment limitée du second degré qui infuse la mise en scène, largement inspirée du style de Bob Fosse. Sa co-vedette, Amra-Faye Wright, peine pour ne pas l’éclipser.


“Cinderella”

Tabard Theatre, Londres • 10.12.11 à 14h30
Musique : Richard Rodgers. Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II. Adapté pour la scène par Tom Briggs, d’après le scénario pour la télévision de Robert L. Freedman.

Mise en scène : Alex Young. Direction musicale : Eamonn O’Dwyer. Avec Kirsty Mann (Cinderella), Helen Colby (Fairy Godmother / Stepmother), Lydia Jenkins (Grace), Kate Scott (Joy), Vlach Ashton (Prince Christopher), Josh Carter (Lionel), Sarah Dearlove (Queen Constantina), Brendan Matthew (King Maximilian), Paul Dyke, Louis Gookey.

Le Cinderella de Rodgers & Hammerstein occupe une place à part dans l’œuvre de ses auteurs car il s’agit d’une comédie musicale écrite pour la télévision, diffusée pour la première fois en 1957 avec une certaine Julie Andrews dans le rôle-titre. Depuis, le spectacle a été réapproprié par la scène, avec un livret qui semble évoluer à chaque production.

J’avais vu Cinderella à New York en 2001 dans le gigantesque théâtre du Madison Square Garden (5000 places). C’est donc avec un certain plaisir que je me suis précipité sur l’occasion de le revoir dans l’un des plus petits théâtres londoniens, le Tabard (80 places).

La production est inégale, mais elle illustre bien à quel point la magie du théâtre peut être forte, même avec des moyens fortement contraints : la scène de la transformation de Cendrillon en princesse, notamment, est conçue avec une ingéniosité réjouissante.

Distribution solide, dans laquelle se distingue particulièrement le Lionel délicieusement espiègle de Josh Carter.


“Hooray For Hollywood!”: John Wilson & the John Wison Orchestra à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 9.12.11 à 19h30
The John Wilson Orchestra, John Wilson

Avec Annalene Beechey, Kim Criswell, Matthew Ford, Noah Stewart.

Chacun de leurs concerts aux Proms est un événement. Le John Wilson Orchestra s’est fait une spécialité de faire revivre la grande époque des comédies musicales hollywoodiennes en interprétant, avec de généreux effectifs orchestraux, les arrangements de génies comme Conrad Salinger, Robert Russell Bennett ou Ray Heinsdorf.

On pensait difficile de surpasser le plaisir provoqué par le dernier concert en date, donné au Royal Albert Hall en août dernier. C’était compter sans la dose de magie supplémentaire que permet un environnement un peu plus intime comme le Royal Festival Hall, dont l’acoustique est idéale en l’occurrence.

L’effectif orchestral est légèrement plus restreint, mais il reste quand même six trombones, quatre trompettes et un tuba, six cors, un assortiment improbable de clarinettes et de saxophones, les deux pianos devenus la marque de fabrique du John Wilson Orchestra, la contrebasse “rythmique” en complément des contrebasses du rang, etc. Dès l’envolée initiale de l’ouverture, initiée par les cordes, portée par les cuivres et ponctuée d’un spectaculaire coup de cymbales, le ton est donné : on est là pour se faire plaisir, sans complexe et sans retenue.

L’enthousiasme des musiciens fait plaisir à voir. Les cuivres, en particulier, swinguent avec abandon et exubérance : de la formidable séquence-hommage à Fred Astaire et Ginger Rogers au “Put On Your Sunday Clothes” de Hello, Dolly! en passant par la sublime ouverture de Gypsy, on passe son temps à faire l’aller-retour entre l’émerveillement et le bonheur à l’état pur. En l’absence de chœur (contrairement au concert des Proms), ce sont les musiciens eux-mêmes qui fournissent à l’occasion un morceau d’accompagnement vocal, quand ils ne s’amusent pas à imiter un motif de claquettes avec leurs pieds.

Les solistes sont manifestement choisis pour leur précision et pour leur capacité à rendre les œuvres interprétées avec authenticité. Deux d’entre eux, Annalene Beechley et Matthew Ford, étaient déjà au Royal Albert Hall. Deux autres chanteurs se sont joints à eux : le ténor d’opéra qui monte, Noah Stewart, qui interprète sublimement la “Sérénade” du Student Prince de Sigmund Romberg ; et la légendaire Kim Criswell, qui semble se bonifier avec l’âge : son interprétation de “Strike Up the Band” est irrésistible. Et, lorsqu’elle s’attaque à la mythique chanson “The Man That Got Away” (que John Wilson décrit comme étant possiblement la plus belle chanson du 20ème siècle), elle est tout bonnement sensationnelle.

Le public fait un triomphe aux interprètes et obtient deux bis, interprétés dans un magnifique enthousiasme collectif. John Wilson fait saluer les pupitres individuellement : chaque groupe de musiciens a préparé un petit pas de danse à interpréter ou un accessoire à porter à ce moment-là. Les voir aussi heureux est peut-être le moment le plus touchant de la soirée.


“La Forza del destino”

Opéra Bastille, Paris • 8.12.11 à 19h
Verdi (1862). Livret : Francesco Maria Piave.

Direction musicale : Philippe Jordan. Mise en scène : Jean-Claude Auvray. Avec Marcelo Álvarez (Don Alvaro), Violeta Urmana (Donna Leonora), Vladimir Stoyanov (Don Carlo di Vargas), Kwangchul Youn (Padre Guardiano), Nadia Krasteva (Preziosilla), Mario Luperi (Il Marchese di Calatrava), Nicola Alaimo (Fra Melitone), …

J’ai eu une certaine difficulté à m’intéresser à cette production très en demi-teinte et à l’énergie limitée. Je pensais que la faute m’en incombait (j’étais fatigué)… jusqu’à ce que paraisse Kwangchul Youn, impérial comme à son habitude, dont chaque note est une merveille absolue. L’enthousiasme qu’il m’a inspiré n’a d’égal que la relative indifférence dans laquelle m’ont laissé les autres chanteurs, qui se réservaient peut-être pour les caméras et les micros, puisque la représentation était diffusée en direct dans les cinémas de France et de Navarre.

Il faut dire que l’œuvre est loin d’être parfaite et qu’elle se permet d’interminables digressions sans intérêt avant d’arriver au but. Heureusement que c’est la toujours fringante Nadia Krasteva qui tenait le devant de la scène pendant certaines de ces digressions.

Violeta Urmana ayant fait faire une annonce avant la représentation, on lui accordera le bénéfice du doute. Mais même le généralement fiable Marcelo Álvarez semblait bien effacé et terriblement statique… comme d’ailleurs la mise en scène de manière générale. Après un démarrage difficile, Vladimir Stoyanov a proposé quant à lui une prestation solide.

Dans la fosse, Philippe Jordan dirige la partition de Verdi comme si c’était du Mozart. C’est joli, mais c’est lisse et ça manque terriblement de couleur et de spontanéité.

La mise en scène de Jean-Claude Auvray n’a pas dû coûter bien cher. Elle refuse tellement de prendre des risques qu’elle en perd rapidement tout intérêt et sombre dans l’illustration pure et simple. Il faut dire que, ces jours-ci, c’est la seule posture qui permet d’éviter les huées à Paris — le public a fait sa loi.


Concert Philharmonia / Sokhiev à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 4.12.11 à 15h
Philharmonia Orchestra, Tugan Sokhiev

Berlioz : Le Carnaval romain
Chopin : concerto pour piano n° 1 (Evgeni Bozhanov, piano)
Rachmaninov : symphonie n° 2

Un de ces concerts exceptionnels dont Tugan Sokhiev a le secret : la rencontre de ce chef génial avec les musiciens particulièrement enthousiasmants du Philharmonia produit une alchimie de rêve.

C’est avec plaisir que l’on entend le trop rare concerto de Chopin, interprété avec une redoutable sobriété par le curieux Evgeni Bozhanov, qui s’assied étonnamment bas par rapport au clavier. Mais c’est la sublime symphonie de Rachmaninov, portée par un irrésistible souffle romantique, qui rend le concert inoubliable.


“Company”

Crucible Theatre, Sheffield • 3.12.11 à 19h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1970). Livret : George Furth, d’après ses pièces de théâtre.

Mise en scène : Jonathan Munby. Direction musicale : Nigel Lilley. Avec Daniel Evans (Bobby), Claire Price (Sarah), Damian Humbley (Harry), Steven Cree (Peter), Samantha Spiro (Amy), Jeremy Finch (Paul), Francesca Annis (Joanne), Anna-Jane Casey (Jenny), Ian Gelder (Larry), David Birrell (David), Samantha Seager (Susan), Lucy Montgomery (April), Kelly Price (Kathy), Rosalie Craig (Marta).

Le Crucible Theatre de Sheffield propose une nouvelle production de Company, peut-être l’une des œuvres les plus révolutionnaires de Stephen Sondheim à sa création en 1970. C’est Daniel Evans, le Directeur artistique du théâtre, dont le nom est associé à Sondheim depuis qu’il a joué le rôle principal de la superbe production de Sunday in the Park With George de la Menier Chocolate Factory, qui joue le rôle principal de Robert, ce trentenaire célibataire qui observe avec perplexité et un brin d’envie les couples mariés qui l’entourent tout en s’interrogeant sur la nature de la relation qu’il entretient avec les jeunes-femmes avec qui il vit des aventures sans lendemain.

L’atmosphère générale rappelle étonnamment celle de la magnifique production du Donmar Warehouse à travers de laquelle je découvris l’œuvre en 1995 : le décor à deux niveaux évoque un loft industriel new-yorkais tandis que l’espace scénique est organisé autour d’un rectangle évoquant un peu un ring de boxe sur lequel se joueraient les batailles des relations entre les personnages.

La différence avec la production du Donmar, c’est que les artisans de cette production ont décidé de la replonger sans ambiguïté dans l’ambiance des années 1970 : accessoires d’époque, costumes vintage et perruques improbables créent l’atmosphère idoine. Daniel Evans est presque méconnaissable avec ses bouclettes, lui qui est presque chauve.

Jonathan Munby a une lecture peut-être un peu sombre — en tout cas assez tourmentée — du livret. Je ne suis pas persuadé qu’il soit nécessaire de forcer autant le trait d’une pièce qui porte déjà bien en elle une forme de détresse puissamment soulignée par les deux magnifiques chansons du personnage principal.

Les comédiens sont globalement de bon niveau, même si on a connu des distributions plus percutantes, notamment du côté des rôles mythiques de Joanne, Amy ou Marta. (J’ai vu l’une des premières représentations ; on peut penser que le spectacle se soit renforcé par la suite.)


“42nd Street”

Curve, Leicester • 3.12.11 à 14h15 (avant-première)
Musique : Harry Warren. Lyrics : Al Dubin. Livret : Michael Stewart & Mark Bramble.

Mise en scène : Paul Kerryson. Chorégraphie : Andrew Wright. Direction musicale : Andy Rumble. Avec Ria Jones (Dorothy Brock), Tim Flavin (Julian Marsh), Daisy Maywood (Peggy Sawyer), Geraldine Fitzgerald (Maggie Jones), Francis Haugen (Billy Lawlor), Ross Finnie (Bert Barry), Steve Fortune (Abner Dillon), Stuart Ramsay (Pat Denning),…

Cette production est une reprise de la mise en scène de Paul Kerryson que j’avais découverte avec enthousiasme à Chichester en juillet 2010. Le spectacle m’avait alors particulièrement emballé.

Malheureusement, et même si ce 42nd Street reste très plaisant, on est loin d’atteindre le même niveau de félicité qu’à Chichester.

Pour partie, cela s’explique sans doute par le fait que je voyais la deuxième représentation de la série et qu’il reste encore pas mal de réglages à faire. Le spectacle n’a pas encore tout à fait trouvé son rythme de croisière : certains enchaînements sont laborieux et on perçoit encore des hésitations ici et là. Même si l’on retrouve avec plaisir la même composition orchestrale qu’à Chichester, avec une quantité impressionnante de cuivres, les musiciens sont moins au point et moins bien sonorisés. La prise de son est d’ailleurs un problème général, avec beaucoup de passages dans lesquels l’équilibre entre l’orchestre et les voix n’est pas bon… dans un théâtre à l’acoustique curieusement réverbérante pour un bâtiment moderne..

D’autres éléments sont plus structurels. Le plus prévisible tient à la différence des configurations des deux théâtres. Kerryson et ses collaborateurs ont conçu leur spectacle pour le Festival Theatre de Chichester, une scène “en auditorium” vaguement circulaire, sans cintres. Le Curve de Leicester est un théâtre traditionnel doté de cintres et d’une énorme scène rectangulaire. Cela permet à Kerryson de rétablir la mise en scène traditionnelle du numéro d’ouverture, avec un rideau qui se lève d’un mètre environ pour révéler les jambes des danseurs en train de faire des claquettes à tout va. Mais, pour le reste, la transposition pose beaucoup de problèmes, dont le principal (qui aurait été facile à corriger) est la taille de la scène, souvent laissée désespérément nue. (Et je ne m’étendrai pas sur le fait que les coulisses sont mal masquées et que l’on y voit beaucoup trop de mouvements pendant la représentation. La magie du théâtre est puissante, mais elle finit par atteindre ses limites.)

Il n’est pas impossible aussi que la distribution soit un poil en-dessous de celle de Chichester, même si on y retrouve l’excellent Tim Flavin en Julian Marsh et s’il ne fait aucun doute que Ria Jones est une Dorothy Brock géniale. Pour le reste, je suis plus sceptique. La plus grosse question est attachée à la comédienne qui interprète le rôle de la jeune Peggy Sawyer, la chorus girl qui est censée se métamorphoser en star pendant le deuxième acte : Daisy Maywood est malheureusement assez peu charismatique et le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne brûle pas les planches. La distribution du rôle de Peggy Sawyer est un problème qui traverse toutes les productions de 42nd Street, mais Kerryson s’est en l’occurrence assez lourdement fourvoyé.

Le spectacle reste bien sûr très plaisant grâce à la partition irrésistible de Harry Warren, aux chorégraphiques pleines d’esprit d’Andrew Wright et à l’énergie communicative des jeunes danseurs de la troupe.


“The Pitmen Painters”

Duchess Theatre, Londres • 2.12.11 à 19h30
Une pièce de Lee Hall, d’après le livre de William Feaver

Mise en scène : Max Roberts. Avec Joy Brook, Joe Caffrey, Trevor Fox, Michael Hodgson, Viktoria Kay, Ian Kelly, Brian Lonsdale, David Whitaker.

Cette irrésistible petite pièce de Lee Hall — l’auteur de Billy Elliot — est encore une histoire de mineurs dans son nord natal. Mais, cette fois, Hall s’est fondé sur des faits réels en contant l’histoire du “groupe d’Ashington”, des mineurs qui, à compter de 1934 et durant cinquante ans environ, ont produit une série de tableaux assez étonnants pour des ouvriers qui avaient arrêté l’école très tôt et qui n’avaient jamais reçu le moindre enseignement artistique. Ils le firent notamment grâce aux encouragements d’un dénommé Robert Lyon, un enseignant qui les prit sous son aile et contribua à les faire connaître.

La pièce est particulièrement poignante dans le premier acte. On ne peut qu’être profondément touché par la façon dont Hall nous montre ces mineurs avides de compléter leur éducation et qui souhaitent “comprendre” la peinture. Compte tenu de leur absence totale de repères, le professeur que leur syndicat leur a choisi décide de les faire peindre plutôt que théoriser. La succession des épiphanies qu’ils vivent individuellement et collectivement est superbement conçue. Hall sait jouer sur la corde sensible en brossant le portrait d’hommes à la fois parfaitement conscients de leur ignorance, d’une grande curiosité, d’une candeur touchante… et qui se soutiennent sans jamais se juger.

La pièce a été créée à Newcastle en 2007, puis elle a fait sensation à Londres où elle a été présentée par le National Theatre en 2008. Après être passée du “petit” théâtre du National, le Cottesloe, à son théâtre “moyen”, le Lyttleton, elle est désormais présentée dans le West End après une tentative infructueuse à Broadway à l’automne 2010.

La belle mise en scène de Max Roberts utilise des projections d’œuvres du groupe d’Ashington, qui sont réellement superbes. Les comédiens sont absolument géniaux, à commencer par le fabuleux Trevor Fox, qui campe le plus attachant des personnages, tiraillé entre une conscience aiguë de son appartenance à une classe sociale et une intelligence manifestement supérieure.

Malheureusement, le deuxième acte est un peu en retrait par rapport au premier. L’essentiel a été dit — et fort bien — dans le premier acte. Le discours politique, qui était déjà présent en filigrane, devient le thème majeur, tandis que le parcours initiatique des mineurs stagne. C’est le seul reproche que l’on puisse faire à une pièce par ailleurs magnifique et empoignante.