“Le Jeu de l’amour et du hasard”
Concert Orchestre de Paris / Järvi à Pleyel

Concert Russian National Orchestra / Pletnev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 17.10.11 à 20h
Russian National Orchestra, Mikhail Pletnev

Sibelius : Pelléas et Mélisande
Rachmaninov : concerto pour piano n° 3 (Nikolaï Lugansky, piano)
Tchaïkovski : suite du Lac des cygnes (arrangement Mikhail Pletnev)

Les rencontres récentes avec le Russian National Orchestra (comme celle-ci en mai dernier) ont été autant de moments profondément réjouissants. Le concert d’octobre 2009, au programme duquel figurait le premier concerto de Rachmaninov par le même Lugansky, m’avait littéralement mis en transe.

Le Pelléas de Sibelius est une merveille absolue, interprétée avec un mélange irrésistible de tension et de paix intérieure par un orchestre au son décidément envoûtant. Les interventions du cor anglais, peut-être le plus bel instrument de la création avec le violoncelle, sont tout simplement sublimes. L’introduction du thème de Mélisande dans le deuxième mouvement me transporte dans une sorte de nirvana musical, qui se prolonge ensuite sans faiblir jusqu’à la conclusion déchirante et la mort de l’héroïne. (Superbe surprise en rentrant chez moi, Sibelius a écrit une très jolie adaptation pour piano seul.)

Le troisième concerto de Rachmaninov, un chef d’œuvre de premier rang, me plonge presque toujours dans un état d’extase indescriptible. J’ai pourtant connu un moment d’hésitation au début de l’œuvre tant Lugansky, manifestement en mode expérimental, semble vouloir capitaliser sur son ébouriffante maîtrise technique pour construire un discours legato, lisse et lyrique… avec la complicité de Pletnev, qui adopte son habituel train de sénateur.

La musique de Rachmaninov y perd une partie de son âme, et il faut attendre le deuxième… mais surtout le troisième mouvement pour que le frissonomètre se trouve pris de sursauts incontrôlables. La montée du suspense dans le troisième mouvement provoque un serrement de gorge aussi délicieux qu’angoissant. Le vivacissimo final est un moment de bonheur presque indécent : le dialogue initial avec les cors, qui produit le même effet psychologique que les coups de brigadier avant un lever du rideau, est sublimement géré par Pletnev ; le long unisson qui suit avec les cordes, l’une des plus belles pages de l’histoire de la musique, n’est qu’une longue et irrésistible montée orgastique, jouée dans un ensemble parfait par le soliste et l’orchestre. On en sort ivre de bonheur.

Je m’attendais à être déçu par la suite du Lac des cygnes compte tenu d’une récente expérience bien peu concluante à San Francisco. Je sous-estimais l’évident écho intérieur que la musique de Tchaïkovski produit chez les musiciens russes et l’instinct d’arrangeur de Pletnev, qui a construit une suite intelligemment équilibrée tant sur le plan dramatique que sur le plan musical.

Le résultat est magnifique. Petit bonus, on s’amuse énormément à la vue de la panique généralisée qui parcourt les pupitres de cordes, dont les partitions semblent avoir été assemblées de manière aléatoire. (Heureusement que certains ont l’air de connaître leur partie par cœur.)

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