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Posts from September 2011

Concert Orchestre Philharmonique de Radio-France / Chung à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 30.9.11 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Myung-Whun Chung

Kodály : Danses de Galánta
Barber : concerto pour piano et orchestre (Garrick Ohlsson, piano)
Bartók : Concerto pour orchestre

Quel concert magnifique ! Je ne pensais pas Chung capable de laisser s’épanouir ainsi le lyrisme naturel du Philharmonique, d’une irrésistible élégance. La volupté élégiaque des cordes, en particulier, prend à la gorge. On aimerait seulement que Chung mette un peu plus souvent la petite harmonie au premier plan : les superbes interventions des quatre solistes mériteraient d’être plus nettement mises en valeur.

Le concerto de Barber, peu joué, constitue un trait d’union parfait entre l’exaltation de la partition de Kodály et l’intensité du Concerto de Bartók. Garrick Ohlsson est un pianiste extraordinaire : son jeu est d’une légèreté miraculeuse alors que ses doigts sont pourtant fermement ancrés sur le clavier, qu’ils ne quittent quasiment jamais. Le thème envoûtant de la canzone du deuxième mouvement provoque une belle accumulation de frissons.


Concert Boulez à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 27.9.11 à 20h
Académie du Festival de Lucerne, Ensemble intercontemporain, Pierre Boulez

Boulez : Pli selon Pli (Barbara Hannigan, soprano)

Un concert étonnamment captivant, consacré à cette longue composition de 1962 (révisée depuis), dont le texte cite quelques poèmes de Mallarmé et qu’il me semble avoir déjà entendue en concert. Comme toujours avec Boulez, on est également fasciné par ce qui émerge de la construction de la partition (la symétrie du premier et du dernier accord, par exemple) et par la gestique maniaquement précise du Maestro (même si la pulsation disparaît dans les mouvements intitulés “improvisation”).

Le mouvement médian, qui s’appuie exclusivement sur les instruments de percussion (piano inclus), est particulièrement prenant.

On admire l’interprétation au cordeau. Je suis fasciné par le joueur de mandoline, qui fait un plonk en moyenne toutes les dix minutes et qui semble savoir toujours précisément où il en est. Prestation étonnament intense de Barbara Hannigan, qui donne continuité et lyrisme à la ligne chantée sans trahir l’essence d’un monde délibérément fragmenté.

Tout n’est pas également passionnant (le quatrième mouvement semble interminable), mais on ne peut nier être souvent intrigué et, à l’occasion, empoigné.

Sortie du Maestro entre les deux premiers mouvements : il dit quelque chose d’inintelligible mais montre ses lunettes : sales ? cassées ? Mystère.


Concert LSO / Gergiev au Barbican

Barbican Hall, Londres • 25.9.11 à 19h30
London Symphony Orchestra, Valery Gergiev

Brahms : concerto pour pianon n° 2 (Nelson Freire, piano)
Tchaïkovski : symphonie n° 4

Le seul mot capable de décrire le concerto est “miraculeux”. Le toucher de Freire produit une combinaison étonnante de légèreté et de puissance, habillée d’un merveilleux lyrisme qui n’est pas sans rappeler Perahia. Il y a beaucoup de pédale, mais on ne déplore aucune marmelade sonore (Hélène Grimaud, prends-en de la graine).  

L’apex du concerto est son envoûtant troisième mouvement : après la très belle introduction du thème par Timothy Hugh, les premiers violons se glissent subrepticement derrière le violoncelle pour lui voler insidieusement la vedette avec la complicité inattendue du basson (quelle roublarde, cette Rachel Gough) avant que le hautbois (magnifique Emanuel Abbühl) ne vole à son secours pour l’aider à reprendre le dessus.

Par la magie d’une sorte de réaction chimique, le son de l’orchestre semble être sublimé par la proximité d’un soliste aussi génial. Les cors sont sublimes (particulièrement David Pyatt et Antonio Geremia Iezzi) — c’est le pupitre pour lequel l’écart avec les orchestres français est le plus frappant.

Dommage que le quatrième mouvement de ce concerto soit si en-dessous du reste. L’œuvre initialement prévue était le premier concerto et la modification a été faite à la demande de Freire.

La deuxième partie est consacrée à une version super grand luxe de la quatrième de Tchaïkovski, interprétée par un orchestre tendu et voluptueux, dont Gergiev tire des inflexions étonnantes. Les pizzicati du 3ème mouvement, qui se déplacent comme par miracle, sont ensorcelants.


“Ragtime”

Landor Theatre, Londres • 25.9.11 à 15h
Musique : Stephen Flaherty. Lyrics : Lynn Ahrens. Livret : Terrence McNally, d’après le roman de E. L. Doctorow

Mise en scène : Robert McWhir. Direction musicale : George Dye. Avec Kurt Kansley (Coalhouse Walker Jr.), Louisa Lydell (Mother), John Barr (Tateh), Rosalind James (Sarah), David McMullan (Mother’s Younger Brother), Alexander Evans (Father), Raymond Coker (Booker T. Washington), Hollie O’Donoghue (Evelyn Nesbit), Judith Paris (Emma Goldman), Craig Rhys-Barlow (Harry Houdini), George Smith (The Little Boy), Graham Hoadly (Grandfather), …

Le minuscule Landor Theatre s’atèle à une entreprise à peu près aussi démesurée que son Follies de 2006 en montant ce qui est peut-être le dernier chef d’œuvre du vingtième siècle en matière de comédie musicale, le sublime Ragtime, avec un ratio comédiens / spectateurs compris entre un pour deux et un pour trois.

Et pourtant, dès le numéro d’ouverture — sans doute l’un des plus sublimes jamais écrits — on sent que la magie va fonctionner et que l’exiguïté de l’espace va une fois de plus servir de catalyseur à une expérience théâtrale supérieure. Le petit décor à malices de Martin Thomas réserve mille surprises permettant d’évoquer les nombreux lieux de l’histoire. Le procédé utilisé pour évoquer la fameuse Ford Model T est non seulement malin, mais également génial sur le plan dramatique car il permet de donner substance à la chanson “Henry Ford” comme aucune autre mise en scène ne l’a jamais fait.

Les comédiens sont excessivement attachants. Compte tenu de l’exigence de la partition, certains atteignent parfois leurs limites vocales (Rosalind James [notre récente Éponine de Paris], par exemple, n’a pas toutes les notes aiguës d’un rôle qui — faut-il le rappeler ? — a été écrit sur mesure pour Audra McDonald, pour qui rien n’est impossible). John Barr et David McMullan sont particulièrement géniaux dans les rôles touchants de Tateh et Younger Brother — deux rôles très différents mais si joliment écrits.

Excellente prestation également de la petite formation orchestrale de cinq musiciens, qui préserve l’essentiel de la magie de la sublime partition de Stephen Flaherty. L’intensité dramatique prend à la gorge sans discontinuer et la proximité imposée par la taille des lieux fonctionne à merveille pour créer une empathie idéale pour compenser le style “héroïque” de certaines scènes.

Je n’ai au fond, qu’un petit reproche… mais un reproche qui m’a tarabusté pendant toute la représentation : comment peut-on imaginer que le personnage de Mother ne porte pas de chapeau chaque fois qu’elle sort de chez elle ? La voir ainsi en cheveux m’a semblé une aberration totale.

Bon, je m’en remettrai. J’étais quand même heureux d’être assis au deuxième rang, car les spectateurs du premier rang éprouvaient sans doute quelques difficultés à prendre de la distance compte tenu du nombre de comédiens occupant simultanément la scène à de nombreuses reprises.


“The Passenger”

English National Opera, Londres • 24.9.11 à 18h30
Mieczyslaw Weinberg (1968). Livret : Alexander Medvedev, d’après le roman de Zofia Posmysz. Adaptation en anglais : David Fanning & David Pountney.

Mise en scène : David Pountney. Direction musicale : Richard Armstrong. Avec Michelle Breedt (Annaliese Franz), Kim Begley (Walter), Giselle Allen (Marta), Leigh Melrose (Tadeusz), Julia Sporsén (Katya), Pamela Helen Stephen (Krystina), Wendy Dawn Thompson (Vlasta), Carolyn Dobbin (Hannah), Rhina Lois (Yvette), …

Cet opéra du compositeur russo-polonais Miecszyslaw Weinberg, bien que composé en 1968, a été représenté pour la première fois en version de concert à Moscou en 2006, puis dans cette mise en scène de David Pountney au Festival de Bregenz en 2010.

L’intrigue suit une histoire très poignante : à la fin des années 1950, sur un paquebot transatlantique, une ancienne surveillante d’Auschwitz, Annaliese Franz, croit reconnaître une détenue du camp qu’elle pensait morte, Marta. Cette rencontre fait remonter des souvenirs à la surface, notamment l’histoire du fiancé de Marta, Tadeusz, un violoniste, obligé de jouer une valse grotesque pour le commandant du camp et qui lui fait un pied de nez en interprétant à la place la Chaconne de Bach. Annaliese se trouve obligée d’avouer son passé à son mari, un diplomate qui s’apprête à prendre son poste au Brésil, tandis que le souvenirs l’assaillent et que la conviction à laquelle elle se raccroche de n’avoir fait “que” son devoir commence à s’effriter.

La partition de Weinberg est intense et souvent envoûtante. Elle rappelle Chostakovitch, en moins grinçant. Des effluves de jazz se mêlent régulièrement à la musique et créent une atmosphère un peu surréaliste qui sied parfaitement à l’histoire.

Car la force du livret, sur laquelle la mise en scène s’appuie avec bonheur, est de ne pas chercher à représenter Auschwitz de manière trop littérale et trop macabre. C’est par le biais des souvenirs d’Annaliese que les scènes du passé sont présentées et ce sont les relations entre les personnages qui leur donnent leur force.

La mise en scène de David Pountney est exemplaire. Elle s’appuie sur un décor somptueux de Johan Engels, l’un des plus frappants que j’aie vus : en haut, les ponts du paquebot, dans une éclatante symphonie de blancs ; en bas, Auschwitz et ses lugubres voies ferrées.

C’est presque incroyable qu’il ait fallu plus de 40 ans pour que cette œuvre percutante voie la lumière du jour. Une fois de plus, l’English National Opera se montre autrement plus en pointe que son voisin compassé de Covent Garden.


“The Baker’s Wife”

Union Theatre, Londres • 24.9.11 à 15h
Musique et lyrics : Stephen Schwartz. Livret : Joseph Stein. D’après La Femme du boulanger de Marcel Pagnol et Jean Giono.

Mise en scène : Michael Strassen. Direction musicale : Chris Mundy. Avec Lisa Stokke (Geneviève), Michael Matus (Aimable), Matthew Goodgame (Dominique), James Ballanger, Ricky Butt, Danielle Fenemore, Megan Ford, Peter Horton, Joanna Kirkland, Mark Lawson, Francesca Leyland, Karl Moffatt, Ian Mowat, Liam Ross-Mills, Mark Turnbull, Natalie Viccars, Craig Webb, Ross Witherden.

Je n’ai pas grand’ chose à rajouter à ce que j’écrivais après avoir vu The Baker’s Wife pour la première fois au Paper Mill Playhouse en 2005 : difficile de construire une œuvre dramatique autour d’une intrigue aussi maigre : la femme du boulanger s’en va, puis elle revient. D’autant que, s’il y a une intrigue secondaire, elle est difficile à trouver : les villageois aiment le pain ? certains d’entre eux ne s’entendent pas et entretiennent leurs chamailleries avec soin depuis des années ?

La Provence de Giono et Pagnol, transposée sur une scène de comédie musicale, ressemble dangereusement à un mauvais cliché. Surtout avec des comédiens qui ne savent pas prononcer les quelques mots français du texte. C’est sans doute la limitation des mises en scène dans ces tout petits théâtres, où l’on ne peut pas compter sur la distance pour ajouter un peu de magie.

La distribution est solide. Excellente prestation de Michael Matus, vu récemment dans Lend Me a Tenor, qui parvient à donner vie à Aimable sans le transformer en caricature.


Concert ONF / Gatti au Châtelet

Théâtre du Châtelet, Paris • 22.9.11 à 20h
Orchestre National de France, Daniele Gatti

Dukas : L’Apprenti sorcier
Enesco : Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre (Han-na Chang, violoncelle)
Debussy : Images pour orchestre, “Iberia”
Ravel : Boléro

L’ONF n’a pas son pareil pour trouver la voix intérieure de la musique française. Son interprétation du Debussy est un bonheur : aérienne et facétieuse, la musique conserve une assise solide qui en décuple l’effet. Peu d’orchestres se révèlent capables de trouver cet équilibre subtil.

Magnifique Boléro, très bien géré, notamment dans la gradation des accelerandos. L’exécution d’un bis alors que l’orchestre est sur ses terres laisse deviner l’imminence d’une tournée.

Décidément, Gatti et l’ONF semblent avoir trouvé une forme d’entente qui ne semblait pas du tout évidente au début de leur collaboration.


Concert Orchestre de Paris / Sado à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 21.9.11 à 20h
Orchestre de Paris, Yutaka Sado

Stravinski : Scherzo fantastique
Lalo : concerto pour violoncelle (Marc Coppey, violoncelle)
Rimski-Korsakov : Shéhérazade

Très belle interprétation de cette charmante rengaine qu’est Shérézade, malgré les répétitions incessantes d’un matériau thématique particulièrement frugal et des harmonies sans relief. Charmante prestation de Roland Daugareil, que j’apprécie de plus en plus.

J’ai toujours beaucoup aimé Yutaka Sado : il semble posséder un talent rare pour catalyser le plaisir de jouer dans les orchestres qu’il dirige.


Concert Israel Philharmonic Orchestra / Mehta à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 18.9.11 à 20h
Israel Philharmonic Orchestra, Zubin Mehta

Bruch : concerto pour violon n° 1 (Vadim Repin, violon)
Mahler : symphonie n° 5

Quel orchestre de luxe ! Son généreux et galbé, stylé, qui fait complètement oublier la technique derrière un rideau de son luxurieux. Toutes les émotions n'y survivent pas nécessairement, mais la pure beauté du son écrase toute résistance. La rencontre avec Repin est, de ce point de vue, particulièrement appropriée.


Concert LSO / Davis à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 17.9.11 à 20h
London Symphony Orchestra & Chorus, Sir Colin Davis

Beethoven : Missa Solemnis
(Helena Juntunen, soprano ; Sarah Connolly, alto ; Paul Groves, ténor ; Matthew Rose, basse)

En écoutant la Missa Solemnis la veille du concert, je me suis souvenu à quel point je trouvais cette œuvre pénible. Impression malheureusement confirmée pendant ce concert interminable : espèce de baudruche gonflée par une inépuisable soufflerie ronflante et emphatique, cette messe boursouflée ne propose pas la moindre seconde d’intériorité ou d’émotion. La musique est tellement monocorde dans le style solennel qu’on cherche en vain un interstice dans lequel se glisser pour trouver un peu d’air. Quand je pense qu’on accuse Wagner d’écrire de la musique ampoulée…

Heureusement que l’interprétation est aussi magnifique. Le LSO parvient à rester miraculeusement 1h20 dans l’état de surtension que requiert l’œuvre. J’observe Gordan Nikolitch et Carmine Lauri qui, au premier pupitre des premiers violons, vibrent dans un unisson fascinant. Très belle prestation du chœur et, surtout, des solistes, absolument impeccables.


Concert ONF / Gatti au Châtelet

Théâtre du Châtelet, Paris • 15.9.11 à 20h
Orchestre National de France, Daniele Gatti

Mahler : symphonie n° 9

J’ai eu tendance à éviter le cycle Mahler de l’ONF à la suite d’une deuxième symphonie bien peu convaincante. Mon estime pour Gatti étant néanmoins considérable depuis les Parsifal de Bayreuth puis de Zurich, j’ai souhaité tenter l’expérience de cette neuvième, malgré les souvenirs vivaces des neuvièmes d’Abbado et de Gergiev.

Sans atteindre tout à fait les mêmes sommets, Gatti tire l’ONF très haut. L’entente entre le chef et l’orchestre s’est considérablement améliorée. Le niveau général de concentration est étonnant et la discipline collective, remarquable, malgré quelques minuscules accidents isolés. J’ose à peine l’écrire, mais je crois que je préfère nettement les violons du National quand ils sont menés par Luc Hery comme ce soir.

Le début du premier mouvement fait craindre que Gatti n’ait privilégié une approche un peu rigide : le tempo est un peu lent, la battue manque de souplesse et le spectre dynamique reste restreint.

Mais le geste s’assouplit progressivement et l’émotion s’installe. Le style Gatti reste en retrait, introspectif, pour ne pas dire introverti. Le micro-management de l’orchestre (je ne crois pas que Gatti ait oublié de donner un seul départ) semble superflu, les musiciens de l’ONF ayant vraisemblablement acquis à ce stade de leur carrière une maîtrise raisonnable du solfège.

Après un rondo tout en rondeurs au finale exquisément négocié, le miracle se produit dans un dernier mouvement somptueux, tout en tensions expertement entretenues malgré un tempo qui me conduit plusieurs fois à oublier de respirer. Les dernières minutes sont déchirantes et mon cœur asphyxié bat la chamade tandis que le son meurt dans un mouvement d’ensemble parfaitement maîtrisé. Le bruit de fond regrettable en provenance du public ne parvient pas à casser la magie.

Gatti aurait pu faire durer le silence final beaucoup plus longtemps. Il a baissé les bras après à peine dix ou quinze secondes. Dommage, la salle semblait pourtant prête à expérimenter l’apnée collective. Difficile après cette plongée magnifique dans le néant de trouver la force d’applaudir la performance à sa juste valeur.


“Götterdämmerung”

Kansallisooppera, Helsinki • 11.9.11 à 17h
Wagner (1876)

Direction musicale : Leif Segerstam. Mise en scène : Götz Friedrich. Avec Catherine Foster (Brünnhilde), Jürgen Müller (Siegfried), Matti Salminen (Hagen), Tommi Hakala (Gunther), Esa Ruuttunen (Alberich), Jenni Lättilä (Gutrune, Troisième Norne), Lilli Paasikivi (Waltraute), Sari Nordqvist (Première Norne), Niina Keitel (Deuxième Norne), Anna-Kristiina Kaappola (Woglinde), Tove Åman (Wellgunde), Riikka Rantanen (Floßhilde).

Un Crépuscule de très bon niveau malgré un départ un peu poussif à l’orchestre, dont les cuivres accumulent les petits incidents dans le premier acte.

Sur le plan visuel, c’est un des Götterdämmerung les plus impressionnants que j’aie vus. Lorsque le rideau se lève, les Nornes sont affairées à manipuler une grosse corde rouge qui, une fois cassée, restera visible jusqu’à la fin de la pièce. Pendant le voyage de Siegfried sur le Rhin, des néons horizontaux blancs et bleus descendent des cintres et oscillent : l’effet est d’autant plus réussi que le plancher de scène est brillant. C’est, bien sûr, ce même dispositif qui est utilisé au début du troisième acte pour la scène des Filles du Rhin.

Le décor du palais des Gibichung est magnifique et fait appel notamment à de gigantesques loupes, qui agrandissent considérablement les visages qui se postent derrière elles — l’effet est frappant et la thématique de la loupe convient très bien aux Gibichung, une famille de troisième zone qui essaie de se mettre en valeur par le truchement de tiers. Le metteur en scène nous suggère d’ailleurs que Gutrune et Gunther s’adonnent à une relation incestueuse — rien que de très normal dans le Ring et une bonne façon d’introduire la nécessité qu’ils trouvent à se marier.

La destruction du monde est mise en scène de manière fort spectaculaire, avec le bûcher de Siegfried à l’arrière-scène tandis que le décor du palais des Gibichung s’effondre littéralement. Seuls les derniers instants ne sont pas totalement convaincants : Brünnhilde a, curieusement, survécu… et le metteur en scène nous rappelle ce que disent tous les commentaires du Ring, qu’un personnage a survécu au carnage : Alberich, qui passe à l’avant-scène, quelque peu interloqué.

L’orchestre n’est pas le seul à avoir quelques difficultés au démarrage. C’est également le cas de Catherine Foster, qui erre plusieurs fois à la limite de la justesse pendant sa première scène. Elle se reprendra ensuite et nous proposera même dans le deuxième acte une prestation d’une intensité inhabituelle — la plupart des Brünnhilde préfèrent s’économiser en vue du finale.

Pour le reste, difficile de trouver un maillon faible. Matti Salminen domine la distribution de son autorité magistrale. Il n’a plus son souffle de jeune-homme, mais il a encore plus d’un tour dans son sac grâce à une technique en bêton. Jürgen Müller reste un Siegfried extrêmement séduisant, avec un joli mélange de fragilité et de fougue juvénile. Je suis impressionné qu’il arrive à chanter les deux Siegfried (celui de Siegfried et celui de Götterdämmerung) à deux jours d’intervalle sans y laisser son larynx : les aigus de l’oiseau “passent” sans trop de difficulté dans sa dernière scène, même si les efforts sont perceptibles.

Lilli Paasikivi, une habituée de la troisième de Mahler, qui était la Fricka et la Deuxième Norne d’Aix-en-Provence, est une Waltraute puissante et altière. Tant les Nornes que les Filles du Rhin sont absolument magnifiques. Gunther et Gutrune sont solides. Il n’y a guère qu’Alberich qui laisse un peu à désirer.

Une fois leur sang froid retrouvé, les musiciens proposent des pages absolument magnifiques dans les deuxième et troisième actes. C’est parfois un tout petit peu trop lent (comme dans Siegfried, d’ailleurs), mais c’est plusieurs fois somptueux.

Tout ça me donne envie de revenir voir Rheingold et Walküre si l’occasion se présente…

Et un petit album photo d’Helsinki. On y trouvera notamment le fameux monument à SIbelius (dont une copie se trouve, paraît-il, à l’Unesco à Paris, mais je n’y ai jamais mis les pieds), une statue d’un autre compositeur finlandais, Toivo Kuula, ainsi que quelques photos de l’impressionnant Musiikkitalo, un lieu de concerts flambant neuf qui accueille désormais l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise, l’Orchestre philharmonique d’Helsinki et la prestigieuse Académie Sibelius.

Helsinki

“Lainahöyhenissä” (“La Cage aux Folles”)

Arena-näyttämö, Helsinki • 10.9.11 à 19h
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret. Adaptation en finnois : Mikko Koivusalo.

Mise en scène : Neil Hardwick. Direction musicale : Kaisa Kulmala. Avec Pertti Koivula (Georges), Santeri Kinnunen (Albin), Antti Timonen (Jean-Michel), Marika Westerling (Anne), Markku Haussila (Jacob), Eero Saarinen (Édouard Dindon), Leena Rapola (Mme Dindon), Riitta Havukainen (Jacqueline), Matti Rasila (Francis), Ima Iduozee (Faidra), Henri Sarajärvi (Hanna), Raine Heiskanen (Babette), Unto Nuora (Mercedes), Turo Koponen (Nicole), Jussi Virkki (Chantal), Kaisa Torkkel (Angélique), Mikko Vihma (le pêcheur / le maître d’hôtel / le photographe).

Le hasard fait bien les choses puisqu’il me permet de voir une production de La Cage aux Folles à Helsinki entre Siegfried et Götterdämmerung. La comédie musicale semble bien se porter en Finlande : Cabaret et The Producers sont également représentés dans des villes voisines.

C’est une production de qualité qui est présentée sous l’égide du Helsinki City Theatre (Helsingin Kaupungin Teatteri). Elle emprunte quelques idées à la mise en scène de Terry Johnson présentée récemment à Londres (où je l’ai vue quatre fois) puis à New York (où je l’ai vue deux fois), mais elle sait aussi faire preuve d’originalité de temps à autre. Il y a malgré tout quelques bizarreries et quelques passages dans lesquels la mise en scène n’est pas parfaitement synchronisée avec la partition.

Le budget a manifestement été consacré en priorité aux costumes et au décor de la boîte de nuit car le décor de l’intérieur de la maison est plus que rudimentaire. On découvre avec plaisir des comédiens attentifs au texte et aux situations, impliqués sans jamais surjouer. Des personnages secondaires un peu fades comme Mme Dindon ou, parfois, Jean-Michel, prennent vie de manière inattendue.

L’orchestration pour huit musiciens est la plus réussie des orchestrations réduites que j’aie entendues. Elle permet de préserver une bonne partie des nombreux bonheurs de la partition de Jerry Herman. L’orchestre joue avec un sérieux et une concentration qu’on voit rarement dans ce répertoire.  Les comédiens sont globalement de bons chanteurs, et l’on apprécie tout particulièrement les passages à plusieurs voix, très au point.

Bref, du travail de pro.

Curieusement, le public n’applaudit ni l’ouverture, ni le prélude orchestral du deuxième acte, alors qu’il se montre globalement très enthousiaste. Un spectateur au rang devant moi est étonnamment démonstratif : il rit et applaudit très bruyamment et crie même régulièrement en direction des comédiens.


“Siegfried”

Kansallisooppera, Helsinki • 9.9.11 à 17h
Wagner (1876)

Direction musicale : Leif Segerstam. Mise en scène : Götz Friedrich. Avec Jürgen Müller (Siegfried), Colin Judson (Mime), Terje Stensvold  (Der Wanderer), Esa Ruuttunen (Alberich), Jyrki Korhonen (Fafner), Sari Nordqvist (Erda), Catherine Foster (Brünnhilde), Terttu Iso-Oja, Tove Åman, Hanna Rantala (Waldvogel).

Je ne m’attendais pas à une représentation d’un aussi bon niveau en venant voir les deux derniers volets de ce Ring helsinkien. L’orchestre, magnifique (quatre harpes !), est mené de main de maître par l’étonnant Leif Segerstam, l’homme aux 250 symphonies. Les cuivres sont impeccables, les cordes, infiniment expressives.

La mise en scène est dense et s’appuie sur de très jolis visuels, tendance design scandinave (légèrement mâtiné de Regietheater au premier acte). Aux deux premiers actes, l’espace scénique est rythmé par des troncs d’arbre sombres qui constituent autant de verticales qu’interceptent des plans inclinés sur lesquels évoluent les personnages. Le troisième acte constitue une belle démonstration des possibilités techniques du théâtre, une première fois lorsque le plancher sur lequel se tient Wotan se soulève pour faire apparaître Erda, puis ensuite lorsque le décor monumental de la montagne sur laquelle dort Brünnhilde apparaît en fond de scène pour glisser doucement vers l’avant-scène tandis que les flammes brûlent avec rage. Seul le dragon gonflable est un peu ridicule.

La distribution est étonnante. On y retrouve avec grand plaisir la Brünnhilde de Catherine Foster, qui m’avait déjà enthousiasmé à Shanghai. Terje Stensvold propose un Wotan impérial, qui conjugue autorité et beauté vocale. Le Mime de Colin Judson, déjà vu à Strasbourg, est très impliqué sur le plan dramatique. Jolies prestations, également, d’Alberich, de Fafner et de Erda. Jürgen Müller est un Siegfried charismatique et idéalement juvénile, très attaché au jeu dramatique et qui se rend particulièrement sympathique en chantant complètement son rôle, sans tricher. Sa voix ne tient pas complètement la distance et il souffre dans les quinze dernières minutes, mais le reste de sa prestation est digne d’éloges.

Bonne surprise : les surtitres sont en finnois, en suédois et en anglais. La comparaison est intéressante car, si le suédois et l’anglais partagent manifestement beaucoup de racines, le finnois ne ressemble à rien de connu (“l’Anneau du Nibelung” se dit Nibelungin Sormus).


Concert Pittsburgh Symphony / Honeck à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 7.9.11 à 20h
Pittsburgh Symphony Orchestra, Manfred Honeck

Beethoven : concerto pour piano n° 4 (Hélène Grimaud, piano)
Tchaïkovski : symphonie n° 5

Très joli concert, du moins dans la deuxième partie car seuls les coups de coude bienveillants de mon compagnon de concert m’ont permis d’échapper à la léthargie que m’inspirait le concerto de Grimaud.

La symphonie de Tchaïkovski est un petit bonheur de couleurs, de rythmes et de contrastes. La beauté de l’écriture mélodique la porte régulièrement sur des sommets. Honeck fait montre d’une belle inspiration dans le choix des ruptures dynamiques et des tempi. Le solo de cor est impeccable, le plaisir des musiciens est palpable : un bien joli moment de musique.


“Perchance to Dream”

Finborough Theatre, Londres • 4.9.11 à 19h30
Conçu, écrit et composé par Ivor Novello (1945)

Mise en scène et direction musicale : Max Pappenheim. Avec Michael Burgen, Clare Louise Connolly, Laura Hanna, Amanda Hootman, Natalie Langston, Annabel Leventon, James Marchant, Rachael McCormick, Martin Milnes, Kelly Price, Claire Redcliffe, Robert Rees, James Russell, Gemma Sandzer, Katy Treharne.

Ivor Novello fut l’un des auteurs/compositeurs/comédiens britanniques les plus en vue de la première moitié du 20ème siècle, à l’égal d’un Noël Coward. Son souvenir s’est malheureusement un peu estompé aujourd’hui, même si l’un des théâtres du West End porte son nom. (Certains se souviendront peut-être que Novello est l’un des personnages du délicieux film Gosford Park, dans lequel on entend d’ailleurs plusieurs de ses chansons.)

Le minuscule Finborough Theatre propose de revoir l’une des dernières comédies musicales de Novello, Perchance to Dream, qui rencontra un succès considérable à sa création en 1945. Et quel concentré de bonheur ! Une écriture élégante et moderne, pleine d’un humour beaucoup moins timide qu’on pourrait le penser, une partition exquisissime, une interprétation intelligente et respectueuse… L’expérience est un régal pur et simple, malgré le piano électrique utilisé pour l’accompagnement.

Le spectacle inclut l’une des chansons les plus connues de Novello, le sublime “We’ll Gather Lilacs”, que l’on peut entendre ici interprétée par Julie Andrews, ou encore ici par Ben Heppner (dont on ignorait qu’il sût “alléger” autant sa voix).


“Road Show”

Menier Chocolate Factory, Londres • 4.9.11 à 15h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : John Weidman.

Mise en scène : John Doyle. Direction musicale : Catherine Jayes. Avec Michael Jibson (Addison Mizner), David Bedella (Wilson Mizner), Gillian Bevan (Mama Mizner), Glyn Kerslake (Papa Mizner), Jon Robyns (Hollis Bessemer), Adrian Der Gregorian, Fiona Dunn, Sarah Ingram, Julie Jupp, Elizabeth Marsh, Christopher Ragland, Robbie Scotcher, Phil Wrigley.

J’avais déjà décrit cette comédie musicale de Stephen Sondheim — sa dernière en date — à l’occasion de sa création à New York en 2008 après une gestation complexe au cours de laquelle je l’avais vue à Chicago en 2003 (alors qu’elle s’appelait encore Bounce).

C’est la même production que celle de New York qui s’est installée à Londres. Avec quelques adaptations car l’espace scénique est un peu plus contraignant.

Le constat est le même : deux ou trois très belles chansons, une mise en scène sans génie, une histoire désespérément linéaire. Heureusement, cette production londonienne emploie une distribution plus convaincante que celle de New York. Michael Jibson campe un Addison Mizner furieusement touchant. Il porte largement la pièce, avec l’aide d’un David Bedella également très charismatique et d’une très belle brochette de seconds rôles parmi lesquels se distinguent notamment Glyn Kerslake (qui interprétait Frank dans le très joli Merrily We Roll Along de Derby) et Jon Robyns (l’Enjolras du Châtelet).


“Parade”

Southwark Playhouse, Londres • 3.9.11 à 19h30
Musique et lyrics : Jason Robert Brown. Livret : Alfred Uhry. Co-conçu par Harold Prince.

Mise en scène : Thom Southerland. Direction musicale : Michael Bradley. Avec Alastair Brookshaw (Leo Frank), Laura Pitt-Pulford (Lucille Frank), Kelly Agbowu, Simon Bailey, Jessica Bastick-Vines, Michael Cotton, Terry Doe, Natalie Green, David Haydn, Mark Inscoe, Abiona Omonua, Philip Rham, Samantha Seager, Victoria Serra, Samuel J. Weir.

J’avais déjà présenté cette superbe comédie musicale de Jason Robert Brown et Alfred Uhry lors de sa création britannique au Donmar Warehouse en 2007, avant de la revoir en 2009 au Bridewell Theatre, interprétée par une troupe d’amateurs.

Cette nouvelle production est présentée par le Southwark Playhouse, un autre de ces petits théâtres londoniens pleins de ressources où j’avais vu une très bonne production de Company il y a six mois environ. J’en avais lu des échos très négatifs liés essentiellement à la qualité de la prise de son, au point d’ailleurs d’hésiter à aller voir la pièce.

La sonorisation est effectivement très déroutante par son absence de spatialisation : les voix ne viennent pas du tout de l'endroit où se trouvent les comédiens… ce qui est d’autant plus perturbant que la disposition des lieux les place à proximité immédiate des spectateurs, assis sur deux gradins qui se font face. De surcroît, la configuration de la salle, installée sous un immense plafond voûté, crée une acoustique réverbérante sans doute pas commode à gérer.

Mais il ne faut pas si longtemps pour s’habituer à ces bizarreries et, une fois la surprise initiale surmontée, on est bien obligé de se rendre à l’évidence : cette production de Parade est absolument somptueuse.

Somptueuse musicalement, car les numéros musicaux, souvent d’une effrayante complexité polyphonique, sont interprétés de manière absolument impeccable par des comédiens qui chantent parfaitement juste et qui (à l’exception de Laura Pitt-Pulford, qui interprète Lucille) ne se permettent aucune fantaisie. De ce point de vue-là, il n’y a aucun doute sur le fait que cette production est bien supérieure aux autres que j’ai vues jusqu’à présent, d’autant que l’orchestre est lui-même de très bon niveau — j’aurais pu embrasser le corniste tant ses interventions m’ont transporté.

Somptueuse également sur le plan de la mise en scène car Thom Southerland, habitué aux petits espaces, se débrouille fort bien des contraintes liées au lieu, même si je ne suis pas fanatique de cette configuration dans laquelle les spectateurs se font face.

Même la sonorisation tant décriée a au moins une vertu : l’intelligibilité parfaite de chaque mot, ce qui n’est pas si fréquent.

Magnifique.


“Bernarda Alba”

Union Theatre, Londres • 3.9.11 à 15h
Livret, musique et lyrics : Michael John LaChiusa, d’après la pièce de Federico García Lorca, La casa de Bernarda Alba.

Mise en scène : Katherine Hare. Direction musicale : Leigh Thompson. Avec Beverley Klein (Bernarda Alba), Amelia Adams-Pearce (Adela), Suanne Braun (Servant / Prudencia), Maria Coyne (Young Maid), Soophia Foroughi (Magdalena), Sophie Jugé (Augustias), Emily-Jane Morris (Amelia), Ellen O’Grady (Poncia), Buster Skeggs (Maria Josepha), Rebecca Trehearn (Martirio).

L'idée d’adapter la pièce de Lorca en comédie musicale n’est pas nécessairement une évidence. Si quelqu’un pouvait s’y atteler, c’est bien l’un des “jeunes” compositeurs (ils ne sont plus si jeunes que ça à force) censés incarner la relève à Broadway.

Michael John LaChiusa (49 ans, dont j’avais parlé ici) a déjà derrière lui une demi-douzaine de comédies musicales produites soit à Broadway, soit Off-Broadway. Sa partition pour ce Bernarda Alba, bien que teintée par le vocabulaire musical du flamenco, ne se laisse pas facilement approcher. Le CD du spectacle (enregistré à l’occasion de la création à New York en 2006) est quasiment inécoutable ; je n’ai en tout cas pour ma part jamais réussi à aller jusqu’au bout.

Mise en contexte, la musique constitue bien sûr une expérience bien différente. Sans aller jusqu’à dire que j’ai eu une révélation, j’ai trouvé la partition plus supportable et j’y ai même, pour la première fois, discerné quelques moments d’une grande beauté. Ce qui est indiscutable, c’est que la musique dégage une forme de violence primordiale qui se marie merveilleusement aux tensions dramatiques de l’œuvre. Et on se sent privilégié d’avoir droit à un excellent orchestre de six musiciens dans un espace aussi exigu.

C’est que, comme d’habitude au Union Theatre, les standards de qualité sont élevés. Le décor parvient à créer une atmosphère particulièrement réussie avec presque rien. La distribution est parfaitement choisie et elle est menée par la très impressionnante Beverley Klein, que j’ai toujours beaucoup aimée et qui campe le rôle titulaire avec grand talent.

L’expérience est donc plutôt plaisante, même s’il y a des moments où la musique reste difficile à apprécier… et si on ressort du théâtre en se demandant si cette mise en musique n’a finalement pas pour effet d’affaiblir en partie la pièce de Lorca.

J’avais de surcroît fait l’erreur de me placer trop près de l’orchestre, situé pour une fois derrière le public. Je n’arrivais, du coup, à entendre les lyrics qu’au prix d’efforts un peu lassants à la longue.


Concert CSO / Muti à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 2.9.11 à 20h
Chicago Symphony Orchestra, Riccardo Muti

Bernard Rands : Danza Petrificada (création)
Strauss : Tod und Verklärung
Chostakovitch : symphonie n° 5

Ce concert confirme l’impression maintes fois ressentie dans le passé récent (à Chicago, à Lucerne et à New York en 2009, à Londres en 2008) que le CSO est devenu une machine à produire du beau son, mais un son sans aspérité et sans histoire, particulièrement peu adapté au programme choisi pour ce concert.

Car Strauss et Chostakovitch (le second encore plus que le premier) ont besoin d’une dose de rudesse, voire de crudité, parfaitement absente ici.

Il est vrai que, si l’on ne connaît pas Tod und Verklärung, l’œuvre jouée par le CSO est comme un joli galet poli par le passage des flots. Mais on n’y voit/entend ni les infinies nuances des ombres de la mort, ni l’éblouissante clarté de la transfiguration.

La symphonie résiste moins bien car jouer Chostakovitch en en masquant l’ironie grinçante et la schizophrénie permanente entre le trivial et le sublime revient à priver l’œuvre de son âme. Le deuxième mouvement en est la principale victime et en devient grotesque.

Les autres mouvements sont trop réguliers, trop lisses et manquent de personnalité, en dépit de réelles qualités techniques. La fin du premier mouvement ne fait pas apparaître cette curieuse et fascinante dislocation de l’espace-temps qui la caractérise d’habitude. Le troisième mouvement, décidément trop “beau”, n’accroche jamais. Et le dernier mouvement, qui se résume trop souvent à de brusques contrastes dynamiques trop marqués, ne raconte aucune histoire.

C’est, du coup, la moins bonne cinquième de Chostakovitch entendue ces derniers temps. On préférera se souvenir de Welser-Möst avec les Cleveland, d’Eschenbach avec l’Orchestre de Paris, de Gatti avec l’Orchestre National de France… ou même de Honeck avec le Pittsburgh Symphony.

On est heureux de voir Muti en pleine forme après son accident de l’hiver dernier, mais on aurait préféré le revoir dans un programme plus adapté aux qualités — réelles — de l’orchestre.