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Posts from August 2011

Prom 49 : “Hooray for Hollywood”

Royal Albert Hall, Londres • 29.8.11 à 19h30

Le John Wilson Orchestra et les Maida Vale Singers, sous la direction de John Wilson. Avec Annalene Beechey, Charles Castronovo, Matthew Ford, Sarah Fox, Caroline O'Connor, Clare Teal.

Ce sera mon seul concert des Proms cette année. Mais un concert incontournable, tant les prestations du John Wilson Orchestra en 2009 (je n’y étais malheureusement pas) et en 2010 avaient été électriques. Comme l’année dernière, les billets sont partis comme des petits pains dans les minutes qui ont suivi l’ouverture de la location (il y doit tout de même y avoir autour de 5000 places).

Le John Wilson Orchestra est cette phalange incroyable, constituée des meilleurs instrumentistes des meilleurs orchestres européens, qui se consacre aux inoubliables partitions de l’âge d’or de la comédie musicale américaine. Car Hollywood employait alors les meilleurs compositeurs, les meilleurs musiciens… et, de manière capitale, les meilleurs arrangeurs/orchestrateurs, des génies dont le talent ne peut être surestimé. C’est d’ailleurs parfois au prix d’un travail minutieux que le matériel d’orchestre a pu être reconstitué car tous les studios n’ont pas conservé leurs archives.

Après avoir rendu un hommage particulier à la MGM en 2009 et s’être concentré sur les comédies musicales de Rodgers & Hammerstein en 2010, John Wilson a décidé de construire pour 2011 un programme racontant en quelques séquences l’histoire de l’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, des années 1930 aux années 1960, en se concentrant en particulier sur les studios moins représentés les années précédentes : RKO, Warner Brothers, 20th Century Fox.

Comme d’habitude, l’excitation est à son comble. L’orchestre est dans un état de grâce permanent, avec des cordes d’une irrésistible onctuosité et des cuivres survoltés. Le programme inclut un peu plus de ballades que les années précédentes, mais les chanteurs ont été manifestement choisis pour leur capacité à infuser un véritable style à des mélodies souvent géniales. L’un des sommets inattendus de la représentation est d’ailleurs la prestation impeccable du chanteur d’opéra Charles Castronovo dans la “Sérénade” du Student Prince de Sigmund Romberg — le souvenir de Mario Lanza est pourtant difficile à effacer.

C’est malgré tout lorsque l’orchestre passe en mode “survolté” que le plaisir atteint des sommets. L’ouverture — arrangée pour l’occasion par John Wilson —, le “Strike Up the Band” irrésistible de Caroline O’Connor (qui se débrouille aussi très bien plus tard du redoutable “The Man That Got Away”, qui est presque la propriété exclusive de Judy Garland), le “Clap Yo’ Hands” extrait de Funny Face, le “Sit Down, You’re Rockin’ the Boat” de Guys and Dolls… sont autant de moments irrésisitbles. Mais c’est sans conteste la sublimissime ouverture de Gypsy qui bat tous les records : frissons, larmes, tout sort d’un coup. Et, à en juger, par la folle ovation qui suit, je ne suis pas le seul.

On ne peut qu’être emballé par autant de talent et d’enthousiasme. Les Maida Vale Singers, en particulier, font montre d’un investissement d’une justesse incroyable. Chaque fois que l’un des chanteurs sort des rangs pour interpréter un solo (il faut parfois compenser la sur-représentation des femmes parmi les solistes), il se révèle proprement éblouissant.


Promenade dans Venise

28.8.11

Une journée passée à flâner — pour la première fois — dans Venise. Pour une raison que je ne saurais expliquer précisément, cette ville ne m’attirait pas. Elle me faisait même un peu peur. Le charme a quand même opéré — même s’il est assez curieux qu’une ville dans un tel état de délabrement puisse conserver un pouvoir d’attraction.

Le véritable choc de la journée, cependant, je le dois à la découverte des deux lieux consacrés par François Pinault à l’art contemporain : le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana. L’exposition présentée au Palazzo Grassi, “The World Belongs To You”, est absolument fascinante : non seulement les œuvres exposées sont toutes plus géniales les unes que les autres, mais leur osmose parfaite avec le lieu est une source permanente d’émerveillement. À la Punta della Dogana, “Éloge du doute”, est un cran en-dessous, d’autant que le sublime travail architectural de Tadao Ando, même conçu pour disparaître derrière les œuvres, finit quand même par leur voler la vedette.

Autre exquise découverte : une boutique du parfumeur florentin Santa Maria Novella, dans une ruelle voisine du Palazzo Grassi. Dîner dans un restaurant choisi au hasard, avec notamment de superbes seppie alla veneziana (seiches à l’encre).

Pas mal de photos, bien sûr :

Venise

“La Traviata”

Teatro La Fenice, Venise • 27.8.11 à 19h
Verdi (1853). Livret de Francesco Maria Piave, d’après Dumas Fils.

Direction musicale : Renato Palumbo. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Patrizia Ciofi (Violetta), Gianluca Terranova (Alfredo), Claudio Sgura (Germont)…

Représentation inaugurale de la saison 2011/2012 à la Fenice avec cette Traviata, créée dans ce même théâtre en 1853 et représentée en 2004 lors de l’ouverture du bâtiment actuel après qu’un incendie criminel eut ravagé le bâtiment précédent.

Malgré mon admiration pour Robert Carsen, ce n’est pas une grande Traviata, ni sur le plan de la mise en scène, ni sur le plan de l’interprétation.

Carsen a conçu des images monumentales et frappantes (comme d’habitude), mais elles ne sont que modérément bien réalisées, avec des décors qui font un peu “cheap” depuis le premier rang et des lumières sans génie. Le fil rouge (enfin, vert, en réalité) de la vision de Carsen est double : d’une part, une assez jolie forêt qui sert de tableau dans la chambre (d’hôtel) de Violetta avant de devenir l’immense image de fond du début du deuxième acte, puis le décor du divertissement chez Flora ; d’autre part, de gros billets de banque : les “admirateurs” de Violetta lui en donnent par poignées dans le premier acte au point que tous les tiroirs semblent en déborder… puis les billets tombent du ciel comme des feuilles mortes dans le deuxième acte… et jonchent le sol pendant la scène du casino. Le troisième acte est plus difficile à déchiffrer : il se passe dans le même décor que le premier acte, mais la pièce est en chantier — il n’y a plus de lit mais un échafaudage avec des pots de peinture… Que fait encore Violetta dans cette chambre d’hôtel en travaux ?

La direction d’orchestre de Renato Palumbo me convainc bien moins que sa récente prestation à Bastille dans Tosca. Peut-être est-ce parce qu’il passe un temps fou à diriger les chanteurs de manière excessivement minutieuse ? Il en fait tellement qu’on se demande s’il y a eu des répétitions. Cela expliquerait la nervosité apparente des trois solistes.

Ciofi commence mal, très mal… et trébuche d’ailleurs dans son dernier aigu du premier acte. Elle se ressaisit ensuite et prend de plus en plus d’assurance. Elle finit son troisième acte de manière très intense. La voix est plus maîtrisée, mais elle reste voilée, tendue et souvent à la limite de la stridence. Il lui faut des tempi assez lents pour arriver à poser toutes ses notes. Elle en fait des tonnes sur le plan dramatique et gagne ainsi sans surprise l’adhésion d’un public peu exigeant.

Le ténor, Gianluca Terranova, reste hyper-tendu pendant toute la pièce, mais il “passe” les difficultés techniques, quitte à y aller aux forceps. Il ne quitte pas le chef des yeux pendant son dernier duo avec Violetta au troisième acte, ce qui donne une coloration curieuse à la scène. C’est le baryton, Claudio Sgura, qui propose la prestation la plus “honnête”, mais lui aussi est raide comme un bâton.

“Tiens, je ne me souvenais pas que Traviata commençait par une fanfare”, ai-je eu le temps de penser avant de me rendre compte que mon voisin de droite ne s’était peut-être pas levé à cause d’une crampe. C’est que l’orchestre a commencé la représentation en jouant l’hymne national italien (enfin j’imagine), un truc pompier à peu près aussi passionnant que La Marseillaise. À en juger par le temps qu’il a fallu au public pour se lever, il devait y avoir beaucoup d’étrangers dans la salle.


Concert Berliner Philharmoniker / Rattle à Berlin

Philharmonie, Berlin • 26.8.11 à 19h
Berliner Philharmoniker, Simon Rattle

Mahler : symphonie n° 7

Ma précédente visite à la Philharmonie de Berlin (qui était la première) remonte à plus de quatre ans. J’y avais justement entendu trois symphonies de Mahler interprétées par l'orchestre du Staatsoper, dont une septième assez oubliable dirigée par Daniel Barenboim.

Les Berliner Philharmoniker sont en train de présenter, à leur rythme, une intégrale des symphonies de Mahler sous la conduite de leur directeur musical, Simon Rattle. En passant un jour par hasard sur le site de l’orchestre, j’ai eu la surprise de constater qu’une poignée de places étaient disponibles pour le concert inaugural de la nouvelle saison, consacré à la septième.

Le concert valait bien entendu le déplacement, malgré la chaleur tropicale qui régnait sur Berlin… jusques et y compris à l’intérieur de la Philharmonie, manifestement mal climatisée. Je me risque néanmoins à avancer que j’avais été plus touché par le concert du San Francisco Symphony dirigé par Michael Tilson Thomas au Royal Albert Hall il y a à peu près exactement quatre ans.

C’est qu’on sent que Rattle cherche à garder le contrôle d’une musique qui, notamment dans les deux mouvements extrêmes, pousse pourtant plutôt à un certain abandon. La conduite du premier mouvement est tellement régulière qu’on en perd ces petits moments indéfinissables où de microscopiques décalages font naître de petits bonheurs aussi furtifs qu’inattendus. Mais cette régularité peut aussi faire naître des moments sublimes, comme dans les dernières mesures du premier mouvement, souvent accélérées au-delà du raisonnable : la détermination de Rattle à conserver la pulsation décuple la force de la conclusion et fait venir instantanément la chair de poule.

Il n’en reste pas moins que le jeu de l’orchestre est superlatif. C’est d’ailleurs ce qui permet à Rattle d’aller exhumer ici ou là des traits rarement mis en évidence, en obtenant des résultats magnifiques. Les cors sont particulièrement sidérants dans la première Nachtmusik grâce à leur capacité à changer de nuance en gardant une note tenue.

Épisode curieux à la fin du concert : Rattle revient sur scène alors qu’il ne reste que la moitié environ des musiciens et il demande à tout le monde de se rasseoir. (La plupart des pupitres s’exécutent… sauf les altos, qui laissent les deux tiers de leurs chaises vides.) Rattle annonce alors dans un allemand laborieux et mélangé d’anglais que l’un des contrebassistes vient d’exécuter son dernier concert après une longue et fructueuse carrière. Fleurs, applaudissements des collègues, mais aussi du public, dont une partie se lève avec enthousiasme.

Le concert devait commencer par la symphonie de chambre n° 1 de Schönberg. Des panneaux placés à l’entrée annoncent que ça ne sera finalement pas le cas. À titre personnel, je préfère attaquer directement… même s’il devait y avoir une logique dans le couplage.


“The Hired Man”

Landor Theatre, Londres • 21.8.11 à 15h
Musique et lyrics : Howard Goodall. Livret : Melvyn Bragg.

Mise en scène : Andrew Keates. Direction musicale : Niall Bailey. Avec Joe Maxwell (John), Catherine Mort (Emily), Martin Neely (Seth), Sean-Paul Jenkinson (Isaac), Abigail Matthews (May), Ben McMath (Harry), Ian Daniels (Jackson),…

Enfin ! The Hired Man est généralement considéré comme l’un des bijoux méconnus du répertoire du théâtre musical anglais. La création de Love Story l’année dernière au Festival de Chichester avait confirmé l’étendue du talent de son compositeur, Howard Goodall. D’autres occasions s’étaient présentées de voir The Hired Man, mais le sort s’était jusqu’à présent acharné contre moi pour m’empêcher de les saisir.

L’expérience est probante : la partition de Goodall, orchestrée pour un quatuor avec piano, est superbe. Elle trouve le bon ton pour donner une voix à cette épopée d’ouvriers agricoles du nord de l’Angleterre confrontés à la pauvreté, à la guerre et à la révolution industrielle au tournant du 20ème siècle. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire est d’exploiter peut-être un peu trop un nombre limité de thèmes qui ont tendance à revenir chacun plusieurs fois.

Une fois encore, on est assez bluffé de voir ce que le metteur en scène Andrew Keates parvient à accomplir dans le minuscule espace du Landor Theatre… d’autant que la pièce exige régulièrement la présence simultanée de la quasi-totalité des 17 comédiens sur la “scène”. Les images sont composées avec un instinct visuel remarquable et les lumières de Howard Hudson sont un enchantement permanent.

La distribution, fort jeune, déborde de talent… même si les exigences de la pièce sont lourdes à porter jusqu’au bout pour certains. Même si tous sont excellents, je me permets une mention spéciale pour Abigail Matthews, qui donne une fraîcheur remarquable au rôle de May… et qui fait des merveilles avec la chanson “You Never See the Sun”, qui ouvre le deuxième acte. (L’enregistrement disponible sur Spotify et vers lequel pointe le lien n’est pas très bon et ne rend que très imparfaitement justice à la partition.)


“Top Hat”

Milton Keynes Theatre • 20.8.11 à 19h30
Musique & lyrics : Irving Berlin. Livret : Matthew White & Howard Jacques, d’après le film de la RKO.

Mise en scène : Matthew White. Direction musicale : Dan Jackson. Avec Tom Chambers [?] (Jerry Travers),  Summer Strallen (Dale Tremont), Martin Ball (Horace Hardwick), Vivien Parry (Madge Hardwick), Stephen Boswell (Bates), Ricardo Afonso (Alberto Beddini).

L’idée était pourtant séduisante : prendre l’un des films les plus irrésistibles de Fred Astaire et Ginger Rogers et le transposer à la scène. L’idée est d’autant plus tentante que la musique de Top Hat est signée par Irving Berlin, l’un des compositeurs les plus exquis de la première moitié du 20ème siècle. La partition contient d’immortels classiques comme “No Strings (I’m Fancy Free)”, “Cheek to Cheek” ou “Top Hat, White Hat and Tails” (accessoirement la plus envoûtante scène jamais dansée par Fred Astaire).

Pourquoi, dans ces conditions, le produit fini est-il aussi peu séduisant ? Sans doute parce que le charme ineffable de Fred Astaire semble impossible à reproduire. Tom Chambers est plutôt bon danseur, mais il ne dégage rien de cette irrésistible aura qui caractérisait Astaire ; et il n’est qu’un très médiocre chanteur, particulièrement à la peine dans les aigus. Difficile, du coup, de juger des chorégraphies de Bill Deamer, dont on ne sait pas très bien si elles manquent d’inspiration ou si elles souffrent d’être confiées à un interprète sans génie.

La production a en outre du mal à dissimuler des moyens limités, manifestement calibrés en vue d’une tournée à venir. Les orchestrations de Chris Walker pour 14 musiciens sont d’autant moins convaincantes que la sonorisation manque de subtilité (les cordes ne sont audibles qu’au prix d’un niveau d’amplification déraisonnable ; certains instruments parmi les vents sont méconnaissables). Et l’imposant décor, conçu pour s’adapter à moindres frais aux nombreux lieux de l’action, encombre la scène comme un emplâtre — certains lieux sont indéchiffrables, notamment celui de la première scène du deuxième acte, qui mélange intérieur et extérieur d’une manière totalement inextricable sur le plan visuel.

La co-vedette de Chambers, Summer Strallen, parvient beaucoup mieux à évoquer le charme de Ginger Rogers. Mais ce sont les seconds rôles comiques qui tirent le mieux leur épingle du jeu : Martin Ball, Vivien Parry et Ricardo Afonso, notamment, sont tellement bons qu’on se surprend à se demander pourquoi on ne leur pas écrit une pièce rien que pour eux…

Je n’ai vu nulle part d’annonce sur un éventuellement remplacement de Tom Chambers par l’une des ses doublures… et pourtant, le comédien qui était sur scène ne ressemble vraiment pas aux photos de Chambers (pas plus qu’il ne ressemble à celles des doublures)…

Ce spectacle m’aura au moins de permis de découvrir — enfin — Milton Keynes, une ville nouvelle “de seconde génération” qui m’intriguait depuis longtemps.


“South Pacific”

Barbican Theatre, Londres • 20.8.11 à 14h30
Musique : Richard Rodgers (1949). Lyrics : Oscar Hammerstein II. Livret : Oscar Hammerstein II et Joshua Logan, d’après le roman Tales of the South Pacific de James A. Michener.

Mise en scène : Bartlett Sher. Direction musicale : Jae Alexander. Avec Samantha Womack (Nellie Forbush), Paulo Szot (Emile de Becque), Daniel Koek  (Joseph Cable), Loretta Ables Sayre (Bloody Mary), Alex Ferns (Luther Billis)…

Cette production arrive en ligne droite des États-Unis, où je l’ai vue deux fois au Lincoln Center de New York (où elle a vu le jour), ainsi qu’en tournée à Los Angeles. Le spectacle avait fait sensation à New York car il utilisait un luxueux orchestre de 30 musiciens, un vecteur idéal pour mettre en valeur les sublimes orchestrations de Robert Russell Bennett. Les producteurs de cet avatar britannique ont sagement conservé cette caractéristique puisqu’il y a environ 25 musiciens dans la fosse.

Le dispositif scénique a dû être en partie repensé compte tenu de la relative exiguïté de la scène du Barbican Theatre et des autres théâtres (de taille moyenne) dans lesquels il est prévu que la production “tourne” après avoir quitté Londres. Les visuels restent magnifiques, mais la mise en scène et la chorégraphie se trouvent parfois à l’étroit, comme dans le numéro “There Is Nothin’ Like a Dame”, qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

On est heureux de retrouver le talentueux et charismatique Paulo Szot, qui est un Emile de Becque idéal. On reste en revanche beaucoup plus perplexe face à la prestation bien peu convaincante de sa co-vedette Samantha Womack, dont le timing est souvent déficient et qui semble assez dénuée d’instinct dramatique. Toutes les Nellie américaines étaient autrement plus talentueuses : Kelli O’Hara à New York, Carmen Cusack à Los Angeles… et même Laura Marie Duncan, la doublure de Kelli O’Hara vue lors de ma deuxième visite.

Excellente prestation, en revanche, de Daniel Koek (déjà admiré récemment dans Chess) dans le rôle de Cable : on se hasarderait presque à le trouver plus convaincant que Matthew Morrison, qui interprétait le rôle au Lincoln Center. Et on est ravi que Loretta Ables Sayre, qui était une superbe Bloody Mary à New York, puisse recréer son personnage à Londres. Alex Ferns ne parvient malheureusement pas à donner au joli personnage de Luther Billis l’épaisseur que lui donnait l’excellent Danny Burstein à New York. Le Billis de Ferns est beaucoup plus caricatural et il manque singulièrement de profondeur. Dommage.


“Salieri, le mal-aimé de Dieu”

Lucernaire, Paris • 17.8.11 à 18h30
Écrit et interprété par Jean Hache. Mise en scène : Jean Hache et Roland Hergault.

Cette petite pièce en forme de monologue n’a au fond qu’un défaut bien pardonnable : celui de faire perdurer l’image d’un Salieri amer et animé par un inextinguible ressentiment à l’égard d’un Mozart qui lui aurait indûment volé sa relation privilégiée avec Dieu.

Car, pour le reste, on est enchanté d’entendre un texte bien écrit, dit avec talent et sensibilité, dans la belle tradition des monologues historiques comme L’Allée du Roi. Quelques accessoires et quelques lumières bien pensées démontrent que la magie du théâtre n’a pas besoin de gros moyens.


“Death Takes a Holiday”

Laura Pels Theatre, New York • 14.8.11 à 14h
Musique & lyrics : Maury Yeston. Livret : Thomas Meehan & Peter Stone.

Mise en scène : Doug Hughes. Direction musicale : Kevin Stites. Avec Kevin Earley (Death / Prince Sirki [understudy / remplaçant]), Jill Paice (Grazia Lamberti), Michael Siberry (Duke Vittorio Lamberti), Rebecca Luker (Duchess Stephanie Lamberti), Max Von Essen (Corrado Montelli), Mara Davi (Alice Lamberti), Alexandra Socha (Daisy Fenton), Linda Balgord (Contessa Evangelina Di San Danielli), Simon Jones (Dr. Dario Albione), Don Stephenson (Fidele), Matt Cavenaugh (Major Eric Fenton), …

Maury Yeston (Nine, Grand Hotel, Titanic) est l'un des compositeurs contemporains de comédie musicale les plus attachants, grâce à un don mélodique qui semble un cadeau des dieux. C’est donc avec une réelle trépidation que j’allais voir cette nouvelle comédie musicale, présentée dans un petit théâtre Off-Broadway, d’autant que les commentaires entendus ici et là étaient plutôt mitigés.

Il est vrai que la source utilisée, un film de 1934 lui-même basé sur une pièce de théâtre italienne, est problématique compte tenu de l’abondance de personnages de premier plan qui ne “servent” absolument à rien d’un point de vue dramatique, une difficulté que les vétérans de Broadway Peter Stone et Thomas Meehan n’ont pas su régler. À lire le synopsis du film, je pense même qu’ils n’ont pas réussi à traduire la tension dramatique qui s’accumule à l’approche de la fin du film, lorsque le personnage principal doit prendre une décision cruciale.

Mais Yeston est le compositeur idéal pour rendre en musique le climat de l’intrigue : la Mort prend forme humaine le temps d’un week-end et s’invite, sous les traits du séduisant Prince Sirki, dans l’élégante villa d’une famille aristocratique italienne au bord d’un lac de la banlieue de Venise. On est dans les années 20 et l’air semble saturé de légèreté, d’insouciance et de romantisme… autant de qualités que possède la charmante partition, infiniment plus inspirée que 99 % des créations récentes à Broadway.

À une ou deux exceptions près (on savait depuis 1776 que Don Stephenson semble avoir oublié le sens du mot “subtilité”), la distribution est excellente… mais largement sous-utilisée compte tenu des faiblesses de l’écriture. Le rôle principal du Prince Sirki devait être tenu par l’excellent Julian Ovenden, souvent vu sur les scènes londoniennes. Il a malheureusement été victime de problèmes vocaux suffisamment sérieux pour qu’il se retire définitivement et laisse sa place à sa doublure, un dénommé Kevin Earley, qui se révèle parfaitement à la hauteur.

Un spectacle plein de faiblesses mais tellement attachant… Je sais en tout cas que j’écouterai beaucoup le CD.


“Spider-Man: Turn Off the Dark”

Foxwoods Theatre, New York • 13.8.11 à 20h
Musique et lyrics : Bono & The Edge. Livret : Julie Taymor, Glen Berger & Roberto Aguirre-Sacasa.

Spider Mise en scène : Julie Taymor. Direction musicale : Kimberly Grigsby. Avec Reeve Carney (Peter Parker / Spider-Man), Kristen Martin (Mary Jane Watson [understudy / remplaçante]), T.V. Carpio (Arachne), Patrick Page (Norman Osborn / The Green Goblin), …

J’avais déjà vu ce spectacle en février et j’avais expliqué à l’époque les multiples péripéties dont il avait été victime. Après ma visite, les producteurs décidèrent de se séparer de Julie Taymor (qui reste pourtant l’unique metteur en scène dans les crédits officiels) et de s’adjoindre les talents de Roberto Aguirre-Sacasa et de Philip McKinley pour retravailler respectivement le livret et la mise en scène (ce dernier avec le titre de Creative Consultant). La première fut repoussée une fois de plus (au 14 juin dernier) et le spectacle s’interrompit même quelques semaines afin de répéter et de mettre en place les changements.

Cette nouvelle mouture, plus traditionnelle sur le plan du récit, est infiniment plus satisfaisante d’un point de vue dramatique. Elle est en quelque sorte une version longue du premier acte de la version précédente, qui était relativement fidèle à l’histoire originale, tandis que l’essentiel de ce qui constituait le deuxième acte — une lutte psychologique tirée par les cheveux entre Spider-Man et Arachne (une création de Taymor) — a disparu. L’espèce de chœur grec qui commentait l’action a lui aussi disparu. Certains personnages en profitent pour y gagner en épaisseur, comme Uncle Ben et Aunt May, mais aussi et surtout le Green Goblin, qui a même droit à une scène de comédie particulièrement réussie dans le deuxième acte.

La musique reste relativement peu “théâtrale”, mais la refonte du livret lui donne des fondations plus solides. La production est toujours aussi impressionnante sur le plan visuel. Les décors de George Tsypin sont magnifiques, même si les nouveaux enchaînements mettent un peu moins en valeur leur capacité à se métamorphoser de manière parfaitement fluide. Les cascades aériennes, qui semblent encore plus nombreuses que la première fois, laissent souvent pantois.

Lors de ma première visite, j’avais eu la chance de me trouver à proximité de l’une des plates-formes du premier balcon servant de point de “décollage” ou d’“atterrissage” aux cascadeurs. Comme j’avais repéré qu’une partie des cascades utilisaient plutôt le deuxième balcon, c’est au premier rang de ce dernier que j’ai pris ma place pour ma deuxième visite. Et je n’ai pas été déçu, car je me suis trouvé aux premières loges pour admirer le travail impresionnant des cascadeurs. C’est Reeve Carney lui-même qui effectue le dernier vol de Spider-Man dans la salle car il ne porte plus son masque (il vient de révéler son identité à Mary-Jane) : il est venu atterrir juste devant moi, son visage à quelques centimètres du mien. Pour rien au monde je n’aurais voulu une autre place.

Sous cette forme révisée, Spider-Man: Turn Off the Dark est un spectacle acceptable sur le plan dramatique et extrêmement impressionnant sur le plan visuel. C’est, après tout, l’adaptation d’une bande dessinée, un genre qui demande d’accepter des situations tracées à gros traits et il me serait difficile de prétendre que je n’y ai pas pris de plaisir. À en croire les statistiques de fréquentation, le spectacle se porte très bien : il fait partie, avec The Lion King et Wicked, du trio de comédies musicales qui encaissent plus de 1,8 million de dollars par semaine. Il sera intéressant de voir si cette situation perdure, ce qui confirmerait qu’un spectacle peut survivre à une réception critique particulièrement négative.


“Rent”

New World Stages, New York • 13.8.11 à 14h
Musique, lyrics et livret : Jonathan Larson

Mise en scène : Michael Greif. Direction musicale : Will Van Dyke. Avec Arianda Fernandez (Mimi), Matt Shingledecker (Roger), Adam Chanler-Berat (Mark), Annaleigh Ashford (Maureen), MJ Rodriguez (Angel), Nicholas Christopher (Tom), Corbin Reid (Joanne), Ephraim Sykes (Benny), …

Rent a été l’un des phénomènes des années 1990 : à l’affiche à Broadway de 1996 à 2008 après une gestation Off-Broadway, cette comédie musicale occupe encore à ce jour la neuvième place du palmarès du nombre de représentations. Le livret, inspiré par La Bohème, s’intéresse à une série d’artistes et autres personnages marginaux qui cherchent à donner un sens à leur vie précaire dans le New York de 1991 alors que le spectre du Sida se fait menaçant. La partition, qui emprunte à l’idiome du rock tout en citant occasionnellement Puccini, en fait le Hair des années 1990 et de la Génération X. L’enthousiasme du New York Times, le Tony Award de la meilleure comédie musicale et rien moins qu’un Pulitzer Prize contribueront à faire de Rent un petit phénomène avec ses admirateurs fervents et ses groupies hystériques. Le décès de Larson d’une rupture d’anévrisme la veille de la première représentation de Rent au New York Theatre Workshop en 1996 a sans doute contribué à alimenter le mythe.

Pour ma part, je n’ai jamais vraiment réussi à m’enthousiasmer pour la pièce. Outre les enregistrements vidéo disponibles (le film de 2005 et la dernière représentation de 2008), je n’ai vu Rent qu’une fois sur scène, à Londres en 1998, et je ne suis pas sûr d’être resté après l’entracte. Il ne fait pas de doute que Larson était doué… et son décès a sans doute privé la comédie musicale d’un auteur plein de promesses… mais je trouve que Rent a un petit goût d’inachevé : les personnages ne sont pas très travaillés, la structure dramatique est bancale avec une fin complètement précipitée et les lyrics baignent dans une forme de banalité que la production de Londres cherchait à compenser par un volume sonore déraisonnable. J’avais été beaucoup plus touché par une autre comédie musicale de Larson, Tick Tick… Boom!, une pièce autobiographique à trois personnages que j’ai vue au Jane Street Theatre en 2001 avec l’excellent Raúl Esparza.

Trois ans après la fin des représentations à Broadway, une nouvelle production de Rent nous est donc proposée Off-Broadway avec de jeunes comédiens, sous l’égide du metteur en scène original, Michael Greif. On a l’impression, en pénétrant dans le théâtre, de retrouver le décor de la récente comédie musicale Next to Normal : pas étonnant, c’est le même metteur en scène et le même décorateur, Mark Wendland, qui sont aux commandes.

La distribution est inégale. Peu parmi les comédiens ont des voix capables d’affronter les redoutables pyrotechnies vocales que réclament les rôles. On reste particulièrement froid devant la performance d’Adam Chanler-Berat, déjà vu dans… Next to Normal, qui est bien pâle à côté du créateur du rôle de Mark, Anthony Rapp. On est en revanche beaucoup plus convaincu par l’Angel lumineux de MJ Rodriguez et la Maureen irrésistible d’Annaleigh Ashford — sa scène du premier acte, “Over the Moon”, est le moment le plus réussi de la pièce.

Bonne surprise, la prise de son permet d’entendre quasiment tous les lyrics malgré le volume sonore de la musique. La conception visuelle est également très réussie grâce à un joli mélange de lumières et de projections diverses.

Je comprends que Rent puisse toucher ; certaines scènes comme la mort d’Angel sont en effet particulièrement poignantes. Et la musique de Larson montre plus d’une fois une belle inspiration. Mais je persiste à penser que la pièce est bancale et que la mort de son auteur l’a peut-être privée d’une version plus aboutie sur le plan dramatique.


“Mexican Hayride”

Lilian Baylis Theatre, Londres • 7.8.11 à 13h30
Musique et lyrics : Cole Porter. Livret : Herbert & Dorothy Fields.

Mise en scène : Ian Marshall Fisher. Direction musicale (piano) : Michael Haslam. Avec Michael Roberts (Joe Bascom, alias Humphrey Fish), Louise Gold (Montana), Sophie Angelson, David Anthony, Graham Bickley, Jennifer Burman, Wendy Ferguson, Nic Gibney, Lana Green, Jonathan Hansler, Helen Kelly, Richard Linnell, Stewart Permutt, Alice Redmond, Myra Sands, Alex Scott Fairley.

La série des Lost Musicals continue à nous proposer de découvrir, en concert, des œuvres tombées dans l’oubli. C’est le cas de cette comédie musicale de l’immense Cole Porter, créée en 1944 mais dotée d’un livret tarabiscoté qui continue à regarder fermement vers le passé alors que la révolution Oklahoma! est déjà passée par là. La partition de Cole Porter est plutôt de second choix et rappelle étonnamment des succès antérieurs… mais du Cole Porter de second choix reste de la très bonne musique.

Livret à l’ancienne, partition peu inspirée… L’équipe des Lost Musicals parvient pourtant comme d’habitude à en faire un spectacle fort entraînant. Sur le plan musical, on est scotché par la qualité de la mise en place ; la prestation du pianiste Michael Haslam, qui ne fait pas une seule fausse note dans la redoutable réduction de l’ouverture, est particulièrement époustouflante. Et on ne peut qu’admirer l’abattage incroyable de Michael Roberts, qui reprend brillamment un rôle écrit pour un comédien à la forte personnalité, Bobby Clark, quitte à se permettre une légère touche d’improvisation ici et là — une infraction à la règle habituelle des Lost Musicals mais une idée très efficace en l’occurrence.


“Crazy For You”

Regent’s Park Open Air Theatre, Londres • 6.8.11 à 19h45
Musique et lyrics : George & Ira Gershwin. Livret : Ken Ludwig.

Mise en scène : Timothy Sheader. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Sean Palmer (Bobby Child), Clare Foster (Polly Baker), David Burt (Bela Zangler), Kim Medcalf (Irene Roth), Michael McKell (Lank Hawkins), Harriet Thorpe (Lottie Child / Patricia Fodor), Sidney Livingstone (Everett Baker), Samuel Holmes (Eugene Fodor), Alexis Owen Hobbs (Patsy), …

Comme je l’avais déjà expliqué ici, Crazy For You est un pasticcio écrit dans les années 1980 autour de certaines des chansons les plus connues des Gershwin… et conçu pour mettre en valeur les talents chorégraphiques de l’étonnante Susan Stroman. La production originale (que j’ai vue à Londres) était un véritable enchantement, grâce aux orchestrations magnifiques de William D. Brohn et à l’inventivité inépuisable de Susan Stroman. Tout cela, bien sûr, au service des sublimes chansons de George & Ira Gershwin.

On ne retrouve que 80 % de la magie de la production originale dans cette nouvelle version proposée par le théâtre en plein-air de Regent’s Park, mais c’est déjà énorme. L’orchestre est placé sous la direction de l’excellent Gareth Valentine, qui obtient de très beaux résultats avec un orchestre réduit (il y a quand même plusieurs cuivres). La troupe est globalement très attachante, quoiqu’un peu inégale : Sean Palmer fait montre d’un charme considérable dans le rôle principal de Bobby Child et Kim Medcalf est fabuleuse dans le rôle caustique et tranchant d’Irene Roth. Petit manque de charisme, en revanche, du côté de la Polly Baker de Clare Foster… ce qui “casse” un peu l’histoire d’amour qui constitue le moteur principal de la pièce.

La mise en scène s’adapte joliment aux contraintes de la scène en plein-air, avec l’aide d’un très joli décor signé Peter McKintosh placé sur une impressionnante tournette — une première pour le lieu, me semble-t-il. La chorégraphie est riche, mais Stephen Mear commet une maladresse en empruntant quelques idées à la chorégraphie de Susan Stroman. La comparaison, du coup, est inévitable… et on est bien obligé de se rendre à l’évidence : le niveau de jubilation induit par les grands numéros dansés (comme “Slap That Bass” ou “I Got Rhythm”) n’égale jamais tout à fait l’état d’exultation que faisait naître la conception originale de Susan Stroman (que j’ai vue non seulement à Londres, mais également recréée un peu plus tard au Paper Mill Playhouse).

Reste que la partition enchaîne les merveilles et que le spectacle provoque un sentiment irrésistible de bien-être et de bonne humeur particulièrement bienvenu.

Plein air oblige, la représentation est interrompue une fois par la pluie au cours du premier acte. Comme d’habitude, le public comme la troupe font contre mauvaise fortune bon cœur et la représentation reprend dans une ambiance chaleureuse et bon-enfant.


“Dames at Sea”

Union Theatre, Londres • 6.8.11 à 14h30
Musique : Jim Wise. Livret et lyrics : George Haimsohn & Robin Miller

Mise en scène : Kirk Jameson. Direction musicale : Richard Bates. Avec Gemma Sutton (Ruby), Daniel Bartlett (Dick), Rosemary Ashe (Mona Kent), Anthony Wise (Harry Hennesey), Catriana Sandison (Joan), Alan Hunter (Lucky), Ian Mowat (Captain Courageous), Matt Gillett, Jonny Godbold, Joshua Tonks, Natalie Kent, Meg Gallagher, Sasi Strallen.

Dames at Sea est une petite comédie musicale de 1966 présentée à l’origine dans un petit café underground de New York, le Caffe Cino, un lieu mythique considéré comme le berceau du “Off-Off-Broadway”. Souvent décrite comme une parodie des films musicaux extravagants de Busby Berkeley caractéristiques des années 1930, c’est en tout cas l’évocation d’une époque où la musique légère fournissait sans complexe un antidote à la noirceur des années de la Grande Dépression.

Dames at Sea sera présenté à compter de 1968 dans des théâtres “Off-Broadway” pour une série de 575 représentations. Viendront ensuite une production londonienne en 1969 et une version télévisée avec Ann-Margret et Ann Miller en 1971. Si les auteurs et le compositeur ont ensuite curieusement disparu des radars, l’une des comédiennes de la production originale de Dames at Sea a connu ensuite une très jolie carrière : l’excellente Bernadette Peters, qui jouait le rôle de Ruby, et qui a d’ailleurs gardé l’une des plus belles chansons du spectacle, “Raining In My Heart”, au programme de ses concerts.

Une fois de plus, le petit Union Theatre propose une production absolument délicieuse de cette comédie musicale injustement oubliée. Le metteur en scène a fort opportunément évité de forcer le trait de la parodie pour se contenter de mettre en valeur l’exquise beauté d’une partition qui enchaîne les numéros de genre : ballade sentimentale, grand numéro brillant, fantaisie exotique, etc.

Grâce à une distribution excellente, les chansons, souvent arrangées pour deux voix ou davantage, touchent souvent des cordes sensibles (superbe accompagnement au piano seul, occasionnellement complété d’un deuxième clavier malheureusement synthétique). Le jeune et talentueux chorégraphe Drew McOnie a conçu des numéros qui respirent la nostalgie… une nostalgie de bonne aloi, baignée d’une charmante et irrésistible tendresse.

Un hommage plus qu’une parodie : c’est l’état d’esprit qui semble avoir guidé cette production, qu’on quitte à regret et qui est comme une parenthèse enchantée dans la grisaille paradoxale de ce mois d’août.

La scène du film de 1971 dans laquelle Ann Miller interprète “Wall Street” est l’une des trois vidéos auxquelles je reviens systématiquement quand j’ai besoin d’un coup de booster. Et on peut voir ici Bernadette Peters interpréter “It’s Raining In My Heart” bien des années plus tard lors de son concert au Royal Festival Hall (j’y étais).