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Posts from May 2011

Concert San Francisco Symphony / Tilson Thomas à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 31.5.11 à 20h
San Francisco Symphony, Michael Tilson Thomas

Mahler : symphonie n° 2
(Chœur de Radio France ; Laura Claycomb, soprano ; Katarina Karnéus, mezzo-soprano)

Tout en reconnaissant l’excellente qualité du jeu de l’orchestre californien, je suis bien obligé de dire que ce concert m’a laissé de marbre. J’étais pourtant resté sur le souvenir d’une excellente septième à Londres il y a bientôt quatre ans.

Je trouve la direction de Tilson Thomas molle et maniérée. Les intentions ne semblent jamais menées jusqu’à leur terme. Les contrastes, excessifs, contrarient la continuité du propos. Les choix de tempi et de nuances semblent plus dictés par une volonté superficielle d’impressionner que par un véritable ressenti viscéral. En tout cas, moi, ça ne me fait pas vibrer.


Concert San Francisco Symphony / Tilson Thomas à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 30.5.11 à 20h
San Francisco Symphony, Michael Tilson Thomas

Cowell : Synchrony (1931)
Mendelssohn : concerto pour violon (Christian Tetzlaff, violon)
Beethoven : symphonie n° 5

Un concert agréable. Le point saillant du concerto est la surprise de voir Christian Tetzlaff capable d’insuffler quelques intentions interprétatives malgré la vitesse diabolique à laquelle il a choisi de le prendre. Mais, au-delà du numéro de cirque, on reste un peu sur sa faim. Et il faut se taper pour la 57ème fois de la saison la “Gavotte” de la Suite en mi majeur en bis.

La symphonie retient l’attention. Il faut du courage, ces temps-ci, pour oser la jouer sur des instruments justes contemporains. Il semble néanmoins que l’influence des baroqueux se fasse quelque peu sentir tant l’orchestre semble parfois hésiter à se lâcher. Il y a de très beaux moments dans le dernier mouvement, même si tout n’est pas parfaitement en place.


“Der Rosenkavalier”

Het Muziektheater, Amsterdam • 29.5.11 à 13h30
Richard Strauss (1911). Livret : Hugo von Hofmannsthal

Orchestre Philharmonique de Rotterdam, Sir Simon Rattle. Mise en scène : Brigitte Fassbaender, d’après un concept de Willy Decker. Avec Anne Schwanewilms (Die Feldmarschallin Fürstin Werdenberg), Kurt Rydl (Der Baron Ochs auf Lerchenau), Karin Strobos (Octavian), Michael Kraus (Herr von Faninal), Sally Matthews (Sophie), Ellen van Haaren (Jungfer Marianne Leitmetzerin), Niklas Björling Rygert (Valzacchi), Carole Wilson (Annina), Rúni Brattaberg (Ein Polizeikommissar), Rudi de Vries (Haushofmeister der Feldmarschallin), Brian Galliford (Haushofmeister bei Faninal), Tom Haenen (Ein Notar), Valentin Jar (Ein Wirt), Ismael Jordi (Ein Sänger)…

Une représentation mémorable pour la qualité époustouflante du travail effectué dans la fosse par l’excellentissime Orchestre Philharmonique de Rotterdam sous la conduite d’un Simon Rattle manifestement touché par la grâce. On se trouve en état d’émerveillement permanent tant la beauté de la musique est sidérante. Rattle trouve dans la partition une abondance de moments de pur bonheur qui prennent à la gorge — en particulier dans le premier acte.

Dommage que tout ce talent soit mis au service d’une mise en scène globalement médiocre, basée sur un visuel faussement créatif… où tout est tellement tordu que j’en ai perdu le sens de l’horizontalité pendant quatre heures. Il y a bien deux ou trois moments réjouissants, notamment l’épisode où l’entourage de Ochs se met à poursuivre les domestiques de Faninal dans le deuxième acte… ou encore la levée de rideau du troisième acte, où l’on voit la préparation de la mise en scène destinée à effrayer Ochs… mais on baigne le plus souvent dans une sorte de fadeur sans âme, à l’image du décor du premier acte — on imagine que ces grands murs nus sont censés représenter la solitude de la Maréchale, mais c’est une bien mauvaise idée.

J’avais déjà vu Anne Schwanewilms en Maréchale en 2006 à Bastille. La voix est toujours aussi irrégulière : plutôt convaincante dans le premier acte (et même assez sublime dans “Die Zeit, die ist ein sonderbar Ding”), elle est en revanche très en retrait dans le final, avec des aigus particulièrement moches. Le Ochs de Kurt Rydl est un bonheur : c’est, à ce stade de sa carrière, un rôle idéal pour lui (ça lui permettra d’arrêter Wagner) ; son seul problème est qu’il possède une forme d’élégance naturelle qui sied fort mal au personnage. Karin Strobos est un Octavian correct ; Sally Matthews, une Sophie de rêve ; et on imagine mal quiconque interpréter le ténor mieux qu’Ismael Jordi.


“Hamlet! the Musical”

Richmond Theatre, Londres • 28.5.11 à 19h30
Auteurs : Alex Silverman, Timothy Knapman & Edward Jaspers

Mise en scène : Ryan McBryde. Direction musicale : Andy Massey. Avec David Burt (Gravedigger / Polonius / Fortinbras), Virge Gilchrist (Gertrude / Gravedigger), Mark Inscoe (Claudius / The Ghost), Jess Robinson (Ophelia / Horatio / Rosencrantz), Jack Shalloo (Hamlet), Gabriel Vick (Laertes / Guildenstern).

Il existe beaucoup de comédies musicales inspirées de pièces de Shakespeare, mais celles dont Hamlet est la source sont toutes relativement obscures — sauf bien sûr si on inclut The Lion King dans la liste (ou encore Funny Boy, la comédie musicale que Max Bialystock produit au début de The Producers… et dont on entend quelques mesures chantées par Roger de Bris un peu plus loin dans la pièce).

Cette comédie musicale a vu le jour il y a une dizaine d’années au festival d’Édimbourg. Elle adopte le ton d’une farce assumée, comme en témoignent les premiers lyrics chantés par Hamlet : “I’m feeling kind of moody / But my father’s dead, so sue me.”

Bien que considérablement enrichie et remaniée depuis Édimbourg, elle conserve un côté “potacherie à petit budget” qui la plombe un peu. À part quelques très bonnes trouvailles, comme les marionnettes qui figurent Rosencrantz et Guildenstern, l’humour ne vole en effet pas très haut : la première plaisanterie sur le Prozac arrive dans les cinq premières minutes… et la première référence aux SMS arrive cinq minutes plus tard. Et il ne faut pas attendre bien longtemps pour entendre qu’on ne peut pas faire “Hamlet” sans casser des œufs…

Mais ce niveau d’humour serait supportable si la pièce était soutenue par une partition mémorable. Ce qui est loin d’être le cas. Il y a bien quelques fulgurances mélodiques çà et là, mais en bien faible quantité. Le reste est une soupe au goût de déjà-entendu, stylistiquement variée mais sans véritable inspiration.

Reste que certains moments sont plaisants — la mort d’Ophélie est une belle réussite — et qu’on se régale de certaines prestations, notamment celles de Mark Inscoe (déjà vu ici et ) et de Gabriel Vick (déjà remarqué ici).

Je suis heureux de découvrir enfin le magnifique Richmond Theatre, une splendeur à l’extérieur comme à l’intérieur. Au-dessus du cadre de scène, une citation d’Alexander Pope : “To wake the soul by tender strokes of art.”


“Fings Ain’t Wot They Used T’Be”

Union Theatre, Londres • 28.5.11 à 14h
Musique : Lionel Bart (1959). Livret : Frank Norman.

Mise en scène : Phil Willmott. Direction musicale : Elliot Davis. Avec Hannah-Jane Fox (Lil), Ruth Alfie Adams (Betty), Patsy Blower (Mo), Ellie Rose Boswell (Myrtle), Suzie Chard (Barbara), Hadrian Delacey (Inspector Collins), Robert Donald (Redhot), Alison Dormer (Prostitute), Richard Foster-King (Horace), Natalie Harman (Joan), James Horne (Hon. Percy / Priest), Philip Marriott (Police Constable / Gangster), Neil McCaul (Fred), Anna McNicholas (Margaret), Keiley Hall (Gracie), Jo Parsons (Tosher), Ian Rixon (Jimmy), Phiip Scutt (Police Constable / Gangster), Amelia Whitwood (Prostitute).

Lionel Bart est universellement connu comme l’auteur de Oliver!, l’un des plus grands succès du répertoire anglais de comédie musicale d’avant la période Andrew Lloyd Webber. Les autres œuvres de Bart sont largement tombées dans l’obscurité, bien qu’elles soient généralement reconnues par les amateurs pour leurs grandes qualités mélodiques.

Quelques mois avant Oliver!, Bart avait composé une partition pour la troupe de Joan Littlewood, une figure radicale du théâtre britannique d’après-guerre. Comme son titre le laisse deviner, ce qui rend Fings Ain’t Wot They Used T’Be radical, c’est surtout l’utilisation libérale de l’accent cockney caractéristique des faubourg populaires de l’est londonien ainsi que du fameux rhyming slang consistant à remplacer certains mots par des mots ou expressions qui ont pour seule caractéristique de rimer avec le mot original.

Fings se déroule dans un établissement à mi-chemin du tripot et de la maison close, tenu par un ancien gansgter. Divers événements vont s’y produire, suivant un fil dramatique assez ténu et sans grande cohésion, reflet des techniques d’improvisation utilisées au sein de la troupe de Joan Littlewood.

Ce n’est donc pas pour la force de l’intrigue que l’on ira voir Fings Ain’t Wot They Used T’Be, mais pour le plaisir d’entendre une partition absolument charmante, typique du style anglais de l’âge d’or, dont d’autres artisans célèbres sont Julian Slade et David Heneker. L’interprétation en est globalement très soignée, quoique peut-être légèrement en-dessous de l’excellent niveau auquel nous a habitués le Union Theatre.


Concert Orchestre de Paris / Järvi à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 25.5.11 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi

Brahms : concerto pour piano n° 2 (Leif Ove Andsnes, piano)
Dvorák : symphonie n° 7

J’étais malheureusement trop fatigué pour profiter du concerto, dont je n’ai entendu que des bribes. Mais de fort jolies bribes : un son magnifique et luxuriant, d’une grande rondeur… presque trop soigné, peut-être. L’Orchestre de Paris “version Järvi” est une phalange de grand luxe.

La symphonie de Dvorák est également magnifique, malgré quelques passages un peu brouillons, notamment dans le dernier mouvement. Järvi fait parfois de curieux choix dans l’équilibre des masses sonores, au point que quelques uns de mes passages préférés sont malencontreusement “écrasés”. S’il fallait chercher la petite bête, je reprocherais à Järvi une tendance à accentuer indûment certains contrastes, qui fait apparaître une parenté implicite avec le style d’un Valery Gergiev. La symphonie de Dvorák y résiste à peu près ; c’est moins le cas de la Valse Triste donnée en bis. (L’Orchestre de Paris donnant un bis dans son port d’attache, c’est le signe d’une tournée imminente.)


“Coco”

Lilian Baylis Theatre, Londres • 22.5.11 à 16h
Musique : André Previn (1969). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner.

Mise en scène : Ian Marshall Fisher. Direction musicale : … Avec Sara Kestelman (Coco), …

La série des “Lost Musicals” se poursuit avec une réelle rareté, la comédie musicale de 1969 consacrée à la fin de carrière de Coco Chanel, Coco, que l’on n’avait a priori jamais revue sur une scène depuis sa création. Le rôle de Coco avait été écrit pour Katherine Hepburn, qui fut remplacée après la création par Ginger Rogers et par… Danielle Darrieux.

Hepburn n’étant pas connue pour l’étendue de ses talents vocaux, les chansons écrites par Previn et Lerner sont conçues pour pouvoir être parlées rythmiquement, à la façon de Rex Harrison dans My Fair Lady. L’histoire, assez poignante, s’intéresse aux doutes qui assaillent Coco en fin de carrière alors qu’il lui faut décider s’il est temps de laisser la main à une autre génération. Du coup, le personnage concocté par les auteurs est vraiment touchant car la dureté légendaire de Chanel doit cohabiter avec l’inévitable fragilité résultant du désintérêt progressif de la presse et du public.

Ian Marshall Fisher a mis dans le mille en distribuant le rôle de Coco à la merveilleuse Sara Kestelman, qui était une inoubliable Liliane La Fleur dans la tout aussi inoubliable production de Nine du Donmar Warehouse. Grâce à Kestelman, on imagine ce qu’a dû vivre le public de Broadway en voyant la redoutable Katherine Hepburn endosser le rôle de la non moins redoutable Coco Chanel. Un régal, grâce aussi à une excellente distribution secondaire, menée par Simon Butteriss, que l’on avait quitté la veille dans un cadre bien différent…


“A Midsummer Night’s Dream”

English National Opera (London Coliseum) • 21.5.11 à 18h30
Benjamin Britten (1960). Livret de Britten & Peter Pears, d’après Shakespeare

Direction musicale : Leo Hussain. Mise en scène : Christopher Alden. Avec Iestyn Davies (Oberon), Anna Christy (Tytania), Dominic Williams (Changeling boy), Jamie Manton (Puck), Allan Clayton (Lysander), Tamara Gura (Hermia), Benedict Nelson (Demetrius), Kate Valentine (Helena), Willard White (Bottom), Jonathan Veira (Quince), Michael Colvin (Flute), Graeme Danby (Snug), Peter Van Hulle (Snout), Simon Butteriss (Changeling), Alexander Lee (Cobweb), Luke Saint (Peaseblossom), Luke Dugan (Mustardseed), Dominic O’Donnell (Moth), Paul Whelan (Theseus), Catherine Young (Hyppolyta)

L’English National Opera aime bien les metteurs en scène “contemporains”. On se souvient de Christopher Alden à la fois pour une relative abomination et pour une entreprise récente très réussie. Le public londonien se souvient aussi de lui pour une Turandot particulièrement sanglante, déjà à l’English National Opera — une production que je n’avais pas pu voir.

“À la veille de son mariage, un homme revient dans son école. Des souvenirs longtemps oubliés lui reviennent sous la forme d’un rêve.” C’est ce qu’on peut lire en tête du synopsis présent dans le programme. L’action est en effet déplacée dans une école pour garçons. Les péripéties de la pièce de Shakespeare, qui est au fond une sorte de méditation sur la nature du sentiment amoureux, se voient transposées dans un monde pas si poétique, et même assez sombre.

Je ne prétendrai pas avoir tout compris de la vision du metteur en scène, même si le programme évoque explicitement la question des comportements sexuels dans les écoles, avec notamment le récit d’un homme violé à de multiples reprises par l’un des ses professeurs. Mais cette mise en scène dégage malgré tout une énergie considérable, due sans doute au côté monumental du décor, dans lequel on sent que rien ne peut être vraiment léger.

C’est un paradoxe de cette entreprise que de constater que la rencontre avec l’œuvre fonctionne finalement assez bien. La partition de Britten est de toute façon un bijou fascinant, que les musiciens de l’English National Opera, menés de main de maître par Leo Hussain, rendent irrésistible. Il y a abondance de moments où l’on fond littéralement de plaisir devant tant de beauté… d’autant que certaines voix (au premier rang desquelles le délicieux contre-ténor de Iestyn Davies) sont superbes.


“The Wizard of Oz”

London Palladium • 21.5.11 à 14h30
Musique : Harold Arlen. Lyrics : E. Y. Harburg. Musique additionnelle : Andrew Lloyd Webber. Lyrics additionnels : Tim Rice. Adaptation du livret : Andrew Lloyd Webber & Jeremy Sams.

Mise en scène : Jeremy Sams. Direction musicale : Graham Hurman. Avec Danielle Hope (Dorothy), Stephen Scott (Professor Marvel / The Wizard or Oz [understudy / remplaçant]), Hannah Waddingham (Miss Gulch / The Wicked Witch of the West), Emily Tierney (Glinda), Ashley Day (Hunk / Scarecrow [understudy / remplaçant]), Edward Baker-Duly (Hickory / Tin Man), David Ganly (Zeke / Cowardly Lion), Helen Walsh (Auntie Em), Zeph (Uncle Henry).

C’est la dernière aventure en date de Lord Lloyd Webber : proposer une nouvelle version de cette comédie musicale tirée du célébrissime film de 1939. (Comme je l’expliquais ici, la version scénique est très postérieure au film.) Lloyd Webber ne s’est pas contenté de ressortir des cartons une version déjà représentée : il a décidé de remanier un peu le livret, d’écrire plusieurs chansons nouvelles (avec son vieux complice Tim Rice)… et de recruter sa Dorothy par le biais de l’un de ces concours télévisés désormais courants.

C’est une entreprise à gros budget, installée depuis quelques mois dans le gigantesque et magnifique London Palladium, l’un des plus imposants théâtres de Londres, dont certains des foyers viennent d’ailleurs d’être complètement rénovés.

Dans l’ensemble, c’est une réussite. La production est très spectaculaire sur le plan visuel, grâce notamment au décor étonnant de Robert Jones. Beaucoup de possibilités techniques du théâtre ont été exploitées : les gigantesques dessous de scène, par exemple, mais aussi l’existence d’une célèbre verrière au-dessus de la salle, qui permet de ménager quelques effets aériens très réussis.

On pourrait trouver prétentieux de la part de Lloyd Webber de vouloir compléter la partition de Harold Arlen, un compositeur qui pour beaucoup incarne le summum du raffinement et de la classe. D’un autre côté, il faut bien reconnaître que la partition de ce Wizard of Oz, écrite pour un film, ne couvre pas tous les épisodes musicaux nécessaires à une adaptation scénique équilibrée. En l’occurrence, Lloyd Webber a fait mouche, en dotant par exemple la Méchante sorcière de l’ouest (Wicked Witch of the West) d’une excellente chanson, “Red Shoes Blues”, dans le deuxième acte.

Belle distribution dans l’ensemble, même si je ne suis pas très sûr de comprendre comment Danielle Hoppe a pu paraître supérieure aux milliers de candidates vraisemblablement sur les rangs pour jouer Dorothy. Le rôle du Magicien est normalement joué par le célèbre Michael Crawford, créateur du rôle-titre de Phantom of the Opera, mais c’est l’un des remplaçants qui avait pris sa place lors de cette représentation.

Les trois compères (l’Épouvantail, l’Homme d’étain et le Lion) sont confiés à d’excellents comédiens. J’ai été particulièrement séduit par Ashley Day dans le rôle de l’Épouvantail — c’est pourtant aussi un remplaçant… mais j’ai du mal à penser que le titulaire officiel du rôle soit aussi bon.

C’est la délicieuse Hannah Waddingham (A Little Night Music, Into the Woods) qui, de loin, propose la prestation la plus remarquable. Elle est complètement déchaînée, dans le rôle de la Sorcière… et elle obtient la réaction normale d’un public anglais habitué aux spectacles de pantomime : elle se fait gentiment huer.

Le seul vrai point faible, au fond, c’est le son métallique qui sort de la fosse, qui contient pourtant 16 musiciens à en croire le programme. L’ouverture ne ressemble à rien tant il semble impossible d’obtenir les bons équilibres instrumentaux. La sur-amplification de certains instruments, combinée à la présence de sons synthétiques, donne des résultats d’une laideur indescriptible, devenue malheureusement trop habituelle ces dernières années.


“Samson et Dalila”

Salle Pleyel, Paris • 17.5.11 à 20h
Camille Saint-Saëns (1877). Livret : Ferdinand Lemaire.

Orchestre National et Chœur du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev. Avec Elena Bocharova (Dalila), Ben Heppner (Samson), Tómas Tómasson (le Grand-Prêtre de Dagon), Nicolas Testé (Abimelech), Alain Gabriel (un Messager philistin), Gudjon Oskársson (un Vieillard hébreu), Charles Ferré (Premier Philistin), Tomislav Lavoie (Deuxième Philistin).

Je laisse sans hésitation Tugan Sokhiev sur son piédestal : le niveau musical de cette représentation est étonnant. L’orchestre comme le chœur sont absolument sublimes. Le trio des personnages principaux est excellent. Heppner est en meilleure forme qu’on ne nous l’annonçait : même s’il doit aller chercher ses aigus (notamment le dernier) aux forceps, c’est un styliste irréprochable, dont le chant est encore d’une beauté confondante. Elena Bocharova et Tómas Tómasson semblent parfois chanter en tchécoslovaque, mais ils font globalement des choses magnifiques. Je me souviens avoir été déjà très impressionné par Tómasson dans un Vaisseau Fantôme à Bruxelles. Le premier acte est un peu longuet, mais les deuxième et troisième actes sont d’une superbe intensité.


“The People in the Picture”

Studio 54, New York • 15.5.11 à 14h
Musique : Mike Stoller & Artie Butler. Livret et lyrics : Iris Rainer Dart.

Ppicture Mise en scène : Leonard Foglia. Direction musicale : Mark Mitchell. Avec Donna Murphy (Bubbie/Raisel), Alexander Gemignani (Moishe Rosenwald), Christopher Innvar (Chaim Bradovsky), Nicole Parker (Red), Rachel Resheff (Jenny), Hal Robinson (Rabbi Velvel), Lewis J. Stadlen (Avram Krinsky), Joyce Van Patten (Chayesel Fisher), Chip ZIen (Yossie Pinsker), …

C’est, d’une certaine façon, une tentative courageuse que de mettre en musique des réminiscences liées au Ghetto de Varsovie. On se souvient de Imagine This, une pièce montée récemment à Londres et qui avait dû rapidement fermer ses portes en raison d’une totale indifférence publique et critique… alors même que la pièce, je le maintiens, était plutôt réussie.

Je suis un peu plus partagé sur cette nouvelle tentative, qui bénéficie du charisme irrésistible de la fabuleuse Donna Murphy, mais qui apparaît comme un mélo un peu gratuit. Murphy joue le rôle d’une vieille survivante du Ghetto de Varsovie, parvenue au crépuscule de sa vie, et qui se rémémore les événements de la guerre à l’intention notamment de sa petite-fille. Elle passe avec une facilité déconcertante de son “vieux” personnage à son alter ego jeune, et vice versa.

Il y a de la bonne humeur, des moments touchants, de la musique plutôt entraînante. Mais le livret ne semble aller nulle part, si ce n’est à la mort inéluctable de l’héroïne, évidente depuis le début. Pas de nœud à dénouer, pas de conflit à résoudre, pas de personnages à rabibocher… même si le livret veut nous faire croire que l’héroïne a une dernière confession à faire avant de mourir. Mais sa “révélation” n’en est pas une : rien de pire qu théâtre qu’un non-événement présenté comme un rebondissement.

Imagine This était bien plus convaincant.


“Curtains”

Paper Mill Playhouse, Millburn (New Jersey) • 14.5.11 à 20h
Livret : Rupert Holmes. Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Concept et livret original : Peter Stone. Lyrics supplémentaires : John Kander et Rupert Holmes.

Mise en scène : Mark S. Hoebee. Direction musicale : Tom Helm. Avec Robert Newman (Lieutenant Frank Cioffi), Kim Zimmer (Carmen Bernstein), Amande Rose (Niki Harris), Helen Anker (Georgia Hendricks), Kevin Kern (Aaron Fox), Ed Dixon (Christopher Belling), Aaron Galligan-Stierle (Daryl Grady), Colin Bradbury (Johnny Harmon [remplaçant / understudy]), Dick Decareau (Oscar Shapiro), David Elder (Bobby Pepper), Anne Horak (Bambi Bernét), Rye Mullis (Sidney Bernstein [remplaçant / understudy]), Tom Helm (Sasha Iljinsky), Happy McPartlin (Jessica Cranshaw), Ian Liberto (Randy Dexter), Joshua James Campbell (Harv Fremont), …

J’ai déjà dit toute l’affection que m’inspire cette délicieuse comédie musicale de Kander & Ebb, vue pendant ses “tryouts” à Los Angeles (où elle ne m’avait pas convaincu), puis à Broadway, à la Guildhall School de Londres et au curieux festival en plein air de Solvang en Californie. C’est au tour du Paper Mill Playhouse de Millburn, dans le New Jersey, d’en proposer une version extrêmement réussie.

Le décor de Robert Andrew Kovach est de loin le plus réussi de toutes les productions vues jusqu’à présent. La mise en scène résout élégamment certaines des difficultés inhérentes à l’intrigue, une enquête sur un meurtre commis dans un théâtre. Et la distribution est non seulement excellente mais globalement de meilleure tenue que celle de la production originale de Broadway, en particulier les excellents Robert Newman et Kim Zimmer, dont les bios nous révèlent qu’ils viennent de consacrer respectivement 28 et 25 ans à la série télévisée Guiding Light (connue en France sous le titre Haine et Passion, semble-t-il) !

On passe donc un excellent moment, dans un théâtre qu’on a connu plus plein, en particulier le samedi soir.


“Die Walküre”

Metropolitan Opera, New York • 14.5.11 à 12h
Wagner (1870)

Direction musicale : James Levine. Mise en scène : Robert Lepage. Avec Jonas Kaufmann (Siegmund), Eva-Maria Westbroek (Sieglinde), Bryn Terfel (Wotan), Deborah Voigt (Brünnhilde), Hans-Peter König (Hunding), Stephanie Blythe (Fricka), Kelly Cae Hogan (Gerhilde), Molly Fillmore (Helmwige), Marjorie Elinor Dix (Waltraute), Mary Phillips (Schwertleite), Wendy Bryn Harmer (Ortlinde), Eve Gigliotti (Siegrune), Mary Ann McCormick (Grimgerde), Lindsay Ammann (Rossweisse).

Remarquable représentation, d’une élégance musicale suprême, au prix peut-être d’un petit manque de tension dramatique. Le Met propose la suite de ce nouveau Ring confié à Robert Lepage. J’avais décrit à l’occasion de Rheingold la nature de l’impressionnant dispositif scénique qui domine la mise en scène. On soupçonne que ce sont des difficultés techniques dues à la complexité de la machinerie qui expliquent le retard de 45 minutes avec lequel démarre la représentation (bien que d’autres rumeurs évoquent la santé fragile de James Levine). La conception spectaculaire de Lepage continue à enchaîner des visuels somptueux et inspirés, bien que la scène d’ouverture du troisième acte — la fameuse chevauchée des Valkyries — ne soit pas totalement convaincante.

La distribution est incroyablement luxueuse : Kaufmann campe un Siegmund d’un irrésistible romantisme et il gère à peu près correctement sa dernière ligne droite vocale du premier acte ; Westbroek est une Sieglinde habitée et intense ; Terfel reste un Wotan imposant, d’une autorité irrésistible ; Voigt est une révélation en Brünnhilde ; König apporte à Hunding un côté délicieusement inquiétant ; et Stephanie Blythe reste une Fricka de très bon niveau, quoique légèrement moins époustouflante que dans Rheingold.

Le seul reproche, au fond, c’est que tous ces artistes de premier plan, sans doute préoccupés par la retransmission en direct dans le monde entier, restent peut-être un peu trop attentifs à la beauté du son et ne se “lâchent” pas suffisamment.

Levine emmène ce petit monde dans une vague musicale d’une beauté qui prend à la gorge. Au moment où on évoque son départ du Met pour raisons de santé, il atteint paradoxalement le sommet de son art. Je n’ai jamais mis Levine parmi les chefs wagnériens de premier plan, mais il fait vraiment mouche avec cette Walküre.


“Follies”

Kennedy Center (Eisenhower Theatre), Washington DC • 13.5.11 à 19h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : James Goldman.

Mise en scène : Eric Schaeffer. Direction musicale : James Moore. Avec Bernadette Peters (Sally Durant Plummer), Jan Maxwell (Phyllis Rogers Stone), Danny Burstein (Buddy Plummer), Ron Raines (Benjamin Stone), Elaine Paige (Carlotta Campion), Linda Lavin (Hattie Walker), Régine (Solange LaFitte), Terrence Currier (Theodore Whitman), Christian Delcroix (Young Buddy), Rosalind Elias (Heidi Schiller), Colleen Fitzpatrick (Deedee West), Lora Lee Gayer (Young Sally), Michael Hayes (Roscoe), Florence Lacey (Sandra Crane), David Sabin (Dimitri Weismann), Kirsten Scott (Young Phyliis), Frederick Strother (Max Deems), Nick Verina (Young Ben), Susan Watson (Emily Whitman), Terri White (Stella Deems).

En 2002, le prestigieux Kennedy Center de Washington avait produit un Festival consacré à Stephen Sondheim. Ce sont six œuvres du maître qui avaient alors été proposées au public (Passion, Merrily We Roll Along, A Little Night Music, Sunday in the Park With George, Sweeney Todd et Company), dans des mises en scène variant de “passable” à “excellente”. D’une certaine façon, cette production de Follies vient compléter la sélection proposée à l’époque. Elle est mise en scène par Eric Schaeffer, le directeur artistique du Signature Theatre d’Arlington, où je vais souvent et où j’avais d’ailleurs vu une très belle production de Follies déjà mise en scène par Schaeffer en 2003.

Follies raconte l’histoire d’anciennes “show girls” qui se retrouvent trente ans plus tard dans le théâtre où elles se produisaient, avant que celui-ci ne soit démoli pour faire place à un parking. Les souvenirs et les regrets ne tardent pas à s’exprimer, tandis que certaines des girls revivent les scènes musicales qu’elles jouaient dans le spectacle, en compagnie de fantômes du passé. C’est l’une des partitions de Sondheim les plus envoûtantes, qui se nourrit notamment de multiples influences musicales puisées dans la première moitié du 20ème siècle.

Comme d’habitude au Kennedy Center, on fait les choses avec soin… et c’est un orchestre de très bonne taille qui interprète la sublime partition de Sondheim. La mise en scène est soignée et le décor réserve une jolie surprise au moment de la crise de nerfs collective qui interrompt le second acte pour permettre aux quatre personnages principaux d’exprimer la réalité de leurs sentiments profonds dans un moment d’hystérie collective.

La distribution est solide. Ce sont les titulaires des rôles masculins principaux, Ron Raines et Danny Burstein (South Pacific), qui font de loin la plus forte impression. Jan Maxwell (Chitty Chitty Bang Bang, The Royal Family) est une Phyllis excellente, mais elle manque légèrement de répondant au rayon du chant et, surtout, de la danse. Quant à Bernadette Peters, elle montre qu’elle est encore une très bonne comédienne quand elle est mise sous contrôle par son metteur en scène (contrairement à un souvenir récent)… et sa Sally, pas totalement conventionnelle, se révèle relativement convaincante.

La galaxie des personnages secondaires est globalement d’un niveau remarquable. À une exception près, malheureusement. Le rôle de Solange LaFitte, la “girl française”, trusté d’habitude par l’excellente Liliane Montevecchi, a été ici confié à Régine. Oui, notre Régine. Qui n’arrive quasiment plus à se déplacer (dommage pour la descente d’escalier initiale) et qui se révèle incapable de dire son texte… alors que, bizarrement, elle se débrouille parfaitement bien quand vient le moment d’interpréter “sa” chanson, “Ah, Paris!”.


Concert Russian National Orchestra / Pletnev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 10.5.11 à 20h
Russian National Orchestra, Mikhail Pletnev

Chostakovitch : Ouverture de fête
Prokofiev : concerto pour violon n° 2 (Vadim Repin, violon)
Chostakovitch : symphonie n° 9

Un concert magnifique. Le clarté du jeu du Russian National Orchestra, dont les pupitres de vents sont plus exquis les uns que les autres, donne grâce et légèreté aux partitions de Prokofiev et de Chostakovitch. La conduite relativement prudente de Pletnev, qui peut avoir un côté agaçant les mauvais jours, s’avère ici quasiment miraculeuse pour faire émerger et magnifier les couleurs de la musique. Parfaite unité de ton avec Vadim Repin, dont le concerto est joyau de légèreté et d’atmosphère.


“Tosca”

Opéra Bastille, Paris • 8.5.11 à 14h30
Puccini (1900)

Direction musicale : Renato Palumbo. Mise en scène : Werner Schroeter. Avec Iano Tamar (Tosca), Carlo Ventre (Cavaradossi), Franck Ferrari (Scarpia), Carlo Cigni (Angelotti), Francisco Almanza (Spoletta), Matteo Peirone (le Sacristain), Vladimir Kapshuk (Sciarrone), Christian Tréguier (le Geôlier).

Dommage que la distribution soit aussi terne, car j’ai rarement entendu un orchestre aussi incandescent dans Tosca. La direction enflammée de Palumbo donne un relief éblouissant au drame musical de Puccini. La musique prend  aux tripes et inspire des sensations intenses et délicieuses.

Iano Tamar manque singulièrement de classe et de poids dramatique. Elle ne gère pas très bien la tension de la voix dans le “Vissi d'Arte” qui, du coup, passe à côté de sa cible. Carlo Ventre cherche à faire du Pavarotti en s’installant en permanence dans un registre héroïque qu’il est incapable d’assumer. Franck Ferrari relève nettement le niveau, mais il semble fatigué, même si les choses s’améliorent dans le deuxième acte. On aimerait pouvoir entendre davantage Carlo Cigni, qui campe Angelotti à la perfection ; dommage que le rôle soit si court.

Comme en 2007, je trouve que l’élégance épurée de la production de Schroeter fonctionne plutôt bien. On remarque particulièrement les belles lumières de d’André Diot et la jolie palette de couleurs des costumes d’Alberte Barsacq (dont je me demande si elle est parente du célèbre André Barsacq).


“Grand Hotel”

Theater am Gärtenerplatz, Munich • 7.5.11 à 19h
Livret : Luther Davis. Musique et lyrics : George Forrest et Robert Wright. Musique et lyrics additionnels : Maury Yeston

Mise en scène : Pavel Fieber. Direction musicale : Andreas Kowalewitz. Avec April Hailer (Elizaweta Gruschinskaja), Gunter Sonneson (Otto Kringelein), Milica Jovanovic (Flämmchen), Lucius Wolter (Baron Felix von Gaigern), Hardy Rudolz (Generaldirektor Preysing), Marianne Larsen (Raffaela Ottanio), Dirk Lohr (Oberst Dr. Otternschlag), Hansjörg Hack (Sandòr / Zinnowitz), Thomas Peter (Rohna), Mario Podrecnik (Erik), Tom Schimon (Jimmy 1), Vladimir Maxim Korneev (Jimmy 2) . [Il y a eu une annonce avant la représentation, dont j’ai cru comprendre qu’elle concernait une modification de distribution pour le rôle de l’un des Jimmy, mais je n’en suis pas sûr.]

J’étais très excité à l’idée de revoir l’une de mes comédies musicales préférées, adaptation du célèbre film de 1932 avec Greta Garbo, bénéficiant d’une partition de tout premier plan due à George Forrest et Robert Wright d’une part et à Maury Yeston d’autre part (il fut appelé en cours de route pour réécrire une partie de la partition quand il apparut que le spectacle ne “marchait” pas).

J’avais eu la chance de voir déjà deux productions excellentes de Grand Hotel : l’une au Donmar Warehouse de Londres en 2004 et une autre à Chicago, au Drury Lane Water Tower Theatre, en 2005. Le Theater am Gärtnerplatz possède des moyens plus étendus que ces deux petits théâtres. Du coup, on a droit à un décor étonnant, capable de se transformer de multiples façons, et à un orchestre de bon niveau.

Malheureusement, même s’ils sont tous appliqués, les comédiens issus de la troupe du théâtre ne parviennent pas à briller. Ils ne sont pas complètement à l’aise avec le style musical de l’œuvre (ce sont majoritairement des chanteurs d’opéra) et leur charisme est insuffisant pour donner complètement corps aux étonnants personnages qui se croisent dans les couloirs et les chambres du Grand Hôtel. Ce qui en résulte est donc honnête, sans plus.


“Black Swan”

Dans le train • 7.5.11
Darren Aronofsky (2010). Avec Natalie Portman.

Un film inutile : scénario téléphoné (on a tout compris dans les dix premières minutes), réalisation convenue, interprétation sans génie (Vincent Cassel est à peu près aussi convaincant en chorégraphe que moi en pêcheur de pleine mer). On a un peu l’impression de voir un condensé de tous les films fantastiques de série Z (Carrie), propulsé par erreur dans la “cour des grands”. Prétentieux et sans âme.


Concert Dresdner Philharmonie / Frühbeck de Burgos au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 6.5.11 à 20h
Dresdner Philharmonie, Raphael Frühbeck de Burgos

Ravel :
Alborada del Gracioso
– concerto pour piano en sol majeur (Fazıl Say, piano)
Mahler : symphonie n° 1

Concert de bonne tenue mais globalement un peu décevant.

Les musiciens de la Dresdner Philharmonie ne sont pas dans leur élément dans Ravel. Ils n’arrivent pas à en rendre la couleur si particulière et confondent la fluidité caractéristique du compositeur français avec une absence de rigueur dans la mise en place, largement préjudiciable au résultat. Dans un moment de mauvaise foi assumée, je me dis que ça n’est qu’à moitié surprenant que des musiciens allemands pensent devoir faire n’importe quoi pour jouer de la musique française.

Le concerto de Fazıl Say est plaisant mais un peu trop brouillon. On aime l’espèce de transe dans laquelle semble tomber le pianiste dans certains passages, notamment dans le premier mouvement, dans lequel il voit manifestement une proximité convaincante avec le jazz. Mais l’espoir que font naître ces quelques instants de génie retombe avec un deuxième mouvement sans âme et un troisième mouvement sans histoire. Seul le deuxième bis de Say, une vraie-fausse improvisation de jazz sur “Summertime”, suscite l’enthousiasme.

La symphonie de Mahler est appliquée et professionnelle, mais elle manque singulièrement de génie. Pas de relief, pas de tension, pas de grain de folie. Les cors ne sont pas suffisamment solides ; l’orchestre ne semble habité d’aucune conscience collective. Les moments réussis, comme le solo de contrebasse délicieusement faux du troisième mouvement, sont trop rares. J’ai rarement été aussi peu transporté par une Titan.


“Sweeney Todd”

Théâtre du Châtelet, Paris • 3.5.11 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Lee Blakeley. Ensemble Orchestral de Paris, David Charles Abell. Avec Franco Pomponi (Sweeney Todd), Caroline O’Connor (Mrs. Lovett), Nicholas Garrett (Anthony Hope), Rebecca Bottone (Johanna), Pascal Charbonneau (Tobias), Jonathan Best (Judge Turpin), John Graham-Hall (The Beadle), David Curry (Pirelli), Rebecca de Pont Davies (Beggar Woman), …

Nouvelle visite à cette magnifique production proposée par le Théâtre du Châtelet… et confirmation de l’indéniable qualité de l’entreprise.

J’ai la chance de voir l’autre chanteur interprétant le rôle-titre, Franco Pomponi (qui est américain, contrairement à ce que son nom pourrait laisser entendre). Sa prestation est superbe : à la fois sur le plan musical (on se souvient de son Hamlet de Marseille) et sur le plan du jeu — à aucun moment il ne se départit de son air illuminé, la tête légèrement penchée sur le côté, le regard fixe et inquiétant. Le jugement sur le reste de l’entreprise reste très positif, d’autant que plusieurs petits points ont été corrigés ou resserrés depuis la précédente représentation. Le Anthony de Nicholas Garrett continue à être l’un des maillons faibles de l’entreprise : à aucun moment il ne projette ce fol enthousiasme juvénile qui devrait être le ressort du personnage… et, une fois encore, il contribue à faire échouer le redoutable quatuor qui devrait pourtant constituer l’un des sommets du premier acte.

La jubilation intense d’entendre la belle partition de Sondheim aussi joliment interprétée par l’Ensemble Orchestral de Paris — on est pourtant loin de Haydn — reste intacte. Je suis mieux placé que la dernière fois pour observer le travail de l’orchestre. Les orchestrations de Jonathan Tunick utilisent les cuivres de manière particulièrement jubilatoire, et c’est un immense plaisir d’entendre son travail aussi bien mis en valeur par les trois trombones, deux trompettes et le cor présents dans la fosse.