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Posts from January 2011

Concert Los Angeles Philharmonic / Dudamel à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 31.1.11 à 20h
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel

Mahler : symphonie n° 9

Peut-on vraiment diriger la neuvième de Mahler avant cinquante ans ? C’est la question qui m’a tarabusté pendant tout le concert. L’interprétation, brillante, manque de subtilité et de vision, même si le dernier mouvement parvient à être captivant lorsque Dudamel semble enfin se laisser guider par la tension interne de la partition. Reste que le souvenir d’Abbado rend l’exercice presque cruel tant la barre est haute.

Il se confirme que l’orchestre joue divinement.


Concert Los Angeles Philharmonic / Dudamel à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 30.1.11 à 20h
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel

Adams : Slonimsky’s Earbox
Bernstein : symphonie n° 1 (Kelley O’Connor, mezzo-soprano)
Beethoven : symphonie n° 7

Bon, c’était prévisible : Dudamel est encore un peu tendre pour se confronter au “grand” répertoire. Il porte son tempérament de feu en bandoulière, ce qui lui sied fort bien, mais il ne deviendra un “grand” chef qu’avec quelques années de maturité supplémentaires. (La première symphonie de Mahler interprétée à l’occasion de son concert inaugural comme directeur musical du Los Angeles Philharmonic, que l’on peut se procurer sur iTunes, est très décevante.)

Il n’en reste pas moins que le Los Angeles Philharmonic est une phalange extraordinaire, avec notamment des bois d’une indicible beauté. Comme il y a un peu plus de trois ans à l’occasion des concerts Sibelius dirigés par Salonen, on est frappé par la façon dont l’acoustique de Pleyel dorlote le son de l’orchestre.

La première partie est très réussie. Le Slonimsky’s Earbox de John Adams est une œuvre idéale pour l’orchestre et pour son chef : l’interprétation proposée est bien plus incisive que celle du Hallé avec Nagano qui figure dans le coffret Adams chez Nonesuch. Très beau solo d’alto de l’excellente Carrie Dennis. Mon compagnon de concert me fait remarquer à juste titre qu’on dirait du Stravinsky.

La première symphonie de Bernstein est une œuvre assez racoleuse, pour ne pas dire putassière. Ce qui ne m’empêche pas de me laisser volontiers porter par cette rhétorique mystique et passionnée. D’autant que l’interprétation, en l’occurrence, est brillante. Belle prestation de la mezzo Kelley O’Connor qui, à défaut d’autre chose (la précision des attaques, par exemple), possède un sacré coffre, qui lui permet de se faire entendre même au-dessus des tutti.

Même si je suis toujours très heureux d’entendre Beethoven avec des nuances, des contrastes… et des instruments qui sonnent juste, force est de constater que Dudamel y va trop fort. Je ne pensais pas que l’acoustique de Pleyel pouvait donner l’impression d’en avoir plein les oreilles, mais c’est nettement le cas en l’occurrence. On apprécie malgré tout la qualité superlative du jeu de l’orchestre, notamment l’onctuosité des bois dans les passages les plus sages.

Réception enthousiaste du public, qui obtient deux bis extrêmement bien joués : la première Danse hongroise de Brahms et la Valse des Divertimentos for Orchestra de Bernstein (cette dernière particulièrement sublime).


“Le Nombril”

Comédie des Champs-Élysées, Paris • 30.1.11 à 16h30
Jean Anouilh (1981)

Mise en scène : Michel Fagadau. Avec Francis Perrin (Léon), Francine Bergé (Ardelle), Éric Laugérias (Gaston), Davy Sardou (Bernard), Jean-Paul Bordes (le Docteur), Christian Bouillette (le vieux déménageur), …

Il me semble que je n’avais jamais vu cette délicieuse pièce, la dernière écrite par Anouilh, semble-t-il, qui parvient à être à la fois une comédie affûtée sur l’égoïsme et une sorte de réflexion douce-amère d’un auteur dramatique à succès parvenu au crépuscule de sa vie.

Belle distribution menée par un Francis Perrin étonnant (le rôle avait été créé par Bernard Blier). Des petits problèmes de tempo apparus dans les premières minutes de la pièce disparaissent rapidement une fois les comédiens chauffés.

Michel Fagadau, une fois encore, propose une mise en scène intelligente et fluide dans un joli décor de Mathieu Lorry-Dupuy. Il utilise avec brio de très courtes ponctuations musicales pour marquer l’entrée ou la sortie de certains personnages. Et a décidé de manière fort appropriée de donner la pièce sans entracte.


“Madama Butterfly”

Opéra Bastille, Paris • 29.1.11 à 19h30
Giacomo Puccini (1904). Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après une pièce de David Belasco inspirée par une nouvelle de John Luther Long.

Direction musicale : Maurizio Benini. Mise en scène : Robert Wilson. Avec Micaela Carosi (Cio-Cio San), James Valenti (Pinkerton), Anthony Michaels-Moore (Sharpless), Enkelejda Shkosa (Suzuki), Carlo Bosi (Goro)…

J’avais déjà dit ici ce que m’inspire cette mise en scène de Robert Wilson. J’ai été pris d’un début de fou rire heureusement vite maîtrisé au début de la représentation en voyant les chanteurs effectuer les mouvements un peu mécaniques demandés par Wilson avec un enthousiasme… comment dire… très mitigé.

Représentation très moyenne sur le plan vocal. Micaela Carosi manque singulièrement de fraîcheur pour interpréter Cio-Cio San ; sa voix est étranglée dans le grave ; seuls les aigus parviennent à franchir la fosse, mais ils ne sont pas toujours très justes. Syndrome inverse pour James Valenti, dont la voix s’étrangle dans l’aigu ; dommage, car il a de la prestance. C’est finalement le Sharpless d’Anthony Michaels-Moore qui fait la plus forte impression.

La prestation de l’orchestre, en revanche, est un régal. Maurizio Benini sait mettre en valeur de fort belle manière le relief dramatique de la musique de Puccini. Je suis sûr que quelques ronchons doivent trouver qu’il fait jouer l’orchestre trop fort, mais on ne peut pas mettre Puccini en sourdine !


Concert Orchestre de Paris à l’Athénée

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 29.1.11 à 15h
Maud Ayats, Anne-Elsa Trémoulet (violons), Estelle Villotte (alto), Emmanuel Gaugué (violoncelle)

Stravinsky : Élégie, pour violon seul
Bartók : Duos pour violons, Sz 98 (extraits)
Hans Krása (1899-1944) : Tanec, pour trio à cordes
Erwin Schulhoff (1894-1942) : Quatuor à cordes n° 1
Chostakovitch : Quatuor à cordes n°8

Très jolie sélection d’œuvres au programme de ce concert donné par des musiciens de l’Orchestre de Paris sur le thème “Néo-classique ou oppression”. Sorte de symphonie des adieux à l’envers, le programme commence par une œuvre pour violon seul et voit l’effectif augmenter progressivement jusqu’au quatuor.

Beaucoup parmi les morceaux interprétés ont un commun une sorte de clair-obscur crépusculaire. C’est particulièrement vrai du magnifique quatuor de Schulhoff, qui crée une atmosphère de fin du monde hypnotique et fascinante. Le dernier mouvement, en particulier, cadencé par les pizzicati implacables et glaçants du violoncelle, est une merveille.

Conclusion idéale au programme proposé, le quatuor de Chotakovitch est tout simplement sublime.

Les musiciens sont globalement très convaincants et font montre d’un bel engagement. Dommage que le morceau initial ait été gâché par une quinte de toux particulièrement bruyante dans le public. Il faut aussi se taper deux interventions de Bruno Putzulu, un comédien qui ne m’a jamais inspiré beaucoup de sympathie, venu déclamer deux tirades du Caligula de Camus, actuellement à l’affiche du théâtre.


“The King’s Speech”

UGC Normandie, Paris • 25.1.11 à 20h

Tom Hooper (2010). Avec Colin Firth (King George VI), Geoffrey Rush (Lionel Logue), Helena Bonham Carter (Queen Elizabeth), Michael Gambon (King George V), Claire Bloom (Queen Mary), Guy Pearce (King Edward VIII), Eve Best (Wallis Simpson), Derek Jacobi (Archbishop Cosmo Lang), Timothy Spall (Winston Churchill), …

Bon, allez, c’est vrai, la publicité dit vrai : ce film est génial et bouleversant. D’autant qu’il est brillamment servi par un étonnant échantillon de ce que le Royaume-Uni et le Commonwealth ont produit de plus éblouissant en matière d’art dramatique.

On a vaguement envie de chercher les défauts pour ne pas succomber à la prévisible adoration générale. Il faut reconnaître que le film utilise toutes les ficelles possibles pour séduire, avec son scénario et sa réalisation bien mélodramatiques et une musique d’Alexandre Desplat (incontournable, ces jours-ci) parfaitement calibrée… avec tout de même un vaillant renfort de Papy Beethoven pour que les deux dernières scènes soient encore plus irrésistibles. (Quiconque n’est pas terrassé par les larmes pendant les dix dernières minutes doit sérieusement s’inquiéter pour sa santé.) Mais sont-ce vraiment des défauts ?

Le scénario est un régal, avec ses petites touches d’humour savamment réparties pour équilibrer le mélo. Et on ne peut qu’être subjugué par les prestations de Colin Firth (que j’adore depuis la géniale mini-série anglaise Lost Empires, diffusée dans les années 1980) et de Geoffrey Rush. L’espèce d’étincelle mutine qui brille au fond des yeux de Rush pendant tout le film est simplement jubilatoire. Quant à Firth, la complexité et la profondeur qu’il parvient à projeter laissent sans voix, sans compter sa capacité à porter un scénario dont l’apex émotionnel est la lecture d’un discours devant un micro de radio ! Il faut dire qu’il est très très bien servi par le scénariste, dont je découvre qu’il a travaillé sur le script du génial Tucker de Coppola.

La réalisation de Tom Hooper oscille entre un classicisme bon teint et quelques touches plus audacieuses, généralement plutôt efficaces mais occasionnellement inutilement maniérées.

Un des très rares films dont je sais d’ores et déjà que j’y reviendrai régulièrement, juste pour replonger dans cet océan d’émotion.


Concert LSO / Gergiev au Barbican

Barbican Hall, Londres • 23.1.11 à 19h30
London Symphony Orchestra, Valery Gergiev

Chostakovitch : concerto pour violon n° 2 (Sergey Khachatryan, violon)
Tchaïkovski : symphonie n° 1

Quel bonheur de pouvoir entendre enfin ce jeune et remarquable violoniste dont j’avais déjà indiqué ici à quel point son enregistrement des concertos de Chostakovitch m’avait emballé. La beauté de son interprétation est sidérante : la maîtrise du son est d’autant plus remarquable que la partition est une tuerie sur le plan technique. Le LSO est en grande forme : le solo de cor qui clôt le deuxième mouvement est à pleurer (superbe Timothy Jones). Beauté infinie, émotion profonde.

Et ce n’est pas fini : l’interprétation que proposent Gergiev et le LSO de la première symphonie de Tchaïkovski est exceptionnelle. La représentation de ce soir est d’ailleurs enregistrée pour le label LSO Live — gageons que cet enregistrement sera couvert de lauriers par la presse.

On trouve déjà dans cette première symphonie toutes les qualités qui nous rendent Tchaïkovski aussi indispensable : l’inspiration des lignes mélodiques, l’évocation d’images magiques et fascinantes, la beauté des couleurs et des timbres.

L’interprétation est sublime de bout en bout. Gergiev fait des merveilles en alternant retenue contemplative et tutti déchaînés. Avec un orchestre qui, telle une mécanique parfaitement huilée, réalise ses intentions avec enthousiasme et talent.

Le début du deuxième mouvement, avec son solo de hautbois accompagné par la flûte et le basson, touche au sublime. Le solo est interprété merveilleusement par Nora Cismondi qui, sauf erreur, est le hautbois solo… de l’Orchestre National de France ! (Mais où est Emmanuel Abbühl ?)

Concert un peu gâché par les sifflements d’un appareil auditif appartenant à un vieux monsieur malheureusement situé pas très loin de moi. Je suis au balcon, mais je vois bien à la fin de la représentation que les musiciens s’interrogent sur la source du bruit : ils entendaient donc, eux aussi.


“Salad Days”

Riverside Studios, Londres • 23.1.11 à 15h
Musique : Julian Slade (1954). Lyrics : Dorothy Reynolds & Julian Slade.

Mise en scène : Bill Bankes-Jones. Direction musicale : Anthony Ingle. Avec Andrew Ahern (Timothy [understudy/remplaçant]), Katie Moore (Jane), Luke Baker (PC Boot / Electrode [understudy/remplaçant]), Kathryn Martin (Tim’s Mother/Asphynxia), Lee Boggess (Troppo), Rebecca Caine (Lady Raeburn), Charlie Camerom, Matthew Hawksworth (Tramp), Mark Inscoe (Uncle Zed), Spencer O’Brien, Ellie Robertson, Tony Timberlake (Augustine Williams), Emma Harris, Richard Kent, Tanya Stephens.

La production originale de Salad Days fut la comédie musicale anglaise la plus représentée avant d’être battue par Oliver! (1960). La délicieuse partition en est signée par Julian Slade, l’un des compositeurs anglais les plus inspirés lorsqu’il s’agit de créer des mélodies légères et entraînantes.

L’histoire à la fois déjantée et poétique de Salad Days est celle de deux jeunes gens, Tim et Jane, à peine sortis de l’université et qui se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir faire de leurs vies. Leurs parents ont beaucoup de projets pour eux, mais ils décident d’accepter la première opportunité qui se présentera… et elle se présente bientôt sous la forme d’une sorte de clochard qui leur propose de l’argent pour garder un piano qu’il déplace partout comme une brouette. Il apparaît bientôt que ce piano possède le pouvoir mystérieux de faire danser ceux qui entendent sa musique. Il s’ensuit une série de péripéties au cours desquelles Tim et Jane vont croiser le chemin des nombreux oncles de Tim… dont un qui pilote une soucoupe volante. Tout se terminera bien pour Tim et Jane, qui sont tombés amoureux entre temps… d’autant que le clochard qui leur a fourni le piano se révèle être un énième oncle de Timothy, “celui dont on ne parle pas”.

Tout cela est prétexte à une série de chansons plus charmantes les unes que les autres… ainsi qu’à quelques scènes de comédie particulièrement efficaces.

Cette production me permet de découvrir un lieu que je ne connaissais pas, ces Riverside Studios situés dans le quartier de Hammersmith et qui regroupent sous un même toit un cinéma et plusieurs salles consacrées au spectacle vivant. La salle dans laquelle se joue Salad Days, de taille moyenne, est organisée avec une scène rectangulaire autour de laquelle deux gradins se font face.

La qualité de la réalisation est époustouflante. La partition est confiée à un ensemble de très haut vol constitué de deux pianos, d’une contrebasse et d’une batterie. Les arrangements sont divins et font danser la musique de Julian Slade de manière particulièrement enchanteresse. Les comédiens sont épatants : ils jouent tous plusieurs rôles… et, comme d’habitude, je suis soufflé par les prestations des deux remplaçants mobilisés en raison de l’indisposition du comédien qui joue normalement le rôle de Timothy. La mise en scène traite avec doigté et intelligence la légèreté insaisissable de la pièce.

C’est poétique, c’est touchant, c’est infiniment léger et irrésistiblement séduisant. Une parenthèse enchantée que l’on quitte à regret. Décidément, ces petits théâtres font des merveilles…

La première partie fut néanmoins un peu gâchée par une vieille dame en fauteuil roulant qui n’avait sans doute pas toute sa tête et qui s’est mise à marmonner. J’admire les comédiens d’avoir pu continuer à jouer comme si de rien n’était.


Concert LPO / Nézet-Séguin à Festival Hall

Royal Festival Hall, Londres • 22.1.11 à 19h30
London Philharmonic Orchestra, Yannick Nézet-Séguin

Franck : symphonie en ré mineur
Fauré : Requiem (Sally Matthews, soprano ; Gerald Finley, baryton-basse)

La symphonie de Franck a beaucoup de défauts : quasiment monothématique, elle est bien souvent aussi monochromatique et sans réelle épaisseur harmonique. Mais, curieusement, l’approche d’un Yannick Nézet-Séguin, qui est beaucoup remonté dans mon estime depuis le Don Carlo du Met, peut faire des miracles. Le deuxième mouvement est sans doute un cas désespéré, mais dans les deux autres mouvements, l’orchestre sort littéralement ses tripes pour aller chercher des traits d’un éblouissant lyrisme. Tous les pupitres se jettent à corps perdu dans une lecture qui illustre de manière frappante l’impact que peut avoir un chef charismatique, dont on observe à quel point les impulsions données depuis le podium se propagent comme des ondes de choc dans un orchestre parfaitement à l’écoute et parfaitement réactif.

Nézet-Séguin conduit le sublime Requiem de Fauré un peu lentement. Il privilégie, du coup, le recueillement, au détriment de cette fascinante lumière qui semble traverser l’œuvre. Bonne prestation du chœur, dont on aimerait cependant entendre plus les ténors. Sally Matthews a du mal à contrôler son vibrato. Quant à Gerald Finley, il donne une prestation d’une beauté et d’une sensibilité confondantes. Je crois que je pourrais l’écouter chanter le “Libera Me” en boucle sans jamais me lasser. Les dernières mesures du “Libera Me”, dans lesquelles le baryton revient chanter avec le chœur, confinent au sublime.


Orchestre Concertgebouworkest / Boulez au Concertgebouw

Concertgebouw, Amsterdam • 21.1.11 à 20h15
Concertgebouworkest, Pierre Boulez

Webern : six pièces pour orchestre, op. 6
Mahler : symphonie n° 7

Bon, on ne peut pas gagner à tous les coups. Après une troisième symphonie d’anthologie dirigée par Jansons il y a presque un an, c’est Pierre Boulez qui s’attelle à la septième… avec un résultat plus que décevant.

Bien sûr, le son magnifique de l’orchestre est fabuleux. Mais Boulez semble décidé à étouffer toute tentative d’expressivité : il dirige l’intégralité de la symphonie de manière parfaitement métronomique, sans aucun rubato et avec une dynamique réduite à sa plus simple expression. Le discours en est complètement écrasé et perd sa capacité à émouvoir. Cette approche purement rythmique est la plupart du temps totalement incongrue : le premier mouvement ressemble un peu à un best of de thèmes de John Williams. D’autant plus étonnant que Boulez reste associé dans ma mémoire à une excellente huitième à Berlin il y a presque quatre ans.

Les petites pièces de Webern avaient pourtant bien planté le décor grâce à une interprétation autrement plus subtile et assez chatoyante.


“Ô mon bel inconnu”

Opéra Comique, Paris • 20.1.11 à 20h
Raynaldo Hahn (1933). Livret de Sacha Guitry.

Orchestre des lauréats du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, Emmanuel Olivier. Mise en scène : Emmanuelle Cordoliani. Avec Arnaud Guillou (Prosper Aubertin), Cécilé Achille (Antoinette), Estelle Lefort (Marie-Anne), Blandine Folio Peres (Félicie), Safir Behloul (Lallumette / Jean-Paul), Nicolas Certenais (Xavier / Victor), Florent Baffi (Claude Aviland).


“También la lluvia”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 19.1.11 à 22h30

Même la pluie. Icíar Bollaín (2010). Avec Gael García Bernal, Luis Tosar, Karra Elejalde, Juan Carlos Aduviri…

Une équipe arrive en Bolivie pour y tourner un film sur les méfaits de la colonisation de l’Amérique par les Espagnols après l’arrivée de Colomb, mettant particulièrement en avant le rôle d’Antonio de Montesinos et son célèbre sermon sur la cruauté du traitement des indigènes. L’un des indiens quechuas embauchés pour jouer les figurants est également le meneur d’un mouvement populaire contre la privatisation de l’approvisionnement en eau et les augmentations de prix monumentales qui en résultent. L’actualité et la représentation historique se superposent et s’entrecroisent de multiples manières.

Un film intéressant qui parvient à échapper à une catégorisation trop marquée. Un peu de comédie, un peu d’histoire, un peu de conscience sociale pas trop bébête, quelques biens jolis paysages… On n’échappe pas à quelques poncifs prévisibles (l’exploitation abusive des ressources naturelles par une multinationale sans visage et sans âme ; l’apprenti capitaliste qui se découvre un grand cœur au détour d’un chemin ; les champions de la conscience sociale dont les principes ne résistent pas à une confrontation avec la dure réalité), mais la mise en abyme réalisée par le scénario parvient à faire réfléchir de manière convaincante et, parfois, touchante.

La réalisation de l’Espagnole Icíar Bollaín est un peu monotone, mais elle se débrouille plutôt bien des contraintes que l’on suppose attachées au budget forcément modeste du film. Il est néanmoins frappant de constater à quel point les tics des réalisateurs sont victimes, eux aussi, de la mondialisation. La scène d’ouverture, notamment, paraît sortie directement d’un film américain.

Belle distribution menée par Gael García Bernal, qui continue son joli chemin après Amores Perros et La Mala Educación. C’est cependant Luis Tosar et sa “gueule” qui marquent le plus — il faut dire que c’est son personnage, Costa, à qui le scénario fait vivre la plus belle aventure. Et puis il y a ces indiens quechuas : ce ne sont pas les meilleurs acteurs du monde, mais ils dégagent quelque chose, une sorte de noblesse un peu fragile, qui les rend fascinants.


“Me and My Girl”

Crucible Theatre, Sheffield • 15.1.11 à 19h30
Musique : Noel Gay (1937). Livret et lyrics : Douglas Furber & L. Arthur Rose. Livret revu par Stephen Fry, avec des contributions de Mike Ockrent.

Mise en scène : Anna Mackmin. Direction musicale : Jae Alexander. Avec Daniel Crossley (Bill Snibson), Jemima Rooper (Sally Smith), Miriam Margolyes (The Duchess of Dene), Lauren Appleby, Chloe Campbell, John Conroy,  Richard Dempsey, Cara Elston, Steve Fortune, Nolan Frederick, Josefina Gabrielle, Francis Haugen, David James Hulston, Richard Jones, Jo Morris, James O'Connell, Sherrie Pennington, Patrick Ryecart, Nicola Sloane, John Stacey, Barnaby Thompson, Craig Turner, Kate Tydman.

Ce week-end inhabituel et mémorable m’a permis de voir coup sur coup deux comédies musicales que je rêvais de voir pour la première fois.

Me and My Girl est l’œuvre du compositeur anglais Noel Gay (1898-1954). Né Reginald Armitage, Gay décida d’utiliser un pseudonyme pour ses compositions “légères” car il exerçait parallèlement une activité de compositeur “sérieux”. Les chansons de Noel Gay sont de petits miracles de légèreté et d’inspiration mélodique : il devint, du coup, l’un des compositeurs les plus en vue pendant les années 1930 et 1940, ajoutant tube après tube à un catalogue particulièrement riche. Sa chanson la plus connue est peut-être “The Lambeth Walk”, qui fut d’ailleurs interprétée par Dalida.

La production originale de Me and My Girl, qui ouvrit ses portes en 1937, fut jouée plus de 1600 fois et dut changer de théâtre deux fois à cause des bombardements. Une reprise de 1984 (montée à l’origine par le célèbre Haymarket de Leicester, le théâtre devenu aujourd’hui le Curve) tint l’affiche huit ans à Londres et trois ans et demi à Broadway. Son succès l’emmena jusqu’au Japon.

Le Crucible Theatre de Sheffield, un autre théâtre régional de très bon standing, placé désormais sous la direction artistique du comédien Daniel Evans (Sunday in the Park With George), propose une reprise jubilatoire de cette délicieuse comédie musicale qui a en commun avec d’autres œuvres phares du théâtre musical anglais (Half a Sixpence, Blood Brothers,… on ajouterait volontiers My Fair Lady, même si Shaw était irlandais) de s’intéresser aux conséquences d’un clash entre classes sociales.

Le personnage principal de Me and My Girl, Bill Snibson, est un cockney bon ton de Lambeth qui hérite de manière inattendue d’un comté ainsi que du château et de la famille qui l’accompagnent. La rencontre des deux mondes sera surtout l’occasion d’enchaîner des chansons plus entraînantes les unes que les autres, entrecoupées de grands numéros dansés.

Cette production du Crucible, accompagnée par un orchestre d’une douzaine de musiciens, fait carton plein sur tous les fronts — distribution, mise en scène, chorégraphie. La question délicate du décor — le théâtre est en amphithéâtre, ce qui n’offre pas beaucoup de possibilités — est résolue de manière élégante par Peter McKintosh. On est particulièrement séduit par Daniel Crossley, dont le charisme est considérable. Il fait preuve d’une telle énergie qu’il est littéralement trempé de sueur d’un bout à l’autre de la représentation. Le charme dont fait preuve Jemima Rooper est également irrésistible.

Des rumeurs font été d’un possible transfert vers le West End. Ce serait amplement mérité.


“On the Twentieth Century”

Union Theatre, Londres • 14.1.11 à 19h30
Musique : Cy Coleman (1978). Livret et lyrics : Betty Comden & Adolph Green.

Mise en scène : Ryan McBryde. Direction musicale : Oliver Jackson. Avec Howard Samuels (Oscar Jaffee), Rebecca Vere (Lily Garland), Robbie Scotcher (Bruce Granit), Chris David Storer (Oliver Webb), Matt Harrop (Owen O’Malley), Valda Aviks (Letitia Primrose), Mensah Bediako (Conductor), Kristopher Milnes (Max Jacobs / Grover Lockwood), Lulu Alexandra (Imelda Thornton / Agnes / Anita), Virge Gilchrist (Dr. Johnson), Leejay Townsend (Maxwell Finch).

J’avoue que j’étais passablement excité à l’idée de voir enfin cette comédie musicale de 1978, récompensée par cinq Tony Awards (dont celui du meilleur livret et celui de la meilleure partition, mais pas par celui de la meilleure comédie musicale, qui alla à Ain’t Misbehavin’) lors de sa création à Broadway.

Le livret est en partie basé sur le scénario du film Twentieth Century de Howard Hawks (1934). La délicieuse partition de Cy Coleman (Sweet Charity, City of Angels) navigue avec bonheur entre opérette et pastiche des années 20. Elle se nourrit aussi de rythmes qui évoquent sans erreur possible les sons d’un voyage en chemin de fer : l’action, en effet, se déroule pour l’essentiel à bord du mythique train “Twentieth Century Limited” qui reliait Chicago à New York en seize heures.

Londres n’avait pas vu le spectacle depuis la production originale de 1980, qui ne connut qu’un succès modéré. C’est le petit Union Theatre qui s’y colle. Mes deux expériences précédentes de ce théâtre (Assassins, Bells are Ringing) ayant été plus que positives, je savais que j’avais de bonnes chances de me régaler.

Et ce fut le cas.

Comme souvent, le fait de jouer dans un tout petit théâtre semble faciliter l’émergence de toutes sortes d’idées géniales. La mise en scène, pleine d’invention, n’est jamais à court de ressources pour compenser la modestie des moyens déployés. Coup de génie, la partition a été réorchestrée pour un piano et quatre saxophones, une formation particulièrement adaptée au style de la musique de Cy Coleman… et qui se révèle idéale pour évoquer les bruits du train en mouvement.

Les comédiens se jettent à corps perdu dans ce qui est, par bien des aspects, une farce hystérique. Le personnage principal, un producteur de théâtre ruiné, est incarné à la perfection par Howard Samuels, dont l’énergie comique est considérable. Le rôle féminin principal représente un sacré challenge car il demande une comédienne avec un solide instinct comique, mais dotée également d’une voix capable de se plier à quelques passages pyrotechniques dignes de l’opérette : la délicieuse Rebecca Vere relève le défi haut la main.

Mention spéciale pour la Letitia Primrose délicieusement déjantée de Valda Aviks, dont même le nom me fait rigoler (elle devait être en train d’acheter des remèdes pour le rhume lorsqu’elle a choisi son nom d’actrice)… et pour une troupe de grande tenue, capable d’incarner avec brio la brochette de personnages secondaires, mais aussi de rendre justice à la belle écriture polyphonique de Cy Coleman.

Il me tarde de savoir quel nouveau délice nous prépare désormais le Union Theatre…


Concert Orchestre de Paris / Järvi à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 13.1.11 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi

Britten : concerto pour violon (Janine Jansen, violon)
Berlioz : Harold en Italie (Antoine Tamestit, alto)
Ravel : Daphnis et Chloé, suite n° 2

Je regrette d’avoir succombé plusieurs fois à la fatigue pendant le concerto de Britten qui, pourtant, à travers ce que j’en ai entendu, a été interprété magistralement par Janine Jansen. Une musique difficile mais pleine d’atmosphères sombres et envoûtantes.

La vie étant parfois mal faite, je suis resté en revanche parfaitement éveillé pendant Harold en Italie, qui m’a rappelé — longuement et douloureusement — à quel point je ne supporte pas la musique de Berlioz. Des idées mélodiques qui se terminent systématiquement en queue de poisson, un tissu orchestral manquant désespérément d’épaisseur, aucun moment qui prenne aux tripes… et la désagréable sensation d’avoir embarqué sur un bateau condamné à voguer éternellement sans jamais se diriger vers un port. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant ennuyé. L’excellent Antoine Tamestit n’y est pour rien : il fait de fort jolies choses avec son alto.

Heureusement, on revient dans le sublime avec la suite de Daphnis et Chloé, même si Järvi lui donne des airs un peu trop martiaux à mon goût. Le début, en particulier, manque de poésie.


“Les Mamelles de Tirésias”

Opéra Comique, Paris • 10.1.11 à 20h
Francis Poulenc (1947). Livret du compositeur, d’après Apollinaire.

Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon, Ludovic Morlot. Mise en scène : Macha Makeïeff. Avec Hélène Guilmette (Thérèse), Ivan Ludlow (le Mari), Werner Van Mechelen, Christophe Gay, Loïc Felix, Thomas Morris, Marc Molomot, Jeannette Fischer…

Précédé de :
– Chostakovitch : Jazz Suite n° 1 – “Foxtrot” (1934)
– Darius MIlhaud : Le Bœuf sur le toit (1920)

Si je devais choisir les œuvres d’un seul compositeur pour m’accompagner sur une île déserte, je n’hésiterais pas longtemps : ce seraient celles de Poulenc. Les Mamelles de Tirésias précède Dialogues des Carmélites de dix ans, et pourtant on y trouve déjà beaucoup de ces harmonies fascinantes et instantanément reconnaissables qui, pour être franc, m’envoient directement sur un petit nuage.

C’est donc un grand moment de bonheur que nous propose l’Opéra Comique, en collaboration avec l’Opéra de Lyon. Macha Makeïeff trouve le ton juste pour mettre en scène cette succulente farce surréaliste. Qui bénéficie en outre d’une interprétation impeccable tant de la part de l’orchestre que des chanteurs. Le seul regret, c’est que le spectacle ne dure pas plus longtemps. Plusieurs jours plus tard, je fredonne toujours “Ce n’est pas parce que vous m’avez fait la cour dans le Connecticut / Que je dois vous faire la cuisine à Zanzibar” à longueur de journées.


“Lucia di Lammermoor”

Staatsoper, Vienne • 8.1.11 à 19h
Donizetti (1835). Livret de Salvatore Cammarano, d’après The Bride of Lammermoor de Walter Scott.

Direction musicale : Bruno Campanella. Mise en scène : Boleslaw Barlog. Avec Annick Massis (Lucia), Piotr Beczała (Edgardo), Eijiro Kai (Enrico), Gergely Németi (Arturo), Dan Paul Dumitrescu (Raimondo), Juliette Mars (Alisa), Benedikt Kobel (Normanno).

On reste sur une curieuse impression tant cette représentation est dénuée de tension.

La faute en revient avant tout à la direction anémique de Bruno Campanella, qui s’acharne à adopter des tempos de berceuse même dans les passages les plus dramatiques. À ce point-là, ce n’est plus un train de sénateur, c’est un train de sénateur arthritique. Évidemment, on ne peut qu’admirer la capacité de l’orchestre à le suivre dans son délire, mais la représentation y perd considérablement en impact.

Les chanteurs sont, du coup, condamnés eux aussi à ralentir de manière parfois inquiétante. Pour certains (Kobel, Dumitrescu), c’est peut-être aussi bien car les performances vocales sont bien peu reluisantes. Pour les rôles principaux, la perte de tension dramatique est considérable, même si on ne peut s’empêcher de penser que les trois chanteurs y trouvent un peu leur compte tant ils semblent déterminés à avancer avec précaution et sans prendre de risque démesuré.

On admire malgré tout la fluidité intacte de la voix d’Annick Massis (qui fait un quasi sans-faute, même si elle assure ses arrières), le caractère de feu de Piotr Beczała et la chaleur de la voix d’Eijiro Kai. Beczała, qui est celui des trois qui prend le plus de risques, termine la représentation sur deux effroyables couacs dans l’aigu — que le public, indulgent, lui pardonne aussitôt en lui réservant une belle ovation lors des saluts.

On m’avait tellement prévenu que la production était moche et statique (on en est à la 153ème représentation) que je l’ai trouvée presque supportable.


“Der Bettelstudent”

StadtTheater, Klagenfurt • 7.1.11 à 19h30
Karl Millöcker (1882). Livret de Friedrich Zell & Richard Genée, d’après notamment Fernande de Victorien Sardou et The Lady of Lyons de Edward Bulwer-Lytton. Dialogues revus par Emmy Werner pour cette production.

Direction musicale : Mitsugu Hoshino. Mise en scène : Emmy Werner. Avec Kurt Schreibmayer (Colonel Ollendorf), Daniel Prohaska (Symon Rymanowicz), Erwin Belakowitsch (Jan Janicki), Torsten Frisch (Enterich), Martin Leitner (Piffke), Gerhard Kuschej (Puffke), Stefan Bischoff (von Richthofen), Gisela Ehrensperger (Palmatica, Comtesse Nowalska), Frauke Schäfer (Laura Nowalska), Simona Eisinger (Bronislawa), Franz Wyzner (Onuphrie), Thomas Tischler (Bogumil Malachowski), Dorothea Zimmermann (Eva), Jens Schnarre (von Wangenheim), Florian Claus (von Schweinitz), Erik Göller (von Henrici).

Le magnifique théâtre de Klagenfurt offre l’opportunité trop rare d’entendre l’un des joyaux du répertoire de l’opérette, Der Bettelstudent, du Viennois Karl Millöcker. Une œuvre qui fit la fortune de son auteur et qui fit le tour du monde, même si elle est aujourd’hui moins célèbre que les opérettes de Johan Strauss II ou de Gilbert & Sullivan, dont elle est contemporaine. (Millöcker est enterré au Zentralfriedhof de Vienne : voici la photo de sa tombe, prise lors d’une visite en 2008.)

Le théâtre a mis les petits plats dans les grands en proposant une production à grande échelle, avec un orchestre au grand complet (l’excellent Kärtner Sinfonieorchester) et une distribution nombreuse. La plupart des chanteurs sont issus de la troupe permanente du théâtre : ils sont globalement de bon niveau, même si les premiers rôles ont un peu de mal avec les passages les plus difficiles, notamment les fréquentes montées dans l’aigu.

Mais cela n’empêche en rien la représentation d’être un vrai plaisir tant la partition de Millöcker est charmante. Elle regarde fréquemment du côté de la valse, de la polka, de la polonaise… et elle enchante par son irrésistible contenu mélodique.

Le public ne s’y est pas trompé : le spectacle se joue à guichet fermé.


Concert Orchestre de Paris / Frühbeck de Burgos à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 6.1.11 à 20h
Orchestre de Paris, Rafael Frühbeck de Burgos

Tchaïkovski :
– concerto pour piano n° 1 (Arcadi Volodos, piano)
– symphonie n° 5

Le concerto pour piano est plaisant, mais il donne l’impression d’être un peu emprunté, un peu empesé et il manque de naturel et d’allant. La technique de Volodos est stupéfiante (comme le confirment les bis), mais il m’impressionne du coup beaucoup moins qu’avec le troisième concerto de Rachmaninov il y a presque deux ans.

Alors qu’on attaque la symphonie sans attente particulière, on est tiré progressivement de son demi-sommeil par un constat inattendu : on est en train de vivre un grand moment, une de ces interprétations qui laissent heureux pour plusieurs jours.

Je ne sais pas très bien sur quel bouton Frühbeck de Burgos a réussi à appuyer (il a pourtant une gestique assez rudimentaire), mais il obtient de l’Orchestre de Paris l’une des prestations les plus incroyables que je l’aie entendu donner. La fusion des différents pupitres produit une vague sublime qui emporte tout sur son passage. Les talents de Tchaïkovski comme mélodiste, mais aussi comme orchestrateur et comme contrapuntiste, sont particulièrement évidents. On est porté, emporté, submergé par autant de beauté. Même le solo de cor du deuxième mouvement est d’une irrésistible splendeur.

Un moment de poésie intense, où l’Orchestre semble uni comme rarement dans un élan unanime et irrésistible. Magnifique.


“The Mikado”

Barbican Hall, Londres • 2.1.11 à 15h
Musique : Arthur Sullivan (1885). Livret : W. S. Gilbert.

London Concert Orchestra & Chorus, Richard Balcombe. Mise en scène : Alistair McGowan. Avec Alistair McGowan (le Mikado), Oliver White (Nanki-Poo), Richard Suart (Ko-Ko), Bruce Graham (Pooh-Bah), Giles Davies (Pish-Tush), Charlotte Page (Yum-Yum), Sophie-Louise Dann (Pitti-Sing), Anna Lowe (Peep-Bo), Jill Pert (Katisha).

Je finis en beauté cette série des représentations organisées par le producteur Raymond Gubbay avec une version concert (mais mise en scène) du chef d’œuvre de Gilbert & Sullivan, l’une des opérettes les plus délicieuses du répertoire, The Mikado or, The Town of Titipu.

On pourrait difficilement rêver de meilleures conditions : l’orchestre est sur scène, ce qui permet à la somptueuse musique de Sullivan de s’épanouir bien mieux que lorsque les musiciens sont placés au fond d’une fosse ; les chœurs sont installés au-dessus de l’orchestre et chantent sans bouger, ce qui leur permet de se concentrer sur la musique ; les solistes, à l’exception de Jill Pert, sont tous excellents.

Ils sont également excellents comédiens, notamment Richard Suart, qui joue depuis des années le rôle de Ko-Ko, à qui revient la célèbre chanson à liste “As some day it may happen”, qu’il est de tradition d’actualiser en fonction des événements du jour. Tout le monde en prend pour son grade.

Du coup, on vogue de sommet en sommet, grâce à une interprétation magnifiquement attentive, joliment guidée par un Richard Balcombe très inspiré. Les nombreux numéros à plusieurs voix sont tous exquisement mis en place. On en reprendrait bien.