Previous month:
November 2010
Next month:
January 2011

Posts from December 2010

“The King and I”

Curve, Leicester • 31.12.10 à 14h15
Musique : Richard Rodgers (1951). Livret et lyrics : Oscar Hammerstein II, d’après le roman de Margaret Landon.

Mise en scène : Paul Kerryson. Direction musicale : Julian Kelly. Avec Janie Dee (Anna Leonowens), Chook Sibtain (le Roi), Maya Sapone (Lady Thiang), Claire-Marie Hal (Tup-Tim), Adrian Li Donni (Lun Tha), Gary Wood (Chulalongkorn), Daniel Cornish (Louis), Nicholas Goh (Kralahome), …

Il me semble bien que c’était Maria Friedman qui avait été initialement évoquée pour tenir le rôle principal de cette nouvelle production du Curve de Leicester, l’un des théâtres régionaux anglais les plus en pointe en matière de comédie musicale. C’est finalement Janie Dee qui tient le rôle légendaire d’Anna Leonowens, immortalisé à l’écran par Deborah Kerr. Malgré toute l’admiration que j’ai pour Maria Friedman, le constat est sans appel : la prestation de Janie Dee est tout simplement lumineuse et irréprochable.

J’ai pourtant vu de sacrés calibres dans le rôle de cette Anglaise qui se retrouve au Siam pour enseigner aux enfants du Roi : Faith Prince à New York, Elaine Paige et la sublime Claire Moore à Londres, sans compter Maria Friedman récemment.


Janie Dee semble transformer tout ce qu’elle touche en or. Elle était irrésistible dans My One and Only, ce pasticcio de chansons de Gershwin que j’avais vu à Chichester avant qu’il ne soit “transféré” dans le West End. Je l’avais trouvée infiniment touchante dans Woman in Mind… et j’avais eu la chance également de pouvoir assister à une petite représentation intimiste qu’elle avait donné en 2009 dans le foyer du Prince of Wales Theatre. Dans le rôle d’Anna, elle fait un sans-faute, en combinant de manière particulièrement virtuose la rigidité anglaise de ce personnage victorien, sa force de caractère et le fond de romantisme qui la conduit progressivement à tomber amoureuse du Roi. Elle se révèle en outre être une chanteuse hors pair, alors qu’on la considère habituellement d’abord comme une danseuse. Une performance qui ne mérite que des éloges tant elle est sensible et intelligente.

Elle se trouve en outre dans un environnement idéal pour mettre en valeur ses talents : le Curve n’a pas lésiné sur les moyens et c’est une production spectaculaire qui est proposée au public. Les décors et les lumières sont somptueux et le reste de la distribution, à commencer par le roi truculent et éminemment humain de Chook SIbtain, est idéalement choisi pour donner vie à cette grande fresque romantique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit derrière des apparences de grand spectacle : une grande et belle histoire d’amour qui se dénoue dans une apothéose digne des opéras du grand répertoire. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de spectateurs capables de retenir leurs larmes tant la fin est touchante et réussie.


“Crazy For Gershwin”

Barbican Hall, Londres • 30.12.10 à 19h30

London Concert Orchestra, Gavin Sutherland (direction / piano). Avec Elizabeth Llewellyn & Rodney Clarke (chant), Chris Marques & Jaclyn Spencer (danse), Douglas Mills & Emma Rogers (claquettes).

“A Gershwin Celebration”, “But not for me”, “’S Wonderful”, “Isn’t it a pity”, “Liza”, “Someone to watch over me”, “Oh, lady, be good!”, “Walking the dog”, “I got rhythm”, “Summertime”, “It ain’t necessarily so”, “Bess, you is my woman now”, “My man’s gone now”, “There’s a boat dat’s leavin’”, “Oh Lord, I’m on my way”, “Rhapsody in Blue”, “Fascinating rhythm”, “A foggy day in London town”, “I’ve got a crush on you”, “Piano Preludes”, “Swanee”, “Soon”, “The man I love”, “Strike up the band!”

Le producteur Raymond Gubbay s’est spécialisé dans les spectacles de musique classique destinés au “grand public”. Il propose régulièrement des opéras montés de manière spectaculaire ou de grands concerts extravagants au Royal Albert Hall — sa production de Madama Butterfly a l’air vraiment impressionnante à en juger par les photos que j’ai vues. C’est lui aussi qui a produit des spectacles comme Show Boat ou The King and I au Royal Albert Hall.


Pour les fêtes de fin d’année, Gubbay propose une impressionnate série de représentations — une vingtaine en tout — dans le cadre plus intime du Barbican Hall, qui peut accueillir un peu moins de 2000 spectateurs.

Ce spectacle entièrement consacré à Gershwin en fait partie. Il est conçu dans le même esprit que Strictly Gershwin, que j’avais vu en 2009 au Royal Albert Hall, mais dans un format bien plus intime. Le spectacle est présenté par Gavin Sutherland, qui remplit aussi les fonctions de chef d’orchestre et de pianiste solo. Il utilise le talent considérable du London Concert Orchestra, une formation semi-permanente que Gubbay utilise dans nombre de ses spectacles. Pour ce spectacle Gershwin, c’est en formation “big band” que joue le London Concert Orchestra. Sutherland le qualifie à un moment de “best big band in the world”, et je crois bien que je serais prêt à lui donner raison tant les cuivres sont spectaculaires.

Les formats alternent : passage instrumental joué par l’orchestre seul, chansons interprétées par les deux chanteurs invités, pages accompagnées de séquences chorégraphiques interprétées soit par des danseurs “de salon”, soit par d’étonnants danseurs de claquettes. Difficile de résister à autant de bonne humeur.


“The Three Musketeers”

Rose Theatre, Kingston • 30.12.10 à 14h30
Musique : George Stiles. Lyrics : Paul Leigh. Livret : Peter Raby & Francis Matthews, d’après le roman d’Alexandre Dumas.

Mise en scène : Francis Matthews. Direction musicale : Ian Townsend. Avec Michael Pickering (d’Artagnan), Kaisa Hammarlund (Constance), Matt Rawle (Aramis), Paul Thornley (Athos), Hal Fowler (Porthos), C. J. Johnson (Milady), Mark Meadows (Rochefort), Peter Moreton (Monsieur de Tréville), Ben Heathcote (Planchet), Iain Fletcher (le Roi), Kirsty Hoiles (la Reine), …

Comme le programme le reconnaît justement, il existe déjà nombre d’adaptations des Trois Mousquetaires en comédie musicale, même si aucune n’appartient au “grand” répertoire. Cette tentative semble vouloir combler cette lacune car elle fait montre d’une évidente ambition : bien que montée dans un théâtre “régional” situé à une demi-heure environ du centre de Londres, il est question sur le matériel publicitaire de “transfert dans le West End” et c’est une équipe de très bon standing qui s’est attelée à la tâche.

On passe un bon moment, mais il reste du travail. Adapter le roman de Dumas pour la scène n’est pas une sinécure car la structure dramatique du roman ne s’y prête guère. Le premier acte, qui montre le jeune d’Artagnan signer ses premiers faits d’arme et qui s’achève en apothéose avec le dénouement de l’affaire des ferrets, est très satisfaisant sur le plan dramatique. Mais le deuxième acte manque d’un fil conducteur fort et il s’enfonce progressivement dans un certain marasme dramatique jusqu’aux morts de Constance et de Milady, qui laissent laissent le spectateur sur un sentiment largement mitigé.

On connaît principalement George Stiles à travers les œuvres qu’il a écrites avec le “lyriciste” Anthony Drewe, notamment Honk!, une intéressante version de Peter Pan ou encore les chansons nouvelles de Mary Poppins. Pour l’occasion, il fait équipe avec un certain Paul Leigh, à l’origine de l’idée de ce Three Musketeers, et dont la bio nous apprend qu’il exerce le métier de docteur en médecine.

Après Honk!, toutes les compositions de Stiles m’ont paru d’une inspiration variable et sans véritable génie. C’est largement l’impression qui se dégage de cette nouvelle partition, qui est toujours plaisante, mais rarement géniale. On apprécie quand même au passage l’effort évident pour trouver un son spécifique qui ne se confonde pas avec la masse des comédies musicales du moment — il y a même une mandoline dans l’orchestre.

Ce qui sauve le spectacle, malgré tout, c’est la qualité de la distribution, largement constituée d’acteurs confirmés du West End comme Matt Rawle ou encore la délicieuse Kaisa Hammarlund, vue récemment dans A Little Night Music. Mais c’est le charismatique Michael Pickering qui fait la plus forte impression dans le rôle de d’Artagnan : le spectacle n’est peut-être pas prêt pour le West End, mais Pickering est prêt pour une grande carrière.

Et puis on est heureux de découvrir ce théâtre tout neuf, bâti sur le modèle d’un célèbre théâtre élizabéthain qui a accueilli de nombreuses premières de pièces de Shakespeare et Marlowe.


“My Fair Lady”

Théâtre du Châtelet, Paris • 29.12.10 à 20h
Musique : Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw.

Orchestre Pasdeloup, Kevin Farrell. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Sarah Gabriel (Eliza Doolittle), Alex Jennings (Henry Higgins), Nicholas Le Prevost (Pickering), Jenny Galloway (Mrs. Pearce), Margaret Tyzack (Mrs. Higgins), Donald Maxwell (Alfred P. Doolittle), Ed Lyon (Freddy Eynsford-Hill), Jane How (Mrs. Eynsford-Hill), Simon Butteriss (Zoltan Karpathy)…

La première expérience avait été tellement réussie qu’une deuxième visite s’imposait. La mise en scène de Carsen brille toujours par sa sobriété, par la beauté de ses visuels… et par le coup de génie de l’image finale, qui m’a à peu près autant bouleversé que la première fois, alors j’étais pourtant préparé.

Malheureusement, l’orchestre est en petite forme et accumule les petits accrocs. Et j’ai été peu sensible à la prestation de Sarah Gabriel, qui alterne dans le rôle d’Eliza avec l’excellente Christine Arand. Gabriel a une voix moins racée que celle d’Arand ; elle souffre également d’un physique ingrat, qui rend peu crédibles les scènes d’Ascott et du bal, dans lesquelles elle est censée fasciner son entourage. (Il m’est venu à l’esprit au début du deuxième acte que Sarah Gabriel avait un peu le profil de Joan Sutherland ; je n’ai pas réussi à me débarrasser de cette image encombrante jusqu’à la fin de la représentation).

L’interprète du rôle de Freddy est également différent. Ed Lyon a de l’abbatage mais, comme Pascal Charbonneau, il a les mauvaises habitudes caractéristiques du ténor vaniteux : après avoir incorporé un mélisme de fort mauvais aloi dans son grand air, il l’a terminé — comme Charbonneau — une quinte au-dessus de la note voulue par le compositeur, ce qui est de fort mauvais goût et devrait, en théorie, lui valoir les foudres du directeur musical.

Le reste de la distribution est toujours aussi savoureux : le Higgins d’Alex Jennings, le Pickering de Nicholas Le Prevost, la Mrs. Pearce de Jenny Galloway, la Mrs. Higgins de Margaret Tyzack… sont tous irrésistibles.

Petite visite des coulisses après la représentation sous la conduite de Jean-François Brégy, secrétaire général du théâtre. L’occasion de voir enfin cette scène mythique de l’autre côté du rideau.


“Un Fil à la patte”

Comédie-Française (Salle Richelieu), Paris • 27.12.10 à 20h30
Georges Feydeau (1894)

Mise en scène : Jérôme Deschamps. Avec Dominique Constanza (la Baronne), Claude Mathieu (Marceline), Thierry Hancisse (le Général), Florence Viala (Lucette), Céline Samie (Nini), Jérôme Pouly (Jean), Guillaume Gallienne (Chenneviette / Miss Betting), Christian Gonon (Firmin), Serge Bagdassarian (Fontanet), Hervé Pierre (Bois d’Enghien), Gilles David (Antonio), Christian Hecq (Bouzin), Georgia Scalliet (Viviane), Pierre Niney (Émile / l’Homme en retard), Jérémy Lopez (le Concierge / le Militaire)…

Confier Feydeau à Jérôme Deschamps n’est évidemment pas une garantie de sobriété dans la recherche des effets comiques, mais force est de constater que ce Fil à la patte est extrêmement réussi, bien cadencé, et que l’on y rit presque sans s’arrêter.

Alors que les premières minutes laissent un peu perplexe quant à la capacité des Comédiens Français à épouser le style comique requis de ce type de texte, on est vite conquis par la suite… et notamment par le style très physique de certaines prestations, tout particulièrement celle de Christian Hecq, qui doit perdre un bon kilo à chaque représentation tellement son Bouzin semble monté sur ressorts.

Si certains comédiens peinent plus que d’autres à trouver le bon ton (j’avoue ne pas avoir été emballé par la Baronne de Dominique Constanza), d’autres conquièrent instantanément le public par la fraîcheur de leur approche (irrésistible Céline Samie) ou par leur aisance comique (impayable Thierry Hancisse).

Mais pourquoi Dominique Constanza prend-elle cet air outragé pendant les saluts ?


“La Belle Hélène”

Opéra de Marseille • 26.12.10 à 14h30
Jacques Offenbach (1864). Livret de Meilhac et Halévy.

Direction musicale : Nader Abbassi. Mise en scène : Jérôme Savary, recréée par Frédérique Lombart. Avec Mireille Delunsch (Mireille Delunsch), Alexander Swan (Pâris), Christine Tocci (Oreste), Éric Huchet (Ménélas), Marc Barrard (Agamemnon), Francis Dudziak (Calchas), Jacques Lemaire & Dominique Côté (les deux Ajax), Till Fechner (Achille)…

Les mises en scène de Jérôme Savary semblent plus supportables lorsque Savary n’est pas présent. La version de ce chef d’œuvre d’Offenbach que propose l’Opéra de Marseille pour les fêtes de fin d’année est excessivement divertissante ; j’ai souvenir d’avoir vu la même mise en scène à la Salle Favart et je m’y étais beaucoup moins diverti.

La distribution est honnête, même si Mireille Delunsch n’a pas le grain de folie d’une Felicity Lott. C’est de la fosse que viennent les plus grands plaisirs : Nader Abbassi, déjà remarqué dans Hamlet, fait preuve d’une grande intelligence de la partition et, une fois encore, il obtient de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille une prestation remarquable.


“Phi-Phi”

Théâtre de l’Athénée – Louis-Jouvet, Paris • 22.12.10 à 20h
Musique : Henri Christiné (1918). Livret : Albert Willemetz et Fabien Sollar.

Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Johanny Bert. Avec Gilles Bugeaud (Phidias, dit Phi-Phi), Emmanuelle Goizé (Madame Phidias), Olivier Hernandez (Ardimédon), Lara Neumann (Aspasie), Antoine Sastre (Le Pirée)…

Le spectacle annuel de la Compagnie Les Brigands revient aux sources en présentant l’un des plus grands chefs d’œuvre de la comédie musicale à la française, Phi-Phi. Et il n’y a pas de doute : musicalement, on vogue de sommet en sommet avec les extraordinaires chansons de Christiné et Willemetz… même si l’orchestre n’est pas vraimet impeccable.

La mise en scène proposée, qui utilise des marionnettes, est extrêmement originale et inattendue sur le plan visuel. Elle est aussi un peu intellectuelle et prive la pièce d’un premier degré qui lui ferait le plus grand bien. Je suis un peu resté sur ma faim.


Expositions Arman et Mondrian / De Stijl à Beaubourg

Centre Pompidou, Paris • 19.12.10 à 14h

Deux expositions relativement incontournables.

La rétrospective Arman est absolument fascinante, tant par sa richesse que par l’effet qu’elle produit. J’avais d’Arman l’image d’un artiste à formule, obsédé par la répétition d’une forme jusqu’à épuisement. J’ai découvert tout le contraire : une œuvre qui, partant d’une forme contrainte et apparemment limitée, parvient à être d’une inspiration apparamment inépuisable et, surtout, d’une étonnante poésie. Et quel humour dans le choix du nom des œuvres ! Une révélation. Le catalogue est un incontournable.

L’exposition Mondrian, à l’inverse, est un anticlimax. Consacrée à la fois à une rétrospective d’œuvres de Mondrian et à un historique du mouvement De Stilj, dont Mondrian fut la figure emblématique à côté de Van Doesburg, elle ne parvient au fond qu’à souligner les limites d’un manifeste artistique qui apparaît par bien des aspects comme une forme fermée sur elle-même. Une révélation également, mais dans une acception moins positive.


“Potiche”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 19.12.10 à 11h35

François Ozon (2010). Avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Fabrice Luchini, Karin Viard, Jérémie Renier, Judith Godrèche…

Difficile de dire ce qui m’excitait le plus dans cette aventure : l’idée de revoir l’excellente comédie de Barillet et Grédy, indissociable du souvenir de la géniale Jacqueline Maillan ; le fait que ce soit François Ozon qui se soit collé à l’aventure ; ou encore la curiosité de voir Catherine Deneuve endosser le rôle trucculent de Suzanne Pujol, la potiche moins cruche qu’il n’y paraît.

Ce n’est pas, je pense, faire injure à Catherine Deneuve que de dire que chacune de ses répliques semble sortir tout droit de la bouche de Jacqueline Maillan. Un bonheur légèrement teinté de la nostalgie qu’inspire inévitablement le souvenir d’une comédienne qui nous a tant fait rire.

Deneuve donne la réplique à un Gérard Depardieu capable d’une étonnante finesse de jeu, totalement à l’opposé de l’impression que dégage un physique aux proportions considérables.

Mais il y a deux autres raisons pour lesquelles Potiche est si plaisant.

La première, c’est l’espièglerie avec laquelle Ozon pastiche les travers du théâtre de boulevard, notamment ses jeunes premières trop blondes et trop éthérées pour être prises au sérieux et ses jeunes premiers à l’hétérosexualité douteuse.

La seconde, c’est cette minutieuse reconstitution de l’atmosphère des années 1970, que ce soit à travers la bande son ou à travers les visuels. Je n’ose imaginer le plaisir qu’a dû éprouver l’équipe artistique du film à reconstituer ces ambiances, ces voitures, ces tissus, ces objets — ah, les pastilles rouge et verte sous la semelle des Kickers, le générique d’Aujourd’hui, Madame, le protège-téléphone en skaï coloré…


Concert Orchestre symphonique de la Radio bavaroise / Jansons au TCE

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 18.12.10 à 20h
Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, Mariss Jansons

Chostakovitch : symphonie n° 9
Mahler : symphonie n° 4 (Miah Persson, soprano)

L’avantage, avec Mariss Jansons, c’est qu’il est d’une rare constance et qu’il ne quitte quasiment jamais le registre du sublime.

C’est particulièrement vrai de la neuvième de Chostakovitch, qui est d’une intensité étonnante et qui parvient à entretenir une fascinante tension dramatique de bout en bout. Décidément, Jansons semble comprendre Chostakovitch comme personne — je me souviendrai jusqu’à la fin de mes jours de l’impression qu’avait produite sur moi son exécution de la septième symphonie à Lucerne en septembre 2006.

La symphonie de Mahler est magnifique, un contrepoint intéressant au ratage de Gergiev à Pleyel cinq jours plus tôt.


“Tangled”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 17.12.10 à 20h25

Nathan Greno & Byron Howard (2010).

Il n’y a au fond rien d’étonnant à ce que les studios Disney, pour leur 50ème long métrage animé, s’attaquent enfin au conte Rapunzel des frères Grimm, moins connu en France que dans les pays anglo-saxons (et particulièrement connu des amateurs de comédie musicale puisqu’il figure en bonne place parmi les histoires entremêlées dans la comédie musicale Into the Woods).

Les concepteurs de ce nouvel opus ont manifestement cherché à “moderniser” l’image des productions Disney, que ce soit en adoptant un dessin qui lorgne en direction des mangas japonais ou en s’autorisant une bonne dose d’humour décalé à la Pixar — qui rappelle parfois ce petit bijou injustement méconnu qu’est The Emperor’s New Groove (qui, coïncidence ou non, était le 40ème long métrage animé de Disney).

Même si tout cela donne l’impression d’appliquer des formules marketing, le résultat est un régal car le film parvient par ailleurs à conserver les caractéristiques essentielles et instantanément identifiables des grands films Disney : une belle et grande histoire romantique, des personnages savoureux — notamment du côté du règne animal — et une partition irrésistible.

C’est Alan Menken (dont nous parlions ici et , mais qui est aussi l’un des artisans du renouveau des films Disney dans les années 1990 avec Beauty & the Beast, Aladdin ou encore The Hunchback of Notre Dame) qui signe la musique et sa patte est instantanément reconnaissable.

Mais, à mon sens, la plus grande force du film est la performance de la géniale Donna Murphy, qui campe une Mother Gothel absolument irrésistible. Sa chanson “Mother Knows Best” est pour moi le sommet du film.


“Harry Potter and the Deathly Hallows – Part 1”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 17.12.10 à 16h20

David Yates (2010).

Je profite de ma deuxième mésaventure aérienne du mois pour rattraper quelque peu mon retard en matière cinématographique.

Ce film nous rapproche du dénouement de la saga des Harry Potter… et on n’est pas franchement mécontent tant est forte l’impression de revoir toujours plus ou moins le même film, maintenant que la fraîcheur et la créativité de l’épisode initial ne sont plus qu’un lointain souvenir émerveillé.

Le scénario se distingue néanmoins par de réels efforts pour éviter de faire des personnages des caricatures sans substance. On apprécie l’injection plutôt réussie d’une bonne dose d’humour, tournant notamment autour de l’adolescence des personnages principaux. Il y a également quelques scènes très émouvantes, comme au début du film, lorsque Hermione prend congé de ses parents en effaçant toute trace d’elle-même dans leurs souvenirs et sur les photos de famille : non seulement la réalisation en est très réussie, mais la musique d’Alexandre Desplat qui l’accompagne est particulièrement inspirée.

Du côté négatif, on aimerait qu’une logique plus forte apparaisse dans l’enchaînement des aventures des jeunes gens. Ils ne se demandent jamais très longtemps dans quelle direction ils doivent diriger leurs pas pour la prochaine étape de leur épopée, sans qu’on comprenne très bien quel raisonnement les y pousse.

Reste qu’on ne peut que se réjouir de voir rassemblée ainsi la fine fleur de l’art britannique dramatique : la somme de talent représentée à l’écran est absolument inégalable.


Exposition Monet au Grand Palais

Grand Palais, Paris • 12.12.10 à 19h30

Comme on me l’avait laissé entendre, le dimanche soir est un moment bien choisi pour visiter cette exposition largement prise d’assaut par le public. J’utilise une technique désormais éprouvée en parcourant l’exposition deux fois de suite de bout en bout sans vraiment m’arrêter — ma taille me permet de passer derrière les autres visiteurs sans problème.

La quantité d’œuvres regroupées est impressionnante, parfois à la limite du supportable. Je tombe néanmoins en pamoison (et je m’arrête plus lontemps) devant la section consacrée à Paris : la Gare Saint-Lazare, les quais de Seine, la rue Montorgueil, etc.

Je tire quelque soulagement sur l’état de mes neurones en constatant que j’identifie quasiment à coup sûr les toiles en provenance du Musée d’Orsay — ou je n’ai pourtant pas mis les pieds depuis plusieurs années.

C’est l’étage inférieur de l’exposition (où s’achève la visite et où, accessoirement, la densité des visiteurs semble nettement moindre) que sont exposées certaines toiles appartenant aux célèbres séries : les meules, les cathédrales, les vues de Londres … et, bien sûr, les Nymphéas. Les juxtapositions sont passionnantes, d’autant que ces toiles en provenance des quatre coins du Monde ne sont sans doute pas susceptibles de se retrouver côte à côte de sitôt.


Cycle Mahler par l’Orchestre du Mariinsky & Gergiev à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 11.12.10 à 20h, 12.12.10 à 16h et 13.12.10 à 20h
Orchestre du Théâtre Mariinsky, Valery Gergiev

Mahler :

11.12.10
– symphonie n° 2 (Anastasia Kalagina, soprano ; Olga Borodina, mezzo ; Chœur de Radio France)

12.12.10
– symphonie n° 1
– symphonie n° 5

13.12.10
– symphonie n° 4 (Anastasia Kalagina, soprano)
– symphonie n° 6

Curieuse entreprise que cet “hémicycle Mahler” (si l’on peut dire) visant à faire entendre cinq symphonies en trois concerts. Ce marathon un peu fou ne surprend pas tant que ça venant de Gergiev : le retard significatif avec lequel commence chacun des trois concerts entretient — à tort ou à raison — l’image d’un homme un peu fou, allant de ville en ville officier à peine sorti de l’avion.

Si le résultat est contrasté, il nous semble néanmoins distinguer un vrai travail sur les partitions, dans la continuité de la récente Titan de Londres avec le LSO. Ce n’est pas du surgelé réchauffé à la va-vite, mais une lecture attentive et très analytique qui nous est proposée.

C’est le concert médian qui, de loin, fait la plus forte impression, avec une première symphonie d’une énergie incroyable malgré une accumulation insensée de fausses notes et d’incidents tehniques en tout genre et, surtout, une cinquième superbe.

Le troisième concert, en revanche, est une assez grosse déception, avec une quatrième informe et une sixième correcte mais pas inoubliable.

Le concert initial est un peu entre les deux. Il se distingue surtout par un final d’une très belle intensité, même si les deux solistes manquent de subtilité (et même si le chœur, au grand désespoir de certains, non seulement se lève avant de commencer à chanter, mais le fait très en avance et plutôt bruyamment).


“My Fair Lady”

Théâtre du Châtelet, Paris • 11.12.10 à 15h
Musique : Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw.

Orchestre Pasdeloup, Kevin Farrell. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Christine Arand (Eliza Doolittle), Alex Jennings (Henry Higgins), Nicholas Le Prevost (Pickering), Jenny Galloway (Mrs. Pearce), Margaret Tyzack (Mrs. Higgins), Donald Maxwell (Alfred P. Doolittle), Pascal Charbonneau (Freddy Eynsford-Hill), Jane How (Mrs. Eynsford-Hill), Simon Butteriss (Zoltan Karpathy)…

Quel bonheur, mais quel bonheur ! Robert Carsen nous avait déjà proposé dans ce même Châtelet un Candide enthousiasmant et inoubliable. Il récidive aujoud’hui avec un My Fair Lady d’une classe époustouflante, éminemment respectueux d’une œuvre universellement reconnue comme l’un des chefs d’œuvre du genre.

Contrairement à Candide, qui semble en réécriture permanente et ne possède pas de version réellement définitive, My Fair Lady laisse beaucoup moins de marge de manœuvre à un metteur en scène. Le livret, assez directement inspiré du génial Pygmalion de George Bernard Shaw, est tellement bien structuré qu’il impose largement sa loi.

Le talent du metteur en scène est davantage sollicité dans le domaine de la mise en images, d’autant que l’œuvre est exigeante en matière de changements de décors. Et là, il faut dire que Robert Carsen, magnifiquement assisté par Tim Hatley pour les décors et Anthony Powell pour les costumes, se trouve dans sa zone d’excellence. Les visuels de ce My Fair Lady sont époustouflants d’un bout à l’autre.

Cerise sur le gâteau, Carsen est fidèle à sa réputation en achevant la mise en scène sur une image tellement géniale et porteuse de sens qu’elle laisse sans voix. Une idée d’une simplicité déconcertante permet à Carsen de jeter, à sa façon, un éclairage inattendu sur la question qui, depuis toujours, perturbe les metteurs en scène de Pygmalion et de My Fair Lady : mais que peut-il bien se passer à la fin de la pièce lorsque Eliza revient au 27A Wimpole Street (et non 27 bis, comme le pense à tort l’auteur des surtitres) ? Shaw a même été obligé d’écrire une postface pour éclairer le débat. Carsen, lui, apporte un commentaire qui parvient à être à la fois pertinent, drôle, original et intelligent.

On est tout aussi comblé sur le plan musical : l’Orchestre Pasdeloup interprète magnifiquement la très belle partition de Frederick Loewe, sous la conduite attentive d’un Kevin Farrell, qui avait déjà assuré une prestation remarquable dans The Sound of Music. On est particulièrement heureux d’entendre la partition dans son intégralité — y compris des reprises ou “underscores” parfois négligés.

Christine Arand, dont j’avais adoré la Baronne Schraeder dans The Sound of Music, fait un sans-faute dans le rôle exigeant d’Eliza. La complexité de sa relation avec le Higgins faussement glacial d’Alex Jennings (déjà vu dans le même rôle à Londres, où il m’avait déjà beaucoup impressionné, ainsi que dans Candide et dans Present Laughter de Noël Coward) est superbement mise en relief par une direction d’acteurs subtile et intelligente. Je suis particulièrement reconnaissant à Carsen d’avoir saisi le moment où la relation d’Eliza et de Higgins bascule, l’instant qui précède la “révélation”, quand Higgins se fend d’une tirade sur la beauté de la langue, tirade qui commence sur un ton professoral mais s’achève sur un registre beaucoup plus lyrique, beaucoup plus passionné. Eliza ne peut que comprendre ; ses yeux s’illuminent : ça y est, elle a compris.

Le reste de la distribution est tout aussi réjouissant, notamment avec Nicholas Le Prevost, qui rejoint le club très fermé des Pickering sachant chanter, et la trucculente Jenny Galloway, que l’on associe plus volontiers à des rôles où c’est elle qui manie une langue poissarde (Mme Thénardier dans Les Misérables, la Veuve Corney dans Oliver!), et qui incarne une Mrs. Pearce impeccable.

Bref, il n’y a pas grand’ chose à jeter dans cette production de My Fair Lady, qui réussit à être exemplaire à peu près sur tous les fronts. On peut difficilement imaginer mieux aujourd’hui sur la planète comédie musicale. Paris, capitale du musical ? Qui l’eût cru ? Jean-Luc Choplin l’a fait.

(Et cette image finale… Ah ! Cette image finale !)


“Mamma Mia”

Théâtre Mogador, Paris • 8.12.10 à 20h
Musique et lyrics : Benny Andersson & Björn Ulvaeus. Livret : Catherine Johnson. Adaptation des paroles en français : Nicolas Nebot. Adaptation du livret : Stéphane Laporte.

Mise en scène : Phyllida Lloyd. Avec Claire Guyot (Donna), Karen Gluck (Rosie), Marion Posta (Tanya), Gaëlle Gauthier (Sophie), Dan Menasche (Sky), Francis Boulogne (Paul), Patrick Mazet (Henri), Jérôme Pradon (Sam), …

Ça y est, l’un des derniers succès planétaires de la comédie musicale est arrivé à Paris, sous les auspices de Joop van den Ende. Cette compilation des succès d’Abba — que j’ai vue à New York en 2001 et à Amsterdam il y a quelques mois — ne bénéficie pas forcément beaucoup de son adaptation en français, qui ne fait que mettre encore plus en évidence les défauts d’un livret singulièrement dénué d’ambition.

L’interprétation est globalement honnête — avec même quelques bonnes surprises du côté des héroïnes féminines —, mais on retrouve avec une certaine résignation mêlée d’agacement cette curieuse tendance de certains comédiens français à adopter des intonations complètement factices. Il est vrai que le texte n’est pas très porteur, mais une interprétation plus naturelle ne pourrait qu’aider à en accepter les bizarreries au lieu de les souligner.

Reste que le public semble passer un bon moment grâce à une pièce qui n’est au fond qu’un concert des plus grands succès d’Abba. Tant mieux.


“Mathis der Maler”

Opéra Bastille, Paris • 6.12.10 à 19h
Hindemith (1938)

Direction musicale : Christoph Eschenbach. Mise en scène : Olivier Py. Avec Scott Mac Allister (Albrecht von Brandenburg), Matthias Goerne (Mathis), Thorsten Grümbel (Lorenz von Pommersfelden), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Wolfgang Capito), Gregory Reinhart (Riedinger), Michael Weinius (Hans Schwalb), Antoine Garcin (Truchsess von Waldburg), Eric Huchet (Sylvester von Schaumberg), Melanie Diener (Ursula), Martina Welschenbach (Regina), Nadine Weissmann (Die Gräfin von Helfenstein).

Une représentation exceptionnelle, dont l’intensité et la ferveur sont allées crescendo pour atteindre dans le tableau final une forme d’extase mystique qui prend violemment aux tripes. On savait que cette partition de Hindemith était magnifique, mais il faut saluer les artisans de cette production d’avoir su ainsi donner corps de manière aussi convaincante à cette œuvre complexe sur l’art et la religion.

Dans la fosse, Eschenbach démontre une sensibilité infinie, et les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra, dans une forme éblouissante, font des merveilles, notamment du côté des pupitres de cuivres, qui sont époustouflants. Sur scène, on est particulièrement emballé par un Matthias Goerne qui, bien qu’annoncé souffrant, est proprement lumineux — on lui découvre au passage une capacité inconnue à remplir l’immense salle de Bastille avec une voix dont la capacité à projeter n’est pourtant pas la caractéristique principale.

Et quelle mise en scène ! Que dix mille bonheurs s’abattent sur Olivier Py et sur sa descendance pour avoir réconcilié aussi magistralement mise en scène signifiante et beauté visuelle. Py utilise magnifiquement la machinerie de Bastille (et les muscles des machinistes, très sollicités, notamment dans un passage où le décor s’est bloqué inopinément) pour construire des images fortes et inspirées, parfaitement en phase avec la solennité du propos. On veut bien accepter, du coup, les obligatoires nazis, imposés sans doute par la convention collective des metteurs en scène contemporains.

Que l’on ajoute une très belle prestation du chœur et tous les ingrédients sont réunis pour créer une expérience exceptionnelle et bouleversante. On ressort la gorge serrée.


Concert Orchestre de Paris / Slobodeniouk à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 2.12.10 à 20h
Orchestre de Paris, Dima Slobodeniouk

Liadov : Le Lac enchanté
Prokofiev : concerto pour violon n° 2 (Gil Shaham, violon)
Stravinski : Petrouchka, version originale de 1911

Concert agréable, même si je crois préférer entendre Petrouchka en ayant quelque chose à regarder en même temps. À en juger par les conversations entendues avant le début du concert, le public avait prévu de faire un triomphe à Gil Shaham avant même de l’entendre — “il paraît qu’il a été incroyable hier”. Les rappels ont en effet été interminables et m’ont donné l’impression d’entendre l’intégrale des œuvres pour violon de Bach cinq fois d’affilé. C’est vrai que l’interprétation du concerto de Prokofiev était fort réussie, d’une belle clarté et d’une totale maîtrise (et bien plus marquante que la précédente tentative, malgré toute la sympathie que m’inspire Daugareil). Une curieuse histoire d’amour semble être née entre l’Orchestre et le chef russe Dima Slobodeniouk : je ne suis pourtant pas sûr de très bien comprendre ce que ce dernier lui apporte.