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Posts from April 2010

“Educating Rita”

Menier Chocolate Factory, Londres • 30.4.10 à 20h
Willy Russell (1980)

Mise en scène : Jeremy Sams. Avec Laura Dos Santos (Rita), Larry Lamb (Frank).

J’aime beaucoup cette pièce que j’ai déjà vue plusieurs fois, dont une fois en français dans une adaptation de Michel Fagadau à la Comédie des Champs-Élysées avec, me semble-t-il, Mathilde Seigner.

Willy Russell est connu des amateurs de comédie musicale pour avoir écrit Blood Brothers, un spectacle créé en 1983 et qui se joue sans interruption dans le West End depuis 1988. Educating Rita est une petite comédie à deux personnages sur la relativité de l’accès à la culture et sur l’ambiguïté de la détention du savoir. Comme dans Blood Brothers, la pièce repose sur la rencontre de personnages issus de classes sociales différentes, un thème à la fois très anglais et très riche.

Le petit théâtre de la Menier Chocolate Factory nous propose encore une bien jolie production, installée dans un superbe décor de Peter McKintosh. La mise en scène de Jeremy Sams (qui sévit aussi sur de grandes scènes, comme pour The Sound of Music au Palladium ou 13 à Broadway) est enlevée et donne du rythme au texte de Russell. Jolie interprétation très engagée de Larry Lamb (que le public anglais connaît bien pour sa participation à la série télévisée EastEnders) et de la charmante Laura Dos Santos.


Concert LSO / Pappano au Barbican

Barbican Hall, Londres • 29.4.10 à 19h30
London Symphony Orchestra, Antonio Pappano

Лядов (Liadov) : Волшебное озеро (Le Lac enchanté)
Рахманинов (Rachmaninov) : concerto pour piano n° 4 (Leif Ove Andsnes, piano)
Copland : symphonie n° 3

Un concert superbe et exaltant, parmi les plus mémorables de la saison ! Je m’attendais pourtant à devoir lutter contre la fatigue et le sommeil : c’est contre les larmes que j’ai dû diriger mes efforts.

Belle entrée en matière avec l’atmosphère étrange et fascinante du Lac enchanté de Liadov, qui met superbement en valeur les sonorités enchanteresses du LSO.

Puis vient un mémorable concerto, rencontre de rêve entre un chef d’un irrésistible lyrisme et un soliste dont la désarmante facilité technique permet de porter une attention totale et permanente à un discours musical clair, épuré, incisif. L’entente entre Pappano et Andsnes, soutenue par l’enthousiasme évident de l’orchestre, porte l’œuvre à des sommets.

Je termine ainsi mon intégrale des concertos pour piano de Rachmaninov commencée en début de saison : n ° 2 avec Ashenazy / Grimaud et le Philharmonia à Festival Hall en septembre, n° 1 et 3 avec Pletnev / Lugansky à Pleyel en octobre (avec le Russian National Orchestra) puis à Festival Hall en novembre (avec le Philharmonia).

Deuxième partie électrique. Comme dans toutes ses apparitions à la tête de l’Orchestre de Covent Garden, Pappano y brille par un travail superbe sur la palette expressive d’une œuvre épique et spectaculaire, sans jamais perdre de vue la nécessité de conserver une cohérence à l’œuvre. Il se régale à obtenir du LSO une performance chatoyante, qui parcourt une infinité de couleurs, avec notamment un travail spectaculaire des bois. Les cuivres se surpassent dans le dernier mouvement avec sa célèbre et irrésistible fanfare, dans laquelle la force brute n’écrase jamais la formidable musicalité de l’orchestre. Enthousiasmant !


Concert Orchestre de la Radio suédoise / Harding à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 27.4.10 à 20h
Orchestre symphonique de la Radio suédoise, Daniel Harding

Beethoven : concerto pour piano n° 5 (Nicholas Angelich, piano)
Mahler : symphonie n° 6

Je ne sais pas pourquoi je m’entête à aller entendre des concerts dirigés par Daniel Harding alors qu’il me laisse toujours un peu perplexe.

Je me suis beaucoup assoupi pendant le concerto de Beethoven, mais je veux bien en attribuer la responsabilité à ma fatigue et non aux interprètes. Il s’agissait de toute façon d’une substitution de dernière minute, trop longue et peu adaptée au programme : la 6ème de Mahler se suffit largement à elle-même.

Harding projette beaucoup de force brute dans son interprétation de la symphonie de Mahler. Il faut dire qu’il a la chance de disposer d’un orchestre enthousiaste et talentueux, qui le suit avec une confiance remarquable et parvient à la fin de l’œuvre sans dégât majeur. Mais la direction de Harding, peu subtile, semble un peu trop se résumer à la recherche de quelques contrastes de base (fort / pas fort, lent / rapide). Il y a, malgré tout, des moments où l’on finit par se laisser accrocher et où on entrevoit des fragments d’inspiration dans la direction du chef britannique.


“Billy Budd”

Opéra Bastille, Paris • 24.4.10 à 19h30
Britten (1951, révision de 1964). Livret : E.M. Forster et Éric Crozier, d’après Herman Melville.

Direction musicale : Jeffrey Tate. Mise en scène : Francesca Zambello. Avec Lucas Meachem (Billy Budd), Kim Begley (Edward Fairfax Vere), Gidon Saks (John Claggart), Michael Druiett (Redburn), Paul Gay (Flint), Scott Wilde (Ratcliffe)…

Quel plaisir de pouvoir entendre à nouveau cette superbe partition tout en revoyant la mise en scène inoubliable de Francesca Zambello, sans doute sa création la plus aboutie parmi tout ce que je connais d’elle. Je me souviens encore assez bien de ce dimanche de 1996 (me semble-t-il) où j’avais découvert et l’œuvre et la mise en scène, confortablement installé au tout premier rang du parterre de Bastille. Ce fut un grand choc.

Lucas Meachem n’est peut-être pas le meilleur Billy Budd de l’histoire de l’opéra, mais la force presque hypnotique de la partition agit toujours aussi bien : les mélismes du Capitaine Vere chaque fois qu’il prononce le mot “infinite” ; le monologue de Claggart à la fin du premier acte, superbement glaçant (et ponctué d’un accord inattendu à la Poulenc) ; la musique épique du début du deuxième acte avant et pendant la bataille, … Il y a de quoi s’accrocher de bonheur à son siège.

Un classique, dans tous les sens du terme.


“Les Miséreuses”

Théâtre Clavel, Paris • 22.4.10 à 21h30
Adaptation musicale des Misérables de Victor Hugo par Christian Dupouy. Mise en scène : Luc Carpentier et Christian Dupouy. Avec Luc Carpentier, Jean-Marc Daniel, Jean-François Dewulf, Louis Marcillac et Christian Dupouy.

Ils sont de retour : les Versatiles, dont on avait apprécié le talent pour le détournement de chansons à l’occasion d’un spectacle fort apprécié il y a quatre ans, reviennent avec une adaptation décoiffante des Misérables. Le principe est simple : on prend une histoire bien connue et on s’accorde quelques libertés narratives en injectant beaucoup de second degré, quelques anachronismes, une bonne dose de citations joliment choisies et, surtout, beaucoup de références musicales (essentiellement issues du monde de la variété, mais l’opéra n’est pas absent), joyeusement détournées.

On est loin de la comédie musicale de Boublil et Schönberg ! Le spectacle, qui est tout sauf subtil, se maintient à flot grâce à la variété et à la densité des traits d’humour. On apprécie également la mise en scène resserrée et les efforts pour que les numéros musicaux soient de qualité, notamment grâce à de réels efforts chorégraphiques.

Si vous rêvez d’apprendre quelle est la carrière médicale qui fait secrètement rêver Cosette (à qui Dupouy donne la meilleure réplique de la soirée, une histoire de seaux d’eau qu’il est malheureusement exclu de reproduire sur ce blog), direction le Théâtre Clavel !


“Colombe”

Comédie des Champs-Élysées, Paris • 20.4.10 à 20h45
Jean Anouilh (1951)

Mise en scène : Michel Fagadau. Avec Anny Duperey, Sara Giraudeau, Rufus, Grégori Baquet, Benjamin Bellecour, Jean-Paul Bordes, Fabienne Chaudat, Étienne Draber, Jean-Pierre Moulin, Jean-François Pargoud.

J’avais déjà vu cette excellente mise en scène de Michel Fagadau il y a une quinzaine d’années. C’était alors Geneviève Page qui menait la distribution. C’est aujourd’hui Anny Duperey qui lui emboîte le pas : on découvre une comédienne fine et attachante, capable de suggérer la complexité intérieure d’un personnage qui pourrait sembler assez unidimensionnel à première vue.

Elle est entourée d’une troupe de bonne qualité (très bonne prestation de Grégori Baquet, en particulier), même si la tentation du cabotinage n’est jamais totalement absente chez certains. Le rôle-titre de Colombe est tenu par la fille de Duperey et de Bernard Giraudeau, dont la voix enfantine et haut perchée est à la fois un atout (elle convient fort bien à l’idée que l’on se fait du personnage dans les premières scènes) et un handicap (on n’en peut plus après une heure de spectacle).

La pièce d’Anouilh, dont on fêtera dans quelques jours le centenaire de la naissance, est un petit bijou. Un de ces textes à facettes que l’on écoute avec un sourire de plaisir et dont on n’imagine pas pouvoir se lasser.

Il faudrait écrire un essai sur les raisons pour lesquelles les pièces de théâtre qui se déroulent dans les coulisses d’un théâtre — elles sont nombreuses — sont généralement aussi réussies. Outre le fait que l’auteur évoque un univers qui lui est forcément particulièrement familier, on peut imaginer que le spectateur est d’autant plus fasciné qu’il a l’impression d’entrapercevoir un monde étrange qui lui est généralement interdit.

J’attends avec impatience la prochaine reprise dans quinze ans…


“Mignon”

Opéra-Comique, Paris • 18.4.10 à 15h
Ambroise Thomas (1866). Livret de Jules Barbier et Michel Carré, d’après Goethe.

Orchestre Philharmonique de Radio-France, François-Xavier Roth. Mise en scène : Jean-Louis Benoit. Avec Marie Lenormand (Mignon), Ismael Jordi (Wilhelm Meister), Malia Bendi-Merad (Philine), Nicolas Cavallier (Lothario), Blandine Staskiewicz (Frédéric), Christophe Mortagne (Laërte), Frédéric Goncalves (Jarno), …

La jolie partition d’Ambroise Thomas bénéficie d’une interprétation pour le moins dynamique sous la conduite d’un François-Xavier Roth un peu survolté. La distribution est homogène, mais chaque chanteur a ses petits défauts : Marie Lenormand, très impliquée dans son personnage, est un peu discrète et manque de puissance ; Ismael Jordi, indiscutablement doté d’une jolie voix, nous sert un charabia dans lequel on peine à reconnaître un texte français (Wilhelm Meister est censé être autrichien, mais quand même…) ; Malia Bendi-Merad est désarmante tant elle se joue des traits pyrotechniques qu’exige son rôle dans l’aigu, mais il n’y a plus personne dès qu’on descend de quelques notes (un ami fin connaisseur m’assure qu’elle transpose même certaines notes… vers le haut !), etc. C’est Nicolas Cavallier qui m’a fait la plus forte impression, mais le rôle de Lothario n’est pas très substantiel.

La mise en scène est sage et plutôt neutre, même si on se passerait volontiers des gesticulations du valet pendant le premier acte.

Encore une agréable découverte à mettre au crédit de l’Opéra Comique.


“The Red Shoes”

Le Nouveau Latina, Paris • 17.4.10 à 21h
Michael Powell et Emeric Pressburger (1948). Avec Marius Goring (Julian Craster), Victoria Page (Moira Shearer), Anton Walbrook (Boris Lemontov),…

Ce film mythique parmi les balletomanes bénéficie grâce à Martin Scorsese d’une restauration destinée à montrer la beauté des images tournées par l’un des maîtres du Technicolor, Jack Cardiff. Il y a quelques longueurs dans ce film inspiré par un conte assez triste de Hans Christian Andersen, mais le grand ballet d’une quinzaine de minutes qui intervient à peu près au milieu du film ainsi que la belle fin romanesque justifient la réputation de l’œuvre.


“Shutter Island”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 16.4.10 à 19h35
Martin Scorsese (2010). Avec Leonardo DiCaprio (Teddy Daniels), Mark Ruffalo (Chuck Aule), Ben Kingsley (Dr Cawley), Max von Sydow (Dr Naehring), …

Bien que le film de Scorsese soit catégorisé comme un thriller, on semble s’écarter des canons du genre à plusieurs reprises pour verser plutôt dans le fantastique. Mais le scénario est suffisamment malin pour donner finalement une certaine cohérence à tout cela lors du coup de théâtre final.

Belle réalisation, servie par une photo très contrastée, presque stylisée. Leonardo DiCaprio propose une interprétation assez solide, mais ce sont les vétérans Ben Kingsley (68 ans) et Max von Sydow (81 ans !) qui crèvent l’écran.

Le choix des œuvres musicales qui constituent la bande sonore est particulièrement réjouissant, à commencer par le fameux (et envoûtant) mouvement de quatuor pour piano et cordes en la mineur de Mahler, qui fournit l’ambiance idéale à l’une des plus belles scènes du film (même si je ne suis pas sûr qu’il avait déjà été enregistré en 1954, l’année où le film est censé se passer — monsieur gvgvsse ?) Pour le reste, très jolies sélections puisées chez John Adams, Penderecki, Ligeti, John Cage, Morton Feldman… un plaisir pour les oreilles autant que pour les yeux.


Concert Orchestre de Paris / Vänskä à Pleyel

Salle Pleyel, Paris • 14.4.10 à 20h
Orchestre de Paris, Osmo Vänskä

Sibelius : La Fille de Pohjola
Elgar : concerto pour violoncelle (Alisa Weilerstein, violoncelle)
Nielsen : symphonie n° 5

J’écris cette note avec trop de retard par rapport au concert pour que les souvenirs reviennent véritablement à la surface. Toutes les occasions d’entendre le concerto d’Elgar sont toutefois bonnes à prendre… d’autant plus lorsqu’il est accompagné d’œuvres aussi rarement entendues en France.


“Paris”

Lilian Baylis Theatre, Londres • 11.4.10 à 16h
Musique : Cole Porter & Walter Kollo. Lyrics : Cole Porter & E. Ray Goetz. Livret : Martin Brown.

Mise en scène : Ian Marshall Fisher. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Richard Dempsey (Andrew Sabbott), Stewart Permutt (Harriett), Clare Foster (Brenda Kaley), Anne Reid (Cora Sabbott), James Vaughan (Guy Pennel), Sian Reeves (Vivienne Rolland), Duncan Wigman (Marcel).

Comédie musicale ou pièce de théâtre émaillée de chansons ? La question peut se poser devant cette résurrection d’une œuvre créée à Broadway en 1928 par la toujours passionnante série des “Lost Musicals” : comédiens en tenue de soirée assis sur des chaises, script à la main, accompagnés par un piano seul.

D’autres questions se posent car la liste des chansons proposée par le généralement puriste Ian Marshall Fisher s’écarte pas mal d’une référence généralement fiable, l’Internet Broadway Database, selon laquelle le spectacle proposé en 1928 ne proposait finalement que trois chansons de Cole Porter. Le livre qui me permettrait de les départager n’a pas encore émergé de mes cartons de déménagement.

Un autre choix curieux consiste à avoir confié à un homme le rôle d’Harriet, clairement destiné à une femme, sauf à ce que quelque chose m’échappe…

Toujours est-il qu’il est impossible de résister au plaisir d’entendre une série de chansons plus ou moins connues de Cole Porter : de “Let’s Do It” et “Let’s Misbehave” à une chanson beaucoup moins connue mais absolument irrésistible : “The Heaven Hop”, une chanson qui appartient à un style très courant pendant les années 1920 et 1930, la chanson qui invente une nouvelle danse à la mode (on pense au “Varsity Drag” de Good News ou à “The Continental” du film The Gay Divorcee).


Concert BBC Symphony Orchestra / Andrew Davis au Barbican

Barbican Hall, Londres • 10.4.10 à 19h30
BBC Symphony Orchestra, Sir Andrew Davis

Elgar : In the South (Alassio)
Mendelssohn : concerto pour violon (Akiko Suwanai, violon)
Ian McQueen : Earthly Paradise (création mondiale)

Peu de souvenirs de ce concert, malheureusement, si ce n’est le plaisir de réentendre le magnifique In the South d’Elgar (qui me rappelle cet épisode à New York) ainsi que le joli concerto pour violon de Mendelssohn, interprété généreusement — et avec un son d’une ampleur étonnante — par Akiko Suwanai.

L’œuvre de Ian McQueen, pour chœur et orchestre, est malheureusement un peu longue et un peu indigeste. Dommage, car c’est un genre que les Anglais affectionnent et je m’attendais à être davantage transporté.


“Love Never Dies”

Adelphi Theatre, Londres • 10.4.10 à 14h30
Musique : Andrew Lloyd Webber. Lyrics : Glenn Slater. Livret : Andrew Lloyd Webber et Ben Elton.

Mise en scène : Jack O’Brien. Direction musicale : David Charles Abell. Avec Tam Mutu (The Phantom [understudy/remplaçant]), Sierra Boggess (Christine Daaé), Joseph Millson (Raoul), Janet Mooney (Madame Giry [understudy/remplaçante]), Summer Strallen (Meg Giry), …

Le petit monde de la comédie musicale était en ébullition à l’occasion de la création — après moult péripéties et reports — de la suite de la comédie musicale Phantom of the Opera d’Andrew Lloyd Webber, presque 25 ans plus tard. Il avait été question que l’œuvre soit créée simultanément à Londres et à New York… mais, comme pour Phantom, c’est à Londres que Love Never Dies a finalement vu le jour, avant une création new-yorkaise prévue… plus tard, on ne sait plus très bien quand.

Pour cette “suite”, Lloyd Webber et ses collaborateurs ont imaginé que les personnages principaux de Phantom se sont réfugiés… à Coney Island, célèbre quartier de New York située à l’extrémité sud de Brooklyn et longtemps connu pour son parc d’attractions.

J’avais volontairement évité de lire les tonnes de commentaires qui circulaient sur Internet et je m’étais abstenu de lire les critiques, même s’il était difficile d’ignorer qu’elles étaient globalement plutôt réservées.

Oserai-je dire que j’ai été séduit ?

Certes, on est agacé de voir Lloyd Webber rechigner une fois de plus à exploiter de manière disciplinée son remarquable talent de mélodiste. Certes, cette obstination à représenter des univers gothiques peuplés d’êtres à demi monstrueux est fatigante. Certes, il ne doit pas être très difficile de trouver des paroliers plus inspirés que le fade Glenn Slater.

Mais la grande réussite de Love Never Dies est la décision fort heureuse d’éviter systématiquement la déclamation, la grandiloquence, la gesticulation. Lloyd Webber semble avoir enfin compris qu’en matière dramatique, l’efficacité se nourrit souvent d’une certaine économie de moyens. Less is More. La sonorisation, en particulier, est remarquable de discrétion, ce qui crée une véritable intimité avec la scène.

La musique se retient très souvent d’enfler de manière disproportionnée. La scène finale, qui s’achève sur quelques notes mourantes d’un unique instrument (la flûte, si ma mémoire ne me joue pas de tours), est de ce point de vue parfaitement exemplaire… et l’effet dramatique s’en trouve décuplé. Le livret parvient de plus à dénouer joliment dans la dernière scène un nœud qui s’était noué à la fin du premier acte : c’est plus que n’en proposent 80 % des créations récentes.

Tout cela dans un visuel globalement très réussi, avec une mention particulière pour le décor de bar qui ouvre le second acte.

Well done, Mr. Lloyd Webber!


“Zorro”

Folies-Bergère, Paris • 7.4.10 à 20h
Musique : Les Gipsy Kings. Livret et lyrics : Stephen Clark.

Mise en scène : Christopher Renshaw. Avec Laurent Ban (Diego/Zorro), Benoît de Gaulejac (Sergent Garcia), Géraldine Larrosa (Ines), Georges Beller (Don Alejandro), Yan Duffas (Ramón), Liza Pastor (Luisa), …

J’avais parlé ici de cette comédie musicale lorsque je l’avais vue à Londres lors de sa création. J’avais été impressionné à l’époque par la capacité des créateurs à produire une vraie œuvre théâtrale à partir d’un matériau on ne peut moins dramatique, les chansons des Gipsy Kings. L’ingéniosité du concept, la qualité de l’exécution, le talent de la distribution… tout cela se combinait pour créer un spectacle finalement fort séduisant.

Ce fragile équilibre a-t-il résisté à la traversée de la Manche ? Clairement, non. La pièce représentée sur la scène des Folies Bergère est un galimatias informe qui illustre une fois de plus la difficulté de trouver en France des comédiens qui puissent chanter et jouer la comédie. Même le généralement fiable Laurent Ban déçoit. Il faut dire qu’il est entouré d’une sacrée brochette de… les mots me manquent. Disons que la qualité moyenne de l’interprétation se trouve quelque part à mi-chemin entre L’Île aux enfants et Les Feux de l’amour.

Je n’ai pas eu de mal à obtenir l’accord de mon compagnon pour nous éclipser à l’entracte, histoire de voir si ce délicieux petit restaurant de la rue Bergère était toujours là. (La réponse est oui.)