“The Temperamentals”
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“Das Rheingold”

Opéra de Seattle • 9.8.09 à 19h
Richard Wagner (1869)

Direction musicale : Robert Spano. Mise en scène : Stephen Wadsworth. Avec Greer Grimsley (Wotan), Kobie van Rensburg (Loge), Richard Paul Fink (Alberich), Julianne Gearhart (Woglinde), Michèle Losier (Wellgunde), Jennifer Hines (Flosshilde), Andrea Silvestrelli (Fasolt), Stephanie Blythe (Fricka), Daniel Sumegi (Fafner), Maria Streijffert (Erda), Dennis Petersen (Mime), Marie Plette (Freia), Jason Collins (Froh), Gordon Hawkins (Donner).

L’Opéra de Seattle monte un cycle complet du Ring tous les quatre ans environ depuis 1975. Trois productions différentes se sont succédées depuis l’origine ; c’est en 2001 qu’a été créée la mise en scène de Stephen Wadsworth utilisée cette année (avec des décors de Thomas Lynch, des costumes de Martin Pakledinaz et des lumières de Peter Kaczorowski).

La salle actuelle, le Marion Olivier McCaw Hall, est un gigantesque auditorium de 2900 places inauguré en 2003. Son volume est en soi un véritable défi : outre une acoustique un peu étouffée — sans doute par crainte d’une trop grande réverbération —, la distance ressentie par rapport à la scène ne favorise guère l’intimité indispensable à la plénitude de l’expérience théâtrale.

La question de l’acoustique reste entière pour ce Rheingold : alors que les voix sont assez remarquablement projetées, le son de l’orchestre se caractérise par une grande monotonie qui n’est sans doute pas imputable qu’à la baguette paresseuse de Robert Spano. Du coup, les grands jalons qui structurent la partition de Wagner ont tendance à disparaître : l’apparition du thème du renoncement à l’amour passerait presque inaperçue ; l’arrivée des géants, même si elle est saluée par une nuance perceptible, reste beaucoup trop discrète ; toute la scène finale de l’ascension vers Vallhala est bien trop en demi-teinte. Certaines sections de l’orchestre — les cuivres, en particulier — sont de toute façon un peu trop fragiles pour être mises trop nettement au premier plan ; ce nivellement acoustique plus ou moins forcé rend sans doute un peu service à un orchestre légèrement au-dessus de son niveau de confort. (On est quand même un peu agacé d’entendre le trompette solo déraper deux fois dans le leitmotiv de l’or du Rhin, qui n’est pas si compliqué.) 

Le problème du rapport scène-salle est en revanche réglé sans état d’âme en s’appuyant sur des visuels monumentaux. Aucun doute, cette production fait “riche” — on est, après tout, dans la contrée de Boeing et de Microsoft. Le décor de la première scène provoque des applaudissements spontanés dans la salle lorsque le rideau se lève : on se trouve dans la droite ligne des visuels de la désormais défunte production d’Otto Schenk pour le Metropolitan Opera de New York, mais avec des lumières plus vives qui ne sont pas loin d’évoquer un spectacle de parc d’attractions — on est un peu surpris au départ, mais on finit par s’habituer. Le décor du Nibelheim, tout en lumière noire, est assez somptueux ; il permet de beaux effets pour les métamorphoses d’Alberich. Les autres scènes sont jouées dans un sous-bois tout aussi monumental baigné de lumières bleues, vertes et rouges.

La mise en scène de Stephen Wadsworth soulève une question assez rare à l’opéra : un excès de direction d’acteurs peut-il conduire à une impression de trop-plein ? C’est un peu ce qu’a provoqué chez moi une mise en scène attentive à justifier chaque mot sur le plan dramatique et à éviter scrupuleusement toute contradiction entre le texte et l’action. En outre, jamais aucun comédien ne reste immobile plus d’une minute : les reconfigurations permanentes finissent par donner le tournis, même si aucune n’est gratuite… un exploit suffisamment rare pour mériter au moins une mention admirative. Il y a même une ou deux trouvailles assez malignes qui viennent enrichir le livret sans le contredire (par exemple, le fait que Wotan mange l’une des dernières pommes de Freia avant de descendre au Nibelheim pour reprendre des forces avant le voyage).

La qualité du plateau, enfin, est globalement satisfaisante et finalement assez homogène, même si deux moutons noirs se détachent : le Loge indigne de Kobie van Rensburg et le Fasolt très peu assuré d’Andrea Silvestrelli (encore un chanteur qui rend le public nerveux à chacune de ses interventions ; je tremble à l’avance de l’entendre en Hunding dans Walküre). À l’autre extrémité du spectre, Stephanie Blythe campe une Fricka à qui rien ne semble résister ; cette assurance presque insolente lui gagne naturellement la sympathie du public, bien que la justesse stylistique n’y survive pas nécessairement.

Pour le reste, les prestations sont tout à fait honnêtes : Richard Paul Fink confirme qu’il n’a pas de concurrence sérieuse dans le rôle d’Alberich, auquel il donne une vraie consistance dramatique au-delà de la simple prestation vocale ; Greer Grimsley donne à Wotan une belle autorité tranquille qui lui permet de se détacher des autres personnages… et il nous tarde d’entendre le Mime de Dennis Petersen dans Siegfried tant son apparition dans ce Rheingold suscite l’adhésion.

Le public de Seattle réserve une ovation très exagérée à l’ensemble de la troupe, y compris aux chanteurs les moins bons, lors des saluts. Un peu de discrimination ne nuirait pas…

Dans le salon réservé aux "gros” donateurs (le “Valhalla Lounge”, bien sûr), je m’amuse à observer l’avidité avec laquelle on se jette sur les plateaux de fromage : on a beau avoir de l’argent, on reste humain. (Il faut dire que le fromage est délicieux.)

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